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La biodiversité

Le lynx ibérique (lynx pardinus).

Les espèces menacées (IV)

Une espèce est dite menacée d'extinction (threatened with extinction), lorsque sa population tend irrémédiablement vers le seuil minimum viable; elle est en danger critique de survie. Sans protection, cette espèce est condamnée à disparaître. Si on considère les mammifères, on estime qu'en dessous de 5000 individus, une population s'effondre (et ~10000 personnes dans le cas de l'humanité).

L'Union Internationale pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (International Union for Conservation of Nature, IUCN) dresse chaque année l'inventaire du monde vivant et publie tous les quatre ans sa Liste Rouge des espèces menacées car il arrive que certaines espèces considérées comme disparues renaissent tel le Phoenix ou plutôt que l'on retrouve par chance quelques individus (par ex. l'hocco unicorne "Crax unicornis koepckeae", etc). Le nombre d'espèces qu'on ajoute à cette liste est une référence clé pour déterminer le statut de la biodiversité de la planète. C'est ainsi que l'indice de la Liste Rouge a été adopté par les ONG comme l'un des indicateurs du développement durable.

En 2014, l'IUCN avait évalué le statut de 73868 espèces. Fin 2022, elle espère franchir la barre des 160000 espèces évaluées.

La Liste Rouge est différente des Annexes CITES. La Liste Rouge concerne toutes les espèces et considère toutes les raisons pour lesquelles une espèce pourrait être menacée alors que les Annexes CITES ne considèrent que les espèces qui sont menacées par le commerce international et les espèces pour lesquelles il est nécessaire de réglementer leur commerce afin qu'elles ne soient pas menacées.

Au 1 janvier 2000, sur quelque 40000 espèces étudiées, l'IUCN avait recensé 11167 espèces menacées soit plus du quart d'entre elles ! Il y en avait 16307 en 2007 et... 25821 fin 2017 dont 15589 espèces en voie d'extinction ! La perte de biodiversité est continue et le taux quasi constant... Selon l'IUCN, 882 espèces animales et végétales ont disparu depuis le XVIe siècle soit 0.04% des ~2 millions d'espèces connues. Mais cette estimation est sous-estimée.

La Liste Rouge de l'IUCN est fondé majoritairement sur l'état des populations de mammifères et d'oiseaux. Dans une étude publiée dans la revue "Biological Reviews" en 2022, l'équipe de Robert H. Cowie du Centre de Recherche en Biosciences du Pacifique qui dépend de l'Université d'Hawaï analysa la situation des mollusques terrestres (escargots et limaces). Les auteurs ont montré que ce ne sont pas 0.04% des espèces animales et végétales qui ont disparues depuis l'an 1500 mais probablement entre 7.5 et 13% ! Appliqué à l'ensemble des êtres vivants, ceci représente non pas 882 espèces mais entre 150000 et 260000 espèces éteintes sans compter tous les autres invertébrés non recensés et les microbes . Autrement dit, au cours des 5 derniers siècles, 1 espèce a disparu toute les 17.5 heures et cette hécatombe a été multipliée par ~50 pour atteindre environ 1 espèce qui disparaît toutes les 20 minutes depuis le milieu du XXe siècle et ce taux d'extinction augmente !

A consulter à l'IUCN : La Liste Rouge des espèces menacées d'extinction

Statistiques 2017 de l'IUCN (PDF)

Zebra Burchelli (SO Afrique) Gorilla gorilla gorilla (O.Centre Afrique) "Silver back"

Trois espèces de mammifères parmi les plus connues qui ont dû être ajoutées en l'espace de quelques décennies à la liste peu enviable des espèces en voie d'extinction : le zèbre de Burchelli vivant dans le Sud-Est de l'Afrique, le gorille des basses terres (dos argenté) d'Afrique centrale et du Rwanda et l'Eléphant (ici un éléphant d'Afrique du Parc Reine Elisabeth en Ouganda). Mais il faut y ajouter plusieurs espèces parmi les taxons ou variétés suivantes : le chimpanzé, l'orang-outang, le ouistiti, le panda géant, le walabi, le fennec, le chacal, le loup, le coati, le pangolin, la chauve-souris, le crocodile, le boa, le protée, la tortue, le héron, le faisan, l'esturgeon, le requin-baleine, le requin-pèlerin, la lucane, le bénitier, le corail bleu, noir, rouge, le ginseng, le cactus, la fougère arborescence, ... autant de noms qui nous sont familiers et dont peut-être un jour, nous n'aurons plus que le souvenir et des images ternies. Evitons cette hécatombe. Documents Public, Habari Travel et Oeganda Pukweb.

La Liste Rouge de l'IUCN se voit malheureusement complétée d'au moins 1 espèce chaque semaine (~60 par an). Concrètement, aujourd'hui 20% des mammifères soit environ 1000 espèces, 13% des oiseaux, 41% des amphibiens, 33% des coraux de récifs, 30% des conifères et 70% de toutes les plantes sont en péril et menacées d'extinction ! Les grands singes, les reptiles d'Amérique du Nord, les vautours, les dauphins sont tous en danger.

Selon Cowie et ses collègues, la situation n'est pas homogène dans le monde. En effet, bien que les espèces marines subissent des menaces significatives notamment en raison de la surpêche, l'extinction touche moins les espèces marines que les espèces terrestres et aériennes. En revanche, la crise concerne davantage les espèces insulaires que les espèces continentales. Face à cette crise de la biodiversité, les scientifiques veulent alerter et sensibiliser l'opinion publique et les décideurs afin que des actions continuent d'être menées en faveur de l'environnement. Il est donc indispensable de poursuivre les actions de préservation, de lutter contre les pressions que subit l'environnement, de cultiver l'émerveillement pour la nature et de documenter la biodiversité, d'où l'objet de cet article.

Malgré nos efforts en écologie, pour restaurer les biotopes et réintroduire des animaux dans leur habitat, les chercheurs ne sont pas optimistes : "Nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que l'humanité laisse se dérouler une probable sixième extinction de masse, et il est exagéré de croire que cette situation va changer de manière importante, malgré les tentatives de certains d'influencer les politiciens et les hommes d'affaires. Les éditeurs nous exhortent à conclure nos publications avec un effort d'être positif mais il vaut sûrement mieux être réaliste. Alors, que pouvons-nous faire ? La bonne nouvelle est que les efforts de conservation peuvent parfois être efficaces. Lorsque des menaces spécifiques sont éliminées, les espèces ciblées peuvent se remettre après avoir été au bord de l'extinction".

Prenons quelques exemples emblématiques d'espèces menacées pour bien comprendre l'ampleur du problème.

Des espèces emblématiques

Le lynx ibérique (lynx pardinus) présenté en haut de page fit son entrée dans la Liste Rouge de l'IUCN en 2006. C'est le premier chat sauvage proche de l'extinction depuis 2000 ans. Pour quelle raison ? Parce que les producteurs espagnols de fraises puisaient impunément dans les réserves d'eau du parc où vit ce lynx. Le gouvernement espagnol avait déclaré que le problème serait réglé en 2020. Bonne nouvelle, la courbe démographique du lynx ibérique est repartie à la hausse pour l'Espagne et le Portugal avec 414 naissances comptabilisées en Espagne en 2019 et 1111 individus recensés en 2020 en Espagne et au Portugal (nous étions à moins de 100 individus en Espagne en 2002). Néanmoins il faut maintenir les efforts de protection car si l'espèce n'est plus en danger critique d'extinction depuis 2015, elle est toujours menacée d'extinction.

En revanche, le constat reste alarmant dans d'autres pays pour l'antilope saiga, le koala, l'ours blanc, le panda, l'hippopotame, la raie manta et le condor des Andes. Parfois malheureusement certaines espèces se résument à un seul individu et l'extinction de l'espèce est programmée.

La situation empire chaque année au point que depuis 2016 même le lion et la girafe furent inscrits sur la liste des espèces vulnérables. Visiblement le message n'est pas encore passé chez tout le monde, notamment chez les chasseurs américains (cf. les articles du "New York Times" sur cette girafe tuée en 2017 et sur le lion Cecil tué en 2015 par des chasseurs amateurs sans scrupules et des États africains complaisants).

Une limule (Limulus polyphemus) photographiée par Joel Sartore sur la plage de Stone Harbor dans le New Jersey, près de la baie de la Delaware.

Autre mauvaise nouvelle, depuis 2016 le requin-baleine a fait son entrée dans la Liste Rouge de l'IUCN. Si depuis 2021 quatre espèces de thons pêchés commercialement sont en bonne voie de rétablissement grâce à l'application de quotas de pêche régionaux au cours de la dernière décennie, cette reconstitution entraîne des pressions croissantes sur les autres espèces marines, avec 37% des espèces de requins et de raies qui sont désormais menacés d'extinction dans le monde, principalement en raison de la surpêche, aggravée par la perte ou la dégradation des habitats, ainsi que des changements climatiques.

L'avenir de la limule est également préoccupant. Cet arthropode marin qui possède 10 yeux et a le sang bleu est apparu à la fin de l'Ordovicien, il y a 455 millions d'années (cf. le Lunataspis). Mais il risque de disparaître sous la pression des activités humaines.

Depuis plus d'un siècle la pêche à la limule est très active (cf. cette photo prise en 1928 à Bowers Beach, Del.) car le sang ou hémolymphe de cet animal est très convoité pour la recherche pharmaceutique. La limule sert également de nourriture, notamment au Viêt-Nam, et d'appât pour la pêche à l'anguille, en particulier aux Etats-Unis.

La limule étant un animal archaïque, son sang est dépourvu de facteurs immunitaires. A défaut de système immunitaire, les cellules de la limule produisent une protéine qui transforme l'hémolymphe en gel.

Les substances anticoagulantes de la limule servent également d'indicateur en médecine. Au début des années 1970, des chercheurs ont découvert que le sang de la limule réagit et coagule en présence de quantités infimes de contaminants. Ils ont donc utilisé l'hémolymphe pour produire un réactif appelé lysat d'amébocytes de limule (LAL) qui coagule instantanément au contact d'agents pathogènes comme des bactéries E.coli et des salmonelles. Ce réactif demeure la norme pour vérifier l'innocuité des implants médicaux et des médicaments administrés par injection afin de de prévenir les chocs septiques (la baisse de la pression artérielle).

Le sang de la limule permet aussi de détecter des pathogènes (par exemple sur les instruments chirugicaux, de dialyse, etc) et d'éliminer certaines toxines. On l'utilise par exemple beaucoup pour les tests d'endotoxines (des toxines situées sur la membrane externe de certaines bactéries Gram négatives) des candidats vaccins dont celui d'Eli Lilly contre la Covid-19.

L'industrie pharmaceutique et principalement américaine prélève entre 430000 et près de 500000 limules chaque année (2018) dont elle extrait 30% du sang. En 2018, le sang de limule valait près de 15000$ le litre (~10000 €). Aux Etats-Unis, elles sont ensuite relâchées dans la nature sans aucun suivi. Malheureusement, des zoologues ont constaté qu'après cette ponction, entre 5 et 20% des limules meurent. Une étude a montré que les femelles saignées restaient plus longtemps dans les eaux profondes et s'approchaient beaucoup moins de la plage pour se reproduire (cf. M.Owings et al., 2019). De plus on a découvert que les limules se reproduisent uniquement dans le sable dans lequel elles sont nées. Les relâcher n'importe où conduit donc à l'extinction de l'espèce.

Prélèvement du sang bleu des limules. Les bouteilles contiennent également un surfactant pour empêcher la coagulation. Document Ariane Mueller.

Selon les zoologues Win Watson et Chris Chabot de l'Université du New Hampshire, à la fin des années 1990, on estimait que plus de 100000 oiseaux venaient dans la baie du Delaware pour se nourrir des oeufs de limules. En 2018, on en dénombra moins de 25000 en raison de la surpêche des limules. A l'époque, les chercheurs dénombraient 80000 oeufs de limules par mètre carré. Vingt ans plus tard, en 2017 il n'y avait qu'environ 2000 oeufs de limules par mètre carré et 12000 en 2018. Bien que leur nombre varie, la tendance à long terme est à la baisse.

Les scientifiques estimaient que la population de limules allait diminuer de 30% sur la côte est des Etats-Unis au cours des prochaines décennies. La branche asiatique de l'animal pourrait diminuer encore plus vite car les limules y sont vendues comme nourriture après le prélèvement de leur sang.

Pour éviter une hécatombe, depuis 2020 l'IUCN a inscrit la limule américaine (Limulus polyphemus) parmi les espèces vulnérables tandis que la limule en fer à cheval à trois épines (Tachypleus tridentatus) de l'Indo-Pacifique est classée parmi les espèces menacées d'extinction. Les deux autres limules asiatiques devraient bientôt compléter la Liste Rouge.

Il y a heureusement une petite bonne nouvelle. Depuis 2016, il existe un test LAL alternatif qui ne nécessite plus de sang de limule. Il utilise l'ADN cloné de l'un des facteurs de coagulation de la limule. Ce test synthétique fut approuvé par la FDA et par l'EMA mais il n'est toujours pas largement utilisé car il fait l'objet d'autres obstacles réglementaires aux États-Unis.

Après la faune, nous devons lancer le même cris d'alarme concernant la flore et en particulier les arbres. En septembre 2021, dans son rapport "State of the World's Trees" (Etats des arbres dans le monde) le BGCI en collaboration avec l'IUCN montrèrent que 30% soit 17500 espèces d'arbres sont menacées d'extinction. Sur les 454 espèces d'arbres européens, 42% sont menacés d'extinction. Plus inquiétant, 58% des arbres endémiques d'Europe sont menacés d'extinction et 15% sont en danger critique. Même des arbres aussi connus que le chêne, l'érable ou l'ébène risquent de disparaître. 142 espèces d'arbres ont déjà disparu.

Selon Craig Hilton-Taylor, chef de l'Unité Liste Rouge à l'IUCN : "Les arbres sont essentiels à la vie sur Terre et les arbres européens, dans toute leur diversité, constituent une source de nourriture et un abri pour d’innombrables espèces animales [...] et jouent un rôle économique clé".

Parmi les milliers de plantes (algues, mousses, plantes vasculaires, plantes à graines et plantes à fleurs) inscrites sur la Liste Rouge, il y a les Psychotria dont une P.elata est présentée ci-dessous. C'est une très jolie fleur épiphyte vivant dans les forêts tropicales humides d'Amérique centrale vers 400 mètres d'altitude dont on connaît 1900 espèces. Malgré ses lèvres pulpeuses très attirantes qui méritent notre attention, cela n'empêche pas son biotope d'être menacé en raison de la déforestation sauvage dans cette région du monde. La Psychotria hobdyi et la Psychotria angustata qui ressemblent à de petites grappes de fleurs similaires à des théiers ou des caféiers sont sur la Liste Rouge de l'IUCN depuis respectivement 1998 et 2000. Heureusement, aujourd'hui il existe des graines de Psychotria elata qui assureront sa survie si son biotope disparaît au train où vont les choses. On en reparlera dans dix ans.

A consulter : Les fleurs carnivores - Les plantes grasses de A à Z

Photos de plantes

Si jolie et pourtant son biotope est menacé. Il s'agit de la Psychotria elata, une plante tropicale épiphyte d'Amérique centrale de la famille des Rubiacées comprenant 1900 espèces.

Selon l'IUCN, les espèces menacées le sont pour deux raisons : la perte de leur habitat au profit des activités humaines et la dégradation du milieu. Ces deux facteurs affectent 89% des oiseaux menacés, 83% des mammifères et 91% des plantes menacées !

Ainsi, en 2007, le primatologue néerlandais Marc van Roosmalen de l'Université de Wisconsin, à qui l'on doit la découverte de sept espèces de singes dans la forêt d'Amazonie, découvrit un nouveau genre de pécari géant mais il est déjà pourchassé en toute illégalité car il ne se se défend pas face aux chasseurs.

Le primatologue néerlandais Marc van Roosmalen en compagnie de l'un de ses protégés. Document Corbis/Sygma.

A peine découvert, les chercheurs ont été contraints de mettre le pécari géant sur la Liste Rouge de l'IUCN. Marc van Roosmalen et ses collègues font un travail remarquable et méritent d'être encouragés. A ce titre, en 2000 le "TIME magazine" n'a pas hésité à élire Marc van Roosmalen parmi les "Héros pour la Planète".

A l'heure actuelle, ce sont les habitats des basses terres et des montagnes des forêts pluvieuses où l'on trouve le plus de mammifères et d'oiseaux en voie d'extinction. Si on prend le chimpanzé par exemple, il existait 1 million d'individus en 1950, il en reste à peine 100000 aujourd'hui. On estime qu'à ce rythme, les grands singes auront disparu vers 2025. Comme l'ont dit les responsables de l'Institut Jane Goodall, quand on ne pourra plus se regarder dans les yeux des grands singes, ce jour là l'homme aura perdu son humanité.

Le monde des insectes est également sur la voie de l'extinction. En 2019, les spécialistes ont constaté que plus de 40% des espèces d'insectes étaient en déclin et un tiers en voie de disparition. Le taux d'extinction est huit fois plus rapide que celui des mammifères, des oiseaux et des reptiles. La masse totale d'insectes diminue de 2.5% par an, ce qui suggère qu'ils pourraient disparaître d'ici un siècle. Selon les chercheurs, On assiste à un "effondrement catastrophique des écosystèmes naturels", selon la première revue scientifique mondiale(cf. F.Sánchez-Bayo et al., 2019).

Selon Sánchez-Bayo, le taux de perte annuelle de 2.5% au cours des 25 à 30 dernières années "est choquant. C'est très rapide. Dans 10 ans il y en aura un quart de moins, dans 50 ans il n'en restera que la moitié et dans 100 ans il n'y aura plus d'insectes."

L'un des impacts les plus importants de la perte des insectes concerne les nombreux oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons qui se nourrissent de papillons. Si cette source de nourriture est supprimée, tous ces animaux mourront de faim. De tels effets en cascade ont déjà été observés à Porto Rico, où une étude récente montra une chute de 98% du nombre d'insectes terrestres en 35 ans.

Les papillons et les mites sont parmi les espèces les plus touchées. Ainsi, le nombre d'espèces de papillons a chuté de 58% sur les terres cultivées en Angleterre entre 2000 et 2009. Le célèbre papillon monarque (Danaus plexippus) est inscrit sur la liste rouge de l'IUCN depuis 2022. Bonne nouvelle, alors que sa population déclinait dangereusement depuis les années 1990 (de 3 à 10 millions de papillons migraient chaque année du nord-ouest des États-Unis pour passer l'hiver le long de la côte californienne et au Mexique. En 2020, moins de 2000 monarques ont été dénombrés dans toute la Californie, un nombre très en dessous du niveau théorique pouvant conduire à l'effondrement et à l'extinction de l'espèce), de manière inattendue l'espèce a fait un retour spectaculaire en 2021 avec près de 250000 spécimens observés aux Etats-Unis. On ignore ce qui provoque ces fluctuations de population mais le sujet est à l'étude.

A visiter : Le jardin des papillons (G.-D. Luxembourg)

A consulter : La biodiversité en Wallonie

A gauche et au centre, le célèbre papillon monarque (Danaus plexippus). Depuis 2022, il est sur la liste rouge de l'IUCN. A droite, une abeille en train de récolter son nectar tout en pollinisant les fleurs. Documents Spencer Weiner/Getty Images, T.Lombry et R.Marsh Starks/U.Nevada.

Selon le WWF, en Belgique sur les 115 espèces de papillons recensées en Wallonie en 2010 (sur ~20000 dans le monde et 415 en Europe), 18 espèces seraient éteintes en 2019 et 13 seraient en danger critique d'extinction, principalement les papillons de jour. 78% des papillons typiques des pelouses calcaires sont menacés et environ 50% des espèces forestières et des espèces des prairies humides.

Selon l'association Natuurpunt, 30% des papillons sont en danger d'extinction dans le pays, alors que le niveau européen se situe autour de 9%. Selon le rapport 2019 du WWF, en 25 ans les populations de papillons de prairies ont chuté de 60%. Même chose dans les pays limitrophes où la moitié des espèces de papillons sont menacées dont le fameux Citron. Quelles sont les raisons ? Ils ne trouvent plus suffisamment de nectar et les fleurs disparaissent. Résultat, c'est tout un écosystème qui souffre de l'expansion d'une seule espèce invasive, l'être humain.

Globalemernt, selon le WWF, 90% des habitats naturels se détériorent en Belgique, entraînant dans leur chute une faune en détresse. Près de 30% des espèces animales et végétales sont menacées de disparition et plus de la moitié des espèces de poissons et reptiles sont en danger en raison de la pression humaine sur leur biotope (urbanisation, agriculture et pollution). La situation est aujourd’hui critique notamment pour les oiseaux des milieux agricoles, les papillons de Wallonie et la loutre d’Europe.

Une étude publiée en novembre 2014 dans la revue "Ecology Letters" portant sur 144 espèces d'oiseaux de 25 pays européens précisait qu'en Europe 421 millions d'oiseaux ont disparu en 30 ans en raison des méthodes de travail utilisées dans l'agriculture et la disparition des habitats. Si on ne modifie pas notre manière de gérer l'environnement, d'ici deux générations les espèces communes auront disparu ! Les agriculteurs comme les politiciens ont donc un rôle à jouer sur lequel nous devons absolument insister en leur rappelant leurs responsabilités.

Rien qu'en Belgique, 20% des populations d'oiseaux ont disparu. La situation est encore plus préoccupante chez les abeilles qui ont un rôle pollinisateur essentiel. Certes, il existe 250000 espèces de pollenisateurs, mais tous ne sont pas distribués également sur le globe et certains sont plus utiles que d'autres. L'abeille est l'un des vecteurs les plus utiles. Non seulement il arrivera un jour où nous n'aurons plus droit au nectar des dieux mais nous ne verrons plus son messager non plus. Comme l'a bien compris le WWF, il est urgent d'agir !

N'oublions pas non plus le rôle vital des forêts; un arbre a plus de valeur debout qu'abattu ! On en reparlera à propos du développement durable.

Les sons de la nature

A gauche, une baleine à bosse (Humback) et son bébé dans les eaux de Rarotonga (îles Cook). Au centre, une majestueuse baleine à bosse. Cette espèce comprend plus de 60000 individus et est sous le seuil de vulnérabilité. Elle est inscrite sur la "Liste Rouge" de l'UICN depuis 2008. A droite, face à face en l'homme et la baleine. Il s'agit d'une baleine franche australe mesurant 17 m de longueur et pesant 70 tonnes photographiée vers 20 m de profondeur au large des îles Auckland. Avec 1600 individus femelles répertoriés en 1997, cette espèce est également vulnérable et figure sur la "Liste Rouge" de l'IUCN depuis 1988. Documents Chris Waind, anonyme et Brian Skerry.

Les biotopes marins sont également extrêmement vulnérables et comprennent de nombreuses espèces de poissons, d'amphibiens et d'invertébrés menacés, parmi lesquels l'hypoccampe, le phoque moine ou la baleine franche de Biscaye. Mais il ne faut pas nécessairement aller aux antipodes ou dans les mer chaudes pour trouver des créatures menacées d'extinction.

La lutte contre les espèces envahissantes

L'explosion du Krakatoa en 1883 a permis d'étudier le repeuplement de l'île après la disparition de toutes les espèces. On a constaté qu'il fallut 9 mois pour que la première araignée arrive sur l'île et 3 ans pour que les végétaux en commençant par les mousses, les algues et les fougères repeuplent l'île. 50 ans après l'éruption, l'île de Krakatoa abritait 171 espèces de plantes, des palmiers et recevait notamment la visite de lézards monitor depuis de nombreuses années.

Cette expérience est très intéressante car elle démontre que toute les formes de vie qui ont peuplé Krakatoa sont non seulement parvenues sur l'île volcanique saines et sauves mais ont été capables de s'y adapter et de survivre dans cet environnement resté longtemps inhospitalier. Les seules conditions à respecter étaient que les animaux ne pouvaient pas arriver les premiers sur l'île au risque de mourir de faim et les premières plantes ont dû s'auto-polliniser puisqu'il n'existait pas encore de partenaire pour assurer une reproduction sexuée.

Depuis cet évènement, si on observe ce qui se produit dans les autres endroits du monde laissé en friche, que ce soit le sentier d'à côté ou les abords d'un bois peu fréquenté, on constate qu'au fil du temps et au gré des migrations saisonnières, ci et là des plantes invasives plus ou moins universelles finissent tôt ou tard par remplacer les plantes natives au grand dam des botanistes et des protecteurs de l'environnement.

Une expérience visant à verdire les toits fut conduite à San Francisco en 2011 au cours de laquelle des chercheurs ont cultivé dans des parcelles séparées des plantes natives et des plantes importées. Ils ont constaté que systématiquement les plantes invasives envahissaient les parcelles de plantes natives. Tous les projets de ce type ont également démontré que la destruction des plantes invasives n'est pas durable et est donc inutile à long terme. En effet, les plantes invasives finissent par supplanter les plantes endémiques car elles s'adaptent plus facilement et plus rapidement aux conditions climatiques, au sol et à la météo que les plantes locales.

Au vu de ces expériences, continuer à utiliser des herbicides toxiques qui empoisonnent notre santé pour venir à bout des plantes invasives n'est pas la solution. En revanche, trouver des insectes spécialisés ou des micro-organismes capables de les détruire pour ainsi dire à la racine est une alternative plus écologique, même si parfois elle doit recourir aux manipulations génétiques.

Les plantes invasives

Si généralement les espèces sont menacées en raison de perturbations artificielles engendrées par les activités humaines, des perturbations naturelles peuvent aussi déséquilibrer les écosystèmes. C'est notamment le cas des espèces invasives : les herbiers de caulerpes (Caulerpa taxifolia) en mer Méditerranée ou les berces du Caucase (Heracleum mantegazzianum) dans nos campagnes. Commme il s'agit généralement d'espèces exotiques plus résistantes que les espèces endémiques, si nous laissons ces espèces proliférer, elles finiront par envahir le territoire et deviendront la nouvelle espèce dominante au détriment de la biodiversité.

A lire : Global Invasive Species Database

Invasive Species in Belgium, Harmonia

A gauche, des berces du Caucase. Elles peuvent mesurer jusqu'à 5 m de hauteur. Au centre, des renouées du Japon. Voici une vue générale. A droite, des Myriophylle du Brésil. Documents SMBV Touques, Academic, Simonapavan/Despositphoto et Alain Dutratre.

Un bon conseil. Si vous voyez des berces du Caucase en Europe, faites plaisir à la nature et arrachez-les (avec les racines). Attention, prenez des gants et portez des vêtements couvrants et des lunettes couvrantes car elles sont photo-sensibilisantes et leur sève peut provoquer des brûlures sur la peau au deuxième degré. Mais prises au bas de la tige, vous ne risquez rien.

Pour lutter contre cette plante invasive, en Belgique la Wallonie a publié une loi en 2022 qui impose aux propriétaires ayant des berces du Caucase de les arracher sous peine d'amende.

Parmi les autres plantes invasives, citons les renouées asiatiques (Fallopia japonica, etc) qu'on trouve le long des berges des cours d'eau et dans la plaine alluviale ainsi que la Myriophylle du Brésil (Myriophyllum aquaticum) qui a tendance à envahir les plans d'eau et a fait l'objet d'une décision d'éradication au plan européen (cf. la règlementation européenne N° 1143/2014 sur les espèces exotiques envahissantes).

On estime que le coût de la lutte contre les plantes invasives sera multiplié par 3 tous les 10 ans.

Crabe du Kamtchatka, rascasse volante et frelon géant

On observe le même phénomène dans le règne animal avec l'invasion des crabes géants du Kamtchatka et des rascasses volantes dans certains océans (cf. Les effets visibles du réchauffement). Même chose dans les airs avec les frelons asiatiques (Vespa velutina) et la variété géante (Vespa mandarinia) grande comme une demi-main présente en France depuis 2004 et dans l'État de Washington, aux Etats-Unis, depuis 2020 (où il convient de l'appeler le frelon géant d'Amérique du Nord). Il est également présent au Canada. Si on n'éradique pas directement ces espèces exotiques envahissantes dès leur apparition, l'invasion est assurée avec la chute drastique des espèces autochtones. La situation est d'autant plus préoccupante avec le frelon géant qu'il tue les abeilles qui sont indispensables à la pollinisation.

A voir : Le frelon géant japonais

Le frelon géant : tout savoir sur Vespa mandarinia

A lire : Vespa velutina - frelon asiatique (PDF), MNHN

Ci-dessus, deux espèces marines envahissantes. A gauche, le crabe royal du Kamtchatka (Paralithodes camtschaticus). Il peut mesurer 1.80 m d'envergure et peser 10 kg. Vivant d'ordinaire dans la mer de Béring entre l’extrême est de la Russie et l'Alaska, les Russes l'ont introduit dans les années 1960 dans la mer de Barents pour nourrir les populations locales. Depuis, il a migré vers le sud et on le trouve de la Finlande jusqu'en Mer de Norvège vers 66° N. A droite, une rascasse volante (Pterois volitans) ou poisson-lion photographié dans le Pacifique. Aujourd'hui on en trouve dans le Golfe du Mexique, aux Caraïbes, sur la côte est des Etats-Unis et même en Méditerranée. Ci-dessous, différents hyménoptères (sous-ordre des Apocrites) dont les envahissants frelons asiatiques et la sous-espèce géante qui décapitent les abeilles et récupèrent leur abdomen pour nourrir leur progéniture. L'échelle est donnée à titre indicatif sachant qu'il peut exister un dimorphisme sexuel mais également selon les castes et les sous-espèces faisant varier leur taille de 15 à 25%. Documents The conqueros@finnmark Reiseliv, D.R. et maquette T.Lombry.

Parmi les autres animaux exotiques envahissants citons le moustique-tigre (Aedes albopictus) qui est aujourd'hui présent sur les cinq continents y compris en Belgique, en France et au Luxembourg, le raton laveur commun (Procyon lotor) introduit pour la dernière fois en Europe en 1930 qui peut être porteur de la rage et d'autres maladies, six espèces d'écrevisses dont l'écrevisse américaine (Orconectes limosus) introduite en Allemagne en 1890, l'écrevisse du Pacifique ou de Californie (Pacifastacus leniusculus), l'écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii), l'écrevisse juvénile (Orconectes juvenilis), l'écrevisse calicot (Orconectes immunis) et l'écrevisse marbrée (Procambarus virginalis)), l'écureuil de Corée (Eutamias sibiricus) apparu dans les années 1950 et considéré comme un animal de compagnie (NAC) depuis ~1980, l'écureuil de Pallas (Callosciurus erythraeus) originaire de Chine, d'Inde et du sud-est de l'Asie qui fut introduit au Japon (1935-1954), en Argentine (1973), aux Pays-Bas (1998), en Belgique (2005) et en France et qui écorce diverses essences d'arbres, ronge les câbles téléphoniques et les tuyaux d'arrosage et menace aujourd'hui les arbres fruitiers et les agrumes, ainsi que diverses espèces de serpents parmi des dizaines d'autres espèces envahissantes.

Notons que la bernache du Canada (Branta canadensis) est présente en Europe continentale où elle est théoriquement considérée comme un oiseau envahissant. Mais étant donné qu'il existe une espèce de bernache (Bernache cravant ou Branta bernicla) qui passe l'hiver en Irlande et en Angleterre, l'Europe a décidé de ne pas considérer la bernache comme une espèce envahissante, au grand dam des fermiers qui voient leurs pâturages et leurs céréales grignotées (6 bernaches mangent autant qu'une vache).

Rappelons que l'Union européenne a publié la liste des nouvelles espèces envahissantes en 2016 (37 espèces), 2017 (12 espèces), 2019 (17 espèces) et 2022 (22 espèces).

En plus de la perte de biodiversité occasionnée par ces prédateurs, l'impact économique peut être très important. Selon une étude publiée dans la revue "Nature" en 2021 par Christophe Diagne de l'Université Paris-Saclay et ses collègues, le coût économique entraîné par les espèces invasives fut estimé à plus de 1200 milliards d'euros entre 1970 et 2017 soit un coût moyen annuel de 22.7 milliards d'euros (cf. C.Diagne et al., 2021).

Plus de la moitié des espèces ont disparu en 40 ans

Malgré les milliers de nouvelles espèces que l'on découvre chaque année (cf. le magazine de taxonomie animale Zootaxa), selon le "Living Planet Report" 2014 du WWF, entre 1970 et 2010 l'homme fut responsable du déclin de 52% des espèces de vertébrés; plus d'un million d'espèces ont disparu.

Sur la même période, l'Indice Planète Vivante (LPI ou IPV en français qui mesure l'évolution de 10380 populations de 3038 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons) montre que 76% des espèces d'eau douce ont disparu, 39% des espèces terrestres et 39% des espèces marines. 6569 populations des 1606 espèces constituants l'indice IPV tempéré ont décliné de 36% entre 1970 et 2010 tandis que l'IPV tropical (qui regroupe 3811 populations de 1638 espèces) a diminué de 60% entre 1970 et 2014, soit un déclin de 4 points par rapport à 2010.

Les zones les plus touchées sont l'Amérique Latine qui a subi une chute de 83% suivie par la région Asie-Pacifique où les espèces d'eau douce ont payé le plus lourd tribu aux activités humaines avec un déclin de 76%. Concernant les espèces marines, le recul le plus prononcé est observé sous les tropiques et dans l'océan Austral où la population des tortues marines, de nombreux requins et de grands oiseaux marins migrateurs comme l'albatros hurleur ont subi un fort déclin. Au total, entre 1970 et 2016, l'Indice Planète Vivante indique un déclin moyen de 68% des populations étudiées.

On estime aujourd'hui qu'une espèce disparait toutes les 15 à 20 minutes, soit entre 20 et 35000 espèces chaque année ! Peter Raven du Jardin Botanique du Missouri estime qu'au rythme actuel 60% de toutes les espèces vivant sur Terre seront éteintes dans 300 ans !

Si nous ne prenons aucune mesure de protection envers les écosystèmes, on estime qu'en 2050 ans nous aurons exterminé 1 million d'espèces supplémentaires, dont beaucoup n'ont pas encore été étudiées pour la simple raison que l'arbre taxonomique est loin d'être complet, surtout dans le règne des végétaux, des insectes et des créatures marines comme en témoignent les découverte récentes.

Le problème est que nous faisons partie intégrante de la biosphère; nous sommes un produit de la nature et subissons encore ses lois pour l'essentiel. En théorie, nous dépendons totalement des interactions que nous pouvons avoir avec les animaux, les plantes et les micro-organismes (cf. le microbiote), sans parler de l'influence directe des gaz atmosphériques sur notre santé ou celle des rayonnements solaires (champs électromagnétiques ou corpusculaires). Si l'équilibre de la biosphère venait à fléchir, nous subirions ses effets de la même manière que les autres espèces et nous devrions faire face à des problèmes écologiques voire sanitaires face auxquels nous n'avons aucune solution (cf. par exemple le problème de la résistance aux antibiotiques).

Ainsi que nous l'ont expliqué Stephen Gould, David Raup et Richard Leakey, depuis que la Terre existe, les extinctions de masse nous ont démontré qu'aucune espèce n'est supérieure aux autres et aucune ne peut échapper à ces mauvais coups du sort. Que l'homme soit à l'image de Dieu, un "bon sauvage" comme le pensait Rousseau ou plutôt un superprédateur, cela ne change rien à notre condition d'être vivant; nous devons relativiser notre supériorité et nous dire qu'en toute probabilité, nous aurons beaucoup de chances si nous ne disparaissons pas de la scène d'ici 200000 ans. On reviendra en détails sur le sujet dans l'article consacré au risque d'extinction de l'humanité.

A voir : Living Planet Report, 2014, WWF

Le développement durable

Si on tient compte des risques cosmiques comme celui de la collision avec un astéroïde ou le passage plus aléatoire de la Terre dans un puissant flux de rayonnement ionisant, l'avenir de l'humanité n'est pas garanti. Il ne l'est pas plus du point de vue écologique. Le rythme des extinctions s'accélère depuis que l'homme a jugé que la planète lui appartenait en exclusivité : pollutions, déforestations, consommation outrancière, démographie exponentielle, chasse intensive, sont autant de facteurs qui contribuent à mettre en péril la vie de toutes les espèces qui nous entourent et par conséquent - dure loi de la biodiversité et de l'équilibre des écosystèmes - notre propre survie.

Mais il y a d'autres risques potentiels dont nous subissons déjà les effets : risque sociaux, culturels, politiques, économiques, éthiques, etc, dont certains avaient déjà été entrevus par les économistes Malthus, Mill et Ricardo dès le début du XIXe siècle.

Comment enrayer ces processus qui s'emballent et dérèglent la planète ? De manière générale, les individus comme les pouvoirs publics ou les industriels ont jusqu'ici pris peu de mesures en faveur du développement durable. Disons qu'ils en prennent dans les pays riches mais timidement en fonction de leurs moyens et sans trop oser bousculer nos habitudes ou les lobbies. Ailleurs, dans les pays pauvres, l'ampleur du travail est telle que les autorités sont dépassées et sont incapables de juguler ces problèmes sans aide extérieure.

Malgré la pression des groupes de défense de la nature et du travail des sénateurs qui rédigent les lois, il existe peu de règles en matière d'environnement et peu d'organismes de contrôle alors que les industries polluantes, les trafiquants et autres braconniers sont légions. Certaines lois sont mêmes en leur faveur quand elles leur accordent des "tickets pollutions" et autre mise en décharge de leur produits polluants !

Heureusement gâce aux actions du "Club de Rome", depuis quelques générations la population et les pouvoirs publics ont pris conscience des risques qu'ils faisaient courir à la planète et commencent à modifier leur mode de vie. Mais si le sentiment écologique germe doucement en Occident, dans d'autres pays où la surpopulation est chronique, la population pauvre et la terre parfois stérile à tous les points de vue, la protection de leur environnement ne fait pas encore partie de leur culture et n'a même aucun sens.

Pour inverser la balance et rééquilibrer le monde, il a fallu inventer un super projet supranational et des systèmes de contrôle décentralisés dans chaque pays pour édicter tant bien que mal de nouvelles règles afin de mieux nous respecter ainsi que la nature, puisque nous n'étions pas capables de le faire seul.

En 1987, l'ONU invita tous les hommes et les femmes à embarquer dans le vaisseau Terre comme dans l'Arche de Noé pour sauver le monde. Cette philosophie a conduit au fameux projet mondial de développement durable, une initiative des principales organisations internationales et de leurs satellites (ONU, UNESCO, OMS, OMM, IGBP, IPCC, etc) dont les dispositions pratiques d'application sont laissées au libre choix des gouvernements.

Document Ecobilan.

Le but durable visé par ce projet est de proposer des idées et de les concrétiser sur le terrain afin de préserver notre planète à l'intention des générations futures. Il est articulé autour de trois axes principaux : l'environnement, le social et l'économie. Cela doit conduire à une meilleure gestion de toutes nos ressources et à l'amélioration de nos conditions de vie à tous.

Cette "optimisation" du vaissseau Terre n'est toutefois pas sans conséquences économiques et politiques, sans parler bien entendu de son impact sur nos mentalités. Les problèmes à résoudre faisant souvent partie de "problèmes de société" entrés dans les moeurs depuis plusieurs générations, d'organisation politique ou remettant en question notre style de vie, tant les décideurs que la population ne les acceptent pas toujours facilement et cela peut se traduire par des grèves généralisées et autre réaction de mécontentement lors des élections. Chaque problème nécessite une réflexion et des études très minutieuses de la part des scientifiques, des économistes, des industriels et des autorités publiques en charge de les résoudre. La remise en état du vaisseau Terre peut durer plusieurs générations. Mais comme l'on dit, "l'essentiel est de commencer, le reste viendra tout seul".

C'est ainsi que sont nés toute une série de nouveaux métiers d'expertise en "développement durable", allant de l'éco-conseiller en prise directe avec les acteurs de terrain, aux journalistes et autres communicateurs scientifiques qui ont pour tâche de transmettre l'information et de sensibiliser la population. A terme, il ne fait aucun doute qu'un changement de mentalité s'opèrera et que nous parviendrons à rétablir la santé de Gaïa. Et si nous l'acceptons pas ou n'y parvenons pas, et bien la Nature reprendra les rennes ou l'évolution continuera sans nous. Reconnaissons qu'il serait irresponsable de quitter ce navire peut-être unique dans l'univers où il fait si bon vivre quand on s'en donne la peine. Nous reviendrons sur cet important sujet dans l'article consacré au développement durable.

Dernière partie

Faut-il donner un statut aux animaux ?

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