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L'eau, l'or bleu

Document T.Lombry

L'eau sous surveillance. Les délits se répétant, notre regard devient tous les jours un peu plus incisif.

Préservation de l'eau (III)

Surveillance des écosystèmes aquatiques

Si nous voulons assurer la préservation des écosystèmes aquatiques, nous devons contrôler en permanence leur état de santé, tant au niveau de la qualité de leurs eaux que de la diversité des organismes qui y vivent et de la qualité de leurs biotopes.

Quand la pollution est visible (corps flottants, mousses...) le diagnostic est généralement aisé. Mais ce n'est pas toujours le cas : une eau claire peut être fortement polluée et par manque de personnel ou par négligence il est arrivé que la pollution ne soit détectée que dans un autre pays, situé à 150 km en aval de la source de pollution !

Les autorités de contrôle doivent donc disposer de moyens de détection efficaces et assurer ce travail avec rigueur tout au long de l'année au risque d'assister à des intoxications inattendues, rappelez-vous la maladie de Minamata.

Certaines de ces mesures permettent d'évaluer la concentration des différentes substances in situ en continu. D'autres doivent être faites en laboratoire à partir d'échantillons d'eau prélevés dans le milieu naturel.

Mais étant donné que les polluants ne se limitent pas à l'eau mais migrent vers les terres ou dans l'atmosphère et contaminent même les organismes vivants, les analyses physico-chimiques de l'eau ne suffisent pas pour réellement apprécier la qualité écologique des écosystèmes aquatiques. En outre, elles sont mal adaptées pour détecter des pollutions intermittentes ou ponctuelles qui ne se produisent pas nécessairement lors de la prise d'échantillons, et elles ne prennent pas en compte les perturbations physiques du milieu.

D'autres moyens ont donc été élaborés comme l'analyse des sédiments ou des mousses aquatiques, ou encore l'analyse des organismes. A ce titre, les gestionnaires des milieux aquatiques utilisent ce qu'on appelle des indicateurs biologiques, des organismes vivants sensibles à une large éventail d'impacts physiques, chimiques et biologiques, et qui peuvent théoriquement apporter des réponses précises aux conséquences de ces perturbations sur le milieu aquatique.

Document http://www.environmental-expert.com/

Cuves de décantation.

Ainsi, l'introduction d'espèces de poissons afin d'améliorer la pêche peut provoquer l'élimination de nombreuses espèces indigènes d'invertébrés et de vertébrés ou provoquer des modifications importantes dans les chaînes trophiques, sans affecter pour autant la qualité physico-chimique des eaux. Si on ne stoppe pas l'hécatombe, bien que le milieu ne soit pas pollué, c'est tout l'écosystème aquatique qui risque de subir les effets négatifs de cette introduction.

Enfin, certains créatures marines peuvent être utilisées comme de véritables sentinelles écologiques en réagissant par exemple à de faibles taux de contaminants, en se raréfiant, en pullulant ou en adoptant des aptitudes particulières suite à la bioaccumulation des polluants dans leurs tissus : les algues, les truites ou les moules, par exemple, sont d'excellents détecteurs de pollution (sans parler des carnassiers situés au sommet de la chaîne trophique mais généralement quand ils donnent l'alarme c'est que leur sort est déjà joué). On peut également utiliser des bactéries biolumineuses, les fameux BBIC comme reporters.

Les indicateurs biologiques sont très variés mais on peut les répartir en 5 niveaux :

- Au niveau individuel, ce sont des indicateurs biochimiques (modifications enzymatiques, carcinogénèse), physiologiques (taux de croissance, taux de fécondité, maladies), et de comportement,

- Au niveau de la population, se sont principalement des indicateurs démographiques (structures en âge, taille et sexe, taux de natalité et de mortalité),

- Au niveau de la communauté, les indicateurs concernent la présence ou l'absence de certaines espèces influentes,

- Au niveau de l'écosystème, on examine la structure des communautés (richesse spécifique, abondance, biomasse, indicateurs de structure), les processus (production primaire, production secondaire, cycles des éléments nutritifs), les structures (niveaux trophiques, chaîne alimentaire), ou le paysage (hétérogénéité, fragmentation), qui sont autant d'indicateurs dits écologiques,

- Au niveau planétaire, on dispose également de systèmes de détection de la pollution embarqués à bord de certains satellites qui sont capables notamment d'analyser à distance la turbidité des eaux, ou de détecter une marée noire.

Protéger pour mieux gérer

Quand les autorités constatent que les activités humaines affectent l'écosystème malgré les mises en garde et la sensibilisation du public, elles n'ont pas d'autre solution pour mettre fin à ces dégradations que de fixer des règles qui ne souffrent aucune exception : elle crée une loi afin d'offrir au pouvoir exécutif un cadre légal dans lequel il peut agir et elle crée au besoin des parcs nationaux pour préserver les réserves naturelles tant qu'il est encore temps. Reste ensuite à surveiller ces parcs et réprimer tous les auteurs de délits. Parfois le combat est démesuré quand une poigné d'hommes sont en charge de surveiller des centaines de kilomètres carrés. En Europe la situation est heureusement plus simple car les territoires protégés sont moins vastes que dans d'autres continents et la population cultivée est déjà sensibilisée et acquise aux principes de l'écologie.

A gauche, une nature à l'état vierge dans un lieu anonyme. A droite, la source de la rivière Cuervo dans la province de Cuenca, en Espagne. Documents PC Paradise et Wallpapers.

Dans le monde, 97% de l'eau douce se trouve dans des nappes souterraines continentales. Ces nappes alimentent également le réseau fluvial superficiel. Tous ces réservoirs doivent donc impérativement être protégés contre les sources de pollution diffuse, d'autant que le renouvellement de ces eaux souterraines peut être très lent et que les pollutions y sont alors persistantes à l'échelle humaine.

La pollution diffuse à plusieurs origines : essentiellement agricole (nitrates et pesticides), elle peut aussi provenir des voies de transports (eaux de ruissellement des voies de circulation, accidents de transport, fuites d'oléoducs), du désherbage des voies ferroviaires par des pesticides (les chemins de fer sont l'un des plus gros consommateurs de pesticides), des fuites provenant de l'habitat dispersé (cuves de combustible de chauffage), des rejets des assainissements individuels et des petites collectivités, des fuites des décharges d'ordures ménagères ou industrielles, des retombées atmosphériques des fumées industrielles et domestiques ou des usines d'incinération de déchets.

Dans beaucoup de pays, l'Etat a rendu obligatoire un périmètre de protection autour des points de captages, mais ces mesures n'offrent qu'une protection limitée. Même de façon naturelle, même s'il faut plusieurs années, une pollution éloignée finira toujours par atteindre les sites protégés. C'est ainsi que des grottes touristiques par exemple ont été contaminées par des décharges publiques et qu'il a fallut d'urgence assainir ces dernières. En attendant le site touristique est pollué durant quelques dizaines d'années. Quand cela concerne des nappes phréatiques ou des puits de captage privés, c'est toute une région qui peut être contaminée par le sous-sol.

Le parc naturel de Haute-Sûre (Naturpark Öewersauer) situé dans le nord-ouest du Luxembourg. Document Christof Weber/ONT.

Pour mieux protéger les nappes, les sources de pollution diffuse doivent donc impérativement être limitées à des valeurs conformes à la législation. Malheureusement, nous savons que les bonnes résolutions ne suffisent pas et que lorsque le chat est parti les souris dansent et interprètent les lois selon leur humeur.

Etant donné que l'Etat ou la gendarmerie peuvent difficilement réprimer les responsables de ces pollutions, souvent récidivistes, certains experts préconisent une voie plus prometteuse : la création de parcs naturels hydrogéologiques.

C'est ainsi que depuis 1985 la partie orientale de la province du Luxembourg belge a été décrétée parc naturel de Haute-Sûre et de la Forêt d'Anlier. En 1999 la région nord-ouest du Luxembourg a été décrétée parc naturel de Haute-Sûre. Cette région sauvage de 18 km2 abrite notamment le lac de Haute-Sûre dont le barrage de retenue alimente une bonne partie des Luxembourgeois en eau potable. Le site est ainsi protégé à long terme du tourisme sauvage et de la convoitise des industriels comme des promoteurs immobiliers.

Comme dans d'autres pays, dans ces parcs, certains espaces de terres ne sont pas cultivés mais sont entretenus afin de préserver les nappes d'eau ayant une qualité irréprochable. Ils protégent en priorité les zones d'alimentation des nappes captives profondes et des sources minérales. Ce plan d'aménagement de l'environnement naturel existe au Luxembourg depuis 1982. Malgré sa petite superficie, le Luxembourg rassemble pas moins de 3 parcs naturels (Haute-Sûre, Our et Trois Frontières), 13 zones humides, 25 réserves naturelles diverses et 36 réserves forestières. Ce n'est pas sans raison que le Luxembourg est un pays touristique.

Esch-sur-Sûre située dans le parc naturel de Haute-Sûre au Luxembourg.

Ces parcs jouent par ailleurs de multiples rôles car ils protègent également la faune et la flore, offrant aux touristes d'un jour des paysages qu'on ne voit plus ailleurs. Ailleurs comme dans les forêts d'Ardennes par exemple, la Belgique a décidé d'exploiter les forêts mais d'une façon très soignée et non polluante. Cette région reçoit les eaux d'infiltration de la source minérale de Spa et est de ce fait exploitée avec des précautions draconiennes pour protéger la nappe. Le gouvernement fédéral y a réussi sans pour autant avoir classé la région comme parc national et sans faire appel à des moyens de coercition du fait de la densité relativement faible de la population et son intérêt pour les produits du terroir.

A l'inverse, en Australie, les autorités n'ont pas hésité à interdire au public des parcs naturels situés autour des réservoirs de stockage des eaux superficielles destinées à la fabrication d'eau potable.

Bien sûr, ce pays grand comme un continent peut se le permettre, il est vaste, riche et peu peuplé. La population appartient en majorité à la classe moyenne et est très concernée par la protection de son environnement et la question de l'eau potable dans un pays en grande partie désertique. L'Australie, terre d'innovation et de conquête a l'opportunité de développer des projets d'envergure et de qualité sans pour autant nuire aux activités humaines et sans mettre en péril ses écosystèmes. Il n'empêche que comme tous les pays, l'Australie souffre également d'une perte de biodiveristé.

Sensibilisation et éducation

Ainsi qu'on le voit, seule un personne sensibilisée aux problèmes écologiques peut apprendre à économiser l'eau et à développer des moyens pour préserver son environnement. Ce comportement responsable passe par un changement des mentalités de l'ancienne génération qui vit encore pour l'essentiel à l'heure des golden sixties, à une époque ou tout semblait possible et disponible, sans l'ombre d'un nuage noir à l'horizon.

Jusqu'à la première crise pétrolière de 1973, nous avons pris l'habitude de consommer sans modération. Depuis cette première alerte, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, au point que certains d'entre eux se sont écroulés sous l'irresponsabilité des autorités. Le mouvement écologique est devenu adulte et n'hésite pas à mettre le Gouvernement devant ses responsabilités quand ses actions menacent la bonne santé du milieu.

Aujourd'hui, la plus jeune génération a déjà connu les privations économiques et des révolutions sociales qui l'ont accoutumé à relativiser la bonté de dame Nature et réapprendre les gestes simples qui permettent d'économiser et à sauvegarder l'eau et les autres formes d'énergie. Cette sensibilisation commence sur les bancs d'écoles ainsi que le confirme la bande dessinée présentée ci-dessous à gauche et proposée aux enseignants par l'association Eau-vive.

Répertoire à consulter : DEVDIR

Liste internationale des ONG, associations privées, instituts de recherche, etc, pour le développement

A gauche, sensibilisation des plus jeunes au problème de l'eau et au développement durable par la bande dessinée dont voici un extrait. Au centre et à droite, grâce à l'aide internationale et l'installation de puits, cet enfant de Zambie ne doit plus puiser d'eau putride pour s'alimenter et risquer d'attraper une maladie infectieuse. L'installation d'un tel puits ne coûte que 23 euros par mois. Documents Eau-vive et World Vision.

Grâce à des campagnes d'information, nous pouvons inciter les habitants des grandes villes à modérer leurs consommations. Nous en avons eu l'expérience lors des différentes crises pétrolières. Récemment, la ville allemande de Frankfort ainsi pu réduire d'environ 15% la consommation en eau potable de la ville. Ailleurs, comme au Japon, des communes n'ont pas hésité à recycler 100% de leur eaux usées.

Chacun peut participer à ces économies d'eau s'il prend par exemple la peine de surveiller les fuites d'eau éventuelles de son installation sanitaire et en achetant des appareils ménagers tels que lave-linge, lave-vaisselle et WC, plus économes. 

Dans certains pays, l'Etat propose même des incitants financiers aux utilisateurs qui achètent des produits peu énergivore de classe A ou qui aménagent des systèmes de recyclage.

On peut également rappeler tous les petits trucs de la vie courante qui permettent d'économiser l'eau : prendre des douches plutôt que des bains, ne pas laisser couler l'eau en permanence pendant le lavage des dents ou des mains, ne pas faire tourner de lave-linge ou de lave-vaisselle à moitié vide, laver sa voiture au seau d'eau plutôt qu'avec une lance, effectuer un binage de votre jardin pour économiser un à deux arrosages, arroser tard le soir pour réduire les pertes par évaporation et se rappeler que le paillage protège des grandes chaleurs et conserve mieux l'humidité du sol, etc.

Enfin, rappelons qu'en moyenne, une personne consomme 140 litres d'eau par jour, soit environ 50 m3 par an. Une personne économe peut réduire sa consommation d'eau à environ 50 litres d'eau par jour soit 18 m3 par an. Une famille de quatre personnes consomme en moyenne chaque année au moins 130 m3 d'eau. A l'échelle de la planète, toutes ces petites gouttes font de véritables lacs ! Sachons les préserver.

Pollueur-payeur

Si la technologie ne peut remédier au gaspillage et à la pollution des ressources en eau, si les réserves naturelles ne sont pas respectées, lorsque la sensibilisation et le sens civique ne suffisent pas, peut être que si on touche à leur porte-feuille les contrevenants réfléchiront la prochaine fois avant de commettre un délit. L'Etat a donc décidé d'appliquer de nouvelles règles pour limiter les abus.

Il s'agit de pénalités financières qui s'appliquent à tous les acteurs concernés par l'eau : les traiteurs, les distributeurs et surtout les utilisateurs parmi lesquels les industriels et les agriculteurs. Cette épée de Damoclès doit inciter tout le monde à modérer sa consommation et à moins polluer, notamment en respectant les normes de qualité des eaux rejetées.

Deux régimes de taxations ont été instaurés : des taxes de prélèvement qui dépendent des quantités d'eau prélevées, et des redevances de pollution en cas de dépassement des normes. Ce sont ces dernières qui obéissent au principe du "pollueur-payeur" : le pollueur est taxé en fonction du volume ou de la masse du polluant détecté, dès lors qu'il y a dépassement d'une norme. Le montant de ces deux taxes est en général reporté sur les factures d'eau.

L'argent ainsi collecté par les organismes (intercommunales et agences de l'eau) peut être redistribué sous forme de subventions aux industriels et aux municipalités qui investissent dans l'installation ou l'amélioration de stations de traitement des eaux usées, ou encore aux agriculteurs qui se proposent par exemple d'acquérir un matériel d'épandage mieux adapté. Ces subventions représentent le second volet d'une politique d'incitation au respect des normes de qualité de la ressource, ainsi qu'à la restauration et à la préservation des milieux aquatiques.

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