Après avoir utilisé exclusivement des télescopes pendant de très nombreuses années (et surtout mon Newton), je me suis laissé gagné par la "fièvre" des APO. Je vous invite à découvrir la lunette APO 140mm de TEC.
Les qualités objectives d'une lunette apochromatique sont :
- un très grand champ exploitable (2° à 3°)
- une très
bonne "disponibilité" d'utilisation (mise en température, réglage
optique permanent)
Mais une lunette apochromatique c'est aussi (presque toujours) un instrument fabriqué à la main, en toute petite série et de haute qualité ; pour cette raison, plutôt un "fait" qu'une qualité intrinsèque, ces lunettes sont également souvent prisées en observation planétaire.
Ayant étudié différentes solutions autour de lunettes 100mm à 115mm d'ouverture, je me suis vite rendu que le prix au mm² était vraiment très élevé pour le service rendu particulièrement dans les petits diamètres. Incidemment, j'ai découvert la récente disponibilité de la lunette APO de TEC à un prix raisonnable (tout est relatif) eu égard à ses nombreuses qualités et son diamètre déjà significatif. Commandée directement au constructeur depuis la France, au cours très avantageux du $ en 2004, dédouanée (*), la TEC140 revient sensiblement au même prix d'une TAK FS128 et est à peine plus chère qu'une APO TMB de 115mm.
(*) Douane 5% + TVA 19.6% sur prix de vente + transport ($300). Compter en sus la commission douanière du transporteur (quelques %).
La société Telescope Engineering Company (TEC) a été crée aux USAs à Golden près de Denver (Colorado) en 1994. Yuri Petrunin en est le président et l'équipe est constitué en grande partie d'opticiens expérimentés de l'ancienne union soviétique. Contrairement à ce qu'on lit parfois, toutes les optiques sont réalisées chez TEC à Golden. TEC s'était spécialisé dans les Télescope Maksutov de haute qualité puis fabrique depuis 2002 des lunettes apochromatiques de 140mm 160mm et 200mm de diamètre.
L'importation directe et à distance (8000km) d'un objet de cette nature est en soit une petite aventure. Yuri Petrunin, rend la communication vraiment facile par des réponses concises mais claires aux questions qu'un amateur peut se poser dans une telle situation ; la confiance est immédiatement établie et c'est cela qui a emporté ma décision.
Après, le paiement d'un acompte de 20% environ par virement bancaire, il faut attendre... le délai courant est de l'ordre d'une année environ avec des aléas fonction de la disponibilité des verres. Puis, un beau soir (du fait du décalage horaire) vous recevez le message tant attendu : The scope will be ready to ship to you shortly after we have received the final payment... Cela va ensuite très vite car le grand paquet a fait les 8000km en deux jours seulement... Il faut noter qu'à ce stade, la qualité de l'emballage est aussi importante que la qualité de l'instrument mais tout est prévu et cela s'est très bien passé.
|
|
|
J'ai pisté le parcours du paquet par Internet à l'aide du numéro de tracking et je suis allé le chercher directement à l'aéroport pour éviter les manipulations supplémentaires et régler rapidement les formalités douanières.
La lunette décrite ci-après est le premier instrument TEC livré en France. C'est un instrument de la troisième série (RUN III).
La TEC 140 est désormais distribuée en France par Galileo. Elle peut aussi être commandée par l'intermédiaire de vendeurs européens : Baader en Allemagne, Perseus au Portugal, Unitron en Italie. Si la commande directe vous tente, sachez que TEC ne pratique pas l'exclusivité.
Le tube optique de la lunette TEC140 est entièrement fabriqué aux Etats Unis dans les ateliers de TEC à Golden. Le porte oculaire est réalisé par Starlight Instruments en collaboration avec TEC ; le chercheur est de provenance japonaise (Borg).
L'objectif est un triplet ED à immersion (type oil-spaced) : comme pour les lunettes Astro-Physics et Zeiss APQ, les lentilles sont séparées par un fin film d'huile dont l'indice est proche de celui du verre ; en fait TEC (et sans doute AP) n'utilise pas de l'huile au sens propre mais un gel optique inerte, scellé. Par rapport au triplet Air, il en résulte une excellente transmission globale et un excellent contraste du fait de la réduction du nombre de contacts air-verre sources de réflexions parasites. En contrepartie, les instruments dits oil-spaced ont un rapport F/D plus long que les triplets à air (air-spaced TMB TAK) et/ou une moindre correction du sphérochromatisme du fait du moindre degré de liberté sur les combinaisons de surfaces optiques (deux surfaces au lieu de six). A noter également que le triplet Huile suit plus facilement les variations de températures qu'un triplet Air (l'air est un bon isolant) mais ceci ne concerne que les objectifs d'assez grandes dimensions (>=150mm).

Optique
TEC
La correction chromatique est commandée par la qualité de la lentille centrale en verre ED (de type FPL-53 pour la TEC 140) ainsi que par la précision de couplage des verres entre-eux (les opticiens souligent toujours l'importance primordiale de ce couplage). Pour les TEC 160 180 & 200, TEC indique que le verre FPL 53 n'est pas disponible en blocs de dimensions suffisantes et propose soit une combinaison en verre ED de type FPL 51 à F/8 ou F/9 soit une combinaison avec une lentille centrale en fluorite (CaF2) plus courte mais aussi beaucoup plus chère. TEC ne propose pas (encore ?) de formule avec fluorite pour la TEC 140 car le rapport F/D = 7 peut être maintenu avec un verre FPL 53 de caractéristiques proches de la fluorite et beaucoup moins cher.
A voir à ce propos :
- A Survey of Refractive
Systems (R Ceragioli)
- Defining
Apochromatism (T Back)
- Essays
on optics (R Christen)
- Why
do we produce Oil Spaced Lenses? (GPU
Optical)
Les caractéristiques techniques théoriques sont les suivantes :
- diamètre 140mm, focale 980mm (F/D=7),
- objectif optimisé
pour 546nm (strehl théorique pour cette bande de 0.99),
- correction chromatique
0.02% de F entre 436 nm et 1000 nm,
- strehl polychromatique de 0.92 pour
436, 480, 546, 656 nm,
- traitement sept couches optimisé
pour 400-700nm : pertes 0.25% par face (deux faces + pertes dans le verre)
-
porte-oculaire 4" (livré avec réducteur 2")
-
champ de pleine lumière (avec renvoi coudé 2") = 1.5° maxi (suivant position)
-
champ de pleine lumière à la sortie du tube = 2°5 (sans RC et en retirant le réducteur
2")
- champ photo utilisable sans correcteur jusqu'à capteurs ~20mm
de diamètre
- champ utilisable avec correcteur TEC : jusqu'au format 6X7
Le rapport F/D a été choisi au minimum vis à vis du critère d'Abbe (pour les lunettes dites "Apochromatiques"). Selon TEC, la balance des couleurs a été optimisée pour la bande 450-650nm qui correspond à la sensibilité de l'oeil et donne les meilleures images planétaires. Une moindre correction est donc appliquée en dessous de 450nm en particulier dans le bleu sans incidence pour les observations courantes. Un tel objectif est donc parfaitement optimisé pour une utilisation en visuel.
Qu'en est il en CCD ? En théorie, en dehors du spectre visible, les meilleurs triplets Air (tel l'excellent TOA de Takahashi ou l'AP160 Starfire EDF) sont conçus avec une meilleure correction qu'une TEC140. Ceci étant, les corrections idéales, calculées sur ordinateur (et fièrement affichées) ne sont jamais atteintes du fait des cumuls d'imprécisions de surfaçage, de couplage des verres et d'assemblage (micrométrique) de la cellule... Ainsi, à qualité de fabrication égale, le triplet Air (six surfaces optiques) cumule davantage d'erreurs que le triplet Huile (deux surfaces optiques) ; ce dernier bénéficie au moins d'une meilleure reproductibilité. Et pour ce qui restent de différences sur le terrain, encore faut il disposer du site, de l'expérience et de l'équipement CCD ad-hoc pour les mettre en évidence sur des cibles qui s'y prettent... En tout état de cause, des amateurs-astrophotographes obtiennent d'excellents résultats en CCD avec des triplets Huile et en particulier avec une TEC 140 ED (voir liens en fin de page).
Si vous ne savez pas choisir, TEC réalise aussi des triplets Huile Fluorite TEC160 FL, TEC180 FL qui cumulent les avantages des deux procédés : la correction chromatique d'un triplet Huile fluorite est en effet identique à celle d'un triplet Air... avec l'avantage du couplage Huile (pour ceux qui, comme moi, sont convaincus du dit "avantage"). Mais le coût devient alors... astronomique.
En l'occurrence, les performances réelles de la TEC 140 ED sont les suivantes :
- précision optique typique lambda/8 PTV, lambda/50 RMS (interférométrie
mais
échantillonnage non précisé)
- correction chromatique : les corrections chromatiques
réelles ont été mesurées par TEC (018, x1x, x3x) et un opticien japonais indépendant
(x5x).
Il est remarquable que les courbes mesurées soient aussi proches des courbes théoriques ; ceci confirme la bonne reproductibilité du triplet huile mais atteste également du soin apporté par TEC au couplage des verres : en effet, TEC (comme d'autres constructeurs réputés) mesure, avant réalisation des lentilles, les indices de réfraction des verres reçus (*) et optimise ainsi chaque triplet final. Ceci explique aussi les excellents résultats "sur le terrain" de la lunette.

Balances
des couleurs théorique (à gauche)
et mesurées (à droite pour différents exemplaires)
(**)
L'objectif est installé dans une cellule à compensation thermique mais la collimation n'est pas ajustable par l'utilisateur. Le bloc optique des objectifs oil-spaced est très stable et insensible à un décalage des lentilles. Même si des incidents sont possibles, le risque de fuite d'huile est faible et en tout état de cause marginalement équivalent aux risques de décollimation interne d'un triplet air (dont l'assemblage nécessite des ajustement micrométriques) ou de contamination de l'espace entre les lentilles par la buée ou les moisissures (fréquent).
(*) Les indices des verres ED (FPL-53) sont assez variables
d'une production à une autre au contraire de la fluorite (CaF2) qui a un indice
pratiquement constant.
(**) La courbe #18 est légèrement décalée tout en respectant
les specifications. TEC indique que cet exemplaire a été vendu "tel que"
avec une remise.
Le tube est usiné (machined) ; il comprend quatre baffles internes et un pare buée retractable ; les extrémités du pare-buée sont munies de petits rebords (à la "Mewlon") pour réduire les turbulences...
Le tube seul reste relativement léger (8.6kg) et court au transport (864mm). Le revêtement interne a été particulièrement bien étudiée dans la dernière série : TEC indique que ce n'est pas une peinture classique mais un revêtement de type "velour". Le fini extérieur, blanc crème granuleux, est excellent. Le tube est fermé au repos par un cache objectif à ergots (type objectif photo).
|
|
|
Le système de fermeture des colliers est élaboré et ajustable en tension. Les colliers disposent de fixations pour les queues d'aronde Losmandy ou Vixen (pas américain 1/4"-20). En option, une queue d'aronde au format Losmandy est disponible ; elle est allégée (450g) et comprend une rainure centrale utile pour la liaison avec d'autres systèmes.

Fixation
de la plaque Vixen
Le tube est bien équilibré ; le centre de gravité est bien centré et ne nécessite pas de systèmes de contre-poids réglables même avec des équipements lourds attachés au porte oculaire.
Le porte oculaire Starlight Feathertouch 3545 est un véritable instrument de précision. Muni de nombreux baffles, Il comporte un système de mise au point, gradué (1 mm), à deux vitesses (22 mm de course par tour avec réduction 1:9) ; il est rotatif sur 360°, sans shifting, et supporte le chercheur qui est donc toujours positionné correctement par rapport à l'oculaire. Le porte oculaire supporte jusqu'à 4.5kg de charge (!) et permet le centrage précis des accessoires au format 2" grace à un collier de serrage. La course est de 120mm environ et permet d'utiliser une tête binoculaire (TEC peut en outre modifier la position du foyer sur demande). Les mouvements rapides ou fins sont très doux sans aucun jeu ; le confort de mise au point est réel.

Le chercheur d'origine japonaise (Borg) présente un système de positionnement original à deux vis à 90° qui facilite grandement l'alignement. Optiquement, ce chercheur présente un peu d'astigmatisme mais est correct sur l'ensemble du champ. L'installation d'un chercheur point-rouge est également possible et TEC peut adapter votre propre chercheur si vous lui envoyez mais ce n'était pas très facile dans mon cas.
TEC distribue quelques accessoires pour la lunette dont :
|
|
|
Une superbe tourelle pour cinq
oculaires 31.75 (poids 700g)
- un correcteur de champ jusqu'au format 6X7 (spot < 15µm)
; le correcteur augmente aussi le champ de pleine lumière à 2°5
- deux types de coffret de rangement
-
une tourelle pour 5 oculaires 1.25"
Le Startest à 500X à proximité immédiate du foyer ne montre AUCUN défaut géométrique. La collimation est parfaite et les plages intra/extra bien symétriques. Je suis en fait incapable de quantifier la précision optique car les défauts sont en dessous du seuil de détection du start-test. En ce qui concerne le chromatisme, aucun signe n'est visible sur les étoiles blanches ou les planètes ; éventuellement, en forçant, il est possible de détecter un très léger halo violet autour de Vega ou Sirius ; en pratique cependant, ce résidu étant d'intensité plus faible que celle du deuxième anneau, ses effets sont visuellement indétectables. Par ailleurs le disque d'Airy sur Vega est bien net avec deux anneaux seulement et le fond du ciel est noir autour de l'étoile ce qui démontre une diffusion très faible. Ceci est très prometteur pour l'observation planétaire mais aussi pour l'observation d'objets du ciel profond tel que amas globulaires ou ouverts.
Les images de diffraction théoriques sont obtenues sans difficulté y compris sur la double très sérrée Beta Delphinus (Sep 0"5) dont le disque d'Airy est légèrement dilaté dans une direction et montre une toute petite queue...
TEC indique que la précision de ces optiques se situent entre lambda/(8 à 12) PV et lambda/50 RMS ; même en contestant des chiffres aussi favorables fournis sans l'échantillonage de mesure (*), il n'en reste pas moins que la qualité de réalisation de l'optique est, au moins... "au dessus de tout soupçon" ... ce qui correspond bien à mes attentes. L'absence de diffusion atteste en outre d'une excellente qualité de polissage et l'efficacité d'un objectif à immersion d'huile.
La mise en température est assez rapide et sans surprise une fois obtenue mais nécessite tout de même une heure par grand froid. En outre, lorsqu'il fait froid (5°C ou moins), il s'avère préférable de retirer le cache objectif un quart d'heure avant les observations afin d'éliminer toute trace d'un très léger astigmatisme (ou "plume thermique") affectant l'image de diffraction tant que le bloc optique n'est pas homogène (phénomène fréquent sur les blocs "huile").
(*) Restons raisonnables... suivant les tests de Ciel et Espace, les meilleurs objectifs atteignent rarement 1/6 PV et 1/35RMS !
Les poids mesurés se répartissent comme suit :
|
(1) |
Tube seul (sans le cache objectif !) |
8.6 kg |
|
(2) |
(1) + deux colliers TEC |
9.3 kg |
|
(3) |
(2) + Queue d'aronde Vixen AM-AD-3809 |
9.4 kg |
|
(4) |
(3) + Chercheur |
9.8 kg |
|
(5) |
(4) + Renvoi 2" TV + PAN 19 mm |
10.4 kg |
|
(6) |
(3) + Renvoi 2" TV + PAN 19 mm |
10.0 kg |
|
(7) |
(4) + Tourelle TEC + 3 OC |
11.0 kg |
|
(8) |
(3) + Renvoi 2" TV + DenkII + 2 oc D21 |
11.2 kg |
|
(9) |
(8) + Chercheur |
11.6 kg |
Avec le minimum d'équipement, l'ensemble pèse alors 10.4 kg (+/- 0.2kg) soit sensiblement la limite théorique de capacité de ma GP-DX (donnée pour 10 à 11 kg). A ce sujet, il faut noter que, compte tenu du faible diamètre du tube et du faible excentrement de la queue d'aronde, le couple autour de l'AD de la monture reste modéré ce qui permet de minimiser la charge totale sur les paliers (tube et contrepoids 3.7 kg + 2.8 kg). Le plus défavorable est plutôt la longueur du tube (environ 1 m) dont le moment d'inertie est maximal ce qui entretient les oscillations du pied ; c'est la raison pour laquelle une base plus rigide telle que celle du pied Berlebach UNI28 (*) est indispensable. La monture ainsi renforcée se comporte très bien avec une stabilisation très rapide inférieure à 2 secondes (après une tape sur le tube) et des vibrations très modérées ou nulles lors de la mise au point fine ; par ailleurs, l'équilibrage est satisfaisant pour toutes les positions de l'instrument et la précision du SkySensor n'est absolument pas affectée (vitesse maximale abaissée à 800X pour ménager les moteurs.).
En pratique, je ne vois guère de différence de comportement avec le Clavius qui pèse 6kg tout équipement compris excepté une possibilité de très léger dépointage en cas d'effort soutenu à l'extrémité du tube : ceci est bien entendu lié à la longueur de l'instrument qui est bien le paramètre le plus défavorable...
Un dernier mot : le trépied Berlebach doit être bien fiché dans le sol ; lorsqu'il est simplement posé sur un plan dur, les vibrations sont moins amorties et deviennent vraiment gênantes... Par ailleurs, il faut faire attention à ce que le porte-oculaire ne vienne pas heurter les manettes de serrage proéminentes du pied Berlebach : un demi pilier (half pillar) est une solution pratique apparemment sans incidence sur la durée des vibrations.
|
|
|
|
|
|
La TEC140 sans accessoires
lourds est parfaitement utilisable, au moins en visuel,
|
|||
Mais il est probable qu'une monture plus lourde sera plus confortable pour la photographie du fait de la longueur du tube et d'une possible augmentation de l'erreur périodique suivant la qualité de l'équilibrage ; enfin, équipée d'une tête binoculaire, d'une caméra CCD ou de la tourelle d'oculaires, le poids atteint facilement 11 à 12 kg ou plus. C'est pourquoi la lunette TEC140 est plutôt destinée à des montures de la gamme (malheureusement peu étoffée) des TAK EM200, ATLUX et Losmandy GM11 sans parler de l'introuvable AP600. L'EM200 semble particulièrement bien proportionnée pour cet instrument. Aux USA, la TEC140 est souvent montée sur des Losmandy GM11 ; on la trouve également sur des montures azimutales massives de type Giro II ou DiscMount.
Ceci étant, après un ajustement très soigné de la vis tangente, l'erreur périodique constatée avec la GP-DX montée par la lunette de 11kg (avec accessoires) et parfaitement équilibrée est d'environ +/-10" (ou moins) ce qui très bon alors qu'avec le Newton de 9kg dont l'équilibrage est impossible à réaliser pour toutes les positions, l'erreur périodique peut grimper à +/-20" ce qui n'est pas catastrophique mais pas terrible non plus. Ceci souligne l'importance de l'équilibrage d'une monture modeste utilisée à la limite de ses capacités.
(*) L'UNI28 a la même tête que l'UNI18 mais est un peu plus haut et mieux adapté à un réfracteur car il faut étendre légèrement les pieds pour observer dans une position confortable : la tête du pied Berlebach se trouve en effet à environ 1.20m du sol.
Cette section sera complétée au fur et à mesure des observations... Mais en résumé :
- En ciel profond, la lunette se situe très légèrement au dessus du Clavius (+ le champ) du fait essentiellement d'un contraste amélioré mais évidemment en deça de mon T210 : ces deux instruments permettent toutefois la même gamme d'observations mais la différence est surtout sensible pour les objets les plus faibles et diffus (galaxies) dont les formes sont plus aisément appréciables avec le T200 ; la différence est moins sensible avec les objets concentrés (nébuleuses planétaires ou globulaires) qui sont, éventuellement ou seulement, moins lumineux. Toutefois, la lunette peut prendre l'avantage sur certains amas ouverts et surtout sur les objets très étendus (M31 M8+M20 M42...) avec des champs d'une grande beauté impossible à obtenir avec un télescope classique.
- En planétaire, la lunette montre un excellent contraste avec un taux de réussite des sorties plus élevé que celui du Newton de 200mm trop souvent pénalisé par un résidu d'agitation thermique même s'il a prouvé sa capacité à montrer plus de couleurs et de détails ; de son côté, le Clavius est toujours en deça des résultats de la lunette. En vision binoculaire (Denk II) la lunette atteint un summum avec une résolution des contrastes quasi photographique qui surpasse alors le Newton de 200 mm en monoculaire.
Double Double (Eps Lyr) : cette double n'est pas un challenge pour la TEC 140 mais est toujours magnifique montrant des petits disques d'Airy parfaits et stables sur un ciel noir. A revoir...
Delta Cyg (2.2" 2.9/6.9) : très intéressante et jolie double par la forte différence de magnitude, évidente avec la TEC 140.
Struve 386 : (0"9 8.2/8.5) : Résolue mais assez délicate du fait de la magnitude 8.5
Struve 410 : (0"85 6.1 6.1) : Paire test pour lunette de 140 mm. Dédoublement facilité par une magnitude bien adaptée et égale des deux composantes.
16 Vul (0.8" 5.9/6.2) : paire test pour diamètre 150 mm, vue allongée avec étrangement perceptible (mais sans assombrissement médian).
Struve 2606 : (0."8 7.7/833) : non résolue mais élongation perceptible
Lambda Cyg (0"7 5 6.5) : non résolue mais allongement perceptible (le compagnon, plus faible, se manifeste par une petite "queue").
Beta Del (Sep 0.5"" Mg 3.6/4.5). Cet étoile double ne peut être séparée avec aucun de mes instruments (TEC 140, Clavius 160 ou Newton 210). Toutefois, le disque d'Airy est légèrement altéré... et quelque chose est visible :
- TEC 140: Le disque d'Airy montre une toute petite queue
(peu évidente mais visible),
- Clavius 160: La queue est plus prohéminente
mais le renforcement du premier anneau rend l'observation difficile et douteuse,
- Newton 210: Le
disque d'Airy est clairement allongé et l'étoile double est évidente même si
elle n'est pas séparée.
Je ne suis pas un fanatique de la Lune... aussi, n'espérez pas une description détaillée des observations. Quoiqu'il en soit, les images fournies à 245 X sont d'excellente qualité sans aucune trace d'irisation ; les images sont tout à fait équivalentes à celles fournies par un télescope à miroir et je me suis surpris à observer les nuances d'albédo le long des pitons ou des remparts... Le grossissement de 245X est la bonne mesure pour ces observations et la lunette ne montre aucun signe "d'épuisement" !...
L'utilisation de la tête binoculaire Denk II donnent des vues absolument remarquables,comme si vous observiez dans un instrument d'un nouveau type.

EOS350D au foyer, 1/250+1/500s
(cliquer pour plein
format)
Mars nécessite des grossissements élevés de 250X à 300X pour réduire la luminosité de la planète mais la lunette permet d'aller encore au delà lorsque la turbulence est nulle : ainsi à 400X, à côté d'un 200mm Newton de bonne qualité, la stabilité et le contraste des images dans la lunette sont vraiment surprenants et quelque peu humiliants pour le Newton qui a toujours tendance à montrer un résidu d'agitation.
A noter que toutes les observations ci-après ont été effectuées à 200X environ en vision binoculaire (Denk II) avec pour résultat un contraste accru et équivalent à celui d'un instrument monoculaire plus puissant.
La nécessité, pour un instrument astronomique, d'être capable de restituer les contrastes prend, pour l'observation de Mars, toute son importance dans la mesure ou les formations ne peuvent être distinguées entre elles que par de subtiles nuances d'albédo. Par conditions médiocres, ce qui arrive même avec une APO de 140, la vue est sensiblement celle offerte par une petite lunette de 75mm : les principales tâches d'albédo peuvent être aperçues (Syrtis Major, mare Acidalium) mais il est difficile de définir leurs limites. Par conditions moyennes, les principaux contours se précisent facilement : sinus sabaeus/meridiani, oxia palus, mare acidalium, solis lacus... les différences de contrastes d'albedo semblent présents mais trop fugitifs pour une observation fructueuse. Par meilleures conditions, les nuances d'albédo des grandes plages apparaissent enfin permettant de bien détailler les différentes formations martiennes : mare Tyrrhenum, mare Serpentis, Hellas, Hellespontus, Hchronia, Aeria, Pandorae, Deucalionis, Mare Cimmerium, Eridania, Elysium, Syrtis minor... De fins détails plus contrastés en bordure de Syrtis Major (Deltoton S.) ou de Sinus Sabaeus (Sygeus Portus) sont également à portée de dessin... La calotte polaire sud est bien apparente quoique toute petite. Au nord, les plaines Utopia apparaissent plus claires ou gris/bleu bordées par des formations plus sombres.
Lorsque la turbulence se fige, la planète prend alors l'aspect photographique qu'on lui connaît sur les photographies réalisées par les amateurs et la plupart des formations caractéristiques répertoriées sur les cartes peuvent alors être soupçonnées ou détectées telle par exemple Valles Marineris non sous la forme d'une petite tâche mais sous un aspect assez développé (formation vraiment évidente en vision binoculaire).
Par comparaison avec le Newton 200mm à 400X en vision monoculaire
sur les deux instruments, lorsque les conditions sont favorables
(c'est à dire 1 fois sur 5 cinq contre 1 fois sur 2 avec la lunette), ce dernier
ne montre pas beaucoup plus de détails "topographiques"
mais donne une planète plus grosse mieux colorée avec des nuances d'albedo plus
complexes et plus faciles à observer. Mais si un grossissement élevé n'est pas praticable,
il n'est pas rentable de sortir le Newton... car l'observation binoculaire avec
la TEC 140 se révèle alors plus efficace et plus agréable.
- Simulations
réalistes de Mars
- Une bonne carte classique de Mars...
A 200X, par conditions correctes mais non exceptionnelles (turbulence résiduelle non nulle et remous périodiques), la première impression est que l'on peut et que l'on doit grossir davantage pour profiter au maximum de pouvoir de résolution et de la lumière disponible. Ainsi, le grossissement optimal est plutôt de 250X comme pour la lune (UO 4mm). Le niveau de perception des très subtiles nébulosités gazeuses est, d'emblée, élevé. Les bandes principales se révèlent immédiatement dans leurs contours et leurs condensations et les contrastes se révèlent facilement entre les trous de turbulences. La tâche rouge se colore en rose, les festons sont visibles et les pôles apparaissent bien striés de bandes ou granuleux... Ganymède apparaît avec un diamètre sensible. Il y a vraiment de quoi observer et dessiner !
En utilisant une tête binoculaire Denk II grossissant 200X (soit un peu moins qu'en observation monoculaire), c'est le summum : les détails visibles à 250X se révèlent encore plus facilement et plus vite même si l'observation binoculaire n'en révèle pas plus, en théorie... La luminosité de la planète et l'excellente transmission de la lunette permettent de profiter pleinement de la vision binoculaire.
Par rapport au T200, il y a une similitude : les deux instruments incitent à "grossir" afin d'atténuer la luminosité du globe. Par ailleurs, pour ces conditions d'observations, si le T200/5 ASTAM (tube en fibre de carbone) facilite l'observation en permettant un grossissement légèrement plus élevé (285X LVW3.5) et porte la différence a son avantage, il n'y a pas un écart majeur quant au niveau des détails visibles ; en outre, la stabilité des images est un peu moindre dans le télescope. En réalité, il me semble que par suite d'un avantage "physiologique" (et non optique), l'utilisation de la tête binoculaire sur la lunette permet d'accéder à la même qualité d'observation que celle offerte par le T200 en "monoculaire" (et debout...). Ceci étant, par conditions exceptionnelles (turbulence nulle), le T200 m'a permis d'aller plus loin en grossissement et surtout en couleurs... et le test de la lunette reste à faire. Mais ces conditions sont très rares et ne seront pas favorisées par l'altitude assez basse de Jupiter ces prochaines années.
Enfin, le Clavius plafonne à un grossissement sensiblement moindre (de l'ordre de 180X contre 250X pour la lunette) et révèle moins facilement (ou moins couramment) les détails dans les pôles ou entre les bandes.Par conditions de turbulence médiocres ou mauvaises, malheureusement les plus fréquentes, les différents instruments font jeu égal.
Saturne se révèle absolument magnifique : ses cinq principaux satellites, l'anneau de crêpe sur la circonférence de l'anneau et devant le globe sont immédiatement visibles ; Titan prend une apparence planétaire et sa teint rouge est évidente. Une large bande principale sur le globe apparaît bien contrastée de même qu'un dégradé et l'assombrissement du pôle. En décembre 2004, les anneaux commencent à se fermer et la division de Cassini est encore visible sur tout le pourtour de l'anneau mais devient difficile devant le globe ; un petit bout du pôle nord de la planète émerge derrière l'anneau.
Certes, par bonnes conditions, le T200 donne une planète plus lumineuse, un peu plus colorée avec une sensation de relief éventuellement accrue par l'effet d'un grossissement plus élevé et la transparence plus évidente de l'anneau de crêpe devant le globe, mais la qualité de l'image de la TEC140 est ici seulement en léger retrait. Par ailleurs, si le grossissement optimal est de l'ordre de 200X (pupille de 0.7mm) la lunette permet d'atteindre sans perte notable de contraste 280X soit sensiblement le même grossissement pratique, par conditions courantes, que sur le T200 (souvent limité par la turbulence atmosphérique).
Le Clavius 166 est en retrait, en particulier du fait de son déficit de luminosité et d'une légère diffusion, suspectés lors des observations précédentes. En reprenant mes notes, le nombre de détails perçus est toutefois assez proche ; la différence est que seulement quatre satellites sont aisément visibles et l'observation de l'anneau de crêpe est un peu plus délicate. En tout état de cause, la TEC140 permet d'appliquer des grossissements plus élevés.
Le confort d'observation à la lunette est en outre excellent, en particulier par rapport à un Newton sur monture équatoriale : en tournant le porte oculaire à l'horizontale, le dos calé dans un fauteuil de jardin et la lunette étant munie d'un oculaire à long tirage d'anneau (LVW 3.5 donnant 280X), l'observation est un véritable régal.
Avec un tête binoculaire Denk II, les vues sont impressionnantes et absolument splendides donnant des impressions totalement nouvelles. Je ne peux pas dire que la tête binoculaire montre "plus" qu'un simple oculaire mais elle rend la perception des détails fugitifs et des contrastes sur le globe plus évidents, plus facilement perceptibles.
NGC 7000 : Enfin vue en entier ! Golfe du Mexique parfaitement identifiable et spectaculaire. Forme générale reconnaissable mais continent NA un peu plus étriquée que sur les photographies. 2,5° semblent nécessaires pour profiter du spectacle (meilleure vue avec 30mm de focale/74°). Quelques traces de la nébuleuse du Pélican également identifiables au delà du champ.
M 13 : Vue splendide et magnifiquement contrastée. Bien résolu en périphérie at donne une impression de résolution au centre avec quelques étoiles mais le noyau reste laiteux ou granuleux ; mieux résolu au 200mm (effet de seuil du à la magnitude 11 à 12 des étoiles des amas globulaires).
M 27 : Très belle nébuleuse dont la forme générale en trognon de pomme est évidente et nuancée. Très beau spectacle avec un Nagler 11mm. Etoile centrale non visible.
M 8 & M 20 : Aspect spectaculaire de l'ensemble M8 et M20 vue dans le même champ de l'Erfle 40mm ou de l'Erfle 30mm. Observée au LVW22, M20 montre trois nébulosités bien distinctes et un aspect quasi photographique : bande d'absorption entre deux lobes assez brillants. Forme de trèfle irrégulier de M8 (nébulosité principale) parfaitement perçue en vision décalée. Spectacle magnifique très riche en détails.
M 31, M 32, M 110 : M 31 s'étend encore au delà du champ de l'Erfle 30mm ! Vue pratiquement en entier dans l'Erfle 40mm. Très beau spectacle.
M 51 : Cette observation est intéressante pour comparer deux instruments mais je n'ai pas ou mettre le T 200 et la TEC 140 ensemble au même endroit et au même moment. Comme avec d'autres galaxies étendues (M 33, M 101), l'observation de M 51 nécessite un ciel bien noir. Sous un ciel assez noir (mais imparfait dans cette direction), la structure spirale est juste suggérée avec la TEC 140 en montrant un noyau dense et une distribution irrégulière de lumière autour du noyau. En comparaison, la perception des bras spiraux est plus évidente sur le T200 passant de la "suggestion" à la "perception" de densités de matières plus fortes... Bien entendu, la galaxie satellite est bien visible mais pas l'amorçe du pont de matière (perception assez difficile avec le T200).
NGC 7662 : Nébuleuse bien brillante dans un beau champ. Vue en vision directe. Beau champ.
NGC 7331 : Intéressante galaxie vue allongée avec un centre plus brillant dans un champ d'étoiles faibles.
M 29 : Très large amas à observer avec un oculaire grand champ :(2°) ; la vue devient alors spectaculaire et magnifiquement fournie d'étoiles de différentes magnitudes.
Sur quelques APO, un prisme large peut encore améliorer la correction chromatique en décalant la position du foyer dans le violet compensant ainsi une légère sous-correction. Les lunettes Zeiss APQ étaient bien connues pour être calculées et conçues pour une utilisation avec un prisme de la marque. Le "truc", suggéré par André Van der Elst dans son dernier livre (Guide du matériel d'Observation), est, paraît il, efficace sur certaines AP EDT et apparemment sur sa TEC 140... Je me suis décidé à acheter un tel prisme chez Baader (Universal Zenitprisma) et mes résultats, comparés à un renvoi Televue Enhanced sont les suivants :
Le prisme, d'origine Zeiss, est très robuste, traité multi-couches. Son poids est sensiblement le même que celui de mon renvoi Televue 2" (500g). Les défauts : le diamètre de l'adaptateur 1.25" est légèrement insuffisant et certains oculaires (à gorge) "accrochent" et la collimation était imparfaite (il a fallut la corriger avec des cales plastiques sous le prisme).

Prisme
Baader 2"
Star-test sur Procyon : au foyer, la différence entre le prisme et
le renvoi à miroir est très subtile. Comme on peut s'y attendre, aucun chromatisme
n'est évident et c'est seulement en passant de l'un à l'autre des renvois qu'une
très subtile différence est perçue sous la forme d'un petit et léger halo violet
autour de la tâche d'Airy, tout juste perceptible avec le miroir et non vu avec
le prisme. A très courte distance du foyer et pour une position intra-focale
précise, la différence est plus évidente : un spot violet est visible avec le
miroir et à peine perceptible avec le prisme. En définitive, cette amélioration
très subtile du chromatisme pourrait être utile pour séparer certaines doubles
très serrées à fort contraste ....
Sur Saturne
(observation planétaire) : en fait aucune différence n'est perceptible
entre les deux renvois en ce qui concerne la correction chromatique : les deux
renvois donnent des images très ciselées, non chromatiques (heureusement) et
parfaitement définies. Toutefois, le prisme pourrait donner un peu moins de
diffusion pour autant que cette diffusion extrêmement réduite soit gênante...
de ce fait, mais c'est peut être subjectif, le prisme semble donner une image
un tout petit peu plus contrastée.
J'ai trouvé un autre avantage plutôt inattendu au prisme : il "ferme" le tube et il semble que la stabilité thermique soit meilleure en particulier lors de changements d'oculaires... C'est même l'amélioration la plus évidente !
Un prisme de haute qualité s'accorde donc parfaitement bien avec la TEC140 APO et sa dispersion est dans le bon sens vis à vis de la correction chromatique. Il améliore aussi légèrement le contraste par une moindre diffusion. Le renvoi 2" est recommandé.
Le bouchon DDCAP est un ingénieux accessoire qui permet de réduire l'humidité et les risques de moisissure dans un instrument au stockage.

Bouchon DDCAP + dessicant
+ pack indicateur + capuchon en vinyl
J'utilise une tête Denkmeier DII + Power Switch + une paire d'oculaires D21. Tout d'abord, le porte oculaire de la TEC 140 maintient la tête binoculaire dans de très bonnes conditions. Le collier de serrage est hautement apprécié rendant cet exceptionnel assemblage optique très sécurisant.

Tête
Denk II et oculaires D21 - renvoi Televue 2"
Avec une paire d'oculaires D21, le Power Switch, le correcteur OCS, un renvoi Televue 2" et la TEC 140 de 980mm de focale, j'ai trois grossissements estimés comme suit : 200X, 120X et 70X, soit un peu plus que ce qui ressort des spécifications du constructeur ; en réalité, l'étagement des grossissements est ici parfait pour une lunette de 140 mm de diamètre.
Oeil par oeil, une perte de lumière est perceptible mais elle s'oublie totalement en vision binoculaire et la perte globale de luminosité est insignifiante : une des deux nuits où j'ai observé Saturne, six satellites étaient visibles aussi bien avec la tête binoculaire qu'avec un oculaire unique. Le Startest ne montre pas de chromatisme ou d'aberration nuisible mais la lentille correctrice introduit un très léger astigmatisme (n'affectant pas l'image au foyer).
Sur les planètes (voir tests), la tête binoculaire devient vite indispensable en restituant le confort d'observation d'un instrument un peu plus gros et permettant de longues observations sans fatigue. En fait j'ai été surpris de voir des détails que je n'avais pas remarqué (alors qu'ils sont présents) avec un oculaire unique. Un peu comme si la tête binoculaire vous permet de savoir où regarder et de mieux regarder... J'ai aussi le sentiment que la tête binoculaire permet au cerveau de travailler dans de meilleures conditions comme si, par exemple, il effectuait une partie du traitement réalisé par les photographes planétaires : finalement il s'agit bien d'une sorte de compositage... cérébral ! Bien entendu la tête binoculaire n'améliore pas la résolution mais d'après mon estimation, les contrastes sont boostés jusqu'à égaler ceux obtenus avec un instrument d'un diamètre au moins 50% supérieur.
J'ai également rapidement testé la tête binoculaire sur M42 alors que la lune était encore au dessus de l'horizon. La vue était intéressante et assez prometteuse pour l'observation des objets du ciel profond relativement brillants : M31, grands amas ouverts... En revanche, je ne pense pas que la tête binoculaire soit intéressante pour les objets les plus faibles lorsque la vision décalée s'impose... à moins d'utiliser un instrument nettement plus important mais je n'ai pas encore réalisé ce test.
Depuis la rédaction de cette revue, j'ai testé pendant plus d'un an un Maksutov TEC MC200 15.5M (voir revue ici) en comparaison avec la lunette TEC 140 dans des conditions variées. En quelques mots, ce Maksutov de 200mm modérement obstrué à 26.5% donne des résultats équivalents à ceux obtenus avec le Newton de 200mm. La stabilité des images dans le MAK TEC est toutefois supérieure à celle du Newton, y compris par basse température, mais elle reste un peu plus précaire que dans la lunette et les images, si elles sont plus détaillées, sont également plus difficiles "à traiter"... ce qui n'a rien d'étonnant. Les images données par le MAK ne montrent pas forcément beaucoup plus de détails mais les contrastes sont plus forts et la quantité de lumière disponible permet un grossissement plus élevé. L'avantage reste à la lunette pour les grands champs, en esthétique sur les amas ouverts et pour la facilité d'utilisation.
En ce qui concerne un choix éventuel entre un télescope de ce type et la lunette TEC 140 (soit pour un coût sensiblement identique), il est clair que la lunette, malgré sa moindre performance en planétaire mais disposant d'une ouverture suffisante pour quantités d'observations est un instrument plus universel (notamment parfaitement adapté à l'imagerie à grand champ) alors que le Mak avec son faible champ est assez spécialisé...
La lunette apochromatique TEC 140 est un instrument très polyvalent ; optimisée pour l'astronomie visuelle, elle excelle également en CCD comme en témoigne les résultats obtenus par les amateurs-astrophotographes. La qualité mécanique, son poids léger et bien équilibré, le porte oculaire rotatif de haute précision en font également un instrument bien agréable à utiliser.
TEC est une entreprise exceptionnelle par son souci extrême de satisfaction de ses clients... et la lunette TEC 140 est un instrument d'exception. Cela reste bien sûr un instrument de 140mm de diamètre qui ne s'utilise pas aussi facilement qu'un Clavius de 5kg à bout de bras... mais il ne fait aucun doute que c'est un instrument auquel on s'attache très vite... Je comprend maintenant comment on peut attraper la fièvre des APO !
En ciel profond, la lunette TEC140 apporte finalement peu de puissance supplémentaire par rapport au Clavius alors qu'un T200 se montre facilement supérieur sur les nébuleuses extragalactiques en permettant de deviner quelques détails de structure supplémentaires ou résoudre les amas globulaires à cour si le ciel est bien noir. Mais la lunette TEC140, du fait de son large champ, domine ces deux instruments dès qu'il s'agit d'observer de larges nébuleuses brillantes ou des amas ouverts sur la voie lactée ; compte tenu de la puissance limitée des instruments entre 100mm et 200mm, cette caractéristique est finalement bien appréciable ! Entre le spectacle de M8 et M20 dans le même champ, les dentelles du cygne ou la nébuleuse América en entier dans la lunette et la sensation de deviner les bras spiraux de M51 avec le T200, il y a un choix à faire...
En planétaire, la lunette dépasse le Clavius assez fréquemment et les résultats sont plutôt plus proches du T200 ou du Mak de 200 ; ces derniers se montrent un cran supérieur en vision des couleurs et contrastes pour autant que les conditions thermiques soient parfaitement respectées... ce qui est plus difficile avec le tube ouvert et non ventilé du Newton qu'avec le tube fermé et stabilisé d'un Maksutov TEC dont le comportement thermique est assez constant.
Enfin sans être plus performante qu'un télescope de 200mm, la TEC140 révèle des images d'étoiles doubles sensiblement plus esthétiques.
Epilogue : Etant donné les qualitatifs superlatifs généralement employés pour décrire les réfracteurs apochromatiques, il est assez commun d'opposer les qualités observationelles (visuelles) d'une lunette apochromatique à celles d'un réflecteur "beaucoup plus gros"... Quelque soit la qualité indiscutable de la TEC140, mes tests ne me permettent pas de souscrire à cette opinion sans nuances : un excellent Newton de 200mm s'avère un compétiteur sérieux dans tous les domaines d'observation... sauf le grand champ. Mais si l'on privilégie la polyvalence de ce type d'instrument, le confort d'observation, la constance des résultats, la possibilité d'appications photographiques, l'acquisition d'une lunette apochromatique de 130 à 150mm peut malgré tout se discuter en compétition avec un réflecteur de 200mm mais probablement pas au delà ; le choix est alors affaire de goût et de moyens, entre un instrument compact de 150 à 200mm d'ouverture et de haute qualité mais aux performances visuelles modestes et un télescope plus lourd, délicat à manier mais aussi beaucoup plus performant. Il reste aux lunettes apochromatiques une supériorité quasi incontestable en astrophotographie à grand champ.