Eclipse de Lune des 3 et 4 mars 2007 : du grand spectacle depuis la France
Philippe
Morel
Société Astronomique de France,
Observer une éclipse totale de Lune est toujours un spectacle apprécié du public et des amateurs d'astronomie tant le spectacle est beau et changeant. Première éclipse totale de Lune visible en France métropolitaine depuis le 28 octobre 2004, elle sera aussi la dernière à être entièrement accessible de chez nous avant le 21 février 2008. Ensuite, il faudra patienter jusqu'au 28 septembre 2015.
Même
si
les éclipses totales de Lune sont
beaucoup plus fréquentes, pour un site
d'observation donné, que les éclipses de Soleil,
elle ne sont cependant pas si
courantes que cela et si l-on ajoute l'incertitude liée aux
conditions
météorologiques, nombre de nos régions
n'offrent pas plus d'une à deux éclipses
totales de Lune par dizaine d'année. Mieux vaut donc ne pas
rater l'événement.
Ombre et pénombre
© :
Daniel Crussaire et Mourad Cherfi, SAF
Cet
événement astronomique survenant peu
après une occultation de la planète
Saturne par la Lune, sera idéal,
tant par ses conditions de visibilité que par le fait qu'il
surviendra un
samedi soir, moment très propice aux observations publiques.
A cette occasion, la Société
Astronomique de France, dans sa parution de février
2007, a édité un
encart central
détachable de 4 pages destiné à une
large diffusion à
destination des amateurs, clubs et associations désireux de
faire profiter le
plus grand nombre de ce rares spectacle naturel.
La SAF mobilise aussi à cette occasion ses associations amies et ses Correspondants et la liste des observations publiques programmées (liste non exhaustive attendant de recevoir votre annonce).
Cet encart explique le mécanisme de l’éclipse de Lune en un langage accessible à tous et donne les principaux instants de l’éclipse.Durant la
phase d'éclipse totale, alors que la Lune est
entièrement plongée dans l'ombre de la Terre,
apparaissent sur le disque de
notre satellite des nuances colorées
allant du marron au jaune et au
bleu en passant par une infinité de nuances
colorées très changeantes. Ces
nuances sont produites par la déviation et la
décomposition de la lumière du
Soleil réfractée, à la
manière d'une loupe, par l'atmosphère terrestre.
Cependant, d'une éclipse à l'autre, l'aspect de
la Lune totalement éclipsée est
très changeant, ce qui amena à de nombreuses
hypothèses pour tenter d'expliquer
ces variations.
L'état de
l'atmosphère terrestre correspondant aux
régions de notre planète
situées au levant et au couchant au moment de la
totalité pourrait influer
ainsi que l'empoussièrement de notre atmosphère
par les éruptions volcaniques,
ce qui a pu déjà être
vérifié à plusieurs reprises pour les
éclipses survenant
dans les semaines suivant une éruption importante
Une relation
peu convaincante avec l’activité
solaire a
aussi été notée par
l’astronome français André Danjon
au début du siècle
dernier mais bien plus convaincante, bien que non encore admise par
l’ensemble
de la communauté astronomique, est l’influence de
la distance Terre-Lune
et du
caractère central ou périphérique du
passage de la Lune dans l’ombre.
Les instants de l'éclipse, © : Philippe Morel, SAF
A 20h18m UT : entrée dans la pénombre
A ce moment, rien ne sera visible car l'assombrissement sera imperceptible à notre vue mais les prises de vue pourront commencer en utilisant le temps de pose utilisé habituellement pour photographier la Pleine Lune, soit, 1/1000ème de sec à F/D = 8 et avec une sensibilité de 200 ISO.
Hauteur de la Lune en France au moment de l'entrée dans la pénombre, © : Philippe Morel, SAF
La Bretagne sera la moins avantagée avec une hauteur de la Lune égale à 23° contre 34° à Ajaccio. Il faudra en tenir compte pour établir les temps de pose photographiques.L=0 : éclipse très sombre, temps de pose : 480 sec,
L=1 : éclipse grise ou brunâtre, temps de pose : 120 sec,L=2 : éclipse rouge sombre ou rouille avec les bords de l'ombre assez clairs, temps de pose : 30 sec,
L=3 : éclipse rouge brique, bord de l'ombre jaunâtre ou orangé, temps de pose : 8 sec,
L=4 : éclipse très claire, avec une ombre cuivrée aux bords bleutés, temps de pose : 2 sec.
Les temps de pose sont, on le voit, très différents selon l'aspect de la totalité et le mieux est, autour de l'estimation de cette dernière par l'échelle de Danjon, de poser aussi à la moitié et à deux fois le temps d'exposition recommandé. A l'évidence, on s'aperçoit aussi de l'impossibilité pratique de réalisation de certaines expositions, telles les 480 sec pour une totalité de type L0. A la fin de cette page nous verrons comment se sortir de ces impossibilités.
Hauteur de la Lune en France au moment du début de la totalité, © : Philippe Morel, SAF
Toute la France métropolitaine verra le début de l'éclipse totale à plus de 42° de hauteur et les régions les plus privilégiées seront encore une fois situées en direction du sud-est avec un peu plus de 52° de hauteur en Corse.
A 23h21m UT : maximum de l'éclipse
Hauteur de la Lune en France au moment du maximum de l'éclipse, © : Philippe Morel, SAF
A ce moment, l'éclipse est la plus sombre sur la partie sud-ouest du disque de la Lune et la plus claire sur la partie nord-est de ce dernier. La hauteur est la même à Cherbourg et à Lille : 45°, à Bordeaux, Limoges et Lyon : 50°, à Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice : environ 52°. Comme durant toute la durée de la totalité, les temps de pose de référence à appliquer sont les mêmes que ceux détaillés plus haut en fonction de l'échelle de Danjon.Toutes les villes mentionnées sur les cartes et situées à plus de 4° de longitude est ont vu passer la Lune au méridien en seconde partie de totalité. A cet instant, la Lune est au plus haut dans le ciel des sites ayant une longitude de l'ordre de 3,5° est et à l'ouest de cette longitude, la Lune va encore monter un peu pour culminer durant la sortie de la Lune de l'ombre de la Terre.
Il s'agit de l'un des plus beaux instants de l'éclipse car, à cet instant, l'œil habitué à l'obscurité va recevoir les premières lumières réfléchies par la Lune dès le début de sa sortie de l'ombre. Cet aspect se produit aussi au début de la totalité mais est visuellement moins spectaculaire car l'œiln'est alors pas encore habitué à l'obscurité.
Pour en faire des images, il faudra jouer entre les expositions de partielles proches de la totalité et les expositions de totalité. Plus que jamais, les différents essais de poses seront les bienvenus durant la minute de temps mise à disposition pour cet instant magique de l'éclipse.
Entre 23h58m UT et 1h11m UT, la Lune va sortir de l'ombre de la Terre reproduisant les phases symétriques de l'entrée dans l'ombre qui a précédé la totalité. Les temps de pose de référence pour la partie éclairée du disque lunaire seront les mêmes mais les horaires bien sur différents.
A partir de 23h58m UT, cette référence sera de 1/60ème de sec puis de 1/125ème de sec à partir de 0h20m UT et de 1/250ème de sec à partir de 0h35m UT. Cette dernière passe ensuite à 1/500ème de sec.Nous
avons vu plus haut l'importance de la distance Terre-Lune. Connaissant,
pour toutes les altitudes de l'atmosphère terrestre comprises entre 2 et 60km,
l'angle de réfraction et la densité optique moyenne D de la lumière
rouge, verte et bleue telle que nous pourrions la mesurer aprés un
aller-retour sur la Lune, il devient facile de donner une modélisation
approximative de la structure "lumineuse" du disque de la Lune durant
une éclipse totale.
De même, en comparant l'éclipse qui nous intéresse aujourd'hui avec celle des 8-9 novembre 2003, on trouve à l'instant du maximum pour le centre du disque : D = 3,44 et D = 3,92 dans les mêmes conditions le 3 mars 2007, occasionnant un rapport de luminance entre ces deux éclipses, pour le centre du disque et pour le bleu de 3,01 X.
Inutile de prendre en référence la couleur bleue pour le limbe de la Lune le plus proche de l'axe de l'ombre, correspondant aussi à la partie la plus sombre du disque car, en exposant correctement à cet endroit, on risque de surexposer le centre du disque et, encore plus, les régions diamètralement opposées et qui sont aussi les plus claires du disque.
L'éclipse des 8-9 novembre 2003 était particulierement claire car d'apogée et très périphérique dans le cône d'ombre. Le 3 mars 2007, la Lune sera un peu plus proche de la Terre et l'éclipse plus centrale. Elle sera donc, en principe, plus sombre, même si tout est relatif, au moins pour le rouge et le vert, car, comme on peut le voir, entre l'éclipse de 2003 et l'actuelle, la Lune se "déplacera" certes vers des densités plus importantes mais sur une partie des courbes à faible pente, de sorte que pour ces couleurs, le facteur multiplicatif à appliquer par rapport à l'éclipse de 2003 ne sera que de 1,25 à 1,5X.
Evolution de la densité optique du centre de la Lune durant la totalité de l'éclipse des 3-4 mars 2007, © : Philippe Morel, SAF
Pour définir le programme des temps de pose photographiques, la bonne mesure consiste à choisir en référence le centre du disque et la lumière bleue. Reste à déterminer à chaque instant choisi la distance la plus courte du centre du disque à l'axe de l'ombre et de reporter, pour chacun d'entre eux, cette distance sur le graphique des courbes de densité correspondant à l'éclipse et présenté plus haut.
En convertissant les différentes valeurs de densité en différence de luminance par rapport à un rayon lumineux non réfracté par l'atmosphère terrestre il est possible de déterminer l'évolution des temps d'exposition à utiliser par rapport à une référence. Le graphique ci dessus prend pour référence de Pleine Lune, l'exposition de 1/1000ème de seconde à F/D = 8 et 200 ISO de sensibilité pris en exemple depuis le début de cet article.
La lecture du graphique ci-dessus permet à chaque minute de la totalité, d'obtenir un ordre de grandeur des temps d'expositions à utiliser pour 200 ISO de sensibilité et un F/D = 8 : de 2,5 sec en début ou fin de totalité à un peu plus de 8 secondes de 23h15m à 23h25m UT.
Cette méthode de détermination est à considérer avec prudence car, même si elle a déjà largement fait ses preuves depuis sa première mise en application en 1985, elle ne prend pas en compte les irrégularités de l'atmosphère terrestres pouvant occasionner des assombrissements peu prévisibles. Ces derniers intéressent toutefois plus les basses couches de l'atmosphère que les hautes couches de cette denière. Au moment du maximum de l'éclipse le disque de la Lune va jouer avec les rayons de lumière solaire réfractés par notre atmosphère entre 6 et 18km d'altitude. En tout état de cause, il sera prudent à chaque instant, de tripler les poses en doublant et en diminuant de moitié les expositions mentionnées.
Ces expositions ne tiennent pas compte du type de capteur. La pellicule photographique est en général bien sensible à la lumière bleue et il en est de même pour les capteurs CMOS des APN non dépourvus de leur pré-filtre. A l'inverse, les capteurs CCD sont plus sensibles au rouge. Les expositions de référence ont été établies à partir d'images argentiques et cette éclipse sera la première où les boîtiers numériques à optique interchangeable seront largement utilisés. Les temps de pose de référence risquent donc d'être quelque peu modifiés à la suite de cette éclipse.
Reste ensuite à adapter les temps de pose de référence à votre propre matériel.
Comment jouer avec les temps de pose de référence ?Le
temps de pose photographique, hors absorption atmosphérique (ou à hauteur
équivalente par rapport à une référence) et hors correction du défaut de
réciprocité des films, dépend du rapport F/D et de la sensibilité du film:
Si nous nommons R1 le rapport F/D et t1 le temps de pose
ayant servi au cliché de référence, si nous nommons R2 le rapport F/D et
t2 le temps de pose avec lequel le cliché sera réalisé ; toute
chose étant égale par ailleurs on peut écrire que :
Si nous nommons S1 la sensibilité du film ayant servi au cliché
de référence, si nous nommons S2 la sensibilité du film avec lequel le
cliché sera réalisé ; toute chose étant égale par ailleurs on peut écrire
que :
Si sensibilité et rapport F/D changent entre la référence et le cliché
à réaliser cela donne :
T2 = t1 x (R2 ² / R1 ²) x (S1 / S2)
Si nous prenons en référence la combinaison citée dans le texte au
moment d'une totalité de clarté L2 sur l'échelle de Danjon : R1 = 8,
S1 = 200 ISO, t1 = 30 sec et que nous voulons faire des images de
l'éclipse avec R2 = 4,5 et S2 = 400 ISO :
Nous obtenons t2 = 4,7 sec.
Si l'éclipse est pas très lumineuse, nous aurons donc
avantage à utiliser des optiques très ouvertes et si possible de longue focale
pour utiliser les temps d'exposition les plus courts possible tout en se
donnant la possibilité de détailler la surface de la Lune, donnant, hélas, un
avantage certain aux optiques de l'ordre de 400mm de diamètre de 1800 à 2000mm
de focale.
Il est possible et même recommandé d'additionner les images car il est plus facile de poser 4 fois 5 secondes qu'une fois 20 seconde d'autant qu'il faudra tenir compte de la vitesse propre du déplacement apparent de la Lune. Il faut alors prendre toute les images à additionner en un minimum de temps. De plus, en faisant varier la durée de chacune des poses il est possible d'obtenir une image finale exempte de toute surexposition et montrant aussi les régions les plus sombres du disque lunaire éclipsé. La réalisation pratique de ce traitement est facile à mettre en oeuvre et a été testée avec succès lors de l'éclipse totale de Lune des 8 et 9 novembre 2003, y compris avec des prises de vues argentiques.
Des images et accélérés ont aussi été obtenus au moyen de webcams montées sur des petits téléobjectifs. La résolution n'est certes pas au rendez-vous mais il s'agit d'un moyen peu onéreux et facile de réaliser des images de totalité d'éclipse de Lune.
Références
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