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Traces d'eau à la surface de Mars

Voici plusieurs milliards d'années de l'eau a probablement coulé entre Chryse Planitia et Kasei Vallis. Illustration de Kees Veenenbos.

L'eau et la vie (I)

Les missions spatiales vers la planète Rouge ont démontré que par le passé la surface de Mars avait été localement érodée par un liquide. En effet, un peu partout sur Mars on découvre des méandres asséchés, des ravines, des deltas et des vallées de débâcle. On ignore encore si c'est bien de l'eau qui a formé ces structures mais de plus en plus d'indices tendent à confirmer cette hypothèse.

La plupart des géologues et exobiologistes pensent qu'il y a environ un milliard d'années Mars était en partie recouverte d'eau : on y trouvait des oueds, des fleuves, des lacs et peut-être des océans.

Aujourd'hui la surface de Mars est asséchée mais l'eau pourrait encore exister dans le sous-sol, à plusieurs kilomètres de profondeur, non pas sous forme de nappes phréatiques mais plutôt emprisonnée des roches à l'image d'une éponge gorgée d'eau comme cela ne produit également sur Terre.

Grâce aux missions Mars Exploration Rover (MER), depuis 2004 les rovers Spirit et Opportunity ont permis de compléter le grand puzzle martien. L'eau n'est qu'une pièce de ce puzzle car le projet d'envergure que visent les scientifiques est de démontrer que la vie s'est développée à la surface de Mars.

Pour parvenir à cette conclusion, depuis l'exploration de Mars par la sonde Viking 1 en 1976, les chercheurs sont sur les traces de tout marqueur minéral ou biologique leur apportant des indices allant dans ce sens.

Plusieurs chercheurs dont Rocco Mancinelli de l'Institut SETI considèrent que les éléments biogéniques fondamentaux mais également secondaires existent à la surface de Mars.

Traces d'écoulements sur Mars

A gauche, des gullies c'est-à-dire des sillons vraisemblablement formé par de l'eau salée (à confirmer) ruisselant sur les remparts du cratère Newton. Au centre, reconstruction tridimensionnelle de Reull Vallis (cf. cet article scientifique de 1997 du LPI) photographiée en 2013 par la sonde spatiale Mars Express de l'ESA. Seul un fluide liquide peut générer ce type de relief et probablement suite à un déluge. Le canal mesure 7 km de large, 300 m de profondeur et s'étend sur près de 1500 km. Sa formation remonterait à la période de l’Hespérien (la deuxième période géologique martienne) et s'est asséché voici 1.8 à 3.5 milliard d’années. Ce canal traverse la région de Promethei Terra située dans l’hémisphère Sud. A droite, des îlots sédimentaires dans la région d'Ares Vallis par 22°N et 50°O non loin du site d'atterrissage de Mars Pathfinder. Par endroit les falaises culminent à 2000 m. Ces vallées de débacle suggèrent fortement qu'un liquide pouvant être de l'eau a coulé en abondance dans un lointain passé remontant entre 1.8 et 3.5 voire 4 milliards d'années. Documents NASA/JPL/MGS/NSSDC et ESA/DLR/FU Berlin.

Le premier facteur qui nous permettrait de déterminer si la vie est apparue sur Mars est de savoir si de l'eau liquide a coulé sur sa surface suffisamment longtemps. L'histoire de l'eau se trouve aujourd'hui dans l'étude minéralogique des roches martiennes. 

Aujourd'hui la plupart des scientifiques ont le sentiment qu'il leur manque quelques pièces seulement pour compléter leur puzzle. Ainsi la découverte de grande quantité de soufre (jusqu'à 40 % de sels de soufre) près du site d'atterrissage d'Opportunity à Meridiani Planum suggère à Steve Squyres, principal investigateur de la mission MER, que de l'eau fut impliquée dans le processus.

Habitabilité et énergie

Après avoir découvert des traces de stratification similaires à un phénomène de sédimentation près du site d'Opportunity, tout porte à croire que certains endroits de la surface martienne présentent des traces minéralogiques compatibles avec des zones inondées ou périodiquement submergées par les flots. Mais quels sont les autres ingrédients nécessaires pour supporter l'idée que cette surface était jadis habitable ?

Cette question demeurant sans réponse, les microbiologistes doivent partir d'une expérience plus simple : de quelle manière un microbe résistant vivant sur Terre survivrait-il aujourd'hui sur Mars ? Par vraiment très bien, pensent la plupart des microbiologistes. Pourquoi ? En raison de la multitude des contraintes martiennes : les problèmes de basses températures, basses pressions, l'important rayonnement ultraviolet et le manque d'énergie (solaire et "géo"thermique) constituent les divers facteurs à surmonter à quiconque voudrait aujourd'hui survivre sur Mars, même si "aujourd'hui" est considéré comme une période qui s'étend sur les derniers dix millions d'années de l'histoire météorologique martienne.

Paysages hypothétiques de Mars une fois les vallées et les champs de dunes envahis par les eaux. Documents T.Lombry réalisés à partir de fichiers altimétriques MOLA de la surface de Mars.

Comparé à la température moyenne de la Terre qui est de 15°C au sol, la température moyenne de Mars est de -53°C et elle descend à -130°C à 30 km d'altitude contre -42°C sur Terre. Mars est un désert sec et glacé. Bien qu'occasionnellement la température dépasse le point de congélation dans les régions équatoriales où se sont posées les sondes Spirit et Opportunity, la plupart des processus biologiques nécessitent un seuil de température bien plus chaud. Si Mars était habitable par le passé, son climat devait être plus humide et plus chaud car aujourd'hui il est hostile à la plupart des bactéries (E. Coli par exemple) et même aux formes de vie résistantes vivant sur Terre. Selon S.Nedell, J.Pollack, M.Walter et D.Des Marais[1], Mars disposait bien dans le passé d'une atmosphère dense et chaude propice à la formation d'eau liquide en surface. Mais connaissant les faibles température et pression atmosphérique régnant aujourd'hui à la surface de Mars, comment la planète Rouge a-t-elle pu conserver son eau à l'état liquide dans le passé ?

L'effet de serre

En 1977, l'exobiologiste Carl Sagan (1934-1996) avait suggéré que l'atmosphère de Mars avait jadis été plus chaude suite à un effet de serre engendré par l'interaction de l'hydrogène avec le dioxyde de carbone, un effet qui aurait pu donner naissance à des étendues d'eau liquide, mais à l'époque, faute de mesures in situ et d'échantillons suffisamment nombreux, il n'avait pu quantifier cette interaction.

Spectres d'absorption infrarouge pour des collisions simulées entre le dioxyde de carbone (gris) et soit l'hydrogène moléculaire (bleu) soit le méthane (rouge). Document R.Wordsworth et al., 2017.

Dans une étude publiée en 2017 dans les Geophysical Research Letters, le planétologue Robin Wordsworth de la School of Engineering and Applied Sciences de l'Université d'Harvard et son équipe sont parvenus pour la première fois à calculer cet effet et ont montré que les interactions entre le dioxyde de carbone, le méthane et l'hydrogène ont pu entretenir jadis des périodes chaudes durant lesquelles de l'eau liquide existait à la surface de Mars.

Cette époque remonterait à plus de 3 milliards d'années. Durant cette période, le Soleil était environ 30 % moins lumineux qu'aujourd'hui et rayonnait autant de chaleur en moins. Il est donc encore plus étonnant que la surface de Mars ait pu être chaude à cette époque. Mais comme Wordsworth et son équipe l'avaient déjà expliqué dans un article publié en 2016, se sont surtout les bouffées de méthane qui auraient réchauffé l'atmosphère de Mars, son effet de serre étant 20 à 80 fois plus puissant que celui du gaz carbonique.

Les simulations de l'atmosphère primordiale de Mars indiquent que le dioxyde de carbone (CO2) seul, même présent à 95 %, ne permet pas d'élever suffisamment la température pour maintenir l'eau à l'état liquide, pas même de la condenser en formant des gullies comme on l'observe encore aujourd'hui. En fait, les gaz légers finissent toujours par s'échapper dans l'espace, empêchant le réchauffement de l'atmosphère.

En revanche, en introduisant dans leur modèle un second gaz à effet de serre comme l'hydrogène ou le méthane tout en conservant la faible quantité d'énergie solaire, les chercheurs ont pu augmenter la température de l'atmosphère de Mars jusqu'au-dessus du point de congélation. Ainsi, il y a 3.5 à 4.5 milliards d'années, du méthane (CH4) et de l'hydrogène (H2) ont pu être émis en abondance par l'altération aqueuse des roches martiennes. En se mélangeant au dioxyde de carbone émis par les éruptions volcaniques, cette réaction a pu libérer suffisamment de gaz à effet de serre dans l'atmosphère martienne. Cette réaction a également pu produire des composés organiques tandis que l'hydrogène s'échappa dans l'espace. De telles réactions chimiques sont toujours à l'oeuvre sur Titan.

Les simulations de Robin Wordsworth et son équipe montrent qu'une atmosphère d'au moins 0.5 HPa de CO2 mélangée à quelques pourcents d'hydrogène ou de méthane permet d'augmenter la température moyenne annuelle de plusieurs dizaines de degrés. Le seuil de 0°C est franchi sous une pression atmosphérique comprise entre 1.25-2 HPa et une proportion variant entre 2-10 % d'hydrogène et de méthane. Selon les chercheurs, l'effet de ce mélange a donc provoqué un réchauffement important de l'atmosphère martienne qui a été sous-estimé jusqu'à présent.

Des microbes plus résistants : Chroococcidiopsis et Desulfotomaculum

Quel genre d'organisme terrestre pourrait survivre dans l'environnement inhospitalier pour ne pas dire hostile de Mars ? La cyanobactérie Chroococcidiopsis est capable de survivre dans des conditions hostiles où ses consoeurs trépassent : sous des climats désertiques glacés, dans des milieux hypersalins ainsi qu'en présence d'une quantité toxique de gaz carbonique pour l'homme. Si le projet du terraforming de Mars se concrétise un jour, nous pourrions l'utiliser car elle pourrait survivre sur Mars à l'abri des rayons ultraviolets du Soleil et assurer la photosynthèse, transformant progressivement l'atmosphère de gaz carbonique en oxygène en l'espace de quelques milliers d'années. Mais cela n'est qu'une solution pour l'avenir.

A gauche, une colonie de Chroococcidiopsis. A droite, zoom sur les fameux "nanobes" (par référence aux nanomicrobes) mesurant entre 20 et 200 nanomètres découverts dans la météorite ALH84001 d'Allen Hills en Antarctique et qui ont donné lieu à un large débat contradictoire quant à leur origine biologique. Selon certains microbiologistes, plusieurs indices suggèrent que le volume d'une sphère d'environ 200 nm de diamètre est nécessaire pour abriter la chimie d'une cellule telle que nous la connaissons.

Si nous identifions une source d'eau sur Mars, le problème immédiat qui se pose est celui de la faible pression atmosphérique (elle représente à peine 1 % de la pression terrestre au niveau de la mer) et le fait que ce gaz soit irrespirable. Aujourd'hui, un microbe déposé sur le sol de Mars se déssécherait rapidement et gèlerait en quelques heures. Il ne survivrait que s'il serait capable d'hiberner durant la mauvaise saison à l'abri des UV destructeurs en attendant que le climat se radoucisse avec l'arrivée de l'été. Le candidat idéal serait un microbe ou des spores (corpuscules reproductrices des végétaux et de certains protistes) capables d'hiberner ou de passer à l'état de stase durant de longues périodes où dès que le climat deviendrait inhospitalier.

Les scientifiques intrigués par les traces d'eau découvertes près du site d'Opportunity se sont demandés si des bactéries en forme de spores et sulfo-réductrices, ne pouvaient pas offrir un nouveau modèle d'organisme que pourraient rechercher la prochaine génération de chasseurs de microbes martiens ?

Selon Benton Clark, un membre vétéran des équipes scientifiques qui ont travaillé sur les échantillons de Viking et MER notamment, un tel candidat pourrait survivre à l'inhospitalité martienne dont les rigueurs climatiques sont fatales aux microbes. Pour Clark, qui travaille aujourd'hui chez Lockheed Martin à Denver, l'organisme favori est le Desulfotomaculum, une spore qui peut vivre près des roches soufrées.

Depuis 1965, lorsque ce type de spore fut découverte et classifiée, sa biologie offrit quelques uns des meilleurs exemples d'adaptation aux milieux extrêmes. Vivant dans l'obscurité lorsqu'elle développe ses spores quand le temps devient froid ou trop sec, cet organisme très résistant constitue un excellent modèle qui devrait être sérieusement considéré par les scientifiques planétaires à l'avenir.

Il y a un million de bactéries sur Mars !

L'exploration de Mars par les sondes spatiales n'est pas sans conséquences sur le plan exobiologique.

B.licheniformis. Doc Springerimages.

Depuis l'envoi des premières sondes spatiales vers la planète Rouge en 1971, plus de dix engins robotisés ont exploré la surface de Mars, la plupart creusant sa surface à la recherche de traces de vie. Or pourrait-on dire en rigolant, il aurait suffit qu'ellent se grattent le dos ou le bras mécanique pour en trouver !

En effet, toutes les sondes spatiales sans exception portaient sur elles un certain nombre de bactéries : Bacillus licheniformis, Bacillus cerus ou encore Lactobacillus brevis... D'où provenaient-elles ? De la Terre, des laboratoires où ces sondes spatiales furent construites.

Ces bactéries ont survécu à d'effroyables conditions de transport : à l'accélération, au vide spatial, à la déshydratation, au froid, aux UV et même aux particules chargées émises par le Soleil ! Si la plupart n'y ont pas réchappée, une fraction d'entre elles ont probablement survécu. Sous le stress, elles se sont fabriquées une spore, une enveloppe ultra-résistante qui leur permet de survivre des années voire même des millions d'années lorsque les conditions environnementales deviennent hostiles. Il est même probable que des virus à l'état de stase les aient accompagnées.

Ces micro-organismes sont aujourd'hui sur Mars. Il suffirait qu'ils trouvent un peu d'eau et que d'autres soient parachutés par les prochaines sondes spatiales pour qu'elles colonisent la surface de Mars et deviennent un problème pour les exobiologistes, sujet sensible qui a fait l'objet d'un article dans le magazine Nature en 2016.

Sachant cela, d'un point de vue scientifique les normes de stérilisation des engins spatiaux se sont durcies au cours des décennies. Un lander ne doit pas comporter plus de 3000 spores par mètre carré. Ce seuil est abaissé à 300 spores par mètre carré pour un robot mobile et à 30 spores seulement s'il est chargé de détecter des traces de vie, soit 10 milliards de fois plus propre que notre peau !

Lire également : "Preventing the forward contamination of Mars", Governing Board of the National Research Council, 2006.

Vivre sans air ni énergie solaire

La bactérie Desulfotomaculum réduit les composants du soufre. Il s'agit d'un organisme tubulaire ("tomaculum" signifiant "saucisse" en latin), Gram positif et anaérobie, elle vit donc sans oxygène. Sur Terre on la trouve dans la terre, dans l'eau, dans les régions géothermiques ainsi que dans l'intestin des insectes et des animaux ruminants. Son cycle de vie dépend de la réduction des composés soufrés comme le sulfate de magnésium en hydrogène sulfuré.

Ainsi que nous l'avons expliqué à propos de la faculté d'adaptation, les microbes métabolisant le soufre utilisent une forme très primitive de production d'énergie : leur action chimique est tout aussi importante que celle de leur habitat immédiat. A partir de ce que nous savons des conditions de vie primitives sur Terre, cet environnement fut probablement chaud et irradié d'intenses rayonnements ultraviolets solaires (UV). L'atmosphère était réductrice et des éléments comme l'hydrogène sulfuré constituaient probablement l'une des source d'énergie inorganiques disponibles. Sur Terre certaines espèces de Desulfotomaculum sont adaptées à une température de 30-37°C mais selon leur milieu de culture la vingtaine d'espèces de Desulfotomaculum que nous connaissons peuvent vivrent à d'autres températures.

Spore de Desulfotomaculum.

Sur une planète froide et sèche éloignée du Soleil, toute chose capable d'assurer un quelconque métabolisme peut également produire de l'énergie d'une autre manière qu'en utilisant la photosynthèse.

Pour découvrir quel peut-être ce processus, nous devons déterminer quel est, sur Terre, la quantité d'énergie solaire généralement nécessaire pour assurer la survie des organismes riches en chlorophylle ? Et de la même manière sous quelles conditions un microbe peut-il survivre protégé sous la terre ou à l'ombre d'un rocher ? Survivre en l'absence directe de rayonnement solaire pourrait en effet être la norme sur Mars.

Selon Clark, "Desulfotomaculum a uniquement besoin d'un peu d'hydrogène mais le soufre constitue sa principale source d'énergie. Il peut vivre indépendamment du Soleil. Cet organisme est passionnant parce qu'il forme également des spores, et peut donc hiberner durant la mauvaise saison en attendant l'été".

"Non seulement poursuit-il, nous pourrions découvrir des traces fossilisées mais également des résidus chimiques de son existence. Il apparaît par exemple que le soufre constitue l'un des traceurs qui répond assez bien au fractionnement isotopique. Lorsque les organismes vivants traitent le soufre, ils tendent à séparer les isotopes d'une manière différente des processus géologiques ou minéralogiques... Aussi il existe deux méthodes pour découvrir ces traces : l'organique et l'isotopique. Pour effectuer une analyse isotopique, il est probable que les échantillons devront être ramenés sur Terre".

Préserver la vie

Le géologue américain John Grotzinger du MIT s'est occupé de cette question et a cherché à savoir de quelle manière on pourrait organiser une future mission vers Mars sur base d'une stratégie biologique globale. Si la sonde Opportunity réussit à se poser près d'un affleurement, peut-on envisager qu'une future mission martienne recherche des traces de vie fossilisées ? 

Forant et grattant la surface de l'affleurement baptisé El Capitan, Opportunity a découvert une forme spiralée ou canelé. Malheureusement il est impossible sans autre instrument d'analyse de déterminer s'il s'agit d'une structure minérale ou organique. Document NASA/JPL/Cornell.

Répondre à cette question est très facile. Sur Terre, où se trouve la seule expérience à notre disposition, il est très rare que l'on découvre des fossiles préservés dans d'anciennes roches. Etant donné que sur Mars nous effectuons cette recherche à distance, nous devons optimiser les conditions de travail et préserver le gisement.

Depuis le début de la mission Opportunity, Andrew Knoll, paléontologue à l'Université d'Harvard et membre de l'équipe scientifique de MER considère que "la vrai question que nous devons garder à l'esprit quand nous pensons à Meridiani est la suivante : Quelles signatures, si jamais nous en trouvons, seraient préservées aujourd'hui dans les roches diagénétiquement stables ? Si de l'eau est présente à la surface de Mars durant 100 ans tous les 10 millions d'années, ce n'est pas très intéressant sur le plan biologique. Par contre si elle est présente depuis 10 millions d'années, cela devient très intéressant".

Il faut en fait se préoccuper de la préservation des échantillons. Dans les années 1980 les micro-paléontologues eurent une cuisante déception à ce sujet. Ils avaient découvert dans l'est de l'Inde un fossile remontant à 3.8 milliards d'années, mais ne s'étant pas entouré de toutes les précautions nécessaires pour le préserver, l'échantillon se désintégra, empêchant toute analyse. Ainsi que le rappelle Grotzinger, "Si quelque chose était là, les conditions peuvent être idéales pour préserver cette capsule temporelle, mais c'est un défi... Nous devons être extrêmement prudent en interprétant ces résultats à ce stade".

Les traces d'eau

Début 2004, la sonde d'exploration Opportunity découvrit des indices probants selon lesquels d'importantes quantité d'eau furent présentes à au moins un endroit de la surface de Mars. Selon Steve Squyres, principal investigateur de la mission MER, l'affleurement asséché situé près du site d'atterrissage de Meridiani Planum présente des roches qui "furent au moins une fois submergées par de l'eau liquide". Cet indice suggère que quelque part dans le passé de Mars, l'eau était présente en quantité suffisante pour rendre cette région "apte à supporter la vie telle que nous la connaissons".

La confirmation du rôle de l'eau fut l'aboutissement d'une série de mesures détaillées effectuées sur le rocher El Capitan qui fait partie d'un vaste affleurement. Tant les images microscopiques que les mesures spectrales ont révélé des éléments chimiques et minéralogiques spécifiques qui ont convaincu les scientifiques du rôle historique de l'eau dans cette région. Mais Squyres s'opposa à cette explication. Bien que l'affleurement lui paraisse "sans aucun doute" avoir été altéré par de l'eau ayant percolé à travers la roche, il n'est pas persuadé que l'eau ait joué un rôle dans sa formation initiale.

A gauche, Tetl rock découvert par Spirit le 7 octobre 2004 dans le cratère Gusev situé dans les Columbia Hills. Une analyse détaillée devrait déterminer s'il s'agit d'une formation volcanique ou sédimentaire. Au centre, des traces d'hématite dans la région de Sinus Meridiani (entre 10°O-358°0 et 6°S-5°N) mesurées au spectromètre infrarouge. Leur structure cristalline témoigne qu'elles se sont développées dans une quantité d'eau raisonnable. A droite, cette image de Candor Chasma prise par Viking Orbiter montre en rose des dépôts pouvant avoir été formés par une altération hydrothermique produisant des cristaux d'oxyde de fer. Documents NASA/JPL, NASA/MGS/ASU et NASA/USGS.

Les petites sphérules que les Anglo-saxons appellent des "myrtilles" en raison de leur structure et leur couleur, et qui sont enfouies dans l'affleurement fournissent un premier indice selon lequel l'eau a transformé la roche. Sur Terre, nous savons que des sphérules similaires précipitent en présence d'eau. On peut même en retrouver dans les grottes humides.

Un second indice concerne le soufre détecté à la surface des roches. La présence de minéraux soufrés dans une roche est souvent l'indice que cette roche fut altérée par l'eau. Enfin, les strates visibles dans la structure rocheuse suggèrent que l'eau aurait pu être impliquée dans la formation initiale de l'affleurement.

De nouvelles données

Tous ces indices sont extrêmement attirants pour le chercheur pressé de conclure que l'eau a joué un rôle majeur sur Mars. Mais nous devons tempérer notre ardeur car tous ces phénomènes peuvent également s'expliquer par des processus volcaniques dans lesquels l'eau ne joue aucun rôle.

Dans un effort commun d'éclaircir la question, les scientifiques ont ordonné à la sonde orbitale MRO d'analyser en détails la surface de Mars à la recherche de trace d'eau grâce à son imager HiRISE à haute définition et ses instruments de spectrométrie. Au sol, le rover Opportunity a foré et gratté la surface d'El Capitan à deux endroits différents pour ensuite analyser les endroits protégés au microscope et aux spectromètres Mössbauer et APXS.

Les images microscopiques des échantillons de sol ont révélé que les couches rocheuses n'avaient pas été déformées d'aucune manière par la présence des sphérules. Ceci ajouté aux autres indices conduisent les scientifiques à la conclusion que les sphérules sont des concrétions. On en retrouve également éparpillées sur le sable près de Meridiani planum.

Selon Squyres, "les concrétions se sont formées lorsqu'il y avait de l'eau dans la roche, le calcaire dissout dans l'eau ayant précipité. Au cours de ce processus, le calcaire s'accumula autour d'un nucleus pour former graduellement un petit objet sphérique". Si les sphérules n'avaient pas été des concrétions, les strates situées au-dessus et en-dessous d'elles auraient été déformées.

A gauche, qui apparut le premier, la cavité ou la sphérule ? On discerne différents stades de l'évolution d'une sphérule : la cavité, l'excroissance et la fusion partielle avec la roche. Ces événements permettent de dater chaque objet. Dans ce cas-ci, la sphérule semble "envahir" la cavité, et serait donc plus jeune que cette dernière. Ceci suggère que les sphérules auraient été l'une des dernières structures à se former dans l'affleurement rocheux. Au centre, dans une zone sabloneuse mesurant 3x3 cm, Opportunity a découvert de nombreuses petites concrétions qui ont pu être formées par divers processus géologiques (refroidissement de gouttes de lave, accrétion concentrique de matière autour de noyaux, etc). La petite sphérule à bas à gauche mesure 3 mm de diamètre. A droite, une sphérule de 13 mm de diamètre découverte sur l'affleurement d'El Capitan.

Les images microscopiques ont également fourni d'autres indices visuels d'une altération par l'eau. A travers toute la roche on découvre de très petits trous, de petites cavités (des "vugs") de la taille et de la forme d'une pièce de monnaie. Leur motif et leur distribution sont familiers des géologues. Des formations similaires sont communes sur Terre. Elles apparaissent lorsque de l'eau percole et dépose de petits cristaux - de gypse par exemple - dans les cavités rocheuses, et parfois par la suite lorsque les conditions environnementales changent et que le matériel de surface s'érode et se dissout.

Deuxième partie

Le soufre et l'eau salée

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[1] S .Nedell, Icarus, 70, 1987, p409 - J.Pollack, Icarus, 71, 1987, p203 - M.Walter et D.Des Marais, Icarus, 101, 1993, p129 - Lire également le compte rendu de l'exploration de Mars par les sondes spatiales Viking dans R.Gore/NASA, National Geographic, 151, jan.1977, p3.


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