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L'eau, l'or bleu

Pollution de la seine à Paris. pas très faltteur pour une capitale européenne, riche et revendiquant des principes écologiques.

L'eau potable (IV)

La pollution de l'eau

Un milieu aquatique est dit pollué lorsque son équilibre a été modifié de façon durable par l'apport important soit de substances plus ou moins toxiques, d'origine naturelle ou issues d'activités humaines, soit encore d'eaux trop chaudes.

Ces pollutions peuvent entraîner divers types de nuisances : augmenter la mortalité de certaines espèces animales ou végétales jusqu'à parfois les faire disparaître, altérer leurs capacités physiologiques, détériorer la qualité de l'eau au point de la rendre impropre à la consommation, etc.

Tous les polluants ne présentent pas les mêmes risques pour les écosystèmes. Certains notamment sont biodégradables et participent à l'équilibre de l'écosystème et à la qualité de ses eaux ainsin que nous l'avons exploiqué à propos des écosystèmes aquatiques. Mais, si l'apport de ces substances dépasse un seuil critique, ses capacités d'auto-épuration ne suffisent plus et il y a saturation : l'agent polluant ne peut plus être éliminé assez rapidement, il s'accumule et peut même devenir toxique. C'est la pollution.

D'autres agents polluants, comme les plastiques, les métaux et certains pesticides, ne sont pas ou peu biodégradables : le processus d'auto-épuration est alors inopérant et ces substances s'accumulent dans l'écosystème, intoxiquant les espèces vivantes qui les ingèrent. De plus, certaines de ces substances, comme les métaux lourds ou les pesticides s'accumulent dans les organismes, se concentrant dans certains tissus ou organes à des doses parfois bien supérieures à celles mesurées dans l'eau (bio-accumulation). Cette accumulation dans chacun des maillons de la chaîne alimentaire peut conduire à une forte intoxication des animaux situés au sommet de la chaîne. C'est ainsi que dans le lac de Clear lake situé en Californie, la concentration en DDT atteignit 0.8 mg/L dans l'eau. On en trouvait 5 microgrammes/litre dans les algues et le plancton, 100 microgrammes/kg dans les poissons, 5.35 mg/kg dans les muscles des pélicans et des cormorans et jusqu'à 161 mg dans leur graisse ! On est donc passé de l'état de traces à de fortes concentrations. Il va de soi que si l'homme ingère ses aliments il les concentrera à des doses dix fois supérieures qui deviendront toxiques.

Une situation toute aussi grave s'est produite dans les Grands lacs du Canada dans les années 1970 jusqu'à ce que le Gouvernement sensibilise la population aux dangers de la pollution et mette en place des usines d'épuration de l'eau.

Histoire d'une pollution au benzène. A gauche, le 13 novembre 2005, une explosion s'est produite dans l'usine pétrochimique chinoise de Jilin Chemical Industrial Co. (JCIC) installée à Jilin, au nord-est de Péking (Beijing), à 100 km à l'est de la capitale provinciale Changchun. L'accident entraîna le déversement de 100 tonnes de produits chimiques, dont du nitrobenzène et du benzène, des produits cancérigènes, dans les eaux du fleuve Songhua (au centre). Ce fleuve rejoint l'Amour et s'écoule ensuite en Russie. L'accident fit 5 morts, 70 blessés et 3.5 millions de personnes furent privées d'eau durant plusieurs semaines. La pollution s'écoula sur plus de 900 km en aval du fleuve. Un mois plus tard, le 22 décembre, le benzène fut détecté dans le fleuve Amour (à droite) alors qu'il traversait l'agglomération russe de Khabarovsk où vivent 600000 habitants. Selon les autorités, la concentration de benzène était toutefois en-dessous du seuil toxique (0.1-0.5 mg/L). Rappelons qu'en Occident le seuil de toxicité est 100 fois plus faible (0.005 mg/L). La prochaine ville touchée fut Komsomol-sur-Amour, 400000 habitants. Ensuite la pollution se déversa dans l'océan comme 90% des polluants que rejète l'homme. D'ici 2011, la Chine va investir un milliard d'euros (plus de 10 milliards de yuans) dans l'épuration des eaux du fleuve Songhua. Documents Xinhua News Agency, China Daily et Sergi Grits/AP.

Aujourd'hui c'est la Russie et la Chine qui sont montrées du doigt. La plupart des petites entreprises de ces pays n'ont pas installé de système de filtration des polluants ou leur installation anti-pollution est désuète ou peu performantes comme le rappelle cet article cantonais du journal China pictorial.

Dans nos pays industrialisés, l'eau naturelle est de moins en moins potable car elle est généralement polluée par les rejets des activités humaines. Ainsi que nous l'avons évoqué, cette pollution est parfois volontaire suite au déversement de produits toxiques par l'une ou l'autre entreprise. Généralement le scandale n'éclate que plusieurs mois après le début des déversements, avec le risque de voir des milliers de personnes intoxiquées en aval des installations. Ces accidents concernent les pollutions bactériologiques, par les nitrates, les pesticides et les métaux lourds. Parmi ces matières, certaines sont inoffensives pour la santé en dessous d'une certaine concentration mais d'autres sont toxiques même à l'état de trace, c'est notamment le cas des pesticides et des métaux lourds.

Outre leur concentration, le degré de contamination de ces substances varie en fonction de la durée d'exposition. Si la contamination par des micro-organismes pathogènes est très rapide (un seul contact ou l'absorption d'un seul verre d'eau contaminé peut suffire), certaines substances étant présentes dans l'environnement à des doses homéopathiques, elles ne deviennent toxiques qu'après un long temps d'exposition qui peut atteindre 10 ou 20 ans dans le cas d'apparition d'un cancer. Avec les milliers de substances introduisent artificiellement dans la nature depuis plus d'un siècle, il est certain qu'aucun scientifique ne connaît l'équation de réaction qui relie ces milliers de substances et la plupart de leurs effets restent encore méconnus.

Cela dit il ne faut pas paniquer et penser comme certains auteurs que suite à cette situation nous seront tous victimes un jour d'une "maladie de civilisation" (en excluant le stress et les dépressions qui sont des maladies nerveuses indirectement liées à notre style de vie). En occident, la majorité des gens n'ont jamais contracté de maladies imputables à une pollution (sauf évidemment ceux vivant près d'une source de pollution) et ne sont pas morts de cancer ou handicapés mais dans leur lit et d'une crise cardiaque.

Unité de coque-fonte de l'acierie de Cockerill-Sambre (groupe Arcelor). Document Cockerill-Sambre.

Ouvrier travaillant à l'unité de coke-fonte chez Cockerill-Sambre.

Les métaux lourds

Les substances vraiment dangereuses que l'on retrouve dans l'eau sont les pesticides (hydrocarbures chlorés tel le fameux DDT utilisé dès la fin des années 1940) à l'origine de nombreux cancers et les métaux lourds car ils ne sont pas éliminés par l'organisme et se concentrent au sommet de la chaîne alimentaire.

Par métaux lourds on entend des métaux offrant une densité élevée, supérieure à 5. Il s'agit du plomb, du mercure, de l'arsenic et du cadmium. Ils sont présents partout dans l'environnement. On les retrouve dans les déchets industriels et ménagers. C'est le plomb qui est le plus abondant dans les ordures ménagères; il est 200 fois plus concentré que les autres métaux lourds. C'est ici que chacun peut contribuer à réduire cette pollution en prenant soin de déposer ces déchets toxiques dans des décharges spécialisées plutôt que de les jeter à la poubelle ou dans la nature.

Si nous ne prenons aucune mesure pour réduire cette pollution, au fil du temps, suite à la fragmentation et la corrosion de ces déchets, les infiltrations dans les nappes phréatiques et le ruissellement, on retrouvera inévitablement ces métaux lourds dans les fleuves et ensuite dans les océans et par voie de conséquence, dans notre alimentation. Et ce que vous croyiez avoir jeté bien loin et sans conséquence, vous reviendra indirectement avec des effets toxiques qui peuvent entraîner de graves lésions. Alors un bon conseil, préservez la nature, elle vous le rendra au centuple.

L'ingestion prolongée de métaux lourds même à des doses homéopathiques peut provoquer des maladies graves et conduire à des malformations et des handicapes mentaux. Ingérées en grande quantité (suite à une pollution accidentelle), ces substances deviennent rapidement toxiques, non seulement pour l'individu qui l'ingère mais également pour sa descendance si la femme qui les consomme par accident est enceinte. Voyons les particularités de ces quatre substances.

Le plomb a longtemps été utilisé pour fabriquer des canalisations. L'industrie métallurgique et minière en ont produit énormément et il est aujourd'hui présent dans les déchets d'exploitation. On produit également du plomb pour les batteries automobiles à raison de... 75000 tonnes par an ! 

L'industrie métallurgique, telle cette acierie du groupe Arcelor utilise des métaux lourds pour fabriquer l'acier et des produits finis. Les mâchefers, résidus de la combustion du charbon ou du coke,  en contiennent également. C'est pour cette raison qu'ils ne peuvent pas être déposés dans n'importe quelle décharge ou être utilisés sans précaution, notamment comme remblai ou sous-couche de chaussée à la place du sable. Document Arcelor.

Quel est le problème de toxicité du plomb ? Sous forme de vapeur ou de fines particules, le plomb passe dans le sang où il perturbe de nombreux mécanismes biochimiques, touchant principalement le système nerveux central et périphérique ainsi que le système reproducteur. Les enfants exposés de manière prolongée à de faibles doses de plomb peuvent ainsi développer le saturnisme, une maladie caractérisée par divers troubles de croissance et du développement du système nerveux central pouvant conduire à des déficiences mentales et du comportement. Cette maladie peut également toucher les adultes de manière brutale, induisant des troubles de la reproduction, des insuffisances rénales et des encéphalopathies.

Dans le milieu marin, la concentration du plomb est d'environ 15 mg/L. Son origine est liée aux activités humaines. Sa présence dans l'eau de mer favorise la croissance des végétaux mais passé un certain seuil, il devient toxique et réduit leur croissance.

En 1994, l'OMS a fixé le seuil de toxicité à 10 mg/L. Cette valeur a été calculée pour le groupe de population a priori le plus sensible, les nourrissons, à partir de la dose hebdomadaire tolérable fixée à 25 mg/kg de poids corporel. Cela signifie que le taux de plomb dans le sang (la plombémie) d'un nourrisson qui boirait régulièrement une eau présentant une teneur en plomb inférieure ou égale à 10 mg/l n'augmenterait pas. 

Mais étant donné que la majorité des systèmes de distribution d'eau potable en Europe utilisent encore des canalisations en plomb, la directive 98/83/CE du Conseil de l'Union européenne du 3 novembre 1998 limite temporairement la concentration de plomb à 25 mg/L. Elle ne peut pas être plus sévère car cela imposerait de remplacer l'intégralité des canalisations. La décision des Eurocartes est bien sûr temporaire, le temps que les gouvernements traduisent cette loi dans leur législation nationale et que les communes mettent leurs installations en conformité avec la loi. Le seuil sera abaissé à 10 mg/L à compter du 25 décembre 2013. En somme, dans certains communes on nous contamine avec la bénédiction des instances européennes !

Dans le cas du mercure, ce métal lourd est présent dans les océans (ainsi que dans les gisements d'origine volcanique) avec une concentration de 0.5 à 3 mg/L.

Le mercure se transforme en méthylmercure, un composé très stable qui se concentre ensuite dans les organismes vivants. Nous en avons probablement tous dans notre corps, heureusement à des concentrations négligeables. La toxicité élevée du mercure est liée à son aptitude à se combiner au soufre. Dans les organismes vivants, il peut ainsi bloquer certains sites actifs comportant des atomes de soufre, comme celui de la vitamine B12 et même l'ADN. Les composés mercuriels sont particulièrement dangereux pour le cerveau où ils s'accumulent.

C'est ainsi qu'en 1953, une usine de fabrication de matières plastiques déversa ses déchets dans la baie de Minamata située dans la préfecture de Kumamoto au Japon. A partir de 1957, les habitants de la baie qui consommaient beaucoup de poissons et de fruits de mer ont commencé à être victimes de graves troubles osseux et cérébraux ayant conduits à des décès. C'est alors qu'on découvrit la maladie de Minamata.

En un peu plus de 10 ans, 150 tonnes de mercure furent déversés dans la baie ! Les concentrations de mercure trouvées dans les poissons contaminés étaient 500000 fois supérieurs à ceux des eaux de la baie ! Dans les années qui suivirent on retrouva du mercure dans d'autres baies du Japon situées plus au nord.

Ailleurs, dans les mines d'or accessibles aux orpailleurs "amateurs", le mercure sert à extraire le minerai avec lequel il s'amalgame. Avoir avoir été fondu et séparé de l'or, les déchets de mercure qui ne sont pas récupérés sont évacués avec les eaux usées. C'est ainsi que dans tous les pays où l'on exploite des mines aurifères illégalement ou de manière sauvage, les eaux boueuses transportent souvent du mercure. Cette eau ruisselle jusqu'aux rivières où se baignent les enfants et où les femmes lavent leur linge ou font leur toilette. Ce mercure contamine également les canaux d'irrigation et finit par se déverser dans la mer. 

A gauche, suite à l'exploitation des mines aurifères en Indonésie, la rivière Sekonyer qui traverse le village de Tanjung Harapan situé dans le parc naturel de Tanjung Puting a été polluée au mercure. Des enfants continuent malgré tout à s'y baigner. A droite, pollution au mercure découverte dans le canal de Suez. Documents Safier et EEAA.

En occident, la contamination au mercure provient principalement des rejets émis dans l'atmosphère lors de l'utilisation de combustibles fossiles, de l'incinération de déchets ou encore par l'industrie métallurgique. Aujourd'hui la France rejète directement 500 kg de mercure dans les fleuves ! Il provient surtout des usines de la région Rhône-Alpes. Que fait-on pour enrayer cette pollution ? Rien !

Même chose pour le mercure présent dans les systèmes électromécaniques de nombreuses automobiles; il n'est pas totalement récupéré au cours du recyclage car il forme un film qui colle au support et difficile à nettoyer. Le mercure est également présent dans les vieux amalgames dentaires. Il est libéré sous forme de gaz lors de la crémation des corps (limite autorisée de 0.1-0.2 ng/Nm3).

Chaque année un pays comme les Etats-Unis ou le Canada vaporise dans l'atmosphère plusieurs dizaines de tonnes de mercure. La France en libère 15.8 tonnes. Bien entendu les pays limitrophes, mêmes s'ils ont pris des mesures plus écologiques sont affectés par ces pollutions indésirables. A quand une politique européenne et des lois nationales plus drastiques en matière de pollution ? Car faire marcher l'économie est une chose mais si c'est pour gaspiller cet argent en soins de santé, ca n'en vaut pas la peine.

L’arsenic se trouve naturellement dans les émissions volcaniques, dans la terre et les roches. Il est également produit par les activités humaines. Il provient notamment de la combustion des énergies fossiles (charbon et pétrole) et du mauvais recyclage des composés électroniques. On l'utilise pour fabriquer des colorants, du verre et pour empailler les animaux. On le retrouve en agriculture, notamment dans certains pesticides et dans la fumée de cigarette. Ses dérivés sont tous toxiques. L'arsenic se concentre principalement sous forme de dérivés gazeux dans les algues marines qui peuvent concentrer l'arsenic jusqu’à 10000 fois. L'OMS recommande que l'eau potable contienne une concentration d'arsenic inférieure à 0.01 mg/L.

Le cadmium est également présent dans l'eau de mer. Il est toujours associé au zinc ou au plomb, avec une concentration de l'ordre du microgramme par litre d'eau de mer. Ce métal est utilisé dans l'industrie, notamment comme produit anti-corrosion, pour fabriquer des piles, des câbles, des colorants, des médicaments et des pesticides. Il est également produit par la combustion du charbon et du pétrole.

Pourcentage de métaux lourds dans les ordures ménagères

(Campagne ADEME, 1993)

Catégorie

Plomb

Cadmium

Mercure

Arsenic

Teneur moyenne dans les déchets ménagers (mg/kg de matière sèche)

795

4

3

5

Déchets putrescibles

4

12

7

2

Papiers

1

5

< 1

< 1

Cartons

< 1

3

2

< 1

Complexes

< 1

< 1

< 1

< 1

Textiles

< 1

5

< 1

< 1

Textiles sanitaires

< 1

< 1

< 1

< 1

Plastiques

3

37

5

1

Combustibles

< 1

13

< 1

< 1

Verres

11

8

< 1

79

Métaux

64

10

< 1

12

Incombustibles

14

5

< 1

6

Déchets ménagers spéciaux

< 1°

1*

82

< 1

Total

100

100

100

100

* Aucun accumulateur nickel-cadmium n'est apparu à l'issue des tris durant la campagne de caractérisation

° Aucune batterie au plomb n'a été trouvée dans les ordures ménagères triées durant cette campagne de mesure.

Enfin, rappelons que tous les produits de la terre et notamment les champignons et les baies sauvages concentrent les métaux lourds ainsi que les substances radioactives. Quand les animaux en mangent, ils les concentrent à leur tour dans leurs muscles, les abats (foie, reins, etc), leur os et parfois dans la peau. Et qui retrouve-t-on au bout de la chaîne alimentaire ?...L'homme.

Dernière partie

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