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La philosophie des sciences

Introduction : Les héritiers du cercle de Vienne (I)

Peut-on se permettre cette paraphrase de Descartes quand il disait «  Il n’y a pas de monde si lointain que l’on ne pourrait atteindre, de connaissance si vaste que l’on ne pourrait acquérir » ?

Sur base de notre pouvoir de déduction, on peut en effet légitimement croire au pouvoir illimité de l’esprit humain. La théorie évolutionniste de Darwin et celle du Big Bang nous en ont en tous cas apporté le sentiment.

En réponse au désir de curiosité de chacun, je vous invite à critiquer l’acte intellectuel dans une terminologie où le savoir objectif s’inscrit en surimpression sur les conceptions philosophiques voire métaphysiques.

Existe-il un savoir ultime et absolu ? Quelle démarche suit-on pour aboutir à la Connaissance ? Comment la science s’est-elle développée ? Qu’est-ce que le savoir ? Nous allons découvrir au fil de ces pages qu’en essayant de répondre à ces ambitieuses questions, les philosophes et les scientifiques ont libéré bien des démons. A peine avaient-ils terminé leur argumentation qu’une autre voix s’élevait déjà pour critiquer leurs explications. C’est ainsi que certains visionnaires nous ont ouvert les yeux mais en contrepartie ils donnèrent à nos propos un étrange goût d’amertume. Pour la première fois depuis l’invention de la rhétorique et l’émergence de l’esprit critique, l’homme du XXIeme siècle sait que son savoir est à jamais limité.

Perdu dans les méandres d’un monde indéterminé dont les voies possibles sont indécidables, il s’avère de plus en plus difficile de dissiper le brouillard qui recouvre la réalité. Mais l’imagination est notre meilleure alliée. Le chercheur sait que son champ d’action est infini et mérite quelques sacrifices. Certains, souvent isolés, parviennent à se libérer des contraintes de la science normale et affrontent seul l’inconnu. A l’image de l’alpiniste téméraire qui ouvre une nouvelle voie, le savant de génie qui parvient à élucider un paradoxe découvre parfois une voie royale. Bientôt il devient une figure de légende et ravive les vocations. L’avenir lui donne raison, et même isolé au-dessus du vide, les plus jeunes lui tendent la main sans frémir. La révolution passée, son action n’est plus contestée, elle devient sociale et parfois humaniste. C’est cette prise de conscience fondamentale que nous allons progressivement découvrir au fil de ces pages.

Notre fil conducteur sera la logique des sciences, cherchant à travers son évolution en Occident quelles sont les méthodes de travail des chercheurs, leurs critères de véracité pour mieux comprendre quel est le but de la science. Ensuite nous aborderons la question de savoir quel est le rôle du chercheur ? Car à côté de la rigueur et de l’abstraction, il existe une dimension humaniste fondamentale qui existait déjà dans la Grèce antique. Nous en revenons à la philosophie pour rappeler que la réalité du monde que nous percevons dans l’acte d’esprit n’est peut-être que le reflet de notre imagination et du sens que l’on donne aux symboles.  

La question de la réalité du monde nous donnera l’occasion de confronter les idées de plusieurs écoles de philosophie. L’affrontement soulève un large éventail d’opinions. Certains disent que la philosophie contemporaine est avant tout phénoménologique, découpant le monde en tranches d’expériences.

Mais les héritiers du Cercle de Vienne ne l’entendent plus de cette oreille. Ils n’opposent plus conceptions idéalistes et matérialistes du monde. Ils voient plutôt les théories scientifiques comme des outils capables d’engendrer des prédictions. Sans pour autant mélanger concepts et mots, philosophie et discours, sous cette apparente réalité des idées se cache la difficulté de penser les choses. Après tout c’est par le langage que l’intelligible et le monde sensible nous ont permis de reconstruire la réalité et d’élaborer l’équation de l’Univers.

Saisir l’importance de la science, ses tenants et ses aboutissants ne peuvent se concevoir sans définir au préalable l’intelligence, le concept scientifique et sa méthodologie. Pour enrichir le débat, nous prendrons le temps de définir le rôle des théories et leurs relations avec l’expérience. Aucune définition scientifique ne sera complète sans référence à l’histoire et à la philosophie qui forgèrent son caractère normatif. Ce jugement fera appel à l’épistémologie, cherchant à définir la "scientificité" des concepts.

Les implications des concepts scientifiques ne peuvent se borner à une simple explication des phénomènes. Le champs d’investigation des chercheurs s’étend sur des considérations culturelles mais aussi sociales, catalyseurs des inquiétudes et des passions des hommes. La place de la science dans la société a été sanctionnée par l’histoire. Les grands débats d’idées qu’elle provoqua prouvent que les concepts scientifiques invitent à la réflexion, amenant chacun de nous à poser la question de son utilité.

Derrière ce débat conflictuel se profile la question du rôle du chercheur, en quoi son cheminement est parcouru d’embûches, son ambition quelquefois brisée ou ses propositions anéanties par l’arbitraire. Si le chercheur ressemble à Sisyphe, il sait aussi que derrière cette stupidité apparente l’horizon cache un monde de connaissances qu’il ne peut ignorer.

La science est un domaine essentiellement évolutif où les théories devancent quelquefois les faits, plaçant nos habitudes de pensées aux frontières de l’ontologie conflictuelle. C’est particulièrement le cas en astronomie et en biologie, deux sciences qui furent longtemps combattues par le pouvoir ecclésiastique pour leurs implications philosophiques ; les dogmes ne souffraient d’aucune critique.

La science doit s’adapter au sens commun dont les faits pragmatiques imposent souvent un relation causale, surtout en physique. De nombreux chercheurs croient au « principe de simplicité » de la Nature tout comme au fait que l’Univers est essentiellement ordonné, cohérent et déterministe. Mais quelques faits viennent émousser le rasoir d’Occam et bousculer ces habitudes. 

Tel est tout spécialement le cas de la physique quantique et de la Relativité. Mais d’autres domaines sont également paradoxaux. La biologie se voit revêtir d’une réversibilité de droit, c’est la fonction qui crée l’organe et les mécanismes de rétroactions qui régissent son évolution. 

Plus les scientifiques expliquent la diversité de la nature, plus leurs lois démontrent l’aspect indéterminé et chaotique des structures les plus simples. 

Finalement chacun se pose la question de l’existence divine. Si nos lois peuvent a priori "tout expliquer", reste-t-il une place pour un Créateur ? Laplace n’avait pas eu besoin de cette hypothèse pour prédire le mouvement des corps célestes. Se trompait-il ? Nul ne le sait. Rationnel, il croyait plutôt que l’on découvrirait un jour "l’équation de l’Univers".

Mais la querelle du déterminisme n’est pas encore achevée. Aujourd’hui avec les nombreuses lois couchées sur papier, les astronomes en collaboration avec leurs confrères physiciens, chimistes ou biologistes – la liste n’est pas exhaustive – peuvent expliquer certains "comportements" de la Nature comme étant des propriétés ou des étapes nécessaires au développement de l’Univers. Tous ces phénomènes, signes du développement naturel de la réalité sont compréhensibles et paraissent utiles a priori. Mais les scientifiques n’aiment pas ce langage et préfèrent le remplacer par la symbolique mathématique. Grâce à ce formalisme, nous pouvons expliquer les grandes étapes de l’évolution de l’Univers, depuis le Big Bang jusqu’aux trous noirs. Mais les livres de sciences sont remplis de paradoxes qui combleront les logiciens pour longtemps encore.

Les connaissances que nous avons acquises sont liées aux progrès de la science et son isolement volontaire de tous les facteurs théologiques, politiques et économiques qui tentent de détourner son idéal désintéressé. Il est essentiel pour le progrès que chacun ait conscience de l’importance de cette indépendance. Nous justifierons le bien-fondé de cette attitude en portant un regard critique sur les découvertes et en appréciant l’ouverture d’esprit qu’elle procure.

Nous ne pouvions bien sûr pas ignorer les hommes et les femmes qui se risquent à faire des propositions scientifiques. Nous discuterons de leurs ambitions et leurs prétentions en insistant sur leur rôle, la richesse d’une science capable de réunir par delà les distances théoriques l’homme de science et la société.

Si globalement ce travail vous permet d’acquérir une meilleure compréhension de l’Univers ce sera pour moi une grande satisfaction.  

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