La station UAI 178

Le passage de l’astronomie classique à la CCD, m’a permis rapidement de faire reconnaître mon modeste observatoire personnel, par l’Union Astronomique Internationale. Il faut pour cela effectuer une série de mesures astrométriques précises, (erreur de moins de 1’’ d’arc et à la seconde de temps près. I convient également de mesurer la position en longitude, latitude et hauteur, de l’observatoire avec une précision de 10 mètres.) portant sur quelques nuits.

Ceci étant fait l’UAI m’a discerné le numéro 178.

La structure matricielle du CCD et les possibilités de traitement informatique de ses images en font un outil beaucoup plus facile à utiliser en astrométrie que le film photographique. De plus l’apparition de nouveaux catalogues d’étoiles tels que l’USNO par exemple, avec ses 526 millions d’étoiles, permettent de ne pas souffrir du champ relativement restreint du CCD, lors de la recherche d’étoiles étalons.

Traditionnellement les mesures astrométriques étaient réalisées à partir des photographies. Pour chaque mesure, il fallait réaliser une photographie contenant le corps visé et plusieurs étoiles proches dont la position était connue. La position de chacun de ces astres était ensuite mesurée sur le négatif avec une précision supérieure au centième de millimètre. Un programme de calcul permettait ensuite de déduire les coordonnées de l’astéroïde ou de la comète à partir des cordonnées des étoiles du champ. Deux étoiles de comparaison étaient nécessaires pour connaître l’orientation du cliché et l’échelle (liée à la focale du télescope). Il fallait également un grand nombre d’étoiles pour tenir compte de la distorsion de l’optique ainsi que de la pellicule photographique. Tout cela demandait du matériel de précision et éloignait l’amateur de l’astrométrie.

Une image CCD est infiniment plus facile à mesurer puisque chaque pixel correspond à une position géométrique précise et bien connue. les fonctions astrométriques évoluées contenues dans les bons logiciels permettent même de définir la position des étoiles avec une précision meilleure que le pixel grâce à un algorithme qui mesure les barycentres des images stellaires. L’opération si délicate dans le cas de l’image photographique s’effectue en quelques secondes par l’informatique sur une image CCD.

Avec mes instruments, La magnitude 19 est atteinte en 6 à 7 minutes de pose. (il peut être intéressant de la comparer à la magnitude 23 atteinte par le télescope de 5 mètres de diamètre du Palomar dans les années 70… )

Je précise que mon site est situé dans le bassin genevois, à seulement 9 kilomètres du centre de Genève. C’est dire que la pollution lumineuse est encore très présente. La fragmentation du temps de pose total, permet à la CCD de s’affranchir dans une certaine mesure d’un ciel trop lumineux. En effet une caméra CCD permet de réaliser des images d’objets faibles sous la pleine Lune ou depuis le centre de Genève, comme l’ont d’ailleurs démontré les images effectuées depuis notre observatoire du local de la SAG. Dans ces conditions, bien, sûr la photographie n’est pas possible car on ne peut rien contre le voile du film. En CCD on peut retirer le voile de fond de l’image. Ainsi l’on peut donc réaliser une dizaine d’images identiques, retirer le voile de fond sur chacune, puis les additionner pour obtenir plus de signal. Nous sommes ainsi affranchis du problème de pollution lumineuse. Plus d’obligation de se rendre en montagne ou en tout cas dans un endroit sombre, plus de matériel à transporter.

Néanmoins ce nouvel instrument m’a obligé à changer une bonne partie de mon matériel . L’entraînement de la monture de mon Celestron âgé de plus de vingt ans, s’effectuait par friction à l’aide de deux moteurs synchrones. Ce type de monture est à exclure si l’on veut utiliser une CCD dans de bonnes conditions. Les pixels de 7,4 microns de la XH516 ne permettent aucun défaut d’entraînement. Bien entendu un ordinateur est indispensable, de plus, et malgré ce que prétendent parfois les vendeurs, il ne faut pas que celui-ci soit trop âgé. Dans mon cas, les objets à mesurer sont couramment à magnitude 17-19, pour les astéroïdes ou magnitude 15-16 pour les comètes. Il me faut donc en général, cumuler une dizaine d’images. Si le temps de lecture et de transfert de l’image est trop long, l’astéroïde a bougé, et donc aucune mesure précise n’est possible.

De plus, le champ encore, relativement restreint du capteur CCD peut être un problème, l’amateur se rendra très vite compte que des encodeurs , pour le positionnement précis d’un objet sont quasi indispensables. 

En guise de conclusion, je voudrais citer la petite aventure astronomique qu’il m’est récemment arrivé.

Ainsi donc, je décide d’effectuer une série de mesures ( il en faut deux au minimum pour que l’UAI les prenne en compte). De l’astéroïde. 2000 AH42. J'ai traité mes images et j'ai fait parvenir les mesures au MPC (L’organisme de l’UAI qui s’occupe des petites planètes).

le jour suivant le PMC m'envoie le message suivant:

" to 2000 AH42 appears to belong to 2000 CT72 ". (Ils ne se perdent jamais en effusions).

Intrigué, je vais sur la page web du MPC pour connaître l'orbite de ce nouvel individu (le site web du MPC dispose de plein d'outils de recherche sur les astéroïdes, à visiter). Le logiciel du MPC me signale que 2000CT72 est 1987Va = 3360 c'est à dire un objet de la liste critique (les petites planètes subissent d’importantes perturbations, principalement des planètes géantes. Cette liste avertit donc l’observateur du besoin de mesures de différents astéroïdes.) d’ordre 2 c'est à dire un objet connu que l’on a pour ainsi dire perdu et dont on a besoin de nouvelles mesures de position. Mais lorsque j'essaye d'obtenir des éphémérides elles sont totalement fausses par rapport à l'astéroïde que j'ai mesuré la veille... bizarre.

Intrigué, je décidé de demander des explications à C. Demeautis qui est responsable des astéroïdes de l'association Aude. Voici ce qu'il m'a répondu:

" ben en fait c'est effectivement 2000CT72 que tu as mesuré, je viens de vérifier, pour 2000AH42, il est en gros une bonne demi-magnitude plus faible (18.7) et un peu plus vers l'est (mais la même déclinaison en gros), tu as par contre fait une chose très intéressante: vraisemblablement ton observation a permis d'augmenter l'arc orbital de 2000CT72, ensuite cet astéroïde qui avait été observé juste quelques jours (genre 5j) a été pris dans un premier temps comme une redécouverte de 3360, grâce a tes mesures, l'arc orbital a été porte sur 38j et a permis de lever le doute: 2000CT72 n'est pas 3360 mais un autre astéroïde, depuis lors les bases on été mis a jours, si tu regarde a nouveau la ou tu avais regardé, ca a certainement changé, vérifie voir... "

Et voila j'ai effectivement vérifié et tout concordait. C’est ainsi qu’une petite observation a permis d’affiner l'orbite de 2000CT72, et corriger une erreur.

JG. Bosch