Eclipse de Soleil du 29 mars 2006 : souvenirs de grands moments
Philippe Morel
Mission SAF au Niger : féérie dans le ciel et sur Terre
Observer une éclipse totale de Soleil depuis l'un des plus beaux sites naturels de la planète n'est pas offert tout les jours et c'est en tout cas ce que permettait l'option nigerienne mais encore fallait-il pouvoir atteindre la zone intéressante !
Il y avait en effet 600 km à parcourir dans le désert du Ténéré pour arriver dans les environs de Bilma, 600km faits de moments inoubliables au contact d'une nature des plus hostile mais aussi au contact de l'étonnante et sécurisante population touaregue.
Société Astronomique de France,
L'expédition de Bakri
Impossible en de telles conditions naturelles de se déplacer sans avoir recours à des guides et à une organisation locale pour laquelle acheminer 70 chasseurs d'éclipse à destination relevait d'un concept entièrement virtuel tant la notion de temps a peu de signification au Niger, dans un pays où le manque de moyens et de matériel complique à chaque instant les situations les plus simples.
Reconnue pour son sérieux, était retenue l'organisation "Expéditions Ténéré Voyages", dirigée par Bakri Haballa, organisation que nous n'avons pas était les seuls à solliciter puisque les quatre groupe réunis constituaient un ensemble d'environ 70 personnes...avec toutes les difficultés matérielles liées au déplacement dans le désert d'une population aussi importante.
Les missions SAF
Fidèle à son habitude, la SAF a tenté de répondre aux aspirations de chacun. Un voyage organisé de longue date par Honoré Arioli a permis à 37 passionnés d'admirer une superbe éclipse en Libye dans des conditions de confort à même de rendre ce spectacle accessible au plus grand nombre.
La mission nigerienne était toute autre, car dessinée aux antipodes d'une organisation traditionnelle de voyage : pas d'autocar climatisé mais de vieux véhicules 4X4 venant du Niger et surtout des pays voisins avec leur cortège de défaillances corrigées par les as locaux de la mécanique, pas d'hébergement en hotel mais en lieu et place, la plus belle des expériences : le bivouac à l'air libre sous le ciel constellé et non agressé par une pollution lumineuse inexistante et ponctué en début de nuit d'une impressionnante lumière zodiacale.
Cette mission réunissait autour de l'auteur de ces lignes, 8 passionnés venus de tous horizons : une importante délégation "ch'ti" représentée par Jean Louis Christiaens, Alain Duflos et Jean Rose, les inconditionnels des éclipses de Soleil et de la navigation avec René Verseau et Jean Paul Guittard, les habitués des Rencontres Astro Ciel : Michel Quinquis le provençal devenu suisse d'adoption et Ludovic Perbet notre ornithologue savoyard. Très entourée par cette gente masculine, ce groupe n'aurait pas été complet sans la présence d'Hélène Reyss, inconditionnelle du désert et de l'extrême.
Le même parcours était par ailleurs suivi par d'autres groupes, dont un groupe d'amateurs toulonnais et une importante délégation constituée de 18 membres de la Société Astronomique de Lyon.
Un moment de bonheur à lire absolument : le journal de voyage de Juliette Brémond, responsable de ce groupe.
D'Agadez à Bilma : les souvenirs marquants de jours inoubliables
Changement radical d'univers dès l'arrivée à Agadez le 25 mars 2006, encore nommée "la ville des rencontres", qualificatif particulièrement à propos au moment ou son sol accueillait environ 3000 chasseurs d'éclipses venus principalement d'Europe et des Etats Unis d'Amérique.
Le jour même il faut quitter cette ville haute en couleurs : nous devons nous trouver dans trois jours sur le site d'observation de l'éclipse et les minutes sont comptées !
Premier bivouac à 70 km au sud d'Agadez et premier contact avec la nuit déjà très australe à la latitude de 16° Nord. Le désert est en vue...
...même si tout nous rappelle la présence de la végétation et de la civilisation il y a quelques millénaires.
Au fil des kilomètres toute trace de végétation laisse place au Grand Erg du Ténéré. La course contre la montre est lancée.
Les nuits sahariennes
Le convoi s'arrête dès le coucher du Soleil : à chacun d'aménager sa "chambre à coucher". Au même moment, l'encadrement a en charge l'installation du campement et la préparation du dîner
Place ensuite aux chants touaregs accompagnés du thé du désert puis à la nuit étoilée.
Dès la tombée de la nuit apparaissaient Sirius et Canopus et l'ouest s'embrasait ensuite jusqu'à mi hauteur de la lumière diaphane de la lumière zodiacale.
Apparaissait ensuite la nébuleuse Eta Carinae et l'amas globulaire Oméga Centauri, tous deux évidents à l'oeil nu. En seconde partie de nuit, au moment ou la constellation du Scorpion s'élevait l'horizon sud était l'objet de tous les regards.
La Croix du Sud, symbole de la civilisation touarègue, brillait alors de tous ses feux, accompanée de sa célèbre Boîte à Bijoux et de son fantomatique Sac à Charbon.
Se levait enfin la planète Vénus précédent le croissant de la Lune en lumière cendrée chaque jours plus délié.
Le quotidien de la traversée du désert
Chaque matin, une féérie de couleurs sans cesse renouvelée, objet de mémorables promenades dans les dunes. C'était le moment le plus froid de la journée avec une température de l'ordre de 10°C.
Circuler dans le Ténéré ne relève pas de la course de vitesse. Avec au mieux une moyenne horaire de 35 km/h et au pire une moyenne de 10 km/h, il faut compter avec les incidents mécaniques le plus souvent réparés sur place avec des moyens de fortune pour le moins insolites...
Chaque jour, entre 13h et 15h la pause syndicale s'imposait aux chauffeurs et guides ; une pause justifiée par la température accablante propre à surchauffer moteurs et esprits. Même si cette dernière paraissait toujours démesurément longue aux européens, ilfallait faire avec. Cet arrêt était aussi le moment de procéder à des approvisionnements...et quand le carburant n'arrivait pas, l'arrêt s'éternisait.
Tous les 20 km environ, le convoi s'arrêtait pour compter ses effectifs et porter secours aux éventuels naufragés du désert.
L'arbre du Ténéré, acacia multiséculaire déraciné il y a une vingtaine d'année par un camion est aujourd'hui remplacé par un assemblage de tubes métalliques. Symbole du rallye-raid Paris Dakar à l'époque où ce dernier traversait le Niger, c'est aussi l'endroit où les vents de sable ont été le plus présent.
Malgré tous ces imprévus qui ont aussi contribué à faire de cette expédition un moment d'exception nous arrivons dans la région de Bilma tard le soir du 28 mars sous un ciel aussi beau que les nuits précédentes. Nous sommes à 10 km de la ligne de centralité ar, dernier imprévu : nous avons perdu notre camion de ravitaillement et devons nous installer à proximité des provisions d'un groupe suisse arrêté à cet endroit par la tombée de la nuit.
Les GPS nous indiquent :
longitude : 12° 15,841' Est,
L'éclipse est à portée de vue !
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