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Travail ingrat, mais souvent de bonne augure comme en témoigne le journal de bord de Christophe Colomb. En 1504 il échoua avec son équipage sur la côte nord de la Jamaïque. Les Castillans étant connus pour leur sagacité et leurs pillages, les Jamaïcains refusèrent de leur vendre des vivres. Devant leur hostilité, pour les intimider Christophe Colomb les menaça de la vengeance divine. Il avait à sa disposition une table d’éphémérides de Regiomontanus mentionnant qu’une éclipse de Lune se produirait dans la soirée du 29 février 1504. Christophe Colomb prédit que la Lune prendrait une couleur rouge-sang avant de s'obscurcir. Les Jamaïcains ne furent pas impressionnés et se moquèrent même de sa prédiction. Mais quand arriva le moment de l'éclipse, les Jamaïcains furent tellement effrayés par le pouvoir surnaturel des Castillans qu'ils leur accordèrent tous ce qu'ils demandèrent. Quatre mois plus tard, un navire Espagnol retrouva Colomb et ses hommes et regagna l’Espagne.
Dans son ouvrage L'astronomie et son histoire, Jean-René Roy[1] relate un signe du destin plus frappant encore : l'éclipse solaire totale de l'an 584 avant Jésus-Christ. Les Mèdes et les Lydiens s'affrontaient sur un champ de bataille quand la lumière du jour s'assombrit et disparu. Les deux armées furent si terrifiées et impressionnées par ce signe des dieux que les guerriers rompirent le combat !
Dans les pages suivantes nous allons décrire les lois qui président à la manifestation des éclipses solaires et lunaires afin de mieux comprendre comment se manifestent ces phénomènes à grand spectacle, sous quelles conditions ils se produisent et durant combien de temps. Nous terminons ce tour d'horizon en décrivant les différentes manières de photographier ces phénomènes. Les éclipses solaires Dans l'Antiquité, au moment de l'éclipse on organisait de grands charivaris pour éloigner le monstre qui s'approchait du Soleil. Les Incas sacrifiaient des jeunes gens en pleine vitalité pour préserver la puissance du Roi Soleil. A cette époque tous reconnaissaient que le Soleil était la source de notre survie. Les éclipses solaires étaient dès lors considérées comme des événements catastrophiques. En ce 3eme millénaire, nous avons heureusement évolué sur ce plan. Tous les observateurs qui ont eu la chance d'assister à une éclipse totale vous diront qu'ils n'ont jamais rien vu de pareil. Le spectacle est réellement fascinant et relève presque du prodige !
Sur le plan physique, c'est en fait une coïncidence extraordinaire qui est à l'origine du phénomène des éclipses solaires. Le Soleil est environ 400 fois plus grand que la Lune et la distance qui sépare la Lune du Soleil vaut justement à peu près 400 fois la distance de la Terre à la Lune. C'est le rapport de ces deux mesures qui explique pourquoi, de nos jours, le diamètre apparent du disque de la Lune épouse exactement celui du Soleil qui vaut 30'. Malheureusement nos lointains descendants n'assisteront plus à ce phénomène. La Lune en effet s'écarte progressivement de la Terre à raison de 3.5 cm par an. Dans 600 millions d'années la Lune sera 21000 km plus loin et son ombre ne touchera plus la Terre. Configurations et terminologie Lorsque la Lune s'interpose et s'aligne progressivement entre la Terre et le Soleil, nous pouvons assister à trois types de phénomènes : - L'éclipse totale où nous discernons les grains de Baily, la couronne solaire et les protubérances émanant de son limbe, - L'éclipse annulaire qui se produit lorsque la Lune, sur son orbite elliptique, est au plus loin de la Terre. Un fin liseré lumineux apparaît autour de la Lune dont le relief se découpe dans toute sa netteté. -
L’éclipse partielle,
quelquefois partie intégrante d’une éclipse annulaire ou totale.
L’éclipse totale devient partielle lorsque seule la pénombre de la
Lune touche la Terre. La grandeur ou magnitude d’une éclipse partielle est définie comme le pourcentage du diamètre du Soleil obscurcit au moment du maximum. Pour les éclipses totales et annulaires, la magnitude correspond au rapport entre les diamètres apparents de la Lune et du Soleil. Il est évident que la magnitude d’une éclipse totale sera au moins égale à l’unité.
Mathématiquement, compte tenu des mouvements orbitaux du Soleil et de la Lune par rapport à la Terre, chaque année il y a entre 2 et 7 éclipses solaires, contre 3 éclipses de Lune. Compte tenu de l’inclinaison de l’orbite lunaire, égale à 5°08’, la Lune doit obligatoirement se situer en deçà de 1°34’13” dans l’axe Terre-Soleil pour qu’il n’y ait ne fut-ce qu’une éclipse partielle. A ce propos, le soir près de l’équateur, l’échancrure entame le disque solaire par le bas, tandis qu’au nord du cercle polaire, lorsque l’éclipse a lieu pendant le jour solaire aux environs de minuit, l’ombre de la Lune peut se déplacer vers l’ouest sur la surface de la Terre. La largeur de la bande d’ombre sur le sol sera au maximum de 274 km et s’étendra sur près de 10000 km à travers continents et mers à la vitesse de 2850 km/h, une vitesse que seuls les avions supersoniques peuvent atteindre pour profiter du spectacle pendant une heure ou deux. Etant donné l'alignement Terre-Soleil à l'époque des éclipses totales, il y a également une éclipse de Lune deux semaines avant ou deux semaines après une éclipse totale de Soleil.
La ligne médiane est appelée ligne de centralité. La clarté du jour diminuera déjà sensiblement (5%) 10 minutes après le début de la phase partielle. Environ une heure après le premier contact, un instant avant la totalité et durant celle-ci, la lumière solaire passera à travers les vallées et les échancrures dispersées sur le bord lunaire, formant une sorte de collier de perles orangées et brillantes assez spectaculaire dénommé les grains de Baily. Un instant plus tard, vous serez au milieu de la phase totale. Si vous êtes seul il règnera un grand silence... et dame Nature se présentera sous vos yeux auréolée de tout son éclat; c’est l’étonnant spectacle du "Soleil noir" pour utiliser l’expression consacrée. L'émotion que l'on éprouve à cet instant est un mélange d'allégresse et d'excitation. On éprouve un bonheur intense et une nervosité sans commune mesure.
Parmi les effets que l'on observe au sol, citons les ombres volantes et les ombres du feuillage en forme de croissant sur lesquels nous reviendrons un peu plus loin. Il existe également un troisième phénomène que l'on mentionne peu souvent car les gens ont plutôt la tête en l'air à ce moment là... Lorsque le Soleil ne forme plus qu'un fin croissant quelques minutes avant et après la totalité, les ombres projetées au sol par les objects (télescope, etc) changent d'apparence. En pleine lumière leurs contours sont relativement estompés en raison du diamètre apparent du Soleil. Mais lorsque celui-ci prend une forme similaire à celle de l'étroite fente d'un spectroscope, l'ombre qu'il porte sur les objets devient excessivement nette, comme si elle était coupée au couteau. Cela vaut la peine d'être photographié et comparé avec une image prise dans des conditions normales.
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