La nébuleuse M27 Dumbell
Marc Salameh,
M27, également appelée Dumbell, le sablier ou l'haltère est, vu la multiplicité de ses surnoms une des nébuleuses planétaires les plus populaires de nos cieux boréaux.
En effet :
1) Avec une surface apparente près de 20 fois (480 X 240 ) plus importante que les nébuleuses planétaires de type NGC 6826 (Blink Nebula), NGC 7662 (dans le haut d'Andromède), ou les " légions " de nébuleuses planétaires de la région du Cygne (NGC 7008,7027…) 2) Et une brillance surfacique bien plus importante que des nébuleuses de type Hélix (NGC 7293), Owl (M94).
M27 mérite largement sa place au panthéon de nos objets du ciel profond, au même titre que le phare de nos nuits d'hiver (M42), le grand amas d'Hercule (M13), la galaxie d'Andromède…
Repérage
Située en pleine voie lactée entre le Cygne et l'Aigle, la plupart des observateurs vétérans la pointent " à la main " en haut, légèrement à gauche de la constellation de la Flèche.
Visible comme une petite tache floue allongée dans la plupart des chercheurs des télescopes, M27 peut se permettre le luxe de se passer du pointage automatique à coordonnées numériques qui ont pourtant grandement facilité la pratique de l'Astronomie. Observations Aux jumelles Le principal avantage des jumelles en astronomie est de permettre l'observation de vastes champs du ciel ; avec M27 cela est d'autant plus vrai qu'en plus de la nébuleuse, on a un champs très étoilé principalement dû à la voie lactée, mais aussi à deux amas ouverts intéressants : NGC 6830 et NGC 6823.
En revanche, le grossissement des jumelles étant forcément limité, la nébuleuse n'apparaît que comme une tache stellaire floue.
Au télescope de 115 mm de diamètre A faible grossissement (moins de 50X), Dumbell apparaît comme une tache bleutée ; en augmentant le grossissement (près de 100X), on commence à observer une nébuleuse rectangulaire un peu moins dense sur les cotés.
A la lunette de 102 mm Dès les premiers grossissements (40X), on remarque la forme rectangulaire de la nébuleuse ; elle devient le Sablier à partir de 100 X de grossissement.
Au télescope de 200 mm de diamètre L'observation devient intéressante, avec en prime M27 flottant dans un champ piqueté d'étoiles parfois serrées, ce qui comme on le verra en photographie est appréciable au niveau du choix abondant d'étoiles guide.
Les deux lobes de la nébuleuse deviennent assez brillants et on remarque sans peine leur couleur bleutée.
Avec un grossissement de 100X et plus, les anses se terminent en arc de cercle ; une observation prolongée peut permettre de remarquer que le coté Sud Est de la nébuleuse est plus brillant que son centre, ou que son bord Nord Ouest.
A cette ouverture, deux étoiles apparaissent en bordure de la nébuleuse mais pas la centrale qui, comme on le sait a donné naissance à Dumbell.
L'étoile centrale de magnitude 13,5 est en théorie encore accessible au T200, mais en pratique presque inobservable compte tenu de la brillance de M27.
Certains observateurs chevronnés opérants à partir de cieux de montagne ont, semble il eu l'occasion de l'observer avec ce diamètre à fort grossissement et en vision latérale.
Au télescope de 280 mm de diamètre La forme du sablier est perceptible dès les plus faibles grossissements.
Bien qu'en théorie un T280 permette de tutoyer la magnitude 14,5, il faut pousser le grossissement au-delà de 100X pour pouvoir observer l'étoile centrale.
On remarque, en outre, une modification au niveau des couleurs avec du bleu dans les extrémités du sablier à bleu vert dans la partie centrale.
Le nombre d'étoiles visibles dans la nébuleuse augmente avec le diamètre, on peut en observer ainsi une petite demi douzaine.
Enfin, les anses apparaissent irrégulières plus brillantes dans certains endroits que dans
d'autres.
Au télescope de 460 mm de diamètre Avec un Nagler 35mm (65X) , le sablier apparaît clairement entouré d'une faible nébulosité avec un arrière plan constellé de centaines d'étoiles.
Chose intéressante avec ce grossissement, on a du mal à observer l'étoile centrale alors que l'instrument est capable de détecter des étoiles de deux magnitudes plus faibles : cela est dû, comme on le verra, à la forte différence d'éclat entre la nébuleuse et la centrale.
Au 20mm Nagler (114X), la nébuleuse occupe une part importante du champs, on remarque aisément que la partie gauche (Sud Est, compte tenu de l'inversion des images dans un Newton) de la nébuleuse est plus petite mais plus brillante que la partie droite ; en outre les lobes sont arrondies à leur extrémité à la manière de l'encre d'un bateau.
A ce grossissement, Dumbell n'a plus l'aspect d'un sablier, mais d'une pomme rongée qui serait entourée d'une nébulosité blanche.
La centrale est bien visible ainsi que 3 à 4 étoiles en superposition.
Au 14mm (163X) M 27 apparaît comme dans les photographies astronomiques : une double ancre de bateau entourée de brume, à l'extrémité des anses n'est plus uniforme mais remplie de filaments qui semblent s'échapper de la nébuleuse ; l'étoile centrale encore mieux visible : elle ressort avec le grossissement qui éteint un peu la nébuleuse.
La partie droite de la nébuleuse qui est plus grande et moins brillante que ne l'est la partie gauche, abrite une demi douzaine d'étoiles contre environ 3 dans la partie gauche.
Au 9mm Nagler, la nébuleuse occupe environ le tiers du champ, on remarque que le nombre d'étoiles est passé à une douzaine, avec la même répartition qu'on vient de voir.La matière dépasse largement la nébuleuse (plus d'un diamètre), et forme une boucle autour des deux ailes.
C'est la forme de la bulle telle que vue dans les photographies particulièrement réussies.
Au 7mm Nagler ( 327X), la matière qui entoure la nébuleuse augmente à tel point qu'on a du mal à reconnaître la forme du sablier. L'espace entre les deux anses est complètement rempli d'une matière blanche diaphane presque opaque, la bulle est encore plus évidente.
Le nombre d'étoiles augmente puisqu'on a une bonne douzaine (moins de 15) selon les nuits.
La dissymétrie entre les deux lobes augmente aussi, la partie droite occupant les 2/3 de la surface totale, on n'a plus la forme de sablier car de la matière s'échappe des anses vers l'extérieur et ce sur toute la longueur de la nébuleuse.
Au télescope de 915 mm de diamètre En guise de " mise en bouche ", au 20mm Nagler, la nébuleuse dépasse du champ, de quoi changer par rapport à la vision classique du petit sablier perdu dans la voie lactée.
Les lobes de la nébuleuse présentent des irrégularités puisqu'ils semblent se déchirer tout comme un banc de nuages, ou comme la région centrale de M42 (le trapèze) vue dans de grands instruments ; c'est sans doute une des raisons pour lesquelles on voit plus d'étoiles (une vingtaine) traverser la nébuleuse.
Avec ce diamètre respectable, la forme du sablier n'apparaît pas de prime abord, mais on remarque une sorte d'œil (la boucle prend un aspect ovale) diaphane qui renferme la nébuleuse.
Les couleurs ne sont pas en reste puisque les ailes sont d'un vert glauque, le centre brillant d'une couleur allant vers le magenta.
En ce qui concerne les couleurs, on assiste également à un changement selon le diamètre et le grossissement utilisé. Elles passent de blanc bleuté, à bleu, bleu émeraude voire vert phosphorescent ; quelques nuances de jaune apparaissent dans la partie centrale de la nébuleuse avec plus de 400mm de diamètre et 300 X.
Même si les couleurs sont plus difficiles à voir sur M27 que sur la grande nébuleuse d'Orion et nécessitent de grands diamètres (à partir de 400mm), elles n'ont rien d'évident en observation du ciel profond.
En effet, vu la très faible quantité de lumière perçue par l'œil en deep sky par rapport aux observations lunaires, planétaires et à fortiori à la vision diurne, seules les cellules latérales de notre œil (les bâtonnets) réagissent, or ces cellules sont beaucoup plus sensibles à la lumière que le ne sont les cellules centrales (cônes rouges et verts) de la rétine. Seuls des cônes bleus, très peu sensibles à la lumière se trouvent en rétine périphérique, d'où la nécessité d'avoir beaucoup de lumière, donc le plus souvent de diamètre pour les exciter.
L'utilisation des filtres (OIII de préférence, sinon UHC) est plutôt recommandée pour les instruments de moins de 400mm de diamètre.
Avec les petits et moyens diamètres l'utilisation de filtres permet de voir les détails qu'on observerait dans les diamètres supérieurs sans filtres.
Ainsi avec un filtre Oxygène III, on aperçoit la matière autour des anses dans un T280 comme elle apparaîtrait dans un T460 avec grossissements moyens mais sans filtre ; il en est de même pour l'aspect ancre de bateau puisqu'elle est perceptible dans un T200+ OIII tout comme elle le serait dans un T280/300 sans filtre.
Dans les grands instruments, compte tenu de leur importante capacité à collecter la lumière et de la brillance de l'objet, l'utilisation de filtres n'apporte plus grand chose
Photographie
Compte tenu de sa taille respectable et de sa forte brillance surfacique, on aura tout intérêt à photographier M27 avec le maximum de focale disponible, donc de réserver l'utilisation du réducteur de focale à d'autres objets. Ainsi un télescope à F/D 10 donnera plus de résolution et permettra par exemple de faire ressortir plus d'étoiles ou de matière autour de la nébuleuse.
De plus, la situation de Dumbell dans le plan galactique permettra comme on l'a vu d'avoir l'embarras du choix au niveau des étoiles guides et ce, à l'opposé d'un objet comme la galaxie du sculpteur (NGC253) ou Hélix pour lesquels les étoiles guides sont des denrées rares.
Que ce soit en numérique ou même en argentique, on obtiendra des résultats intéressants. Ainsi une photo de Dumbell posée 45mn en argentique avec une pellicule sensible dans le rouge (800 ISO) et avec près de 3000mm de focale, permettra de faire ressortir non seulement les ailes mais aussi la structure " en boucle " qui entoure la nébuleuse.
Faites nous parvenir vos fichiers de photos, nous serions heureux d'enrichir cet article par vos travaux, le sablier un des trois objets phares du ciel d'été le vaut bien ! Valdrôme 2005 : l'"astro-test M27"