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Quel télescope acheter et pour quel usage ?

Le RCX400 de 305 mm f/8 de Meade, un Ritchey-Chrétien hybride avec lame de fermeture.

Le télescope Ritchey-Chrétien (IV)

Considéré par tous les spécialistes comme une optique de premier choix pour les télescopes de moyen et grand diamètre (à partir de 250 mm d'ouverture), la configuration Ritchey-Chrétien fut inventée en 1910 par l'opticien américain George W. Ritchey et l'opticien-designer français Henri Chrétien. Souvent qualifiée de "aberration-free telescope" (télescope sans aberration), c'est en effet une optique qui a le mérite d'apporter une excellente correction de la plupart des aberrations.

Cette conception Cassegrain améliorée a été utilisée pour élaborer le Télescope Spatial Hubble dérivé des satellites espions Keyhole et vous la retrouverez dans la plupart des grands télescopes installés dans les hauts-lieux de l'astronomie ainsi que sur les sondes spatiales comme l'imager LORRI de la sonde New Horizons qui photographia Pluton en haute résolution en 2015. Cette conception fait donc autorité et vous pouvez l'acheter en toute confiance. Mais analysons tout de même cette conception en détail car il existe quelques variantes.

Pour corriger l'aberration de coma de 3e ordre qui reste présente dans les télescopes Cassegrain et les Schmidt-Cassegrain, transformant les étoiles en comètes (y compris au centre du champ, mais l'effet s'accentue en bordure de champ), la configuration Ritchey-Chrétien classique utilise une optique aplanatique qui signifie littéralement "sans coma" : les miroirs primaire et secondaire sont hyperboliques. Le système produit des images circulaires des étoiles à toute distance de l'axe optique. Si vous voyez des étoiles allongées sur les clichés pris au RC, c'est un défaut d'alignement ou de poursuite !

Toutefois, rien n'est parfait car cette conception optique présente encore une légère aberration de coma de 5e ordre ainsi qu'un important astigmatisme en bordure de champ et une courbure de champ prononcée, y compris sur les grands télescopes (VLT, Keck, GBT, Hubble, etc.). On peut bien sûr les éliminer ou les réduire en insérant un troisième correcteur optique (lame de fermeture, aplanisseur de champ) mais on introduit inévitablement de nouvelles aberrations.

Peu de marques proposent cette optique aux amateurs car son prix est exorbitant. Plusieurs constructeurs sont néanmoins présents sur le marché amateur haut de gamme : Astro-Physics, Astro-Tech, Astro System Austria (ASA), Astrosib, Officina Stellare, Optical Guidance Systems, RC Optical Systems (RCOS), Takahashi, TEC et Alluna Optics. Notons qu'en France, Optique Unterlinden représente les marques ASA, Kepler et Officina Stellare.

A titre indicatif, le prix de l'OTA d'un télescope Ritchey-Chrétien de 300 mm d'ouverture varie entre 4000 € et 12000 € selon les constructeurs auxquels il faut ajouter le prix de la monture et des accessoires, soit l'équivalent du prix d'une voiture ! Mais comme on dit, la passion n'a pas de prix.

Citons également les RC de milieu de gamme "Made in Taïiwan" comme le modèle Orion de 8", le Kepler GSO, les TS et CFF vendus notamment par Optique Unterlinden en France, Teleskop-Express et AstroShop en Allemagne et le TPO vendu aux Etats-Unis par OPT Telescopes. Leur prix varie entre 3200-3500 € pour un OTA de 300 mm d'ouverture. Au-delà, les prix rejoignent ceux des modèles haut de gamme.

Enfin, pour mémoire il faut ajouter Aries Instruments mais dont l'activité semble suspendue.

De gauche à droite, un télescope RCOS de 400 mm f/8.4, un Astro-Tech de 200 mm f/8, un Takahashi BRC-250 de 250 mm f/5 et un Meade RCX400 de 305 mm f/8. Documents constructeurs.

Comme toute solution optique, les ingénieurs opticiens ont également élaboré des variantes de la conception originale. Citons tout spécialement le Takahashi BRC-250 (12000 € pour le tube optique), un télescope Baker Ritchey-Chrétien offrant un rapport focal de f/5 et un champ réel de 5°. Ceci dit, son prix élevé le laisse toujours hors de portée de beaucoup de "chasseurs de comètes" potentiels et des amateurs qui apprécient les télescopes "rapides" pour photographier le ciel profond.

Mais il y a tout de même une bonne nouvelle. En 2002, fort de son expérience des catadioptriques, Meade décida de tenter sa chance sur le marché des Ritchey-Chrétien. Au terme de trois années de recherche et développement, Meade proposa en 2005 une version "grand public" : la série RCX400, des Ritchey-Chrétien hybrides de 200 à 500 mm f/8 (~5900 € pour un 305 mm f/8 complet chez Astroshop.de).  Toutefois, en raison d'une trop faible demande, la production du modèle de 500 mm (voir plus bas) a été arrêtée fin 2007 lorsque la société fut restructurée.

Les télescopes RCX se caractérisent par une lentille correctrice frontale et un miroir primaire sphérique afin d'obtenir sur le miroir secondaire une image équivalente à celle offerte par un Ritchey-Chrétien classique tout en offrant des avantages supplémentaires.

Entourant le RCX400 de 300 mm de Meade (8190 € pour le 12"), à gauche le télescope Ritchey-Chrétien de 317 mm f/9 de Robert Gendler construit par Optical Guidance Systems ($15000 pour le tube optique). L'une de ses images de M81/M82 figure dans la Galerie des Chefs-d'oeuvre. A droite, le télescope Ritchey-Chrétien de 615 mm f/8 construit par Tim Puckett pour la recherche des comètes et des supernovae.

Le design RCX présente moins d'astigmatisme et aucune diffraction par la lame supportant le miroir secondaire. Toutefois il s'agit d'une entorse au design original. Si elle facilite la fabrication à la chaîne des télescopes RCX au prix d'une lame de fermeture supplémentaire, cette configuration hybride présente un inconvénient.

Selon des simulations effectuées aux Etats-Unis par des amateurs, la qualité du champ correspond à l'image centrale d'un télescope Schmidt-Cassegrain, ce qui est flatteur, mais une légère courbure de champ est visible en tout point de l'image (qui existe également sur les SCT et RC). En d'autres termes, les RCX présentent théoriquement une légère aberration chromatique qui n'existe pas sur les Ritchey-Chrétien classiques. En revanche, ils sont exempts de coma en tout point du champ à l'inverse des Schmidt-Cassegrain où cette aberration apparaît dès que vous vous déplacez à travers le champ.

Diagrammes spots optiques mesurés à 0.35° de l'axe optique d'un télescope Ritchey-Chrétien de 400 mm f/9 (gauche) comparé à celui d'un Cassegrain (centre) et d'un Schmidt-Cassegrain équivalents. Document RC Optical Systems.

Avantages

- Optique très bien corrigée, beaucoup mieux que le Cassegrain, le Schmidt-Cassegrain ou le Maksutov-Cassegrain

- Conception exempte de coma de 3e ordre et de sphéricité sur l'entièreté du champ (optique aplanétique)

- Proposé avec ou sans lame correctrice de fermeture

- Dans la version équipée d'une lame correctrice, celle-ci ferme le tube optique. Elle corrige l'astigmatisme présente dans les Ritchey-Chrétien classiques et évite l'utilisation de bras pour supporter le miroir secondaire (ce qui limite la diffraction, évite la distorsion et la perte de contraste)

- Le revêtement multicouches de la lame de fermeture augmente le contraste de 11 à 17 % en fonction de la longueur d'onde

Désavantage

- Par sa conception le Ritchey-Chrétien est en général plus cher qu'un Schmidt-Cassegrain (15 % chez Meade)

- Léger astigmatisme, plus importante dans la conception classique sans lame de fermeture

- Légère courbure de champ associée à du chromatisme dans la version munie d'une lame de fermeture

- Comme toute configuration Cassegrain, la collimation est difficile. Certains constructeurs proposent heureusement des méthodes d'ajustement électroniques et des paramètres par défaut

- L'obstruction centrale provoquée par le miroir secondaire peut atteindre 50 % de la surface sur les télescopes rapides (39 % de la surface à f/8).

L'astrophotographie

Faut-il choisir un Ritchey-Chrétien classique ou un RCX de Meade si l'on veut s'adonner à l'astrophotographie en haute résolution ?

La réputation du RCX a largement devancé le modèle classique qui demeure avantageux du fait qu'il est exempt de chromatisme et de pas mal d'aberrations. Mais étant beaucoup plus cher que son "concurrent", le RCX peut être un compromis intéressant. Explications.

Si l'aberration chromatique n'est pas supprimée, elle crée des images floues du fait que les différentes longueurs d'ondes du spectre visible ne focalisent pas au même point focal. Par ailleurs les objets contrastés présentent un liséré arc-en-ciel très déplaisant.

Me basant sur une évaluation théorique réalisée en ray tracing, sur le RCX de 205 mm f/8, en lumière verte, le spot central d'une étoile mesure 9.2 microns, l'équivalent d'un pixel sur une bonne caméra CCD. Si nous utilisons une lumière blanche (composite) le spot atteint 40.2 microns dont l'essentiel se situe dans la partie violette du spectre. Si on supprime cette partie avec un filtre anti-UV le spot mesure juste 18 microns. Mais d'une extrémité à l'autre du spectre visible, la mise au point varie de 518 microns, soit un demi-millimètre !

Il faut également savoir qu'en général la précision de la mise au point d'un télescope catadioptrique est de l'ordre de 25 microns (0.025 mm) pour un déplacement du miroir de 1 micron (0.001 mm), sans parler de l'influence du rapport focal, et une telle erreur s'enregistre facilement avec un capteur CCD qui est beaucoup plus sensible à la mise au point qu'un film argentique !

Si en revanche on utilise un télescope Ritchey-Chrétien classique de même ouverture, la partie centrale du champ d'une étoile ne mesure que 6.8 microns et elle reste évidemment constante pour toutes les couleurs. Le fait d'utiliser différents verres, et à l'exception de payer très cher pour une lame correctrice digne de ce nom, donne des résultats qui demeurent fondamentalement identiques.

Si on utilise un RCX de 205 mm f/8 équipé d'une bonne caméra CCD offrant une résolution de 8 microns/pixel utilisés dans des conditions d'observation plutôt bonnes de 2.5"/pixel (peu d'amateurs y parviennent), on obtient un spot stellaire mesurant à peine 4 pixels de diamètre. Il ne déborde en fait que d'un pixel de chaque côté en lumière bleue, mais si vous examinez la partie violette du spectre vous noterez que sa dimension double ! Je crains donc que ce ne soit pas sans raison que Meade indique dans ses annonces des mesures prises en lumière verte comme dans le graphique présenté ci-dessus...

Ceci étant dit, un amateur averti peut corriger ce problème. A condition de bien refocaliser l'image pour chaque filtre coloré, le RCX peut parfaitement convenir à l'astrophotographie couleur en haute résolution et donner des résultats probablement équivalents à ceux d'un Ritchey-Chrétien classique.

A gauche, image RGB du Trapèze d'orion (centre de M42) exposé 3x5 minutes prise avec le télescope Ritchey-Chrétien de 400 mm de l'Observatoire de Morden équipé d'une caméra vidéo ABC. L'image a été traitée sous Maxim DL, CCDSharp et Photoshop. Au centre, le Quintet de Stephan photographié par Stan Moore avec un RCOS de 14" f/10 équipé d'une caméra CCD SBIG ST-10 et d'une optique adaptive AO-7. A droite NGC 7635 photographiée par Jim Misti au foyer d'un télescope Ritchey-Chrétien de 810 mm f/7.2 équipé d'un boîtier Nikon F4 avec loupe de mise au point. Pose de 140 minutes sur film couleur Fuji Provia 400.

Le RCX, un champion ?

Malgré la différence de prix avec la conception Ritchey-Chrétien classique et le RCX hybride, un puriste fortuné choisira sans aucun doute le modèle Ritchey-Chrétien original et ne choisira probablement pas le modèle grand public proposé par exemple par Meade.

A moins de gérer une association sponsorisée, les priorités de la vie risquent d'empêcher bon nombre d'amateurs d'investir autant d'argent dans un télescope. Par ailleurs il existe d'autres conceptions optiques encore plus performantes (Rowe-Ackermann, Riccardi-Honders, Dall-Kirkham Corrigé, etc).

Le MAX 20" ACF de 500 mm f/8 de Meade.  En raison d'une trop faible demande, sa production fut arrêtée fin 2007 lorsque la société fut restructurée. Ce RCX valait 30000$ en 2005 (43000€ en Europe) sans la caméra CCD et pèse 181 kg.

En étant réaliste et quelque peu pessimiste, si le RCX est ne fut-ce que 80 % "aussi bon" qu'un Optical Guidance Systems ou un RC Optical Systems pour deux fois moins d'argent, c'est un très sérieux concurrent, un vrai "cracker" comme le disent les Anglo-saxons qui plaira à certains amateurs dont les exigences sont avant tout dictées par leur compte en banque.

Mais comme tout télescope proposé au grand public - qui va de l'amateur occasionnel à l'expert - le facteur limitatif du RCX n'est pas spécialement l'optique mais la monture et le système d'entraînement. En effet, pour réduire la facture, tous les vendeurs proposent en général une monture un peu plus légère et moins précise, mais cette configuration au rabais ne convient jamais aux amateurs expérimentés.

A condition de placer l'OTA sur une monture haut de gamme, la qualité intrinsèque du produit devient plus apparente. Dans de nombreuses situations, un amateur averti vous dira que la monture est plus importante que l'optique; on a vu de nombreux exemples où de remarquables images ont été prises avec des optiques loin d'être idéales. Pourquoi ? Car le guidage était parfait, la mise au point précise, les conditions météos propices et le traitement d'image optimisé. Cela fait beaucoup de facteurs à rassembler mais tout à fait réalisables si on s'en donne la peine.

Sur le plan optique, on peut déjà affirmer que la diffraction du RCX n'est pas pire ni meilleure que celle d'un RC classique. Meade en a bien conscience puisqu'il propose un réducteur/correcteur de champ 0.63x qui aplanit relativement bien le champ. Il est proposé d'office avec les différentes versions du "Kit d'accessoires".

Sachant que de nombreux acheteurs ont été déçus par les défauts inhérents des Schmidt-Cassegrain grands publics qui présentent notamment un miroir secondaire très ordinaire et des aberrations plus que visibles (pour un amateur averti), le RCX est capable de nous donner quelques images assez exceptionnelles.

Grâce à la modélisation en ray tracing, on constate que les performances de cette optique sont très supérieures à celles des optiques catadioptriques conventionnelles. Le RCX présente une qualité inférieure à celle d'un Ritchey-Chrétien classique mais un amateur averti pourra y remédier grâce au correcteur de champ et par traitement d'image ainsi que nous le démontre l'image de M42 présentée ci-dessous réalisée par Jason Ware.

A gauche, le RCX 400 de 305 mm f/8 côté oculaire. Le télescope est livré d'usine avec un renvoi à 90° traité UHTC au coulant de 50 mm et un gros oculaire Meade UWA série 5000 de 24 mm (101x, champ apparent de 82°). Document John Crilly. A droite, une image RGB de M42 réalisée par Jason Ware avec un RCX400 de 305 mm f/8 équipé d'une caméra CCD Yankee Robotics Trifid-2 6303E. L'exposition a été réalisée sous 3 filtres Astrodon à bande étroite de 6 nm : SII (4h), H-alpha (2h) et OIII (2h). L'image a ensuite été traitée numériquement sous MaxIM DL, Photoshop et Gralak Sigma. Cette image compte parmi les photographies amateurs de M42 les plus détaillées.

A l'époque de sa sortie, les échos des premiers utilisateurs étaient assez positifs et prometteurs. Le RCX fut de suite une référence dans le monde amateur et considéré comme un vrai champion dans sa catégorie.

Toutefois, vu son prix, son imposante stature - 42 kg rien que pour le tube optique du 300 mm et environ 1.70 m de hauteur lorsqu'il est fixé sur son trépied massif - et ses nombreuses connexions électroniques (3 ports USB, auto-guide, raquette AutoStar II, oculaire lumineux réticulé, RS-232 et accessoires "intelligents"), le RCX est un télescope à réserver aux amateurs expérimentés ou aux clubs. Bien que la vocation de ce type d'instrument soit de rester à demeure dans un observatoire, des amateurs courageux n'hésitent pas à le transporter sur le terrain, fixé sur un trépied robuste de 77 cm à 1.2 m de hauteur (31-39").

Pour les adeptes de l'astrophotographie, le RCX peut tirer avantage d'un correcteur de champ qui fut par la suite intégré dans le modèle ACF. Le rapport f/8 fournit une belle image mais il est difficile de gagner une magnitude par rapport à un Schmidt-Cassegrain LX200 de même diamètre.

Les connexions USB sont très pratiques et la monture est plus robuste que celle du LX200 GPS. Les bugs résiduelles étant aujourd'hui supprimées, on constate avec joie que le RCX présente une sérieuse amélioration par rapport aux optiques Schmidt-Cassegrain conventionnelles mais il faut y mettre le prix.

Vous trouverez une revue du RCX sur le site de Cloudy Nights, dans le numéro de février 2006 de Sky & Telescope et sur le site de Toni Heidemann.

Seul bémol et il faut le rappeler, bien que les modèles RCX 400 de Meade soient trois fois moins chers que leurs concurrents, leur prix est malgré tout jugé excessif par la plupart des amateurs (rien que la monture peut doubler le prix), qui pour le même prix peuvent par exemple fabriquer un grand dobsonien équipé d'une console GoTo.

Toute chose étant égale, rappelons qu'on ne peut pas comparer un télescope RC valant 5000 € à un modèle valant 15000 € sinon davantage. La différence de prix se justifie chez RCOS par exemple par un miroir en Zerodur, une correction de la mise au point en fonction des différences de température, des accessoires haut de gamme (dérotateur, correcteur de champ, adapteur T2, etc), une optique et une mécanique de haute précision ainsi que des options robotiques (automatisation, commande à distance, etc). Autrement dit, la qualité se paye et il est indéniable que cela se voit sur les photographies.

Le télescope Riccardi-Honders

En 2012, la société italienne Officina Stellare précitée (les astronomes la connaissent déjà pour ses optiques Ritchey-Chrétien de 400 à 800 mm d'ouverture et ses montures Direct drive), mis sur le marché un nouveau type de catadioptrique basé sur le concept de Riccardi-Honders : le Veloce RH200, un astrographe de 200 mm f/3 que l'on prétend supérieur à tout autre catadioptrique. Dennis di Cicco en fit une courte revue dans "Sky & Telescope" en avril 2013.

Astro-Physics suivit le mouvement et mis en production un modèle de 305 mm f/3.5 en décembre 2014.

A voir : Galerie d'images d'Officina Stellare

A gauche, l'OTA de l'astrographe Veloce RH200 de 200 mm f/3 d'Office Stellare. Au centre, le RH200 équipé du porte-oculaire Starlight FTF3545 optionnel. A droite, l'astrographe RH de 350 mm f/3.5 d'Astro-Physics.

Le concept "RH" apparut brièvement sur le marché astronomique en 2008 mais il ne fut alors remarqué que par les experts en imagerie. Ce n'est qu'en 2012, dans leur livre "Telescopes, Eyepieces, and Astrographs"que Gregory Smith, Roger Ceragioli et Richard Berry déclarèrent : "En principe, [le concept Riccardi-Honders] est meilleur que n'importe quel autre astrographe que nous connaissons", présageant un bel avenir au constructeur qui allait tenter l'aventure. Leur commentaire semblait très risqué sachant la diversité des modèles existants.

En résumé, le concept est né au début des années 2000 d'une idée de Klaas Honders qui s'intéressa à une variante du télescope de Newton, à partir d'une formule dialyte (la formule classique que l'on retrouve dans les objectifs à lentille). Son projet sera repris quelques années plus tard par l'ingénieur opticien italien Massimo Riccardi (l'inventeur du logiciel ATMOS) qui poursuivit son travail pour aboutir au système Cassegrain que l'on retrouve aujourd'hui dans la quasi totalité des astrographes.

L'optique Riccardi-Honders est un astrographe pleine ouverture constitué d'un ménisque frontal, un miroir primaire de type Mangin (un ménisque que le faisceau lumineux incident traverse deux fois et dont le dos - et non pas la surface - est recouvert d'une couche réfléchissante), d'un miroir secondaire Cassegrain convexe et d'une lame de fermeture proche du plan focal.

M42-43 photographiée par Officina Stellare avec le Veloce RH200 f/3, roue à filtres FLI CFW-4-5 et CCD FLI Proline 11000 (RGB de 3x5 min + L de 100 min Hα).

On peut pratiquement certifier que l'optique RH est corrigée pour toutes les aberrations jusqu'à un seuil invisible sur les images CCD, les plus sévères sur le sujet : le chromatisme, la sphéricité, la coma, l'astigmatisme et la courbure de champ sont corrigées.

Ce système optique donne des images très nettes, avec des disques stellaires circulaires à travers un grand champ (sur 60 mm avec un disque d'Airy de 6 micron maximum sur le RH200) et une image focale plane sur une gamme étendue de longueurs d'ondes. Le modèle de 305 mm f/3.5 d'Astro-Physics est par exemple corrigé pour l'aberration chromatique entre 400 et 1000 nm.

Cerise sur le gâteau, ce concept permet de fabriquer de grands astrographes offrant un rapport d'ouverture très faible et donc très rapide.

Le RH200 couvre un champ de 4.1°, juste ce qu'il faut pour cadrer la plupart des amas ouverts (M45), les grandes nébuleuses et même la galaxie M31 dans toute son étendue (~3x1°').

Dans le cas du RH 200, un rapport f/3 signifie qu'il est 2.5 fois plus rapide qu'au rapport f/6.3 et 11 fois plus rapide qu'à f/10 ! Les photos CCD de plus de 8 heures d'expositions combinées se réduisent à 45 minutes ! Les effets contre-productifs éventuels de la clarté du ciel et de la pollution lumineuse passent à la trappe !

En d'autres termes, le concept Riccardi-Honders présente effectivement toutes les caractéristiques d'un gagnant, ce que Dennis di Cicco a résumé comme le "Saint Graal des astrophotographes".

Reste le prix. Le tube optique du RH Veloce de 200 mm f/3 revient entre 5600 et 8200€ selon les options (porte-oculaire, Robofocus, etc). Etant plutôt lourd (l'OTA pèse 8.4 kg en raison du ménisque en BK7), complété par tous les accessoires nécessaires dont la caméra CCD, il exige aussi une monture robuste au moins aussi chère (par ex. ASA DDM60 PRO à 7950€ en 2014).

Mais ce Veloce est sans rival car les plus petits RC sont peut-être dix fois moins chers (par ex. le GSO RC 152/1370 mm à 455€) mais ils sont ouverts à  f/8. Notons que l'OTA du modèle RH Veloce de 300 mm f/3 revient à près de 20000€, celui d'Astro-Physics à 20000$.

Les concurrents

Actuellement, les seuls "concurrents" des astrographes Riccardi-Honders sont les optiques fabriquées par Celestron et les vendeurs tiers.

Il y a tout d'abord l'optique EdgeHD équipée de l'Hyperstar de Starizona qui réduit le rapport d'ouverture entre f/1.8 et f/2.3; le Schmidt-Cassegrain devient jusqu'à 31 fois plus rapide qu'au rapport f/10 ! Il y a ensuite l'astrographe Rowe-Ackermann de 11", un 250 mm f/2.2.

Celestron C11 EdgeHD équipé d'un Hyperstar de Starizona.

Ces deux optiques sont en théorie exemptes d'aberration chromatique, de coma et géométriques (de sphéricité, d'astigmatisme et de courbure de champ). Mais nous avons vu page précédente que la qualité de l'optique EdgeHD ne répond pas toujours aux attentes des amateurs exigeants.

L'optique Dall-Kirkham Corrigée ou Optimisée

Le seul véritable concurrent du Ritchey-Chrétien est l'optique Dall-Kirkham Corrigée (CDK) de Dave Rowe, déjà connu pour sa chambre Rowe-Ackermann ou son concurrent, le Dall-Kirkham Optimisé (ODK).

Il ne s'agit pas d'un télescope catadioptrique car il ne dispose pas de lame de fermeture. Mais étant donné qu'il est souvent comparé aux meilleures optiques en raison de ses performances tout à fait justifiées, il mérite une mention spéciale.

Le Dall-Kirkham Corrigé ou Optimisé est une conception Cassegrain améliorée pour l'astrophotographie. Le système optique comprend trois éléments : un miroir primaire ellipsoïdal, un miroir secondaire sphérique et un groupe de lentilles correctrices placé tout près du foyer fonctionnant comme un doublet (mais sans aberration achromatique).

Bonne nouvelle, l'obstruction centrale est de 38 %, dont légèrement inférieure à celle d'un RC ou d'un SCT. Mais n'oublions pas qu'un miroir de très bonne qualité peut compenser une mauvaise obstruction.

Galeries d'images : PlaneWave - Orion Optics

A gauche et au centre, l'optique Dall-Kirkham Corrigée CDK125 (320 mm f/7.2) de PlaneWave et les diagrammes spots du modèle de 510 mm f/6.8 comparés à un RC classique de marque inconnue. A droite, une photographie de M81 et M82 réalisée par Luigi Fontana avec un ODK12 (300 mm f/6.8) équipé d'un Canon 5D. Document PlaneWave et Orion Opics.

PlaneWave Instruments qui est représenté en Europe par Badder Planetarium, propose des CDK de 320 et 360 mm f/7.2 et des modèles de 430 à 700 mm  f/6.8 avec tube en carbone. L'image ne présente pas de courbure de champ, de coma hors axe ou d'astigmatisme dans un champ de 52 à 70 mm selon les modèles, offrant donc un champ rigoureusement plan au foyer.

Quant au Dall-Kirkham Optimisé (ODK), Orion Optics en Angleterre propose des modèles de 250 à 500 mm f/6.8 avec tube en carbone dont les spécifications sont équivalentes.

En quoi cette conception se démarque-t-elle du Ritchey-Chrétien ? PlaneWave a comparé son CDK20 de 510 mm f/6.8 à un modèle concurrent  "RC 20 f/8" dont il ne cite pas le nom. Etant donné qu'il existe plusieurs fabricants, il est impossible de l'identifier. On peut juste exclure les fabricants n'ayant pas de modèle de 500 mm f/8 à leur catalogue.

La principale composante dégradant la performance en dehors de l'axe du RC est la défocalisation entraînée par la courbure de champ. Selon PlaneWave, "de nombreux diagrammes spots présentés par les fabricants semblent bons car ils sont présentés sur un champ courbe". C'est suffisant pour une observation visuelle car l'oeil compense la différence de focale mais une caméra CCD présente une surface plane et enregistrera cette défocalisation (cf. ce formulaire), aussi minime soit-elle. Il faut donc évaluer la performance de l'optique sur un foyer plan. Dans ce cas, omme le dit évidemment PlaneWave, "la différence drastique de performance entre le CDK et le RC est apparente". A chacun de juger.

Petit indice, les diagrammes spots sont effectivement convainquants mais répétons que l'optique ne fonctionne pas seule. Dans ce cas-ci, PlaneWave ne dit rien sur la qualité de sa monture et des tubes en carbone. Nous savons seulement que ces derniers sont tissés et non pas pultrudés. A priori ils seraient de moins bonne qualité mais il faudrait en savoir plus sur leur nature et les drapages utilisés pour porter un jugement de valeur.

Dans tous les cas, l'optique est de qualité supérieure à celle d'un Ritchey-Chrétien classique ou d'un ACF et tous les astrophotographes peuvent le confirmer, même ceux habitant dans des régions polluées par l'éclairage public.

Maintenant, rappelons qu'on ne compare pas des pommes et des poires, des RC à 4000 € avec des CDK ou des ODK au moins trois fois plus chers.

Les prix des CDK démarrent à $12000 (12250 € ttc) pour l'OTA de 320 mm d'ouverture (CDK12) et à 5100 £ (7200 € htva) pour l'ODK de 300 mm f/6.8.

Ceci dit, nous pourrions encore citer d'autres configurations optiques telles que le télescope Baker-Nunn, Cassegrain, Grégorien, Herrig, Kutter, Newlon, Lurie-Houghton, Pfund, Simak et autres lunettes superachromatiques. Toutefois toutes ces optiques sont très peu utilisées.

Pour plus d'informations

Telescope Optics

Reduction of Sphero-Chromatic Aberration in Catadioptric Systems (PDF), Robert E.Stephens, DoC/National Bureau of Standard, 1948

Telescopes, Eyepieces, and Astrographs, Gregory Smith, Roger Ceragioli et Richard Berry, Willman-Bell, 2012

Telescope Optics, evaluation and design, H.Rutten et M.van Venrooij, Willman-Bell, 1992

The Dobsonian Telescope, David Kriege et Richard Berry, Willman-Bell, 1997

Star Testing Astronomical Telescope, H.R.Suiter, Willmann-Bell, 1994/2009.

Prochain chapitre

Les caractéristiques optiques

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