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Quel télescope acheter et pour quel usage ?

La Voie Lactée photographiée par Aaron Keigher depuis la Californie, non loin des feux de forêt de San Berrnardino le 22 juin 2015.

L'état du ciel

Terminons ce tour d'horizon en essayant de répondre à la question qui retient finalement notre attention, où faut-il observer le ciel et avec quel type d'instrument ? Il y a eu des débats au sujet de savoir quel télescope et quelle ouverture étaient les mieux adaptés en fonction du site d’observation.

Cette question pertinente répond au fait que les amateurs constatent que de nos jours les professionnels se réfugient en haute altitude ou dans des sites désertiques, vidant les villes et leurs banlieues des coupoles que l’on y trouvait jadis.

Votre choix dépend évidemment de la place dont vous disposez à domicile pour entreposer votre matériel , de l'encombrement de votre installation et de sa portabilité ou de vos dons pour les travaux manuels. Si pour certains un 300 mm est à la limite de la portabilité, d'autres n'hésitent pas à transporter un 600 mm dans une remorque ou une lunette de 200 mm sur le toit de leur voiture. Quand la passion vous tient, aucune barrière n'est infranchissable !

Votre choix d'un site astronomique doit également être dicté par l’état du ciel, de la turbulence et de la pollution lumineuse. Il est évident qu'en ville, les possibilités de faire de belles photos sont plus réduites qu'à la campagne ou en plein désert.

Si vous ne voyez que quelques dizaines d’étoiles brillantes dans tout le ciel, si la Voie Lactée est invisible, résignez-vous à devoir faire quelques kilomètres pour vous retirer dans un endroit plus sombre, bien à l’écart des voies publiques (cités, autoroutes, centre sportif, etc). Même à la campagne, sur les hauteurs des collines balayées par le vent, les lueurs des stades de football ou des autoroutes situés en contre-bas peuvent voiler tout un quadrant du ciel jusqu’à 40° d’élévation, même à 30 km de distance.

Toutefois, et c'est heureux, des amateurs avertis continuent d'observer en ville ou en banlieue, abrités de la lumière directe des lampadaires derrière le pignon de leur habitation ou sur leur balcon. Contre toute attente, leurs images sont dignes des concours.

A lire : Capturing the Stars: Astrophotography by the Masters, Robert Gendler

Astrophotographie, Thierry Legault

La photo du ciel, Patrick Lécureuil

A gauche, le site d'observation de Robert Gendler. A l'avant-plan son fameux télescope Ritchey-Chrétien Cassegrain de 317 mm f/9 construit par Optical Guidance Systems. Au centre, le site d'observation utilisé jusqu'en 2002 par Jacques-André Régnier qui dispose d'un Celestron NexStar 5i. A droite, l'installation de Tan Wei Leong membre du comité de gestion du TASOS à Singapour qui nous présente son télescope Takahashi Mewlon de 250 mm f/12 Dall-Kirkham. Malgré ces conditions d'observations difficiles dont on s'attend à ce que les résultats soient a priori médiocres, ces amateurs figurent aux premières places des "maîtres" notamment dans la galerie des chefs-d'oeuvre... Leurs images en haute-résolution des objets célestes réalisées avec des moyens CCD dépassent de loin la qualité des photographies prises par la majorité des amateurs. Si ce type de problème vous concerne, vous savez à présent qu'il ne vous interdit pas de pratiquer l'astrophotographie.

En Europe occidentale il devient franchement difficile de s’isoler dans un endroit obscur. Il reste quelques régions relativement épargnées (< 30 % de pollution lumineuse) en Wallonie (dans le sud de la Belgique), au nord du Grand-Duché de Luxembourg, dans plusieurs départements français entourant la région parisienne et au nord de la Suisse. Mais dans ces régions le ciel est déjà contaminé. Pour trouver un endroit vraiment plongé dans l’obscurité, présentant moins de 3 % de pollution lumineuse il faut forcément rechercher les régions difficiles d’accès ou inhabitées, comme la région s’étendant au nord-ouest de Dijon (SE de Paris), le massif central (au-delà de Bordeaux), l’ouest du pays de Galles, l’Irlande ou l’Espagne.

L’autre solution consiste à gravir les montagnes pour aller observer depuis les hauts-plateaux alpins du Val d’Aoste ou des Pyrénées. Alternativement, il y a les îles comme la Réunion, Saipan dans l'archipel des Mariannes, ou encore le Nord du Québec, le sud de l'Arizona, l'Australie et les déserts secs d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie. Là le ciel est noir même en été, les étoiles brillent comme des diamants et la Voie lactée ressemble à un véritable chemin poudré d’étoiles. Bonne nouvelle, plusieurs "Astro-Inn" sont prêts à vous héberger sous ces cieux idyllliques.

Les filtres anti-pollution lumineuse

Différents modèles de filtre LPR à bandes étroites Orion UltraBlock.

Si vous devez vous résigner à observer le ciel occasionnellement près de chez vous dans un lieu très pollué par l’éclairage artificiel, choisissez un télescope de petite ouverture, de 100 à 125 mm.

D’un autre côté, s'il est également vrai que dans un site très pollué par l'éclairage artificiel, un télescope de grand diamètre (plus de 200 mm) va amplifier la lumière du fond du ciel en réduisant le contraste des objets, il reste une situation dans laquelle il offre de très belles images malgré tout. Cette condition que nous recherchons tous consiste en fait à utiliser un stratagème : un filtre anti-pollution lumineuse, dit LPR (Ligh Pollution Rejection).

Le filtre LPR à bande large convient si vous observez dans un site peu pollué par l'éclairage artificiel tandis que le filtre LPR à bande étroite est utile si le ciel est très pollué par la lumière. Ce filtre que l’on insère soit dans le barrillet porte-oculaire des télescopes Schmidt-Cassegrain (il devient alors difficile de le retirer) ou que l’on visse sur l’oculaire (c’est plus simple et moins cher) bloque les raies d'émissions de l'éclairage artificiel dont celui des lampes au sodium et au mercure à basse ou haute pression qui illuminent nos rues et nos autoroutes d’une lueur verte ou orangée.

Sans ces lumières parasites, le ciel s’assombrit tout à coup et le contraste des objets se voit accentué. Vous discernez comme par enchantement ce qui était invisible et vous découvrez des étoiles qui tantôt n’existaient pas ou ressemblaient à un amas brillant.

A consulter : Useful filters for viewing deep-sky objects

De par leur conception, ces filtres (au format de 50 mm ou de 31.75 mm) sont relativement onéreux (environ 150 € au format 31.75 mm) et présentent certaines limites. Ainsi, si votre site d’observation baigne dans une pollution lumineuse modérée et distante (par exemple une autoroute éclairée passant à 10 km et la lumière blafarde des rue avoisinantes), il est conseillé de ne pas utiliser de filtre LPR avec un télescope de grand diamètre (300 mm et plus) offrant un court rapport focal (f/5-f/8). Pourquoi ? Car sa puissance lumineuse écrasera sans problème ces parasites et vous percerez sans même vous en rendre compte ce léger voile coloré dès que vous l’orienterez vers les amas d’étoiles, les nébuleuses ou les galaxies.

En guise de conclusion

Certains constructeurs sous-entendent qu'en raison de son petit diamètre un télescope d'amateur de 100 à 200 mm d'ouverture peut surpasser un grand télescope de plus 300 mm en raison de la turbulence atmosphérique qui affecterait plus facilement le grand télescope.

NGC 2024, IC 434 et NGC 2023 photographiés par Rolf Olsen avec un newtonien de 317 mm f/4 équipé d'une caméra CCD QSI 683wsg-8 refroidie. Voici un gros-plan.

Cette assertion vient du fait que l'on a découvert que les cellules de turbulence mesuraient entre 20 et 40 cm de diamètre et rendent les télescopes de grands diamètres plus sensibles à leur effet. Là ou un télescope de 125 mm subit l'effet modéré d'une partie d'une cellule atmosphérique turbulente, un télescope de 300 mm subit les effets négatifs d'au moins deux cellules adjacentes.

Si le fait est prouvé en ce qui concerne l'observation planétaire et lunaire, ce phénomène ne s'applique pas à l'observation des objets du ciel profond ou offrant un faible contraste. En effet les comètes, les amas d'étoiles mais surtout les nébuleuses et les galaxies présentent un contraste si faible qu'il est indispensable d'utiliser l'ouverture la plus large possible pour recueillir le maximum de lumière afin de discerner autre chose qu'une pâle tâche grise aux contours flous.

La plupart des amateurs vivant près des villes, la portabilité sera probablement un critère très important à considérer, peut-être tout aussi important que sa polyvalence et la panoplie de ses accessoires.

Le naturaliste aimera pouvoir utiliser son catadioptrique pour observer les hérons en bordure du lac par exemple ou l'emporter lorsqu'il voyage à l'étranger. Il aimera également s'adonner à la photographie et utiliser son "cata" comme puissant téléobjectif. L'instrument doit donc pouvoir supporter un boîtier réflex ou être compatible avec la bague d'un boîtier numérique. Dans ce cas un télescope de 80 à 125 mm d'ouverture sera l'idéal. Pour celui ou celle qui dispose d'un observatoire à poste fixe dans son jardin ou sur son toit, la contrainte sera problablement le prix ou autrement dit les qualités optique et mécanique.

Ces critères demandent une certaine expertise et il est judicieux de prendre des renseignements auprès de plusieurs spécialistes, des constructeurs, des amateurs avertis, des groupes de discussions (forums et groupes Yahoo) ou encore des professionnels, avant de jeter votre dévolu sur une optique et des accessoires précis.

Il est tout aussi important de vous renseigner sur le service après-vente et les compétences techniques de votre dealer avant d'acheter quoi que ce soit. Demandez-lui précisément ce qui se passe en cas de panne, combien de temps l'instrument sera immobilisé, est-il échangé, peut-il racheter l'instrument si vous investissez dans un nouveau télescope, pouvez-vous tester le matériel avant de l'acheter, quelle type de garantie vous propose-t-il, etc. Et en cas de problème ou d'ambiguïté faites jouer la concurrence.

A consulter :

Acheter un télescope : des erreurs à ne pas commettre

Acheter ou non outre-Atlantique ?

Si vous me demandez finalement que choisir pour le même prix entre par exemple une lunette apochromatique de 150 mm et un télescope catadioptrique de 300 mm d'ouverture, peut-être même complété par quelques accessoires, même si la lunette aux allures de bazooka offre vraiment une très belle image et le meilleur contraste qu'il soit, je ne peux m'empêcher, même si cela me fend le coeur, de choisir le télescope. L'image du réfracteur sera soufflée par la luminosité et la résolution du catadioptrique dès que vous le pousserez un tant soit peu à la limite de ses performances sur la Lune, les planètes ou les galaxies. A partir de 300 mm d'ouverture vous entrez dans la "cour des grands"... Quand on sait que certains amateurs sont "tombés" sur des numéros de série offrant vraiment une image exceptionnelle, je choisis le "cata" sans hésiter, et un jour, si nécessaire je pourrai toujours utiliser l'apochromate comme astrographe ☺.

Bonne chance et faites le bon choix !

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