Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

 

 

 

 

Les voies de transmission du Covid-19

La transmission par contact (II)

Le SARS-CoV-2 ne peut pas pénétrer la peau et vous infecter de cette manière. En effet, tous les virus recourent à des liaisons moléculaires pour pénétrer dans une cellule et se reproduire. La peau ne dispose pas des récepteurs ACE2 dont a besoin le virus. Autrement dit, ce n'est pas parce qu'un virus se poserait sur votre peau, qu'il vous a contaminé, que vous serez malade. La peau est un obstacle mécanique qui est notamment conçu pour préserver l'organisme et ses milliards de cellules des attaques extérieures. C'est son rôle et il l'assure parfaitement, ne laissant que quelques pores ouverts pour assurer la transpiration.

Mais que signifie un contact physique sachant que la peau est imperméable au virus ? En fait le virus peut nous contaminer par une voie détournée et de plusieurs manières.

Si le virus ne peut pas pénétrer la peau pour atteindre les cellule portant le récepteur ACE2, il peut les contaminer après un contact avec les muqueuses (bouche, nez, etc) et les yeux, d'où l'usage du masque facial, des mesures de distanciation sociale et l'intérêt d'avoir une bonne hygiène au quotidien.

A gauche, la mère de l'actrice Kristen Bell est infirmière et lui rappela l'intérêt de bien se laver les mains au savon. Elle a mis de la crème Glo Germ sur ses mains, les a plus ou moins lavées puis les éclaira sous les UV. On constate qu'il faut se laver les mains au savon, y compris entre les doigts, la paume et sous les ongles, au moins 30 secondes pour supprimer tous les germes, l'effet moussant permettant de les déloger plus facilement. A droite, expérience similaire réalisée par le Dr. Brian Martin à l'Eastern Virginia Medical School. Documents Kristen Bell/Instagram et WTKR.

La transmission par contact s'effectue lorsque personne saine sert la main d'une personne contaminée ou touche des objets contaminés (même la surface extérieure d'un masque de protection usagé) que ce soit à main nue ou en portant des gants en pensant être protégée. Si ensuite la personne se touche le visage - et nous le faisons tous très souvent -, ou touche un objet personnel comme son GSM et le contamine puis le pose sur son oreille et sa joue, des virus peuvent se déposer sur son visage. Laissons faire le temps ou un geste mal placé et ces virus peuvent migrer vers les muqueuses ou les yeux. Pour ainsi dire à son insu, la personne s'est auto-contaminée, c'est une autre forme de contamination croisée. Elle aura beau jeter ses gants souillés dans une poubelle, désinfecter tous les objets personnels qu'elle a touché y compris dans sa voiture ou chez elle, le mal sera fait : les virus seront toujours sur son visage voire déjà dans ses muqueuses.

Survie du virus sur la peau humaine

Selon une étude réalisée au Japon, le Covid-19 peut survivre jusqu'à 9 heures sur la peau, contre environ 2 heures pour l'Influenzavirus (IAV) de la grippe.

Simulation réalisée en 2018 montrant que se laver les mains 5 à 10 fois par jour (à droite) réduit le nombre de cas de contamination par l'influenzavirus (la grippe) au Royaume-Uni de moitié au bout de 100 jours (et de 31% au 169e jour). Document Hanna Fry.

Dans cette étude publiée dans la revue "Clinical Infectious Diseases" le 3 octobre 2020, Ryohei Hirose de l'Université de Médecine de Kyoto et ses collègues déclarent que "le SARS-CoV-2 peut avoir un risque plus élevé de transmission par contact [c-à-d. transmission par contact direct] que l'IAV parce que le premier est beaucoup plus stable sur la peau humaine. Ces résultats soutiennent l'hypothèse qu'une bonne hygiène des mains est importante pour prévenir la propagation du SARS-CoV-2".

Pour réaliser cette étude, sachant que pour des raisons éthiques il est difficile d'utiliser de la peau humaine, les chercheurs ont créé un modèle de peau à partir d'échantillons de peau humaine obtenus à partir d'autopsies. Les échantillons furent collectés environ un jour après le décès. Les auteurs notent que même 24 heures après la mort, la peau humaine peut encore être utilisée pour les greffes de peau, ce qui signifie qu'elle conserve une grande partie de ses fonctions pendant un certain temps après la mort. Selon les auteurs, de tels échantillons pourraient servir de modèle pour la peau humaine.

En utilisant leur modèle, les auteurs ont découvert que le SARS-CoV-2 resta actif sur les échantillons de peau humaine pendant 9.04 heures, contre 1.82 heure pour le virus de la grippe A. Lorsque ces virus étaient mélangés avec du mucus, pour imiter la libération de particules virales lors d'une toux ou d'un éternuement par exemple, le SARS-CoV-2 survivait encore plus longtemps, environ 11 heures. Cependant, les deux virus furent inactivés sur la peau 15 secondes après l'utilisation d'un désinfectant pour les mains à base de 80% d'éthanol.

Les auteurs concluent : "Une bonne hygiène des mains [...] conduit à une inactivation virale rapide [du virus] et peut réduire le risque élevé d'infections par contact".

En parallèle, dans un rapport publié le 9 octobre 2020, le CDC annonça qu'en 2020, 65% des hommes (contre 63% en 2019) ont déclaré se laver les mains après avoir toussé, éternué ou se moucher; contre 76% des femmes. De plus, 69% des adultes blancs ont déclaré s'être lavés les mains après avoir toussé, éternué ou se moucher, contre 83% des adultes noirs et 72% des adultes hispaniques. Selon le CDC, "Ces résultats soulignent l'importance de promouvoir le lavage fréquent des mains pendant la pandémie de Covid-19, en particulier après avoir toussé, éternué et se moucher".

En moyenne cela signifie que si la majorité des gens (73%) se lavent les mains quand les circonstances l'exigent, environ 27% de la population ne respecte pas les règles élémentaires d'hygiène. Le rapport précise que "Les hommes, les jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans et les adultes blancs non hispaniques étaient moins susceptibles de se rappeler de se laver les mains dans de multiples situations". Voilà une autre bonne raison de se laver les mains une fois de plus.

A gauche, se laver les mains au savon est un geste hygiénique élémentaire qu'on apprend dès l'enfance. Il doit devenir un réflexe fréquent lors d'une épidémie. A droite, cinq bonnes raisons de se laver les mains. Documents D.R. et SafeDon.

Enfin, dans une étude publiée dans le journal "JAMA"  le 16 septembre 2020, Weibiao Zeng de l'Hôpital de l'Université de Nanchang et ses collègues ont montré que le port quotidien (plus de 8 heures par jour) de lunettes de vue réduirait significativement le risque de contamination par le Covid-19. Selon les chercheurs, "sur 276 patients Covid suivis à Suizhou dont 56.2% d'hommes et un âge moyen de 51 ans, la proportion de porteurs quotidiens de lunettes était inférieure à la population locale (5.8% contre 31.5%)".

Bien sûr les chercheurs reconnaissent que cette étude "présente des limites notables [...] Des études supplémentaires sont nécessaires pour clarifier les raisons pour lesquelles le port de lunettes peut diminuer la sensibilité au Covid-19".

Autres voies de transmission

Le SARS-CoV-2 se propage également via le liquide séminal comme on l'a constaté aux Etats-Unis et en Chine sur des prélèvement effectués sur des hommes et des femmes (cf. J.Lin et al., 2020; X.Yang et al., 2020; S.Wang et al., 2020). Cela ne surprend pas les virologues sachat que les virus Ebola et Zika parmi d'autres se transmettent de la même façon. On se demande toutefois si le Covid-19 ne serait pas à l'origine d'une MST. Mais pour le confirmer il faut analyser beaucoup plus d'échantillons de sperme et de cellules testiculaires. Pour l'instant ce lien n'est pas établi.

Le SARS-CoV-2 se transmet aussi via les selles comme on l'a constaté en Chine (cf. W.Bu et al., 2020). Les tests de dépistage PCR montrent également qu'on trouve la plus forte concentration de microbes dont le SARS-CoV-2 dans les fosses nasales et dans l'anus.

Une autre étude a confirmé que les intestins des chauves-souris de l'espèce Rhinolophus sinicus pouvaient également être infectés par le SARS-CoV-2. Les chercheurs en déduisent que le tractus intestinal humain pourrait être une voie de transmission du virus (cf. J.Zhou et al., 2020).

Comme nous l'avons expliqué, on peut aussi observer une contamination croisée via les eaux usées. Les coronavirus peuvent se transmettre via l'eau contaminée par des selles où sa charge virale peut survivre entre quelques jours et plusieurs semaines (cf. L.Casanova et al., 2009), ce qui a d'importantes implications pour le contrôle sanitaire, l'hygiène et la qualité de notre environnement.

En avril 2020, on avait déjà retrouvé des traces "infimes" de SARS-CoV-2 dans les eaux de la Seine et du Canal de l'Ourcq en France (cf. Le Monde, 2020). Les mois passant, en novembre 2020 on a constaté que les eaux usées du Luxembourg étaient toujours très "fortement marquées" par le présence du virus bien qu'on notait une légère baisse (cf. Wort).

Selon les scientifiques de l'Institut Luxembourgeois de Science et Technologie (LIST), dès le début de la pandémie, il a été démontré que l'importance de la prévalence virale dans les eaux usées était corrélée à la courbe des infections quelques jours plus tard. Ainsi, les relevés du LIST réalisés avant la deuxième vague épidémique avaient alerté de la flambée des cas positifs avant même que les résultats des dépistages pratiqués ne laissent entrevoir cette reprise.

Bonne nouvelle, selon l'OMS aucune preuve n'indique que le SARS-CoV-2 ou aucun autre coronavirus ait pu contaminer les réservoirs naturels d'eau potable.

Enfin, le SARS-CoV-2 ne se transmet pas par le sang, lors d'une blessure par exemple, bien qu'on ait observé quelques virus dans le sang de personnes infectées mais très affaiblies par la maladie. Ce n'est pas sa voie de transmission habituelle.

Survie du virus sur les surfaces

Bien que certaines études soient contradictoires, il est acquis que la charge virale du SARS-CoV-2 peut également rester active plusieurs jours sur les surfaces. Comme tous les microbes, ce virus se transfert facilement d'un objet à l'autre par un objet contaminé, ce que les Anglos-saxons appellent un fomite ou vecteur passif de transmission (cf. A.B. Boehm et al., 2010), par exemple de la peau contaminée vers des surfaces de contact élevées telles que les écrans tactiles des téléphones portables, les guichets automatiques bancaires (ATM), les bornes d'enregistrement des aéroports et les bornes libre-service des supermarchés, agissant tous comme vecteurs de transmission de virus.

Une étude réalisée à l'Université de Surrey en 2013 sur un large échantillon de smartphones y a trouvé des coliformes fécaux, des streptocoques, des staphylocoques dorés et bien d'autres microbes (cf. Rolfe et Nitti, 2016). La transmission de bactéries et de phages par un vecteur passif comme la main ou le bout des doigts est efficace dans 33% des cas (cf. P.Rusin et al., 2002).

Document Dreamstime.

Une étude réalisée dans des conditions contrôlées de laboratoire (température entre 21 et 23°C, humidité relative de l'air de 65% pour le test des aérosols et de 40% pour le test des surfaces) montre que le temps estimé de demi-vie du SARS-CoV-2 (le temps pour que la quantité de virus soit divisée par deux) dans les aérosols serait de 1.1 heure, elle serait de 0.8 heure sur des surfaces inertes comme le bois, de 3.5 heures sur le carton, 5.6 heures sur l'acier et 6.8 heures sur du plastique.

En laboratoire, par 20°C et 50% d'humidité une charge virale équivalente à celle des virus excrétés par des patients Covid reste active jusqu'à 28 jours sur des surfaces comme le verre, l'acier trempé et les billets de banque en papier ou en polymère (cf. S.Riddell et al., 2020).

D'autres tests ont montré qu'on pouvait encore détecter le virus pendant 3 heures dans les aérosols, 4 heures sur du cuivre, 24 heures sur du carton, 3 jours sur de l'acier inoxydable, 4 jours sur du bois et jusqu'à 9 jours sur du plastique (cf. G.Kampf et al., 2020; N. van Doremalen et al., 2020).

En fait, tout le mobilier urbain que l'on touche ou tout ce qui nous touche risque d'être contaminé. Même risque dans les bureaux, les résidences à appartements et tous les bâtiments publics qui doivent être fréquemment désinfectés. D'où l'utilité d'avoir près de soi un petit aérosol assainissant à base d'alcool ou de se laver régulièrement les mains au savon.

Concrètement, si un médecin ausculte un malade au stéthoscope, avec un thermomètre, prend sa tension avec un brassard et un tensiomètre ou lui demande de se coucher à moitié vêtu ou prend une radiographie, des tests ont montré qu'il risque de transférer des virus sur son mobilier ou ses appareils et les transmettre à d'autres patients. Tout le personnel de santé doit donc veiller à ce que le matériel qu'il utilise soit systématiquement stérilisé ou désinfecté avant chaque usage (cf. OMS). Le médecin doit aussi porter un masque de protection.

Concernant les textiles, on sait de triste expérience que des couvertures contaminées peuvent préserver des microbes pendant plusieurs semaines et contaminer ceux qui les portent. L'enveloppe des coronavirus étant fragile et ne supportant pas l'air sec, elle se dégrade rapidement sur les tissus.

Dans une étude sur le SARS publiée en 2005, des chercheurs ont testé des quantités de plus en plus importantes d'échantillons viraux sur du papier et sur une robe en coton. Selon la concentration des virus, il fallut 5 minutes, 3 heures ou 24 heures pour qu'ils deviennent inactifs. Selon les chercheurs, "Même avec une charge virale relativement élevée dans les gouttelettes, une perte rapide de contamination a été observée pour le papier et le coton" (cf. W.W.L. Lim al., 2005).

Sur base de ces données, on recommande que les vêtements ayant été portés soient lavés à 60°C et si ce n'est pas possible comme dans le cas des magasins de prêt-à-porter, de les isoler pendant 24 heures avant de les remettre en rayon.

Aucune expérience n'a été réalisée à ce jour dans un supermarché, un magasin, un café ou un restaurant. Les rares études évoquées plus haut furent soit basées sur des simulations de propagation des aérosols, y compris par dessus les rayonnages d'un supermarché soit réalisées dans des hôpitaux de Wuhan ou en studio au Japon. Dans tous les cas, il s'avère que le risque de contamination n'est pas donc nul. Cependant, il ne fut pas démontré dans la vie réelle, raison pour laquelle l'OMS n'en a pas parlé jusqu'au mois d'octobre 2020.

Sachant cela, quels sont les conseils des chercheurs ? Pour écarter tout risque de contamination, dans une pièce occupée par une personne contaminée, les chercheurs japonais suggèrent de bien aérer la pièce pendant 1 heure avant d'autoriser les visites. Ils recommandent également aux personnes contaminées de rester isolées ou de porter un masque en présence d'autres personnes et aux personnes saines en contact avec le public de porter un masque pour leur propre protection.

Rappelons toutefois que le masque chirurgical n'est pas une protection efficace contre le SARS-CoV-2 dont la taille (60 à 140 nm soit 0.06 à 0.14 micron) est très inférieure à celle du maillage. Pour rappel un masque FFP1 (déjà plus protecteur qu'un masque chirurgical) laisse passer les particules < 0.6 micron. Les microgouttelettes contenant potentiellement des charges virales mesurent entre 0.5 et 12 microns et jusqu'à 100 microns pour les gouttelettes. Un masque de protection facial représente seulement un filtre qui retiendra les plus grosses particules présentes dans l'air exhalé et les aérosols; le masque limite ainsi la propagation des particules virales à très courte distance. Comme on dit, mieux vaut ça qu'aucune protection.

Mais les conditions d'un laboratoire dans lequel un sujet ne se protège pas pour éternuer et où l'air ne circule pas ne reflètent pas les conditions réelles d'un supermarché, d'un restaurant ou d'un bus par exemple et certainement pas un endroit naturel; les conditions de ces tests sont loin de refléter les environnements dans lesquels nous vivons quotidiennement et n'ont donc qu'une valeur théorique de référence en utopie, un pays où jamais personne n'a mis les pieds !

Temps de séchage des gouttelettes virales

Motivé par le fait que la propagation du Covid-19 dépend notamment du temps de séchage des gouttelettes respiratoires contaminées (cf. R.Bhardwaj et A.Agrawal, 2020), dans un article publié dans la revue "Physics of Fluids" le 11 août 2020, les auteurs ont analysé le temps de séchage des gouttelettes contaminées par le SARS-CoV-2 sur des surfaces d'équipements de protection individuelle comme un masque facial plus ou moins humide et hydrophobe.

Temps de séchage d'une gouttelette d'eau de 5 nl en fonction de l'angle de contact θ pour une température ambiante de 25°C et une HR=50%. Document R.Bhardwaj et A.Agrawal (2020) adapté par l'auteur

Selon les chercheurs, "le temps de séchage est maximal si l'angle de contact θ = 148° [...] Cette valeur est indépendante du volume initial de la gouttelette, de la température ambiante, de l'humidité relative et des propriétés thermophysiques de la gouttelette et de la vapeur d'eau". Autrement dit, indépendamment de la température et de l'humidité, le séchage optimal s'obtient lorsque la gouttelette reste quasiment sphérique et ne s'étale pas, c'est-à-dire lorsque la surface est hydrophobe.

Rappelons que l'angle de contact d'une gouttelette d'eau varie en fonction de la surface. Coton : 41-62°, bois : 62-74°, verre : 5-15°, acier inoxydable : 32°, écran de smartphone : 74-94°, surface enduite de PVC : 80-84° et masque FFP2 (N95) : 97-99°.

De plus, le risque d'un transfert du virus des surfaces contaminées aux mains est globalement faible (cf. G.Kampf et al., 2020). Selon Kampf et ses collègues, 31.6% des virus furent transférés de la surface à la main lors d'un contact de 5 secondes pour la grippe A et seulement 1.5% pour le virus parainfluenza de type 3 (responsable d'une pneumonie et d'une bronchiolite).

Selon Bhardwaj et Agrawal, "Par conséquent, il est raisonnable de supposer que les risques de contamination sont considérablement réduits après le séchage des gouttelettes respiratoires".

En considérant des gouttelettes de 4 pl à 262 nl produites lors de la toux, l'éternuement ou la conversation, un diamètre des gouttelettes variant entre 20 et 800 μm, les calculs montrent que le temps de séchage des gouttelettes respiratoires sur une surface avec θ = 148° varie entre 0.25 et 402 secondes soit près de 7 minutes pour les gouttelettes les plus volumineuses.

Quant à l'effet du revêtement et des impuretés en surface, selon les chercheurs, "l'augmentation de la rugosité est bénéfique pour toute surface hydrophile donnée, car elle contribuera à réduire le temps de séchage ainsi que les risques de contamination".

Cette étude renforce l'avis des spécialistes qui considèrent qu'il est préférable de conserver un masque peu utilisé dans un endroit chaud plutôt que froid afin qu'il sèche plus rapidement et que les particules virales soient détruites. On reviendra sur l'élimination des microbes.

Qu'observe-t-on maintenant dans la vie réelle ? Jusqu'en décembre 2020, personne n'avait la réponse. Depuis deux études furent publiées sur la contamination des surfaces par le Covid-19.

Résultats des mesures sur le terrain

Dans un article publié sur "medRxiv" le 2 juin 2020 (non validé), des chercheurs de l'Université de Bonn en Allemagne ont montré que l'ARN du SARS-CoV-2 avait été détecté sur seulement 3% des surfaces les plus fréquemment touchées, comme les poignées de portes, et sur 15% des surfaces de la salle de bain. Ils n'ont pas été en mesure de cultiver le virus en laboratoire à partir de ces échantillons. Autrement dit, ces fragments de virus étaient inoffensifs. Toutefois, vu la méthode RT-PCR utilisée, il fallait prendre ses résultats avec prudence. En 2022, leur étude n'était toujours pas validée. Depuis d'autres études ont été réalisées.

Dans un article publié dans les "Environmental Science and Technology Letters" le 14 décembre 2020, Amy J. Pickering de l'Université Tufts de Somerville et ses collègues ont étudié la contamination des surfaces par le Covid-19 au sein de la ville qui compte 80000 habitants et située en périphérie de Boston, Ma., aux Etats-Unis.

Dans une deuxième étude publiée dans les "Environmental Science and Technology Letters" le 6 janvier 2021, Anak K. Pitol de l'Imperial College de Londres et Timothy R. Julian de l'institut suisse Eawag ont modélisé ces données pour déterminer le risque de contamination et les meilleures stratégies pour réduire ce risque.

Les biologistes ont prélevé sur écouvillons 348 échantillons entre avril et juin 2020 sur la surface des portes de magasins, des couvercles de conteneurs à poubelles, des touches de distributeurs de billets, des pistolets de pompes à carburant et des boutons-poussoirs pour piétons qui furentr ensuite analysés par PCR.

Survie du Covid-19 sur les surfaces. Document RTBF.

Selon les auteurs, ces objets stratégiques sont touchés jusqu'à 30 fois par heure par les personnes. "29 des 348 échantillons de surface soit 8.3% étaient positifs pour l'ARN du SARS-CoV-2". Toutefois la probabilité d'une transmission indirecte par ces surfaces contaminée est très faible : "moins de 5 cas sur 10000" selon Julian.

L'étude américaine n'a pas évalué la contamination des surfaces de contact pendant une période prolongée, comme les tables et la vaisselle dans les restaurants. Selon Julian, "La probabilité que quelqu'un tousse ou éternue sur une table et donc que des gouttelettes contenant de fortes concentrations de virus se trouvent sur cette surface, est beaucoup plus élevée que sur un bouton-poussoir ou une poignée de porte". Par précaution, le nettoyage et la désinfection des tables et des autres objets à disposition du public restent donc essentiels.

Les chercheurs concluent que "Comme l'analyse des eaux usées, le dépistage du SARS-CoV-2 sur les surfaces souvent touchées pourrait être un instrument très utile pour compléter les tests biologiques et détecter de façon précoce les évolutions de la pandémie".

Selon l'Eawag, "Aujourd'hui il n'y a pas de raison de vraiment s'inquiéter à ce sujet : la probabilité de se contaminer avec le SARS-CoV-2 en touchant des boutons ou des touches d'accès libre est beaucoup plus faible que par d'autres voies". Si c'est exact cela ne veut pas dire que le risque est nul puisque qu'un échantillon sur douze était tout de même contaminé. Cela signifie surtout que les mesures d'hygiène et les gestes barrières anti-Covid-19 restent d'actualité tant que le virus est actif.

En résumé, si une personne contaminée ne se protège pas et laisse des microgouttelettes sur une surface (table, poignée de porte, tapis déroulant et autre objet), chacun peut attraper le virus en discutant avec elle ou en touchant des objets qu'elle a touché ou situés près d'elle puis en portant sa main à sa bouche, d'où l'intérêt de bien nettoyer puis de désinfecter les surfaces utilisées par le public ou même par du personnel médical. Ensuite, chacun doit appliquer toutes les mesures de protection sanitaire. On reviendra sur la réponse sanitaire des gouvernements face à ce risque qu'ils ont tous largement sous-estimé durant la première vague épidémique.

Le rôle protecteur du mucus

Pendant près de deux ans, une question est restée en suspens : pourquoi le SARS-CoV-2 se propage-t-il difficilement par contact ? En effet, après deux ans de pandémie de Covid-19, il est devenu évident que le SARS-CoV-2 risque beaucoup plus de nous contaminer par voie aérienne (cf. page 1), via les microgouttelettes en suspension dans l'air contenant des charges virales, que par contact.

Les études de contamination des surfaces ont généralement utilisé des virus en suspension dans des tampons ou des milieux de culture, alors que dans le monde réel, le SARS-CoV-2 est recouvert du mucus que la personne expulse lorsqu'elle parle, tousse ou éternue.

Structure du SARS-CoV-2 et de la mucine où les protéines S virales se lient aux glycanes Sia de la mucine. Certains coronavirus se lient à Sia via l'hémagglutinine estérase. Document J.Kramer et al. (2022) adapté par l'auteur.

Dans un article publié dans la revue "ASC Central Science" en 2022, Jessica Kramer du Département de génie biomédical de l'Université d'Utah et ses collègues se sont demandés si les composants du mucus pouvaient expliquer l'écart entre les prédictions qui annonçaient des contaminations par contact et la réalité où elles furent très faibles.

Le mucus que nous secrétons contient de l'eau, des sels, des lipides, de l'ADN et des protéines parmi lesquelles des mucines, des macromolécules qui recouvrent les cellules et protègent les épithéliums contre les agressions endogènes ou exogènes (cf. N.Porchet et J.-P.Aubert, 2004).

Ces mucines sont fortement liées à des molécules de sucre appelées glycanes, qu'on retrouve notamment dans les glycoprotéines. Pour infecter une cellule, la (glyco)protéine S du SARS-CoV-2 lie les molécules de glycane ayant un acide sialique à leurs extrémités aux récepteurs ACE2 situés sur la surface des cellules hôtes. Les chercheurs se sont alors demandés si le coronavirus reconnaissait également les glycanes contenant l'acide sialique des mucines. Si c'est le cas, la protéine S étant déjà liée aux glycanes du mucus, elle ne pourrait peut-être pas se lier à celles des cellules...

Pour étudier cette possibilité, pour des raisons de sécurité sanitaire les chercheurs ont étudié un coronavirus humain appelé OC43, qui a évolué relativement récemment à partir d'un coronavirus de vache et provoque principalement des infections respiratoires bénignes.

L'équipe a déposé des gouttelettes porteuse de charges virales de l'OC43 dans un tampon ou un milieu de culture additionné de 0.1 à 5% de mucines, ce qui correspond à la plage de concentration des mucines trouvées dans le mucus nasal et la salive humaines. Ils les ont ensuite placées sur une surface en plastique et les ont laissées sécher. Ensuite, ils ont réhydraté le résidu viral et mesuré sa capacité à infecter les cellules. Comparées au tampon ou au milieu de culture seul, les solutions additionnées de mucines étaient considérablement moins infectieuses. L'équipe a également testé des surfaces en acier, en verre ainsi que la surface plastifiée des masques chirurgicaux, et obtenus des résultats similaires.

Les chercheurs ont constaté qu'à mesure que les gouttelettes séchaient, les mucines se déplaçaient vers le bord et s'y concentraient, attirant le virus avec elles. Cela rapprochait les mucines des particules virales, leur permettant d'interagir plus facilement. Le fait de couper les glycanes d'acide sialique des mucines avec une enzyme a éliminé la liaison virale et détruit l'effet protecteur des glycoprotéines.

Les chercheurs soupçonnent que du fait que le SARS-CoV-2, comme l'OC43, se lie aux glycanes d'acide sialique à la surface des cellules, les mucines réduiraient également probablement son pouvoir infectieux. De plus, sachant que les concentrations et les types de molécules de sucre liées aux mucines peuvent varier en fonction du régime alimentaire et de certaines maladies, cela pourrait éventuellement expliquer la vulnérabilité de certaines personnes au Covid-19.

Les conditions météos

Les conditions climatiques, l'humidité, la température et donc indirectement les saisons peuvent-elles influencer la propagation du Covid-19 ? Sachant que certaines infections comme le rhume ou la grippe se transmettent plus facilement en hiver, par temps humide ou suite à un fort contraste de température, on aurait tendance à croire que le Covid-19 obéit aux mêmes règles. Avec le peu de recul que nous avons, peut-on le prouver ?

Taux de reproduction de base (R) du Covid-19 en fonction des facteurs météo pour 100 villes chinoises. Document J.Wang et al. (2020).

Dans un article publié sur le site "SSRN" (non validé mais à publier sur BJM) le 10 mars 2020 et révisé le 25 janvier 2021, Jingyuan Wang de l'Université de Beihang (BUAA) et ses collègues ont évalué l'impact des facteurs météos sur la propagation du Covid-19 dans 100 villes chinoises et 1005 comtés américains. Ils ont pris en compte 69498 cas en Chine et 740843 cas aux États-Unis pour calculer le taux de reproduction de base du virus. Un graphique de leurs résultats est présenté à droite.

Selon les chercheurs, "Une température et une humidité relative plus élevés suppriment potentiellement la transmission du Covid-19. Plus précisément, une augmentation de la température de 1°C est associée à une réduction de la valeur Ro du Covid-19 de 0.026 en Chine et de 0.020 aux États-Unis; une augmentation de l'humidité relative de 1% est associée à une réduction de la valeur Ro de 0.0076 en Chine et de 0.0080 aux États-Unis. Par conséquent, l'impact potentiel de la température et de l'humidité relative sur le taux effectif de reproduction n'est pas suffisamment fort pour arrêter la pandémie".

Mi-2020, des experts du centre européen de recherche d'Ispra publièrent un rapport de 41 pages dans lequel ils ont analysé la propagation du Covid-19 en fonction des conditions météorologiques et de la pollution atmosphérique (notamment sur base de l'étude de D.Contini et al. (2020) ainsi que son effet sur les personnes contaminées.

Ce rapport n'a pas été mis à jour et contient des suppositions basées sur des simulations plutôt que des faits établis. En écartant ces hypothèses, en résumé, dans leurs conclusions les scientifiques confirment les faits suivants :

"La propagation précoce du Covid-19, principalement due à un contact étroit avec des personnes contaminées et des fomites, était statistiquement lié au rayonnement solaire extérieur ambiant, aux températures et à l'humidité de l'air indiquant une relation directe ou indirecte (en ce sens que l'augmentation du rayonnement solaire et des températures influence également le comportement). Un lien direct est étayé par des études de laboratoire qui montrent que le taux de survie du virus en surface et dans les aérosols sont réduits en augmentant le rayonnement solaire, la température et l'humidité".

"La plupart des études statistiques montrent que l'augmentation du rayonnement solaire, de la température et de l'humidité devrait réduire la propagation de la pandémie aux latitudes moyennes, mais plusieurs études montrent que l'intensité de l'épidémie peut seulement être atténuée et ne disparait pas en été dans les latitudes moyennes et dans les régions à climat subtropical et tropical [...]".

"Les impacts d'une exposition à la pollution combinant les morbidités de la pollution atmosphérique avec les statistiques italiennes sur les comorbidités chez les victimes du Covid-19 donnent une limite supérieure à long terme sur le taux de mortalité de la pandémie de Covid-19 de 6.6% en Europe et 11% en Chine".

Voici en détails quelques unes des études sur l'impact des facteurs météorologiques sur la pandémie de Covid-19.

Effet de l'humidité

Il faut distinguer la durée d'activité (la demi-vie) de la charge virale et des particules virales. La charge virale représente le virus isolé de la gouttelette d'eau ou de mucus dans lequel on le trouve généralement. Or une gouttelette étant beaucoup plus grande qu'un virus, elle peut contenir de nombreuses charges virales.

Dans un article publié dans le journal "NEJM" le 16 avril 2020, Neeltje van Doremalen du NIAID et ses collègues ont étudié le cycle du vie de particules virales de Covid-19 dans des conditions contrôlées de laboratoire en présence d'une "fine brume" (fine mist). Leurs résultats indiquent que la charge virale peut résister 3 heures. Mais les chercheurs soulignent que dans le monde réel, le virus ne résisterait pas plus d'une demi-heure dans les mêmes conditions. Et contrairement à certaines rumeurs, il n'a jamais été prouvé qu'en présence de brouillard le Covid-19 pouvait se propager à 15 mètres de distance. Il faut donc être prudent avant d'interpréter la littérature scientifique.

Comme l'indiquent les deux simulateurs ci-dessous et le graphique présenté à gauche préparé par le Département de la sécurité intérieure américain (DHS), en théorie la demi-vie du virus dépend de la température et de l'humidité. A température constante, la durée de vie de la charge virale diminue (tend vers le bleu) lorsque l'humidité augmente. A taux d'humidité constant (ligne horizontale), la durée de vie de la charge virale diminue à mesure que la température augmente. Par exemple, à 30°C sous une humidité relative de 30%, la demi-vie du Covid-19 atteint 10.4 heures. Si le taux d'humidité est de 60%, sa demi-vie est de 4.7 heures.

A tester : Covid-19 Stability Calculator - Covid Surface Decay Calculator, DHS.gov

A gauche, résultat de la modélisation de la stabilité du Covid-19 sur les surfaces en fonction de la température et du taux d'humidité. A 24°C et 60% d'humidité relative, la demi-vie de la charge virale dépasse 8 heures. A droite, cartographie de la durée pendant laquelle une gouttelette de 100 microns en chute libre à une hauteur initiale de 1.6 m est affectée par la température et l'humidité. Pour les humidités relatives (HR) et les températures (T) inférieures à l'arc jaune, la gouttelette tombera au sol dans le nombre de secondes indiqué par l'échelle de couleur; au-dessus de l'arc, la gouttelette s'évaporera complètement dans l'air, n'atteignant jamais le sol. Documents DHS et B.Wang et al. (2020) et adaptés par l'auteur.

Dans une étude publiée dans la revue "Physics of Fluids" le 18 août 2020, Binbin Wang de l'Université du Missouri et ses collègues ont étudié la façon dont les flux d'air et de fluide affectent les gouttelettes exhalées contenant potentiellement des pathogènes comme le virus de la grippe ou du Covid-19.

Les résultats de leur modélisation révèlent, entre autres, un effet important et surprenant de l'air humide : une humidité élevée peut prolonger jusqu'à 23 fois la durée de vie en suspension dans l'air des gouttelettes de taille moyenne.

Comme expliqué plus haut, les gouttelettes virales exhalées dans l'haleine humaine normale ont une taille variant entre environ un 0.1 et 1000 microns soit 1 mm (à titre de comparaison, un cheveu humain a un diamètre moyen de 70 microns, tandis qu'une particule typique du coronavirus est inférieure à 0.1 micron). Les gouttelettes exhalées les plus courantes ont un diamètre d'environ 50 à 100 microns.

Les gouttelettes exhalées par un individu contaminé contiennent des particules virales ainsi que d'autres substances, telles que de l'eau, des lipides, des protéines et des sels. Dans cette étude, les chercheurs ont considéré non seulement le transport des gouttelettes dans l'air mais aussi leur interaction avec le milieu environnant, notamment par évaporation.

Les chercheurs ont réalisé une modélisation améliorée de la turbulence de l'air afin de tenir compte des fluctuations naturelles des courants d'air autour de la gouttelette éjectée. Ils ont pu comparer leurs résultats à d'autres études de modélisation et à des données expérimentales sur des particules de taille similaire aux gouttelettes exhalées. Le modèle a montré un bon accord avec les données concernant le pollen de maïs qui a un diamètre de 87 microns, approximativement la même taille que la plupart des gouttelettes virales exhalées.

L'humidité affecte les gouttelettes virales exhalées car l'air sec peut accélérer l'évaporation naturelle. Dans un air saturé (HR=100%), les simulations montrent que des gouttelettes d'un diamètre de 100 microns tombant au sol à environ 1.8 mètre de la source d'expiration en moins de 5 secondes. Si l'humidité relative est de 50%, les mêmes gouttelettes tomberont au sol en 8 secondes. De plus petites gouttelettes de 50 microns de diamètre peuvent voyager plus loin, jusqu'à 5 m dans un air très humide, et resteront donc plus longtemps en suspension dans l'air avec un risque accru d'être inhalée par une personne, d'où l'intérêt de porter un masque de protection dans les lieux publics (ouverts ou clos) où la distanciation sociale n'est pas possible. On y reviendra.

Un air moins humide peut ralentir la propagation des particules virales. Avec une humidité relative de 50%, aucune des gouttelettes de 50 microns n'a dépassé 3.5 mètres.

Enfin, les chercheurs ont également examiné un modèle de jet pulsé pour imiter la toux. Selon Wang, "Si la charge virale associée aux gouttelettes est proportionnelle au volume, près de 70% du virus se déposerait sur le sol lors d'une toux. Le maintien de la distance physique permettrait de remédier de manière significative à la propagation de cette maladie en réduisant le dépôt de gouttelettes sur les personnes et en réduisant la probabilité d'inhalation d'aérosols près de la source infectieuse".

Effet du froid

Le Covid-19 est-il plus actif par temps froid ? Dans une étude publiée sur medRxiv en juillet 2020 (non validée) par Gordan Lauc du King's College de Londres et ses collègues, les chercheurs ont analysé les données de près de 7000 patients Covid hospitalisés en Croatie, Espagne, Italie, Finlande, Pologne, Allemagne, Royaume-Uni et Chine. Ils ont découvert que des facteurs environnementaux comme la température et l'humidité ont un effet sur la gravité des symptômes de la Covid-19. En outre, la comparaison des résultats de plus de 40000 patients Covid suggère que la maladie est plus grave pendant les mois les plus froids que les mois plus chauds, et que l'air intérieur sec peut favoriser la propagation de la maladie.

Adapté du MIT.

Les infectiologues et les épidémiologistes savent depuis longtemps que la température influence la propagation des virus et a un impact sur les vagues épidémiques et probablement sur l'apparition de clusters dans certaines régions (par ex. l'est de la France) bien que des contaminations importées ne sont pas à exclure (flux transfrontaliers et tourisme).

De nombreux virus présentent une incidence saisonnière. Les virus respiratoires sont adaptés pour se transmettre plus facilement en période hivernale. Ils infectent donc plus de personnes pendant les mois d'hiver les plus froids (cf. l'Influenzavirus à l'origine de la grippe et les rhinovirus et autre coronavirus à l'origine des rhumes). Mais jusqu'à présent on ne savait pas si le Covid-19 suivait le même schéma.

Les premières études ont montré que la transmission du virus semble diminuer à mesure que la température et l'humidité augmentent, ce qui suggère un schéma saisonnier, mais les résultats ne permettaient pas de le certifier car certaines conclusions se contredisent. Une nouvelle étude a permis de lever une partie du voile.

Dans une étude portant sur l'influence de la température sur la propagation du Covid-19 publiée en décembre 2020 par l'équipe d'Alex Roumagnac de la société Predict Services, une filiale de Météo France, les chercheurs ont constaté que les conditions idéales de propagation du virus se situent sous des températures comprises entre -3 et +13° et un taux d'humidité compris entre 60 et 90%. Lorsque ces deux conditions sont réunies, les particules virales subsistent plus longtemps dans l'air, favorisant les contaminations. Selon Roumagnac, "Quand il fait extrêmement froid, ces gouttelettes ne peuvent pas rester en suspension, elles vont tomber au sol. Quand il fait très chaud, c'est la même chose. Soit il fait chaud et sec, et elles s'évaporent, soit il fait chaud et humide, et elles tombent au sol".

Le Covid-19 semble donc adapté aux climats tempérés froids. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'est pas actif dans les pays chauds et notamment en Afrique où il trouve aussi des conditions propices dans tous les pays à forte densité de population (cf. les cartes épidémiques du CDC Africa). Il y est cependant moins transmissible avec 2.7 millions de cas et plus de 64000 décès pour toute l'Afrique au 31 décembre 2020. C'est 10 fois moins qu'en Europe alors que l'Afrique compte presque deux fois plus d'habitants (1.2 milliard contre 741 millions d'habitants) mais répartis sur un territoire 2 fois plus vaste (21.2 millions de km2 sans le Sahara qui représente 9.2 millions de km2 mais qui sont quasiment inoccupés contre 10 millions de km2 pour l'Europe).

Effet de l'air sec

Bien que le Covid-19 puisse clairement se propager dans les pays chauds et humides, il faut souligner que la gravité et la mortalité de la maladie ont été plus faibles dans ces régions (Asie de l'Est et Afrique) qu'en Europe et que sous d'autres climats plus tempérés.

Les chercheurs suggèrent que le chauffage intérieur pendant les mois d'hiver peut également contribuer à la propagation de la maladie en desséchant la barrière protectrice de mucus dans le nez et les voies respiratoires, ce qui facilite l'infection virale. En outre, les environnements intérieurs très secs créés par la climatisation dans les pays chauds (comme le sud des États-Unis) pourraient également contribuer à la gravité de la maladie - une hypothèse qui nécessite des recherches plus approfondies.

Selon Lauc, "Nos résultats indiquent un rôle de la saisonnalité dans la transmission et la gravité du Covid-19, et plaident également en faveur d'une augmentation de l'humidité et de l'hydratation comme moyen de lutte contre le virus. Cela brosse un tableau sombre pour l'hiver prochain en Europe, lorsque le Covid-19 "hiver" plus sévère devrait revenir - ce que nous observons actuellement dans l'hémisphère sud".

A voir : Supercomputer shows humidity effect on COVID-19, Reuters

Une maladie saisonnière

En juillet 2020, l'OMS affirmait que la Covid-19 n'était pas une maladie saisonnière (cf. cette vidéo). Mais elle devra vraisemblament réviser son jugement.

Comme le souligne l'OMS, dans les climats tempérés, les épidémies saisonnières comme la grippe surviennent principalement en hiver alors que dans les régions tropicales, la grippe peut apparaître tout au long de l'année, avec des flambées épidémiques plus irrégulières. Il fallut donc attendre le passage des quatre saisons et donc l'année 2021 pour avoir la certitude que la Covid-19 est ou non une maladie saisonnière.

Entre-temps, on a déjà pu comparer les courbes de la Covid-19 à celles d'une autre infection respiratoire, celle de la grippe saisonnière. On observe des tendances. A partir de la mi-2020 ou un peu plus tard, le nombre de nouveaux cas de contamination par le SARS-CoV-2 a globalement diminué dans l'hémisphère sud (en hiver) alors qu'il augmenta dans l'hémisphère nord (en été). Mais où que l'on vive sur la planète, que le pays soit riche ou pauvre, qu'il prenne ou non ses responsabilités pour gérer la crise sanitaire, on constate que le virus continue à se propager dès que la population se relâche ou n'applique pas les mesures de protection (cf. par exemple le statut peu enviable de plusieurs pays occidentaux en fin de période, le 21 septembre 2020 dans les quatre liens ci-dessous).

En première analyse, on pourrait y voir un effet saisonnier. En réalité, les analyses statistiques montrent que la propagation du Covid-19 s'est ralentie dans l'hémisphère sud du fait que la population a globalement respecté les gestes barrières et porté un masque de protection. Mais il fallait attendre qu'une année soit passée pour expliquer l'origine de ces différences entre les deux hémisphères.

A voir : Coronavirus: What will winter mean for the spread of COVID-19?

En 2020, la grippe saisonnière n'est jamais arrivée dans l'hémisphère sud. Le port du masque de protection et la distanciation sociale liés au Covid-19 pourraient expliquer la diminution des cas de grippe au sud de l'équateur comme le montrent les graphiques présentés ci-dessus. Documents Katie Peek/Scientific American/WHO. Par comparaison, les cartes des nouveaux cas quotidiens de contamination par le Covid-19 moyennés sur 7 jours entre le 21 janvier et le 21 septembre 2020 montrent également des différences entre les deux hémisphères qui sont probablement liées à l'application des mesures barrières plus qu'à l'effet des saisons (le 50e jour correspond au 15 avril 2020 et le 100e jour au 1 juillet 2020) : hémisphère nord, nord de l'Afrique, hémisphère sud et sud de l'Afrique. Documents Our World in Data.

Si maintenant on analyse les courbes de la grippe saisonnière, comme on le voit sur les graphiques ci-dessus, en mars 2020, alors que l'OMS avait déclaré la pandémie de Covid-19, la courbe de la grippe s'est aplanie. Dans l'hémisphère sud, la saison de la grippe avait juste commencé, mais les cas étaient pratiquement inexistants, une situation que les médecins n'avaient jamais connue depuis les années 1980.

Bien que les chercheurs doivent encore étudier les raisons plus en avant, il apparaît que les gestes barrières contre le Covid-19 ont également permis de réduire la transmission de la grippe. Si ces mesures se poursuivent, dans tous les pays on pourrait observer la plus forte baisse des cas de grippe dans l'histoire humaine moderne. Les experts de la santé recommandent toujours le vaccin antigrippal, car tout le monde n'observe pas les mesures pour contenir le virus de la grippe et parce que le Covid-19 pourrait avoir des conséquences plus graves chez les personnes ayant contracté la grippe.

Finalement, après plus d'un an et demi de recul, dans une étude publiée dans la revue "Nature Computational Science" le 21 octobre 2021, l'équipe de Xavier Rodó, directeur du Programme Climat et Santé (CLIMA) de l'Institut de Santé Globale de Barcelone (ISGlobal) démontra que la Covid-19 est une infection saisonnière liée aux basses températures et à l'humidité, un peu comme la grippe saisonnière.

Emergence des infections zoonotiques en fonction de la latitude. Document X.Rodó et al. (2021) adapté par l'auteur.

Pour parvenir à cette conclusion, Rodó et son équipe ont d'abord analysé l'association de la température et de l'humidité dans la phase initiale de la propagation du SARS-CoV-2 dans 162 pays sur cinq continents, avant que des changements de comportements et des stratégies de santé publique ne soient mis en place.

Les résultats montrent une relation négative entre le taux de transmission (Ro) et à la fois la température et l'humidité à l'échelle mondiale : des taux de transmission plus élevés sont associés à des températures et une humidité plus basses. 

L'équipe analysa ensuite comment cette association entre le climat et la maladie évolua au fil du temps et si elle était cohérente à différentes échelles géographiques. Ici également, ils ont constaté une forte association négative pour les courtes périodes de temps entre la maladie (nombre de cas) et le climat (température et humidité), avec des schémas cohérents au cours des première, deuxième et troisième vagues de la pandémie à différentes échelles spatiales : dans le monde, par pays, jusqu'aux régions individuelles des pays fortement touchés (Lombardie, Thuringe et Catalogne) et même au niveau des villes (Barcelone).

Les chercheurs ont constaté que les premières vagues épidémiques ont diminué à mesure que la température et l'humidité augmentaient tandis que la deuxième vague s'intensifia à mesure que les températures et l'humidité diminuaient. Cependant, ce modèle n'a plus fonctionné pendant l'été sur tous les continents. Selon Alejandro Fontal, chercheur chez ISGlobal et coauteur de cette étude, "Cela pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment les rassemblements de masse de jeunes, le tourisme et la climatisation".

L'analyse des corrélations transitoires à toutes les échelles dans les pays de l'hémisphère sud, où le virus est arrivé plus tard, montra la même corrélation négative. Les effets climatiques étaient les plus évidents à des températures comprises entre 12 et 18°C et des niveaux d'humidité compris entre 4 et 12 g/m3 (soit entre 31 et 93% d'humidité relative à 15°C), bien que les auteurs soulignent que ces plages sont encore indicatives, étant donné le peu de données disponibles.

Enfin, à l'aide d'un modèle épidémiologique, les chercheurs ont montré que l'intégration de la température dans le taux de transmission fonctionne mieux pour prédire les courbes ascendantes et descendantes des différentes vagues, en particulier les première et troisième vagues en Europe. Selon Rodó, "Dans l'ensemble, nos résultats soutiennent le point de vue que la Covid-19 est une véritable infection saisonnière à basse température, similaire à la grippe et aux coronavirus en circulation plus bénins".

Cette saisonnalité pourrait contribuer de manière importante à la transmission du SARS-CoV-2. En effet, on a démontré que des conditions sèches réduisent la taille des aérosols et augmentent ainsi la transmission aérienne des virus saisonniers tels que la grippe. Selon Rodó, "Ce lien justifie l'accent mis sur "l'hygiène de l'air" par une ventilation intérieure améliorée, car les aérosols sont capables de persister en suspension plus longtemps", et souligne la nécessité d'inclure les paramètres météorologiques dans l'évaluation et la planification des mesures de contrôle.

Un lien de cause à effet entre la pollution atmosphérique et le Covid-19 ?

Certaines études sous-entendent qu'il existerait un lien entre les particules fines (PM2.5 et PM10 soit des particules de 2.5 et 10 microns ou inférieures) présentes dans l'air et donc la pollution atmosphérique, et les décès liés au Covid-19. Disons d'emblée que cette relation n'a toujours pas été prouvée.

Selon deux études italiennes publiées mi-2020, lorsque la concentration en particules fines et donc la pollution de l'air est importante et déjà nocive en soi pour la santé, il semble que le Covid-19 puisse survivre plusieurs heures voire plusieurs jours dans l'air. Dans les zones très polluées comme la plaine du Pô dans le nord de l'Italie, on a constaté que le virus s'est propagé très rapidement. En quatre mois, il contamina plus de 100000 personnes et tua 11% d'entre elles. Selon les chercheurs, le virus aurait utilisé les particules fines présentes dans l'air pollué pour se déplacer. Les gestes barrières et la distanciation sociale n'auraient donc pas suffi pour ralentir l'épidémie (cf. RTBF; GUAPC; Copernicus, 2020). Mais établir ce lien de cause à effet a priori sans analyser la cause du décès de ces personnes n'est pas très scientifique. C'est juste une hypothèse car elle n'a toujours pas été démontrée.

Microphotographie SEM d'échantillons de particules PM10 (autres que ferrogineuses) capturées dans l'air du métro de Barcelone et que le public peut inhaler. Aucune étude n'a démontré qu'elles contiennent des particules virales ou qu'il existerait une corrélation avec les décès liés au Covid-19. Document T.Moreno et al., (2015).

Près d'un an plus tard, en avril 2021 le "National Geographic" cita une étude de l'équipe de Francesca Dominici de l'Université d'Harvard qui croisa les données liées à la pollution de l'air et celles des décès liés au Covid-19 en 2020. Selon les chercheurs, les résultats montrent qu'aux États-Unis, les patients Covid qui vivent dans des comtés présentant des niveaux élevés de pollution atmosphérique sont 8% plus susceptibles de mourir de la Covid que les personnes vivant dans des zones peu polluées. Les chercheurs ont ensuite étendu leurs recherches au monde entier en comparant la mortalité par pays et leur niveau de pollution par les particules fines PM2.5.

Selon Dominici, la pollution de l'air était responsable de 15% des décès liés au Covid dans le monde et jusqu'à 27% dans les pays les plus pollués de l'Asie de l'est. Cette étude américaine a été confirmée, complétée et détaillée pour l'Europe et d'autres pays par l'équipe de Jos Lelievel de l'Institut Max Planck de chimie de Mayence, en Allemagne. Les estimations ont montré que la pollution de l'air avait contribué à 29% des décès en République tchèque, 27% en Chine, 26% en Allemagne, 22% en Suisse, 21% en Belgique, 19% aux Pays-Bas, 18% en France, 17% aux États-Unis, 16% en Suède, 15% en Italie, 14% au Royaume-Uni et 12% au Brésil.

Cependant le lien exact entre la pollution de l'air et la létalité liée au Covid-19 n'est pas encore très clair. Les chercheurs proposent toutefois le mécanisme suivant : la pollution endommage les poumons et les particules fines augmenteraient l'activité de certains récepteurs à la surface des cellules, les rendant plus vulnérables au Covid-19. Mais à ce jour, aucune étude épidémiologique n'a établi la preuve confirmant ce lien (un faisceau d'indices concordants peut valoir autant qu'une preuve en justice mais pas en épidémiologie).

Les chercheurs de l'institut Sciensano en Belgique soulignent que cette étude n'a pas été confirmée par une analyse clinique des décès et nuancent ses conclusions : "il s'agit d'une quantification de la corrélation. Mais la corrélation ne permet pas de mettre en évidence un lien de cause à effet entre la pollution de l'air et les décès liés au Covid-19. L'âge et les comorbidités sont à ce stade les facteurs de risque les plus importants lors d'une contamination par le Covid-19". Mais comme la plupart des maladies respiratoires, le lien est prévisible. Selon Sciensano, "Une aggravation des autres problèmes de santé par la pollution de l'air qui pourraient entraîner des conséquences mortelles de l'infection virale est tout à fait possible".

Rappelons que l'OMS recommande de ne pas dépasser une concentration de PM2.5 de 10 µg/m3 en moyenne par an et de 25 µg/m3 en moyenne sur 24 heures. La concentration de PM10 ne devrait pas dépasser 20 µg/m3 en moyenne par an et de 50 µg/m3 en moyenne sur 24 heures. En Europe, le seuil sanitaire maximum de PM2.5 autorisé est de 50 µg/m3 par an pendant 35 jours maximum (cf. la directive européenne 2008/50/CE). Certaines villes d'Asie dépassent largement le seuil d'inocuité comme Shanghai et certaines villes du nord de l'Inde. On reviendra sur l'effet du Calima à propos des vents régionaux soufflant sur l'Europe ainsi que sur la pollution en Himalaya.

Nous verrons à propos des facteurs de risque que certaines comorbidités qui augmentent la susceptibilité à l'infection par le Covid-19 et augmentent le risque de létalité, comme l'inflammation chronique des voies respiratoires peuvent être liées à une exposition chronique à la pollution atmosphérique. Rappelons que selon l'OMS, avant la pandémie de Covid-19 la pollution de l'air était responsable de 7 millions de décès par an dans le monde. Le Covid-19 ajoute probablement sa contribution dans les lieux très pollués mais principalement chez les personnes présentant certaines comorbidités où ayant une santé fragile. D'ailleurs, les pays les plus affectés par le Covid-19 ne sont pas nécessairement les plus pollués - ils peuvent l'être - mais ceux où la population ne respecte pas la distanciation sociale, les gestes barrières et ne porte pas de masque pour se protéger du virus, comme au Brésil ou en Inde, où même le Premier Ministre ou le Président sous-estime les risques liés au Covid-19. Même comportement à risque irresponsable en Europe chez la plupart des jeunes de moins de 30 ans. On y reviendra.

En bref, rien ne prouve que le Covid-19 utilise comme vecteur les particules fines PM2.5, les poussières ou la fumée de cigarette (qui en plus risque d'être trop chaude pour le virus). C'est la raison pour laquelle durant le confinement, les promenades ou le sport au grand air était autorisé dans la plupart des pays à condition de le pratiquer seul ou de garder 2 mètres de distance et de porter un masque facial à l'approche des personnes.

Rappelons que lors de chaque sortie en extérieur nous amassons sur la peau et respirons des centaines sinon des milliers de microbes et quelques virus (cf. cettte photo de la main d'un enfant sain de 8 ans ayant simplement été joué dehors). Cela ne nous empêche pas de vivre et de rester en bonne santé tant que nous avons une bonne hygiène et un système immunitaire efficace.

Prochain chapitre

Contagiosité

Page 1 - 2 - 3 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ