JUPITER

Présentation générale de la planète

(II) Les principales formations nuageuses

Voici une présentation générale des principales régions de la planète ainsi que des formations que l'on y rencontre. Cette présentation est organisée en courants lents (voir la page sur la circulation atmosphérique de Jupiter). Voici un rappel des sigles utilisés ici :

SSTB et SSTZ : South south temperate belt et South south temperate zone (zone et bande tempérées sud sud)

STB et STZ : South temperate belt et South temperate zone (zone et bande tempérées sud)

SEB et NEB : South equatorial belt et North equatorial belt, les deux bandes équatoriales

STropZ et NTropZ : South tropical zone et North tropical zone, les deux zones tropicales de la planète.

 


Le Courant tempéré sud sud (SSTC) : SSTB + SSTZ

Le SSTC est marqué généralement par une bande nuageuse assez importante, la SSTB, bien qu'elle soit rarement complète. Cette bande est devenue, la plupart du temps, la bande tempérée australe la plus importante depuis l'affaiblissement de la STB dans les années 70 - 80. Dans ce courant, les structures les plus remarquables sont des anticyclones blancs petits mais contrastés, évoluant parfois en chaîne dans la SSTB. Ces spots blancs sont les équivalents très modestes, mais plus nombreux, des anticyclones plus impressionnants que l'on voit aux latitudes australes plus proches de l'équateur (les WOS de la STB et la Grande tâche rouge). Les autres formations importantes rencontrées à ce niveau sont des structures cycloniques blanches à -38°S (les anticyclones sont à -40° environ). Les anticyclones peuvent évoluer durant de nombreuses années ; les anticyclones eux sont plus éphémères, avec une durée de vie de une à trois années sans doute.


Le Courant tempéré sud (STC) : STB + STZ

Le STC est certainement une des régions les plus intéressantes de la planètes, de la part la richesse de ses formations, qui ont généralement une durée de vie et un aspect visuel beaucoup plus conséquents que leurs homologues du Courant tempéré nord. Cette région a été marquée dans toute la deuxième moitié du XXème siècle par l'apparition de trois grosses structures anticycloniques, identiques à la Grande tâche rouge (sauf la couleur). Ces trois ovals, nommés BC, DE, FA, se sont formés dans les années 1940, et se sont maintenus dans les décennies suivantes, en décélérant et en rapetissant (ce sont eux qui sont désignés à l'origine par le sigle anglais WOS, White oval spot). A la fin du siècle dernier ces trois anticyclones ont fusionnés pour en former un seul, appelé BA, qui est toujours visible aujourd'hui.

D'autres formations sont fréquentes dans ce courant : des spots blancs, généralement anticycloniques, et des spots sombres, presque tous cycloniques, qui peuvent être très sombres. On trouve aussi des régions cycloniques sombres non constituées en "spots" et plus irrégulières, comme celle qui est passée au sud de la Tâche rouge lors de l'hiver 2003. Cette structure est le résultat de l'évolution d'une tâche très sombre apparue lors de l'été 1998.

A gauche : excellente image argentique de Gino Farroni montrant deux des WOS en 1993, cinq années avant leur fusion. A droite : des images de 2003 avec quelques formations légendées.


Le Courant tropical sud (STropC) : SEB + STropZ

Le STropC contient la plus célèbre des formations joviennes : la Grande tâche rouge, qui circule dans la Zone tropicale sud (STropZ). La GTR est bien un anticyclone, rappelons-le, et non un cyclone comme on le lit très souvent. On dit aussi qu'il s'agit d'une tempête, le terme est a priori exact mais est de nature à entraîner la confusion dans la mesure où sur Terre tempête signifie forcément une zone cyclonique. Il s'agit donc d'une zone de haute pression, dont la circulation s'effectue dans le sens contraire des aiguilles d'une montre, ce qui est la définition d'un anticyclone évoluant dans l'hémisphère sud d'une planète.

La première observation reconnue de la GTR date de 1831. Cette structure a donc un peu moins de deux siècles d'existence prouvée ; nous n'avons pas de preuve que la tâche sombre observée par Cassini au XVIIème siècle était la GTR. Selon une théorie très intéressante développée par John Rogers, Directeur de la section Jupiter de la BAA (voir son livre en bibliographie), le spot vu par Cassini serait au contraire une des dernières manifestations d'une grande tâche rouge plus ancienne que celle que nous connaissons aujourd'hui.

Le STropC ne présente quasiment aucune autre structure aussi bien identifiable que la GTR, mais d'autres types d'activités importants peuvent y être vus. D'abord le phénomène de "Perturbation tropicale sud" : il s'agit d'un phénomène de connexion entre les deux jetstreams qui entourent la Zone tropicale sud (STropZ), que l'on pense être à l'origine de la Grande tâche rouge (je n'ai pas de documents à montrer malheureusement). Un autre phénomène important sont les éruptions de spots blancs qui se produisent parfois dans la SEB, phénomène ayant sans doute une origine similaire à celui des réanimations de la SEB, une bande qui semble "disparaître" parfois totalement (image de G. Farroni).

Les flèches rouges désignent les phénomènes d'éruption dans la SEB. Image de Gino Farroni : éruption d'un spot sombre et d'un spot blanc début avril 1993 annonçant la réanimation de la bande dans les mois qui allaient suivre. Les flèches blanche et noire indiquent la source des éruptions (la petite boule) et leur direction.


Le Courant équatorial (EC) : EZ + les parties équatoriales des SEB et NEB

Le grand Courant equatorial - qui n'est pas un "courant lent" - comprend toute la Zone équatoriale ainsi qu'une partie des bandes équatoriales. Il s'agit d'une région très particulière qui est formée de formations qui lui sont totalement spécifiques. Les structures les plus spectaculaires se trouvent dans la partie nord, dans la composante sud de la NEB (NEBs) et la composante nord de la Zone équatoriale (EZn). Les formations les plus visibles sont les grands nuages bleutés qui font partie des détails les plus évidents de la planètes : les festons. La couleur bleue indique qu'il s'agit de larges ouvertures dans la couche supérieure de nuages blancs, mais ces formations ne sont pas encore très bien connues. Presque systématiquement associées aux festons bleus, les "plumes" blanches sont vraisemblablement des éruptions de nuages brillants. Ces nuages ne sont pas visibles de la même façons d'une année sur l'autre ; spectaculaires en 1999-2000, les plumes et festons se sont faits plus discrets à partir de l'automne 2000. En 2002-2003 ils ont été plutôt complexes.

 


Le Courant tropical nord (NTropC) : NEB + NTropZ

Une des deux principales bandes de la planète, la NEB est généralement plus étroite que la SEB, mais plus colorée et sombre. La Zone tropicale nord elle est régulièrement "envahie" par la NEB tous les trois-quatre ans. Les formations les plus remarquables de cette région de la planète sont des spot sombres et des spots blancs. Les spots sombres sont appelés des barges : ce sont des dépressions atmosphériques dont la durée de vie est généralement de quelques années, évoluant à 15-16°N. Les spots blancs sont quant à eux des anticyclones, d'une durée de vie similaire (18-19°N).

Un autre type d'activité de la NEB sont les "rifts" que l'on aperçoit certaines années. Loin d'être une "cassure", il s'agit en réalité d'une éruption de nuages blancs vers 15° N environ, qui se dirigent vers le sud-est et sont à un moment happés par les puissants vents équatoriaux. Ils disparaissent dans la Zone équatoriale.


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