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L'astronautique

Le chimpanzé Ham après son vol suborbital en 1961 fit la manchette des journaux. D.R.

Les programmes spatiaux (III)

En 1958, la NASA inaugura le programme Mercury dont le but était de placer une capsule habitée sur orbite, de se familiariser avec les manoeuvres orbitales et de s'assurer qu'on pouvait récupérer un homme et un vaisseau en toute sécurité en orbite, dixit la NASA.

Après avoir connu quelques échecs au décollage puis lancé des plantes, la NASA décida de réaliser quelques vols d'essais suborbitaux (à plus de 100 km d'altitude mais pas assez rapide pour les placer sur orbite) avec des singes dont Ham que l'on voit ci-dessous. Sélectionné parmi 40 candidats simiesques, Ham effectua un vol suborbital le 31 janvier 1961 qui dura 16 m 39 s dont 6 minutes de vol réel à 250 km d'altitude à bord d'une fusée Mercury-Redstore (MR-2). Il s'en porta à ravir. Ham vécut ensuite au Parc zoologique national de Washington puis au zoo de Caroline du Nord où il mourut le 19 janvier 1983 à 26 ans (à l'état sauvage un chimpanzé vit entre 13 et 33, rarement plus). Après avoir autopsié son corps, on envisagea de l'empailler mais face à la réaction négative du public, la dépouille de Ham fut enterrée mais son squelette fut conservé au Musée National de la Santé et de la Médecine (NMHM) situé au Maryland qui est un musée militaire. Notons que Ham inspira le personnage principal du film "Space Chimp" (2008) de Kirk DeMicco.

Après ce succès encourageant, la NASA poursuivit son programme en réalisant un second vol suborbital le 29 novembre 1961 avec le chimpanzé Enos. Trois orbites étaient planifiées mais suite à deux alertes de surchauffe de la capsule et une malfonction qui électrocuta 76 fois le pauvre singe, son vol fut écourté et Enos revint également sain et sauf sur Terre. Enzos mourut de dysentrie en 1962. Les médecins légistes n'ont pas trouvé de lien de cause à effet avec son vol spatial.

Rappelons que le 18 octobre 1963, les Français expédièrent à leur tour une chatte nommée Félicette dans l'espace à bord de la fusée Véronique lancée depuis l'Algérie. Elle effectua un vol suborbital jusqu'à 156 km d'altitude durant 15 minutes. Comme on le voit ci-dessous à droite, la pauvre chatte portait des électrodes implantées dans son crâne pour mesurer son activité cébréale ce qui permit notamment de la ramener sur Terre dans de bonnes conditions. Mais cette opération déplut au public et empêcha la chatte de devenir aussi célèbre que ses collègues américains. Malheureusement, cette première mission fut suivie par une seconde au cours de laquelle la seconde chatte dont le nom est inconnu mourut suite à l'explosion de la fusée à 11 km d'altitude. La France n'a pas fait grand bruit de cette malheureuse aventure qui est passablement méconnue du public. La France n'a plus renouvellé ce genre d'essai avant les projets de l'ESA. Toutefois, en 2017 Matthew Serge Guy s'est souvenu de cette aventure et a proposé de lever des fonds afin d'ériger à Paris une statue en bronze à Félicette. Plus de 1100 supporters ont déjà permis de récolter plus de 40000 £.

A voir : Félicette, first cat in space,

A gauche, le chimpanzé Ham semble tout à fait décontracté avant son vol suborbital. Au centre, Ham près à s'envoler à 250 km d'altitude le 31 janvier 1961 à bord d'une fusée Mercury-Redstone. A droite, la chatte Félicette du CNES qui vola à bord de la fusée française Véronique le 18 octobre 1963. Les Anglo-saxons l'ont surnommée "Asterocat". Notez les électodes implantées dans son crâne, une opération que le public n'a pas apprécié et explique pourquoi cette chatte n'est pas devenue célèbre. Documents AP et CNES.

A présent que les médecins et les ingénieurs étaient certains que l'homme pouvait survivre dans une capsule envoyée dans l'espace, la NASA entama ses vols habités, entendons embarquant des astronautes humains.

A l'époque, la NASA n'avait pas prévu d'installer d'ordinateur à bord des capsules habitées, le vol étant totalement automatisé. Toutefois, John Glenn demanda aux ingénieurs d'installer une commande manuelle, ce qui fut fait. Le 20 février 1962, soit plus d'un an après les Russes, l'Amérique put enfin s'enorgueillir d'avoir lancé une capsule habitée autour de la Terre. C'est le vol historique de John Glenn à bord de Friendship 7.

A partir de ce moment, les ingénieurs furent capables de fabriquer des ordinateurs très compacts, en témoigne ce prototype d'ordinateur portable fabriqué à des fins de démonstration par le physicien John Mauchly, l'un des inventeurs de l'ENIAC, et présenté le 2 novembre 1962.

A consulter : The History of Mercury 6 (le vol de John Glenn)

A écouter : Enregistrements audios de la NASA, SoundCloud

Enregistrement du vol de John Glenn

durant la mission Friendship 7

(capsule Mercury) le 20 février 1962

Enregistrement Air-Ground par la NASA (.RAM de 6 MB)

L+00:02:00 à L+00:46:03

L+00:46:03 à L+01:33:44

L+04:43:00 à l'atterrissage

Fin 1962, la NASA lança le programme Gemini et dorénavant toutes les capsules et autres modules habités furent équipés d'un ordinateur. Le but du programme était de maîtriser un vol spatial durant au moins deux semaines, de maîtriser toutes les manoeuvres des rendez-vous orbitaux et d'avoir une parfaite maîtrise de la rentrée atmosphérique et de l'amerrissage.

C'est durant ce programme que Neil Armstrong (Gemini 8) apprit à maîtriser les rendez-vous spatiaux et que Buzz Aldrin (Gemini 12) s'aventura dans la vide au cours d'une EVA de 21 minutes.

Entre 1960 et 1965, la NASA envoya 9 sondes Ranger vers la Lune mais 3 seulement réussirent à transmettre des images. Elle eut plus de succès avec les missions Surveyor 1 et Lunar Orbiter 1 qui se posèrent sur la Lune en 1966 en vue de la préparation des futurs alunissages des vols habités.

Précisons que c'est grâce à l'expérience acquise avec Surveyor 1 dont voici le rapport des résultats scientifiques (241 MB) que la NASA et le JPL peuvent aujourd'hui contrôler à des centaines de millions de kilomètres de distance et faire atterrir en douceur et à un endroit précis une sonde spatiale sur un autre corps céleste et en particulier sur Mars.

A voir : Sortie d'Alexei Leonov dans l'espace le 18 mars 1965 (en couleur)

Première EVA d'un homme dans l'espace, il y a plus de 50 ans.

A gauche, Neil Armstrong en combinaison pressurisée au commande d'un X-15 au centre Dryden de la NASA en 1961, un an avant d'incorporer le corps des astronautes. Armstrong vola sur plus de 200 types d'avions différents, allant de l'hélicoptère au jet en passant par le planeur et la fusée. A gauche du centre, Edward E. White photographié par James McDivitt le 5 juin 1965 au cours de ses 21 minutes d'EVA durant la mission Gemini-Titan 4. A droite du centre, rendez-vous orbital entre le vaisseau inhabité Agena et Gemini 8 pilotée par Neil A.Armstrong et David I. Scoot le 16 mars 1966. Armstrong eut le bon réflexe d'écourter la mission suite à une mise en auto-rotation (40 rpm) du vaisseau. A droite, EVA de Buzz Aldrin lors de la mission Gemini 12 le 11 novembre 1966. Documents NIX.

Rassurée par ces succès, en 1967 la NASA inaugura son ambitieux programme Apollo dont l'objectif était d'assurer la suprématie des Etats-Unis dans l'espace, d'effectuer un programme d'exploration scientifique de la Lune et de développer les capacités de l'homme à travailler sur la Lune.

La NASA connaîtra un accident fatal le 27 janvier 1967 au cours d'un exercice au sol. Alors que l'équipage d'Apollo 1 était installé dans la fusée Saturn V, sur le pad de tir, toute liaison avec l'extérieur étant coupée et la capsule scellée, un court-circuit se produisit sous le siège des astronautes provoquant un incendie. La capsule étant alimentée en oxygène pur sous pression, les trois astronautes Virgil Grissom, Edward White et Roger Chaffee périrent en quelques secondes.

Suite à cet accident tragique, tous les vol furent reportés jusqu'en 1968. La sécurité fut revue, les combinaisons pressurisées furent améliorées et l'oxygène pur fut remplacé par un mélange d'azote et d'oxygène dans un rapport 60/40.

Il y eut ensuite 5 vols préparatoires dont celui d'Apollo 8 qui atteignit l'orbite lunaire en 1968.

Les progrès étant manifestes au fil des années, le budget de la NASA monta exponentiellement jusqu'en 1964 en suivant la courbe croissante du nombre de ses contractants.

En 1966, sous la nouvelle Administration Johnson, le budget annuel de la NASA qui avait décuplé depuis 1960 atteignit le montant record de 5.9 milliards de dollars (44 milliards de dollars actualisés) soit 0.4 % du budget fédéral, soit proportionellement plus de 4 fois supérieur au montant d'aujourd'hui ! L'agence rassemblait plus de 400000 employés et contractants ! Personne n'aurait imaginé qu'une démocratie, aussi grande fut-elle, aurait pu investir autant d'argent à des seules fins... politiques.

A voir : A la conquête de la Lune (1962-1968)

Evolution des ressources de la NASA entre 1960 et 1973

En moyenne, le programme Apollo représenta 39 % du budget de la NASA soit 16.4 milliards de dollars sur un budget total de 41.7 milliards de dollars fin 1973. En 1967, le budget Apollo représentait un chiffre record de 69.8 % du budget de la NASA avec 2.9 milliards de dollars de l'époque.

Le rôle de l'informatique devint prépondérant. Déjà à cette époque tous les moyens techniques de surveillance et de contrôle, les simulations, le contrôle des paramètres de vol, le monitoring des paramètres vitaux, la télémétrie, sans oublier le pilotage automatique, bref toute la technologie embarquée reposait sur l'informatique. Les systèmes informatiques de la NASA occupaient une plate-forme de plusieurs centaines de mètres carrés. Pourtant, comparée à la puissance des ordinateurs modernes, toute cette installation n'était pas plus puissante qu'un ordinateur portable d'aujourd'hui !

La fabuleuse aventure lunaire se concrétisa finalement pour les Etats-Unis entre 1968 et 1972, culminant la nuit du 20 au 21 juillet 1969 avec le débarquement de l'homme sur la Lune ! Flashback sur la plus grande aventure du XXe siècle que personne n'a oublié.

La mission Apollo 11

La mission Apollo 11 débuta le 16 juillet 1969, il y a plus de 45 ans. Quand plus tard les trois astronautes Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins  relatèrent leur aventure, ils avouèrent qu'ils avaient peu dormi la veille du décollage. Sous un calme apparent, devant les responsabilités et la complexité de la mission, sans parler des nombreux risques que présentait cette mission - ils avaient 60 % de chances de réussir ! - , leur adréaline les avait empêché de dormir et d'être vraiment frais et dispo pour cette mission historique. Mais ce n'était pas la première fois qu'ils embarquaient dans une fusée et prirent les choses avec relativisme et un certain optimisme tout en étant très concentrés sur leur mission.

L'équipage d'Apollo 11. De gauche à droite, le commandant de bord Neil Armstrong, le Lt Col Michael Collins et le Col Edwin Aldrin. Doc NIX.

Neil Armstrong, ingénieur en aérospatiale de formation, fut pilote de l'US Navy avant de devenir pilote d'essai pour la NASA. Il avait notamment piloté le X-15 et c'était longuement entraîné à piloter le module lunaire (le LEM baptisé "Eagle") dont il connaissait également les faiblesses pour avoir échappé de justesse à un crash.

Armstrong était commandant de bord sur la mission Apollo 11 et le seul civil de la mission. Buzz Aldrin était le pilote du LEM et Michael Collins pilote du module de commande.

Le programme était tellement serré que les trois astronautes embarquèrent à bord de la capsule Apollo alors que les réservoirs de la fusée Saturn V étaient encore en cours de remplissage avec tous les risques que cela comportait.

Après quelques heures d'attente dans une position assez inconfortable au sommet de la fusée, les astronautes reçurent enfin le Go du CapCom.

Le 16 juillet 1969 à 8h32 locale (14h32 à Paris), la fusée Saturn V décolla de Cap Kennedy emportant à son bord les trois astronautes à destination de la Lune. Rien que d'y penser, c'était de la science-fiction. Et pourtant, ils étaient là tous les trois en train de réaliser un rêve apparemment impossible !

La fusée Saturn V est la plus grande et la plus puissante que l'homme ait jamais construite. Elle mesure 120 mètres de hauteur et pèse plus de 3000 tonnes en pleine charge, cent fois plus que celle utilisée par John Glenn et génère une poussée de près de 34 MN soit 3.47 kt, équivalente à 220 millions de chevaux-vapeurs (bien que la comparaison soit inexacte car la fusée n'a pas de moteur à piston) ! Par comparaison la fusée Ariane V développe au décollage une poussée maximale de 14.4 MN ou 1.46 kt soit 2.3 fois inférieure (mais on ne lui demande pas d'aller sur la Lune). La puissance de la fusée Saturn V équivaut à celle des turbines d'environ 475 Airbus A480 démarrant ensemble !

Dans un vacarme infernal et un nuage de fumée, la fusée s'arracha lentement à l'attraction terrestre. Une minute plus tard, à 13 km d'altitude et à 3000 km/h, l'équipage subit une accélération de 4.5 g et des vibrations inimaginables.

A voir : Apollo 11 Launch - version HD

Apollo 11 Launch, NBC NEWS TV, 1969

Ils ont marché sur la Lune, ORTF, 1969

A gauche, Neil Armstrong "dans sa bulle" au sens propre quelques heures avant le lancement de la fusée Saturn V en 1969. Ce n'était plus l'heure de rigoler. En effet, vu les risques de la mission - 60 % de chance de réussir  sans tenir compte des caprices éventuels du LEM qu'il avait lui-même testé et les bugs des systèmes informatiques (et il y en eut) - la plus grande concentration était requise. Au centre, le célèbre badge que portait l'équipage sur sa combinaison spatiale A-7L (la blanche portée sur la Lune) et leur combinaison bleue (au retour, pendant la quarantaine). A droite, l'hommage aux héros de l'équipage d'Apollo XI sur le "Hall of Fame" d'Hollywood, même si Armstrong a toujours dit n'avoir fait que son travail.

Deux minutes et quarante secondes après le décollage, lorsque la fusée quitta l'atmosphère terrestre et eut consommé pratiquement tout son carburant, le 1er étage fut largué au-dessus de l'océan. A 66 km d'altitude et déjà propulsé à 10 km/s, le 2e étage fut largué et retomba doucement sur terre.

11 minutes après le décollage, après avoir atteint l'orbite, le moteur du 3e étage prit le relais à 186 km d'altitude à 25 km/s puis fut coupé temporairement, laissant la fusée poursuivre son vol sur sa lancée.

2h44 après le décollage, l'équipage ralluma le moteur du 3e étage pour atteindre la vitesse de 40 km/s et se libéra définitivement de l’attraction terrestre.

3h15 après le décollage, à 800 km d'altitude, parvenu en dehors de l'atmosphère terrestre, l'équipage d'Apollo 11 se sépara du 3e étage de la fusée. Le module de commande manoeuvra pour agripper le module lunaire et l'équipage poursuivit son voyage vers la Lune à environ 5500 km/h.

Vue du module de commande, la Lune occupa de plus en plus d'espace dans le ciel noir d'encre au point qu'au 3e jour elle occupa tous les hublots, envahissant le pupitre de commande d'une vive clarté.

Le 19 juillet, après plus de 75 heures de vol, au terme d'un périple de plus de 380000 km, Michael Collins plaça le module de commande et le LEM en orbite lunaire.

A lire : APOLLO 11 Owners' Workshop Manual, Haynes

Plans et schémas des vaisseaux spatiaux, Flight Global

Quelques vues éclatées et schémas d'époque de la fusée Saturn V et du LEM (ces dessins mesurent entre 1600 et 6000 pixels). Plusieurs de ces illustrations ont été publiées dans le livre "APOLLO 11 Owner's Workshop Manual" édité par Haynes.

La descente du LEM

Le 20 juillet, après 100 heures 39 minutes de vol et 14 orbites lunaires, Neil Armstrong et Buzz Aldrin prirent place dans le LEM, laissant Collins aux commandes de la capsule en prévision du retour. Buzz Aldrin sépara le module de commande du LEM qui entama sa descente vers la Lune.

Le LEM quitta son orbite et commença sa chute contrôlée qui devait l'amener en pilotage automatique vers le site d’alunissage prévu quelque 11 minutes plus tard.

En les voyant s'éloigner du module de commande, Collins leur dira : "OK, vous voilà partis! Magnifique. Il me semble que vous avez une machine qui a bonne mine, même si vous avez la tête en bas. Soyez prudents, les gars!". Aldrin prit une photo du module du commande. "A plus tard" répondit Armstrong.

Le LEM d'Apollo 11 vu depuis le module de commande.

Mais les problèmes commencèrent. Un retard d'allumage de 1/10e de seconde de l'un des moteurs du LEM le fit dévier de 7 km de sa zone d'alunissage.

Un problème ne venant jamais seul, surtout sur un appareil à peine achevé comme l'était le LEM, la puissance de son moteur principal fluctua en dehors de tout contrôle et un problème non corrigé dans l'interface de rendez-vous radar puisait 13 % d'énergie supplémentaire.

Mais ce n'était pas encore le plus grave. Les deux ordinateurs de bord, LGC et AGS, à peine plus puissants qu'une calculatrice moderne mais pesant 35 kg, étaient mal programmés et leur capacité mémoire (de 32 KB ROM et 2 KB RAM) comme leur processeur (constitué de 5000 portes logiques NOR) étaient sous-dimensionnés au point qu'ils furent saturés de données; ils se sont "plantés" et durent être réinitialisés à plusieurs reprises.

Ensuite, le programme du Lunar Module Guidance Computer (LGC) afficha à plusieurs reprises une erreur "12-0-2" (saturation du processeur) qui déclencha une alarme sonore, jugée sans importance par Houston : "Nous sommes GO sur cette alarme, FLIGHT".

Peu après, Armstrong constata qu'il avait dépassé le point d'alunissage et dit calmement à Aldrin : "nous sommes un peu long".

Sans ordinateur de bord, Armstrong et Aldrin étaient dans l'impossibilité de connaître la position et la vitesse exacte du LEM. Alors que le sol arrivait à grande vitesse, sachant qu'il leur restait quelques minutes de carburant pour cette phase du vol, nos deux astronautes devaient garder leur calme tout en surveillant la descente du LEM, prêts à reprendre les commandes à tout instant. Pendant cette phase, le pouls d'Armstrong battait à seulement 80 pulsations/minute alors que celui de Buzz Aldrin était à 160 !

Armstrong savait d'expérience combien le LEM était instable (comme éviqué, il dut s'éjecter d'urgence d'un prototype quelques mois plus tôt) et qu'un crash était prévisible. Voyant que le LEM se dirigeait tout droit vers un cratère et des rochers, à 150 mètres d'altitude, Armstrong décida de prendre les commandes manuelles pour trouver un autre site d'alunissage. A ce moment là, son cœur battait à 156 pulsations par minute.

A 30 mètres du sol, Houston informa l'équipage qu'il restait 30 secondes de carburant. Armstrong cherchait toujours un site à l'écart des cratères et sur une surface plane.

The Eagle has landed !

Le 20 juillet 1969 à 21h17 heure de Paris, le LEM se posa sur la Lune, dans la mer de la Tranquillité (cf. cette carte de la Lune). Il restait 15 secondes de carburant. Armstrong dit simplement et posément au Mission Control : "Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed". S'en suivit un éclatement de joie à Houston et un grand soulagement pour tout le monde.

A voir : Virtual AGC and AGS

Simulateur de l'ordinateur de bord d'Apollo 11

A lire : The Apollo Guidance Computer, Frank O'Brien, 2010

A gauche, Buzz Aldrin affairé près du LEM au cours de la mission Apollo 11 le 21 juillet 1969. Au centre, la manchette du "Washington Post" le même jour. A droite, les détails de la zone d'alunissage. L'encart est le compositage des photos AS11-40-5872 et AS11-40-5874. Notons que c'est toujours Buzz Aldrin qui apparaît sur les photos, Neil Armstrong portant la caméra. Documents NASA, Wikimedia et USGS adapté par l'auteur.

Après avoir pris un peu de repos, effectué les contrôles de routine, mis leur combinaison spatiale et dépressurisé le LEM, un peu plus de six heures plus tard, Armstrong et Aldrin furent prêts à débarquer sur la Lune et attendirent l'autorisation de la NASA.

En tant que commandant de bord, c'est Neil Armstrong qui descendit le premier du LEM et foula le sol lunaire. Nous étions le 21 juillet 1969 à 3h56 heure de Paris. Il s'assura aussitôt qu'il pouvait remonter sur l'échelle du LEM. Peu après il prononça cette phrase qui resta à la postérité : "C'est un petit pas pour l'homme, un bon de géant pour l'humanité". Armstrong avait 38 ans.

Armstrong s'assura que tout allait bien au sol avant que Buzz Aldrin le suive quinze minutes plus tard. Devant la beauté du paysage désertique et voyant au loin le clair de terre, Buzz Aldrin s'exclama : "Magnifique désolation !".

Peu après avoir déployé le drapeau américain, les astronautes furent interrompus par un appel téléphonique... Le président Nixon voulait saluer nos héros depuis le Bureau Oval de la Maison Blanche ! Saluons au passage la prouesse technique.

Au terme d'un voyage de 380000 km qui dura plus de 3 jours, l'équipage d'Apollo 11 resta 21h36m sur la Lune. Les astronautes récoltèrent 21.7 kg d'échantillons lunaires, prirent plusieurs centaines de photos et s'aventurèrent sur la Lune durant 2h31m, parcourant environ 250 mètres.

Au total, leur voyage vers la Lune dura 195h 18m soit un peu plus de 8 jours. L'équipage d'Apollo 11 revint sur Terre le 24 juillet 1969, riche d'avoir accompli l'un des plus grands rêves de l'humanité. Pendant près d'un an ils seront reçus comme des héros dans les plus grandes villes du monde.

Notons que Neil Armstrong était un homme réservé et foncièrement humble. S'il avait les compétences et le charisme nécessaires pour diriger des hommes et même des entreprises, il n'acceptait pas cette reconnaissance publique : "pourquoi me féliciter quand il s'agit de l'aboutissement du travail de toute une équipe ? [...] Pourquoi donc me considérer comme un héros quand d'autres auraient fait la même chose ? [...]J'aimerais que l'on efface les traces que j'ai laissé sur la Lune". Voilà ce qu'on appelle un héros malgré lui témoignant d'une grande modestie. Ceci explique qu'Armstrong finit par attaquer en justice ceux qui utilisaient son nom à son insu et qu'il cessa de signer des autographes sachant qu'on revendait sa signature à vil prix. La rançon de la gloire n'a pas que de beaux côtés. Mais cette pratique qui vise à se faire de l'argent sur le dos des autres n'a jamais cessé comme en témoignent les enchères de Sotheby's en 2017 consacrées à l'exploration spatiale qui attirèrent autant les investisseurs que les collectionneurs.

A voir : Le président Nixon téléphone à l'équipage d'Apollo 11 sur la Lune

(dont voici la transcription)

Vidéos restaurées d'Apollo 11 - Apollo 11 Onboard Radio

Project Apollo Archive - Apollo archives - Apollo 11 - Apollo 11 Press Kit

Apollo 11 Lunar Surface Journal - Apollo 11 Spacelog

Neil Armstrong nous a quitté (1930-2012), sur le blog

Buzz Aldrin au cours de la mission Apollo 11 le 21 juillet 1969. Neil Armstrong dira cette phrase qui passera à la postérité : "c'est un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'Humanité"... Documents NIX/NASA (images AS11-40-5903, AS11-40-5874 et AS11-40-5948).

Apollo 11 fut suivie par 6 autres missions habitées dont 5 déposèrent des instruments scientifiques sur la Lune (sismographes, réflecteur laser, gnomon, etc) y compris une rover d'exploration (jeep) fabriquée par Boeing et ramenèrent près de 400 kg d'échantillons lunaires.

Aujourd'hui la moitié de ces échantillons n'ont pas encore été étudiés pour la simple raison qu'ils sont réservés aux générations futures qui disposeront d'instruments plus performants pour les étudier et en extraire de nouvelles informations.

Parmi les faits marquants de ces missions, il y eut l'accident d'Apollo 13 en 1970 qui, grâce à la ténacité du directeur de vol Eugène Kranz et la collaboration de tous les ingénieurs de la NASA, se transforma en échec le plus réussi.

Rappelons également qu'en 1971, au cours de la mission Apollo 15 qui utilisa pour la première fois le rover, David Scott démontra l'expérience de la chute des corps de Galilée avec une plume et un marteau : qu'ils soient légers ou lourds, tous les corps chutent dans le vide avec la même accélération.

La dernière mission du programme Apollo eut lieu en décembre 1972. Au total, 14 astronautes foulèrent le sol de la Lune.

Sans support de la communauté internationale et sans concurrent, le budget aloué au programme Apollo se réduisit à une peau de chagrin en 1973 (76.7 millions de dollars sur un budget total de 2.5 milliards de dollars). Il fallait bien se rendre à l'évidence, le programme prenait fin avec la mission Apollo 17. Vu son coût et le peu de retombées économiques, l’envoi de missions habitées vers la Lune fut remis en question dans les années 1980.

Lunokhod 1 ou l'avènement des robots

Simulation du Lunokhod 1 qui explora la Lune en 1970. C'est le précurseur des robots d'exploration.

Alors que les Américains poursuivaient avec succès leur programme Apollo, les Russes abandonnèrent l'idée de déposer un homme sur la Lune mais certainement pas l'idée d'y déposer une machine. En effet, encouragés par les travaux précurseurs de Sergueï Korolev (décédé accidentellement en 1966), les ingénieurs russes développèrent des robots télécommandés. Cette solution était non seulement cent fois plus économique qu'un vol habité mais offrait également beaucoup moins de risques.

Le 17 novembre 1970, grâce au vaisseau spatial Luna 17 (Lunik 17) lancé par une fusée Proton, les Russes parvinrent à poser le robot Lunokhod 1 sur la Lune et le télécommander depuis la Terre ! La NASA n'en croyait pas ses yeux !

Conçu pour fonctionner 90 jours, le Lunokhod fonctionna environ 11 mois jusqu'au 4 octobre 1971. Il transmit plus de 20000 images du sol lunaire et effectua plus de 200 tests géologiques.

Les Russes enverront un second Lunokhod sur la Lune en 1973, cette fois équipé d'un réflecteur laser fabriqué par le CNRS.

Les Américains attendront 1996, soit plus de 25 ans, pour déposer un robot roulant sur un autre monde. C'était la mission Mars Pathfinder.

Cette idée d'envoyer des robots sur les astres lointains donna des idées à la NASA. A défaut de débarquement in situ sur les corps célestes, les ingénieurs conçurent des observatoires orbitaux et des sondes spatiales d’exploration, automatiques ou capables de recevoir des instructions de la Terre et même pour certaines, de revenir sur Terre avec leurs échantillons.

Pour certains scientifiques, ces missions robotisées étaient aussi plus éthiques et plus utiles que d’envoyer des hommes dans l’espace effectuer des cumulets ou essayer de manger des plats en sauce dans leur cabine...! Mais tout le monde ne partage pas cette vue pessimiste et sans doute empreinte de jalousie que nous offre la conquête spatiale. Nous reviendrons sur l'opinion du public à propos des retombées de l'espace.

Prochain chapitre

Navettes et stations permanentes

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