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Eurêka !

Brian Marsden (1937-2010) était directeur du Minor Planet Center depuis 1978. Doc Harvard-Smithsonian CfA.

Que faire si vous découvrez quelque chose d'inhabituel dans le ciel ?

Si vous désirez être rigoureux en science et si vous pensez avoir découvert quelque chose d'inhabituel dans le ciel voici ce que vous devez faire.

1°. Rechercher les erreurs et artefacts

Dans de nombreuses circonstances ce que vous pensez être un nouvel objet céleste n'est rien d'autre qu'un objet connu ou pire un défaut dans votre système optique. Aussi avant toute diffusion sur les canaux officiels et pour préserver votre honnêteté ainsi que votre santé mentale vérifiez votre observation pour supprimer toutes les erreurs qui pourraient provenir de votre instrument ou de votre méthode d'observation (télescope, oculaire, film ou CCD, logiciel de traitement d'image, ...).

Prenez un soin particulier à identifier les piqûres et autre "blop" sur les images qui ressemblent à des étoiles mais qui n'en sont pas. J'ai eu l'occasion d'être dérouté par ces artefacts et il fallut l'intervention et tout le savoir-faire de Pierre Kolher alors à l'Observatoire de Paris pour mettre fin au débat. Toujours suspect ? Recherchez la présence de ce détail sur d'autres images de la même région du ciel prises à une autre époque. Aujourd'hui grâce à Internet de nombreux catalogues professionnels sont disponibles en ligne et vous donneront rapidement une confirmation de votre sentiment. Le catalogue stellaire USNO-B1.0 contient par exemple 1 milliard d'étoiles jusqu'à la magnitude 21. Voici quelques catalogues :

CADC'S Digitized Sky Survey (POSS)

NASA Extragalactical Database (NED)

NED Object Near Position

Les bases de données Simbad et VizieR

Data Centre of Strasbourg (VizieR)

Minor Planet & Comet Ephemeris Service

The STScI Digitized Sky Survey (POSS2)

Guide Star Catalog GSC de Hubble

Catalogue stellaire USNO-B1.0

SEDS's Messier catalog

Hipparcos stellar catalog

USNO Astrographic catalog

Sans oublier les nombreux livres et atlas sur CD-ROM (tels les 120 CD du RealSky mais l'article est aujourd'hui épuisé) qui contiennent des centaines de millions d'étoiles et d'objets du ciel profond.

Pour les éphémérides, l'idéal est d'utiliser un programme d'astronomie récent de type "Planetarium" qui, pour la plupart, sont livrés aujourd'hui sur CD-ROM et disposent par défaut d'une base de données relativement complète. La plupart de ces programmes font facultativement appel à des bases de données externes complémentaires que vous pouvez acheter séparément ou télécharger depuis Internet. Les programmes suivants font un usage intensif de telles bases de données et sont utilisés par les chasseurs d'astéroïdes et de comètes :

Starry Night Pro

The Sky

The Guide

Star Atlas Pro

Deep Sky 2011

Skymap Pro

Sky Charts - Cartes du ciel

Desktop Universe

Excepté "The RealSky" qui consiste en une compilation de bases de données sur CD-ROM accessibles à partir de différents logiciels de planétarium, tous ces programmes sont capables d'afficher les objets de votre choix jusqu'à des magnitudes inaccessibles aux télescopes amateurs (21e magnitude), sauf lors de poses prolongées.

Comme Nova for Windows pour citer une célèbre application, tous ces programmes peuvent afficher les trajectoires des satellites artificiels, des comètes, des astéroïdes et des objets de la ceinture de Kuiper. En fait ils ne sont limités que par la mémoire de votre ordinateur et le fait que vous ayez ou non mis à jour vos fichiers de données.

Votre objet suspect peut également être quelque chose d'inhabituel mais déjà référencé ci et là depuis quelques jours. Les astéroïdes en particulier sont probablement les premiers objets que vous confondrez avec les étoiles. Immobiles devant le champ stellaire pendant des dizaines de minutes vous aurez besoin d'une carte du ciel précise et en haute résolution pour les identifier.

Ensuite, faites les premières mesures astrométriques  pour confirmer la position de l'objet. Deux programmes peuvent être utilisés :

- Astrometrica développée par Herbert Raab

- CCD Astrometry de John Rogers (apparement plus disponible)

Tous les deux demandent des données stellaires de référence du Guide Star Catalog d'Hubble. En complément, ces programmes formattent les données pour une submission électronique au Minor Planet Center ou au CBAT.

Enfin, depuis 2005 il existe également le logiciel MPO Canopus (voir plus bas) que beaucoup d'amateurs avertis utilisent. Lorsque vous lui soumettez la photo d'un champ stellaire, il est capable d'identifier tous les astéroïdes catalogués et d'afficher leur trajectoire sur une période d'une heure. En complément, il peut également être connecté à un télescope et effectuer des mesures photométriques.

Si vous pensez avoir localisé un astéroïde, vérifiez d'abord ses coordonnées sur le site du Minor Planet Checker ou Minor Planet & Comet Ephemeris Service du CfA de l'Université d'Harvard.

Avant de poursuivre, consulter les annonces récentes faites sur les sites webs des principales associations spécialisées dans ces activités. Les astéroïdes, les comètes et quelques autres objets errants sont rapportés auprès de l'Union Astronomique Internationale, UAI; les novae et les supernovae également ou auprès de l'American Association of Variable Stars Observers, AAVSO, ses représentants étrangers ainsi que sur le site de l'International Supernovae Network, ISN.

Enfin, vous ne découvrirez jamais de nouvelle nébuleuse ou une galaxie éloignée car elles sont probablement toutes cataloguées jusqu'à bonne distance - quelques nébuleuses sont cachées ou sont tellement difficiles à trouver dans les champs stellaires ou les nuages de poussières que seuls les plus puissants télescopes ont une chance de les débusquer. Pour les galaxies, la question n'est même plus entre les mains des amateurs ni même des observatoires au sol mais plutôt une affaire réservée aux grands observatoires spatiaux.

Maintenant, avec toutes ces données en main vous pouvez connaître avec certitude l'origine de votre objet suspect.

2°. Faites confirmer votre observation

Une fois votre observation confirmée sur le "papier", c'est-à-dire que l'objet que vous avez trouvé n'est pointé NUL PART, prenez le temps d'obtenir une confirmation in situ. Si vous êtes membre d'une association d'astronomes amateurs contacter un ami bien équipé et expérimenté pour vous aider à valider votre observation.

Parfois ce travail ne peut être complété en raison des conditions météorologiques. Aussi n'hésitez pas à contacter le responsable d'une association étrangère qui pourrait confirmer votre observation sous des cieux plus cléments. Aujourd'hui grâce au courrier électronique et aux réseaux sociaux, Internet est la façon la plus rapide de contacter une personne aux antipodes pratiquement à la vitesse de la lumière. Facebook et Skype par exemple sont des moyens très rapides pour informer vos amis.

A télécharger : PIXY System 2

Logiciel gratuit pour vous aider à identifier tout objet suspect

A consulter : Hunting Asteroids From Your Backyard, Dennis Di Cicco

A gauche, enregistrement de 4 nouveaux astéroïdes découverts dans un champ de 25' du Taureau le soir du 24 décembre 1995 par Dennis Di Cicco. Il utilisa un télescope Meade LX200 de 400 mm f/10 équipé d'une caméra CCD SBIG ST-7 et d'un réducteur focal Optec MAXfield portant l'ouverture à f/3.3. Il s'agit de l'empilement de 3 images exposées 4 minutes chacune. A droite, le logiciel d'astrométrie et de photométrie MPO Canopus (50$) capable d'identifier tout astéroïde sur une photo numérique et par extension tout "point mobile" non répertorié.

Si vous voulez être le découvreur d'un nouvel objet vous devez être le premier à confirmer la nouvelle. Grâce à Internet en moins de 6 heures vous pouvez avoir votre réponse. Utilisez la lente rotation de la Terre pour prévoir les meilleurs endroits où les amateurs pourront confirmer votre observation. Regardez d'abord derrière vous là où fait encore nuit.

Imaginons que vous observiez un phénomène tard dans la nuit en Europe (23h GMT). Au lieu d'aller dormir vous faites une première vérification et vous envoyez une requête de confirmation à un ami américain ou canadien à 4h du matin (TZ GMT-5 sur la côte Est or TZ GMT-8 sur la côte Pacifique, il fait donc nuit sur tout le territoire des USA, Hawaii excepté). N'appelez pas votre ami japonais ou australien parce qu'il ne pourra pas confirmer votre observation avant dix bonnes heures, lorsqu'il fera localement nuit (le Japon se trouve à TZ GMT+9. D'un autre côté le Japonais pourra vous demander de confirmer son observation).

Avec un peu de chance votre correspondant pourra chercher votre objet suspect immédiatement et vous répondre avec tous les détails nécessaires quelques heures plus tard, dans les premières lueurs de l'aube en Europe. 

L'idéal est de trouver un correspondant ayant accès à un observatoire public ou professionnel immatriculé auprès de l'UAI, tel l'Observatoire du Cégep ou du Mégantic au Québec, ce qui lui assure un statut quasi professionnel et une plus grande crédibilité.

Ensuite, il y a deux possibilités. Votre observation n'est pas confirmée. Dans ce cas vous pouvez demander une nouvelle requête à votre ami situé du "côté obscure" de la Terre, cette fois au Japon ou en Australie. Envoyez-lui votre courrier électronique aussitôt que possible, au plus tard en début d'après-midi. Demandez-lui d'utiliser le même instrument que vous (ou au moins le même grossissement) ou qu'il suive la même procédure pour enregistrer l'image et la corriger. Bien sûr tout instrument plus puissant est recommandé (télescope de 400 mm et plus). Envoyez-lui par e-mail des copies d'écran ou n'importe quel fichier montrant votre objet suspect parmi les étoiles afin qu'il ait des points de repères. Compléter votre courrier avec toutes les explications que vous jugerez nécessaires sur l'objet concernant sa magnitude, son déplacement éventuel, etc.

Certains amateurs sont également en relation avec des astronomes professionnels ou ont souscrits à des maillists dédicacées. C'est une méthode très efficace pour recevoir immédiatement la confirmation d'une découverte.

Si ce n'est pas le cas et que votre objet a disparu ou est bien pointé dans certains catalogues, vous avez perdu votre nuit, mais en contrepartie vous avez acquis de l'expérience. Rappelez-vous qu'il existe peu d'amateurs capables de découvrir plusieurs nouveaux objets célestes chaque année. Etre le premier est une tâche qui demande beaucoup de rigueur et de motivation dans laquelle les professionnels sont aussi vos concurrents... (les professionnels découvrent en général les nouveux objets deux mois avant les amateurs...).

3°. Envoyer votre observation

Si vous avez franchi toutes ces étapes avec succès, si votre ami expérimenté vous rappelle et confirme vos suspicions, félicitations, vous avez probablement découvert quelque chose de nouveau !

Sans hésiter il est à présent grand temps de préparer votre courrier et d'alerter le CBAT avec la certitude qu'ils ne vous diront pas de nettoyer vos oculaires ou au pire que vous avez fait une erreur...

Central Bureau for Astronomical Telegrams

Le site web du CBAT référencé ci-dessus dispose de toutes les informations nécessaires à la rédaction d'une découverte potentielle, y compris un formulaire en ligne et des liens vers d'autres services de contrôle tels ceux cités plus haut.

Enfin, le découvreur est responsable du suivi de la confirmation et se doit de respecter les procédures de reporting telles que définies par le CBAT. Le fait de suivre ces procédures ne garantit pas que votre observation sera bientôt une découverte. Mais elle garantit que vous et votre rapport sont pris au sérieux.

La prudence en ce domaine est préférable à trop d'empressement. La façon la plus rapide de gagner une réputation d'excentrique est de soumettre un rapport incomplet sans prendre le temps d'éliminer toutes les erreurs possibles d'interprétation et le fait qu'il ne s'agit peut-être pas d'un nouvel objet. Pire, ce manque de rigueur pourrait réduire à néant la réputation de la communauté des amateurs, et tout spécialement la persévérance de quelques amateurs qui font un travail  rigoureux en collaboration avec les professionnels. Soyez prudent.

Bonne chance !

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