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Par Denis Bergeron
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SIGNETS
NDLR: Le présent dossier fait référence à l'excellent livre de Jean Texereau "LA CONSTRUCTION DU TÉLESCOPE D'AMATEUR" dont il est possible de télécharger la version complète en français en format PDF à l'adresse indiqué dans la section RESSOURCES à la fin du dossier. Il est fortement recommandé de se procurer cet ouvrage et de le lire. Vous en apprendrez encore davantage sur la fabrication des miroirs de télescope.
Les sections traitant de la parabolisation et de la finition du miroir contiennent des explications détaillées sur les normes qu'il faut atteindre pour obtenir un miroir de haute qualité. Il n'est pas nécessaire de maîtriser en profondeur cette partie bien que cela vous serait bien utile. Le logiciel TEX permet d'analyser la courbure de votre miroir et de déterminer s'il répond aux normes.
La fabrication des miroirs et des télescopes est un projet fascinant qui vous apprendra énormément de choses. Le présent dossier devrait vous permettre de réaliser cet objectif. Je vous souhaite bonne chance dans votre projet.
Au début des années 1970, la
fabrication de miroirs de télescopes était une activité très florissante à la
Société d'astronomie de Montréal (SAM). Plusieurs amateurs s'étaient donnés comme
défi de fabriquer entièrement leur télescope et particulièrement la pièce
maîtresse: LE MIROIR. Certains ont raflés de nombreux prix au niveau de la qualité optique de leurs
instruments dans les concours de fabricants de télescopes amateurs. De nos
jours, la construction de miroirs de télescopes est devenu malheureusement une
activité beaucoup plus rare.
J'ai moi-même fabriqué plus d'une
quinzaine de miroirs variant de 7cm (3") à 30cm (12") ayant différentes
longueurs focales. Je suis particulièrement fier d'avoir fabriquer moi-même mon
miroir 15cm F4.2 (FL: 640mm) dont j'ai gagné un prix d'optique en 1973 ainsi que le télescope qui le supporte.
Encore aujourd'hui, je me sers toujours de mon instrument pour observer et découvrir les
merveilles du ciel. Ce
télescope est à court foyer donc très compact pour le
transporter et très facile à utiliser. Sa courte longueur focale en fait
un télescope idéal pour observer les amas stellaires, les nébuleuses étendues, les
galaxies et particulièrement les comètes. Par contre, fabriquer un miroir de
courte longueur focale demande beaucoup de rigueur. Les
tolérances pour la parabole sont particulièrement étroites. C'est
la raison qu'on voit très peu de miroirs de courtes focales (F4) sur le marché.
Le prix pour ce genre de miroir est assez élevé. On retrouvera plutôt des
miroirs de rapport focal autour de F5 et plus qui sont beaucoup plus faciles à fabriquer.
Fabriquer un miroir nous apprend à découvrir l'optique des télescopes et à mettre à profit nos talents pour produire un produit de très haute qualité qui nous donnera une grande satisfaction une fois le télescope terminé. Il existe d'excellents livres et beaucoup de ressources sur Internet pour fabriquer soi-même son propre miroir et son télescope. J'en donnerai quelques références à la fin du présent dossier. Pour ceux que ça pourrait intéresser, j'ai pensé écrire ce petit document qui explique le plus simplement possible, sans entrer trop profondément dans les détails trop compliqués, les étapes de fabrication d'un miroir de télescope. A la lecture de ce document, vous aurez en main tout ce qu'il faut savoir pour fabriquer votre propre miroir de télescope. Prenez le temps de lire et de comprendre les différentes notions présentées.
La lumière visible fait partie du spectre électromagnétique que notre oeil est capable de détecter. Elle serait constitué de photons qui vibrent avec une certaine amplitude et une certaine longueur d'onde suivant une loi sinusoïdale. Elle voyage à une vitesse d'environ 300 000 km/sec. Elle est composé de différentes longueurs d'onde selon la couleur qui varie du rouge au violet. Dans le présent dossier, on ne tiendra compte que de la lumière jaune-vert ayant une longueur d'onde de 0.56 micron (0.000022 pouce). Cette longueur d'onde correspond à la couleur qui est la plus sensible à l'oeil humain.
De par sa nature ondulatoire, la longueur d'onde de la lumière (appelé LAMBDA) peut être en phase ou non. Si la longueur d'onde devient déphasé, elle subit une interférence et elle peut même s'annuler si le déphasage est égal à une demi-longueur d'onde. Venant de l'infini, la lumière des astres arrive comme une surface plane appelé FRONT D'ONDE. Lorsqu'un objectif capte ce front d'onde, il doit la restituer le plus précisément possible pour éviter tout déphasage. Si la surface optique présente des défauts quelconques, le front d'onde subira des déphasages qui affecteront le trajet des rayons lumineux et déformeront l'image. Le plus grand déphasage que nous pouvons nous permettre est LAMBDA / 4. En bas de cette tolérance, l'image sera grandement déformé. Dans le présent dossier, le terme OBJECTIF fera référence principalement à un MIROIR CONCAVE.
Lorsqu'on
désire se fabriquer un miroir de télescope, il faut choisir quelle sera son
DIAMÈTRE et sa
LONGUEUR FOCALE (Focal Lenght ou FL). Par définition, un
MIROIR CONCAVE réfléchit la
lumière d'une source provenant de l'infini pour concentrer les rayons en un point qu'on
appelle FOYER. La longueur focale sera d'autant plus courte que la courbure du miroir sera
prononcée. Le diamètre du miroir détermine la surface collectrice de lumière.
Plus il sera grand, plus il collectera de lumière et meilleure sera son pouvoir
séparateur.
La LONGUEUR FOCALE (FL) est la distance entre le centre de l'objectif (miroir) et le point de convergence des rayons lumineux PROVENANT DE L'INFINI qui forme l'image au FOYER. Ces deux critères de base détermineront le choix de l'instrument que nous désirerons construire et utiliser.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, si la source lumineuse est situé proche du miroir, celui-ci convergera les rayons lumineux à son RAYON DE COURBURE plutôt qu'au FOYER. On peut se repésenter le rayon de courbure comme une section d'un cercle dont le centre serait le foyer. Il équivaut à 2 fois la longueur focale du miroir.
Lors de la correction du miroir après le polissage, on placera le miroir à son RAYON DE COURBURE (R). Comme la source lumineuse du testeur de Foucault est situé près du miroir donc ne venant pas de l'infini, la convergence des rayons lumineux réfléchis par le miroir se fera à une distance deux fois plus grande que sa longueur focale soit à son rayon de courbure:
R = 2 x FL
On parle souvent de RAPPORT FOCAL "F". Ce rapport focal ou "F" est simplement un rapport de la LONGUEUR FOCALE (FL) de l'objectif divisé par son DIAMETRE (D):
F = FL / D
Par exemple, mon miroir de 15cm (D=150mm) de longueur focale de 600mm aura un rapport focal de F4 (FL/D ou 600mm/150mm = 4). Pour un miroir de 15cm ayant une longueur focale de 1500mm, le rapport focal sera de F10. Un miroir de 15cm à F10 et un miroir de 40cm à F10 aura exactement la même quantité de lumière par unité de surface au foyer primaire. La différence sera que l'image au foyer sera beaucoup plus grande pour un miroir de 40cm F10 (FL=4000mm) qu'un 15cm F10 (FL=1500mm). L'image au foyer du miroir de 40cm sera donc 2.6 fois plus grande que celle du miroir de 15cm pour une même quantité de lumière.
La notion de rapport focal "F" prend
aussi son importance en astrophotographie. Un miroir 15cm à F5 (FL=750mm) sera 4
fois plus lumineux au foyer primaire qu'un miroir identique 15cm F10
(FL=1500mm) pour la photographie des objets étendus comme les nébuleuses ou les
galaxies. Le champ y sera aussi 4 fois plus grand. Cela signifie qu'il faudra 4 fois moins de temps pour prendre
une photographie d'une nébuleuse pour un miroir à court foyer (F4 ou F5) que
pour un autre à F8 ou F10.
Avec un objectif parfait sans obstruction, si on grossit une étoile à très fort grossissement (500X) sous des conditions idéales de moindre turbulence, on verrait que la lumière est distribué dans un point central entouré de deux anneaux. L'énergie lumineuse est distribuée majoritairement dans le point central (environ 84%) puis dans le premier anneau ( autour de 7%) et finalement autour de 3% dans le deuxième anneau. Le diamètre de ce point englobant l'énergie s'appelle DISQUE DE DIFFRACTION. Lorsqu'on parle de FOYER, en réalité il s'agit du disque de diffraction (AIRY DISK) dont le diamètre n'est que de quelques microns. La parabolisation d'un miroir a comme objectif de donner une forme au miroir afin qu'il puisse converger tous les rayons réfléchis provenant de l'infini à l'intérieur du disque de diffraction.
Le rapport focal "F" a donc une importance dans le calcul du rayon linéaire du disque de diffraction. Il ne dépend pas du diamètre du miroir. La formule suivante détermine le rayon linéaire du disque de diffraction (appelé RHO) selon le rapport focal (F):
Rayon linéaire du disque de diffraction (RHO en microns) = 1.22 x 0.56micron x F
où F étant le rapport focal du miroir, 0.56 micron étant la longueur d'onde de la lumière jaune-vert la plus sensible à l'oeil humain et 1.22 est un facteur de multiplication.
A titre d'exemple, un miroir F10 aura un rayon du disque de diffraction mesurant 6.82 microns alors qu'un miroir F4 aura quant à lui un rayon du disque de diffraction mesurant à peine 2.73 microns. L'opticien doit donc s'assurer que la parabole de son miroir soit suffisamment précise pour que tous les rayons réfléchis convergent à l'intérieur du disque de diffraction. On remarquera que plus le rapport focal est petit, plus le diamètre du disque de diffraction sera petit. Cela demande à l'opticien d'être très rigoureux dans les mesures de la parabole car les tolérances sont très minimes à ce niveau.
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Rayon du disque de diffraction selon le rapport focal F de l'objectif |
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| F10 | 6.82 microns |
| F8 | 5.4656 microns |
| F6 | 4.099 microns |
| F5 | 3.416 microns |
| F4 | 2.733 microns |
La règle de LORD RAYLEIGH énonce que pour qu'un défaut de la surface optique d'un miroir n'altère pas trop la perfection de l'image du disque de diffraction, il faut que l'onde défectueuse réelle générée par le plus grand défaut ne s'écarte pas de l'onde sphérique idéale de plus de LAMBDA / 4. Cela signifie que comme la longueur d'onde de la lumière équivaut à 0.56 micron, 1/4 de 0.56 micron vaut 0.140 micron. La tolérance maximum LAMBDA / 4 équivaut au rayon maximum du disque de diffraction. Tout défaut supérieur à cette tolérance signifie que les rayons de cette zone convergeront à l'extérieur du disque de diffraction et dégraderont l'image. En respectant la norme minimale LAMBDA / 4, l'image ne subit que de faibles altérations presque invisibles à l'oeil.
Par contre, l'ajout d'un autre miroir (miroir secondaire) qui possède lui aussi ses défauts risque de diminuer les performances optiques de l'instrument. Il est donc préférable de donner au miroir primaire une précision supérieure à LAMBDA / 4. Idéalement, on vise minimalement LAMBDA / 8 ou mieux. On s'assure ainsi que tous les rayons des miroirs seront convergés à l'intérieur du disque de diffraction compte tenu de l'ensemble de l'optique du télescope. On verra l'importance de ceci dans la section des mesures de la parabole des miroirs.
Le rayon angulaire (en seconde d'arc) du disque de diffraction détermine le POUVOIR SÉPARATEUR et dépend du DIAMETRE (en centimètre) de l'objectif. La formule suivante le démontre très bien:
Pouvoir séparateur ou rayon angulaire du disque de diffraction (seconde d'arc) = 116 / D (mm)
Par exemple, le rayon angulaire d'un miroir de 15cm (pouvoir séparateur) sera d'environ 0.76 seconde d'arc alors que pour un miroir de 30cm, il sera de 0.36 seconde d'arc.
| Diamètre | Surface collectrice (po2) | Pouvoir séparateur | Magnitude limite |
| 4.5" (11.4cm) | 15.90 | 1.01" | +12.0 |
| 6" (15cm) | 28.27 | 0.76" | +12.7 |
| 8" (20cm) | 50.26 | 0.57" | +13.3 |
| 10" (25cm) | 78.53 | 0.45" | +13.8 |
| 12.5" (31.7cm) | 122.71 | 0.36" | +14.3 |
| 16" (40cm) | 201.06 | 0.28" | +14.8 |
Lorsqu'on désire se fabriquer un
miroir, il faut donc déterminer à quelles fonctions serviront principalement le
télescope. Un télescope à court foyer (F4) est très
portatif, excellent pour l'astrophotographie et pour l'observation des objets du
ciel profond. Par contre, la courbure
du miroir sera beaucoup plus prononcée et
les tolérances pour la parabole sont beaucoup plus étroites. Les risques d'avoir
de la COMA (étoiles ressemblant à
de petites comètes sur les bords du champ) augmentent à mesure qu'on s'éloigne
de l'axe optique. Cela vous demandera
beaucoup de rigueur et de patience pour corriger les défauts de courbure et pour la
parabolisation d'un tel miroir.
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Diamètre linéaire de la zone sans coma autour de l'axe optique du miroir principal |
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| F4 | 0.06 pouces | 1.4mm |
| F4.5 | 0.08 pouces | 2.0mm |
| F5 | 0.11 pouces | 2.8mm |
| F6 | 0.19 pouces | 4.8mm |
| F8 | 0.44 pouces | 11mm |
| F10 | 0.44 pouces | 11mm |
Comme la longueur focale est plus courte, il va falloir un miroir secondaire plus gros d'où une augmentation de l'obstruction. Cela aura comme conséquence, une DIMINUTION DU CONTRASTE. Ce n'est pas un inconvénient majeur pour l'observation des comètes et des objets du ciel profond mais il faut s'attendre à ce que les détails planétaires soient moins évidents avec un miroir à court foyer.
Ce télescope également appelé A GRAND CHAMP (RICH FIELD) est par contre très compact et très lumineux au foyer primaire. C'est le télescope idéal pour l'observation des objets du ciel profond et des comètes grâce à son grand champ. En astrophotographie, on peut utiliser des lentilles CORRECTEURS DE CHAMP comme le modèle TELEVUE PARACOR qui réduisent la coma sur les bords du champ.
Les observateurs assidues de la Lune et des planètes auront intérêt à utiliser des miroirs à très longue focale comme F10 ou F12 avec un miroir secondaire de très petit diamètre afin d'avoir le moins d'obstruction possible et beaucoup plus de contraste. Par contre, un télescope 20cm F10 signifie un tube d'au moins 2 mètres (80") de long. Si on veut monter le télescope sur une monture équatoriale, cela exigera une monture très solide et dispendieuse.
La plupart des observateurs du ciel optent pour des focales intermédiaires autour de F5 ou F6 afin d'avoir un télescope polyvalent. Le télescope peut être installé sur une monture azimutale très simple de type DOBSON que l'on peut facilement fabriquer avec des matériaux courant sans que cela ne coûte une fortune. Si un jour, on désire monter le télescope sur une monture équatoriale motorisée, il est possible de se procurer une monture très solide de style LOSMANDY CG11 ou CELESTRON CGE. Ces types de monture sont capables de supporter des télescopes assez lourds et sont munis de système GOTO et d'entraînement motorisé très performants.
Comme nous l'avons vu précédemment,
la puissance d'un télescope dépend
aussi du DIAMETRE de son miroir.
Plus le diamètre sera grand, plus sa surface collectrice sera
importante, ce qui
aura un impact sur la quantité de lumière réfléchi et le POUVOIR DE RESOLUTION
de l'instrument. On évalue le
GROSSISSEMENT MINIMUM d'un objectif comme étant le diamètre de l'objectif
divisé par la largeur maximum de la pupille de l'oeil soit 7mm environ (Gmin =
D(mm) / 7). Pour le
GROSSISSEMENT MAXIMUM, cela équivaut à environ 50X par pouce de diamètre
ou 20X par centimètre de diamètre ou encore à deux fois le diamètre du miroir en
millimètre (Gmax = 2 x D(mm) ). En pratique, à cause de la turbulence de
l'air qui dégrade l'image, on considère plutôt un grossissement moyen qui
équivaut au diamètre de l'objectif en millimètres (ex: 150X pour un objectif de
150mm).
Pour déterminer le grossissement "G" d'un télescope, il suffit de calculer le rapport entre la longueur focale de l'objectif (F.L de l'objectif en mm) et la longueur focale de l'oculaire (F.L de l'oculaire en mm):
G = F.L. objectif en mm / F.L. oculaire en mm
Cependant, la notion de grossissement n'est pas le critère qu'il faut considérer lors de l'acquisition d'un télescope mais c'est plutôt le diamètre de l'objectif et la longueur focale qu'il faut considérer. Ayez à l'esprit qu'un objectif de 10cm que ce soit une lunette ou un télescope à miroir, offrira la résolution et la surface collectrice de lumière d'un objectif de 10cm. Il ne faut pas penser que même si nous avons un objectif de très bonne qualité, qu'on pourra dépasser les performances d'un objectif de plus gros diamètre de bonne qualité optique. Un objectif de 10cm ne peut ressortir des images avec autant de résolution et de lumière qu'un objectif de 25cm. Il ne faut surtout pas se laisser berner non plus par la publicité mensongère qui vante qu'une lunette de 5cm ou un télescope de 10cm coûtant une centaine de dollars grossit 300X et vous permettra de voir les calottes polaires de Mars ou les détails dans les bandes de Jupiter. Vous risquez d'être très déçu.
En pratique, on peut fabriquer des miroirs de 7cm à 30cm. Fabriquer un gros miroir demande beaucoup plus de temps, de patience et de persévérance qu'un plus petit et c'est à déconseiller pour un débutant qui est seul et sans support. Un miroir de 20cm à F6 est un compromis idéal. Ce télescope aura une longueur focale de 1200mm. Les tolérances pour la parabole sont assez larges pour en faciliter la fabrication. Il faut penser qu'une fois le miroir terminé, il faut monter le télescope. Avec l'expérience, vous pourrez fabriquer un télescope à focale plus courte (F5 ou F4) et de plus gros diamètre. C'est à vous de décider de l'instrument qui conviendra à vos attentes.
Une fois qu'on a déterminé le diamètre du miroir et sa longueur focale, vous avez le choix de l'acheter ou de le fabriquer. Fabriquer soi-même son miroir peut nous apporter beaucoup d'avantages. Cela nous permet d'en réduire le coût, de mettre à profit vos talents et vous avez la possibilité d'atteindre une précision supérieure à ce qu'on retrouve dans le commerce. Cela apporte également beaucoup de connaissances au niveau de l'optique et de la fabrication des télescopes. Vous le fabriquerez en fonction de vos critères à vous et vous pourrez constamment l'améliorer. C'est un défi passionnant dont le résultat fera votre fierté. Personnellement, si vous vous en sentez capable et prêt à y mettre votre temps, je vous recommande de vous essayer.
Fabriquer son propre miroir de télescope n'est pas si compliqué que cela le semble. Il faut y aller graduellement en suivant les étapes et surtout en essayant de comprendre ce que nous faisons. Chaque étape à son importance et il ne faut pas chercher à aller trop vite. La phase de creusage (ébauchage) est très importante et surtout très stimulante. A partir de deux disques de verre plats sans aucune forme, on y voit apparaître peu à peu une forme convexe sur l'outil et concave sur le miroir. Une fois la longueur focale atteinte, on effectue des courses pour égaliser parfaitement les deux disques de verre qu'on appelle CONTACT ou RÉUNISSAGE. Une fois le contact entre les deux disques atteint, on utilise des abrasifs de plus en plus fins pour adoucir la surface des disques de verre. Cette partie est peut-être la partie la plus longue. Une fois le doucissage atteint, il faut rendre le miroir parfaitement transparent. Cette phase est différente car on doit fabriquer un POLISSOIR sur l'outil avec une sorte de résine dure appelée POIX NOIRE. On utilise un moule qui possède de petites alvéoles circulaires ou carrés sur lequel on coule la poix noire fondue. Une fois refroidi, on enlève le moule et on obtient un polissoir pour polir le miroir.
Le polissage s'effectue avec certains abrasifs très fins appelés OXYDE DE CERIUM, OPALINE ou ROUGE À POLIR. Une fois le polissage terminé, le miroir est parfaitement transparent et possède une certaine qualité réflective. Il faut ensuite en corriger les défauts de la courbure qui se mesure en microns. Il faut utiliser un TESTEUR DE FOUCAULT que l'on peut construire facilement soi-même. Le testeur de Foucault permet d'amplifier un million de fois les défauts de la surface du miroir qui sont invisibles à l'oeil nu. Par des courses appropriées avec le polissoir, il est facile de corriger ces défauts.
Une fois ceux-ci éliminés, il ne reste qu'à PARABOLISER notre miroir pour y donner une forme parfaite correspondante aux normes. Avec le testeur de Foucault, on y effectue des mesures à l'aide d'un masque de carton troué contenant des fenêtres (zones) appelé ÉCRAN COUDER et on compare nos valeurs mesurées avec les valeurs théoriques de la parabole idéale. La différence des mesures (résidus longitudinaux) doivent se retrouver à l'intérieur d'une plage de mesures appelées TOLERANCES. Plus l'écart entre les mesures actuelles de la parabole de votre miroir et celles de la parabole idéale seront faibles, meilleure sera la précision du miroir.
On évalue la précision d'un miroir parabolique par deux critères: Le CRITERE DE COUDER où toutes les zones du miroir doivent réfléchir les rayons provenant de l'infini à l'intérieur du disque de diffraction et le CRITERE DE RAYLEIGH où le plus grand défaut de notre miroir devra être inférieur à Lambda / 4. Plus la valeur LAMDDA sera élevée par exemple LAMBDA/15 plus la précision sera grande. Les miroirs commerciaux garantissent une précision LAMBDA / 4 ce qui est un minimum. Un amateur peut avantageusement augmenter cette précision.
Les détails de fabrication seront expliquées plus en détails dans les pages qui suivent. Ne vous laissez pas intimider par le fait que ça vous semble compliqué. La lecture de ce document vous explique comment fabriquer un miroir de télescope. Toutes les étapes importantes y sont expliquées en détails. Si vous comprenez l'essentiel des informations contenues dans ce guide et si vous prenez la peine de suivre soigneusement chacune des étapes, vous pourrez parfaitement réaliser un miroir d'une grande qualité optique dont vous serez particulièrement fier. Faites vous confiance.
Etapes de fabrication d'un miroir
On peut diviser la fabrication d'un miroir en SEPT ETAPES distinctes:
1) Creusage ou ébauchage
jusqu'à l'obtention de la courbure désirée
2) Egalisation des surfaces entre l'outil et le miroir (contact ou réunissage)
3) Doucissage
4) Polissage
5) Correction des défauts de courbure
6) Parabolisation et analyse de la précision de la courbure avec le bulletin de
contrôle
7) Aluminure
Équipement nécessaire
pour fabriquer un miroir:
-Une copie papier de ce document avec les photos ou
encore d'avoir
accès aux services de personnes ressources connaissantes dans le domaine-Crayon
feutre noir à encre indélébile
-Papier journal pour protéger l'environnement de travail
-Deux disques de verre (pyrex) dont l'un servira d'outil* et l'autre deviendra le
miroir
-Abrasifs numéro 46 et numéro 80 pour le creusage (ébauchage) et le contact
(réunissage)
-Abrasifs numéro 120, 240, 400, 600, 800, 1000, 2500 ou l'équivalent moderne pour le doucissage
-Moule pour fabriquer
le polissoir**, moustiquaire en nylon et poix noire (résine)
-Oxyde de cérium et rouge à polir pour le polissage du miroir ou l'équivalent
moderne pour le polissage
-Testeur de Foucault pour évaluer les défauts du miroir et tester la parabole
(on peut facilement fabriquer cet appareil)
-Planche de bois avec trois petits blocs placé à 120° pour retenir l'outil, un baril circulaire stable
ou un poste de travail
-Un ou deux bacs d'eau propre pour laver le miroir et l'outil régulièrement
-Papier essui tout
-Petit réchaud électrique et petite casserolle métallique pour faire fondre la poix noire
-Petit pinceau pour étendre le rouge à polir et l'oxyde de cérium
-Térébenthine pour faire le polissoir et nettoyer
-Ciseau à bois pour enlever le surplus de poix sur les bords du polissoir
-Compte goutte pour ajouter de l'eau entre le miroir et l'outil lors du creusage
et le doucissage
-Gallon à mesurer rigide
-Petite pierre ponce à l'huile pour adoucir les bords des disques de verre lors
du creusage et le doucissage (chanfrein)
-Calculatrice
-Plaque de verre épaisse pour faire le polissoir
-Une dizaine de petits pots de bébé pour mettre les abrasifs
-ordinateur et logiciel TEX pour évaluer la précision de la parabole
Une bonne dose de patience et de persévérance est un atout MAJEUR pour ce genre d'entreprise.
Note*:
L'outil de pyrex peut servir éventuellement à fabriquer d'autres miroirs et peut lui même devenir un
miroir s'il est travaillé en conséquence.
Note**: Les moules
pour fabriquer les polissoirs sont disponibles au comptoir de la Société
d'astronomie de Montréal (voir
Ressources)
Au départ, on
achète deux disques de verre (PYREX)
chez un marchand à cet effet (voir
Ressources
à la fin du document).
L'un servira d'outil et l'autre deviendra le miroir. L'épaisseur du verre
à son importance pour éviter que la courbure du miroir se déforme lors des
variations de température. On utilisera une épaisseur de verre ayant un rapport
de 6 (diamètre divisé par l'épaisseur). Par exemple, un disque de pyrex de 6"
(15cm) à une épaisseur de 1" (2.54cm). Si on divise le diamètre du miroir par
son épaisseur, on obtient la facteur 6. Ce qui est conforme aux normes. L'épaisseur du
verre est important pour le miroir mais pas pour l'outil. En général, les disques
de pyrex vendus dans
le commerce pour la fabrication des miroirs possèdent l'épaisseur requis. Par
contre, certaines compagnies vendent des miroirs minces pour réduire le poids.
Il faudra apporter une attention spéciale aux miroirs minces lors du montage du
télescope. Un miroir parabolique de grand diamètre (30cm et plus) peut se
déformer s'il n'est pas soutenu par des points de flottaison placés adéquatement
dans sa cellule. Il faut tenir compte de ce facteur important dans le choix de
notre disque pour fabriquer un miroir de télescope.
Au départ, il n'y a aucune
forme dans le verre. Les deux disques sont identiques et plats avec quelques
défauts de
verre à la surface dues à la fabrication. En général, on utilise le PYREX
à cause de son faible coefficient de dilatation lors des changements de
température.
Lors de l'achat, il est bon de procéder à une vérification
minutieuse des disques sous la surface pour déceler s'il n'y a pas de
petites bulles d'air ou d'autres imperfections. On mouille les deux disques afin
de les rendre transparent pour les examiner. On prendra le meilleur
disque pour faire le miroir et le moins beau deviendra l'outil. A noter que
l'outil peut servir à fabriquer plusieurs autres miroirs plus tard et il pourrait même
devenir lui-même un autre miroir s'il s'agit d'un disque de pyrex. Certains amateurs se font faire des disques de verre épais de quelques
centimètres d'épaisseur et de même diamètre que le miroir dans une compagnie
spécialisée en vitrerie qui servira d'outil. Il faut vérifier les coûts pour voir si cela vaut la
peine ou si on économise vraiment sur le prix d'un disque de pyrex. D'autres
aussi se font des disques en céramique, en ciment ou en plâtre.
Certains amateurs utilisent des machines pour fabriquer des miroirs. Cela peut être utile pour fabriquer de grandes quantités de miroirs mais cela peut générer parfois des défauts qui sont difficiles à éliminer à cause de la répétition d'un mouvement particulier de la machine. La plupart des bons fabricants de miroir avec des machines termine la parabole à la main. La loi des grands nombres fait aussi qu'un amateur qui tourne souvent ses disques en cours de travail éliminera à coup sûr ses défauts causés par des courses trop inégales, trop grandes ou pas assez, etc. L'utilisation d'une machine pour un débutant est fortement à déconseiller car il n'a que peu de contrôle sur ce que fait la machine et il ne comprendra pas nécessairement ce qu'il advient étape par étape de son miroir. L'automatisation a aussi ses contraintes.
On
devra disposer pour cette étape de papier essui tout, de vieux journaux pour
éviter la contamination des lieux par les
abrasifs, d'un bac d'eau, d'un compte-goutte, d'un pot contenant de l'eau
propre, d'abrasifs de creusage (carborundum) numéro 46 ou 80, d'une planche de
bois muni de trois blocs de soutien disposés à 120° ou mieux d'un poste de travail. La fabrication d'un
poste de travail où
on peut travailler debout et tourner autour des disques de verre est fortement à conseiller.
La phase de creusage (ébauchage) consiste à installer le disque qui deviendra l'OUTIL bien solidement sur la planche de bois retenue par trois petits blocs de bois disposés à 120° chacun. Idéalement, on devrait mettre la planche de travail sur un poste de travail fixé solidement afin de pouvoir tourner autour pour faciliter la rotation des disques. Cette planche de bois devrait si possible être imperméable aux abrasifs comme une planche de bois laminé ou recouverte d'une couche de résine. On peut aussi mettre plusieurs couches de papiers essuis tout pour absorber l'eau et retenir les abrasifs. C'est ce que je faisais personnellement.
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Postes de travail |
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La technique de creusage
ou d'ébauchage d'un miroir commence ici. Au départ, aucune courbe n'est présente
sur les disques de verre. On mouille l'outil
et on saupoudre de l'abrasif (numéro 46 (carborundum) pour les
miroirs supérieurs à 15cm ou numéro 80 pour les miroirs inférieurs à 15cm) sur
la surface de l'outil bien installé sur la planche de travail. On étend
l'abrasif partout sur l'outil jusqu'à une bande d'environ 2cm sur les bords. A
l'aide d'un compte-goutte, on ajoute des gouttelettes d'eau un peu partout sur
l'abrasif. Il ne faut pas mettre trop
d'eau car l'abrasif débordera. Ces abrasifs numéro 46 et 80 sont très gros et
durs. Leur rôle consiste à broyer le verre à l'endroit où sera appliqué la pression. Il sera donc très important de bien suivre les courses de creusage.
On place ensuite l'autre disque de verre (qui deviendra
éventuellement notre miroir) par dessus pour étendre
également l'abrasif partout entre les deux surfaces en faisant des mouvements
circulaires larges.
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Aspect de l'abrasif 46 |
Ajout d'abrasif numéro 46 ou 80 sur l'outil |
Laisser une bande libre de 2cm sur les bords |
Ajout de gouttelettes d'eau |
Disque qui deviendra le miroir placé dessus l'outil |
| Marquage d'un point au centre du miroir | Etendage de l'abrasif en faisant de grands cercles |
Courses de creusage |
Examen de la surface |
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On marque à l'aide d'un
crayon feutre à encre indélébile (sur le dessus) le
centre du miroir et de l'outil d'un point bien distinct qui nous servira continuellement de référence puis on fait des courses en forme de W
serré couvrant 4/5 du
diamètre
en avant et en arrière en amenant le centre du miroir vers le bord de l'outil
et en tournant très
fréquemment autour de l'outil. On met une bonne pression avec ses mains sur le centre du
miroir et on tourne régulièrement le miroir dans ses mains.IIl
faut faire attention à ce que le miroir ne bascule pas en bout de course.
On fait de 5 à 10 courses en forme de W rectiligne sur place, puis on tourne une fraction de
tour le miroir entre les mains et on reprend le travail. Il faut frotter de
manière à faire un tour complet sur l'outil pour obtenir un creusage le plus
uniforme possible. Le secret, c'est de tourner régulièrement le miroir
dans ses mains et de tourner l'outil (ou autour de l'outil) pour un ébauchage régulier. Il faut
toujours s'assurer de ne pas frotter trop longtemps au même endroit sur l'outil.
Une fois que
l'abrasif n'a plus d'effets ou qu'il devient pâteux, on ajoute un peu d'eau à
l'aide d'un compte goutte et
on
poursuit le creusage. Il faut s'assurer de tourner régulièrement la planche
qui retient l'outil et tourner régulièrement le miroir dans ses mains. Une fois que
l'abrasif devient complètement inopérant, on lave
l'outil et le miroir dans de l'eau propre dans une chaudière ou un bac de
plastique et on refait l'opération à nouveau
jusqu'à ce que nous approchions
de la courbure désirée.
On appelle SÉCHÉE une opération avec un abrasif quelconque du début jusqu'à ce qu'il devienne complètement inopérant. Grâce à l'abrasif et au fait qu'on déplace le centre du miroir vers le bord de l'outil tout en tournant les deux disques très fréquemment et régulièrement, on verra apparaître une forme bombée (convexe) à la surface de l'outil et une forme légèrement concave sur le miroir avec le temps. On voit très bien cet effet en plaçant une règle rigide de bord en bord du miroir (une fois séché) et en regardant la forme de la courbure. Au début, cette forme est très légère mais avec le nombre de séchées, elle devient plus prononcée.
Il faut compter plusieurs
heures de travail pour la phase de creusage. Il faut prendre le temps qu'il faut pour
faire un très bon travail car c'est la pièce maîtresse de notre télescope qu'on
est en train de fabriquer. A mesure que l'on effectue le creusage, on constatera que le bord des disques deviennent très tranchants.
Il est important de
prendre une pierre ponce à l'huile comme celle que l'on prend pour aiguiser les
couteaux tranchants afin d'adoucir d'un mouvement circulaire vers le
bas les bords des deux
disques de verre (CHANFREIN) d'une pente d'environ 45° sur
2mm de largeur. Il ne faut surtout pas oublier de vérifier régulièrement les
bords des disques et de les adoucir avec la pierre ponce. Sinon, il y a risque de faire éclater des morceaux de verre sur les
bords si on accroche malencontreusement les disques ensembles. Si cela arrive, il ne faut pas paniquer. Il suffira de cacher cet éclat
par un des supports de la cellule à miroir. Au pire, on devra recommencer le
creusage sur l'autre face du miroir. Faites donc TRÈS ATTENTION à donner un
angle de 45° à votre chanfrein et de le vérifier régulièrement sur les deux
disques.
Il faut aussi vérifier de temps en temps l'apparence de la surface des disques. Toute la surface des deux disques du centre jusqu'au bord doit avoir une apparence et texture identique. Ce n'est que lorsque le miroir aura la même apparence du centre jusqu'au bord qu'il faudra commencer à vérifier la COURBURE DU MIROIR. On vérifie la courbure en mettant une règle rigide de bord en bord du miroir et en regardant en dessous de la règle. Si on perçoit une concavité, c'est signe qu'on fait les bonnes courses. A cette étape, il est normal que la courbure du miroir et celle de l'outil soit inégale.
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Aspect et texture de la surface des disques de verre après l'ébauchage à l'abrasif numéro 80 |
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Détermination de la courbure du miroir
Le temps qu'il faudra
consacrer au creusage dépendra de la courbure qu'il faut donner au miroir et de
son diamètre. Si on
veut atteindre une longueur focale de F8, la courbure est très peu prononcée. Si
par contre, on vise à fabriquer un miroir F4, la courbure sera beaucoup plus
prononcée. Il y a une
manière
très simple de savoir si nous avons atteint la bonne longueur focale, c'est de se servir
du SOLEIL. Il suffit de laver le miroir et d'y mettre de l'eau
sur sa surface. On approche
le miroir de la fenêtre de manière à réfléchir la lumière du Soleil. On avance
et recule le miroir du bord de la fenêtre jusqu'à ce qu'on voit le Soleil comme un point le plus petit et net
possible (foyer). On mesure avec précision la distance entre le centre du miroir
et le point où le Soleil sera comme un point net (foyer). Si notre mesure est
supérieure à
la longueur focale projetée, on continue le creusage. Si par contre on a dépassé
cette valeur, c'est qu'on a trop creusé le miroir. Il faudra donc le ramener à
la longueur focale désirée en plaçant le miroir dessous et l'outil dessus. On refait
les mêmes courses en W serré comme d'habitude. Il faut vérifier la courbure après
chaque séchée lorsqu'on est proche de la bonne longueur focale. Attention
de n'utiliser que le Soleil pour évaluer la longueur focale car cela prend une
source lumineuse brillante provenant de très loin (infini). Une lampe ordinaire est à
proscrire car la source lumineuse ne provient pas de l'infini et la distance
obtenu ne correspondra pas à la longueur focale réelle du miroir.
On peut aussi calculer la profondeur ou creux en millimètre (appelé FLECHE (e) ou SAGITTA) que le disque de verre (miroir) doit avoir au centre pour atteindre la bonne longueur focale. La formule à utiliser est la suivante:
e = r2 / 2 x R ou e = r2 / (4 x FL)
où "e" est la mesure de la
flèche en millimètre, "r" est le rayon géométrique du miroir ou D / 2 et "R" est
le rayon de courbure du miroir qui vaut 2 fois la longueur focale (R = 2 X FL). Par exemple, supposons qu'on désire se fabriquer un
miroir de 200mm F6. La longueur
focale (FL) sera de (200mm X 6 = 1200mm), le rayon géométrique du miroir
vaut 100mm (D / 2 ou 200mm / 2 = 100mm) et le rayon de courbure du miroir sera 2400mm
(2 X 1200mm). Si on applique nos valeurs dans la formule de la
FLECHE (100mm 2 / 2
X 2400mm), on obtient 2mm comme profondeur à atteindre au centre du
miroir. Si nous avions un miroir de F4, la flèche serait de 3.125mm. Il s'agit de se fabriquer un petit gabarit comme une petite tige de métal ayant une
épaisseur correspondant à la flèche (forêt de perceuse par exemple) qu'on essaiera de passer tout juste sous une règle
rigide placée
transversalement (bord en bord) du miroir. Lorsque nous serons proche de la
flèche, on sera très près de notre courbure. On peut confirmer aussi avec le Soleil.
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Evaluation de la flèche au centre du miroir avec un forêt de perceuse |
Evaluation de la longueur focale avec le Soleil |
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Pour ma part, j'ai toujours utilisé la méthode du Soleil qui est très facile d'utilisation sans aucune autre manipulation. C'est ce que je vous recommande fortement. Une fois que l'on atteint la longueur focale désirée, il faut égaliser parfaitement les courbures des deux disques (contact ou réunissage). C'est l'étape suivante du processus.
Egalisation des surfaces entre l'outil et le miroir (CONTACT ou RÉUNISSAGE)
Une
fois la longueur focale atteinte, il nous faut égaliser les deux disques de
verre de façon à nous assurer que la forme
convexe de l'outil devienne parfaitement égale à la forme concave du miroir. On
appelle cette opération: FAIRE LE
CONTACT ou RÉUNISSAGE. Pour cette étape, on utilise de l'abrasif numéro 80 (un peu plus
petit que le numéro 46) en faisant des courses un peu plus centrées allant jusqu'à
1/3 du diamètre en forme de I ou W serré. On met peu de pression sur le disque du dessus
(poid du disque ou des mains uniquement) et on tourne les disques
régulièrement. Il faut faire une séchée miroir dessus et outil dessous. Lors
de la prochaine séchée, on inverse miroir dessous et outil dessus afin de garder
la courbure correspondant à notre longueur focale. Il est bon de vérifier cette
longueur focale avec le Soleil durant l'opération de contact. Il faut faire le
nombre de séchées nécessaires jusqu'à ce que les deux
surfaces soient parfaitement en contact.
Pour vérifier cela, il
suffit de laver puis essuyer l'outil et le miroir pour enlever toute trace
d'abrasif et bien sécher les deux disques. Avec un crayon à mine ou un crayon feutre, on trace
des lignes transversales sur le miroir séché et on frotte avec l'outil à sec (sans aucun abrasif)
avec lle seul poid des mains pour vérifier si les lignes de
crayons s'effacent également sur l'ensemble de la surface du miroir et si on
sent que le mouvement accroche quelque part. S'il n'y a aucune résistance au
mouvement du miroir sur l'outil et si les lignes de crayons à mine s'effacent
uniformément, le contact est parfait. Si ce n'est pas le cas, il faut continuer à faire
d'autres séchées avec les courses convenables jusqu'à ce qu'on atteigne le contact parfait. Cette étape est
très importante car elle trace la forme parfaite de la concavité du miroir.
Il est possible que le réunissage soit difficile à atteindre parfaitement avec l'abrasif 80. Si on a fait plus d'une quinzaine de séchés et que la texture de la surface des deux disques est uniforme et que lors des courses de réunissage on ne sent aucun accrochage, vous pouvez passer au début du doucissage avec l'abrasif 120. Le contact s'améliorera de plus en plus avec les prochaines étapes.
Une fois le contact atteint, on passe à l'étape du DOUCISSAGE qui consiste à rendre la surface du miroir de plus en plus douce par l'utilisation d'abrasifs de plus en plus petits et fins.
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Traçage de lignes transversales au crayon à mine |
Frottage à sec des deux disques |
Evaluation des lignes |
Constat que les disques touchent au bord et non au centre |
Correction: |
Après l'opération de creusage et de contact (réunissage), les surfaces des deux disques de verre sont très rugueuses et très floues. Si on essaie de regarder au travers, on ne verra absolument rien. Le processus du doucissage consistera à rendre la surface de plus en plus douce par l'emploi d'abrasifs de plus en plus fins et de parfaire le contact entre les disques. En général, plus le numéro de l'abrasif est petit comme par exemple 120 plus le grain est gros. Les étapes du doucissage sont les plus longues du processus de fabrication des miroirs. On doit y mettre plusieurs heures de frottage par numéro d'abrasif pour s'assurer d'adoucir le verre au même niveau que l'abrasif et éliminer toute trace de l'abrasif précédent.
Après le doucissage et le
contact avec l'abrasif numéro 80, on doit nettoyer soigneusement notre poste de
travail de façon
à enlever toutes traces d'abrasifs numéro 46 et 80. Ces deux abrasifs sont très
durs
et un seul grain pourra vous faire de belles
égratignures sur la surface optique si vous n'avez pas nettoyé soigneusement votre
poste de travail. Pour ma
part, lorsque je fabriquais des miroirs, je mettais toujours 3 à 4 épaisseurs de
papiers essui tout pour absorber l'eau et retenir les abrasifs. Je changeais
régulièrement mes essuis tout. Lorsque je lavais ma planche de travail, je la
défaisais complètement et je la brossais fortement à l'eau chaude pour m'assurer d'enlever
toutes traces d'abrasifs.
Il est important lors du doucissage avec les premiers abrasifs (numéro 120 et 240) de vérifier la courbure du miroir de temps à autre. N'oubliez pas que si on travaille miroir dessus et outil dessous, on creuse. A l'inverse, si on travaille miroir dessous et outil dessus, on remonte la courbure. On a donc intérêt de travailler alternativement miroir dessus et outil dessous lors d'une séchée et de faire l'inverse à la prochaine séchée. Il faut aussi faire au minimum de 15 à 20 séchées par abrasif et user l'abrasif au maximum. La durée moyenne d'une séchée varie de 12 à 15 minutes ou jusqu'à ce que l'abrasif devienne inopérant. Après chaque séchée, il est bon de bien rincer les deux disques dans un bac d'eau et de poursuivre le doucissage. Il suffit d'ajouter de temps en temps quelques gouttes d'eau avec un compte-goutte entre les disques pour poursuivre le doucissage.
Il est possible que les deux disques collent ensemble par manque d'eau. Il suffit de faire couler de l'eau tiède par pression entre les deux disques et d'exercer une légère pression latérale pour séparer les disques. Une autre méthode consiste à couler de l'eau chaude dans un bassin puis de baigner uniquement l'outil en retenant le miroir au dessus de l'eau. La dilatation du verre permettra à l'eau de pénétrer entre les deux disques. Attention de ne pas échapper les disques au fond du bac.
Egalement,
lorsqu'on utilise un abrasif plus fin (numéro 400 à 3000), il est bon de
le laver. On utilise deux petits pots de bébé bien nettoyés.
On met l'abrasif en poudre dans un des pots et on y ajoute de l'eau au 3/4. On
brasse vigoureusement le pot pour bien mélanger l'eau et l'abrasif , on attend 5
à 8 secondes pour que les grains d'abrasif plus lourds descendent au fond et on verse
l'abrasif mélangé à l'eau dans le second pot de bébé mais en laissant un fond
dans le pot de lavage. En procédant ainsi, on nettoie l'abrasif de toute trace
d'abrasif plus gros. On jette le reste d'abrasif du pot de lavage. Dans le
second pot, on laisse décanter l'abrasif et on enlève le surplus d'eau.
Il est important d'identifier le pot au numéro de l'abrasif avec un crayon
feutre indélébile. L'abrasif doit être de consistance crémeuse. A chaque nouvelle séchée, on
mélange soigneusement l'eau et l'abrasif (nettoyé) pour qu'il soit comme une
crème. Avec un compte goutte, on en prend une certaine quantité que l'on met sur
le disque. Lentement, on met l'autre disque dessus et on enlève les bulles d'air
en faisant des courses allongées vers les bords. Une fois les bulles d'air enlevées et que
l'abrasif couvre toutes les surfaces, on procède aux courses de doucissage. Il
ne faut pas mettre trop d'eau car l'abrasif aura tendance à s'écouler sur les
bords.
Les
courses à effectuer pour l'opération de doucissage sont exactement identiques à
celles de l'étape précédente (contact). Elles ont une forme de W et ne
dépassent pas 1/3 du diamètre. Par exemple, pour un miroir de
15cm, il faut faire une forme de W dont le centre du miroir n'ira pas plus loin
que 2.5 cm de part et d'autres du centre de l'outil. Il ne faut pas aller trop
loin dans les courses pour le doucissage. Durant tout le processus du
doucissage, c'est ce genre de course qu'il faut faire. On ne doit appliquer
qu'une pression légère avec nos mains sur le disque du dessus. Il faut aussi tourner régulièrement le
miroir dans ses mains et l'outil. C'est le secret. Il ne faut pas chercher à
aller trop vite en ne respectant pas l'amplitude des courses ou en ne faisant
pas assez de séchées par abrasif sinon on risque de travailler inutilement. En
ne respectant pas ces règles, on risque de créer une
HYPERBOLE D'ÉBAUCHAGE qu'il faut
éliminer en retournant à la phase de contact (réunissage). Il faut donc
respecter les règles énoncées et il n'y aura pas de problèmes.
A chaque étape du doucissage avec des abrasifs de plus en plus fins (numéros
d'abrasif allant en augmentant jusqu'à 2500), on remarque que la surface
devient de plus en plus douce et de plus en plus transparente.
Après plusieurs
heures
de frottage avec un abrasif donné, il faut
asséché le miroir et l'examiner au-dessus d'une lampe avec
un oculaire de longueur focale autour de 25mm placé à l'inverse (c'est à dire que l'endroit où on
regarde habituellement à l'oculaire est placé vers le miroir et on regarde par
le dessous jusqu'à ce qu'on puisse voir la surface grossie du miroir) afin de
déceler la présence de PIQURES
(petits points brillants ressemblant à des étoiles qui sont des restes des doucissages
précédents). Il faut
éliminer toutes traces si minimes soient-elles de doucissage des abrasifs
précédents.
A titre d'indice, à la fin de l'abrasif numéro 500, on commence à distinguer les
lumières brillantes lorsqu'on regarde à travers. Rendu à l'étape
de l'abrasif 2500, on pousse le frottage jusqu'à l'épuisement total de
l'abrasif. On peut facilement voir à travers
le miroir et si on place le miroir à plat sur un journal, on peut lire le texte
à travers.
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Analyse de la surface du miroir à la recherche de piqûres |
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Si les égratignures sont
minimes, elles peuvent être négligeables. Cependant, pour les grosses
égratignures, il sera parfois obligatoire de
retourner aux premiers abrasifs
pour les éliminer. Il va sans dire que la propreté des lieux et du poste de
travail est ESSENTIELLE. Si on ne voit plus aucune
défectuosités à la surface du miroir et qu'on est capable de voir à travers ou de
lire un texte lorsque le miroir est à plat sur un journal, on est prêt à passer
à l'étape suivante soit le POLISSAGE.
Avant de passer à cette étape, il faudra à nouveau procéder à un nettoyage
complet pour éliminer toute trace d'abrasif. Les prochaines étapes seront très
salissantes et exigeront des soins particuliers si on ne veut pas s'attirer les
foudres de nos êtres chers.
Le polissage consiste à rendre le miroir complètement transparent en éliminant toute trace de doucissage. L'abrasif employé pour le polissage est l'OXYDE DE CERIUM ou ROSE A POLIR mais on doit terminer le polissage avec un abrasif encore plus fin appelé ROUGE A POLIR ou son équivalent moderne OPALINE. Comme les grains de ces abrasifs sont tellement petits, on ne peut pas les utiliser avec l'outil actuel qui est trop dur. Il faut donc créer une surface plus molle appelé POLISSOIR. Pour fabriquer un polissoir, on utilise une sorte de résine dure appelé POIX NOIRE que l'on fait fondre dans une petite casserole à feu doux. Il est important d'utiliser un petit poêle électrique et pas un poêle à gaz. Le feu pourrait enflammer la résine. La poix noire ne doit être ni trop dure ni trop molle. Si elle est trop dure, on ajoute une petite quantité de térébenthine. Si elle est trop molle, il faut la faire chauffer un peu plus longtemps. Pour évaluer la bonne texture de la poix noire, on en fait refroidir une petite quantité sur une plaque de verre épaisse et une fois séché, on applique une bonne pression avec notre ongle. Si l'empreinte de l'ongle demeure, la poix est de bonne consistance. Pendant que la poix est fondue et repose dans la casserole à feu doux, on procède à l'étape suivante.
Pour fabriquer le polissoir, on met les deux disques
de verre et le moule dans un bassin
contenant de l'eau chaude et on les laissent tremper environ 10 à
15 minutes pour qu'ils s'adaptent à la température de l'eau chaude. Sur une plaque
de verre assez épaisse, on prend le miroir, on l'essuie et on le dépose sur la
plaque avec la surface à polir vers le haut. On met
du rouge à polir dans un pot de bébé avec de l'eau de façon à obtenir une
consistance épaisse. Attention, le rouge à polir est extrêmement
salissant. A l'aide d'un pinceau, on étend une bonne couche de rouge à polir sur
la surface et les côtés du miroir.
On récupère le moule dans le bassin et on l'essuie un peu. On place ensuite le moule avec des alvéoles spécialement conçu pour faire le polissoir. Il faut faire attention de ne pas mettre une alvéole en plein centre du miroir car cela créerait des défauts de courbures difficiles à corriger. Il faut placer le moule de manière à ce que l'alvéole près du centre soit un peu décalé par rapport au centre du miroir.
Avec le pinceau, on étend partout et sur les deux côtés du moule ainsi que dans les
alvéoles, une couche de rouge à polir. On étend le moule enduit de rouge à polir
sur le miroir et on étend soigneusement du rouge à polir partout sur le moule et
sur le miroir en dessous. On sort ensuite l'outil et on l'assèche en l'essuyant soigneusement. A l'aide d'un
papier essuie tout, on asperge un peu de térébenthine dessus et on frotte la
surface de l'outil pour y mettre un léger film de térébenthine. Ensuite, on étend la poix noire fondue sur le moule de
façon à ce qu'elle dépasse légèrement les bords du miroir en dessous. On prend ensuite l'outil et on le dépose
soigneusement dessus la poix fondue mais centré sur le miroir. On s'assure que la
poix soit très molle (comme de la mélasse). Il
faut faire attention de ne pas se brûler lors de cette opération car la poix
fondue est très chaude et brûlante. On laisse
refroidir la poix noire dans cette position durant quelques minutes. Il ne faut
pas que la poix soit trop dure non plus sinon on aura de la difficulté à enlever
le moule.
Une
fois la poix assez refroidie et suffisamment rigide, on inverse les disques de
manière à mettre le miroir dessus et l'outil dessous. Le moule est toujours placé entre
les deux disques. Avec une légère pression de côté, on déplace le miroir qui glisse grâce
à la couche de rouge à polir sur le moule. On enlève le miroir et
on attend encore un peu que la poix soit plus refroidie et gardant sa forme. Puis, on enlève lentement le moule. Une fois le moule enlevé, on nettoie le polissoir à
l'eau tiède et on le brosse soigneusement. On retire le polissoir de l'eau et à l'aide du ciseau à bois, on casse le surplus de poix noire qui
dépasse du polissoir sur son pourtour. On peut remettre les morceaux excédents dans la casserole de poix noire pour un usage futur. Avec le ciseau à bois, on adoucit soigneusement le tour de
l'outil de manière à ce qu'il n'y ait plus de poix qui dépasse le diamètre de
l'outil. On peut enlever environ 5mm de poix autour du polissoir vers
l'intérieur pour éviter de
se retrouver avec un bord rabattu lors de la correction des défauts. On brosse ensuite le polissoir pour enlever toutes traces de morceaux
de poix entre les alvéoles. A cette étape, il n'y a pas de rouge à polir sur le
polissoir et celui-ci est très propre et prêt pour l'étape suivante.
Il faut maintenant faire le contact parfait entre le polissoir et la courbure du miroir. On met à nouveau le miroir et le polissoir dans l'eau chaude durant quelques minutes afin qu'ils puissent se réchauffer. On prend ensuite le polissoir et on l'installe sur la plaque de verre et on étend du rouge à polir partout sur sa surface. On récupère ensuite le miroir réchauffé, on l'essuie soigneusement et on étend sur sa surface une couche de rouge à polir. On le met directement sur le polissoir en y appliquant une assez bonne pression pour que chacune des alvéoles épousent la courbure du miroir. On laisse un plat d'eau dessus pour que le contact demeure lorsque le polissoir sera complètement refroidi. On fait ainsi le contact parfait entre les alvéoles du polissoir et la courbure du miroir. On déplace ensuite le miroir sur le polissoir et on s'assure qu'il glisse aisément. Il ne faut JAMAIS laisser le miroir sur le polissoir sans rouge à polir. Le miroir risque de coller dessus.
On peut par contre laisser le miroir sur le polissoir si ce dernier possède une bonne couche de rouge à polir. On le recouvre d'une serviette humide pour garder l'humidité. Même si le rouge à polir sèche et que les deux disques se collent ensemble, il suffit de laisser couler de l'eau tiède entre les disques et d'exercer une légère pression latérale pour les décoller. Attention de ne jamais forcer trop fort pour échapper les disques. Une fois le contact effectué entre le polissoir et le miroir et que celui-ci glisse soigneusement sur le polissoir, on est prêt à procéder au polissage.
Personnellement, je faisais un autre contact en
utilisant un
MOUSTIQUAIRE EN NYLON
qui incrustait dans chacune des alvéoles du polissoir, des centaines de petits
carrés minuscules. Pour faire ce contact, je mettais le miroir, le
polissoir et le moustiquaire dans de l'eau chaude durant 15 minutes.
Je sortais le polissoir et j'y appliquais une bonne couche de rouge à polir.
Ensuite, j'installais le moustiquaire en nylon sur lequel j'appliquais sur
les deux côtés une bonne couche de rouge à polir
pour éviter qu'il colle à la
poix. Ensuite, je sortais le miroir encore chaud et je le mettais sur le
moustiquaire en y faisant une bonne pression pour que les mailles du moustiquaire s'incrustent
complètement dans les alvéoles du polissoir.
J'enlevais
ensuite le miroir puis sous l'eau tiède, je retirais très délicatement le
moustiquaire pour ne pas briser les micros carrelures sur les alvéoles. Une fois
le moustiquaire enlevé, on brosse soigneusement le polissoir et on refait un
dernier contact en mettant le miroir et le polissoir dans l'eau tiède durant
15 minutes. On reprend le polissoir, on y enduit une bonne couche de rouge à
polir puis
on met le miroir dessus en y mettant une pression adéquate pour que toutes les
alvéoles touchent au miroir et que celui-ci glisse très bien sur le polissoir
sans aucun accrochage. Ce procédé me donnait un contact parfait et le polissage
se faisait beaucoup plus rapidement. De plus, lors des
analyses des défauts de courbure avec un testeur de
Foucault ou lors la parabolisation, la qualité de la surface optique était extrêmement douce et uni ce qui
en augmente la qualité optique.
Les courses du polissage se font
comme pour le doucissage soit 1/3 du diamètre en forme de W miroir dessus et
outil
dessous.
Il faut tourner le miroir et l'outil régulièrement. On applique une pression
uniforme avec ses mains seulement. Lorsqu'on commence à polir le miroir,
il faut le faire lorsque nous avons le temps et de préférence pendant plus d'une
heure ou deux. On peut le faire en regardant la télévision ou en écoutant de la
musique. Cela rend la tâche moins monotone. Au début du polissage, on étend une bonne couche d'oxyde de
cérium (1/3 de poudre d'oxyde de cérium pour 2/3 d'eau) ou son équivalent moderne sur le polissoir et on frotte en respectant les
courses du polissage. Si le miroir commence à être difficile à pousser, on
rajoute de l'oxyde de cérium en petite quantité à l'aide d'un petit pinceau sur
la partie libre du polissoir. C'est à ce moment que le
polissage se fait le mieux. Les grains d'oxyde de cérium s'incrustent entre le
polissoir et le verre maximisant le travail. Il faut y aller en douceur sans
donner de saccades. Lorsqu'on ajoute de l'oxyde ou du rouge à polir, on ne
sépare pas les disques. On tasse le miroir et on ajoute le rouge à polir. De temps en temps, on travaille miroir dessous et
outil dessus car il est normal que le centre se polisse plus vite si on
travaille miroir dessus. Pour polir le bord, on travaille miroir dessous. Après quelques heures de frottage, on s'aperçoit
que le miroir devient de plus en plus transparent et clair. Il commence aussi à
réfléchir la lumière. Le polissage doit s'effectuer jusqu'à ce qu'il n'y ait
plus aucune trace de doucissage.
Il faut notamment vérifier à l'oculaire au
dessus d'une lampe toutes les parties de la surface notamment les bords qui ne
polissent pas également par rapport au centre. Une fois le polissage terminé, il est
essentiel de poursuivre le polissage pendant 1 heure ou deux avec un abrasif
encore plus fin qu'on
appelle
ROUGE À POLIR
ou son équivalent
moderne
l'OPALINE.
Il ne faut pas mettre trop de rouge à polir. On met 1/3 de poudre de rouge à
polir pour 2/3 d'eau dans un petit pot à bébé. Le polissage au rouge à polir donne une surface
beaucoup plus douce que l'oxyde de cérium. Le reste du travail se fera avec le
rouge à polir ou l'opaline. Lors du polissage, il est parfois nécessaire de refaire le
polissoir car les alvéoles s'aplatissent avec le temps. Il faut
parfaitement nettoyer à la brosse le polissoir à l'eau tiède. Ensuite, à l'aide
d'un ciseau à bois, on casse la poix sur le polissoir et on remet les morceaux
dans la casserole contenant la poix. La poix peut ensuite être refondu et être à
nouveau réutilisée. On essuie ensuite le polissoir avec un essuie tout imbibé de
térébenthine et on refait le polissoir à nouveau exactement comme on l'a vu
précédemment.
Une fois le polissage accompli et que
le miroir est parfaitement transparent sans aucune traces de piqûres
résiduelles, on remarque qu'il
réfléchi
facilement la lumière qu'il reçoit. On peut déjà faire réfléchir sur le mur l'image
du Soleil ou des paysages éclairés par la lumière du jour. Avec une règle placée
transversalement, on voit
très bien la courbure ou la concavité du miroir. A ce stade, on peut penser que
notre miroir est terminé et prêt à être aluminé. Malheureusement, ce n'est pas
le cas. A l'oeil nu, tout nous semble parfait
et la réflexion des lumières sur un mur semblent parfaite aussi mais en réalité, il
existe des défauts de courbure invisibles à l'oeil nu. Ces défauts sont de
l'ordre du centième de micron (1 micron = 1 millième de millimètre).
Pour pouvoir les visualiser, il faut utiliser un appareil très simple conçu par le physicien français Léon Foucault qui porte le nom de TESTEUR DE FOUCAULT. Cet appareil consiste à projeter un faisceau lumineux très étroit sur le miroir placé à son RAYON DE COURBURE (R) et de couper sa réflexion transversalement à l'aide d'un couteau au foyer pour voir apparaître les défauts de courbure. Malgré sa simplicité, cet appareil amplifie les défauts de courbure du miroir 1 million de fois. Ce que l'on voit lorsqu'on approche l'oeil du couteau, c'est une surface circulaire éclairée uniformément et présentant des ombrages un peu de la même manière que les cratères et les dômes lunaires placé au terminateur. C'est ce jeu d'ombres et de lumières qu'il faut apprendre à interpréter comme étant une bosse centrale, un trou central, un bord relevé ou un bord rabattu.
Construire
un testeur de Foucault, n'est pas trop compliqué. On fixe une source
lumineuse de moyenne puissance (7.5 watts) placée à la gauche de l'appareil. On place par dessus
la lampe vis
à vis le centre, un couvercle carré devant lequel on perce un petit trou de 4mm
de diamètre. Devant ce trou, on visse deux lames
de rasoirs dont les tranchants sont collés très près. L'une des lames doit être
mobile afin de pouvoir ajuster l'épaisseur du faisceau projeté. Le trou doit
arriver au centre de l'ampoule de projection. La largeur du faisceau doit être très mince et parfaitement
verticale. Pour s'en assurer, on le met le plus mince possible puis on colle
notre oeil sur la fente. On devrait voir des franges sombres et claires
parallèles dues aux interférences de la lumière. La largeur de la fente devra
être de l'ordre 20 microns ou moins. La hauteur de la fente peut aussi être
réduite à 2 ou 3mm par l'ajout de ruban électrique.
A droite de la lampe, on installe un premier plateau mobile qui avancera du devant vers l'arrière (longitudinalement) sur une distance d'environ 25mm. Ce plateau doit glissé doucement sur une rail retenu sur le côté gauche et qui s'appuie par une vis pointue sur une petite plaque de verre sur le côté droit. Un ressort assurera la tension pour ramener le plateau vers l'arrière. Un micromètre de précision est placé à l'arrière en contact constant avec ce plateau. Avec le micromètre qui se visse et se dévisse, on avance ou recule le premier plateau longitudinalement. Les graduations du micromètre serviront à mesurer la courbure des différentes zones du miroir lors de l'étape de la parabolisation. On peut utiliser un micromètre en système métrique ou anglais.
Sur le premier plateau, on peut installer un second plateau selon le même principe que celui du bas mais dont le déplacement se fera de droite vers la gauche (transversalement) à l'aide d'une petite vis à pas fins placé à la droite du plateau. Sur ce plateau, vis-à-vis la position de la fente de la lampe à environ 30 à 35mm à droite, on installe une autre lame de rasoir qui servira de COUTEAU pour intercepter les rayons lumineux provenant du miroir afin de voir les défauts de la surface. Certains montages plus simples omettent ce deuxième plateau et ajoute simplement une vis à droite du plateau de base qui montera ou abaissera la plate-forme principale. Le couteau sera placé sur cette même plate-forme. Les images dans cette section illustrent quelques modèles de testeurs de Foucault.
NOTE IMPORTANTE: Certains modèles de testeurs de Foucault sont conçus de manière à ce que la source lumineuse et le couteau sont fixés sur un même plateau qui lui est mobile. La source lumineuse et le couteau avancent ou reculent toujours ensembles. Dans la prise des mesures de la parabole, on doit s'assurer de multiplier nos valeurs mesurées par deux. On y reviendra dans la section des mesures de la parabole.
Pour
tester un miroir avec un testeur de Foucault, il suffit de placer le miroir dans
une boite de bois hermétique aux
lumières ambiantes parasites en face du testeur sur une distance correspondant
au RAYON DE COURBURE (R)
du miroir soit 2 fois la longueur focale (2 x F). L'endroit doit être à
température constante loin des calorifères et sources de chaleur. La température
du miroir doit être celle de la pièce pour éviter les turbulences. On peut
laisser une petite lumière ambiante et on évite aussi les endroits
où
il y a beaucoup de circulation. On enlève le couvercle sur la
lampe et on place un carton opaque mais avec une croix découpée dans le carton
vis-à-vis le centre de la lampe. Sur le même carton, on trace une mire à
l'endroit où est situé le couteau. La croix lumineuse est projetée sur le miroir
et ce dernier réfléchi la lumière vers le couteau. Une fois la réflexion du
miroir placée sur la mire, on enlève le carton et on place le couvercle avec la
fente sur la lampe de projection. Si on met notre oeil, derrière le couteau, on
voit une petite ligne verticale. Celle-ci doit être très étroite et parallèle au
couteau.
Pour
savoir où se situe la fente réfléchie par le miroir, on place la tête loin
derrière le couteau et on se déplace latéralement pour la localiser.
Par
la suite, il suffit de placer le micromètre au centre de sa course. On met
ensuite notre oeil collé au couteau et on bouge le testeur pour que la fente
réfléchie colle le couteau. Ensuite, on avance ou recule le testeur très
lentement tout en
regardant la fente collée sur le couteau jusqu'à ce que le miroir devienne
complètement éclairé uniformément. Nous sommes alors exactement au
CENTRE DE COURBURE
du miroir. Toujours en collant notre oeil sur le couteau, on déplace très
lentement le plateau du dessus vers la gauche et vers la droite en utilisant la vis de précision
du plateau. De cette manière, on coupe le rayon réfléchi par le
miroir. Si nous sommes parfaitement au centre de courbure du miroir et si le
miroir présente des défauts de courbure, on verra apparaître des
zones claires et sombres à la surface du miroir. Ce sont ces zones que l'on doit
interpréter qui nous diront quelles sont les défauts de la surface du miroir. Il
ne faut pas s'inquiéter, ces défauts de courbures sont très minimes (quelques
microns d'amplitude) et peuvent facilement se corriger avec le polissoir en y appliquant des courses
appropriées durant quelques minutes. C'est la partie la plus intéressante de la
fabrication des miroirs et nous sommes pas très loin de la finition de notre
oeuvre.
Pour
l'étape de la correction des défauts de courbure du miroir, on peut facilement
se fabriquer un testeur de Foucault très artisanal et peu coûteux. Il suffit de prendre une planche de bois sur laquelle on installera une petite lampe de
quelques watts de puissance sur sa gauche. On recouvrera cette lampe d'un contenant métallique
vide auquel on aura percé un trou très fin vis à vis le centre de la lampe. On
collera ensuite une petite languette de bois comme séparateur à droite du
contenant métallique. On prendra ensuite une petite plaque de bois rectangulaire
sur laquelle on collera une plaquette verticale. On vissera une
petite lame de rasoir sur cette plaquette verticale. L'ensemble du bloc doit
pouvoir se déplacer longitudinalement pour atteindre le centre de courbure du
miroir afin d'y voir les défauts. Le couteau doit être parfaitement parallèle au
point réfléchi par le miroir. Le schéma de gauche montre à quoi ressemble
notre montage. Ce système très rudimentaire servira uniquement à constater les
défauts de courbure afin de les corriger. Pour l'étape de la parabolisation,
vous devrez utiliser un testeur de Foucault plus sophistiqué comme ceux
recommandé plus haut.
L'interprétation des défauts de courbure du miroir
Pour
bien comprendre comment interpréter les défauts de courbure d'un miroir, imaginons que nous
observons le terminateur lunaire au premier quartier à très fort grossissement.
Comment faisons nous pour différencier les cratères (creux) des dômes (bosses)
ou montagnes? Le terminateur lunaire subit un éclairage rasant provenant du côté
du Soleil (côté droit sur l'image). Si on regarde un cratère (creux), on remarquera que l'éclairage se fera
du côté gauche. Si c'est un dôme ou une montagne, l'éclairage sera du côté
droit.
C'est un peu le même principe qui
s'applique lorsqu'on analyse les défauts de courbure des miroirs de télescopes.
Dans notre testeur de Foucault la lumière arrive à l'opposé du couteau donc de
la gauche. Les défauts de courbure sont
invisibles à l'oeil nu lorsqu'on regarde le miroir. Le testeur de
Foucault permet quant à lui de les voir sous forme de zones sombres et claires
qu'il suffit d'interpréter. Ceux-ci ne représentent une amplitude que de
quelques centièmes de microns sur la surface du verre. Le couteau du testeur
doit être placé de sorte que l'on voit le miroir complètement éclairé et
lorsqu'on coupe le faisceau réfléchi, le miroir s'éteint uniformément laissant
apparaître les défauts zonaux.
La plupart des défauts que l'on constate sont des bosses ou des trous au centre et des bords relevés ou rabattus, une combinaison des deux ou une surface optique rugueuse et non uniforme (mamelonnage). Si on ne voit aucun défaut apparent et que le miroir s'éteint uniformément, le miroir est SPHÉRIQUE (aucun défaut de courbure). Un miroir sphérique réfléchi TOUS les rayons au même point. C'est la raison que l'image du miroir s'éteint en même temps. On dit que l'image s'éteint en TEINTE PLATE. Cela signifie que le couteau est placé au centre de courbure de la zone. Dans le cas d'une sphère, c'est tout le miroir qui s'éteint en même temps. Nous sommes donc sur un seul point et non sur un segment comme nous le verrons plus loin lorsqu'on constatera qu'il y aura un défaut quelconque. L'amplitude des défauts sera d'autant plus grande que le contraste entre les teintes sera intense.
Avant la parabolisation, il est important de
corriger les défauts de la courbure pour les amener le plus proche possible de
la sphère (aucun
défaut). Il est cependant extrêmement rare que nous ayons une sphère parfaite lorsqu'on analyse la précision de la courbure
une fois le polissage terminé. Il faut donc apprendre à interpréter les défauts et
à les
corriger pour ramener le miroir vers la sphère parfaite. C'est l'étape avant la parabolisation finale du miroir.
La maîtrise des courses adéquates pour corriger les défauts de courbure
s'apprend par la pratique et en notant soigneusement sur un calepin de note les
défauts constatés et la correction effectuée. Vous trouverez dans la prochaine
section des techniques
pour corriger les défauts de courbure. Il vous suffit de
les appliquer et de noter ensuite le résultat. Il y a beaucoup d'apprentissage
par essai et erreur dans cette partie.
Pour éliminer les défauts de courbure, il suffit de faire les courses appropriées pour ramener le miroir vers la sphère. L'interprétation des défauts de courbure au testeur de Foucault est beaucoup plus facile à comprendre en dessinant le profil du défaut comme le montre l'image à gauche. Le travail de correction prend quelques minutes car on corrige de quelques centièmes de microns seulement ces défauts.
La correction des défauts de courbure
Les causes qui font que nous ayons des défauts de courbure sont multiples. Elles sont causées habituellement par des courses trop longues ou trop courtes, par une trop grande amplitude, par un mauvais contact du polissoir, par une mauvaise pression des mains, etc. Les défauts de courbure montrant des parties relevées comme une bosse centrale ou un bord relevé se corrigent assez facilement. Les bords rabattus sont plus difficiles à remonter car ils exigent habituellement de petites courses miroir dessous et outil dessus avec une légère pression sur la main droite. Il existe plusieurs moyens de corriger la plupart des défauts. En ayant à l'esprit qu'un miroir dessus et outil dessous aura tendance à creuser le verre alors que si on fait l'inverse, on remonte le verre. L'amplitude des courses agit aussi sur le verre. Une grande amplitude a tendance à creuser et un faible amplitude à tendance à faire remonter le verre. Finalement, la pression exercée a aussi une influence. Plus on presse en frottant à un endroit précis du miroir plus cette partie se creusera. La correction des défauts particuliers du verre verra justement à éliminer ces formes indésirables qui ne font que créer des interférences dans le front d'onde qui dégrade notre image.
Les défauts zonaux ont une grande influence sur le
trajet des rayons lumineux. Par exemple, si nous avons une bosse au centre du
miroir,
celle-ci intercepte les rayons plus vite que le reste du miroir. Les
rayons lumineux sont donc réfléchis avant ceux des autres zones et les rayons
n'arrivent pas tous au même endroit et en même temps. Il s'en suit une déformation
de l'image dues aux interférences causées par les déformations du verre sur le
front d'onde réfléchi. Il en est de même pour les autres défauts zonaux.
L'absence de défauts (sphère parfaite) semble idéale au niveau de la
vérification avec le testeur de Foucault car tous les rayons sont réfléchis au
même point. Cependant, il faut garder