La planète manquante

Une planète explosée est-elle à l'origine des milliers d'astéroïdes du système solaire ? Selon certaines théories ou hypothèses, nous pourrions avoir, devant nous, un cas de planète explosée ou encore un cas de planète avortée.

En regardant de plus près le système solaire, nous constatons une grande zone entre l'orbite de Mars (la plus extérieure des planètes telluriques) et celle de Jupiter (la première planète géante gazeuse) où aucune planète proprement dite se trouve, mais qui est peuplée d'une multitude de petits corps nommés astéroïdes.

Selon la première théorie, il faut reculer en 1803, deux ans après la découverte du premier astéroïde (Cérès) par Giuseppe Piazzi. C'est à ce moment que l'astronome allemand Heinrich Wilhelm Olbers avançait son hypothèse étonnante pour expliquer cette anomalie : une planète baptisée Minerve aurait existé dans les débuts du système solaire et aurait explosée pour des raisons encore inconnues, laissant une multitude de fragments errants ici et là et formant ce qu'on appelle aujourd'hui la ceinture d'astéroïdes. Au début du XXe siècle, on comptait déjà environ 500 de ces petits astéroïdes et, récemment, une campagne d'observation effectuée à l'Observatoire MacDonald ainsi qu'à celui du Mont Palomar a permis d'estimer à 500 000 le nombre de ces petites planètes dont la magnitude est supérieure à 21, dont environ 400 000 ont un diamètre supérieur à 1 km. Nous savons aussi qu'à tout instant, environ 50 de ces corps rocheux s'approchent de nous à des distances inférieures à 400 000 km et qu'une dizaine de ces petits astres se consument dans notre atmosphère chaque année. Mais cette hypothèse doit affronter beaucoup de difficultés dont le fait que la masse totale des astéroïdes connus ne représente que la mille six centième partie de la masse totale de la Terre, soit aussi, le centième de la masse de Mercure. Enfin, les météorites issues de ces astéroïdes sont pour la plupart constitués de matériau primitif, jamais réchauffé ni compressé comme on peut le retrouver à l'intérieur des planètes telluriques.

Donc, ces dernières considérations nous amènent à entrevoir la possibilité d'une deuxième théorie, celle de la planète « avortée ». Perfectionnée dans les années 50 par l'astrophysicien V.S. Safronov, auteur principal de la version actuelle des vieilles théories de Kant et Laplace sur la formation des planètes à partir d'une planète circumsolaire, cette théorie nous démontre que, selon Safronov, le processus de « construction » d'une planète se fait en deux stades : d'abord, il y aurait formation d'un grand nombre de corps solides de quelques dizaines de km qui, après des collisions à petites vitesses, finissent par s'agréger jusqu'à ce que les gros morceaux balayent les touts petits et forment par accrétion et par attraction gravitationnelle les planètes.

Ainsi, selon Safronov, Cérès serait l' «embryon» d'une planète qui aurait commencé à se former mais dont son processus fut vite bloquée par une voisine géante, Jupiter, dont l'influence gravitationnelle fut à l'origine d'un « brassage » violent des orbites primitives des premiers astéroïdes ; d'où l'augmentation des vitesses de collisions et des impacts destructeurs, ce qui, d'une certaine façon, aurait provoqué l' «avortement » de la formation planétaire. Il y eut des modifications modernes à cette théorie par des scientifiques qui, par conséquent, sans la bouleverser du tout au tout, l'ont rapprochées de l'ancienne hypothèse d'Olbers.

Voici un tableau illustrant la croissance dans le temps du nombre des astéroïdes connus.
Tableau

Références : Encyclopédie Astronomia, Edition Fabbri, 1994, Le Système solaire, p.83-84.

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