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La Bible face à la critique historique

Jésus enseignant sa doctrine et sa vision du salut à travers sa relation privilégiée avec Dieu. Doc LDS.

Le discours politique de Jésus (I)

Pour comprendre l'action de Jésus et les risques qu'il prit, il faut essayer de se mettre à sa place et si on ne peut pas y parvenir, au moins comprendre son temps en se plaçant à l'époque du judaïsme du second Temple sans essayer de superposer le christianisme sur les actes et les paroles de Jésus comme trop de Chrétiens le font encore parfois.

D'après les écrits apostoliques, à quelques rares exceptions près Jésus bénéficia très tôt d'un large capital sympathie auprès du public, souligné par une compassion sans borne et un esprit d'ouverture très rare pour l'époque. En effet, Jésus mit en avant son érudition, son sens critique, son carisme et sa bonté pour défendre sa doctrine face aux attaques de ses opposants notamment les Pharisiens (les défenseur de la Loi orale) et les Sadducéens (les membres du clergé issus de l'aristocratie juive) et tenter de persuader les foules qu'il était le Messie annoncé par les prophètes voire même un peu plus.

Pourquoi qualifier le discours de Jésus de politique quand on sait qu'il n'a jamais fait de politique et s'est cantonné à son rôle de guide religieux ? Mais Jésus s'est-il réellement limité à ce rôle ? Certes, Jésus n'est pas un politicien et n'a jamais prétendu assurer cette fonction, mais en entrant sur la scène publique, il avait l'intention affirmée de conduire un mouvement social et spirituel au coeur d'un pays juif romanisé et donc il savait qu'il pouvait rencontrer des obstacles autant politiques que religieux. Il savait également qu'en prêchant la venue imminente d'un royaume divin dont il serait le souverain, il allait s'opposer aux lois de l'Empire romain et devrait le cas échéant en supporter toutes les conséquences. A moins d'être inconscient et irresponsable, ce n'est déjà pas une entreprise banale à la portée du premier quidam. Ce sont ces idées révolutionnaires qu'enseigna Jésus que nous allons à présent décrire.

L'appel des Douze

Avant de commencer son ministère public, Jésus choisit douze apôtres parmi ses disciples (Matthieu 10:1-20 et Luc 6:12-19) qui représenteront ses amis les plus fidèles et ses porte-paroles. Il s'agit de Simon (Pierre ou Céphas), André, Jacques dit le Majeur, Jean, Philippe, Barthélémy (Nathanaël), Thomas, Matthieu (Lévi), Jacques dit le Mineur, Jude Thaddée, Simon le Zélote (ou le Cananéen ou  le Cananite) et Judas l'Iscariote. La plupart des apôtres sont des pêcheurs n'ayant probablement pas suivi une longue scolarité. Si certains savaient peut-être lire, peu savaient écrire. Rappelons que ce ne sont donc pas ces personnages qui ont rédigé les livres apostoliques ou les apocryphes qui ont tous été écrits en grec ancien (koiné) par des intellectuels. Pour ne pas surcharger ce portrait de Jésus, on reviendra sur ce sujet dans l'article sur les apôtres et les disciples de Jésus.

Les apôtres et les disciples nous décrivent Jésus comme un personnage cultivé, intelligent, subtil et même très émotif et parfois perdant confiance en lui quand il invective ses opposants, se plaint du manque de foi de ses apôtres, quand il se met en colère ou durant ses crises de foi. Bref, c'est un être humain au sens premier, avec ses forces et ses faiblesses, et nullement un Dieu humanisé comme certains chrétiens conservateurs le pensent encore.

Nous avons brièvement expliqué dans l'article Jésus de Nazareth que Jésus a apparemment le profil d'un rabbin très qualifié de mouvance pharisienne mais dissident et radical car opposé à la volonté politique des dirigeants de son pays. En effet, vivant parmi les hommes, Jésus savait qu'il devait obéir aux lois de la cité édictées par les hommes, en l'occurence à la Loi de Moïse pour le peuple juif ainsi qu'aux lois romaines imposées par Hérode Agrippa et exécutées en Judée par Ponce Pilate. Même s'il tenta de convaincre son auditoire qu'il était la Loi en travaillant par exemple le jour de sabbat (Marc 2:23-3:12), Jésus savait malgré tout que s'il s'opposait aux règles séculaires de cette même Loi, le pouvoir en place y verrait un perturbateur de l'ordre public et un blasphémateur. Et c'est bien de la sorte que Jésus fut considéré par ses ennemis les plus farouches, les Sadducéens, quand il fit un scandale en expulsant les marchands du Temple (Marc 11:15-19, Matthieu 21:12-17, Luc 19:45-48) ou quand il parla de sa mission divine à des villageois et des docteurs en théologie hermétiques à sa doctrine.

A gauche, "Le Christ appelant les Apôtres Jacques et Jean" peint par Edward Armitage en 1869. Huile sur toile. Au centre, "La vocation de Matthieu" dit Lévi (l'homme barbu à gauche entouré de Publicains appelé par Jésus situé à droite et auréolé, à moitié caché par un apôtre) peint par Le Caravage vers 1599-1600. L'oeuvre est exposée dans la chapelle de l'église de Saint Louis des Français à Rome. Voici la critique de cette oeuvre. A droite, l'apôtre Jacques le Majeur, le frère de Jean, peint par Giuseppe Vermiglio (1585-c.1635). Huile sur toile exposée dans la Galerie de peintures de Repossi, en Italie. Jacques est représenté avec la coquille saint Jacques, symbole des pèlerins de Compostelle où l'apôtre ira notamment porter la Bonne Nouvelle (le pèlerinage n'y commença qu'en 834).

Toutefois, pour ne pas choquer l'opinion publique et les autorités avec des idées qui pouvaient être mal interprétées et jugées subversives, Jésus resta prudent jusqu'au dernier jour et le recommanda également formellement à sa communauté. Jésus savait qu'il pouvait être arrêté et peut-être même condamné à mort comme le fut Jean le Baptiste voire même crucifié si l'autorité romaine jugeait qu'il était un insurgé politique. Malgré ce risque tangible, Jésus décida de poursuivre sa mission quoiqu'il advienne tout en préférant prendre seul la reponsabilité d'être éventuellement arrêté et condamné, jugeant que les apôtres et les disciples n'étaient guidé que par leur foi et n'étaient nullement responsable de cette agitation.

Si au début de son ministère, Jésus ne savait peut-être pas encore quelle ampleur allait prendre son mouvement, il y a bien un moment où il prit conscience que la situation lui échappait et qu'il allait devoir en répondre devant l'autorité juive ou romaine. Qu'il pensait ou non pouvoir échapper au verdict du jugement des hommes est autre histoire. Rappelons à ce sujet quelle était la situation géopolitique en Palestine à l'époque de Jésus.

Jésus et l'occupation romaine

Jésus vécut à une époque où l'Empire romain était très puissant, s'étendant du Portugal à la Judée, de l'Angleterre au Nord de l'Afrique. En Galilée, entre 37 et 4 avant notre ère, les légions dirigées par Hérode le Grand, roi Hasmonéen vassal de Rome ou par Caius Sosius en son absence, semaient la terreur dans la population, les Romains n'ayant jamais eu de considération pour les rois locaux et le peuple juif.

Comme on le voit sur la carte ci-dessous, à la mort du roi Hérode le Grand en l'an 4 avant notre ère, son royaume fut partagée entre ses trois fils héritiers et divisé en trois tétrarchies : la Judée en orange (ayant Jérusalem pour capitale et comprenant les provinces de Judée, la Samarie et l'Idumée (Edom) furent confiés à Hérode Archelaus jusqu'en l'an 6 de notre ère, la Galilée et la Pérée en bleu furent confiées à Hérode Antipas (Antipatros) jusqu'en 39 de notre ère et Philippe le Tétrarque reçut les territoires situés sur la rive gauche du Jourdain, à l'est de la Galilée et du lac de Tibériade (comprenant la Batanée, la Trachonitide et l’Auranitide) qu'il administra jusqu'en 34 de notre ère.

Du temps de Jésus, l'empereur Auguste ayant jugé qu'Archélaus était incapable de maintenir l'ordre en Judée, après son exil la Trétrarchie de Judée fut intégrée à l'Empire romain et rattachée à la Syrie et administrée par Publius Sulpicius Quirinius jusqu'à son décès en 21. Ensuite le dernier roi juif Hérode Agrippa 1er géra la Trétrarchie sous Caligula. Ponce Pilate fut préfet c'est-à-dire gouverneur et procurateur de Judée entre 26-36 de notre ère.

Répartition des pouvoirs dans le nord de la Palestine à l'époque de Jésus.

Il y a 2000 ans, les Juifs de Galilée et surtout de haute Galilée (la Tétracomie) et du Golan se révoltaient régulièrement contre les Romains en raison des injustices flagrantes dont ils faisaient l'objet. Pas plus tard qu'en l'an 4 avant notre ère, la ville de Sepphoris située à 8 km au nord-ouest de Nazareth fut détruite corps et bien par les Romains et totalement rasée. Elle fut reconstruire au cours des décennies qui suivirent et devint une cité romaine riche et prospère. Jésus ayant vraisemblablement travaillé à la construction de Sepphoris, en voyant les somptueuses villas décorées de céramiques et de marbre, il devait sans doute être révolté intérieurement sachant combien son peuple souffrait, vivant dans la misère sous le jouc et l'indifférence des Romains.

Si on compare cette époque à la situation actuelle, les historiens ont qualifié les actions menées par les opposants en haute Galilée de terrorisme, au point que les habitants craignaient les représailles et se réfugiaient dans des abris souterrains creusés sur plusieurs niveaux sous leur habitation.

Les annales historiques montrent qu'en l'an 20, le peuple juif était tellement opprimé et taxé que même ceux qui travaillaient ne gagnaient pas suffisamment d'argent pour vivre alors que les Romains et les Sadducéens, riches et puissants, vivaient dans l'opulence sans s'inquiéter du lendemain. Face à de telles injustices, on imagine facilement que des opposants et des groupuscules terroristes dirigés par des idéologues ont voulu se rebeller face à cette situation devenue insoutenable et renverser le statut quo instauré par le gouvernement juif en place. Comme l'avaient annoncés les prophètes, Galiléens et Judéens croyaient qu'un Dieu de Justice viendrait y mettre de l'ordre et les sauver de l'oppresseur.

Un autre évènement évoque l'opposition de certaines sectes face à l'occupant. L'Évangile selon Luc évoque le recensement de la population par Publius Sulpicius Quirinius précité, en l'an 6 de notre ère. A cette époque, un certain Judas fils d'Ezéchias, était membre du parti révolutionnaire qui donnera naissance aux Zélotes vers l'an 40, un groupe nationaliste juif. Celui-ci s'opposait à l'impôt dû à César et ne reconnaissait qu'un seul maître, Yahvé, et fomenta une rébellion comme l'explique notamment Flavius Josèphe dans son livre "La Guerre des Juifs" (Livre II, IV:1.55, VIII:1.117) publié vers l'an 75. Plus tard, deux des fils de Judas et contemporains de Jésus et appartenant à cette secte furent crucifiés par Tiberius Julius Alexander, le neveu du gouverneur juif romanisé Philon d'Alexandrie qui régna sur la Judée de 46 à 48.

C'est à cette époque troublée qu'auraient aussi vécu le célèbre Barabbas et ses deux larrons qu'évoque le Nouveau Testament, des "brigands" selon les Romains ainsi qu'ils appelaient les opposants comme les Zélotes mais considérés comme des "résistants" selon plusieurs apôtres. Toutefois nous verrons que l'authenticité de Barabbas est remise en question dans les manuscrits apocryphes.

Ainsi à l'époque de Jésus, les enfants naissaient avec l'idée que leur pays était occupé par des païens et virent toute leur vie des croix de crucifixion s'ériger sur tous les horizons. En parallèle, les Juifs les plus dogmatiques voyaient le Temple aux mains des aristocrates sacerdotaux (prêtres) et des Pharisiens corrompus, loin de représenter l'esprit des préceptes de la Torah. C'est en réaction à cette situation devenue insupportable pour beaucoup de Juifs qu'on pouvait entendre des prédicateurs apocalyptiques comme Jean le Baptiste prêcher en Galilée que l'heure du changement était arrivée ou que la fin du monde était proche quand ce n'était pas des critiques en règle contre les moeurs d'Hérode Antipas et des appels à la rébellion contre l'occupant.

Dans ce contexte, mis à part les Juifs faisant commerce ou tirant avantage de l'Empire comme les Sadducéens, on peut imaginer que la population juive de Palestine n'appréciait guère les Romains. Même sentiment de rejet envers les étrangers, païens par définition.

C'est dans ce climat de révoltes et politiquement instable que Jésus développa sa docrine, influencée par ses relations avec les Baptistes et les Esséniens et entretenue par sa pratique du culte judaïque et notamment la lecture des livres des Prophètes qui conditionneront toute son existence.

Une révolution sociale autant que spirituelle

Malgré l'occupation romaine et les textes prophétiques, les Pharisiens comme les membres du Sanhédrin n'ont jamais vu en Jésus un Messie car comme nous l'avons expliqué, Jésus était un enfant du pays et issu d'une famille plutôt pauvre. Endocrinés dans leur foi, les notables imaginaient plutôt le Messie comme un chef de guerre à la tête d'une armée. Or l'homme qu'ils voient devant eux prêcher aux foules et qui ose tenir tête aux Pharisiens et aux grands prêtes n'est ni un religieux et n'a apparemment rien du Messie, que du contraire; il est accompagné d'anciens pêcheurs, de femmes, de personnes détestées du peuple comme Matthieu, un percepteur de l'impôt, et de quelques convertis à sa secte souvent issus de milieux pauvres et n'est nullement socialement bien établi dans la société.

Mais, rétrospectivement, plus d'un théologien considèrent que ce fut justement un "miracle" en soi que Jésus soit parvenu à transformer de simples pêcheurs en prédicateurs prêts à se sacrifier pour défendre leur foi !

Comme tout bon prédicateur ou guide spirituel, Jésus attirait les foules bien au-delà de l'horizon. Selon Matthieu, la renommée de Jésus "se répandit dans toute la Syrie [...], une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d'au-delà du Jourdain" (Matthieu 4:24-25). Lors du sermon près du village de Tabgha suivit du miracle de la multiplication des pains et des poissons, Jésus rassembla "cinq mille" personnes (Matthieu 14:13-21) qu'il rassasia et il resta encore 12 paniers de nourriture. On y reviendra à propos des miracles et de leurs significations. Puis il y eut le fameux sermon sur la montagne (ou dans la plaine selon les auteurs), lieu aujourd'hui appelé le mont des Béatitudes situé au nord du lac de Tibériade, à 3 km de Capharnaüm, où Jésus attira à nouveau la foule.

Le sens caché des Béatitudes

Vue aérienne de l'église du mont des Béatitudes (avec la coupole grise à l'avant-plan) près du lac de Tibériade avec le village de Tabgha au-dessus du centre (légèrement caché par la colline) où fut érigée l'église de la Primauté de Saint Pierre (avec le toit rouge). Capharnaüm est hors-champ, à 3 km vers la gauche. Document London ICOC.

C'est à cette occasion que Jésus transmit son message apocalyptique le plus important et le plus représentatif de son ministère (il occupe 3 chapitres et 105 versets dans l'Évangile selon Matthieu, les chapitres 5 à 7 soit un discours de près de 10 minutes) à une assemblée essentiellement constituée de Juifs pauvres. Au cours de ce sermon, Jésus annonça au peuple juif ce qu'il voulait entendre, c'est-à-dire un discours politique plein d'espoir en cette période d'occupation romaine. Jésus déclara notamment que les premiers sujets accédant au Royaume de Dieu sont les pauvres, les affligés et même les persécutés, tout en prédisant que des malédictions s'abattraient sur les infidèles. Il rappela également qu'il détestait les opportunistes, les faux-prophètes et les hypocrites tout en pardonnant à ceux qui l'avait offensé et en exigeant autant de ses fidèles. C'est aussi lors de ce sermon qu'il leur enseigna la façon de prier le Père (Matthieu 6:9-13) qui, rappelons-le, est un passage rédigé par la source "Q".

Notons que lors de ce sermon mémorable, l'étude des références croisées montre que Jésus s'inspira à de nombreuses reprises des enseignements de la Torah ainsi que des livres des Prophètes et des Psaumes parmi d'autres (et il le dit quand il évoque les "anciens"), ce qui montre bien que Jésus respectait la Loi juive et en tira des enseignements fondamentaux pour sa doctrine, tout en l'adaptant à ses convictions, ajoutant ou supprimant des contraintes ou des libertés. On reviendra sur les textes hébraïques qui influencèrent la doctrine de Jésus quand nous aborderons la divinité de Jésus.

Bien que très profond et décrivant l'humanité de l'homme envers son prochain dans ce qu'elle a de plus touchant, pour la plupart des gens son message alla et va toujours à l'encontre du bon sens. En effet, pourquoi essayer de fraterniser avec l'occupant, de tendre l'autre joue à son ennemi ou d'offrir un objet de plus à un voleur quand on sait que son but viole toutes les conventions entre amis ou vise à vous tuer ou vous faire souffrir ? La foi peut-elle remplacer les lois qui visent justement à protéger les innocents et les personnes lésées ? Quel bénéfice peut-on tirer de telles attitudes ?

Avant de répondre, ouvrons une parenthèse pour souligner que par moment les propos de Jésus se contredisent. En effet, Jésus lui-même s'est mis en colère contre les marchands du Temple (Matthieu 21:12-13) en raison des taxes qu'ils s'octroyent en échange de leurs services (les fidèles troquent la monnaie romaine contre la monnaie du Temple sans éfigie païenne moyennant le prélèvement d'une taxe) et à une autre occasion il maudit les habitants de Chorazeïn (Korazim) qui refusaient son message (Matthieu 11:20-24). Or Jésus dit lors de son sermon : "Mais moi, je vous dis que quiconque se met en colère légèrement contre son frère sera passible du jugement" (Matthieu 5:22).

 On peut alors se demander si Jésus acceptait les compromis et était si tolérant qu'il le prétend ? De toute évidence, Jésus voulait supprimer les dérives de certaines traditions juives en manifestant sa désapprobation dans le lieu le plus symbolique du judaïsme, le Temple, et il réussit à attirer l'attention du haut clergé probablement au-delà de ce qu'il imaginait. Mais Jésus a-t-il seulement prit la peine de demander au peuple ou aux apôtres leur avis ? Bien que Jésus n'utilisa jamais la force pour convaincre son auditoire, il le mit tout de même en garde et le menaça de la puissance divine s'il ne s'y pliait pas, ce qu'on peut considérer comme une forme de chantage et d'intimidation. Cette manière de convaincre n'est pas appréciée des diplomates car ils savent que le jeu est très dangereux; la partie adverse peut mal l'interpréter et réagir négativement, ce qui fut le cas du Sanhédrin. Mais Jésus était un radical et n'avait visiblement que faire des belles paroles diplomatiques et acceptait d'assumer seul les risques de ses actes.

A ce propos, lors de son sermon des Béatitudes, Jésus sous-entend également que la justice terrestre, c'est-à-dire la Loi juive appliquée par le Sanhédrin, est imparfaite et ses serviteurs corrompus car la Loi doit "[surpasser] celle des scribes et des pharisiens [pour que les fidèles] puissent entrer dans le royaume des cieux" (Matthieu 5:20). Refermons la parenthèse.

A gauche, "Jésus chassant les changeurs d'argent du Temple" peint par Carl Heinrich Bloch vers 1800. Au centre, certains imaginent que si Jésus prêchait aujourd'hui, il serait à l'image du Ché, un "Jésus révolutionnaire". Effectivement, les deux leaders carismatiques ont en commun de s'être battus pour une révolution sociale et culturelle mais Jésus n'était pas un politicien et envisageait également sa doctrine comme une révolution spirituelle. Il n'a jamais revendiqué la lutte armée pour y parvenir. A droite, la ville biblique de Korazim proche de Capharnaüm n'existe plus aujourd'hui mais il reste des ruines, notamment celles de la synagogue datant de la fin du IVe ou du début du Ve siècle de notre ère. Le site archéologique fait partie du Parc National de Korazim. Document MawaNewYork.

Sachant ce qui vient d'être dit, pour répondre à la question ci-dessus concernant le sens des Béatitudes, selon Jésus il faut s'écarter de cette vision terrestre écartelée entre les bons et les méchants, l'amour et la haine et se mettre à la place de Dieu (sic!) qui souhaite que son Fils Jésus paye pour racheter nos péchés (c'est l'expiation) et nous permettre d'accéder au Royaume de Dieu (la version de Marc). Or pour les Juifs, oser dire qu'on pourrait "se mettre à la place de Dieu", est un blasphème.

Jésus déclare aussi qu'il pardonne à ceux qui se repentissent (autrement dit, chacun doit également pardonner aux autres), une condition indispensable avant de se tourner vers Dieu (la version de Luc) et d'accéder à un monde meilleur, un royaume sous l'autorité du Messie, le principe même d'une théocratie. Mais en annonçant à des pauvres que chacun doit pardonner, Jésus sous-entend que cela s'applique à toute la société et à tous les sujets de l'Empire. Or, c'est une vision idéalisée qu'il est difficile de mettre en pratique. En effet, comme les béatitudes, il y a un pas entre l'idée et sa concrétisation qui semble avoir échappée à Jésus ou qu'il n'a pas eu le temps de mettre en pratique suite à sa condamnation à mort. Ne prenons qu'un exemple.

Dans la prière du "Notre Père" (Pater) enseignée par Jésus telle que transcrite dans la version originale de l'Évangile selon Matthieu en grec ancien ou dans la Vulgate (le texte est identique), il est écrit : "Pardonne-nous nos dettes, comme nous remettons à nos débiteurs" (dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris, cf. Matthieu 6:12). Les mots "debitum" (dettes) et "debitor" (débiteur) sont des mots du langage économique et ont le même sens qu'aujourd'hui. Il peut sembler étonnant de retrouver ce genre de mot dans un texte théologique. Mais ce n'est pas étonnant si on se replonge dans la culture judaïque à l'époque de Jésus. En effet, quand un commerçant ou un créancier juif écoute le message de Jésus, il se dit qu'il doit pardonner et donc effacer les dettes contractées par ses débiteurs. Cela lui rappelle un passage de la Torah dans lequel il est écrit à propos de l'année sabbatique (la Chemita en hébreu) que tous les 7 ans les dettes sont annulées : "tout créancier relâche sa main de ce qu’il aura prêté à son prochain. Il ne fera pas pression sur son prochain ou sur son frère, car le temps de la rémission en l’honneur de Dieu est arrivé" (Deutéronome 15:2). C'est la raison pour laquelle, la plupart des Juifs évitent de prêter à l'approche de l'année de Chemita car ils savent que la Loi permet au débiteur d'annuler sa dette, ce qu'avait prévu le législateur (Deutéronome 15:9-10). Or à l'époque de Jésus, à part durant l'année sabbatique, si on ne payait pas sa dette à son créancier, la peine légale était soit l'esclavage soit la peine de mort. Pour les créanciers qui étaient souvent des prêteurs de métier et les entrepreneurs les plus riches, il était donc inimaginable de pouvoir effacer l'ardoise des débiteurs d'un coup d'éponge comme le souhaitait Jésus ou c'est le principe même du commerce et de la justice qui partaient à vau-l'eau ![1].

Notons que Paul ira encore plus loin puisqu'il proposera de rendre à chacun ce que l’on doit, dont l’impôt ou le tribut : "Rendez à tous ce qui leur est dû : l'impôt à qui vous devez l'impôt, le tribut à qui vous devez le tribut" (Romains 13:7).

Précisons également que les Chrétiens interprètent cette dette économique comme une dette morale dans ce sens que chaque chrétien est redevable à Dieu en raison de l'Amour qu'Il nous porte et ne pas la respecter est un péché, un concept que saint Augustin a notamment développé.

Ajoutez à cette humanité généreuse voire idéalisée et cette religiosité exacerbée, le fait que Jésus acceptait dans sa communauté des femmes qui n'avaient pratiquement aucun droit dans la société juive misogyne (tout en étant beaucoup plus émancipées et libres que dans la société musulmane par exemple, à l'époque de Jésus et depuis l'époque du Talmud les femmes juives n'avaient pas plus de droits qu'un enfant mineur ou un esclave), des hommes détestés de tous et des païens, bref ne faisant aucune distinction entre les êtres humains, cette façon d'envisager les relations humaines et le rapport à Dieu représentait une véritable révolution sociale qui renversait les conventions.

Même de nos jours, après 2000 ans de réflexions et des décennies d'émancipation et de défense des Droits de l'homme, un tel discours égalitaire qui a des relans de communisme ou de marxisme pour certains ne fait toujours pas l'unanimité dans le public au point que la plupart des peuples se battent encore pour défendre leur religion et leurs coutumes sacrées séculaires souvent d'origine païenne. Si la doctrine de Jésus devait être votée par un Sénat civil d'un pays démocratique, elle serait probablement jugée non démocratique vu la préséance de la Loi de Dieu sur la loi des hommes (comme dans toute théocratie) et anti-constitutionnelle principalement pour des raisons culturelles et d'interprétations et certainement dans l'esprit des fidèles des religions les moins tolérantes (musulmane, judaïsme, bouddhisme, hindouisme, etc) qui ont toujours fait des distinctions entre les classes sociales, les genres et les religions pour mieux contrôler le peuple.

"L'Entrée à Jérusalem" peinte par Piétro Lorenzetti en 1320. L'oeuvre est exposée dans le transept sud (gauche) de l'église ou basilique inférieure Saint-François à Assise, en Italie.

Ce n'est donc pas sans raisons que les Juifs orthodoxes appelaient Jésus péjorativement "Notsri" (la forme compacte de l'homme de Nazareth) et ses disciples les "Notsrim", terme que les Juifs d'aujourd'hui utilisent encore pour nommer les Chrétiens. Mais s'ils ont conservé ce terme négatif et maintiennent leur point de vue radical à propos de la Torah, du Messie et de Notsri, nous verrons à propos du statut actuel des religions qu'en 2000 ans la mentalité juive a tout de même évolué. Mais comme dans toutes les religions, il existe toujours des personnes radicales et extrémistes.

La mentalité juive n'était donc pas franchement en faveur des idées révolutionnaires de Jésus. Selon les paroles même du futur apôtre Nathanaël, rien de "bon ne pouvait provenir de Nazareth" (Jean 1:46) mais Philippe parvint tout de même à le convaincre de suivre Jésus et les autres apôtres. Plus haut dans l'échelle sociale, les Pharisiens prétendaient également "qu'aucun prophète n'est jamais venu de Galilée" (Jean 7:52), ce qui rejoint l'expression des Juifs qui désignaient leurs adversaires par le nom de "Nazaréens". Mais nullement intimidés, certains disciples n'ont pas manqué de défendre Jésus et d'utiliser cette expression pour rappeler la prophétie selon laquelle le Messie sera méprisé du peuple (Isaie 53:1-3, Psaume 22:6).

 Bref, Jésus ne correspond pas à l'image du Messie biblique chef d'armée officiant pour Dieu attendu par les Juifs, et certainement pas quand il entre humblement à Jérusalem monté sur un âne accompagné d'une foule qui lui dressa un tapis de feuilles avec des "feuillages qu'ils coupaient dans la campagne" (Marc 11:8) ou "des branches d'arbres, et en jonchèrent la route" (Matthieu 21:8). "Toute la ville fut émue" selon Matthieu et Marc. Personne ne portait d'étendard ou une arme et les apôtres ne mentionnent aucun slogan politique à part des louanges. C'est aussi la raison pour laquelle Jean remplaça les feuillages par des palmes à l'image des signes impériaux (Jean 12:14) et donna à cette scène surnommée "l'entrée triomphale" un ton plus politique mais qui n'est pas authentique.

Rappelons que Jean est le seul à relater trois entrées de Jésus à Jérusalem. Comme nous l'avons évoqué à propos de sa jeunesse, il est probable que Jésus alla chaque année à Jérusalem pour célébrer au moins les trois fêtes traditionnelles de Pèlerinage dites "Shalosh Regalim" qui sont Pessa'h ou la fête de Pâque, Shavouot ou la fête de la Pentecôte et Soukkot ou la fête des Tentes. Mais cette fois, sa dernière visite au Temple était porteuse d'un tout autre message et marqua le début de l'épisode de la Passion.

Si Jésus représentait une menace pour l'autorité du haut clergé, on peut se demander pourquoi le Sanhédrin n'a pas fait appel à la garde romaine pour l'appréhender lors de sa venue à Jérusalem lors des fêtes de Pèlerinage et notamment lors de son "entrée triomphale" ? La raison la plus probable est qu'elle fut discrète quoiqu'en disent les Évangélistes. Sachant que le Temple avec son esplanade s'étendait sur 15 ha et qu'il avait plusieurs entrées (sur les façades est, sud et ouest), l'arrivée de Jésus fut noyée dans l'afflux des pèlerins. Ensuite, les autorités auraient-elles osé arrêter Jésus au milieu de la foule et risquer de provoquer une émeute faisant éventuellement des victimes ? Certainement pas à l'occasion d'une fête religieuse. Ceci explique cela.

Mise en scène des prophéties

Illustration de l'Entrée de Jésus à Jérusalem sur un âne dans L'évangéliaire de sainte Ehrentrude (~1100).

Soulignons ici une figure de style typiquement hébraïque et révélatrice. Quand Jésus entra dans Jérusalem, Matthieu précise : "Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète : Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse." (vv. 21:4-5). Mathieu reprend en effet les paroles de Zacharie écrites deux siècles plus tôt : "Sois transportée d'allégresse, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse" (Zacharie 9:9). Dans les deux cas, la première phrase est répétée, ce que les spécialistes et les poètes appellent un "parallélisme synonyme". Mais visiblement, Matthieu n'a pas compris cette figure de style car juste après il prétend que Jésus entra dans Jérusalem en même temps sur l'âne et l'ânon : "Les disciples allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus" (Matthieu 21:6-7). D'un autre côté, on ne pourra pas nier que Jésus et Matthieu ont respecté la prophétie à la lettre !

Mais ce fait implique aussi que Jésus a planifié cette action en fonction de la prophétie, comme ce fut également le cas lorsqu'il annonça dans la synagogue de Nazareth que la prophétie d'Isaïe était accomplie (qu'il était le Messie annoncé) et nous verrons que ce fut également le cas avec la trahison de Judas. Que conclure ? Qu'il ne s'agit nullement d'actions spontanées de Jésus mais au contraire d'actions planifiées et donc de mises en scènes des prophéties qui n'ont rien à voir avec une soi-disant omniscience divine. On en déduit que Jésus est un homme ordinaire qui prend seulement exemple dans les Écritures pour conduire sa mission prétendue d'inspiration divine. On reviendra sur ce sujet sensible à propos de l'arrestation de Jésus.

Jésus, un rabbin dissident

Tout au long de son ministère, Jésus n'a pas hésité à braver les interdits de sa religion, qu'il s'agisse de règles morales, rituelles (légales) ou d'hygiène. En effet, la Loi juive en vertu de son Quatrième Commandement (Exode 20:9-10) interdit de travailler le jour de sabbat (signifiant la "cessation", le jour de repos) et au fil du temps, la Torah a défini 39 catégories de travaux interdits dont celui de cueillir des fruits, de construire, de faire du feu et de faire la cuisine, mais également de toucher un cadavre (même celui d'un insecte mort) ou d'entrer en contact avec lui (Lévitique 11:31-40), de toucher des lépreux ou toute personne sujette à des impuretés sexuelles (Lévitique 13, 14, 15), y compris les sécrétions à l'occasion de relations conjugales (Lévitique 15:18-20; 12:1-8), ce qui constitue autant de "fautes" qui exigent de se purifier.

La Torah et un Talith (châle juif dont les franges ou tsisit suivent les prescription de la Torah (cf. Nombres 15:37, Deutéronome 22:12). En tant que juif pratiquant, Jésus l'a certainement porté.

Si Jésus était nazir (rien ne l'atteste car l'origine du mot est différente de celle de nazaréen mais Jésus a pu à l'occasion suivre leurs prescriptions pour remercier Dieu par exemple), il a également bravé leurs interdits même si on sait que les voeux de naziréat n'étaient prononcés que par période de 30 jours. En effet, conformément aux recommandations du livre des Nombres concernant le voeu de naziréat (Nombres 6:1-21), les nazirs devaient vivre en ascète à l'écart de la société. Ils ne buvaient pas "de vin ni de boisson enivrante", ils portaient la barbe, "[laissaient] croître librement [leurs] cheveux" et dans le cas de Jean le Baptiste, il "portait un vêtement de poil de chameau maintenu autour de la taille par une ceinture en cuir" (Matthieu 3:4). Notons que si la tradition du naziréat est encore citée par Flavius Josèphe ("Antiquités Judaïques", Livre IV, ch.IV, 4), on perd sa trace après le Ier siècle

En cas de violation des interdits, la Loi juive propose une "remède" légal. La "faute" commise ou l'état d'impureté peut être réparé par un rite de purification : on offre des offrandes en sacrifice, on lave les pieds, on purifie par le bain d'eau, etc. Lorsque la vie d'une personne est en jeu, notamment le sabbat, la Torah tolère également qu'on s'en occupe. Mais si la faute est un sacrilège, la victime risque la mort, généralement violente, c'est-à-dire par lapidation ou précipitation du haut d'une falaise, ce que Jésus a plus d'une fois évité de justesse.

Cependant,  Jésus respectait plus que l'esprit de la Loi juive car comme nous l'avons expliqué il prônait même le respect des commandements du Lévitique comme par exemple l'amour du prochain (Marc 12:31; Lévitique 19:18). Mais comme tous les Juifs, Jésus constata que les sacrificateurs et les représentants du culte travaillaient non seulement les sabbats ce qui était nécessaire de part leur fonction (cf. la Pâque), mais pratiquaient souvent des sacrilèges en toute impunité et dans le mépris de la Loi. Jésus s'en offusqua quelquefois et dénonça également les excès des Pharisiens qui interprétaient abusivement les textes, notamment à propos du travail ou la cueillette manuelle les jours de sabbat (Matthieu 12:2) et qui toléraient les marchands installés dans le Temple (Matthieu 21:12).

Aussi, comme certains prêtres et prophètes l'ont proclamé avant lui (Lévitiques et Isaïe), Jésus ne croyait pas à ces traditions ni à ces offrandes quand elles étaient l'oeuvre de faux croyants, raisons qui le poussèrent également à ne plus baptiser. Mais c'est aussi son intransigeance doublée de commentaires blasphématoires qui lui coûteront la vie sans même avoir commis aucun crime.

La tradition talmudique et les blasphèmes

Une Yeshiva ou école talmudique.

Pour montrer toute l'hypocrisie de la classe sacerdotale dirigeante et en même temps leur montrer sa liberté vis-à-vis de la Loi, Jésus sème le trouble dans le Temple au nez des Pharisiens, il est accompagné de femmes, on lui reproche de passer son temps à table et de boire avec ses disciples, de boire du vin, de travailler le sabbat, de toucher des cadavres (quand il les ressuscite), autant d'interdits ou de moeurs réellement révolutionnaires pour l'époque qui ne correspondent pas au style de vie des Juifs ni des Nazirs ou des Esséniens bien plus austères et pieux. Pour se justifier, Jésus répondit à ses détracteurs qu'en tant que Fils de l'homme il était seul maître des Lois et les violerait si c'était nécessaire.

Arrêtons-nous sur cette remarque car pour les représentants de la Loi juive et en particulier pour le Sanhédrin (pour rappel notre ami Joseph d'Arimathie qui mit Jésus en tombe était membre de cette assemblée mais comprenait bien le sens des paroles de Jésus), c'est le genre de blasphème qui ne peut pas rester longtemps impuni. En effet, comme beaucoup de religieux, la majorité des membres du Sanhédrin fut choquée par le manque de retenue de Jésus envers les Écritures, d'autant plus qu'elles faisaient force de loi. Or en même temps, déjà du temps de Jésus et c'est toujours d'actualité de nos jours, la tradition talmudique de la Yeshiva (les centre d'études de la Torah) a pour but de critiquer ouvertement la Torah. Comment expliquer cet apparent paradoxe ?

Quand un Juif parle de "Loi vivante" ou de "Torah de vie", cela signifie que les Juifs étudient la Loi mais acceptent en même temps l'évolution de son interprétation. Rappelons que dans nos cours et tribunaux démocratiques, cela ne fonctionne pas différemment; le verdict d'une jurisprudence est également une interprétation de la loi mais qui ne remplace pas la loi.

En pratique, de nos jours dans les Yeshiva ou écoles talmudiques, un rabbin (le "Roch Yeshiva" signifiant "tête de Yeshiva") lance un débat sur un sujet de la Torah qu'il va expliquer aux fidèles. Ensuite, ceux-ci vont critiquer ses commentaires et à leur tour interpréter le point du texte. Ces échanges d'idées conduisent régulièrement à des débats houleux et des polémiques dans les écoles hébraïques qui sont à la base de la pratique judaïque. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Jésus souhaite faire évoluer la Torah qui n'a en réalité jamais été figée comme l'imaginent la plupart des Chrétiens. En revanche, il est plus délicat voire impossible de tenir des propos blasphématoires. Si cela n'est pas particulier au judaïsme ni même aux religions (dans beaucoup de pays eruropéens, le négationnisme par exemple est puni pénalement), à l'époque de Jésus, le judaïsme était l'une des rares religions où sans avoir commis un crime un Juif pouvait être condamné à mort. Aujourd'hui, heureusement en Israël le blasphème est devenu "un crime sans victime" comme l'a dit le philosophe Alexandre Gilbert et n'est même plus criminalisé en Occident. Mais il reste des pays musulmans où le blasphème est encore synonyme de peine de mort et ou des fatwas de mort sont prononcées à l'encontre des blasphémateurs.

Venons-en à présent à l'organisation du ministère de Jésus.

Deuxième partie

Un ministère organisé et planifié

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[1] Jusqu'au XIXe siècle, en Europe, un débiteur ne payant pas le montant ordonné par un tribunal allait en prison (il pouvait aussi demander l'aide financière d'un proche ou effectuer des travaux dans une maison de détention pour payer sa dette). Contrairement aux rumeurs, de nos jours un débiteur même en faillite ne sera jamais emprisonné pour ce motif (il peut être emprisonné s'il s'agit d'une amende imposée par le tribunal ou bien sûr s'il escroque des clients) et même en faillite ou en prison, sa dette court toujours.


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