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La propagation de la pandémie de Covid-19

Adaptation par l'auteur du dessin de J.Howard Miller utilisé par Westinghouse Electric en 1943 pour une campagne de remotivation. Le modèle était Rosalind P. Walter qui nous quitta en 1995 à 95 ans.

De nouvelles vagues épidémiques (III)

Malgré leur expérience des épidémies, les scientifiques comme les autorités chinoises ont sous-estimé le risque et donc pris des mesures inadaptées au mauvais moment. Ce fut également le cas dans beaucoup d'autres pays, y compris en Europe. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer comme la dissimulation et la rétention des informations, le manque de données, l'ignorance de certaines caractéristiques du virus (contagiosité par tranche d'âge, par genre, etc), la sous-estimation du nombre de cas, l'imprécision des modèles épidémiques, le manque de réactivité des autorités ou encore l'insouciance ou le rejet des mesures de protection par une partie de la population.

En fait, tout épidémiologiste sait que tant que l'épidémie se propage et certainement tant que le pic épidémique n'est pas franchi, le nombre de personnes contaminées peut doubler tous les 2 à 4 jours selon les mesures prises. De plus, même si des mesures de confinement seraient prises et montreraient un ralentissement du nombre de contaminations (par exemple un doublement du nombre de nouveaux cas tous les 10 ou 15 jours), il ne faut surtout pas relacher la pression, car le virus étant toujours présent dans la population (asymptomatique, contaminée ou saine immunisée), cela offrirait au virus une voie royale pour se propager avec une intensité accrue. C'est malheureusement ce qui s'est produit partout dans le monde.

En étant confinée, la population n'a pas la possibilité de développer une auto-immunité contre ce virus. En sortant très peu de chez elle, une à deux heures par semaine pour faire des achats, qui plus est en portant un masque, la probabilité d'attraper le virus est très faible. Le taux auquel la population sera auto-immunisée étant très bas, il faudra bien plus d'un an pour y parvenir, si on y arrive.

Grâce aux dépistages à grande échelle réalisés à partir de mars ou avril 2020 selon les pays, on a une meilleure idée de la proportion de la population auto-immunisée contre le Covid-19, même si nous ne possédons pas encore les chiffres pour l'ensemble de la population.

En Belgique, au 25 avril 2020, selon l'institut Sciensano 4.3% de la population étaient auto-immunisés. Fin mai, plus de 8% du personnel hospitalier avaient developpé des anticorps contre le virus soit le double de la moyenne de la population. On ne peut pas parler d'auto-immunisation mais simplement du fait que le personnel fut en contact avec le virus et que leur système immunitaire a correctement réagit mais ils ne sont pas à l'abri d'une nouvelle contamination ou d'une infection.

Au Luxembourg, au 27 avril 2020 entre 0.2 et 2% de la population étaient auto-immunisés (cf. LIH). Début juillet, sur 55000 personnes testées, seules 46 personnes étaient auto-immunisées. Sur 224953 de dépistages, 4522 personnes étaient positives soit 2% d'entre elles (cf. Gouv.lu). 

En France, selon les prévisions de l'institut Pasteur, le 13 mai 2020 seuls 4.4% de la population française seraient auto-immunisés avec des pics à 15% dans certaines villes.

Aux États-Unis, selon des tests sérologiques effectués sur 3000 personnes dans l'État de New York, 13.9% étaient auto-immunisés soit, si on extrapole à tout l'État, 2.7 millions de personnes (cf. CBS News).

Mais même si 20% de la population seraient immunisés, ce serait toujours insuffisant pour résister à une deuxième vague car les modèles indiquent que pour Ro=3 il faudrait que 66% de la population soient immunisés pour ne plus craindre le virus.

Bref, quel que soit le pays et contrairement aux rumeurs, l'immunité collective n'a jamais été et ne sera jamais atteinte sans l'aide de la vaccination.

Du fait que la population européenne est généralement très peu immunisée constitue un risque majeur pendant le déconfinement. Sur base de modélisations, on observe qu'avant le confinement la contagiosité du virus Ro ~ 3. Pendant le confinement, cela diminua jusqu'à 0.5 ≤ Ro ≤ 0.8, c'est-à-dire que le virus contamine moins d'un contact. Mais même s'il se propage plus lentement, le virus est toujours contagieux et tue encore 0.5% des contaminés.

En Europe, lors du déconfinement progressif, les infectiologues prédisaient sur base des modèles que le taux de contagiosité remonterait légèrement avant de redescendre lentement. Mais certains gouvernements ont averti que si Ro > 1, ils imposeront de nouveau le confinement. Il faut donc que le public respecte les consignes pendant le déconfinement. Si on ne les respecte pas, l'Europe risque de se retrouver en septembre avec une deuxième vague épidémique plus importante que la première et des impacts humains et socio-économiques encore plus importants. Même si la plupart des pays européens dont le Luxembourg n'envisagent pas un deuxième confinement généralisé et certainement pas se priver des touristes durant la saison estivale et en fin d'année, les gouvernements se sont préparés pour une éventuelle deuxième vague épidémique après l'été (cf. Gouv.lu). On y reviendra.

Voici comment une certaine population plus préoccupée par son bien être égoïste que par l'intérêt commun interpréta la loi en pleine pandémie de Covid-19. A gauche, le parc de Belleville dans le XXe arrondissement de Paris, le dimanche 15 mars 2020 par une température de 15°C, alors que le pays était en plein confinement. La veille, le Premier Ministre Édouard Philippe avait annoncé la fermeture des lieux publics et autres cafés et demanda aux Français de limiter leurs déplacements et de privilégier le télétravail dans la mesure du possible. Visiblement tout le monde n'avait pas envie de respecter les consignes. A droite, la foule sur la plage de Bournemouth dans le sud de l'Angleterre le 25 juin 2020 profitant d'un ciel clair et d'une température supérieure à 30°C. La police dut intervenir pour disperser la foule. Documents @fromcaentoparis publié sur Twitter et AFP/Glyn Kirk.

Malheureusement, à part dans les supermarchés et certains magasins, on a constaté un peu partout un relâchement évident durant le déconfinement où, par beau temps les rues commerçantes, les plages et les parcs étaient bondés de monde, personne ne portait de masque et ne respectait la distanciation sociale comme s'il n'y avait plus aucun risque. Or les sondages et les dépistages ont montré que parmi cette population il y a forcément un pourcentage de cas asymptomatiques et donc potentiellement contagieux.

Du fait que certaines autorités n'ont pas confiné leur population ou ont décidé trop tôt de la déconfiner alors que les indicateurs étaient encore au rouge, dans certains villes ou régions le nombre de contaminés a naturellement réaugmenté comme les experts s'y attendaient.

Comme expliqué précédemment à propos des foyers d'infection, les contaminations sont les plus nombreuses dans tous les lieux très fréquentés et clos comme les restaurants, les salles de fitness, les lieux de culte, les hotels et motels et non dans les établissements scolaires comme certains le prétendent. Rappelons que le milieu familial en raison du va-et-vient des personnes, reste aussi un foyer d'infection.

Conséquence de cette augmentation des contaminations, depuis juillet 2020 les touristes voyageant à l'étranger doivent disposer d'un formulaire attestant qu'ils ne sont pas contaminés par le Covid-19 ou peuvent se faire dépister à l'aéroport. Mais ils doivent être négatifs au risque de ne pas pouvoir embarquer ou être refoulés à la frontière selon le cas. Sur certaines plages, il faut également réserver sa place à l'avance au risque de ne pas pouvoir y accéder. En Belgique, les autorités ont installé un compteur d'entrée/sortie sur certaines plages pour éviter une trop grande affluence. Ceux qui forceraient le passage sont verbalisés.

Deuxième et troisième vagues épidémiques

A partir de la mi-mars ou la mi-avril 2020 selon les pays, on observa une deuxième vague épidémique en Inde, au Pakistan, et dans toute l'Asie (en Birmanie, au Laos, en Thaïlande, à Singapour, au Japon) et même en Australie. Rien que le 20 avril 2020, Singapour signala 1400 nouveaux cas, principalement dans les foyers où sont hébergés les travailleurs migrants. La Chine qui leva le confinement le 7 avril 2020 connut de nouvelles contaminations importées à partir du 15 avril 2020. Ces pays redoutent une deuxième vague épidémique. Selon l'AFP, l'OMS a appelé l'Asie du Sud-Est à mener une lutte "violente" contre cette épidémie, redoutant qu'elle ne conduise à l'effondrement de systèmes de santé déjà fragiles (cf. La Presse, Global Times).

Début juillet 2020, alors que les Européens pensaient avoir été épargnés par la deuxième vague épidémique, le nombre de contaminés réaugmenta sensiblement en Belgique, au Luxembourg, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni notamment avec un doublement du nombre de cas fin juillet 2020 par rapport au mois précédent et jusqu'à 5 fois plus de nouveaux cas entre le 1er juillet et le 1 août 2020. La situation devint même préoccupante mi-septembre au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en France et en Espagne notamment.

Heureusement, le taux d'hospitalisation n'a pas fort augmenté, le nombre de décès a même diminué, mais depuis l'été le Covid-19 toucha un plus grand nombre de jeunes et d'adultes en dessous de 40 ans. En Belgique par exemple, c'est la population des 15-29 ans qui est la plus exposée avec un pic chez les jeunes d'environ 18 ans. Ceci s'explique du fait qu'il s'agit de la population socialement la plus active.

Pour éviter que la situation s'aggrave, les gouvernements ont donc décidé que le port du masque et les gestes barrières seraient obligatoires dans tous les transports en commun, les lieux publics, les établissements scolaires, les commerces, y compris sur les marchés et dans les rues commerçantes. La taille des groupes reste aussi limitée en fonction des évènements.

Avec plus de 4 millions de contaminés et plus de 633000 décès liés au Covid-19 aux Etats-Unis, le 21 juillet 2020 même le président Trump a finalement reconnu que la situation était grave et recommanda le port du masque en public. Toutefois, les États et districts sont souverains et libres de ne pas l'imposer. On y reviendra.

Afin de mieux contrôler la propagation du virus, étant donné que des "clusters" ont été identifiés dans des quartiers ou zones précises (cf. les cartes de la Belgique, du Luxembourg, de la France au 22 juillet 2020), plus de pouvoirs ont été accordés aux communes concernées, à condition bien entendu qu'elles disposent quotidiennement des données scientifiques pour gérer la situation, ce qui n'a pas toujours été le cas (en Belgique par exemple, ce n'est que le 3 août 2020 que les communes reçurent quotidiennement les données des nouvelles contaminations).

A partir du mois d'août 2020 tous les voyageurs revenant en Belgique d'un pays non européen (voyages > 2 jours) ont dû remplir un formulaire qu'ils doivent remettre aux autorités afin de pouvoir tracer les éventuels contaminés. Ces données ne sont conservées que 14 jours et ne sont utilisées que dans le cadre du suivi des patients Covid.

En fait, ce ne sont qu'une poignée de personnes irresponsables, généralement asymptomatiques mais égoïstes et sans gêne qui ne veulent pas respecter les règles qui mettent en péril toute une économie ! L'insouciance de ces personnes peut coûter très cher. En effet, involontairement leur attitude est criminelle car ces personnes saines porteuses du virus risquent de contaminer des personnes vulnérables ou fragiles qui succomberont à la maladie.

Certains gouvernements comme aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg ont annoncé la couleur : si la population ne respecte pas les règles, les contrôles seront renforcés et les amendes administratives seront augmentées, ce qui a déjà été fait dans certains secteurs de l'économie comme l'Horeca depuis les vacances d'été. Depuis la rentrée de septembre, étant donné l'incivisme ou le relâchement de certaines personnes, les amendes pour non respect des mesures de protection et les gestes inciviques (par exemple jeter un masque dans la rue, etc) furent doublées, passant de 100 à 200 €.

Finalement, dans une étude publiée dans la revue "Nature" le 23 septembre 2020, sur base d'une modélisation tenant compte des mesures de protection mises en place par les gouvernements et les interactions entre populations, Giacomo Cacciapaglia du CNRS et ses collègues ont prédit "une deuxième vague épidémique en Europe entre juillet 2020 et janvier 2021".

Simulation réalisée en septembre 2020 prévoyant une deuxième vague épidémique en Europe avant la fin de l'année. La prévision s'est confirmée mais ne prévoyait pas de troisième vague dans ces pays. Documents G.Cacciapaglia et al. (2020) adaptés par l'auteur.

Pour obtenir ce résultat, les chercheurs ont pris l'exemple de la France et se sont basés sur les connexions dynamiques existant entre pays ainsi que les sources possibles de contaminations provenant de l'étranger, ce qu'ils nomment la "Région X", y compris des "points chauds" de contaminations locales dans ces pays, ou les deux effets. En laissant tourner ces simulations plusieurs semaines, il apparaît que l'Europe devait subir une deuxième vague dès le mois de septembre jusque début 2021.

Faut-il croire cette prédiction ? De toute évidence, les chiffres officiels de contaminations ont réaugmenté depuis l'été et vont donc dans le même sens. Soulignons que cette simulation ne prévoit pas de troisième vague dans ces trois pays malgré les contaminations possibles provenant de l'étranger. Rétrospectivement, dans les faits la simulation fut correcte (voir plus bas). Mais on ne peut pas l'appliquer verbatim à la Belgique par exemple car les données sont différentes et la simulation donnera d'autres courbes.

Le porte-parole de l'OMS a également déclaré que le nombre de décès liés au Covid-19 risque de doubler dans six mois, soit en mars 2021. Comme on dit, un homme averti en vaut deux.

Si les gouvernements n'ont pas voulu citer les mots "deuxième vague" qui exige une augmentation majeure du nombre de nouveaux cas (mais il n'existe pas définition officielle), en septembre 2020 ils ont bien parlé de rebond de l'épidémie.

Le chancelier fédéral autrichien Sebastian Kurz fut le premier à évoquer explicitement une "deuxième vague" le 13 septembre 2020 (cf. Le Soir) et le 18 septembre 2020, le premier Ministre anglais Boris Jonhson craignait de "voir une seconde vague" envahir le pays si de nouvelles mesures de confinement n'étaient pas imposées (cf. BBC).

Face à la recrudescence des nouveaux cas de contamination, le 19 septembre 2020 l'Espagne fut obligée de reconfiner 37 quartiers de 8 municipalités du Grand Madrid. La France, la Belgique et le Luxembourg ont assoupli leurs règles sanitaires tout en étant plus stricts sur le port du masque, les heures de fermeture dans l'Horeca et la taille maximale des groupes.

Risque de transmission du SARS-CoV-2 par une personne asymptomatique en fonction de l'environnement et de l'activité. Document L.Bourouiba et al. (2020).

En Belgique, le clinicien Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le coronavirus, considérait que le rebond épidémique observé à partir de septembre était une "vaguelette" car les hôpitaux comptaient 10% de patients Covid par rapport au pic épidémique bien que la tendance augmentait. Début octobre 2020, les épidémiologistes affirmaient encore que nous étions loin d'une deuxième vague et qu'elle n'arrivera probablement pas. Mais le 25 octobre il ne restait plus que 10% de lits libres aux soins intentifs et on prévoyait une saturation des hôpitaux belges durant la première semaine de novembre (cf. RTBF).

Finalement, mi-octobre malgré le déni de quelques experts et politiciens, il fallait se rendre à l'évidence, la Belgique comme la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Luxembourg parmi d'autres pays faisaient face à une deuxième vague épidémique qui fut même plus importante que la première. La plupart de ces pays ont donc pris de nouvelles mesures, une nouvelle fois la fermeture de l'Horeca, un couvre-feu imposé durant la nuit, le télétravail, les écoliers furent à nouveau contraints de suivre leurs cours à distance et les contacts furent limités à une seule personne en dehors de la famille pour une durée de deux semaines à un mois selon les cas. En revanche, le Luxembourg a maintenu les mesures prises durant l'été sans les renforcer et est parvenu à contenir la deuxième vague à un niveau plus gérable que dans les autres pays (cf. le statut au 22 oct 2020).

Au Brésil, une deuxième vague apparut fin 2020 qui eut son pic mi-janvier 2021, en même qu'on découvrait un nouveau variant B.1.1.248 à Manaus. Pour la seule journée du 14 janvier 2021, rien qu'à Manaus on signala 2516 nouveaux cas de contamination et on y déclara entre 50 et 60 décès par jour, des niveaux comparables à la première vague (et des taux similaires à ce qu'on observait dans toute la Belgique début janvier 2021). Mi-janvier, le système hospitalier brésilien était au seuil de la saturation avec plus de 93% des lits occupés en soins intensifs et un stock de bouteilles d'oxygène insuffisant. Le président Bolsorano qui est toujours dans le déni est responsable de ce chaos sanitaire.

Avec plus de 654000 décès liés au Covid en septembre 2021, les États-Unis restent le pays le plus touché par le virus, le triste effet du déni et de l'attitude irresponsable de l'ancien président Donald Trump. En pleine vague épidémique, en janvier 2021, seuls 37 États et deux districts recommandaient le port du masque. Certains États comme le Dakota du Nord et le Mississippi ont même levé l'obligation début 2021 (cf. AARP). En revanche, si l'Alaska ne l'oblige pas, la ville de Juneau étendit son usage au moins jusqu'en juin 2021 et prolongea ensuite cette obligation en raison de l'augmentation des cas de Covid-19 (cf. Alasla Public Media).

Le président Joe Biden espère convaincre les citoyens des États récalcitrants de l'intérêt de porter un masque et de se faire vacciner. Face à l'indifférence de certains citoyens, en septembre 2021 il obligea par décret tous les fonctionnaires et salariés de sous-traitants des agences fédérales à se faire vacciner (cf. TV5 Monde). Fin novembre 2021, seuls 59% de la population américaine était vaccinée.

En Europe, fin 2020 les courbes épidémiques ne baissant pas aussi vite comme prévu, la Belgique, le Luxembourg et la France notamment ont renforcé leurs mesures sanitaires et tous ont demandé à la population de rester très prudente à l'occasion des fêtes de fin d'année au risque de prolonger la pandémie quelques mois de plus. Dans les faits, si en fin d'année la majorité des citoyens respectèrent les consignes et restèrent chez eux en petits comités, début 2021 bon nombre de personnes de retour de vacances à l'étranger ainsi que certains jeunes n'ont pas respecté les consignes et furent à l'origine d'une réaugmentation sensible des contaminations. Ou y reviendra

Plusieurs pays ont subi une troisième vague épidémique entre septembre et novembre 2020 : les Etats-Unis, Israël, le Japon et la Corée du Sud, sans oublier le cas particulier de Hong Kong (voir plus bas). En théorie, elle pouvait déferler sur l'Europe. Et on n'y a pas échappé (voir plus bas).

De nouveaux variants

Entre-temps, mi-septembre 2020 on découvrit en Angleterre une nouvelle mutation du SARS-CoV-2, le variant B.1.1.7 (Alpha) qui s'est rapidement propagé en Europe et dans le reste du monde. Un second variant similaire fut découvert en Afrique du Sud suivi par un troisième variant aux États-Unis et un quatrième variant au Brésil. L'Europe décida de prendre de nouvelle mesures sanitaires pour limiter la propagation des variants à l'approche des fêtes, le pouvoir exécutif, police et douanes accentuant les contrôles, y compris pour les nombreux chauffeurs routiers faisant la navette entre Douvres et Calais.

Mais cela n'a pas suffit pour endiguer la pandémie car les variants ont finalement dominé les souches virales originales ou locales. Certaines, porteuses de la mutation E484K notamment se sont même répandues comme une traînée de poudre car elles échappent aux défenses immunitaires. 

Seule une vaccination rapide et à grande échelle de la population aurait en théorie permis d'empêcher la propagation des variants. Mais puisque début 2021 les stocks de vaccins n'étaient pas encore disponibles, la pandémie s'est installée en Europe et ailleurs dans le monde pour quelques mois supplémentaires avec son lot de contraintes sanitaires.

Une série de vagues épidémiques à Hong Kong

Depuis la déclaration de la pandémie par l'OMS le 16 mars 2020, Hong Kong a subi cinq vagues épidémiques et six vagues en 1 an ! La dernière est survenue vers le 8 décembre 2020 durant laquelle le virus s'est propagé trois fois plus vite qu'à la fin de l'été comme illustré ci-dessous à gauche (cf. HKU, SCMP).

Pour réduire la propagation du virus, la dirigeante de l'exécutif hongkongais imposa de nouveau des mesures de restrictions aux quelque 7.5 millions d'habitants du territoire chinois semi-autonome (rassemblements en public limités à deux personnes, les restaurants ne peuvent pas accueillir plus de deux personnes par table, interdiction de dîner dans un restaurant après 18h, fermeture des salles de sport, des salons de beauté et de massage, télétravail, etc).

Au début de cette nouvelle vague épidémique, les lits d'hôpitaux étaient déjà occupés à plus de 70% de leur capacité et les experts envisageaient une possible saturation à court terme. Ceci dit, Hong Kong ne craint pas les épidémies et y est très bien préparé.

A gauche, Hong Kong a subi sept vagues épidémiques depuis janvier 2020. Une nouvelle vague épidémique liée au variant Omicron est survenue en février 2022 puis à la fin de l'été. A droite, à Hong Kong, le public discipliné porte un masque de protection et respecte la distanciation sociale tout en faisant la queue dans un centre communautaire de dépistage du Covid. Documents Google et Bloomberg.

Rappelons qu'entre janvier et le 8 décembre 2020, Hong Kong totalisa 6975 cas de contamination et 112 décès liés au Covid-19 soit toute proportion gardée, 58 fois moins de cas et 106 fois moins de décès qu'en Belgique ! Entre octobre et décembre 2021, Hong Kong affichait moins de 10 nouveaux cas par jour. Mais une nouvelle vague est survenue en février 2022 liée au variant Omicron. En quelques semaines Omicron entraîna plus de 8300 nouveaux cas de contamination, une véritable explosion virale par rapport aux quelque 12000 cas recensés en près de deux ans de pandémie.

A part la forte résurgence de début 2022, comment explique-t-on les chiffres très faibles observés à Hong Kong par rapport aux autres pays densément peuplés ? Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. D'abord l'effet disuasif d'un pouvoir fort et quasi policier avec des mesures sanitaires drastiques dont un suivi numérique strict et le port obligatoire d'un bracelet pour les personnes en quarantaine. Ensuite, une situation géographique particulière; sans être isolée, la presqu'île de Hong Kong présente une superficie de seulement 1106 km2, soit à peine les deux-tiers de Londres (mais 8 à 10 fois plus grande que Bruxelles ou Paris). Enfin, la culture et le civisme de la population sont très différents de ceux des Occidentaux pour lesquels et surtout dans la tranche 18-35 ans, toute atteinte aux libertés est considérée comme abusive, même en temps de crise. Mais visiblement la stratégie d'un pouvoir fort n'a pas intimidé Omicron.

Système sanitaire effondré au Japon et en Inde

Comme expliqué précédemment, au Japon et en Inde, les populations font face à un système hospitalier mal géré qui n'est pas en mesure d'absorber la charge de malades avec toutes les conséquences dramatiques que cela implique. Fin novembre 2021, seuls 42% des populations japonaises et indiennes étaient vaccinés.

Une troisième vague épidémique en Europe début 2021

Début 2021, en raison de la propagation rapide du nouveau variant B.1.1.7 alias Alpha au Royaume-Uni, la situation sanitaire est devenue dramatique dans les hôpitaux. Pour enrayer l'épidémie, le Royaume-Uni fut contraint de reconfiner pour la troisième fois sa population pour une période d'au moins 6 semaines soit jusquen mars 2021. Suite aux dépistages massifs, les contrôles des patients testés positifs au Covid-19 ont été renforcés en Europe.

Les autorités européennes qui se consertent régulièrement avec les experts de la santé sont conscientes du risque que représente le variant britannique mais pas encore la population qui se croit souvent à l'abri et baisse parfois la garde. Or ce qui s'est passé au Royaume-Uni s'est propagé en Europe à travers les cas importés (cf. RTBF). En effet, on observa de nouveaux foyers de contaminations dans plusieurs grandes villes.

Depuis fin décembre 2020, le variant B.1.1.7 a fait le tour du monde. Le 13 janvier 2021, 50% des Britanniques contaminés portaient le variant B.1.1.7 et 1% des Français contaminés. Le 22 janvier 2021, il était présent chez 17% des Belges contaminés. Depuis, le B.1.1.7 est devenu le variant dominant en Europe.

Entre début 2021 et fin février, la deuxième vague épidémique stagna en Europe et bien que le nombre de contaminations baissait, il restait très élevé (par ex. 1582 nouvelles contaminations en Belgique le 5 janvier 2021 et plus de 4000 cas en France avec un taux s'accélérant fin janvier).

La proportion des variants du Covid-19 en Europe en janvier 2021. Document ECDC.

Plusieurs pays dont l'Allemagne, la France et le Portugal ont renforcé et prolongé leurs mesures sanitaires dont le maintien de la fermeture des commerces non essentiels, le couvre-feu à 18 ou 22h dans certains pays, alors que le Luxembourg réouvrait ses commerces de détails mais avec des mesures plus strictes. Même Venise décida de fermer ses musées.

En Belgique, les experts avaient prévenu le gouvernement dès avant Noël 2020 qu'une troisième vague épidémique se profilait (cf. La Libre) et qu'il fallait agir immédiatement pour ne pas reproduire les erreurs de 2020. Ils n'ont pas été écoutés ou en tous cas, comme dans d'autres pays, le gouvernement n'a pas durci les mesures de quarantaine. Or, on constate que le variant britannique met non pas 7 mais 10 jours pour développer des symptômes chez une personne asymptomatique. Autrement dit, une quarantaine de 2 semaines est nécessaire lorsqu'une personne revient d'une zone à risque. Réaliser un test PCR le 7e jour de la quarantaine n'est donc pas suffisant. L'Allemagne l'a bien compris et réalise le test PCR au 1er et au 10e jour. Finalement, la Belgique et d'autres pays ont porté la durée de quarantaine à 10 jours.

Depuis le 14 janvier 2021, le microbiologiste Herman Goossens de l'Université d'Anvers qui est également conseiller auprès de plusieurs instances internationales, avertit sur tous les plateaux de TV que nous assistions aux prémices d'une troisième vague épidémique. Si on ne prenait pas de nouvelles mesures immédiatement, il affirma qu'on se retrouverait bientôt avec une situation aussi dramatique qu'en Italie en mars 2020 (cf. Le Soir).

Face à cette situation, début 2021 plus d'un pays envisagèrent une nouvelle fermeture des frontières mais cette fois en autorisant les rapprochements familiaux, le passage des travailleurs frontaliers et en limitant les transports aériens aux activités essentielles. Les étudiants des écoles supérieures ont également dû suivre les cours à distance et se priver de vie sociale jusqu'au mois de mars ou d'avril 2021 selon les pays.

En mars 2021, la France, les Pays-Bas, le Luxembourg, l'Italie, la Finlande, la Tchéquie et la Hongrie durent affronter une troisième vague épidémique. Puis se fut le tour des autres pays dont la Belgique, l'Allemagne et la Suisse avec des intensités et des durées variables.

Pourquoi la courbe des contaminations n'a-t-elle pas baissé en Europe début 2021 ? Les taux élevés de contaminations qu'on a observé est lié à la présence de plusieurs nouveaux variants dont Alpha (B.1.1.7) qui présente une mutation (une délétion Y144-145) ainsi que Beta (B.1.351) et Gamma (P.1) qui présentent la mutation E484K, trois variants plus contagieux (jusqu'à 1.6 fois) dont les mutations leurs permettent d'échapper aux défenses du système immunitaire et parfois d'être plus virulents. Le fait que le variant britannique se propage plus vite que les autres est également un facteur de risque important. Cela explique la persistance des cas de contamination et la situation critique dans certains pays tels qu'au Portugal où les hôpitaux étaient au seuil de la saturation en février 2021 (cf. Wort) et dans certaines villes de France, où des patients Covid furent traités en Belgique en mars 2021. A son tour, les hôpitaux de Belgique furent au seuil de la saturation en avril 2021. C'est pour cette raison que la plupart des pays européens ont maintenu leurs restrictions et notamment la fermeture des commerces non essentiels jusqu'en mai 2021 tout en accélérant les campagnes de vaccination. Et ce fut bénéfique puisque les courbes de contaminations se sont finalement orientées à la baisse.

Enfin, il y eut une bonne nouvelle. En mars 2021 le nombre de nouveaux cas de Covid-19 chuta au Royaume-Uni avec un taux comparable à l'été 2020. A partir d'avril 2021, on ressentit également les effets bénéfices de la vaccination dans la plupart des autres pays européens, dont en France, en Belgique et au Luxembourg avec une baisse lente mais régulière de ~10% d'une semaine à l'autre des nouveaux cas de contamination puis de ~16% fin mai 2021 et de mieux en mieux ensuite.

En même temps que plusieurs pays européens ouvraient leurs frontières aux touristes, à partir du 7 juin 2021, la Belgique décida que le port du masque facial n'était plus obligatoire à l'extérieur, le réservant aux contacts rapprochés. A chaque commune de réglementer son usage dans l'espace public. En France et au Luxembourg, le port du masque à l'extérieur fut recommandé jusque fin juin 2021 tandis qu'en Allemagne il n'est obligatoire que dans les transports en commun.

Dans la foulée, les restaurants, les lieux culturels, sportifs et autre piscines ont réouvert tout en gardant certaines mesures sanitaires (distanciation, pas de douche, etc). Bref, les européens semblaient retrouver lentement la santé et leurs libertés. Mais ce ne fut que de courte durée.

Une quatrième et cinquième vagues épidémiques en Europe à l'automne 2021

Dans une étude disponible sur le site de l'institut Pasteur le 28 juin 2021 (et en résumé), les chercheurs de l'institut Pasteur en France ont étudié les effets de la vaccination partielle contre le SARS-CoV-2 dans la population française pour en déduire les implications pour le contrôle d'une éventuelle nouvelle vague épidémique suite à la propagation des nouveaux variants après les vacances d'été.

En résumé, en raison de la présence d'une poignée de variants plus contagieux, en l'absence de mesure de contrôle de l'épidémie et d'une couverture vaccinale maximale de la population, ils prévoyaient "un nouveau pic d'hospitalisations important à l'automne 2021, similaire à celui de l'automne 2020". Autrement dit, ils estimaient que les conditions seraiont aussi sévères qu'un an auparavant alors que 50 à 80% de la population selon les pays est vaccinée, ce qui encore plus préoccupant ! La raison est que le virus se propage essentiellement par les personnes non vaccinées.

Le 1 juillet 2021, Hans Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe, avertit également les Européens du risque d'une nouvelle vague épidémique portée par le variant Delta, au moment où l'Europe lança son certificat Covid (cf. la gestion de la crise sanitaire de Covid-19) dans l'espoir de relancer le tourisme, tandis que le nombre des cas augmentait de manière alarmante en Afrique.

Tout en restant optimistes mais réalistes, après la France et d'autres pays qui l'ont déjà subie, la Belgique et l'Allemagne se sont préparées pour lutter contre cette quatrième vague épidémique, en espérant que les campagnes de vaccination auront de l'effet et réduiront le nombre de contaminés. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.

Finalement les prévisions de l'institut Pasteur ne sont confirmées. En effet, en avril 2021 le variant Delta (B.1.617.2) fit son apparition en Europe continentale où il représentait plus d'un tiers des contaminations que ni la quarantaine pour certains voyageurs ni les nouveaux protocoles dans les établissements de santé ne semblaitent pouvoir totalement endiguer. Le variant Delta plus était également présent dans la population. Avec les vacances d'été et le retour des touristes de pays à risque, en Europe le nombre de nouvelles contaminations est de nouveau reparti à la hausse.

A gauche, statut global de la pandémie de Covid-19 le 21 décembre 2021. La pandémie est entretenue par la propagation des variants plus transmissibles tels que Delta et Omicron et principalement via les personnes non vaccinées ou celles qui refusent la vaccination. A droite, les nouveaux cas de contamination par le Covid-19 entre le 28 janvier 2020 et le 6 janvier 2022. Documents ECDC et Our World in Data adapté par l'auteur.

Rappelons que selon une étude publiée le 7 juillet 2021, la charge virale du variant Delta est ~1000 fois plus élevée et il se propage 2.25 fois plus vite que le variant Alpha; il est aussi contagieux que la varicelle. Il suffit d'un contact rapproché de 5 secondes avec une personne contaminée pour transmettre le virus. Par conséquent, les porteurs du variant Delta sont considérés comme des super-contaminateurs. Leurs comportemernts et leurs déplacements affectent donc la propagation du virus, deux paramètres que les modèles doivent désormais prendre en considération pour prédire correctement l'évolution de la pandémie.

A partir de début juillet 2021, les Etats-Unis subirent une nouvelle vague épidémique (leur cinquième) comme en ont connu le Royaume-Uni, l'Espagne, la France et l'Italie. La Belgique, l'Allemagne et les Pays-Bas notamment y échappèrent quelques temps mais une quatrième vague épidémique finit par toucher toute l'Europe en novembre 2021 avec plus de 10000 contaminations pour 100000 habitants. Cette nouvelle crise força les hôpitaux à de nouveau réserver des lits pour les patients Covid (cf. RTBF) qui concernaient cette fois entre 70 et 100% des personnes non vaccinées selon les hôpitaux.

A son tour, en novembre 2021 une cinquième vague épidémique toucha la Tchéquie (où 40% de la population n'était pas vaccinée), la France (30% de non vaccinés) et les Pays-Bas (15% de non vaccinés) parmi d'autres pays, forçant les gouvernements respectifs à réinstaurer le travail à distance, le respect des gestes barrières et assurer un plus grand contrôle dans les restaurants et les rassemblements de foule notamment.

L'Autriche qui atteignait à peine 65% de vaccinés, décida de confiner les non-vaccinés durant quelques semaines en espérant que cela les convainc de se faire vacciner puis reconfina toute sa population jusqu'à la mi-décembre 2021. Face à la propagation du variant Omicron, mi-décembre 2021 le Royaume-Uni et la Belgique renforcèrent également leurs mesures sanitaires. A son tour, face à la dominance du variant Omicron, les Pays-Bas qui avaient un peu vite baissé le masque reconfinèrent leur population jusque début janvier 2022.

Face à cette situation redevenue critique en Europe, la plupart des pays ont renforcé les campagnes de vaccination pour ne pas fermer les frontières ni interdire aux Européens de voyager ou les reconfiner. L'urgence de vacciner 90 voire 100% de la population est devenue tous les jours plus pressante. L'objectif de 100% de vaccinés signifie que la vaccination serait obligatoire.

Se pose alors une question éthique pour le personnel de la santé : comment soigner les malades non-Covid nécessitant des opérations urgentes si plus de la moitié des lits aux soins intensifs sont occupés par des patients non vaccinés ? On abordera cette question sensible dans l'article consacré à la gestion de la crise au Covid-19.

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