Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

La Bible face à la critique historique

La diversité des Églises chrétiennes.

Statut actuel des religions et des Églises

Si on en juge par la manière dont Jésus organisa son ministère, dès le début il semblait conscient que son mouvement allait semer des troubles, qu'il serait subversif et le menerait à une mort violente (Marc 10:32-34) mais qu'en contrepartie il s'étendrait bien au-delà de sa province natale et de son pays. 

Selon le sociologue des religions Rodney Stark de l'Université Baylor au Texas, le mouvement réformateur de Jésus comptait environ 1000 adeptes en l'an 40 de notre ère, puis 217000 à la fin du IIe siècle pour dépasser 34 millions de Chrétiens en 350 de notre ère, à l'époque de l'empereur Constantin Ier et plus de 2.4 milliards aujourd'hui. On y reviendra.

Au cours des différents conciles pontificaux (catholiques), saint-synodes (orthodoxes) et assemblées luthériennes (protestants), les chefs spirituels des différentes Églises ont âprement discuté des termes mêmes de cette alliance avec Dieu, du crédo et de la docte observance du dogme. Revers de ces décrets et autres canons, au "nom de Dieu" les Églises n'ont pas hésité à excommunier et persécuter les blasphémateurs et les hérétiques et à partir en guerre sainte contre les profanateurs du Temple et des lieux saints et à pourchasser les infidèles. On y reviendra à propos des guerres de religion.

Après des siècles de querelles théologiques, de divisions fratricides, d'intolérance et de guerres de religion, quel est aujourd'hui le statut et l'avenir de cette Église revendiquant la place des apôtres et la véritable gnose divine ? Que représente-t-elle parmi les religions ? Comment les jeunes la juge-t-elle et considèrent son rôle dans la société moderne ? L'Église reste-t-elle un repère crédible dans ce concert mondial des choses qui se transforment, un monde capitaliste et ultra libéral, cosmopolite et pluriculturel où les individus sont de plus en plus isolés, égoïstes, violents, opportunistes et semblent avoir perdu tous les repères culturels et nationaux qui faisaient la fierté de leur nation ? Telles sont les questions auxquelles sont aujourd'hui confrontés l'Église et ses adeptes et auxquelles nous allons tenter de répondre.

Statistiques

Malgré ses heures sombres et des brebis galeuses, l'Église chrétienne se porte bien. Selon différentes sources (cf. les références statistiques plus bas), en 2015 on comptait plus de 2.4 milliards de Chrétiens dans le monde dont 50 % de Catholiques, 37 % de Protestants et 12 % d'Orthodoxes, formant le premier groupe religieux devant les Musulmans (1.7 milliard et en forte hausse). Du fait qu'ils ne sont pas attachés à un pays ni à une culture comme s'en était étonné l'empereur Pompée, les chrétiens sont les plus dispersés. Alors qu'en 1910, près de 70 % des Chrétiens vivaient en Europe et moins de 30 % en Amérique, après l'explosion du marché mondial au milieu du XXe siècle et suivant les flux migratoires, aujourd'hui 24 % des chrétiens vivent en Europe, 24 % en Amérique centrale et latine et 24 % en Afrique sub-saharienne. Les Etats-Unis, le Mexique et le Brésil en accueillent 27 %.

La vieille ville de Jérusalem vue au lever du Soleil en direction du sud-est (cf. Google Maps) avec la basilique de l'Ecce Homo à l'avant-plan construite durant la seconde moitié du XIXe siècle (attenante au couvent de l'Ecco Homo fondé en 1862), le minaret d'une mosquée et le Dôme du Rocher ou mosquée Al-Sakhrah inaugurée en l'an 705 reconnaissable à son dôme doré. Environ 400 mètres ou 5 minutes à pied séparent la basilique de la mosquée. Sur la droite on reconnaît le dôme gris de la mosquée Al-Aqsa située à l'extrémité sud de l'Esplanade et un autre minaret plus loin.

Selon les Frères Maristes, en 2010 le Moyen-Orient comptait 0.83 % soit 20 millions de Chrétiens dont environ 3.5 millions vivent dans les pays du Golfe (il s'agit surtout d'immigrés d'Asie ou d'Occident) et appartiennent à différentes Églises, entre 1-2 millions vivent en Syrie (Chrétiens maronites, Chaldéens, Syriens, Arméniens et Grecs-melkites). Le Liban abrite 34 % de chrétiens soit 4 millions de personnes dont 1 million de Catholiques. Il faut y ajouter les Chrétiens vivant en Irak (suite aux guerres, leur nombre est retombé à ~300000 Chrétiens surtout Chaldéens et Syriens), en Égypte (225000 Coptes catholiques), en Jordanie (200000 Catholiques maronites, Chaldéens et Latins), en Israël (143000 Chrétiens), dans les territoires palestiniens (57000 Chrétiens), en Iran (135000 dont 20000 Catholiques surtout Chaldéens), en Turquie (80000 Chrétiens) et à Chypre (~35000 Catholiques maronites, Chaldéens et Latins).

157 pays sur 192 États membres de l'ONU sont à majorité chrétienne contre 49 à majorité musulmane. Par comparaison, en 2013 on dénombrait 13.85 millions de Juifs dans le monde dont 39 % vivaient en Amérique du Nord (en baisse) et 39 % en Israël (en hausse).

Selon les projections globales, du fait que la natalité augmente fortement dans la population musulmane, bien qu'elle soit moins nombreuse en 2010 (23.2 % dans le monde) que la chrétienne (31.4 %), en 2050 on estime qu'il y aurait 2.92 milliards de Chrétiens et 2.76 milliards de Musulmans, des chiffres encore difficiles à valider mais dont la tendance est vérifiée. D'ici deux générations, il y aura donc plus de Musulmans que de Chrétiens dans le monde (les premiers restants concentrés dans certains pays) et plus de Juifs en Israël qu'à l'étranger.

A propos des relations entre Juifs et Chrétiens

Les guerres de religion ont marqué l'Histoire du monde et continuent à semer la terreur à travers les actes de terrorisme comme nous l'avons évoqué. Depuis la fondation de l'Église, pendant près de deux mille ans les Chrétiens ont systématiquement convertis ou asssassinés les peuples insoumis au nom de Dieu (au cours de l'Histoire, les Musulmans ont également convertis les peuples mais de manière souvent bien plus douce). Plus récemment, au XXe siècle, les Juifs furent même exterminés par les Nazis avec l'approbation tacite de l'Église et des gouvernements démocratiques !

Comment le Vatican réagit-il aujourd'hui face à de tels actes et quelle est la mission de l'Église en ce troisième millénaire ? S'éloigne-t-elle ou se rapproche-t-elle de l'enseignement des premiers apôtres ?

Historiquement, les différences d'interprétations de la Bible entre Juifs et Chrétiens et la défense des lieux saints face à l'envahisseur musulman ont conduit les représentants des trois religions à se quereller et même se battre à mort pour défendre leur foi pendant deux millénaires. Si la Torah et les Talmuds sont les seuls livres qui méritent d'être reconnus pour les Juifs, pour les Chrétiens c'est avant tout le Nouveau Testament et le message du Christ qui est porteur de sens.

Encore aujourd'hui, certains Juifs comme Moreh ben Friedman dit clairement dans sa page "What is nazarene (netzarim) judaism ?" que "l'Église chrétienne a obscurci, voire déformé, la véritable identité du Messie, l'a vêtu de théologie et de rituels païens et lui a donné un nom étranger. Pour le dire franchement, pour suivre Yahshua, vous devez d'abord être capable de reconnaître le vrai Messie". Si on en juge par la tradition chrétienne, il ne croit pas si bien dire en avouant qu'il faut "reconnaître le vrai Messie".

Le pape François et le rabbin du Mur Shmuel Rabinovit se recueillant devant le Mur des Lamentations à Jérusalem le 26 mai 2014. Document EPE.

Se greffe sur cette incompréhension, l'idée que l'autorité religieuse juive a nié la divinité de Jésus et l'a condamné à mort, décision que les Juifs n'ont jamais remise en question et de ce fait ne le reconnaissent pas comme étant le Messie et encore moins le Fils de Dieu puis qu'il n'existe qu'un Dieu, YHWH. Ceci dit, certains Chrétiens comme les Protestants ne le croient pas non plus, considérant plutôt que Jésus fut un intermédiaire entre Dieu et les hommes, ce que l'auteur de l'Épître (pseudépigraphe) de Paul à son ami Timothée a bien révélé : "Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme" (1 Timothée 2:5), un avis très particulier que la Grande Église (et plus tard l'Église catholique) a préféré ignorer s'agissant d'un texte non authentique n'allant pas dans le sens du dogme.

Cette humanisation de Jésus est une différence importante entre le crédo catholique et protestant car elle soustrait aussi à Jésus une grande partie de son aura divine qui transpire pourtant dans de nombreuxes textes bibliques comme nous l'avons démontré. Finalement, ce n'est peut être pas plus mal, car pour ceux qui sont intimidés par le personnage, cela le rend plus accessible.

Cette différence de point de vue représente bien le schisme entre les Églises catholique et protestante : la première impose son opinion infaillible tandis que la seconde refuse cette autorité qu'elle ne reconnaît qu'en Dieu et insiste sur le partage des idées et la participation des fidèles à la vie religieuse.

Même intolérance et état d'esprit "anti-christ" chez les Musulmans qui considèrent Jésus comme un simple prophète au même titre que Mahomet. Ces motifs et le refus de dialoguer ont justifié les guerres de religion. Cette controverse théologique sur l'identité de Jésus a divisé la communauté judéo-chrétienne dès le Ier siècle de notre ère. Notons que les Actes des Apôtres décrivent ce conflit entre les deux écoles de pensées.

Heureusement, aujourd'hui les relations entre Juifs et Chrétiens est beaucoup plus saine qu'au siècle dernier. Les nouveaux intellectuels Juifs voient le Nouveau Testament avec un nouveau regard, voyant dans certains passages des Évangiles non pas une description de la vie de Jésus en son temps mais des situations à l'origine du développement des premières Églises chrétiennes, comme c'est notamment le cas des auteurs de la New Standard Jewish Encyclopedia. Cet ouvrage encyclopédique sur le judaïsme illustré et comprenant plusieurs milliers d'entrées décrit la culture, l'histoire, les coutumes et les traditions juives ainsi que quelques grandes personnalités juives de l'époque mythologique à aujourd'hui sans aucune discrimination (la biographie de Moïse est aussi longue que celle de ... Woody Allen).

Suite à la Diaspora du peuple Juif qui commença réellement à l'époque de Titus (en l'an 70 de notre ère), selon l'American Jewish Committee, en 2010 on recensait plus de 5.4 millions de Juifs immigrés aux États-Unis contre ~200000 Palestiniens. Par comparaison, en 2016 Israël comptait 8.5 millions d'habitants dont 75 % de Juifs et 20 % d'Arabes. Au total, près de 2.5 millions de Juifs de la Diaspora ont rejoint leur patrie dont près de la moitié proviennent de pays européens.

Aux États-Unis, il existe un véritable lobby pro-israélien, l'AIPAC, dont l'influence est la plus importante parmi tous les groupes de pression ethniques, y compris comparé au lobby arabe. En raison de leur réussite, les Juifs ne sont plus considérés comme une "minorité" victime d'oppressions par les autres groupes ethniques ou religieux ni même rejetés. Ce paradoxe s'explique par l'évolution des mentalités depuis les années 1970 où les Juifs américains ont réellement affirmé leur identité.

Le rôle de l'éducation et du sens civique sont également fondamentaux au même titre que la modération en politique et l'ouverture d'esprit de la population. Cette évolution positive des mentalités ont heureusement assagi les moeurs mais il ne faut pas se cacher qu'en temps de crise et surtout lors des guerres, le rejet, la conversion forcée ou l'extermination de l'étranger refait aussi facilement surface que la mauvaise herbe.

Sur le plan strictement religieux et de la coexistence des différentes religions, en 1965 le Vatican publia "Nostra Aetata" dans laquelle le pape Paul VI expliqua clairement que la mission de l'Église n'est pas de convertir le peuple Juif ou les Musulmans. "L'Église réprouve donc, en tant que contraire à l’esprit du Christ, toute discrimination ou vexation dont sont victimes des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur condition ou de leur religion. En conséquence, le saint Concile, suivant les traces des saints Apôtres Pierre et Paul, prie ardemment les fidèles du Christ « d’avoir au milieu des nations une belle conduite »." En 2001, le Vatican réitira ce principe et exposa clairement sa mission dans le document intitulé "Le peuple juif et ses Saintes Ecritures dans la Bible chrétienne".

Enfin, parmi les points à l'ordre du jour du pape François, il y a le changement de nom des Anciens Testaments et Nouveaux Testaments en Ancienne Alliance et Nouvelle Alliance, plus conforme au sens original des textes. En effet, historiquement dès la fin du IIe siècle, la plupart des textes sacrés réunis décrivant la vie de Jésus portaient en grec le nom de "Nouvelle Alliance" mais fut traduit en latin par "Nouveau Testament" qui comprennent les Évangiles et les textes apostoliques. De plus, le message de Jésus n'est pas un testament mais doit être compris comme une rupture (le sens premier du mot alliance en hébreu), c'est-à-dire un choix qui par nature rejette quelque chose au profit d'une autre que le fidèle doit réaliser s'il veut respecter la doctrine enseignée par le Christ.

Du schisme des Églises au schisme silencieux des jeunes

Aujourd'hui, pour un jeune et même un moins jeune (tranche d'âge de 18 à 65 ans) l'Église ne représente pas la même chose que pour nos parents ou grands-parents qui eux-mêmes n'avaient pas la même vision de la doctrine qu'à l'époque de la Chrétienté. A partir du moment où les États sont devenus laïques et que la raison s'est émancipée de la Foi, la population pris conscience de sa liberté et de ses droits.

Le pape François, chef religieux de l'Église catholique élu par ses pairs en 2013, et les évêques, considérés comme les successeurs des apôtres.

Mieux éduqués, plus critiques envers les idées traditionnelles, les fidèles ont fini par tout remettre en question, y compris l'autorité du Vatican qui prétend toujours être infaillible ("L'Église ne se trompe jamais") et détenir la seule Vérité ! Comment en effet peut-on accepter une telle ineptie à l'époque de la démocratie ? Le pape se défend en répondant que si l'Église ne peut pas se tromper, en revanche ses membres en tant que pêcheurs peuvent s'égarer, faisant ainsi une distinction en le dogme et les fidèles. Mais le sens de l'infaillibilité a dû échapper à l'Église puisqu'il existe différents courants : catholiques, orthodoxes, protestants et arméniens. Bien malin celui qui indiquerait lesquels sont "dissidents" ou "hérétiques". Alors soit tout le monde dit la Vérité, soit personne ne détient la Vérité ! Mais alors, sur quoi repose le dogme ? Sur des préjugés ? Des décisions laissées à  l'appréciation du hasard comme jadis ? Des prises de positions réactionnaires pour se démarquer de "l'autre Église" ? Ces réactions égocentriques ressemblent à des "enfantillages" d'Églises égoïstes et autoritaires, loin de la sagesse de la parole du Christ.

Comme le disait Paul VI lors du concile Vatican II (débuté sous Jean XXIII en 1962 et terminé sous Paul VI en 1965), aujourd'hui le rôle de l'Église est de "se réconcilier avec le monde de son temps", notamment en cessant de systématiquement s'opposer aux idées nouvelles, en particulier aux découvertes scientifiques (non seulement en archéologie mais également en astronomie et en biologie) qui n'iraient pas dans le même sens que la doctrine ou le récit biblique. Ouf ! Son honneur est sauve.

Du fait que l'Église ne s'adapte que très lentement aux mentalités et par conséquent est inadaptée à jouer un rôle majeur dans les sociétés laïques, il est naturel qu'il se produise des schismes, surtout du chef des mouvements réformés et intégristes. Ainsi, quelques mouvements sectaires très conservateurs ont vu le jour, notamment aux États-Unis où la loi permet à chacun de fonder son Église. C'est ainsi que les Témoins de Jéhovah, les Mormons et autres Créationistes restent sourds et aveugles face à la réalité du monde et en sont toujours à croire que l'homme descend d'Adam et Ève ou que le monde à moins de 6000 ans ou que la Terre est plate, paroles bibliques à l'appui ! Nous avons démontré dans ce dossier combien ces idées sont non seulement naïves mais parfois dangereuses quand une minorité veut imposer sa vision du monde au plus grand nombre.

Mais il existe une autre forme de schisme, celle silencieuse des enfants des Chrétiens pieux qui aujourd'hui sont en désaccord avec les positions de l'Église par exemple sur le dogme et le sens du crédo, sur le rôle des femmes, la contraception, l'avortement, le divorce, le mariage du clergé, le manque de transparence, de démocratie interne, sur la fortune de l'Église, etc. Selon l'Église, certains faits comme l'avortement méritent l'excommunication. "Et après ?!..., diront les concernés, mon corps m'appartient !". Ce point de vue "anti-chrétien" fut légalisé dans de nombreux pays où le pouvoir est aux mains des Démocrates ou des Socialistes, ce qui prouve bien que l'Église perd de son pouvoir et n'a plus d'autorité en matière civile. Reste le cas des États-Unis où lorsque le pays tombe aux mains des Républicains, sa vision du monde rejoint dangereusement celle de l'Église conservatrice d'entemps très rétrograde et intolérante.

En parallèle, jamais plus qu'à l'époque contemporaine l'Église n'a été confrontée à une incrédulité et une désaffection aussi importantes, ce que l'écrivain, philosophe et historien français Ernest Renan (1823-1892) avait déjà décrit dans son livre "Souvenirs d’enfance et de jeunesse" (1883, cf. la version PDF), un "nomadisme spirituel"qui inquiéta le pape Jean-Paul II dans les années 1990 qui s'est concrétisé au fil des décennies par la fermeture ou la transformation de nombreuses églises et chapelles et l'abandon des fabriques d'église (les sociétés morales qui gèrent les biens du clergé) dans certains pays au profit de nouvelles institutions de gestion plus adaptées à leur temps.

A voir : Le charme des églises et bâtiments abandonnés - House of God

Galerie photo du photographe hollandais Roman Robroek

Signe des temps, trois édifices religieux abandonnés photographiés par Roman Robroek. De gauche à droite, une chapelle en France, une église en Allemagne et une église en Italie.

Aujourd'hui, tous les sondages montrent que la majorité des jeunes ont du mal à croire que Jésus serait le fils de Dieu, qu'il serait ressuscité ou que Marie est tombée enceinte "par le Saint-Esprit", une expression qui est même devenue péjorative. Pourtant l'Église revendique toujours que Jésus est le Fils de Dieu, qu'il mourut et ressuscita et reste présent en esprit parmi les hommes. Autrement dit, un rationnel dirait que Dieu doit être absent pour être présent; c'est effectivement une bonne définition d'une profession de foi aveugle.

Autre indice révélateur, si l'Église fait toujours des émules, elle attire moins de vocations qu'au siècle dernier. Même les Jésuites qui furent pourtant très nombreux et attirés par les sciences à une époque, voient leur effectif se réduire au fil des décennies car leur foi et leur style de vie n'attirent plus aucun adepte; même les anciens collèges qu'ils présidaient ou dans lesquels ils enseignaient sont aujourd'hui gérés par des civils et même parfois dirigés par des femmes comme le collège Saint Paul à Godinne (B). Si cela ne dérange pas le public, Saint Ignace de Loyola a dû se retourner dans sa tombe !

Pire pour l'image de l'Église, suite aux découvertes de l'archéologie (alliée aux linguistes et autres papyrologues) ou simplement en s'interrogeant sur la souffrance du monde, on apprend que plus d'un chercheur, archéologue bibliste ou évangéliste, ont perdu leur foi et sont devenus soit agnostiques soit athées.

Enfin, il y a la question du pouvoir de l'autorité civile sur le clergé. Longtemps, l'Église de Rome a réglé seule ses problèmes à l'abri des murs de la cité du Vatican sous prétexte que ses dévoués serviteurs consacrés n'avaient pas de comptes à rendre à la société civile. Aujourd'hui encore, le Saint-Siège reste une "cité interdite". Points d'indiscrétions sortent des murs de la cité, juste des rumeurs aussi rapidement dissipées que la poussière par le vent. Or l'Histoire nous a malheureusement prouvé que les hommes d'Église et peu importe leur confession sont avant des hommes avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses. Quelques papes épaulés par des empereurs chrétiens ont montré leur zèle du temps des persécutions et de l'Inquisition ou leur complaisance envers certaines brebis égarées dans le vice et le crime bien à l'abri des regards et des reproches sous leur robe austère. Face à cette Église hypocrite et pervertie qui s'est plus enrichie sur le dos des pauvres que les souverains, on comprend mieux pourquoi Jésus s'en était pris au marchands du Temple et aux faux croyants aussi fidèles que des serpents et que les jeunes chrétiens d'aujourd'hui se détournent de cette Église corrompue très éloignée de leurs aspirations ou du message du Christ. Heureusement, de temps en temps, un pape plus humain et plus proche du peuple pour l'avoir cotoyé de près (Jean-Paul II, François I) essaye de redorer le blason de l'Église à défaut d'avoir pu préserver son image de sainteté. Mais en tant que protectrice ultime de la Foi, en toute rigueur l'Église catholique ne pourra jamais rattraper le train de la modernité qui de toute façon ne la concerne pas, son rôle étant d'élever les âmes et non la cupidité des hommes.

Epilogue et conclusion

Entre le mythe et la foi, l'espérance

Grâce à une saine curiosité scientifique, nous avons reculé les limites du savoir et l'horizon dogmatique du monde que l'Église nous imposait encore il y a moins d'un siècle (certes, avec une volonté moins sanguinaire qu'il y a quelques siècles). Avec ces bouleversantes découvertes archéologiques, pour beaucoup de croyants désabusés s'éteint une croyance et naît un mythe, même si les préceptes de Jésus ont encore le pouvoir de rassembler les hommes de bonne volonté autour d'une très bonne idée : l'amour de son prochain.

Bien que la Bible ne soit plus prise au  pied de la lettre par la majorité des Chrétiens, elle reste encore la base des religions monothéistes, bien que les Musulmans aient dénaturés son sens. Mais c'est notre compréhension de la Bible et de son origine qui ont changé : grâce aux découvertes archéologiques, on comprend mieux les contextes géopolitique, culturel et théologique qui lui donnèrent naissance.

En fait, le lecteur qui accepte de se remettre en question et d'étudier objectivement les textes de la Bible et les manuscrits apocryphes, a découvert que la réalité historique est bien différente de celle des récits bibliques. Pour celui qui cherche la réalité ou le réconfort dans la lecture de la Bible avec un esprit rationnel et un regard scrutateur sur l'Histoire, l'impression risque d'être décevante et de décourager le lecteur le plus assidu. Mais en même temps, ces "révélations" scientifiques nous incitent à relire les textes bibliques différemment, en cherchant entre les lignes non pas la gnose mais les intentions du rédacteur. Eclairés sous cet angle, après avoir identifié les contradictions, les anachronismes et les erreurs historiques dans la Bible ainsi que les différents rédacteurs, leurs frustrations, leurs aspirations et leurs convictions, en ayant à présent une meilleure idée de l'histoire réelle et des espérances du peuple d'Israël, les récits bibliques prennent un autre sens; ils deviennent plus compréhensibles, ses acteurs plus proches et plus humains au point d'éprouver une certaine compassion pour le peuple qui endura ces épreuves, même si on ne partage pas ses traditions et sa doctrine. Finalement, à travers cette seconde lecture on comprend mieux aussi les origines de la civilisation judéo-chrétienne.

Si les Juifs refusent encore d'accepter la réalité historique quand elle ne va pas dans le sens de l'enseignement de la Torah, certains acceptent malgré tout l'idée que certains patriarches sont des figures légendaires issues de traditions orales. Mais en aucun cas ils remettront en question l'histoire du Monde et le sens des Écritures. La vision que les Juifs ont du monde reste dogmatique et centrée sur un livre sacré et se renforce même à chaque conflit qui mettrait leur survie en péril, les quatre mille ans de leur histoire ne faisant que confirmer le bien-fondé de leur croyance, du moins le prétendent-ils sans interpréter la Torah quoiqu'en disent les Talmuds et les Yeshivas.

A l'inverse, étant donné que les Églises chrétiennes fondent leur croyance avant tout sur le Nouveau Testament, dans une certaine mesure depuis que les découvertes archéologiques contredisent certains récits bibliques, certaines reconnaissent enfin que certains textes bibliques relèvent plus de l'épopée sacrée légendaire ou de la parabole que de la réalité. Paradoxalement, cette fois ce sont les Chrétiens conservateurs et en particulier les Américains républicains messianiques ou les Catholiques d'Amérique latine qui n'acceptent pas cette ouverture du Vatican ou son rôle de médiateur, lui préférant un discours ferme et des positions intransigeantes, faisant fi de l'évolution des moeurs et de la société. Comme en politique, ces idées extrémistes se développent surtout dans les régions rurales où la population est peu éduquée et renfermée sur elle-même où la mesquinerie l'emporte sur le sens critique.

Mais ce n'est pas pour autant que tous les serviteurs de l'Église y compris les papes ne croient plus aux légendes insérées dans la Bible par la Grande Église ! Pas plus que le judaïsme pour ce qui le concerne, en aucun cas les Églises ne remettront en question leur crédo et en particulier la conception surnaturelle de Jésus, sa nature divine et sa résurrection, pas plus que les rites religieux, même s'ils apparaissent de plus en plus désuets ou en contradiction avec la culture de notre époque. Pourtant, comme nous l'avons démontré preuves à l'appui, il faut vraiment une foi inébranlable et pour ainsi dire être crédule et avoir l'esprit peu critique pour encore s'obstiner à croire que la Bible relate la vérité. Espérons que ce dossier y ait contribué.

Quant à croire à la Bonne Nouvelle de la résurrection et d'une vie après la mort comme l'annonce Jésus, comme nous l'avons expliqué, l'idée n'est pas nouvelle. Mise à part l'interprétation athée très matérialiste qui ne laisse aucun espoir, dans les autres cas il s'agit d'une interprétation métaphysique pleine d'espérance sur laquelle il est difficile de se prononcer sans rencontrer les avis subjectifs et indiscutables de chacun.

Si on cherche dans la Bible des faits réels, ils sont souvent réinterprétés quand ils ne sortent pas de l'imagination des auteurs. Si on veut vraiment trouver dans la Bible des paroles réconfortantes, chacun en trouvera car le texte est suffisamment vague pour être interprété de différentes manières selon ses convictions et sa culture, d'où la portée universelle de son message. Mais en première lecture, Jésus a bien dit et répété que le Royaume de Dieu était sur terre et avant lui le roi David, Asaph et Coré ont également confirmé que le Paradis était sur terre car Yahvé "a donné la terre aux fils d'Adam" (Psaume 115:16). La conclusion est qu'il n'y a aucun espoir qu'il existe ailleurs un monde meilleur. Ceci dit, on peut aussi se dire que si les hommes ont la volonté, ils peuvent eux-mêmes bâtir ce monde de tolérance et de paix. Dans tous les cas, au moment où Jésus quitta ce monde, il a bien dit qu'il sera toujours auprès de celui qui observe ses prescriptions et ce "jusqu'à la fin du monde" (Matthieu 28:20). C'est très réconfortant si on y croit.

Au second degré, on peut imaginer que les cieux où résiderait le Christ (Dieu sait où) ont une réalité et que la promesse du Christ s'appliquera à tous ses serviteurs : il existe bel et bien un au-delà meilleur que la Bible appelle le "Jardin d'Eden" (Genèse 2:7-15), le retour au Paradis (Luc 23:42-43), où les adeptes "recevront la vie éternelle" (Marc 10:30). Mais à part cela, le Christ n'a jamais fait de promesses claires, juste que si nous demandons quelque chose, "Il nous écoute" (Jean 5:14-15). Si cela peut réconforter certains, ce n'est jamais qu'un espoir et non une certitude qui plus est, interprétée différemment par chacun des Évangélistes, ce qui laisse une certaine incertitude quant à sa réalité.

Il reste que l'idée du salut et que Dieu pardonne et récompense ses fidèles peut rassurer certaines personnes sur l'existence d'une autre réalité plus honorable et agréable que de mourir incrédule et en Enfer si on en croit la Bible, un rêve ultime attaché à la vie éternelle auprès duquel les croyants pourront se rattacher en dernier recours avant de s'engager vers l'inconnu. Il est donné à tout le monde d'espérer même s'il n'en prend conscience qu'à son dernier soupir.

Quant au concept divin, il dépasse le simple message de la Bible car la notion du Dieu suprême et souverain omnipotent a toujours existé, même là où la Bible n'existait pas encore. Il faut donc que les communautés de croyants et notamment les Chrétiens arrêtent de prétendre qu"ils sont seuls à connaître ou connaissent le destin des hommes.

Ceci dit, la Bible étant avant tout une oeuvre sacrée, une doctrine et un abécédaire de l'amour du prochain, à chacun à présent de juger les textes bibliques à  la lumière ou non de l'Histoire et d'apprécier à leur juste valeur les enseignements de Jésus. Si son message ne vous convertit peut-être pas, il a le mérite de soulever des questions importantes et d'y répondre à sa façon. A notre tour, nous avons essayé de démontrer que certaines affirmations de Jésus concernant notamment sa révolution sociale étaient peu réalistes car incompatibles avec les pratiques ou la justice des hommes, ce qui fut l'une des raisons de sa condamnation à mort par une société qui n'était pas prête à entendre son message et qui visiblement ne l'est toujours pas, pas même dans les démocraties.

Enfin, quand un Chrétien lit les Évangiles puis visite les lieux saints à la recherche du Jésus historique, il ne peut s'empêcher de se demander "où est Jésus ?" ou de poser la question ultime "où est Dieu ?". Si personne ne peut lui répondre, en réalité chacun le trouvera là où il l'imagine qui est bien plus vaste que les lieux bibliques mis à jour par l'archéologique et les pages d'un livre sacré.

Si nous prenons du recul par rapport à cette doctrine, les agnostiques et les athées ainsi que les défenseurs d'autres religions ou philosophies reconnaîtront probablement que toutes ces traditions sont entourées de beaucoup de folklore et à défaut de preuve qu'il devient difficile voire impossible aujourd'hui de démêler la réalité de la légende. Mais finalement cela n'a plus d'importance. En effet, ce sont pas tant les mots écrits dans un livre sacré qui soutiennent tel ou tel individu ou communauté que l'espoir qui depuis toujours anime l'humanité.

Ainsi soit-il.

Je remercie en particulier les archéologues biblistes Israël Finkelstein de l'Université de Tel-Aviv et James Tabor de l'Université de Caroline du Nord, l'historienne Catherine Hezser de l'Université de Londres, les biblistes Craig A. Evans de l'Université Baptiste de Houston, Richard Friedman de l'Université de Géorgie et Thomas Römer du Collège de France pour leurs explications complémentaires.

Retour aux Religions

Page 1 -


Back to:

HOME

Copyright & FAQ