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La Bible face à la critique historique

L'église du Saint-Sépulcre érigée près de la muraille nord-ouest de Jérusalem où aboutit la Via Doloresa à la "XIVe station" du chemin de croix que parcourut Jésus.

Le Golgotha et la tombe de Jésus

Après le décès de Jésus, les quatre Évangélistes décrivent qu'en respect de la Loi juive, avec l'accord de Pilate, le corps de Jésus fut descendu de la croix avant la nuit et la Pâque et ensevelit dans une tombe proche au lieu-dit du Golgotha (le "lieu du crâne").

Selon Luc, c'est Joseph d'Arimathie (Joseph Ari Mattathias ben Annan), un "membre respecté du Conseil, homme droit et juste" (Luc 23:50-51), un membre du Sanhédrin, qui fut chargé par la famille de réclamer le corps de Jésus à Ponce Pilate afin de l'inhumer rapidement avant le sabbat.

Historiquement, nous n'avons pas la certitude que Joseph d'Arimathie ait existé, raison pour laquelle certains biblistes pensent qu'il s'agit d'un personnage fictif créé par la Grande Église pour donner une fin un peu plus honorable à l'épisode du Golgotha. Mais ce n'est qu'une hypothèse tout aussi spéculative et, sauf preuve du contraire, la majorité des spécialistes acceptent par défaut et disons par convention l'historicité de Joseph d'Arimathie.

Si la question de Joseph est apparemment résolue depuis longtemps, la descente de croix de Jésus fait toujours débat.

Des funérailles honorables

Jésus a-t-il été inhumé ? Aussi étonnant que cela soi, la remise du corps de Jésus à sa famille a encore été débattue en ce XXIe siècle. De l'avis général, on sait que dans ses "Antiquités Judaïques", Flavius Josèphe confirme qu'effectivement les Romains faisaient des exceptions et notamment à l'occasion des fêtes juives (voir plus bas). De plus, les archéologues ont découvert les squelettes de trois condamnés à mort ayant été inhumés dont celui de Yehohanan ben Ha'Galqol évoqué précédemment qui fut crucifié et celui du roi hasmonéen Antigone II Mattathiah mort décapité par les Romains en 37 avant notre ère. Il est donc possible que Jésus ait pu être inhumé.

Toutefois, parmi les dizaines de milliers de personnes que les soldats romains ont crucifiées en Palestine, les archéologues n'avons découvert que trois squelettes inhumés. Cela suggère qu'à l'époque de Jésus, c'est l´État qui disposait des cadavres et ne les remettait donc pas à leur famille pour être ensevelis.

L'historien et bibliste John Crossan du groupe de travail Jesus Seminar du Westar Institute et auteur du livre "The Historical Jesus" (1992) et le bibliste Bart Ehrman auteur du livre "How Jesus Became God" (2014) ont soutenu que Jésus n'a pas eu de sépulture ni de funérailles du fait qu'il avait été crucifié. Les deux biblistes proposent en fait chacun la thèse d'un agnostique qui se demande si finalement les écrits apostoliques racontent la vérité ou ne sont qu'un tissu de contes enjolivés. Plus d'un spécialistes ont d'ailleurs critiqué leur méthode de travail.

Ceci dit, Crossan qui fut le premier a développer l'idée que Jésus n'a pas eu de sépulture part du fait que la plupart du temps soit le cadavre des criminels était laissé sur la croix et pourrissait sur place en proie aux charognards, soit s'il y avait un très grand nombre de crucifiés et peu de places pour monter les croix, les soldats romains accéléraient leur mort en leur brisant les jambes ou en leur transperçant la poitrine. Après leur décès, les cadavres étaient retirés de la croix et déposés sans cérémonie dans un fosse peu profonde réservée aux criminels où ils restaient parfois plusieurs jours à l'air libre et étaient probablement dévorés par des loups et des oiseaux charognards. Les familles endeuillées n'avaient alors aucun moyen de savoir ce que le corps de leur proche était devenu ni même où il avait été déposé.

Intérieur d'une tombe juive antique avec sa pierre ronde fermant l'entrée à Khirbet Midras, à l'est de la route qui va d'Azekah à Bet Guvrin. L'endroit se trouve dans la région de Nahal Soreq, au sud-ouest de Jérusalem. Doc Bible Places.

Bien que les Évangiles l'évoquent, rien n'atteste que l'État romain ait autorisé l'inhumation des criminels crucifiés sur la croix car le but de cette exécution volontairement choquante était justement de décourager les éventuels délinquants de passer à l'acte. De plus, d'après le compte-rendu de Flavius Josèphe ("Antiquités Judaïques", Livre I, XVIII.3), les généraux romains avaient la réputation d'être sévères, intransigeants et indifférents au sort des Juifs. Quant à Ponce Pilate, on le dit sévère, rigoureux et il n'a jamais fait d'exception. Mais il n'a pas non plus provoqué les Juifs inutilement sauf une seule fois à l'encontre des Samaritains et cela lui coûta son poste.

Plusieurs spécialistes du monde biblique de l'époque du second Temple et néotestamentaire ont critiqué la théorie de Crossan parmi lesquels Craig Evans, Jodi Magness, James Tabor et Daniel Wallace déjà cités. Selon Evans, la violence et l'intransigeance des Romains étaient d'actualité pendant la guerre des Juifs en 68-70 de notre ère mais certainement pas en temps normal et à l'occasion des fêtes juives. En effet, en général quand un envahisseur s'installe à demeure dans un pays, soit il décime toute la population soit il s'arrange pour entretenir des relations harmonieuses avec la population pour préserver la paix et tirer avantage du savoir-faire, du tissu économique et éventuellement de la culture des habitants de la région. Les généraux et les procurateurs romains n'ont jamais systématiquement réprimé la population juive à la première violation des lois car en tant qu'armée d'occupation cela risquait de provoquer des violences intempestives inutiles et de dégénérer. L'impopularité du procurateur ou même d'un général romain de province pouvait alors rapidement remonter jusqu'à Rome (sous dénonciation de Juifs par exemple) qui a déjà décidé de destituer certains d'entre eux de leur fonction voire même de les exiler comme Ponce Pilate pour préserver la pax romana en province. S'opposer aux traditions juives n'aurait donc pas été à l'ordre du jour des Romains qui acceptèrent de contourner la loi, notamment à l'occasion des fêtes juives et surtout des rites funéraires, les plus sacrés d'entre tous et plus encore pour les Juifs orthodoxes qui ont une lecture littérale de la Torah.

Ainsi on apprend par Flavius Josèphe que le général Titus (futur empereur) avait condamné à mort et fait crucifié trois de ses amis. Josèphe supplia le général qui dérogea à la règle et lui permit de les détacher de la croix pour les ensevelir. Il semble que cette pratique ait été commune.

Cette dérogation est confirmée dans les "Pandectes" (ou Digeste), un condensé du code civil romain rédigé en grec à la demande de l'empereur Justinien (527-565). Ce code comprend les oeuvres de près de 40 jurisconsultes romains allant de Quintus Mucius Scaevola (†~82) à Charisius (c.fin IIIe - début IVe siècle) et résulte de la consultation de quelque 1500 livres de droit rédigés au cours de ces trois siècles. Dans le Livre 48, on trouve un article stipulant : "Les corps des condamnés pour crime capital ne doivent pas être refusés à leurs parents ; [...] Aujourd'hui les corps de ceux qui sont punis ne reçoivent la sépulture, qu'autant que cela est demandé et accordé ; et quelquefois on le refuse, surtout pour le crime de lèse-majesté. Les corps même de ceux qui sont condamnés à être brûlés peuvent être redemandés, afin que leurs os et leurs cendres puissent être réunis par la sépulture" (Livre 48, XXIV.1). Cette loi va dans le sens de la décision de Titus et de Ponce Pilate.

Concrètement, et Crossan le reconnaît, personne ne sait exactement ce qu'il est advenu du corps de Jésus. Il a donc pu rester pendu pendant plusieurs jours sur la croix et attirer les animaux charognards ou avoir été descendu de la croix le soir même et remis à sa famille. Mais l'archéologue Jodi Magness et le bibliste Craig Evans[1], spécialistes des coutumes juives antiques sont tous deux d'avis que par respect pour la Loi juive et d'autant plus en cette veille du sabbat et de la Pâque, les Romains ont effectivement autorisé la famille de Jésus à récupérer son corps avant la nuit afin qu'elle puisse rapidement l'ensevelir dans une tombe et lui donner des funérailles honorables. Pour les Juifs c'était également une manière de respecter la tradition et d'éviter que la malédiction de Yahvé ne s'abatte sur eux (Deutéronome 21:22-23) en laissant des pendus la nuit sans sépulture, qui plus est face à 250000 pèlerins descendus dans la ville sainte pour fêter la Pâque.

La tombe de Jésus et l'église du Saint-Sépulscre

Comme nous l'avons évoqué, le prophète Isaïe avait annoncé que le Messie serait déposé dans "un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche" (Isaïe 53:9). Selon Matthieu, après le décès de Jésus, Joseph d'Arimathie mit " le corps dans le tombeau neuf qu'il s'était fait tailler dans le roc" (Matthieu 27:59-60), confirmant ainsi plus ou moins la prophétie. Malheureusement c'est un ajout tardif car aucun des autres auteurs apostoliques n'y fait allusion. Marc précise simplement que Joseph "[acheta] un linceul" et comme Luc, il termine en disant que le corps fut déposé "dans une tombe qui avait été taillée dans le roc" (Marc 15:46, Luc 23:53).

Extrait du "De Locis Sanctis" (Au sujet des Lieux Saints) de l'abbé Adamnan rédigé en 670 de notre ère présentant deux plans schématiques de l'église ou basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem tels que lui a décrit l'évêque gaulois Arculfe.

Mais Jean ne dit pas du tout cela et évoque plutôt une tombe vide que la famille de Jésus utilisa précipitamment à cause de la Pâque : "il y avait un jardin, au lieu où il avait été crucifié, et, dans ce jardin, un tombeau neuf, dans lequel personne n'avait encore été mis. A cause de la "Préparation" des Juifs, comme le tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus" (Jean 19:41-42) puis roulèrent une grosse pierre devant l'entrée pour éviter l'accès aux prédateurs et aux rôdeurs. Et c'est au même endroit qu'au premier jour de la semaine, Marie-Madeleine trouva la pierre roulée sur le côté et le tombeau vide : le corps de Jésus avait disparu ! On y reviendra un peu plus bas.

Aujourd'hui, à cet endroit qui est censé abriter le Golgotha et la tombe de Jésus fut érigée l'église du Saint-Sépulcre, un lieu saint vénéré par les Catholiques, les Orthodoxes, les Coptes et les Arméniens. Comme on le voit ci-dessous, dès qu'on franchit le porche de l'église, on découvre une pierre de marbre, la "Pierre de l'onction" sur laquelle Joseph d'Arimathie aurait enveloppé le corps de Jésus. Au sous-sol, l'église contient également deux cavités sépulcrales (kokhim) antiques creusées à même la roche dans lesquelles auraient été déposés les corps de Nicodème et de Joseph d’Arimathie.

Selon un article publié en 2017 par la National Geographic Society, une nouvelle analyse du mortier prélevé entre la surface calcaire originale de la tombe et la plaque de marbre qui la recouvre le date d'environ 345 de notre ère, c'est-à-dire de l'époque de l'empereur Contantin. Selon les récits historiques, le tombeau fut découvert par les Romains et enchâssé autour de l'an 326. Or jusqu'à présent, les seules preuves architecturales trouvées dans et autour du complexe de la tombe dataient le site de la période des Croisés, c'est-à-dire d'à peine 1000 ans.

A voir : L'histoire du Saint-Sépulcre - L’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem

L'église du Saint-Sépulcre, Custodie

A gauche et au centre, gros-plans sur la Pierre de l'onction à l'entrée de l'église du Saint-Sépulcre sur laquelle selon la tradition le corps de Jésus fut lavé et parfumé avant d'être porté au tombeau. A droite, les deux cavités sépulcrales (kokhim) situées sous l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem dans lesquelles auraient été déposés les corps de Nicodème et de Joseph d’Arimathie. Documents Wingo, anonymes et BAS.

Sur le plan historique, rien n'atteste l'authenticité du Golgotha sur le lieu du Saint-Sépulcre. En revanche, une chose est sûre. Les recherches archéologiques conduites dans les années 1960-1980 par le père Bellarmino Bagatti ont confirmé la réalité des crucifixions sur la colline du site actuel de l'église du Saint-Sépulcre. On a également découvert sur place une carrière de pierre qui fut utilisée du temps des rois de Juda (VIIe siècle avant notre ère) avant d'être abandonnée et de servir de nécropole et de tombeaux.

Toutefois, pour les Protestants, les crucifixions auraient eu lieu sur une autre butte de pierre également appelée Golgotha, située au nord de la porte de Damas, à l'extérieur de la vieille ville. A cet endroit, comme on le voit ci-dessous, à quelques dizaines de mètres de la butte se trouve un massif de pierre blanche à l'aspect tourmenté dont les cavités forment deux orbites rappelant ceux d'un crâne, d'où son sunom. Ce lieu appelé le "Jardin de la Tombe" ou "Mont Calvaire" est vénéré par les Protestants qui ont préféré ce lieu saint qui abrite également selon la tradition un caveau appartenant à Joseph d'Arimathie.

Où se situe le véritable Golgotha biblique ? L'existence de deux "lieux du crâne" signifie qu'au moins l'un des deux est faux et si les Protestants ne reconnaissent pas celui des autres confessions, on peut en déduire que le premier lieu est peut-être également faux ! En fait, avec le temps nous avons perdu le lieu exact du Golgotha. En effet sur le plan archéologique aucun des deux lieux saints chrétiens ne correspond au récit biblique. La tombe du site protestant du "Jardin de la Tombe" (voir plus bas) remonte au Ve siècle avant notre ère et ne ressemble en rien à un "tombeau neuf taillé dans le roc".

A voir : La Palestine photographiée par Gordon Calgary entre 1898-1939

Deux photos du "Jardin de la Tombe" de Jérusalem ou mont du Calvaire prises entre 1934-39 (gauche) par Gordon Calvary et en 2014 (droite). Ce lieu situé au nord de la vieille ville (et aujourd'hui entouré de bâtiments et d'un parking) serait le fameux Golgotha ou "lieu du crâne" selon les chrétiens protestants. Il est caractérisé par ses pierres blanches dont un rocher aux orbites caverneux rappelant ceux d'un crâne (en dessous à droite du centre).

Quant au site du Saint-Sépulcre, il fut seulement choisi au IVe siècle de notre ère. On en déduit qu'auparavant le lieu était soit inconnu soit banalisé par les Chrétiens et donc sans rapport avec le lieu de la crucifixion du Christ. De plus, étant situé près d'une ancienne carrière, ce n'est pas le lieu paisible que l'on choisirait pour y placer des tombes.

Enfin, le site choisi n'est pas un jardin comme le précise Jean mais le lieu d'un ancien temple romain. En effet, après la révolte des Juifs de l'an 70, en 135 l'empereur Hadrien fit raser le site et nivella le terrrain puis éleva un forum sur l'emplacement de la tombe du Christ (dont on prétend qu'il existe des ruines dans les soubassements de l'église du Saint-Sépulcre). Hadrien y fit bâtir un temple appelé "Aelia Capitolina" dédié à la triade Capitoline, c'est-à-dire aux divinités Jupiter, Junon et Minerve. Une statue de Vénus fut érigée à l'emplacement prétendu du calvaire et une statue de Jupiter à l'emplacement prétendu du lieu de la résurrection du Christ. On comprendra que suite à ces chantiers, il ne reste rien du site datant de l'époque du Christ et aucune trace de la croix du Christ. 

A gauche, le prétendu "Tombeau de Jésus" datant du Ier siècle découvert à Emek Yizrael, près de Nazareth, lors de la construction d'une route (non visible à l'avant-plan, cf. cette photo) vers Megiddo. On reconnaît la fameuse pierre de meule roulée pesant plus de 1.5 tonne utilisée à cette époque pour empêcher l'accès aux prédateurs et signifier que la tombe était occupée. Il existe une reproduction de cette tombe à proximité. Selon les experts, ce n'est pas le tombeau de Jésus. Notons qu'il en existe d'autres dont la fameuse tombe de Talpiot bien plus convaincante. A droite, une autre vue du mont des Oliviers depuis le mur oriental du second Temple avec la vallée du Cédron à l'avant-plan, l'église de "Toutes les Nations" et le Jardin des Oliviers attenant. A l'arrière-plan, on reconnaît l'église orthodoxe russe Sainte-Marie-Madeleine avec ses bulbes dorés. Certains indices suggèrent que le flanc occidental du mont des Oliviers serait le lieu du Golgotha où le corps de Jésus fut enseveli avant d'être déposé dans le caveau familial qui pourrait être celui de Talpiot.

Selon les dernières analyses, la tombe choisie par l'impératrice Hélène (c.247-c.330, la même qui choisit le Puits de Marie à Nazareth), sur la bonne foi d'un fidèle est en fait celle de Jean Hyrcan, un souverain Hasmonéen ayant vécu au IIe siècle avant notre ère que Flavius Josèphe cite plusieurs fois. Les reliques trouvées par Hélène n'ont donc aucun rapport avec le Christ et viennent juste attirer des pèlerins crédules qui viennent se faire abuser par le miroir aux alouettes du folklore religieux.

En revanche, selon l'archéologue James Tabor déjà cité, il est possible que le véritable Golgotha fut situé sur le mont des Oliviers si on suit les indices de l'Épître aux Hébreux. Dans cette lettre adressée aux Nazôréens, l'auteur ecclésiate précise que Jésus "a souffert hors de la porte [...] Pour aller à lui sortons en dehors du camp" (Hébreux 13:12-13). Ce n'est pas une simple indication géographique ni une parabole mais une expression technique de l'époque où la Loi juive imposait que les criminels condamnés ainsi que les corps des brûlés ou des crucifiés soient portés hors des murailles de la ville, hors du camp, qui correspondait à une distance d'au moins 2000 coudées depuis le sanctuaire du Temple, soit environ 900 mètres de distance. La seule colline située dans ce rayon est le mont des Oliviers qui domine le Temple à l'est de la ville.

Une tombe sur le mont des Oliviers. Une nouvelle tombe similaire a pu servir de tombeau temporaire à Jésus. Document Popular Archaeology.

D'autres indices viennent appuyer cette théorie. Le texte chrétien de "l'Évangile de Nicodème" également appelé des "Actes de Pilate" datant du IVe siècle[2], précise que Jésus fut crucifié non loin de son arrestation (dans le Jardin de Gethsémani), sur le flanc du mont des Oliviers. Dans la version hébraïque de l'Évangile selon Matthieu, le Golgotha est décrit comme une montagne ou une colline. Cette caractéristique est également mentionnée dans le récit du pèlerin appelé l'"Anonyme de Bordeau" rédigé en l'an 333 qui évoque un "monticule" à cet endroit. Or le seul endroit élevé présentant un sommet bombé situé à cette distance du Temple est le mont des Oliviers.

Enfin, et c'est sans doute l'indice qui permet de consolider tous les autres, à l'époque de Jésus, tout le flanc occidental du mont des Oliviers était couvert de jardins, de vergers et de tombes. Cet endroit correspondrait donc mieux à la tombe temporaire décrite dans la Bible tout en confirmant les témoignages des Chrétiens évoquant à la fois la distance et la forme de la colline.

En conclusion, aujourd'hui nous ignorons toujours où se trouve la tombe de Jésus ou plus exactement celle de sa famille qui devrait selon la coutume contenir les ossuaires de toute la lignée de Joseph, Marie et probablement Alphée, le frère de Joseph, sur une ou plusieurs générations. Nous avons bien découvert la fameuse tombe de Talpiot, mais la plupart des spécialistes doutent qu'il s'agit de la tombe de la famille de Jésus de Nazareth. On y reviendra en détails.

La Vraie Croix

Selon la tradition chrétienne, la vraie croix du Christ aurait été retrouvée miraculeusement sur le site du Golgotha en 326 par Hélène, mère de l'empereur Constantin Ier. Selon la légende, à l'occasion des travaux pour l'édification de l'église du Saint-Sépulcre, trois croix (comme par hasard celle du Christ et des deux larrons) avaient été découvertes sur le rocher. La vrai croix du Christ ayant le pouvoir de guérir les malades, Hélène proposa qu'elle soit identifiée par une personne malade ou mourante (il existe plusieurs versions). On prétend qu'en touchant la "Vraie Croix" la personne mourante fut guérie, se leva aussitôt et loua Dieu. Depuis cette époque, l'Église qui protège le rocher sur lequel fut a priori érigée la croix du Christ et la tombe du Christ est vénérée comme un lieu saint. On reviendra sur l'église du Saint-Sépulcre à propos de la célébration du miracle du Feu sacré.

Le "Titulus crucis" ou fragment de l'écriteau fixé sur la croix du Christ vénéré dans la basilique Ste-Croix-de-Jérusalem à Rome. Voici une vue générale du reliquaire. Il daterait du 1er siècle selon l'analyse de Michael Heseman.

Selon la tradition, la croix du Christ aurait été divisée en plusieurs fragments qui furent placés dans des reliquaires. Comme on le voit à gauche, un fragment de l'écriteau ou "Titulus crucis" fixé sur la Vraie Croix fut ramené à Rome par l'impératrice Hélène en 329. Il est aujourd'hui vénéré dans un reliquaire présenté dans la basilique Sainte-Croix-de-Jérusalem bâtie à Rome au IVe siècle.

Selon des analyses paléographiques réalisées en 1997 par l'historien allemand Michael Hesemann, le morceau de bois gravé mesure 25x14x2.6 cm et pèse 687 g. Il daterait du Ier siècle de notre ère, tout comme le style d'écriture latine.

Ce fragment comprend une inscription partielle gravée sur trois lignes. La première est écrite en hébreu, la seconde en grec et la troisième en latin. Les deuxième et troisième lignes, les plus visibles, sont écrites à l'envers à l'image du hébreu : "z´nh BSUNERAZA(H)N.SI RSUNIRAZAN" qui signifie "I. NAZARINUS RE" (J.de Nazareth Roi). On retrouve une partie des mots cités dans l'Évangile selon Jean "Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum", c'est-à-dire "Jésus de Nazareth Roi des Juifs" (Jean 19:19).

Selon les experts, les lettres figurant sur la première ligne sont les caractères hébreu Heh (ה ou H), Nun (ן ou N) et Tzadi (ץ ou Ts, sh) qui pourraient correspondre à l'abréviation "HN'Z" (H'Naser..., de Nazar...) dans la phrase "(YSU´) HN´Z(RY MLK HYHUDIM)". Sachant qu'en hébreu les voyelles ne sont pas transcrites, la phrase serait "(Yeshu) H´Noz(ery Melek H´Yehudim)", ce qui signifie "(Jésus) le Nazar(éen Roi des Juifs)" mais ce n'est qu'une hypothèse puisque toute la partie entre parenthèse est manquante. Mais en recoupant ces mots avec ceux des Évangiles, on en déduit qu'il pourrait bien s'agir de l'écriteau de la croix de Jésus de Nazareth.

Tout ceci reste néamoins au conditionnel puisque nous ne possédons aucune archive décrivant les conditions de la découverte de cet écriteau et aucun historien antique ni aucune annale historique n'évoque la préservation de la croix du Christ ou de son écriteau. De toute évidence, vu les circonstances, la croix fut perdue ou détruite avant ou juste après la révolte des Juifs car si elle existait encore entre le Ier et le IIe siècle, les historiens chrétiens en auraient vraisemblablement parlé. Mais à défaut de certitude, le doute bénéficie aux croyants. En revanche, pour les scientifiques son intérêt est tout relatif puisque l'objet est sorti de son contexte.

Pourquoi Jésus est-il mort ?

La réponse dépend autant des auteurs apostoliques et donc du crédit qu'on leur accorde que des convictions personnelles des lecteurs. En effet, si une nouvelle fois nous faisons une lecture parallèle des Évangiles sur ce sujet, on constate qu'il y a de nouveau des contradictions à propos de la justification de la mort de Jésus. C'est un comble sachant qu'il s'agit de l'évènement-clé du ministère de Jésus sur lequel les Évangélistes devraient au moins parler d'une seule voix !

La Bible de Jérusalem ouverte sur une page de de l'Évangile selon Marc décrivant la crucifixion et la mort de Jésus. Document T.Lombry.

Divergence d'opinion entre les Évangélistes

Selon Marc, Jésus est mort pour l'expiation (le rachat) de nos péchés (Marc 10:46) alors que selon Luc la mort de Jésus est une manière de nous convaincre de nous repentir pour être pardonnés (Actes 2:36-38; 3:17-19). Pour Marc, Jésus rachète nos péchés pour nous permettre d'accéder au Royaume de Dieu alors que pour Luc, Jésus nous pardonne si on se tourne vers Dieu mais à condition de soi-même pardonner aux autres. Dans le premier cas, Jésus "paie" pour nos fautes alors que dans le second cas, nos péchés sont effacés. C'est une différence fondamentale. Dans ce second cas, nous avons vu précédemment que c'est une révolution sociale car à l'époque si on ne payait pas sa dette à son créancier, la sentence allait de l'esclavage à la peine de mort. Il était impensable de pouvoir l'effacer comme le souhaitait Jésus.

Cette divergence d'opinion entre deux disciples de Jésus révèle la profonde divergence d'idées entre Marc et Luc. En effet, d'habitude Luc puise son inspiration dans les textes de Marc qu'il copie parfois mot-à-mot. Or il a totalement effacé ce passage pour le remplacer par sa propre conviction. Selon l'auteur, Jésus ne meurt donc pas pour la même raison ! Une fois de plus, ces différences entre les auteurs divise un peu plus l'unité apparente du Nouveau Testament.

Mais il existe une autre interprétation qui n'a rien à voir avec la théologie mais avec la psychologie.

De l'élu au martyr

Comme nous l'avons expliqué, en lisant la Bible hébraïque et les manuscrits esséniens, tout indique que Jésus avait conscience qu'après Jean-Baptise il avait hérité d'une mission d'intérêt supérieur au point de sacrifier sa vie pour réaliser les prophéties messianiques. Aujourd'hui, on appellerait ce sacrifice, le martyr.

Cette volonté allant jusqu'au sacrifice de soi est née avec la chrétienté (cf. l'Apocalypse de Jean à propos de l'Église de Pergame, les Actes des Apôtres et les martyrs massacrés à Rome) et a perduré jusqu'à aujourd'hui sous trois formes : le martyr (la victime), le kamikaze et le djihadiste.

Jésus acceptait de se laisser tuer pour témoigner de sa foi en la réalité divine et d'un monde meilleur. Ce comportement se rapproche de celui d'une personne radicalisée, auto-endocrinée qui serait devenue l'idéologue de sa communauté. Dans le cas de Jésus, c'était un guide spirituel dans lequel même des memres du Sanhédrin et Ponce Pilate ne voyaient rien de mal.

Au cours de sa vie, Jésus a toujours été plongé dans la spiritualité, que ce soit à travers la lecture de la Torah, l'enseignement nazôréen et peut-être celui des Esséniens. Mais il n'a pas eu besoin de recourir à un endocrinement idéologique forcé comme le subissent la plupart des adeptes des sectes et des terroristes pour se convaincre de mourir en martyr car il était déjà intellectuellement et spirituellement préparé à conduire sa guerre sainte; d'agneau il est devenu le Guide, ce qu'on peut résumer par un autre mot plus approprié : un leader fanatique, ce qu'on appelle préjorativement un "fou de Dieu".

En revanche, il est inhabituel que le leader se sacrifie pour ses adeptes. Généralement, c'est plutôt le leader de la communauté qui ordonne à ses adeptes de prouver leur fidélité et leur foi en commettant des actes que d'autres jugeraient suicidaires. D'ailleurs les apôtres et les martyrs chrétiens n'ont pas échappé à cette règle.

Pour que le Messie lui-même se sacrifie, Jésus devait donc être convaincu que son propre enseignement lui était inspiré par Dieu et qu'il en était l'ambassadeur ou ne faisait qu'un avec lui dès avant Abraham comme il l'affirma à l'occasion. Après tout, c'était le Dieu vivant comme certains apôtres l'ont qualifié. Auto-endocriné et encensé mais entouré d'opposants et d'infidèles, comme d'autres leaders fanatiques ayant tenu un discours révolutionnaire jusqu'au-boutiste et dans ce cas-ci blasphématoire, Jésus ne pouvait plus échapper aux conséquences de ses paroles et de ses actes, ne fut-ce que par respect envers les prophéties.

On peut aussi considérer que Jésus était illuminé, c'est-à-dire dans un état de zèle fanatique, pratiquement de trance spirituelle et qui serait passé à l'acte pour devenir le héros de son propre rêve et bien sûr un héros aux yeux des autres. Mais les autorités politique et religieuse peuvent l'interpréter autrement et certainement de manière plus objective. Soit l'acte est légal ou considéré comme une forme de résistance et l'homme devient un héros, soit l'acte est illégal et l'auteur est condamné. Malheureusement, comme Dieu n'a pas sauvé Jean le Baptiste avant sa condamnation à mort, Dieu n'a pas sauvé Jésus : après avoir souffert le martyre, agonisé et être mort crucifié sur la croix, son cadavre fut on ne peut plus inerte selon ses proches; rien ni personne ne le sauva au grand désarroi de ses fidèles. Dans le cas de Jésus, le superhéros y laissa la vie. Du moins en apparence si on en croit les apôtres.

Mais si un certain nombre de Chrétiens sont de l'avis de Luc et sont prêts à mourir ou à se sacrifier avec la conviction de rejoindre le Royaume de Dieu et d'avoir la vie éternelle, de nos jours les agnostiques se rallient à l'avis pessimiste de Marc pour lequel Jésus fut abandonné tout en rejetant ses conclusions dogmatiques. En effet, concrètement chaque être humain un minimum compatissant est bien d'avis qu'il est intolérable d'assister à la souffrance humaine tout en se disant qu'il s'agit de la volonté de Dieu. Si certains philosophes ont discuté sur les modalités du "retrait de Dieu" des affaires des hommes pour expliquer notre soi-disant liberté d'agir, l'explication n'est pas satisfaisante que du contraire. Si Dieu est si bon que le prétend Jésus, comment peut-il être aussi insensible et qui gagne quoi puisque finalement tous les hommes meurent apparemment dans l'indifférence de Dieu. On en déduit alors que Marc décrit l'agonie de Jésus comme réellement celle d'un homme ordinaire fataliste mort en martyr. Bien sûr, ce n'est pas le sens que souhaita transmettre Marc qui reste persuadé que Jésus est ressuscité.

La mise en scène des prophéties

Selon la Bible, alors que Jésus agonisait sur la croix, dans les derniers instants de sa vie, "à la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : Eloï, Eloï, lama sabachthani? ce qui signifie : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?" (Marc 15:34) puis poussa un cris et expira. Marc est le seul à citer les paroles de Jésus en araméen. Le fait de ne pas traduire l'expression pourrait signifier que Marc rapporte des paroles sacrées que même les Chrétiens n'ont pas traduites. On peut imaginer que Marc a repris une expression authentique de Jésus, mais étant le seul à l'évoquer on peut aussi l'interpréter comme une figure de style pour insister sur le désespoir et l'angoisse de Jésus, typique de Marc. En effet, selon Luc, Jésus n'a jamais prononcé ces mots mais on lui donna une éponge vinaigrée pour épancher sa soif. Certains disent qu'il l'a pris, d'autres qu'il la refusa. Selon Luc, Jésus fit une prière à Dieu : "Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font" (Luc 23:34). Qui dit vrai qui dit faux ? De toute évidence, à part Jacques et les femmes, aucun Évangéliste n'était présent au bas de la croix pour en témoigner.

Le visage du Christ typiquement chrétien (en souffrance pour l'expiation de nos péchés selon Marc et évidemment caucasien). Médaillon d'une croix érigée à Lviv en Ukraine. Document Zwiebackesser/Shutterstock.

Serait-il possible qu'en train d'agoniser, à l'instant de sa mort, Jésus ait encore eu le courage de se détacher de sa personne pour citer une prophétie et notamment ce Psaume 22 du roi David en espérant un miracle de Dieu ? Connaissant le côté mystique de Jésus, c'est bien possible qu'en désespoir de cause il espérait encore un geste de Dieu. Quant à l'idée de l'exprimer, qu'il se soit rappelé justement cette prophétie ressemble à une mise en scène théologique de Marc, une manière de nous révéler la présence de Dieu dans la souffrance de son Fils pour l'expiation de nos péchés comme nous l'avons expliqué. Il s'agirait alors d'une mise en scène purement théologique autour d'une crucifixion quant à elle bien réelle. Ce passage serait donc un théologoumène de plus.

Mais on peut aussi prendre la scène pour ce qu'elle est dans toute son abomination et sa souffrance, comme le signe de l'inquiétude et du désespoir que ressentirait un homme de foi victime de ses idées face à la réalité cruelle de son destin : mourir crucifié devant le Temple de Jérusalem symbole de la puissance divine après avoir été trahi par l'un des siens, renié par trois fois par un ami, rejeté par le peuple juif, injurié par les prêtres, abandonné par ses disciples (sauf par les femmes), condamné par les Romains, bref en ayant le sentiment d'avoir échoué.

S'il est naturel que le Fils de Dieu tienne rancune à son Père de l'avoir abandonné, il est étrange qu'un personnage divin n'ait pas le pouvoir de se libérer de l'emprise des hommes, d'autant que Jésus prétendait qu'il vaincrait la mort. Les croyants diront qu'il faudra attendre quelques jours pour en avoir la preuve lors de la résurrection du Christ. Malheureusement, à part quelques versets dans les Évangiles, rien ne prouve que cet évènement extraordinaire s'est réellement produit alors qu'à l'inverse, la crucifixion et la mort de Jésus sont confirmées par différentes sources. On y reviendra.

Face à la mort de Jésus et la façon dont il conduisit sa vie, une conclusion s'impose sous forme de question ouverte : peut-on envisager que Jésus était un humain ordinaire ayant orchestré son ministère comme une immense mise en scène des prophéties ? Certes, à douze ans, il n'avait sans doute pas conscience de vouloir assumer ni même de ce que représentait réellement le rôle de Messie mais dès qu'il débuta son ministère public, il s'était engagé corps et âme dans cette mission messianique.

Comme nous l'avons évoqué, de nombreux épisodes de la vie de Jésus dont l'opposition des Pharisiens, les guérisons miraculeuses, l'arrivée dans Jérusalem sur un âne et l'annonce de sa trahison sont calquées sur les prophéties. Si les miracles font sans doute partie de ce folklore qui entoure tous les souverains antiques, on y reviendra, les coïncidences entre les épisodes de la vie de Jésus et les prophéties sont trop fréquentes et trop belles pour ne pas susciter le doute dans l'esprit des critiques.

L'hypothèse d'une mise en scène est plus simple à croire que d'imaginer que Jésus serait d'essence divine, qu'ensuite il aurait tout deviné et enfin qu'il aurait utilisé par hasard ou même sciemment les mêmes mots ou les mêmes gestes que ceux prédits dans des dizaines de prophéties. Cela fait une hypothèse vraisemblable et réaliste face à deux conditions invraisemblables en raison de leur caractère surnaturel et une troisième qui confirme la mise en scène, Jésus n'ayant qu'à appliquer scrupuleusement l'une ou l'autre prédiction des prophètes.

L'Apocalypse ou livre de la Révélation de Jean à propos des prophéties. Document T.Lombry.

En complément, il est difficile de croire que des dizaines de prêtres ou de fonctionnaires de hauts rangs avaient le don de prémonition, en particulier qu'ils étaient capables de prédire l'avenir détaillé de Jésus ! Et comme par hasard, le "Maître de Justice" essénien avait le même don ! Un cas de prémonition pour l'ensemble de la Palestine passerait encore à la limite si les prédictions se vérifieraient (mais même à ce jeu les astrologues ressemblent à des amateurs), mais prétendre que des dizaines de personnes au cours de plusieurs siècles auraient été capables de prédire des dizaines d'évènements et parfois identiques concernant uniquement Jésus cela devient hautement improbable. A l'exception d'une mutation génétique chez les prophètes, l'existence d'autant de personnes dotées de telles facultés extrasensorielles (que ce soit dans un même pays ou sur la Terre entière) n'a pratiquement aucune chance de se produire; même pas une sur un milliard de milliards !

La solution la plus simple étant aussi la plus probable, un scientifique n'a pas d'autre choix que d'accepter la première théorie qui va s'avérer toucher Jésus au plus profond de son âme : la mise en scène de sa vie jusqu'à se sacrifier comme l'annonçaient évidemment les prophètes puisque Jésus accepta de "jouer à ce jeu" morbide ! Tout cet enchaînement de faits est finalement très logique sans qu'il faille faire intervenir un Dieu tout puissant, qui de toute évidence n'est jamais intervenu dans les affaires des hommes.

Cette explication vient malheureusement appuyer tous les autres indices qui vont dans le même sens : Jésus ne serait pas doté de pouvoirs divins, mais guidé par un idéal messianique, il aurait agit de manière à ce que les évènements de sa vie collent aux prophéties en espérant qu'elles se réalisent pour lui, persuadé d'être l'élu. Bien sûr, cette théorie se conjugue uniquement au conditionnel. La raison est que Jésus n'a jamais clairement mis cartes sur table pour expliquer sa nature ni laissé de trace de sa divinité autrement qu'à travers les miracles et les apparitions cités par quelques apôtres.

Un vrai Messie combat et ne meurt pas !

Que l'on soit croyant ou pas, en imaginant la Passion de Jésus et les souffrances gratuites qu'il endura, on ne peut éprouver que de la compassion pour cet homme de dieu, pacifiste et qui finalement ne voulait partager que son amour et sa doctrine. Il ne les a jamais imposés ni prétendu vouloir remplacer les rois ou porter le glaive contre leurs armées. Comme le répéta Jésus : "Mon royaume n'est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs, mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas" (Jean 18:36). Même si cette réponse n'est sans doute pas celle que prononça Jésus puisque les Évangiles synoptiques ne la mentionnent pas, c'est en tout cas le message que ses disciples ont retenu et transmis à la postérité. Les Juifs ne l'ont jamais compris tandis que les Romains, les Perses, les Éthiopiens et même quelques Indiens mirent près de trois siècles pour l'accepter et se convertir.

En revanche, comme nous l'avons expliqué, endocrinés par les préceptes de leur religion, la plupart des Juifs et même les proches de Jésus et les païens croyaient que le Messie était venu bouter l'envahisseur Romain hors du pays. Lorsque Jésus fut arrêté dans le jardin de Gethsémani, ses disciples ont voulu se battre avec les soldats jusqu'à ce que Jésus leur demande de baisser les armes car les prophéties devaient s'accomplir. Quand ensuite Jésus refusa de se défendre devant Pilate puis rendit son dernier souffle sur la croix, ses proches furent encore plus sceptiques quant au sens de ses paroles et de ses actes.

Confronté à la mort inattendue et la plus abjecte de leur héros, les Juifs, les disciples de Jésus et les païens avaient de bonnes raisons de douter de ses allégations : sa mort signifiait qu'il ne pouvait pas être le Messie ! De plus, il était l'inverse d'un Messie puisqu'il refusa de se battre ! Et 2000 ans plus tard, l'opinion des Juifs et des Musulmans sur la question n'a pas changé : Jésus était un prophète voire même un simple prédicateur, un Notsri, mais jamais l'élu.

En revanche, pour les Chrétiens ce fut le début d'une nouvelle doctrine, sa résurrection par Dieu étant le signe de sa divinité et de la vérité de ses paroles.

Quoi que pensent les uns et les autres, connaissant le contexte historique et théologique qui forga le judaïsme et permit l'émergence du christianisme, il est difficile de lire les Évangiles naïvement au premier degré en imaginant mot pour mot que Jésus est le "Fils de Dieu" et qu'il "monta au ciel" à une époque où les références aux messies et aux ascendances divines étaient nombreuses et comme nous l'avons dit le miracle était une figure de style au même titre que la parabole, une manière plus commode de frapper les esprits afin de transmettre un message à vocation théologique. On reviendra sur les miracles et les apparitions.

Nous verrons dans le prochain article la résurrection de Jésus qui est au fondement du christianisme et tenteront de répondre aux critiques que soulève cet évènement. Il nous permettra également de revenir sur les questions du pourquoi et pour qui Jésus est-il mort et de quelle manière l'Église l'a compris et ses conséquences.

A lire : La résurrection du Christ

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[1] Lire Jodi Magness, "The burial of Jesus in light of archaeology and the gospels" (et PDF), 2007 - Jodi Magness, "Ossuaries and the Burials of Jesus and James"(PDF), Journal of Biblical Literature, 124, 1, p.121-154, 2005 - Craig Evans, "Jewish Burial Traditions and the Resurrection of Jesus" (et PDF), Journal for the Study of the Historical Jesus, 3, 2, pp.233-248, 2005.

[2] Ce document antique fut élaboré en deux étapes. D'abord, à partir du IIe siècle de notre ère, plusieurs documents appelés les "Actes de Pilate" furent publiés. Le philosophe chrétien et martyr Saint Justin y fait référence (cf. "Apologie", XXXV et XLVIII) ainsi que l'écrivain latin Tertullien (cf. "Apologeticum", V et XXI). Un "rapport de Ponce Pilate à Claude" également très ancien fut incorporé dans les "Actes de Pierre et de Paul" au IIIe siècle. Ensuite, dans une seconde étape, durant la persécution de Maximin Daia (311-312) cité par Eusèbe de Césarée (cf. "Histoire ecclésiastique", IX, V, I), des rédacteurs chrétiens se sont opposés aux "Acta Pilati" délibérémment pro-romains et rassemblèrent une série de documents plus anciens qui formeront "l'Évangile de Nicodème". Pilate n'en est pas l'auteur et n'intervient que comme un témoin dont on rapporte les actes et les paroles.


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