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La légende de Roswell

L'autopsie du cadavre de Roswell...

4e épisode : le film (III)

Début 1995, des centaines d'images vidéos circulèrent sur Internet, montrant l'autopsie de plusieurs cadavres d'extraterrestres soi-disant récupérés lors de l'accident de Roswell survenu le 2 juillet 1947.

Une cassette vidéo était mise sur le marché au même moment par un jeune producteur anglais dénommé Ray Santilli. Il avait acheté ce document à Völker Spielberg, un collectionneur allemand qui refusa toute entrevue avec les journalistes. Ce collectionneur prétendait avoir acheté ce film à Grady Barnett qui l'aurait tourné pour le compte de l'armée. Mais le cameraman n'a jamais pu être retrouvé par les journalistes. Friedman a bien retrouvé un certain Barrett qui fut effectivement cinéaste militaire.

Le film fut traduit en français et commercialisé par la chaîne privée de télévision TF1. L'animateur Jacques Pradel présenta des extraits du film dans son émission “L’Odyssée de l’Etrange” sur TF1, la séquence se terminant par une brève enquête, mais peut-on réellement parler d'enquête de la part d'un animateur de télévision...

Le 26 août 1995, le BUFORA diffusa publiquement ce film. Dans une salle, on voyait de soi-disant chirurgiens masqués entourant un cadavre nu. Derrière une vitre, d’autres personnes observaient la scène, le visage également couvert d’un masque. Faisons un arrêt sur image.

Contre quoi se protégeaient ces personnes, si ce n’était des regards ? Le cadavre filmé était celui d'un petit humanoïde asexué présentant une tête assez volumineuse, un ventre ballonné, six doigts et six orteils, autant de "preuves" pour accréditer son origine extraterrestre. Allongé sur une table ordinaire, le cadavre présentait une profonde blessure sur la cuisse gauche. Il ressemblait aux corps découverts en 1947, présentant des yeux noirs profonds ainsi que certains témoins leur attribuèrent, à ceci près que personne n'avait imaginé qu'il pouvait s'agir d'un canular. S'il s'agissait d'une supercherie, elle était parfaite, y compris dans l'aspect des organes internes, qu'il s'agisse du cerveau ou des viscères (pour ce que l'on connaît bien sûr de l'anatomie extraterrestre !).

Autopsie d'un canular

Mpeg de 2.1 MB et 2.5 MB

L’autopsie passionna bien sûr quelques chirurgiens qui imaginaient déjà un monde extraterrestre à l'image de la Terre, mais la plupart des spécialistes se doutaient qu'il s'agissait d'un canular. Combien de chance y a-t-il que l'anatomie humaine était été reproduite ailleurs dans l'univers ? Sans doute aucune. Ainsi, un célèbre anatomiste anglais concluait : "il y a 98 % de chance qu'il s'agisse d'un canular, les 2 % restant faute de n'avoir pu examiner personnellement la victime". Plus étonnant encore, aucun des chirurgiens ne disposait d’instrument de mesure afin de prendre les mensurations des organes et les prélèvements étaient déposés pêle-mêle dans des soucoupes. Reconnaissons que de telles manipulations ne sont pas à l'honneur du savoir-faire du corps médical ni du principe de précaution.

La vidéo se poursuivait en présentant les morceaux de métal prétendument récupérés à Roswell. L'un d'eux ressemblait à une petite règle profilée en forme de H sur laquelle figuraient des signes emboutis qui semblaient former le mot VIDEO. Quand on rapprocha ce cliché de celui de l"homme-tomate à lunette" également découvert à Roswell, l'idée qu'il s'agissait d'un canular se renforça un peu plus.

Cette hypothèse sera confortée par une fiction, produite début 1994 par Paul Davis pour la télévision américaine, “Roswell, le mystère”. Le film reprenait des images en tout points similaires à celles du film de Roswell : petit cadavre rose gravement blessé... en latex. Friedman confirma à son tour qu’Hollywood était spécialisé dans ce genre de trucages.

Fin août 1995, la télévision hollandaise Veronica et RTL Plus diffusèrent également une émission sur Roswell, alimentant un peu plus la controverse.

Extrait du film "Roswell, le mystère".

Finalement, à la demande du journaliste français Michel Polack, la chaîne ARTE remis les pendules à l’heure. Le 29 août 1995 un film fut présenté sur un crash similaire soi-disant survenu en Russie en juin 1947. Il avait été acquis par la CIA lors d’un échange secret. On y présentait des témoignages, quelques documents à défaut de preuves et des morceaux de cadavre calciné. Le commentaire confirmait également la fumisterie du crash de Roswell, l’incident ayant été créé par le principal témoin du crash soviétique passé à l’Ouest. Le tout était présenté sur un ton “scientiste” et d’une manière tout à fait convaincante comme les Soviétiques pouvaient si bien le faire. Illusion ! Il s’agissait en fait d’une fiction commandée spécialement pour l’occasion à un réalisateur français afin d’avertir le public des manipulations qu’il pouvait subir.

Fin octobre 1995, Jacques Pradel récidiva, présentant les résultats d’une enquête sur l’authenticité du film qu’il avait présenté sur TF1. Il avait réuni sur son plateau de télévision des experts de tous bords, chirurgiens, sociologue, photographe, cinéaste, journalistes. Santilli assistait également à l’émission depuis un studio anglais.

On apprit que les morceaux de film offerts par Santilli ne permettaient pas d’authentifier le document, le numéro de série du film ne figurant pas sur les coupures analysées. Ce numéro est très important, car il aurait permis de savoir à quelle époque fut fabriqué le film. Après avoir examiné le film, les experts reconnurent néanmoins que les parties voilées du film de Santilli réapparaissaient toutes les trois minutes, ce qui correspondait bien à la longueur des bobines d’une caméra à main du début des années 1950.

Pour renforcer leur conclusion, le 14 juillet 1995, Kodak confirmait à Ray Santilli que le film argentique avait pu être fabriqué en 1927, en 1947 ou en 1967 comme l'indique cette lettre.

Cela dit, ainsi que le dit également Kodak, rien ne prouve que le film fut tourné à cette époque et seul le numéro de série ou un document d’archives officiel de l’armée américaine relatif à ce film pourrait trancher la question. Ces informations ne seront jamais découvertes et encore moins communiquées. On peut donc en conclure, qu'elles n'ont jamais existées.

Peu de temps après, le magazine "Penthouse" publia d'autres photographies d'un cadavre de soi-disant extraterrestre provenant du crash de Roswell. Malheureusement, après enquête il s'avéra qu'il s'agissait également d'une simple poupée martyrisée dont le magazine avait acheté les images à prix d'or... Plus tard, en 1996, ARTE diffusa une longue interview de Stanton Friedman dans laquelle il confirma que l’armée et les institutions associées (NSA, OSI, etc) nous cachaient certainement quelque chose, rejoignant l’idée exprimée par le physicien belge Léon Brenig.

Et si le crash avait réellement eu lieu ? Malgré ces canulars avérés, certains ufologues croient encore que le dossier du "crash de Roswell" est toujours couvert par le secret et que personne à ce jour ne s'est décidé à rayer cette mention.

Selon leur point de vue, avant de partir à la retraite, ses principaux responsables auraient classé le dossier, mais les années passant, la plupart d'entre eux sont aujourd'hui décédés. A l'image du dernier plan du film "A la Recherche de l'Arche Perdue", le dossier de Roswell serait rangé au fond d'un hangar auprès des milliers d'autres secrets si jalousement gardés par les militaires.

S'ils disent vrai, sur le plan légal, seule une décision fédérale pourrait annuler la censure qui couvre cet événement. Inversement, pour des raisons stratégiques, le dossier pourrait également être maintenu "top secret" si les "Feds" le décident. A leurs yeux, la censure peut encore durer longtemps. L'événement serait perdu pour la science car les preuves ont disparu.

Si les cadavres ont réellement existé, sur le plan juridique, s'il s'avère que le budget fédéral a été utilisé de façon illégale, l'Armée devra s'expliquer pour avoir abusé des biens publics et comment elle put bénéficier de l'aide du National Security Council sans éveiller les soupçons des membres du Congrès.

Si tous les frais du dossier furent supportés par des fonds privés, ses auteurs seront condamnés pour faux et usage de faux, abus de biens sociaux et devront rendre des comptes aux services financiers, telle la SEC ou l'IRS. Si les experts peuvent démontrer que le corps d'un être humain a réellement été mutilé, des peines sévères seront exigées par le Conseil de guerre et le tribunal civil. L'événement remontant à près de 50 ans, il y a évidemment prescription mais le Gouvernement peut s'y opposer en invoquant la raison d'Etat si les preuves le justifient.

Epilogue

En 1996, j’ai pris contact avec le Dr Stanton Friedman pour obtenir de la documentation et lui poser quelques questions. Devant mon scepticisme il me répondit[12] qu’il croyait foncièrement que l’incident de Roswell était authentique : “Je suis totalement incapable de comprendre votre remarque considérant que Roswell est un énorme canular. Sur quelle base vous fondez-vous pour proposer cette étrange conclusion ? Oui, certaines personnes ont menti mais cela ne signifie pas que toutes l’on fait. Il y a des preuves accablantes selon lesquelles 2 soucoupes se sont écrasées et dans lesquelles ont a retrouvé des corps...”

OVNI, document www.lizaphoenix.com

Mais comment le Dr Friedman sait-il qu’il y a des preuves si selon lui les documents concernés sont toujours censurés ? Pourquoi accorde-t-il autant de valeurs à des preuves indirectes ? Et que fait-il des documents dont l'authenticité ne peut être démontrée ? Les considère-t-il aussi comme des pièces probantes à ajouter au dossier de conspiration ?

Si son effort est louable et a permis de faire avancer cette affaire et le droit d'accéder à l'information, finalement son attitude n'est pas très scientifique et rejoint celle de beaucoup d'associations d'ufologie qui placent la théorie avant les faits. On comprend dans ces conditions que la communauté scientifique soit réticente à accepter dans ses rangs des représentants aussi peu respectueux de la méthode scientifique. Cela ne va pas renforcer l'ufologie. L’avenir sera juge.

La difficulté que soulève cette affaire réside dans les allégations des témoins qui, aujourd'hui, sont tous des témoins indirects, mis à part le Dr Jesse Marcel Jr, mais il avait 11 ans à l'époque des faits. Ainsi que vous avez pu le constater, leurs récits ne sont pas du tout confirmés par les enquêtes ultérieures et les soi-disant photographies. Les témoins ont bien sûr découvert un objet dans le désert du Nouveau Mexique mais ils subirent les manipulations de commerçants peu scrupuleux, prêts à faire passer une découverte qui aurait dû rester secrète pour un accident de soucoupe volante bien plus racoleur.

Il faut en effet savoir que la région de Roswell est un site secret à plusieurs titres. Située entre les highways 25 et 285, c'est tout d'abord là que réside la 509e Bomb Group et le site d'essai d'Alamogordo. C'est un site connu pour ses missions secrètes en tous genres : il vit les premiers essais des bombes atomiques, les vols d'essais des V2 dans le cadre du projet Paperclip, l'envol des premières "Flying Wings", des avions furtifs tel le F-117A, du Project Albert (singes embarqués dans des fusées), sans parler des quelques ballons du projet Mogul qui retombaient dans la région.

On peut légitimement se demander si l'objet tombé en 1947 n'est pas simplement un ballon Mogul, une V2 ou une fusée du projet Albert à bord de laquelle aurait pris place plusieurs macaques. Le secret qui entourait ces essais explique parfaitement l'attitude des autorités. Reste à confronter ces hypothèses avec les allégations des témoins, et c'est là que les contradictions surgissent. Que vaut en effet l'expertise scientifique face aux témoignages ? Bref, le mystère demeure.

Il faut en effet s'arrêter ici, car l’ambiguïté que soulèvent ces témoignages n'est pas sans rappeler d'autres "affaires" fameuses : le Yéti, le chaînon manquant, le monstre du Loch Ness et quantité de fausses pièces archéologiques ou fossiles soumises volontairement à l'expertise des savants afin de juger leur sens critique. La plupart du temps, malgré tout leur savoir et leur technologie les chercheurs sont tombés dans le panneau jusqu'à ce que l'auteur du canular ou le faussaire se dévoile. L'Académie des Sciences française, son homologue anglaise, américaine, chinoise ainsi que les experts consultés par le National Geographic ont été pris à ce piège bien malgré eux.

Il faudra donc plus que des témoignages indirects, des documents censurés, des films à l'origine douteuse, des fragments de métal somme toute banal et des photographies truquées pour valider l'incident de Roswell !

Les contradictions mises en évidence après une série de longues enquêtes critiques sur le sujet révèlent que ce n'est pas tant les débris qui posent problème ou la soi-disant censure qui couvre ce dossier, mais les différentes interprétations proposées par les protagonistes face au sentiment d'étrangeté et d'incertitude qui plane sur cet événement. Si Völker Spielberg avait accepté d’authentifier son film et de nous dire de quelle manière il l’avait acquis, nous aurions éventuellement pu élucider ce mystère. Mais il ne le souhaitait pas. Il refusa en effet d’authentifier son document, alors que celui-ci aurait pu lui rapporter une véritable fortune ! Son attitude est très suspecte, d’autant qu’en 1995 il était prêt à vendre un second film... qu'on ne vit jamais

Finalement, en 2006 Santilli admit que le film de l'autopsie était un canular, expliquant maladroitement qu'il s'agissait d'une "reconstruction" de l'événement réel. Telle est la situation actuelle.

Depuis, cette histoire s'est dissipée comme si les journalistes avaient finalement réalisé qu'ils avaient été victime d'un canular monté en épingle. Quelques uns soutiendront malgré tout qu'on leur cache toujours la vérité. Mais pourrait-il en être autrement sachant que n'importe quelle armée préserve ses secrets, mais sans doute pas ceux auxquels les ufologues pensent !

Quelle que soit la véritable explication, cet incident restera une belle anecdote qui ravivera les polémiques et ne permettra à personne de se forger une opinion de façon rigoureuse, si ce n'est en invoquant la crédulité des journalistes et de certains scientifiques ainsi que les manipulations dont le public peut être victime.

La déontologie des médias

La couverture médiatique faite autour du film de Roswell soulève le problème de la déontologie des médias, l'authenticité et la critique des sources déjà évoquées, autant de démarches qu'il serait temps de rappeler aux enquêteurs comme aux journalistes, en rappelant à certains directeurs de chaînes de TV et aux éditeurs qu'une information n'est jamais certaine et qu'il convient d'en avertir le public.

Cet autocontrôle et ce respect de l'éthique comme du public sont surtout valables pour les chaînes de télévision diffusant des reportages non authentifiés et des docu-fictions quand ce n'est pas pour faire de l'audimat et le buzz à tout prix. Le mélange des genres par exemple (journal et fiction présentés sans avertissement ni rappel dans les mêmes conditions de reportage par les mêmes personnes) est inacceptable. Cette confusion risque de porter atteinte à la crédibilité des journalistes sans parler des effets inattendus que peut avoir la diffusion d'un reportage choquant et mensongé chez des téléspectateurs qui font généralement confiance aux journalistes.

Bien que le journaliste revendique le droit à l'expression et son indépendance, une saine déontologie vaut mieux qu'une émeute, un procès en diffamation ou une interruption définitive des programmes pour non respect de l'éthique.

Pour plus d'informations

Interview du Dr Stanton Friedman pour ARTE

Site web de Stanton Friedman

Roswell, le film de l'US Air Force (.mov de 11.6 MB)

WADC, Wright Air Development Center Digital Collection (Roswell)

Roswell Report-Fact vs Fiction (998 pages, disponible au WADC ou sur Box au format PDF, 40.5 MB)

Roswell Report-Case Closed (231 pages, disponible au WADC au format PDF, 12.7 MB)

Government records..., report to S.H.Schiff

The Roswell Incident, NICAP

Roswell Case Summary, CUFOS

UFO Today (Livres sur Roswell)

International UFO Museum, Roswell

Roswell Daily Record (le Journal de Roswell)

Jeb J. Card's Website (visite de Roswell)

Alien Abduction Experience & Research (nombreuses informations et liens)

UFO Casebook (nombreuses images d'OVNI, des vidéos, nombreux liens)

MUFON

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[12] Communication privée avec l’auteur, op.cit.


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