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Les accidents nucléaires militaires

3. Black-out sur la base de Thulé, 1968 (II)

Le 21 janvier1968, un incendie se déclara dans le compartiment du navigateur d'un bombardier B-52G de la 380eme escadrille de Plattsburg AFB, NY, en mission d'alerte de routine au nord-ouest du Groenland. L'avion contenait 4 bombes H de 1.1 MT chacune et tenta un atterrissage d'urgence sur la base de contrôle radar de Thule AB (aujourd'hui intégrée au 21eme Space Wing). L'incendie provoqua une coupure générale de l'alimentation électrique et l'avion s'écrasa malheureusement à 11 km de la base sur une étendue d'eau glacée. Un seul parmi les sept membres d'équipage fut tué dans le crash.

Sous l'impact, les 132500 litres de fuel s'embrasèrent, déclenchant l'explosion de l'enveloppe extérieur (l'amorce) des quatre bombes H B28 qu'il transportait. L'explosion pulvérisa des fragments de plutonium grands comme une boîte de cigarette ainsi que de l'uranium et du tritium le long d'un couloir large de 100 mètres de part et d'autre de la trajectoire de l'avion. Les débris des bombes et l'épave brûlèrent durant au moins 20 minutes et couvrirent une superficie large de 300 à 600 mètres de côté. La chaleur de l'incendie fit fondre la glace qui plus tard regela, enfermant certains débris. Une partie de l'assemblage de l'une des bombes B28 (la partie thermonucléaire) fit apparemment fondre la glace et coula au fond de la mer de Thulé. Le haut commandement du SAC exigea que l'histoire soit tenue secrète.

Images de Thulé : Thulebageren (en danois)

"Greetings ! Je vous souhaite la bienvenue au sommet du monde" comme le dit le commandant de la base aérienne de Thulé, la 821eme Air Base Group. Construite à partir de décembre 1950 sur la côte nord-ouest au Groenland face à la baie North Star, aujourd'hui la base a été intégrée à l'USAF Space Command et dépend du 21eme Space Wing de Peterson AFB au Colorado. Outre 3 escadrilles du 821eme Group, Thulé AFB abrite le 12eme Space Warning Squadron (missiles) et le 3eme détachement du 22eme Space Operations Squadron qui fait partie du réseau global de contrôle des satellites du 50eme Space Wing. Thule gère les satellites en orbite polaire pour les Etats-Unis et l'OTAN et c'est également un poste avancé de missiles ballistiques. Bref, ici on gère les satellites espions et autre missiles à capacité nucléaire. Il va de soi que le niveau de security clearance atteint "Cosmic Top Secret", parfois "Atomal". Documents Thule AFB corrigés par l'auteur.

Aussitôt l'USAF mis tout en oeuvre pour nettoyer la région, effort qui fut baptisé "Project Crested Ice" (mais qui fut mieux connu des travailleurs sous le nom de "Dr. Freezelove"). Il impliqua plus de 700 militaires américains et des travailleurs civils danois de Thulé, y compris des spécialistes américains de plus de 70 agences gouvernementales !

Selon les experts[4], la bombe nucléaire B28 était un modèle 1 (1.1 MT), pesait 984 kg et mesurait 4.21 m de longueur pour un diamètre de 51 cm. Le combustible était constitué de plutonium, de deutéride de lithium et de tritium, tandis que l'amorce était composée d'une matière hautement explosive reliée à un détonateur à 40 contacts. Bien que la bombe était d'une taille appréciable, elle contenait relativement peu d'explosifs conventionnels. Encore aujourd'hui, la B28 constitue l'une des armes les plus performantes de la force de frappe américaine. Elle peut être transportée par des bombardiers ou des chasseurs.

La décontamination du site

Les conditions de travail furent impossibles : obscurité totale jusqu'en février, glace et neige omniprésentes, rafales de vents jusqu'à 137 km/h, températures de -33 à -57°C, des équipements fonctionnant mal ou pas du tout par ces froids glaciaux, sans parler d'une intense pression de la hiérarchie pour terminer le travail avant la débacle du printemps. Au total, 10500 tonnes de neige, de glace et de débris contaminés furent collectés dans des fûts et expédiés plus tard par bâteau lorsque les eaux furent à nouveau ouvertes à la navigation vers le centre de retraitement et de stockage de Savannah River Plant à Aiken, en Caroline du Sud. Les débris de l'avion furent envoyés au centre d'Oak Ridge (ORNL) où ils furent enterrés dans un site de haute sécurité nucléaire.

Une bombe thermonucléaire B28 (ex-Mk28). Sa puissance varie entre 70 kT et 1.45 MT. Elle peut être transportée dans la soute des bombardiers B-52G et H, avec ou sans parachute, ou fixée sous le ventre de certains chasseurs.

L'autorité accepta que les déchets résiduels soient coulés dans la baie au cours de la débacle du printemps, expliquant qu'en théorie le grand volume d'eau serait suffisant pour diluer les émissions radioactives du plutonium jusqu'à des niveaux inoffensifs. Des chercheurs Danois du Danish Risø ont exploré l'environnement sous-marin après que les débris furent coulés et n'ont pas pu démontrer l'existence d'un niveau significatif de radiation.

L'opération coûta au total 9.4 millions de dollars de l'époque, soit environ 45 millions de dollars actualisés[5]. Malgré le black-out sur cet épisode, un peu plus tard les journalistes du journal danois Jyllands-Posten publièrent des documents classifiés obtenus par un groupe de travailleurs de Thulé indiquant qu'une des quatre bombes n'avait pas été retrouvée. Elle portait le numéro de série 78252. L'article expliquait que la bombe non explosée se trouvait toujours au fond de la mer de Thulé.

Incident diplomatique

Les autorités locales eurent rapidement connaissance de cet article, conduisant à une crise diplomatique entre les Etats-Unis et son allié Danois. A l'époque le Danemark était responsable des affaires étrangères pour le Groenland, la sécurité et la défense et avait interdit les armes nucléaires sur son territoire, y compris au Groenland. Le gouvernement danois ne fut jamais informé de la perte de cette bombe ni des travaux de décontamination ultérieurs.

B-52 atterrissant sur la base de Thulé en 1961. Document Bob Brewer.

Quelques jours après l'incident, Robert McNamara, le Secrétaire de la Défense américain ordonna le retrait des armes nucléaires lors des missions d'alerte aéroportées. Les exercices d'alerte nucléaire eux-mêmes seront par la suite écourtés et plus tard suspendus, évitant ainsi tout risque d'accident.

Selon un communiqué publié le 13 août 2000 par l'agence de presse danoise Ritzau et relayé sur CNN, en avril 1968, un film réalisé sur les lieux de l'accident par un sous-marin ALVIN de la NAVY à la recherche de l'épave du B-52 indique qu'il avait localisé un objet ressemblant à une bombe au fond de la baie. L'ambassadeur des Etats-Unis à Copenhague ne fut pas à mesure de commenter l'événement. Des représentants du Département d'Etat américain seront en visite quelques jours plus tard au Groenland pour discuter de la situation avec le Gouvernement et les autorités locales. A ce jour l'élément thermonucléaire demeure toujours quelque part au fond de la baie de Thulé.

Polémique sur la contamination de la population Danoise

Entre 1968 et 1988, plus de 500 travailleurs Danois furent traités pour divers affections débilitantes, y compris des cancers, des stérilités, soi-disant associées à leur travail sur Crested Ice. Ne portant aucune protection radiologique (ils renonçèrent souvent à porter leur masque anti-gaz car il les empêchait de respirer dans les conditions difficiles de leur travail), les équipes de recherches (d'abord Américaines ensuite un mélange de personnel Américain et Danois) utilisaient des détecteurs de rayonnement (compteur Geiger et radiamètre) pour localiser les débris et ils les récupéraient ensuite à la main.

Pendant que le personnel de l'USAF dirigeait les racloirs à glace (ice scrapers) et les engins de chargement (loaders), les Danois remplissaient les bidons et autre container avec les débris, qui furent plus tard déversés dans 67 fûts servant de réserve de fuel de 95000 litres chacun. Des "éclaboussures" (déversements) à côté des fûts n'ont pas manqué de se produire. Après leur shift, les travailleurs ainsi que leur équipement furent décontaminés "par simple brossage de la neige des vêtements et des véhicules", selon un rapport officiel de l'USAF. Dans quelques cas seulement les vêtements paraissant trop contaminés pour être réutilisés étaient jetés.

Pour gagner du temps, des prélèvement effectués dans le nez étaient souvent utilisés à la place des échantillons d'urine, alors que, nota un médecin de l'Air Force, "puisque tout le monde présentaient d'importants écoulements du nez dans ce climat, il parut raisonnable de douter de la valider de ce contrôle".

Dans les années qui suivirent le Projet Crested Ice, l'épouse du responsable du personnel Danois à Thulé commença à rassembler les noms et les histoires médicales d'environ 800 Danois impliqués dans ce projet. De nombreuses personnes présentèrent un large spectre d'affections, dont 98 cancers ce qui représentait 12% de l'effectif

Vue générale des installations de Thulé en 1974 et 25 ans plus tard. Documents Poul Norgaard et Thulebageren.

Un article original publié en 1986 par l'Institut Danois d'Epidémiologie Clinique (DICE) mentionnait un taux de mortalité dix fois supérieur à la réalité (une mauvaise interprétation des mesures d'incidence/mortalité). En fait il y eut 6 cas de mortalité (et non 60) parmi les 130 travailleurs les plus exposés. Le nombre de sujets est si petit statistiquement parlant que l'institut ne pouvait pas étudier ce groupe et apporter des conclusions valables. Ils ont donc réalisé une étude scientifique à grande échelle comprenant les 4000 travailleurs de Thulé.

Bien que les épidémiologistes gardaient à l'esprit le fait que le plutonium était radioactif mais ne contaminait pas les travailleurs tant qu'ils ne respiraient pas ses vapeurs ou l'ingérait, il y avait toujours un risque d'éclaboussure ou d'un geste maladroit.

En décembre 1986, le Premier ministre Danois Poul Schlueter proposa donc aux travailleurs de Thulé de se faire examiner par des radiologues. Les scientifiques disposaient également de l'enregistement des niveaux de radiation et des échantillons d'urine qui leur permit d'évaluer les doses individuelles reçues (la plupart étaient très faibles ou même pas mesurables).

Onze mois plus tard, le DICE constata que les travailleurs de Thulé ayant participé à Crested Ice présentaient 40% plus de cancers que les 4000 travailleurs employés à Thulé avant et après l'accident d'avion et n'ayant pas participé au nettoyage du site. Un rapport publié le même mois par la Société Danoise du Cancer (DCS) découvrit que le taux de cancers chez les travailleurs de Crested Ice était 50% plus élevé que dans la population générale, mais après comparaison cette étude conclut que l'exposition au rayonnement ionisant n'en était pas la cause. Cette conclusion assez inattendue mérite quelques explications.

Les résultats épidémiologiques

Quand on apprend que des travailleurs de Thulé ont contracté des cancers ou en sont morts, on est naturellement enclin à se demander si durant la période alléguée, ils n'ont pas été contaminé sur le site qu'ils ont nettoyé ? En répondant à cette question, on comprendra mieux le rôle très important que joue les scientifiques pour faire sortir la vérité du flot de polémiques qui entoure ce sujet.

En septembre 2005, j'ai pris contact avec le Dr. Hans Storm, directeur du Centre de Documentation et de Prévention du Cancer du DCS et discuté avec lui des analyses statistiques que son laboratoire indépendant avait effectuées.

Le DCS procéda aux analyses et au suivi épidémiologique des travailleurs de Thulé entre 1968 et 1995, aussi longtemps que possible, afin de déceler tout cancer induit par radiation - excepté la leucémie apparue plus tard suite à une longue exposition. Son laboratoire travailla également en collaboration avec les laboratoires japonais.

A gauche, les quartiers du QG militaire du 4683eme Air Base Group (aujourd'hui la 821eme) de Thulé tels qu'ils étaient en 1974. A droite, un document de 1999. Documents Poul Norgaard et Frostbox.

Le Dr. Storm confirme qu'environ 1200 travailleurs de Thulé ont été exposés aux produits contaminants. Comparé à un groupe témoins d'homme Danois du même âge, il n'apparaît statistiquement aucune différence entre les risques de cancer des deux groupes de population, excepté le fait que ceux ayant travaillé longtemps à Thulé (10 à 20 ans) présentent plus de cancers liés au tabac, à l'alcool et au Soleil (UV) que ceux restés à Thulé peu de temps. Comparés à la population générale, les deux groupes de travailleurs présentent une incidence de cancer légèrement supérieure, toutefois aucune différence n'apparaît lorsqu'ils sont comparés à un groupe de travailleurs assurant des fonctions similaires (dockers).

Les scientifiques ont ensuite regroupé les résultats pour faire ressortir les cancers ayant pu être induits par radiation. A leur surprise il n'apparut aucune différence entre les deux groupes de travailleurs, même en considérant des mesures étalées sur plus de 10 ans. La seule différence concernant le risque cancérigène est liée aux source précitées (tabac, alcool, Soleil).

Les radômes ("balles de golf") de Thulé photographiées en 1974 abritent des paraboles micro-ondes dont le rôle est d'assurer le bon fonctionnement des satellites militaires en orbite polaire. Document Poul Norgaard.

D'un point de vue statistique et épidémiologique les scientifiques n'ont donc pas constaté de lien de cause à effet entre l'accident d'avion et ces cancers.

En effet, analyser uniquement les chiffres l'absolu et constater qu'il y a plusieurs victimes de cancers n'est pas suffisant. Il faut également trouver un dénominateur commun, c'est-à-dire à quoi peut-on s'attendre en examinant un groupe de travailleurs ayant longtemps séjourné à Thulé comparé à la population générale et par ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, comparer les groupes exposés et témoins.

En suivant cette méthode, on observe un effet d'exposition lié au temps sans pouvoir démontrer quoi que ce soit pouvant supporter l'hypothèse qu'il y a un risque lié aux radiations.

Si les deux populations présentent un certain nombre de cancers naturels ou induits par leur profession, la question est de savoir si elles sont suffisamment protégées contre ce risque ? Il s'agit bien sûr d'une supposition, qui peut être vrai, à la condition qu'elle ait valeur statistique. C'est-à-dire retrouve-t-on ici aussi un risque similaire à travers le monde chez les travailleurs manipulant les mêmes substances ?

 Cela reste difficile à postuler. En fait il est plus facile d'analyser le rôle que peuvent jouer des facteurs tels que les circonstances  sociales et le style de vie de ces travailleurs. Les scientifiques savent par exemple que ce groupe fume et boit plus que la population générale, ce qui l'expose à plus de risques de contracter divers cancers. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de réaliser une étude épidémiologique fondée sur l'occupation des gens et pointer leur travail comme étant la seule cause de leur maladie en vue de les indemniser. Cependant, au cours des dernières années les épidémiologistes ont pu établir une liste des substances cancérigènes et il est arrivé qu'une travailleuse Danoise ait été indemnisée pour avoir contracté un cancer suite à une exposition passive à la fumée. Elle est malheuresuement en train de mourir sans pouvoir profiter de son indemnisation.

On peut enfin se demander quelle est l'attitude du gouvernement danois en matière de risque professionnel ? Dans le cadre de la législation européenne ou danoise, il existe de nombreuses réglementation en matière de travail y compris concernant la manipulation de substances radioactives. Avec le recul il est impressionnant de constater combien elles s'appliquaient parfaitement à l'incident de 1968. Des ingénieurs atomistes danois ont effectué des mesures dans les zones réservées, le contrôle d'accès et sur le matériel collecté juste après l'accident jusqu'à ce qu'il soit embarqué pour les Etats-Unis. Notons que ce sont ces scientifiques qui comptent parmi les travailleurs les plus exposés et non pas l'équipage du crash ou les Groenlandais ou leurs chiens qui restèrent les derniers dans la zone réservée pour trouver des survivants. Aucun d'eux n'a contracté aucune maladie (mais les épidémiologistes danois ne les ont pas tous suivi).

Les réflecteurs radars de Thulé photographiés en 1974. Document Poul Norgaard.

Fin 1987, quelque 200 travailleurs danois poursuivirent les Etats-Unis en justice grâce au "Foreign Military Claims Act" pour les dommages causés par leur travail durant le Projet Crested Ice. Ce procès ne fut pas autorisé par l'USAF mais la procédure permit de découvrir des centaines de documents secrets. Bien qu'ils n'apportèrent pas de lumière sur les problèmes sanitaires des travailleurs, ils révélèrent que le personnel de l'USAF ayant travaillé à côté des Danois n'avait pas fait l'objet d'une surveillance médicale à long terme, alors que beaucoup d'entre eux furent probablement exposés à des doses plus élevées que les Danois. En 1996, quatre autres plaignants furent également déboutés devant la Cour américaine.

A ce jour, l'USAF refuse toujours de fournir la moindre information concernant les propriétés toxiques ou radioactives des bombes ou du B-52, une attitude qui stigmatise les Danois dans leur volonté de connaître la vérité et la cause de leurs maladies.

Aujourd'hui pour le gouvernement danois et l'USAF cette affaire est clôturée, la population danoise ayant accepté les conclusions des scientifiques du DCS, à savoir :

- Il n'y a pas eu de risque accru de cancer imputable à une exposition aux radiations - qui fut de toute façon proche du seuil de détectabilité (le risque zéro n'existe pas). En fait on ne peut pas scientifiquement prouver que les cas de cancer sont imputables ou non à la radioactivité qui s'est échappée des bombes au cours du crash.

- Parmi tous les travailleurs ayant ou non travaillé à Thulé à l'époque du crash, ils présentent une légère augmentation du risque de cancer - similaire à celle des autres travailleurs occupant les mêmes fonctions au Danemark.

- Aucune compensation autre que pour le stress psychologique enduré suite à la longue étude des effets collatéraux n'a été payée par le Gouvernement - les travailleurs de Thulé ont accepté les conclusions scientifiques : il n'y a pas eu d'effets liés aux radiations.

- Moins de 25 Inuits de Thulé ont contracté un cancer - et cela ne représente pas une augmentation statistique du risque à notre connaissance. Les 200 personnes citées dans certains articles résultent probablement d'une incompréhension.

Autre vue des antennes de Thulé. Document Poul Norgaard.

Finalement les épidémiologistes danois n'ont pas appris grand chose de l'accident de Thulé si ce n'est des effets psychologiques de l'incertitude quant à l'état de contamination des victimes et des polémiques suscitées dans les médias qui ont effrayé les travailleurs aujourd'hui âgés de plus de 50 ans et parvenus à un âge où le cancer pourrait se déclarer.

En fait les cancers observés sont distribués sur une période de plus de 20 ans et aucun pic de maladie n'apparaît à une époque plutôt qu'une autre.

D'un point de vue épidémiologique, en tenant compte de l'influence de l'âge, le Dr. Storm conclut qu'il ne s'attend pas à observer plus de cancers à une certaine époque après l'exposition bien que certains types de pathologies (cancers groupés) pourraient certainement être un signe significatif, ce qui n'est pas encore observé.

Dans les conclusions qu'il m'adressa, le Dr. Storm déclara en suspens : "en tant que scientifique nous devons être honnêtes envers les découvertes et ne jamais exclure aucune hypothèse tant que la biologie est concernée. Nous acceptons toutefois les conclusions précitées du fait que la probabilité du risque s'avère minuscule après avoir rassemblé tous les indices, étudié les rapports des doses, les études d'incidence et la mortalité. Je me bats au quotidien pour indemniser les victimes chaque fois que cela est possible, mais dans ce cas d'espèce, ce n'est pas le cas, et contrairement aux journalistes et aux politiciens, nous sommes intègres et honnêtes".

Et le Dr. Storm de conclure à l'intention des journalistes avides de sensationnel : "Les journalistes n'acceptent jamais les conclusions qui peuvent ruiner une bonne histoire - les scientifiques laissent toujours un peu de marge pour de nouvelles études - nous avons conclu que les effets des radiation subséquents à l'accident sont faibles à nil - mais nous ne pouvons pas récuser le fait que les travailleurs du Groenland et du Danemark présentent une incidence de cancers supérieure à celui des plus hautes classes sociales - mais les journalistes ne s'intéressent pas à la dimension sociale et aux effets de bords des vrais bandits, l'industrie du tabac et l'industrie de l'alcool".

Les résultats épidémiologiques ont été publiés en danois, dans des thèses de doctorat et dans un journal médical. Quelques sites webs danois s'en font également l'écho dont le blog très détaillé Atom Posten d'Anne Albinus qui cite notamment les travaux et le journal d'Otto Kofoed-Hansen (cf. "OKH's dagbog 1987") et la faiblesse des statistiques établies à l'époque, concluant notamment que "Knud Juul a présenté les statistiques d'une façon arrogante sous-entendant que c'est la façon de vivre des travailleurs qui était à l'origine de leurs maladies."

Aujourd'hui, les Inuits expulsés en 1953 de Thulé par le gouvernement danois à la demande des Américains demandent réparation, la fermeture de la base militaire et de pouvoir retourner sur leurs terres. Selon les experts, ils n'ont qu'une chance sur deux de réussir.

Ironiquement ainsi que le rappela un journaliste de la BBC, en 1968 les Américains ont demandé aux chasseurs Inuits de les aider à retrouver leurs bombes, car ils étaient les seules personnes connaissant bien la région et qui pouvaient retrouver leur chemin dans le mauvais temps. Mais comme le fit remarquer un MP en place à Thulé, quelle nation a déjà fermé une base américaine ? Cela reste exceptionnel et uniquement sous la pression des gouvernements et des habitants.

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[4] Scott D. Sagan, "The Limits of Safety: Organizations, Accidents, and Nuclear Weapons", Princeton University Press, 1993, pp.156-203 - Encyclopédie "Canadian Nuclear Weapons", John Clearwater.

[5] "Strategic Air Command", Project Crested Ice, p39.


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