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Les impacts climatiques d'ici 2050

Si nous ne prenons aucune mesure, en 2050 en Europe nous connaîtrons des étés caniculaires avec plus de 40°C. Non seulement le réchauffement du climat impacte déjà durablement la biosphère et notre santé mais il commence à perturber l'économie mondiale. Document VladisChern/Shutterstock.

Le rapport 2022 du GIEC

Le 23 juin 2021, l'AFP a obtenu le projet de rapport historique de 4000 pages rédigé par les experts du GIEC pour l'ONU, la précédente édition du rapport de synthèse "AR5" datant de 2014. Sans demander l'autorisation au GIEC et estimant que les principales conclusions ne devraient pas changer d'ici sa publication officielle en février 2022, pour illustrer les effets attendus de l'urgence climatique l'AFP a décidé de publier un résumé de ce rapport. La couverture médiatique est accompagnée d'une série de reportages multimédias, dont celui présenté en bas de page, des dizaines de planches d'explications, de photos et de graphiques.

Selon Phil Chetwynd, directeur de l'information mondiale de l'AFP, "C'est un superbe exemple des forces de l'AFP. Au-delà du scoop sur le projet de rapport du GIEC, très peu de médias auraient pu produire un tel package. Cela réaffirme notre décision de faire de l'environnement une priorité éditoriale."

En réponse à cette publication de l'AFP, le GIEC publia une déclaration disant qu'il "ne commente pas le contenu des projets de rapports tant que les travaux sont toujours en cours." En fait, le GIEC n'a pas du tout apprécié cette fuite d'informations, d'autant que le rapport n'est pas encore validé.

Finalement, le sixième rapport tant attendu fut publié début août 2021 sous le titre "AR6 - The report, Climate Change 2021: The Physical Science Basis". Il fut rédigé par 230 experts et est disponible en versions résumée (39 pages), technique (150 pages) et complète (1300 pages).

Selon les auteurs de ce rapport qui décrit les conséquences du changement climatique sur l'environnement et pour l'humanité, suite à l'augmentation de l'effet de serre, les impacts climatiques sont plus inquiétants que prévu et nous frapperont durement plus tôt que prévu également. La vitesse et les conséquences du changement climatique sont plus alarmantes que jamais. Cela va fondamentalement remodeler la vie sur Terre au cours des prochaines décennies, même si nous pouvons maîtriser les émissions des gaz à effet de serre qui réchauffent la planète.

Parmi les catastrophes et conséquences annoncées, les chercheurs citent les extinctions d'espèces, des maladies plus répandues, des chaleurs insupportables, l'effondrement des écosystèmes, des villes menacées par la montée des eaux, autant d'effets climatiques dévastateurs et d'autres qui s'accélèrent et deviendront douloureusement évidents avant qu'un enfant né aujourd'hui n'atteigne ses 30 ans, c'est-à-dire en 2050.

Selon les membres du GIEC, les choix que font les sociétés maintenant détermineront si notre espèce va prospérer ou simplement survivre au cours du XXIe siècle. Mais les seuils dangereux sont plus proches qu'on ne le pensait tandis que les conséquences désastreuses de décennies de pollution par le carbone effrénée sont inévitables à court terme. " Le pire est encore à venir, affectant la vie de nos enfants et petits-enfants bien plus que la nôtre", indique le rapport.

Assèchement près de Tegucigalpa, au Honduras, le 22 avril 2016. Document AFP.

Selon l'AFP, le rapport du GIEC est de loin le catalogue le plus complet jamais assemblé sur la façon dont le changement climatique bouleverse notre monde. Le rapport se lit comme un acte d'accusation de 4000 pages contre la gestion de la planète par l'humanité.

Mais le document, conçu pour influencer les décisions politiques critiques, ne devrait pas être publié avant février 2022 - trop tard pour la COP26 sur le climat, la biodiversité et les systèmes alimentaires qui se tiendra à Glasgow du 31 octobre au 12 novembre 2021.

Ce nouveau projet de rapport arrive à un moment de "réveil écologique" mondial et sert à vérifier si les promesses de zéro émission carbone annoncées par les gouvernements et des entreprises du monde entier ont été tenues.

Selon le rapport, les défis sont systémiques, tissés dans le tissu même de la vie quotidienne. Ils sont également profondément injustes : les moins responsables du réchauffement climatique en souffriront de manière disproportionnée.

Il montre également qu'en rejettant des quantités record de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, nous minons la capacité des forêts et des océans à les absorber, faisant de nos plus grands alliés naturels dans la lutte contre le réchauffement, des ennemis.

Le GIEC rappelle que les précédents chocs climatiques majeurs ont considérablement modifié l'environnement et anéanti la plupart des espèces, soulevant la question de savoir si l'humanité sème les graines de sa propre disparition : "La vie sur Terre peut se remettre d'un changement climatique drastique en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes. Les humains ne peuvent pas."

Les impacts sur la santé sont vastes, allant de l'augmentation de la malnutrition au stress thermique et aux maladies.

Des conséquences irréversibles globales

Selon l'AFP, il y a au moins quatre points principaux à retenir dans le projet de rapport, qui pourraient faire l'objet de modifications mineures dans les mois à venir, alors que le GIEC se concentre sur un résumé analytique clé destiné aux décideurs.

Parmi ses conclusions les plus importantes, figure un abaissement du seuil au-delà duquel le réchauffement peut être considéré comme acceptable. La première est qu'avec 1.1°C de réchauffement enregistré jusqu'à présent (moyenne anuelle), le climat est déjà en train de changer. Afin de protéger notre avenir, en signant l'accord de Paris en 2015, près de 200 pays se sont engagés à limiter le réchauffement à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle, si possible à 1.5°C. Or, selon les tendances actuelles, on se dirige vers un réchauffement de 3°C !

Les modèles antérieurs prédisaient que nous n'étions pas susceptibles de voir un changement climatique modifier la Terre avant 2100. Mais les nouvelles prévisions sont plus alarmantes.

A gauche, paysage de fiction imaginé dans les régions tropicales, en Amérique ou en Asie. A droite, la réalité au Chili : la steppe est déjà au pieds des montagnes de Torres del Paine (51° S). Qu'on l'appelle steppe, savane, pampa ou encore prairie, elle a déjà envahi le Brésil, l'Argentine, le centre des Etats-Unis, l'Australie, l'Afrique (Kenya, Tanzanie, Bénin, Malawi,...), la Mongolie, le nord de la Chine, l'Ukraine ainsi que le sud de la Sibérie. En France, on va même jusqu'à entretenir des "steppes anthropiques" en Lozère pour... empêcher l'extension des forêts ! Documents 24Novembers/Shutterstock et Thomas Bennie.

Désormais, le GIEC estime qu'un réchauffement prolongé de plus de 1.5°C pourrait déjà entraîner "progressivement des conséquences graves, pendant des siècles, et, dans certains cas, irréversibles." En mai 2021, l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) avait estimé que la probabilité que ce seuil de 1.5°C soit dépassé dès 2025, à 40%.

Pour certaines plantes et certains animaux, il pourrait déjà être trop tard. Selon le GIEC, "Même à 1.5°C de réchauffement, les conditions changeront au-delà de la capacité de nombreux organismes à s'adapter." Les récifs coralliens, des écosystèmes dont dépendent un demi-milliard de personnes, en sont un exemple.

Les populations autochtones de l'Arctique sont confrontées à l'extinction culturelle alors que l'environnement sur lequel leurs moyens de subsistance et leur histoire sont construits fond sous leurs raquettes.

Un monde qui se réchauffe a également augmenté la durée des saisons des incendies, doublé les zones brûlables potentielles et contribué aux pertes des systèmes alimentaires.

Le changement climatique met en péril les écosystèmes dont dépendent des millions de personnes.

Nous ne sommes pas prêts

Venise sous les eaux, le 14 novembre 2019. Document Manuel Silvestri/Reuters.

Un deuxième point important à retenir du rapport est que le monde doit faire face à cette réalité et se préparer à l'assaut. 

Selon le GIEC, "Les niveaux actuels d'adaptation seront insuffisants pour répondre aux futurs risques climatiques." Les projections du milieu du siècle, même dans un scénario optimiste de réchauffement de 2°C, en font un euphémisme.

Même en parvenant à limiter la hausse à 2°C, le GIEC estime que jusqu'à 80 millions de personnes supplémentaires seront probablement confrontées à la faim chronique d'ici 2050, et 130 millions de plus pourraient connaître l'extrême pauvreté d'ici dix ans soit d'ici 2032 si on laisse les inégalités s'aggraver.

En 2050, des centaines de millions d'habitants de villes côtières en "ligne de front" de la crise climatique seront menacés par des inondations et des vagues tempétieuses plus fréquentes, provoquées par la montée du niveau de la mer, qui entrainera à son tour des migrations importantes.

Avec une augmentation moyenne de 1.5°C, 350 millions d'habitants supplémentaires vivant dans les zones urbaines seront exposés aux pénuries d'eau et 400 millions d'habitants à 2°C. Ce demi-degré supplémentaire signifiera également que 420 millions de personnes supplémentaires seront exposées à des vagues de chaleur extrêmes et potentiellement mortelles.

La déforestation, la sécheresse et les incendies en Amazonie pourraient transformer une partie de la forêt tropicale en prairie.

Selon le rapport, "Les coûts d'adaptation pour l'Afrique devraient augmenter de dizaines de milliards de dollars avec un réchauffement supérieur à 2°C."

Point de non-retour

Troisième point important, le rapport décrit le danger des impacts combinés et en cascade ainsi que les seuils de point de non-retour dans le système climatique, ce qu'on appelle les points de basculement, que les scientifiques ont à peine commencé à mesurer et à comprendre.

Par nos émissions de gaz à effet de serre, nous sommes en train de surchauffer la planète. La biosphère et nous tous en payons déjà le prix et si rien ne change, c'est notre survie même que nous mettons en péril. Document U.Stanford.

Une douzaine de facteurs déclencheurs de température ont maintenant été identifiés dans le système climatique pouvant provoquer des changements irréversibles et potentiellement catastrophiques.

Les recherches ont montré qu'un réchauffement de 2°C pourrait accélérer la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique occidental, ajoutant suffisamment d'eau glacée pour soulever les océans de 13 mètres, au-delà d'un point de non-retour. Les espèces arctiques comme les ours polaires devraient être parmi les premières touchées. Selon l'IUCN, suite à la fonte et la disparition locale de la banquise, la population d'ours blanc pourrait chuter de 30% entre 2050 et 2055.

D'autres points de basculement pourraient transformer la forêt tropicale du bassin amazonien en savane. En Sibérie, des milliards de tonnes de carbone jusqu'à présent séquestré dans le permafrost vont à l'avenir se libérer et alimenter le réchauffement planétaire.

Dans un avenir plus immédiat, certaines régions comme la Méditerranée, l'est du Brésil, l'Asie du Sud-Est, la Chine centrale et de nombreuses régions côtières à travers le monde pourraient être frappées par de multiples calamités climatiques en même temps : sécheresse, vagues de chaleur, cyclones, incendies de forêt et inondations.

Les impacts du réchauffement climatique sont également amplifiés par toutes les autres façons dont l'humanité a brisé l'équilibre de la Terre. Selon le GIEC, celles-ci incluent "les pertes d'habitat et de résilience, la surexploitation, l'extraction d'eau, la pollution, les espèces non indigènes envahissantes et la dispersion de parasites et de maladies."

Selon Nicholas Stern, ancien économiste en chef à la Banque Mondiale et auteur du livre "The Economics of Climate Change. The Stern Review" publié en 2006, mais qui n'a pas participé au rapport du GIEC, il n'y a pas de solution facile à un tel enchevêtrement de problèmes : "Le monde est confronté à un ensemble complexe de défis entrelacés. À moins que vous ne les affrontiez ensemble, vous ne réussirez pas très bien sur aucun d'entre eux."

Changement transformationnel

Il y a très peu de bonnes nouvelles dans le projet de rapport du GIEC. Mais les chercheurs soulignent que beaucoup d'actions peuvent être entreprises pour éviter les pires scénarii et se préparer à des impacts qui ne peuvent plus être évités. Des réductions urgentes et significatives de la pollution peuvent encore limiter les dommages climatiques.

La conservation et la restauration des écosystèmes dits de "carbone bleu", les forêts de varech et de mangrove par exemple, améliorent les stocks de carbone et protègent les sols contre les vagues de tempête, tout en fournissant des habitats protégés à la faune, des moyens de subsistance côtiers et la sécurité alimentaire.

La transition vers des régimes alimentaires plus végétaux pourrait également réduire les émissions liées à l'alimentation jusqu'à 70% d'ici 2050.

Dans une étude publiée dans la revue "Science" en 2019, Jean-François Bastin de l'Institut de Biologie Intégrative de Zurich (IBZ) et ses collègues affirment que les écosystèmes pourraient abriter 0.9 milliard d'hectares supplémentaires de forêt continue. Cela représenterait une augmentation de plus de 25% de la superficie forestière. Si nous plantions 1000 milliard d'arbres, cela permettrait de séquestrer 205 gigatonnes de carbone, soit autant que ce nous avons émis entre 2000 et 2020.

Mais selon les conclusions du GIEC, le simple fait d'échanger un véhicule énergivore contre un véhicule électrique ou de planter des milliards d'arbres pour compenser le statu quo ne suffira pas : "Nous avons besoin d'un changement transformationnel opérant sur les processus et les comportements à tous les niveaux : individu, communautés, entreprises, institutions et gouvernements. Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation".

Faites passer le message.

Sixième rapport d'évaluation du GIEC

Pourra-t-on atteindre les objectifs climatiques fixés dans l'Accord de Paris ? Pour cela il faut concrétiser cet accord par des mesures concrètes et efficaces. Or, selon le sixième rapport d'évaluation du GIEC sur les impacts du changement climatique (AR6) publié en février 2022 dont les médias n'ont pratiquement pas parlé, l'Accord de Paris sur le climat ne pourra pas être respecté. La température moyenne du globe a augmenté de 1.1°C depuis l'ère préindustrielle et si la tendance se maintient, elle augmentera de 1.5°C d'ici 2030, soit plus rapidement que prévu.

Le rapport AR6 ("Summary for Policymakers", fév 2022) du GIEC insiste sur les interactions entre les systèmes couplés climat, écosystèmes (y compris leur biodiversité) et la société humaine (gauche) et sur l'opportunité qui s'offre encore à nous d'être résilient en adoptant des mesures pour réduire les gaz à effet de serre et soutenir un développement durable (droite).

Enfin, le rapport du GIEC souligne aussi le risque que représente la déforestation de l'Amazonie et les sécheresses qui sévissent au Brésil. En raison du déboisement intensif, entre 2010 et 2020, la forêt amazonienne brésilienne, qui représente 60% du total, relâcha 20% de plus de gaz carbonique qu'elle n'en avait absorbé.

Passer les "points de bascule" que certains appellent des points de "non-retour" tellement les impacts seront importants et difficilement réversibles, cela aura des conséquences sur les équilibres planétaires (calottes glaciaires, le permafrost, les récifs coralliens, régime des moussons, Gulf stream, etc), avec le risque d'une transformation radicale du monde dans lequel nous vivons.

Au rythme actuel, le réchauffement climatique seul (sans même tenir compte de la déforestation et des sécheresses) pourrait transformer la forêt amazonienne en savane vers 2050 et le bassin amazonien aura disparu en 2100 !

Conclusion : soit nous nous adaptons tout de suite et vite soit nous en subirons tous les conséquences avec des catastrophes naturelles que certains ont déjà subi.

Pour plus d'informations

AR6 - The report, Climate Change 2021: The Physical Science Basis, IPCC, 2021

Synthetic Assessment of Global Distribution of Vulnerability to Climate Change, v1 (2005, 2050, 2100), SEDAC/U.Columbia

Coastal cities face their mortality on the climate 'frontline', AFP, YouTube, 2021

What Will Temperatures Be Like in 2100?, AGU, YouTube, 2015

Calculating the global economic cost of climate change, U.Stanford, 2015

AR5 Synthesis Report: Climate Change 2014, IPCC, 2014.

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