Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

Devenez chasseur de comètes, par Michel Festou, CNRS

Conseils (II)

Rolph Meier nous donne quelques conseils d'observation. Evitez l'amas de la Vierge, vous y passeriez trop de temps à constater que vous avez vu une galaxie de plus appartenant à cet amas. La Grande Ourse n'est guère meilleure.

Evitez les amas de galaxies tel l'amas de la Vièrge quand vous recherchez des comètes. Il y a des dizaines de galaxies de magnitude comprise entre 8 et 14 que vous pouvez facilement confondre avec une comète. L'image est centrée sur les coordonnées 12h31m et +13°. Document Matt BenDaniel.

Il évite également l'horizon ouest : astucieusement il précise que l'objet douteux sera sous l'horizon avant que vous ne l'ayez identifié, ce qui est très décevant. Si cela est vrai pour une nébulosité faible, l'argument est moins valable quand son éclat augmente comme le prouve les découvertes de MM.Bradfield ou Ikeya.

Comme Meier veut utiliser son instrument au maximum de ses possibilités, il ne cherche ni au crépuscule ni lorsque la Lune est présente. Bradfield se couche en général plus tôt que lui et se lève sans doute avant. Sauf peut-être après la Pleine Lune, car Meier ne veut pas manquer ces matins après lesquels chacun a été stoppé dans ses recherches depuis 15 jours.

En moyenne, il trouve des objets suspects trois à quatre fois par séance. Ce nombre n'est faible que parce qu'il connaît très bien le ciel, que son instrument est bien réglé et qu'il a une bonne documentation. Quand il pense "tenir" une comète, l'heure qui suit est cruciale, tout comme pour Ikeya : il faut faire une mesure de position et une autre de mouvement apparent. Pour deux raisons : avant tout être capable de retrouver l'objet plus tard dans la nuit, et surtout la nuit suivante; ensuite il faut communiquer ses observations à d'autres observateurs.

Imaginons qu'une comète soit découverte au Japon : elle peut-être suivie (confirmée) en Europe la même nuit, puis en Amérique du Nord. Quand Meier découvrit 1978 f, il ne perdit pas de temps à la photographier : il rentra chez lui aussi vite qu'il put... pour téléphoner à Brian G.Marsden, le responsable du Service des Télégrammes de l'UAI ! Tout le monde ne peut faire cela : M.Marsden reçoit des quantités de "fausses" observations, (toujours envoyées de bonne fois). peu d'amateurs sont "crédibles" et la machine des télégrammes ne se mettra pas en route immédiatement. Sauf si l'information provient d'un observatoire dans lequel se trouve un astronome qui aura pris la peine de vérifier vos assertions. ce n'est pas une garantie ultime, mais peu d'erreurs sont malgré tout commises avec cette méthode.

Il faut donc être crédible auprès de l'observatoire le plus proche de votre domicile. Ce n'est pas une tâche facile...

A consulter

Eureka !

Spécialiste des questions cométaires, Michel Festou a l'impression que la "méthode Meier" est extrêmement prometteuse et qu'elle mérite d'être employée plus largement. Les régions polaires par exemple ne sont pas assez observées, l'écliptique aussi devrait être fructueuse. C'est là, et l'auteur le confirme après un relevé des coordonnées de nombreuses comètes, à plus ou moins 10° que l'on trouve 95 % des périodiques, lesquelles sont souvent autour des magnitudes 10 à 13 lorsqu'elles  s'approchent de 1 UA. Passez donc plus de temps à regarder les élongations 60-150° et 210-300° du Soleil (comprenant les ascensions droites 4-12h et 14-22h). Les zones 300-60° étant trop proches du Soleil, alors que dans la zone 150-210° les comètes sont nécessairement à plus de 1 UA et donc plus faibles.

Mais dans ce cas la difficulté réside dans le grand nombre d'astéroïdes qui peuvent tromper l'observateur. Mais est-il besoin de rappeler qu'un astéroïde n'a pas de chevelure ?

Les optiques

John Bortle, rédacteur à "Sky & Telescope" est aussi un expert en observations cométaires. Il utilise de préférence, ou des jumelles 20 x 120 ou un télescope de 320 mm ! Et bien qu'il n'ai jamais découvert de comètes sa contribution aux mesures de magnitudes est inestimable.

A lire : Quel télescope acheter et pour quel usage ?

Les binoculaires géants et les dobsoniens

A gauche, le binoculaire Fujinon de 40x150 mm. Il couvre un champ de 1.42°, présente une pupille de sortie de 3.75mm, un relief oculaire de 15 mm, mesure 96 cm de longueur et pèse 18.5 kg. A droite, le binoculaire de 30x125 mm de Vixen. Il couvre un champ de 1.6°, présente une pupille de sortie de 4.2 mm, un relief oculaire de 20 mm, mesure 64 cm et pèse 11 kg. Ci-dessous à gauche, le binoculaire de 20x100 mm apochromatique de Miyauchi. Il couvre un champ de 2.5°, présente un relief oculaire de 17.5 mm, mesure 44 cm de longueur et pèse 5.8 kg. A droite, un télescope dobsonien Orion SkyQuest XX16 GoTo Truss de 406 mm f/4.4. Ces optiques très lumineuses coûtent entre 3 et 7000 euros.

Le premier facteur qu'il considère est la qualité du ciel : un site idéal devrait permettre de voir M33 à l'oeil nu lors d'une nuit sans Lune, lorsque la galaxie est haute sur l'horizon. De même la lumière zodiacale devrait être aisément aperçue au printemps et en automne. Mais avec l'intensification de la pollution lumineuse, de telles conditions d'observations deviennent très rares autour de la plupart des grandes villes et même à la campagne.

Le type d'instrument lui paraît peu important du moment qu'il est utilisé comme collecteur de lumière (faible grossissement) et dispose d'un champ important (rapport f/D court). Au cours du XIXe siècle, les "chasseurs" fameux utilisaient surtout des lunettes de 120 à 150 mm d'ouverture à environ f/10 parce que c'était les seuls instruments disponibles sur le marché. Mais lorsque les télescopes sont devenus plus courants et moins chers, la taille des instruments a augmenté : Brooks avait un télescope de 230 mm f/10 et un autre de 260 mm f/10; Kohler utilisait un Schmidt-Cassegrain de 200 mm f/5; Machholtz un 200 et un 250 mm f/8; Denning un 250 mm f/8; Ikeya un 200 mm f/5 et comme a l'a vu Meier utilise un 400 mm f/5.

L'avantage des jumelles de 80 à 120 mm d'ouverture réside dans leur commodité d'emploi (une monture azimutale suffit) et dans le peu de fatigue oculaire qui résulte de la vision binoculaire. On peut donc observer longtemps. L'Anglais Alkock, les Tchèques Mrkos, Padujsakova et Kresak ont eu beaucoup de succès dans les années '50 avec ce type de jumelles. En 1986, Don Machholtz utilisa un binoculaire de 29x130 mm pour découvrir Machholtz 1 qui était alors de 11eme magnitude et sans queue apparente.

A lire : La pollution lumineuse et l'échelle de Bortle

Deux images de comètes prises par l'amateur autrichien Michael Jäger avec une chambre de Schmidt de 200 mm munie d'un film TP6415. A gauche, la comète Machholtz 2, P/1994 P1, photographiée le 8 septembre 1994. Quatre noyaux sont visibles sur cette image : le 2e est situé juste au-dessus du noyau principal et deux autres en haut à gauche de l'image. A droite, la comète Arend de magnitude 15 photographiée le 16 octobre 1999. Document AMS.

L'ouverture de l'instrument ne joue aucun rôle à grossissement donné : une comète à la même brillance dans un f/6 ou un f/10. Mais la taille de l'image sera différente selon la focale du télescope et cela se ressentira au moment d'identifier le type d'objet observé, et est-il besoin de le préciser, l'ouverture sera un facteur essentiel en photographie.

Le grossissement doit donner une pupille de sortie de 5 à 7 mm : il vaut donc 1.5 à 2 fois le diamètre de l'objectif exprimé en centimètres. Si l'instrument à moins de 80 mm, Bortle conseille un grossissement de 20 pour tous les instruments (oculaire de 20-25 mm de focale). Mais il ne dit pas pourquoi : serait-ce pour réduire l'aspect stellaire de la comète ? Pour évaluer le potentiel de vos oculaires consultez ce tableau Excel.

Dernier chapitre

Le balayage du ciel et les découvertes fortuites

Page 1 - 2 - 3 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ