|
|
L'astronautique Rappel historique (II)
Rappelons brièvement quelques faits marquants de l'histoire de l'astronautique, sans lesquels nous oublierions vite comment débuta l'exploration de l'espace. Il y a déjà plus d'un siècle aujourd'hui, en 1903, le père de l'astronautique russe Konstantin Tsiolkovski (que les Russes appellent Tsiolkewski), alors modeste instituteur de province, publia ses premières hypothèses concernant l'exploration de l'espace interplanétaire. Il inventa le "moteur-fusée" à combustion liquide (grâce aux hydrocarbures) et les "trains-fusées cosmiques", c'est-à-dire les fusées à étages, donnant ainsi le coup d'envoi d'une nouvelle science, ce qu'on appelait alors "l'astronautique fuséenne". Les premières fusées à propergols liquides mises au point par I.Kondratiouk et F.Zander crèveront les nuages le 17 août 1933 et aussitôt tous les savants envisagèrent de passer aux vols cosmiques. Mais il fallait pour cela utiliser l'énergie atomique. On passerait ainsi d'une puissance de quelques milliers de chevaux à "des millions de milliards de chevaux" comme l’écrivirent les journalistes de l’époque (1 gramme d'uranium enrichi libère autant d'énergie que 1.7 tonnes d'essence ou encore 2.5 tonnes de charbon et une puissance équivalente à 100 millions de chevaux). Considéré par la suite comme un remarquable inventeur
et ingénieur, Tsiolkovski était 10 ans en avance sur la France, 16 ans
sur les Etats-Unis et 20 ans sur l'Allemagne, où l'idée du satellite
artificiel en orbite autour de la Terre fut également avancée,
respectivement par R.Esnault-Pelterie, R.Goddard et H.Oberth. Tsiolkosvki
fournit un gros effort de création et publia 675 ouvrages à caractère
technique ou technico-philosophico-idéologique ! Il fut le premier à comprendre l'énorme importance que représentait les satellites artificiels dans la conquête de l'espace. C'était pour lui la solution aux problèmes du vol interplanétaire. Visionnaire, Tsiolkovski écrivit notamment ceci : "Après les premiers vols concluants des fusées cosmiques sur des orbites circulaires autour de la Terre, d'abord sans équipage, puis avec passagers, après l'élucidation de nombreuses questions étroitement liées à la réalisation de tels vols, il faudra entreprendre la création d'un satellite de grande dimension, de tout un îlot aux abords de la Terre. Il faudra le peupler de spécialistes remplissant diverses fonctions importantes et qui seront remplacés de temps en temps par d'autres, arrivant de la Grande Terre". Esnault-Pelterie, Goddard, Oberth,
Von Braun et leurs confrères ne feront qu'appliquer ses prescriptions et dès
1945 Arthur C.Clarke entrevit la possibilité de créer un système global
de communication en orbite géostationnaire (également appelé orbite
de Clarke). Il pensa en fait à des stations spatiales habitées. Capables d’atteindre 160 km d’altitude, les derniers V2 seront utilisés par les ingénieurs et les astronomes jusqu’à la fin des années 1950, lorsque l'Union soviétique réussi le pari de lancer son Spoutnik en orbite tandis que la sonde Luna-3 retransmis les premières images de la face cachée de la Lune. Malgré leur mauvaise qualité, cette première démonstration de station automatique marqua l’envol des sondes spatiales. A
consulter : NASA
History Office Ses regards à présents tournés vers le ciel, l’homme voulu bientôt embarquer à bord de ses inventions et se hisser dans l’espace. Mais un défi d’une nature bien plus complexe que la simple navigation céleste et la cartographie des nouveaux mondes l’attendait : vivre dans l’environnement hostile de l’espace. Après le lancement bien timide de quelques sondes dans la banlieue terrestre et quelques sorties extravéhiculaires, l’homme acquis bientôt sa maturité et mis au défi les grandes nations d’envoyer un homme sur la Lune. A la fin des années 1940 le Ministère de la Défense américain poursuit ses recherches en aéronautique (fusées) et sur les sciences de la haute atmosphère pour s'assurer la maîtrise de cette technologie. Un pas majeur fut franchi lorsque le Président Dwight D. Eisenhower approuva la mise en orbite d'un satellite d'observation de la Terre dans le cadre de l'Année géophysique internationale (AGI), entre le 1 juillet 1957 et le 31 décembre 1958. L'Union Soviétique pris cette décision au pied de la lettre en annonçant qu'elle planifiait le lancement de son propre satellite.
Une crise politique à grande échelle éclata le 4 octobre 1957 lorsque les Soviétiques lancèrent Spoutnik-1, le premier satellite artificiel dans le cadre du programme AGI. Ce lancement retentissant et célébré à la démesure de la propagante soviétique eut l'effet d'un "Pearl Harbor" sur le public Américain, lui faisant imaginer qu'il y avait un précipice technologique entre les deux grandes nations. En réaction à cette crise, le 11 février 1958, les Etats-Unis lancèrent leur premier satellite, Explorer-I dont voici une bande son enregistrée à 108 MHz. la National Aeronautic and Space Administration, plus connue sous l'acronyme de la NASA, fut créée le 1 octobre 1958, absorbant l'ancien National Advisory Committee for Aeronautics. Il s'agissait alors d'une agence comprenant 8000 employés et bénéficiant d'un budget annuel de 100 millions de dollars. Elle regroupait trois laboratoires de recherches : Langley Aeronautical Laboratory, Ames Aeronautical Laboratory et Lewis Flight Propulsion Laboratory ainsi que deux petits centres de tests. La NASA intégra rapidement d'autres organisations dans sa nouvelle agence, en particulier le groupe des sciences de l'espace du Naval Research Laboratory de Maryland, le Jet Propulsion Laboratory géré par le Caltech pour le compte de l'Armée de terre, et l'agence des missiles ballistiques d'Huntsville en Alabama appartenant également à l'Armée de terre. C'est dans cette dernière agence que l'équipe d'ingénieurs de Wernher von Braun fut engagée pour développer les fusées. Finalement la NASA créa d'autres organisations et compte aujourd'hui 10 centres sur le territoire national rassemblant plus de 18000 employés. Elle constitue le 14eme employeur du pays. Il faut également rappeler que la NASA ne travaille pas seule mais également en partenariat avec l'USAF et l'industrie aérospatiale américaine, cette dernière étant principalement implantée en Californie, à Los Angeles et Palmdale. En 1959, avec la sonde Luna 1, les Russes frôlèrent la Lune à 6500 km de distance mais ils devront attendre 1966 et la sonde Luna 9 pour se poser en douceur sur notre satellite. La même année les Russes mirent en orbite le premier satellite artificiel autour de la Lune, Luna 10. Le 12 avril 1961 les Russes annoncèrent au monde qu'ils envoyaient Yuri Gagarine en orbite autour de la Terre. Et ils réussirent là où les Américains balbutiaient encore. C'en était trop pour les Etats-Unis ! Le pari de J.F.K. Devant l'avance prise par les Soviétiques et la crise qui couvait en ses temps de guerre froide où les Soviétiques déployaient des missiles dans tous les pays pro-communistes, officieusement l'administration de John F. Kennedy se demandait si Nikita Kroutchev ne préparait pas une nouvelle guerre mondiale, cette fois-ci nucléaire... Mais il était évident que le monde n'était pas préparé à entendre un tel discours. Kennedy devait donc trouver un moyen pour obtenir rapidement la suprématie dans l'espace proche et faire passer dans son opinion public l'idée de construire des vecteurs puissants, missiles ou fusées capables de riposter à une éventuellement attaque soviétique. Comment leur annoncer ce projet sans en parler ? Diplomatiquement évidemment il ne fallait absolument pas proposer ce programme en ces termes; si le Congrès et le public l'aurait éventuellement accepté à "huit-clos" si Kennedy avait eut des preuves tangibles pour appuyer ses arguments, l'annonce officielle aux médias d'un si vaste projet à vocation militaire aurait mis le feu aux pondres et certainement déclenché une réaction épidermique de la part de l'Union Soviétique, et dieu sait si cela n'aurait pas déclenché une troisième guerre mondiale... Le Président américain eut alors une idée géniale pour mener son projet à bien et libérer les fonds nécessaires à la construction de ses fusées. Pour calmer son opinion publique le 25 mai 1961 J.F.Kennedy déclara devant le Congrès que l'homme débarquerait sur la Lune avant la fin de la décennie... D'abord hébétés, les membres du Congrès ne réalisèrent pas immédiatement la portée de ce discours mais ils saluèrent ce pari fou qui revigora rapidement le patriotisme américain. "Pour connaître les limites du possible nous devons tenter l'impossible". Arthur C.Clarke
Car pour comprendre la portée de cette décision avant tout politique, il faut se remettre dans le contexte de l'époque et son rappeler le niveau technologique des Etats-Unis. Imaginez-vous à la NASA en 1961 : les ingénieurs les plus chanceux, ceux d'origine militaire, ont travaillé sur l'ordinateur UNIVAC inventé en 1951 par John P. Eckert et Douglas Engelbart, l'inventeur de la souris, et viennent à peine de découvrir le nouvel ordinateur transistorisé IBM 1401 commercialisé en 1959 ainsi que le tout nouveau Mini PDP-1 dédié aux travaux scientifiques et d'ingénierie. Beaucoup d'ingénieurs travaillent encore avec des règles à calculer et des calculateurs à lampes à peine capables de réaliser 9000 opérations par seconde et qui surchauffent rapidement affichant des résultats inattendus. Ils ne savent même pas lancer des fusées et encore moins les satelliser ! Quand ils regardent la Lune à l'oeil nu et qu'ils se rendent compte à quelle distance elle se trouve, l'annonce présidentielle leur fit l'effet d'un pari chimérique. Non seulement il leur fallait envoyer des hommes dans la Lune mais il fallait encore les faire revenir sans se crasher... Tel était le défi annoncé à nos jeunes ingénieurs sans expérience. Mais bon, il fallait s'y mettre, et tous ensembles. Aujourd'hui les mentalités ont changé et il serait impossible de coordonner un tel projet dans les mêmes conditions. Imaginez un consortium gérant de 100000 à 400000 chercheurs ... Seule l'étude du génome humain (HUGO) peut-être comparée à ce projet. Mais tout est compartimenté, les scientifiques travaillent par groupes de recherches, par écoles, par pays et sont assez isolés les uns des autres malgré les meetings et autres congrès. Il est très difficile de dire d'un jour à l'autre à plusieurs centaines de milliers de personnes "on commence tout de suite avec les moyens du bord", ce serait l'échec assuré. Grâce à ce pari fou, Kennedy reçut les fonds nécessaires pour construire ses fusées et ainsi implicitement parer à tout acte de belligérance soviétique sur les terres sous protectorat américain. Car si le but avoué était de débarquer des hommes sur la Lune avant les Russes, le but ultime de cette technologie était bien entendu de pouvoir construire des missiles intercontinentaux. Dans les années '60 les Etats-Unis construisirent 72 bases nucléaires abritant chacune au moins un silo capable de lancer sur Moscou un missile nucléaire de la classe Atlas-E ou autre Minuteman ! Heureusement, cette idée qui pouvait rapidement conduire le monde à l'Armagedon sera abandonnée dix ans plus tard. Entre 1961 et 1965 les Américains prirent le problème posé par Kennedy à bras le corps et envoyèrent 9 sondes Ranger vers la Lune mais 3 seulement réussirent à transmettre des images. Ils eurent plus tard plus de succès avec les missions Surveyor et Lunar Orbiter qui se posèrent sur la Lune afin de préparer les futurs alunissages des vols habités.
Entre-temps les échos de la guerre-froide s'estompèrent. En 1962, Kennedy parvint à convaincre l'Union Soviétique et ses partenaires du Bloc de l'Est de mettre fin à la prolifération des armes nucléaires. Sa décision allait conduire au démantelement des 72 silos de missiles nucléaires américains.Kroutchev retira finalement ses missiles nucléaires et ses troupes de Cuba, succès politique qui renforça le pouvoir de Kennedy. Aujourd'hui certaines bases nucléaires américaines ont été transformées en luxueuse habitation - certains américains y vivent par -20m de profondeur - et se visitent comme un musée. Home sweet home ! Malheureusement le plus sympatique des présidents américains devait déplaire à certains opposants (notamment à la CIA) et il ne connaîtra jamais la fin de l'histoire. John Fitzgerald Kennedy sera assassiné le 22 novembre 1963 à Dallas et l'on se demanda longtemps s'il n'y avait pas une relation entre son assassinat et les missiles nucléaires car personne ne sait encore aujourd'hui qui a commandité ce meurtre. Plus de 40 ans plus tard, les hypothèses se comptent par dizaines mais la question demeure toujours ouverte, who killed JFK ? Aujourd'hui encore plus de 4.5 millions de sympatisants fleurissent chaque année sa tombe. C'est Lyndon B. Johnston puis Richard M. Nixon en 1968 qui lui succèderont à la présidence des Etats-Unis. L'expérience aidant et les années passant, le budget de la NASA monta exponentiellement jusqu'en 1964 en suivant la courbe croissante du nombre de ses contractants. Fin 1966, sous la nouvelle Administration Johnson, le budget global de la NASA avait décuplé depuis 1960 et dépassait 5 milliards de dollars. L'agence rassemblait plus de 400000 employés et sous-contractants ! Personne n'aurait imaginé qu'une démocratie, aussi grande fut-elle, aurait pu investir autant d'argent à des seules fins... politiques. En moyenne, le programme Apollo représenta 39% du budget de la NASA soit 16.4 milliards de dollars sur un budget total de 41.7 milliards de dollars fin 1973. En 1967, le budget Apollo représentait un chiffre record de 69.8% du budget de la NASA avec 2.9 milliards de dollars de l'époque. La fabuleuse aventure lunaire se concrétisa finalement pour les Etats-Unis entre 1968 et 1972, culminant la nuit du 20 au 21 juillet 1969 avec l'alunissage du LEM d'Apollo 11 et le débarquement de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune pendant que Michael Collins resta en orbite dans le module de commande. Les astronautes récolteront 35 kg de roches et prirent plusieurs centaines de photographies. 2h21m plus tard ils retournèrent dans la capsule, riche d'avoir accompli l'un des plus grands rêves de l'humanité. A écouter : Apollo 11 lunar landing audio files Vidéo du contact radiotéléphonique entre le Président Nixon et Apollo 11 (.mov de 7.2 MB dont voici la transcription par la NASA et une vidéo de meilleure qualité de la BBC)
Apollo 11 fut suivie par 6 autres missions qui déposèrent des instruments scientifiques sur la Lune (sismographes, réflecteur laser, gnomon, etc) y compris une rover d'exploration (jeep) fabriquée par Boeing. Parmi les faits marquants de ces missions, rappelons qu'en 1971, au cours de la mission Apollo 15 qui utilisa pour la première fois la rover, David Scott démontra l'expérience de la chute des corps de Galilée avec une plume et un marteau : qu'ils soient légers ou lourds, tous les corps chutent dansle vide avec la même accélération. La dernière mission du programme Apollo eut lieu en décembre 1972. Au total, 14 astronautes foulèrent le sol de Lune. Sans support de la communauté internationale et sans concurrent, le budget aloué au programme Apollo se réduisit à une peau de chagrin en 1973 (76.7 millions de dollars sur un budget total de 2.5 milliards de dollars). Il fallait bien se rendre à l'évidence, le programme prenait fin avec la mission Apollo 17. Vu son coût et le peu de retombées économiques, l’envoi de missions habitées vers la Lune fut remis en question dans les années 1980. A défaut de débarquement in situ sur les corps célestes, les ingénieurs conçurent des observatoires orbitaux et des sondes spatiales d’exploration, automatiques ou capables de recevoir des instructions de la Terre, une façon plus économique et moins risquée d’étudier notre environnement proche. Plus éthique aussi scientifiquement parlant disent certains détracteurs que d’envoyer des hommes dans l’espace pour effectuer des cumulets ou essayer de manger des plats en sauce dans leur cabine...! Mais tout le monde heureusement ne partage pas cette vue pessimiste et sans doute empreinte de jalousie que nous offre la conquête spatiale. Nous reviendrons sur l'opinion du public dans un aute article. Prochain chapitre Navettes et stations permanentes
|
||||||||||||||||||||||