L'occultation de Saturne du 03/11/2001

Cette occultation a été sans conteste l’événement astronomique du mois de Novembre. Personne ne voulait la rater et en tout cas pas moi qui n’avait pu suivre la dernière que « de loin », n’ayant à l’époque pas d’instrument astronomique.

3 problèmes restaient à résoudre :

-la luminosité du bord éclairé de la Lune allait être 78000 fois supérieure à celle de Saturne.

-le capteur d’1/4 de pouce de la Vesta pro ne permettait de couvrir qu’une petite zone de ciel avec les 2000mm de focale du LX 200. Il semblait donc difficile d’avoir lors de l’émersion des images de Saturne sortant du néant .

-j’habite dans un immeuble orienté Est/Ouest, l’immersion allait se produire en bordure de l’édifice ce qui allait induire des turbulences importantes.

J’ai donc opté pour un montage composé d’une Vesta pro, d’un LX 200 de 200 mm sur table équatoriale, d’un réducteur de focale 6.3, et enfin d’une lunette Paralux Astromaster fixée en « piggy back » pour le visuel. J’ai jugé qu’il serait nécessaire d’effectuer 2 types de captures : soit avec Saturne correctement exposée mais Lune « blanche », soit avec la Lune correctement exposée et Saturne invisible.

La capture

Dès 20h45 TU j’ai réalisé toutes mes mises au point sur la Lune et Saturne, encore éloignées. J’ai ainsi pu enregistrer le premier film AVI qui allait montrer la Lune avec une exposition correcte. Les turbulences, comme prévu, étaient maximales rendant le bord de notre satellite très ondulant. Dès que les 2 planètes ont été asse proches j’ai fait varier les paramètres d’exposition de la petite caméra pour que Saturne apparaisse avec une luminosité suffisante pour y appliquer un traitement. J’ai pu ainsi capturer plusieurs AVI dont certains se sont révélés inutilisables à cause des perturbations atmosphériques.

La sortie a été plus difficile saisir et c’est là que j’ai profité de tout l’intérêt de la lunette mise en parallèle. En effet, les différentes revues spécialisées avaient indiqué des zones théoriques de sortie mais la petitesse du capteur me faisait craindre de rater le phénomène. J’ai donc attendu de voir émerger les anneaux pour lancer la capture qui par bonheur n’a nécessité aucune recherche, Saturne étant correctement placée grâce au bon suivi du LX 200. J’avais préalablement pensé à conserver les paramètres webcam de l’immersion pour ne pas perdre de temps. Un phénomène si fugace ne laissait aucune place à l’hésitation.

De même, j’ai réalisé un AVI de la Lune correctement exposée. La différence de luminosité entre les 2 planètes était ici plus faible ce qui laissait également entrevoir Saturne.

Une image brute et une image montée, notez l'image de fond grisée qui sert de trame.

Le traitement

Ce fut la phase la plus délicate pour l’obtention d’une image finale de la meilleure qualité possible.

2 traitements ont été nécessaires :

-pour la Lune, j’ai sélectionné la meilleure image de la séquence AVI avec le logiciel AVI2bmp que j’ai tout simplement extraite et sur laquelle j’ai appliqué un léger masque flou avec Paint shop pro 6. Ensuite, à l’aide de Picture it, j’ai découpé automatiquement sa forme grâce au mode « différence de couleur ».

-pour Saturne, ce fut plus complexe. En effet, le compositage est très souvent nécessaire pour ce type d’images. Donc, j’ai converti l’AVI à l’aide d’Iris, j’y ai appliqué une registration sur chaque canal pour recentrer les images et une addition (10 images pour les phases partielles et 40 images pour les phases où Saturne était complètement visible). Un traitement par ondelettes (commande wavelet) a fini par donner du détail, laissant apercevoir Cassini. Le découpage fut effectué là encore par Picture it par « différence de couleur ».

L’assemblage final a été là encore réalisé à l’aide de Picture it. Deux images brutes montrant la Lune , surexposée lors de l’entrée et correctement exposée lors de la sortie ont été employées comme trame de fond.

Dans les 2 situations, il fallait que Saturne soit visible pour pouvoir placer son « double ». Lors de l’immersion, le plus gros problème consistait à replacer l’image lunaire traitée sur son modèle blanc car aucun repère topographique ne pouvait être reconnu. C’est là que fut tout l’intérêt d’avoir un LX 200 sur table équatoriale. En effet, dans ce cas de figure, il m’a suffit de superposer exactement les rayons de courbure pour que tout soit correctement placé. Pour l’émersion, ce fut plus simple car les 2 planètes se voyaient sur certaines images brutes.

L’image de fond a ensuite été noircie par le jeu de la luminosité/contraste. Il ne restait plus ensuite qu’à découper toutes les compositions.

Parution des images dans l'Astronomie de Fevrier 2002.

Bon nombre de puristes trouveront très certainement cette pratique déloyale. Cette tricherie a été la seule solution simple pour l’obtention d’images correctes des 2 planètes simultanément. J’ai ainsi tenté de tirer le meilleur parti des capacités de la webcam à filmer en direct et du numérique pour le traitement.

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