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Apophis va-t-il percuter la Terre en 2036 ?

Introduction

D'ici 2036, les pauvres êtres humains que nous sommes pourraient bien voir le film Armagedon se transformer en réalité. Et ce n'est pas un canular !

Selon toute probabilité, dans moins de trente ans, la Terre a une infime chance d'être percutée par Apophis, un astéroïde NEO (Near-Earth Object) découvert en 2004 baptisé sobrement NEO 99942 alias 2004 NM4.

Reste à savoir si nous allons compter sur le savoir-faire des foreurs de fond de Bruce Willis ou plutôt envisager une approche scientifique de cet astéroïde.

En attendant, les ingénieurs britanniques ont dévoilé les avant-projets d'un satellite qui devrait traquer et surveiller Apophis, jusqu'au jour où les gouvernements se décideront à écarter définitivement ce danger de notre ciel.

Apophis va déjà nous stresser quelque peu en 2029, lorsqu'il passera à 160000 km de la Terre, c'est-à-dire à moins de la moitié de la distance qui nous sépare de la Lune, mais il pourrait franchement nous tracasser et même nous percuter en 2036.

Les conséquences d'une collision

Apophis est un bloc de fer, une sidérite de 250 mètres de longueur pesant 20 millions de tonnes et qui se déplace à 5 km/s (18000 km/h) sur une orbite voisine de celle de la Terre. S'il suit une orbite de collision avec la Terre, attiré par son attraction, sa vitesse passera à plus de 12 km/s (43200 km/h) au moment de l'impact !

On estime qu'une collision avec Apophis dégagerait une énergie pouvant atteindre 1.5 GT de TNT soit 100 000 fois plus d'énergie que l'explosion de la bombe atomique d'Hiroshima (0.015 MT) ! Statistiquement, un tel évènement se produit tous les 25000 ans environ et provoque un cratère de... 5 km de diamètre.

Au mieux, Apophis tombera sur la terre ferme et dans un lieu inhabité, et ils sont encore nombreux. S'il atteint les basses couches de l'atmosphère sans se fragmenter (ce qui sera sans doute le cas s'il s'agit d'une sidérite), il percutera le sol en formant un cratère comme celui de Barringer, le fameux "Meteor Crater" visible en Arizona (diam. 1186 m), en éjectant des milliers de tonnes de débris dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres ainsi que de la poussière et probablement des roches en fusion dans l'atmosphère. Cela provoquera de belles lueurs crépusculaires rougeâtres mais sans doute pas de refroidissement de la troposphère.

Dans tous les autres scénarii, l'impact d'Apophis sur Terre sera catastrophique mais ne provoquera jamais l'extinction de l'humanité. S'il tombe dans une région très peuplée, dans une mégapole côtière par exemple (New York, Londres, Tokyo, Singapour, Shanghai, etc.), il pourrait tuer des centaines de millions de personnes et réduire à néant l'économie de certains pays.

Selon les experts, l'effet le plus catastrophique sera induit par les ejecta (poussière et lave en fusion) qui seront projetés jusqu'à la stratosphère. En effet, en retombant lentement au sol, après une première période de surchauffe de l'atmosphère qui bouleversera localement l'écosystème, la poussière en suspension brassée par les masses d'air recouvrira un tel volume qu'elle empêchera le rayonnement solaire d'atteindre le sol à l'échelle du continent.

Dans le pire scénario, nous pourrions assister à un hiver qui perdurera plusieurs saisons avec toutes les conséquences socio-économiques qu'un tel changement climatique entraînera.

Il faut toutefois tempérer l'amplitude de ces effets vu la petite taille de l'astéroïde. Mais il est probable que la température moyenne du globe chutera temporairement de plusieurs degrés avec des effets adoucis dans les régions situées en bordure de mer.

Si Apophis tombe dans l'océan, il va générer un tsunami. Une simulation faite dans l'est du Pacifique indique que la grande vague mesurera 17 mètres de hauteur et déferlera à 100 km/h sur la Californie ! Elle noyera les mégapoles de San Francisco et de Los Angeles jusqu'au 4e étage avant de se retirer avec son lot de cadavres et de débris. Heureusement, le flux et le reflux de la vague n'affecteront pas les constructions en béton. La Silicon Valley sera également à l'abri grâce au relief qui la protège sur son versant ouest.

Il est bien entendu que si le scénario catastrophe se confirme, la population locale sera évacuée. Mais on ne déplace pas des millions de personnes comme des marionnettes ni même n'importe où, d'autant moins que la reconstruction durera des années.

Dans le pire scénario, cette collision et les modifications climatiques qui en résulteraient pourraient non seulement tuer des millions de personnes mais éliminer également une partie de la faune et de la flore locale.

Cela dit, la catastrophe éventuelle ne sera jamais comparable à celle qui conduisit à l'extinction des dinosaures où un astéroïde de la famille Baptistina de 10 km de diamètre percuta la Terre il y a 65 millions d'année ! Apophis est tout de même 50 fois plus petit que cet "exterminateur".

Donc, pas de panique, car rien ne dit que ce scénario catastrophe va se produire ni avec une telle amplitude. Mais connaissant à présent l'existence de ce risque et son potentiel de destruction, il faut agir. S'il est trop tôt pour confirmer ou infirmer la collision éventuelle, plusieurs projets de défense sont en cours d'étude.

Les probabilités de collision

La société Astrium du consortium européen EADS avait proposé en 2013 de lancer une sonde spatiale qui devait rencontrer Apophis lorsqu'il serait à moins de 66 millions de kilomètres de la Terre. Mais ce projet fut abandonné. La même année le CNES proposa une mission vers Apophis pour son prochain passage attendu le 13 avril 2029. D'autres groupes ont repris cette idée du fait que la Planetary Society a offert un prix de 50000$ à l'auteur du projet qui serait retenu pour une mission spatiale. Le premier prix fut remporté par une équipe américaine.

"Il est impératif de rassembler des données sur Apophis dès que nous pouvons, parce qu'une fois que nous saurons qu'il est sur une trajectoire de collision avec la Terre, la manière la plus sûre d'éviter le désastre sera de pousser du coude l'astéroïde afin qu'il change d'orbite", a déclaré Mike Healy, directeur du département astronautique d'Astrium.

"Si nous attendons trop longtemps, il sera impossible de construire un vaisseau spatial assez puissant pour modifier sa trajectoire. Dans le meilleur des cas, nous devrions le repousser avant 2025 pour être certain qu'il nous manque", a-t-il encore précisé.

A partir des données recueillies en décembre 2004, les calculs de probabilités indiquaient qu'Apophis avait 1 chance sur 37 de percuter la Terre en 2029. De nouvelles mesures ont réduit ce risque.

Calculez vous-même l'effet d'un impact

Document T.Lombry

Earth Impact Effects Program

Le 13 avril 2036

Néanmoins, il reste une inconnue pour 2029, lorsqu'Apophis s'approchera suffisamment près de la Terre pour être dévié de sa trajectoire. Si cette déviation le fait passer par un point particulier de l'espace baptisé "le trou de la serrure", il risque de percuter la Terre lors de son prochain passage en 2036. Mais rien n'est confirmé.

En 2007, les astronomes ont calculé qu'Apophis avait 1 chance sur 5500 de passer par "le trou de la serrure", qui correspond à une zone de l'espace qui s'étend sur 600 mètres. L'éventuel impact qui en résulterait est prévu le 13 avril 2036 et aurait 1 chance sur 12000 de se produire. En pratique, si elle n'est pas nulle, c'est tout comme.

En fait, nous avons plus de (mal)chance ou de risque de mourir dans un accident de voiture, d'avion ou même noyé dans certains pays !

Dans ces conditions, selon les données actuelles, le risque d'impact est de 0 sur l'échelle de Turin qui va jusqu'à 9, c'est-à-dire sans conséquence. Bien sûr, ces données seront affinées dans les années à venir. Au pire, le risque d'impact est de 1 au maximum sur l'échelle du Turin, avec les conséquences locales que nous avons décrites.

A lire : Predicting Apophis' Earth Encounters in 2029 and 2036 (NASA)

Il faut rappeler qu'en vertu des "lois du chaos" qui interviennent dans la mécanique céleste et notamment la grande sensibilité des orbites planétaires aux conditions initiales, les perturbations gravitationnelles engendrées par les autres corps du système solaire et les effets thermiques, il est impossible de préciser la position future d'Apophis avec une précision absolue, d'où le recours aux probabilités et la nécessité d'effectuer des observations régulières pour préciser sa trajectoire future.

Les projets de défense

En 2007, plus de 100 équipes de 25 pays ont présenté leur projet à la Planetary Society et le gagnant pourrait être choisi par la NASA et l'ESA qui développeront ensemble son projet. Parmi ceux-ci, il y a la construction d'un immense aimant qui permettrait d'attirer l'astéroïde et de l'écarter suffisamment de sa trajectoire pour éviter tout risque de collision. On peut également percuter Apophis avec des sondes spatiales relativement massives afin de le dévier graduellement de sa trajectoire.

Dans les deux cas, si on s'y prend suffisamment tôt (avant 2025) un déplacement inférieur à 1° permettrait d'éviter la catastrophe.

Lancer des fusées équipées de missiles à tête nucléaire ou chargées de bombes atomiques pour tenter de briser l'astéroïde est exclu en raison des risques d'accidents et du fait que c'est tout du même un objet en fer, très dense et résistant.

Quant au forage à la "Armagedon" où l'explosion à la "Deep Impact", c'est théoriquement possible, tout comme l'idée de repousser l'astéroïde avec des moteurs fusées par exemple, mais ces projets sont très ambitieux et très chers, quoique le prix devienne relatif lorsque des vies humaines sont en jeu.

Plus que jamais, si les fatalistes estiment que notre destin est inscrit dans le ciel, les scientifiques confirment que l'avenir est entre nos mains.

NB. En 2015, cet article avait été consulté par plus de 8000 lecteurs.

Pour plus d'informations

Apophis, JPL/NEO

Predicting Apophis' Earth Encounters in 2029 and 2036, NASA

Earth Impact Effects Program (simulation)

Etude de la dynamique des astéroïdes géocroiseurs : Application à (99942) Apophis, (thèse), David Bancelin, 2012.

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