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Les voyageurs temporels et l'effet Mandela

Illustration de ce que William Taylor prétend avoir vu lors de son voyage temporel en 8973. Document ApexTV.

Des cas pathologiques

Comme en mathématique, en médecine un cas pathologique désigne un sujet d'étude qui s'oppose à l'intuition que l'on a de la situation générale. Si le bon sens n'est pas apprécié des scientifiques qui préfèrent se baser sur des méthodes plus rigoureuses, c'est parfois l'ultime méthode exploitable en science humaine lorsque l'évènement ne peut pas être mesuré objectivement mais uniquement analysé sur base du sens critique.

Par exemple, une allégation ou un évènement qu'on ne peut pas vérifier ou valider, un état physique ou psychologique qui défie la logique, bref quelque chose de "bizarre" pour ne pas dire incohérent et illogique peut relever de la psychanalyse. On trouve notamment ce genre de cas en ufologie chez les soi-disant enlevés par les extraterrestres (voir fin de page) et chez les personnes souffrant de maladies mentales (cf. les schizophrènes). On y reviendra.

Les personnes prétendant être des voyageurs explorant le temps font partie de ces cas pathologiques mais rares sont ceux souffrant de réelle maladie mentale handicapante. Depuis peu, on les range également parmi les victimes de l'effet Mandela.

L'effet Mandela

L'effet Mandela est un phénomène décrivant une fausse croyance ou un faux souvenir partagé par un certain nombre de personnes. Le terme fut inventé par l'auteure et blogueuse Fiona Broome passionnée par les phénomènes paranormaux et en particulier par les fantômes et les maisons hantées (cf. ses livres), qui était persuadée que Nelson Mandela était mort en prison, alors que ce n'était pas le cas. Elle réalisa un jour qu'elle n'était pas la seule à le croire.

Dans sa rubrique "Daily Crossword Column" dédiée aux définitions de mots croisés, en 2019 le journal "The New York Time" définit l'effet Mandela comme "un raffinement récent de la fausse mémoire qui fait généralement référence à la culture pop ou à des références à l'actualité". En bref, une personne se souvient de choses ou d'évènements qui ne correspondent pas à la réalité ou aux documents historiques.

On a proposé diverses explications à ce comportement. On a suggéré que c'est un effet lié aux intervalles de temps entre les évènements ou principe de détection de la divergence : plus un souvenir est ancien, plus la mémoire de l'évènement s'efface et moins on distingue la différence entre le souvenir et la véritable information. Selon cette théorie, les faux souvenirs peuvent être "contagieux" dans le sens où ils ont un caractère collectif. Une personne peut évoquer un souvenir que d'autres vont s'approprier malgré son anachronisme, ses incohérences ou ses erreurs. Finalement, les détails du récit sont tellement estompés que ces autres personnes sont persuadées d'avoir vécu cet évènement.

Selon une autre théorie, c'est la conséquence d'une dissonance cognitive. Lorsqu'une personne reçoit une information incompatible avec ses croyances, elle trouve une échappatoire acceptable qui lui permet de renforcer sa croyance initiale.

Enfin, selon d'autres théories carrément spéculatives, notre mémoire serait capable de naviguer entre plusieurs réalités (cf. la théorie des univers multiples).

Pour illustrer l'effet Mandela, nous allons décrire plusieurs cas pathologiques de soi-disant voyageurs temporels (ou spatiaux-temporels pour être précis).

Le cas de William Taylor

En 2018, le britannique William Taylor envoya une vidéo à ApexTV, une chaîne américaine connue pour ses reportages sur les sujets paranormaux, y compris les OVNI et les voyages spatiaux-temporels "dont personne d'autre ne veut parler" comme le précise sa page Internet. ApexTV diffusa la vidéo sur YouTube (voir plus bas).

Dans cette vidéo qui dure environ un quart d'heure, Taylor lit un texte dans lequel il prétend avoir utilisé une machine à explorer le temps dans le cadre d'un programme secret du gouvernement britannique. Il dit avoir effectué un voyage dans le temps jusqu'en l'an 8973 et vu des cyborgs avec lesquels il discuta... Son récit fut repris par de nombreux médias dont le webzine "The Mirror".

Dans cette vidéo Taylor déclare sérieusement : "Il est temps que tout soit enfin clair, il est temps de dire la vérité au public. Il est temps de dire, à quiconque regarde dehors, la vérité. [...] J'ai travaillé pour le gouvernement britannique. Je regrette vraiment de ne pas avoir dit à ma famille ce que j'ai fait. Je vis dans le mensonge depuis longtemps. Il existe de nombreuses technologies avancées qui sont tenues secrètes. Ils vont me suivre pour avoir fait cette vidéo. Je m'expose à un grand risque en disant la vérité".

Taylor affirme qu'il était un "employé subalterne de la British Intelligence Agency" au début des années 2000. Or à part les services de renseignements du SIS (MI6), du MI5 et du GCHQ, il n'existe pas de telle organisation. Soit. Taylor profita de leurs services pour effectuer des voyage dans le temps "de ses propres yeux". Il déclare que voyager dans le temps n'est pas un phénomène nouveau, et que le premier fut déjà effectué en 1981 avec succès.

William Taylor en 2018 racontant sa prétendue expérience des voyages temporels pour le compte d'une agence de renseignement britannique... qui n'existe pas.

Taylor déclare qu'il fut envoyé dans le futur à plusieurs reprises pour en savoir plus sur l'avenir. Il raconte que "Les humains étaient partis et ils avaient été remplacés par des hybrides humains-robots, mais la Terre existait toujours, et c'est l'une des nombreuses planètes que ces êtres ont colonisées pour tenter de trouver plus d'espace. Il existe un nombre infini d'univers, et il est possible de se déplacer librement entre ces univers. Nous avons développé une machine qui permettait non seulement de voyager dans le temps, mais aussi de se déplacer entre ces univers parallèles".

Selon Taylor en 2005, "Ils m'ont mis dans une machine, qui était une petite sphère, avec assez d'espace pour une personne. La sphère n'avait que quatre pouces d'épaisseur et était faite de plomb pour se protéger des radiations liées à ce processus. J'ai été envoyé vers l'an 3000. Nous ne savions pas si la civilisation humaine serait encore présente, mais nous avons pris un risque".

Quand il se réveilla, "j'étais toujours à l'intérieur de la machine sphérique, mais à travers la fenêtre de la machine j'ai vu un ciel rouge. J'ai ouvert la trappe, et je suis sorti. C'était au milieu d'une grande ville couverte de smog probablement dû à la pollution. Il y avait de très grands bâtiments, mais personne ne semblait être au niveau du sol. J'ai levé les yeux et j'ai vu un moyen de transport voler à des centaines de mètres au-dessus de moi".

Taylor dit ensuite avoir perdu connaissance pour une durée inconnue. "Les scientifiques ont dit que je n'étais parti que quelques secondes alors que j'ai passé plusieurs minutes dans le futur".

A son retour, "les scientifiques m'ont expliqué comment tout fonctionnait exactement. Il s'avère qu'à chaque instant qui passe nous, les humains, voyageons en fait dans un autre univers dans lequel les choses sont légèrement différentes. Donc, un seul univers n'est en fait qu'un moment figé dans le temps et certains univers sont liés entre eux pour former ce que nous appelons une chronologie".

Taylor prétend que "la façon dont ils me l'ont expliqué était que nous vivons dans une simulation".

Taylor évoque aussi d'autres expériences secrètes au caractère nettement moins éthique : "Maintenant, ces derniers temps, de nombreuses personnes ont signalé des cas où elles se souviennent de quelque chose. Tout cela est dû aux expériences menées ces dernières années par les principaux gouvernements du monde entier. Il y a eu des tentatives pour déplacer le monde entier vers une autre chronologie et pour changer certaines choses. Cela est dû à des raisons politiques, économiques et psychologiques".

Il explique ensuite la raison pour laquelle cette technologie existe : "Il y eu des dissimulations d'un certain nombre d'engins spatiaux extraterrestres accidentés. Nous avons pu faire du reverse engineering sur certains de ces engins et nous avons découvert qu'ils contenaient la technologie de pointe nécessaire pour voyager dans le temps entre les dimensions et devenir également invisible".

A voir : Time Traveler Who Went to 8973 Explains The Mandela Effect, ApexTV

William Taylor prétend avoir voyagé dans le futur pour le compte de la British Intelligence Agency

Time traveller' who 'went to year 8973 and met telepathic robots' PASSES lie detector test

William Taylor passe un test au détecteur de mensonges

Avant d'être "libérée" de la British Intelligence Agency, Taylor déclare avoir effectué un dernier voyage jusqu'en l'an 8973, car "les calculs suggéraient que ce serait le moment où les humains et la technologie fusionneraient complètement en un seul".

Taylor décrit son impression arrivé à destination : "J'ai vu la lumière pénétrer à travers la fenêtre de la machine à remonter le temps. C'était très lumineux. J'ai regardé en bas et j'ai vu de l'herbe verte et, au-dessus, un ciel bleu. J'avais l'impression d'être dans un parc avec des arbres".

Il déclare que les extraterrestres "avaient l'air différents", qu'ils étaient grands et minces, avec "des têtes et des yeux anormalement grands" et des "petites bouches".

Il avait aussi approché un groupe d'extraterrestres et leur avait demandé en quelle année il était. Il déclara : "Une femme a répondu ‘Vous êtes en l’an 8793’. Tout le monde avait l'impression que c'était tout à fait normal qu'ils viennent de rencontrer un voyageur temporel. Je leur ai dit que c'était l'année 2005 et ils semblaient tous complètement déphasés".

NB. On ne sait pas si Taylor s'est trompé en citant l'année 8793 alors qu'il avait déclaré avoir été envoyé en 8973.

Taylor explique ensuite que le groupe lui avait dit qu'ils n'étaient pas des humains, mais une combinaison d'humains et de robots immortels. Ils semblaient être des "descendants" d'êtres humains qui pouvaient communiquer par télépathie. Malgré cela, Taylor prétend qu'il a pu leur parler en anglais. Il ajouta : "Il n'y avait pas de maladies, pas de crime, pas de conflits, pas de pauvreté, il y avait un remède à chaque problème, tout était parfait. J'étais dans une utopie" et il ne voulait pas quitter cet endroit.

Taylor affirme également avoir rencontré un autre voyageur de l'année 2055. Lorsque Taylor est finalement revenu en 2005, il prétend que les nombreuses photos qu'il avait prises furent immédiatement confisquées par le gouvernement.

Enfin, Taylor déclare que le gouvernement dispose de nombreuses technologies de pointe qui sont tenues secrètes, mais admet qu'une partie de celles-ci, y compris le voyage dans le temps sera rendue publique en 2028, mais jusque-là, il est convenu que les gens ne connaitront pas la vérité (sic!).

Questions ouvertes

Si cela en valait la peine, voici quelques questions qu'on pourrait adresser à William Taylor :

Pourquoi avez-vous besoin de lire un compte-rendu pour raconter votre aventure si vous l'avez vraiment vécue ? Quelle est la date correcte du dernier voyage : 8793 ou 8973 ? Pourquoi personne ne connaît la British Intelligence Agency ? Comment cela se fait-il que vos contacts extraterrestres connaissent le calendrier humain et parlaient anglais ? La British Intelligence Agency leur aurait-elle transmis des informations sans l'approbation de l'ONU et en violation du protocole lié à la détection et au contact avec une vie intelligente extraterrestre ? Comment saviez-vous qu'un de vos contacts était une "femme" ? Pourquoi n'avez-vous pas transmis ce que vous savez sur ce mode de transport à l'ESA ou à la NASA ? Pensez-vous que vous êtes un lanceur d'alerte ? Bref, pourquoi devrions-nous vous croire ?

Ceci dit rassurons William Taylor : la population humaine n'a pas encore disparu dans une autre dimension !

On pourrait aussi demander à Taylor ce qu'il pense des films "Contact" de Robert Zemeckis (1997) basé sur le roman de Carl Sagan et de "Terminator" de James Cameron (1985) qui abordent un thème similaire. On peut aussi se demander si Taylor n'a pas surconsommé les séries TV sur les voyages temporels ("Deep Space 9", "Terminator", "Continuum", "Sliders", "Doctor Who", etc). Ou s'il n'aurait pas lu le livre "City at World's End" d'Edmond Hamilton publié en 1951 et traduit par "La ville sous globe" en 1952. Dans ce livre l'auteur raconte avec talent comment, suite à une explosion atomique, tous les habitants d'une petite ville sont soudainement transportés à des millions d'années dans le futur sur une terre agonisante, sur laquelle ils découvrent une ville sous globe.

Disons-le clairement, William Taylor est soit cinglé et un psychiatre doit le prendre en charge soit c'est un lanceur d'alerte qu'il faudra protéger jusqu'en 2028. Car s'il prétend que le gouvernement britannique veut "déplacer tout le monde" vers une autre époque, ça craint !

Mais si un jour il lui venait l'envie d'écrire un livre sur ses aventures spatio-temporelles, il est certain qu'il aurait du succès auprès des complotistes et son livre sera peut-être adapté au cinéma dans une suite de "The Time Tunnel" ou de "Stargate SG-1" !

Mais ce n'est pas la seule personne prétendant avoir voyagé dans le temps comme le héros du film "Contact" ou "Terminator"...

Le cas de Bryant Johnson

Selon K2 Radio, le 2 octobre 2017 à 22h30, un certain Bryant Johnson de Casper Mountain, dans le Wyoming, s'est fait arrêté par la police en état d'ivresse sur la voie publique. Il dit à la police qu'il venait de l'année 2048 pour avertir les gens que des extraterrestres arriveraient bientôt. Il ajouta que les gens devraient quitter les lieux dès que possible.

Johnson présentait un taux d'alcoolémie de 0.136% soit près de 14 g d'alcool dans 10 litres de sang. Le seuil toléré étant fixé à 0.08%, il fut conduit au centre de détention du comté de Natrona.

Entre-temps, au cours de son interrogatoire, il expliqua à la police qu'il était capable de voyager dans le temps parce que son corps avait été rempli d'alcool par des extraterrestres ! Il affirma qu'il se tenait sur un "tapis géant" et qu'il avait ensuite été transporté jusqu'en 2017. Plus cocasse encore, Johnson prétendit qu'il devait atterrir en 2018 mais arriva 2017, peut être en raison de turbulences.

Selon la police, Johnson n'a pas précisé de date ni d'heure exacte pour l'arrivée des aliens et refusa de parler aux infirmières ou aux médecins. En revanche, il insista pour rencontrer le "président" de la ville.

Les agents ont déclaré que l'homme avait les yeux larmoyants et injectés de sang, des troubles de l'élocution et une odeur d'alcool. Avant l'arrestation, Johnson avait publié un certain nombre de photos d'extraterrestres sur sa page Facebook.

Il faudrait demander à Johnson s'il n'a pas vu le film "Planet of Apes" (La Planètes des Singes) de Franklin J. Schaffner sorti en 1968 basé sur la franchise de Pierre Boulle, car ici aussi c'est à cause d'une "turbulence" cosmique que l'équipage se retrouva à la mauvaise époque. Plus concrètement, comme il le suggéra lui-même, l'effet de l'alcool sur son système nerveux central l'a fortement affecté et il a peut-être aussi lu au premier degré voire au 8° degré l'article de Jack White intitulé "The Secret to Time Travel is In Your Beer" publié en 2016 ! Pour appuyer cet article, il existe une bière américaine nommée "Time Traveler".

Le cas de Noah

Noah est le nom d'emprunt d'un jeune homme qui accorda une interview à ApexTV en 2018. Selon le journaliste, "Noah n'est pas son vrai nom, et il insiste pour brouiller son visage et déformer sa voix pour se cacher des assassins qui pourraient le punir pour avoir révélé la "vérité". L'année dernière, il a même affirmé avoir réussi un test de détection de mensonges, insistant sur le fait qu'il était le vrai "deal" et non un fantasme de science-fiction". Ce test fit l'objet d'une vidéo publiée par le journal "The Sun" en 2018 toujours avide d'acualités à sensations.

Radiographie de la prétendue main de Noah contenant un implant destiné à faciliter les voyages temporels. Document Sun.

Noah dit qu'en "2018 il avait 17 ans" mais il prétend que son "temps naturel est l'année 2030. C'est l'année où sont ma famille et mes amis" mais il "s'est trouvé bloqué en 2019".

Noah déclare qu'il était lycéen lorsqu'il apprit des agents du gouvernement que le voyage dans le temps n'était plus de la science-fiction. Il fut recruté dans un programme top secret et a poursuivi une carrière en tant que voyageur temporel à temps plein, basé en 2030. Aujourd'hui, il est coincé dans la mauvaise année.

Bien qu'il dise avoir de la famille à notre époque, il prétend qu'ils ne connaîtraient pas ou ne reconnaîtraient pas la future version de lui-même.

Lors de son interview, le jeune homme nerveux était terrifié à l'idée que s'il ne faisait pas attention, il pourrait tomber sur une version antérieure de lui-même et provoquer un paradoxe qui pourrait déclencher une réaction en chaîne et changer le cours de l'avenir ou détruire le temps lui-même.

Il déclara : "Une version antérieure de moi existe en ce moment et il est actuellement au collège. Je dois rester loin de lui pour éviter de provoquer un paradoxe, car les résultats pourraient être profonds, d'après ce que je comprends".

Noah prétend qu'il peut prouver qu'il dit la vérité. Il dispose d'une radiographie qui, selon lui, montre un implant dans sa main qui l'aide à voyager dans le temps. Noah déclara : "Il a été implanté avant que je ne remonte le temps via une intervention chirurgicale. C'était indolore et cet appareil aide en fait à transporter tous les atomes de mon corps. Je ne suis pas un scientifique donc je ne connais pas les détails".

Mais Noah devrait savoir qu'une photo ne constitue pas une preuve car elle peut facilement êtretruquée. Et quand bien même la main contiendrait un implant, il doit encore prouver que la radiographie est celle de sa main gauche, on ignore la fonction éventuelle de l'objet et à quelle date l'opération fut effectuée. Il faudrait donc croire Noah sur parole alors que son degré de crédibilité est très faible.

Vu la crainte que lui inspire apparemment les paradoxes temporels, on pourrait demander à Noah combien de fois il a vu le film "Back to the Future" (Retour vers le Futur) de Robert Zemeckis sorti en 1985. S'il n'était pas né à cette époque et le vit à la télévision, il a dû s'en inspirer !

Mais qu'il se rassure, selon certaines études, il serait possible de voyager dans le temps sans déclencher de paradoxe.

A voir : The Truth About Noah The Time Traveler, ApexTV

Le cas de Clara

Dans une autre vidéo présentée ci-dessous, une femme prénommée "Clara" mais qui resta anonyme prétend qu'elle travailla pour l'armée d'un pays qu'elle refuse de citer "pour éviter d'avoir des problèmes". Notons que vu les détails de son récit et ses références au pouvoir de l'armée et son "bad english", on peut imaginer qu'elle serait chinoise ou japonaise voire israélienne, mais ce n'est pas important.

Clara prétend que son pays a développé une technologie permettant de voyager dans le temps. Elle explique que "notre armée a voyagé [dans le futur] depuis longtemps. Cela peut vous sembler être une fantaisie. Mais je vous assure que c'est déjà une technologie utilisée de nos jours dans les recherches militaires. L'objectif était  de divulguer et de trouver de nouvelles armes et des techniques particulières à usage militaire qui ferait de notre base technologique la meilleure de cette planète".

Clara prétend qu'en 2000, elle effectua son premier voyage temporel vers l'année 3780. Une seule personne n'a pu revenir car il y avait "une guerre entre les humains et les robots. A la différence de nos robots qui par exemple effectuent des tâches ordinaires comme servir le café, ces robots ont un intellect artificiel et sont capables de prendre des décisions. Donc, les robots ont compris qu'ils pouvaient facilement vaincre les gens et lancer une guerre dont le vainqueur [posséderait] le monde entier. Le nom de notre opération était Rat parce que je devais entrer dans un endroit secret comme les rats et emporter ce qu'on nous avait ordonné de prendre".

Après avoir détaillé ses faits d'armes durant cette "horrible guerre" qui tua notamment un ami soldat, Clara précise que "les créatures sont plus grandes que les gens [les humains]. Leur mémoire est supérieure à la nôtre car nous traitons nos informations séparément de notre cerveau, mais ils ont quelque chose comme un disque dur où ils peuvent télécharger les informations qu'ils obtiennent sur le monde".

Clara dit avoir rejoint le bunker "Alpha" qui abrite "environ 4000 personnes", où elle fut invitée avec ses collègues et rencontra un certain "Jack, le leader d'Alpha". Elle discuta avec lui et fut ensuite conduite "dans une pièce où six robots avaient été accrochés au mur. Leur tête était blessée. Jack dit que c'était parce qu'ils avaient détruit cet objectif qui établissait la connexion avec le centre. Tous les robots présentaient des dommages".

Clara explique qu'elle devait revenir en 2000 et décrit "le processus de notre retour". Bien que son explication soit confuse, elle dit qu'elle portait "des ceintures autour du cou qui étaient responsables de notre retour. Donc nous avons allumé les gadgets et apparurent ceux dans notre fuseau horaire en l'an 2000". Avant de partir, le commandant leur "dit seulement une chose : pas de retour sans le skin", une "peau", en fait un artefact leur permettant de voyager dans le temps qu'elle présentera un peu plus tard.

Clara déclare : "J'étais juste un outil qu'ils ont utilisé dans ce type d'opération pour atteindre leur objectif. On nous a dit qu'il prouverait que l'intellect artificiel est un pure danger pour l'humanité. Maintenant vous pouvez me poser une question raisonnable. Où sont ces preuves ? Parce que 18 années sont passées, et personne d'entre nous en a entendu parlé. Et je pense que ce skin fut utilisé par l'humanité [comme] des armes dangereuses".

Un peu plus tard, elle précise que "[Jack] savait que les gens n'utiliseraient pas ce skin de la bonne manière, et que c'est la raison pour laquelle il me donna le deuxième [exemplaire], que je devrais donner à une personne qui l'examinerait. Oui, il l'examinerait et ferait tout pour sauver notre monde de l'apocalypse".

Finalement, Clara sort de sous la table un petit objet qu'elle présente à la caméra : "Voici le skin" présenté ci-dessous. Mais elle n'explique pas comment fonctionne ce "skin". Elle déclare : "C'est le jour, et j'ai attendu 18 ans. 18 ans d'attente pour que les chefs perdent ma trace. Après cette mission, j'ai quitté le service militaire et vécu dans six pays différents. Il y a deux semaines, j'ai parlé à un scientifiques dont je dois garder le nom secret [...] et je lui ai donné le skin pour examen". On n'en saura pas plus, quoique.

A voir : La "Time traveler" l'a ramenée de l'an 3780, ApexTV

Cette soi-disant voyageuse temporelle présente un échantillon de "skin", la technologie qu'elle utilisa pour revenir de l'an 3780... Mais c'est un microprocesseur Intel Core 2 !? Document ApexTV

A y regarder de près, son "skin" est... un microprocesseur Intel Core 2 Duo T7700, un CPU fabriqué par Intel en technologie 65 nm en 2007 pour les ordinateurs portables ! Si Intel avait su quel usage cette femme en ferait, Gordon Moore serait passé directement à la génération 3780 des CPU que possèdent sans doute les robots de cette époque ! Mais Moore n'appartenait sans doute pas au même pays que l'armée pour laquelle travailla Clara ! Certes, l'ordinateur du LEM d'Apollo 11 utilisait un processeur cadencé à 0.043 MHz et une mémoire de 32 KB ROM et 2 KB RAM pour se poser sur la Lune mais même avec un Intel de 2.4 GHz avec 4 MB de mémoire Cache tournant à peine moins vite que celui d'un iPhone, il sera difficile de gérer en temps réel tous les paramètres biologiques et de vol nécessaires à un voyage temporel !

Mais si Clara effectua sa première mission temporelle en 2000, comment a-t-elle pu utiliser une technologie inventée en 2007 ? C'est évident ! Elle n'en dit rien mais un collègue fit d'abord un saut en 2007 pour récupérer le CPU, pardon le skin, puis revint en 2000 où Clara accomplit sa mission en 3780. Bien sûr. En fait, cela ferait un bon scénario pour une suite à "Retour vers le futur" !

Autres cas

Sur le plan psychiatrique, il y a d'autres cas intéressants comme celui de cet homme qui prétend avoir voyagé 60 millions d'années dans le passé et avoir vu de vrais dinosaures. N'aurait-il pas lu la nouvelle "A Sound of Thunder" (Un coup de Tonnerre) de Ray Bradbury publiée dans la revue "Collier's" en 1952 (et en français en 1956/1999) qui évoque précisément ce genre d'aventure ? On y reviendra (cf. l'insert dans l'article Et si le temps n'existait pas ?).

Entre 2014 et 2019, ApexTV interviewa 28 personnes prétendant voyager dans le temps dont les récits et les photos sont publiés sur son site Internet et sa page Facebook.

Si certains auteurs font preuve d'imagination à défaut de crédibilité, en général leur récit est très approximatif et confus. Ceux de Taylor et Clara n'y dérogent pas. Certaines "preuves" comme des photos ou des objets prêtent souvent à sourire et il faut un esprit très ouvert et beaucoup de compréhension pour rester sérieux. Autrement dit, il faut vraiment être naïf ou un imbécile, c'est-à-dire dépourvu d'intelligence, pour y croire !

Après le cas de Bob Lazar qui prétendit avoir étudié au MIT et travaillé sur un réacteur à antimatière dans la Zone 51 alors qu'il s'avéra qu'il avait tout inventé, on peut raisonnablement proposer à William Taylor, Bryant Johnson, Noah et Clara de se ranger à ses côtés, dans la même aile psychiatrique !

Des légendes urbaines

En fait, ces témoignages tombent dans la catégorie des légendes urbaines. Même un esprit cartésien et scientifique peut y croire une minute mais son sens critique reviendra vite le raisonner pour dénoncer le canular. Les légendes urbaines sont des récits généralement basés sur un détail concret mais enjolivé ou déformé et complété de faits imaginaires pour constituer une histoire qui se propage de bouche à oreille et, ces dernières décennies, via Internet. Le fait que personne ne puisse identifier la source et authentifier l'histoire supporte l'idée qu'il s'agit vraisemblablement d'une légende urbaine. A ne pas confondre avec les légendes classiques inventées pour comprendre un phénomène et les mythes destinés aux croyants.

Le voyage mental dans le temps

Enfin, chacun a sans doute fait un jour l'expérience du voyage temporel. En effet, il nous arrive de nous projeter dans le futur ou dans le passé pour anticiper un évènement ou imaginer une situation. Nous savons instinctivement ordonner chronologiquement les souvenirs que nous avons mémorisés mais ce n'est que très récemment que les chercheurs ont découvert que c'est l'hippocampe qui classe ces informations par époque et pourquoi elles sont mémorisées chronologiquement (cf. L.Reddy et al., 2021).

Si apparemment cette faculté de voyager mentalement dans le temps n'a pas de lien avec les récits des voyageurs temporels, les psychiatres (qui sont des médecins) et les psychologues peuvent y voir un lien chez les patients souffrant de désordre mental, par exemple chez les schizophrènes évoqués en introduction qui présentent des troubles mentaux complexes (de la pensée, des perceptions, des émotions, du sentiment de soi et du comportement).

Des études ont également montré que les rêves lucides et la paralysie du sommeil peuvent déclencher des sensations que le sujet considèrent comme réelles, lui donnant par exemple la conviction d'avoir vu ou été physiquement enlevé par des extraterrestres (cf. les fameuses abductions). A ce jeu des rêves et des hallucinations, notre cerveau est passé maître à notre insu !

Mais revers de ces "rencontres" nocturnes et de cette capacité de se souvenir du passé et d'imaginer l'avenir, chez certaines personnes cela peut affecter de manière significative leurs prises de décisions au quotidien voire être les symptômes de troubles mentaux.

Le fait d'avoir la capacité de penser au passé, au présent et à l'avenir est appelée la "chronesthésie" ou voyage mental dans le temps. Les biologistes et les neurologues ne savent pas encore précisément quelles parties du cortex sont responsables de ces expériences conscientes. C'est pour mieux comprendre ces phénomènes que des chercheurs utilisent l'IRMf (l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) pour localiser et étudier les "corrélats neuronaux" de la conscience, c'est-à-dire les processus neurologiques impliqués lors d'une expérience consciente particulière, en l'occurrence ceux liés au voyage mental dans le temps afin de mieux comprendre la nature du temps mental dans lequel se produit ce "voyage" métaphorique. Les articles listés ci-dessous abordent ce sujet.

Pour plus d'informations

Sur le voyage temporel

ApexTV : site Internet, page Facebook

Et si le temps n'existait pas ? (cf. page 2 l'insert sur "A Sound of Thunder")

Les modèles d'univers

Voyage au centre d'un trou de ver

Fabication d'un trou de ver

Les rêves lucides et la paralysie du sommeil (OVNI)

Time travel claims and urban legends, Wikipedia (informel)

Articles sur le voyage mental dans le temps

En français

Pourquoi le cerveau enregistre-t-il nos souvenirs dans l'ordre chronologique ?, Numérama, 2021

Le voyage mental dans le temps : mémoire et projection dans le futur, A.d'Argembeau, French Journal of Psychiatry, 1, Supplement, Page S (2018)

Le présent "refiguré" par le passé : trois stratégies narratives de recomposition du présent dans la science-fiction, Jean-Loup Héraud

En anglais

Mental time travel’ is one of many imaginative ways we can cope with the pandemic, Anna-Lisa Cohen, The Washington Post, 2021

Human Hippocampal Neurons Track Moments in a Sequence of Events, Leila Reddy et al., Journal of Neuroscience, 41 (31), pp. 6714-6725 (2021)

Mental Time Travel? A Neurocognitive Model of Event Simulation, Donna Rose Addis, Review of Philosophy and Psychology, 11, pp. 233–259 (2020)

The Complex Role of Mental Time Travel in Depressive and Anxiety Disorders: An Ensemble Perspective, Ronald T. Kellogg et al., Frontiers in Psychology, 2020

A neuroanatomical account of mental time travelling in schizophrenia: A meta-analysis of functional and structural neuroimaging data, Giorgia Abete Fornara et al., Neurosci Biobehav Rev., 80, pp. 211-222 (September 2017)

The Science of Mental Time Travel and Why Our Ability to Imagine the Future Is Essential to Our Humanity, Maria Popova, Brainpicking.org, 2014

Back or to the future? Preferences of time travelers, Florence Ettlin et Ralph Hertwig, Judgment and Decision Making, 7, 4, pp. 373-382 (2012)

Is Hippocampus Sometimes a Time Traveler?, Joan Arehart-treichel, Psychiatric News, 2010

Scientists find evidence for 'chronesthesia,' or mental time travel, Lisa Zyga, Medical Xpress, 2010

Mental time travel and the shaping of the human mind, Thomas Suddendorf et al., Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci., 364(1521), pp. 1317–1324 (2009)

What makes mental time travel possible?, Bridget Murray, Monitor of Psychology, 34, 9 (2003).

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