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La Bible face à la critique historique

Godefroid de Bouillon, chevalier franc, avoué du Saint-Sépulcre (il refusa le titre de roi) et les Croisés partis délivrer Jérusalem des mains des Turcs en 1099.

Les guerres de religion (I)

Il ne faut pas imaginer que les guerres de religion sont une invention moderne ou un évènement rare. En fait dès qu'un groupe de personnes pense différemment d'un autre, il se démarque de celui-ci et par réaction les membres du premier groupe ont le sentiment d'avoir été trahis ou abusés, ils sont en tous cas choqués, vexés et en colère contre cette désaffection inattendue de ceux qu'ils considéraient encore un instant plus tôt comme leurs frères et soeurs.

Quand cela touche aux idées politiques ou religieuses, cela concerne des convictions intimes et donc potentiellement des idées que chacun applique au quotidien dans sa vie sociale et spirituelle. Qu'un groupe ou un parti impose ses idées par la force revient à une violation de la liberté de pensée de chacun. Ce manque de dialogue et de compréhension mutuelle, car tel est bien le coeur du problème, représentent donc un acte politique violent qui peut laisser des traces psychologiques dans la mesure où il nuit à l'expression et l'émancipation normale de l'individu victime de cet arbitraire.

Bien sûr, chacun peut avoir des convictions et des affinités pour certaines idées mais en démocratie il est possible de vivre en bonne harmonie dans une société cosmopolite et pluraliste, c'est-à-dire où chacun à l'esprit ouvert et prône le respect et la tolérance. C'est malheureusement des principes qui comme jadis, sont parfois bafoués ou se perdent en raison des craintes et des peurs ataviques que suscitent les incertitudes du temps présent qui se manifestent à travers les instabilités politiques, les crises financières ou socio-économiques, la progression de la violence et des extrémismes de tout bord.

Dans les pays démocratiques et parfois laïcs, la religion joue un rôle secondaire et n'a plus aucune légitimité en matière politique, éthique ou sociale, du moins en apparence. En revanche, dans les pays théocratiques, communistes ou dans les dictatures, c'est le pouvoir en place qui dicte au peuple sa façon de penser et d'agir, accepte ou rejette telle ou telle frange de la population. La plupart du temps l'un des critères de sélection est soit l'appartenance ethnique soit la religion. Dans certaines dictatures, les deux critères se combinent et conduisent rapidement à des génocides.

Cela fait plus de quatre mille ans que les peuples se font ainsi la guerre pour des motifs apparemment politiques mais qui cachent en réalité des conflits religieux à conotations racistes et xénophobes. En effet, dans l'esprit d'une personne sectaire et dogmatique, puisque l'autre ne partage pas mes croyances, il n'appartient pas à ma communauté. Puisqu'il ne veut pas s'intégrer et partager ma langue, ma culture et mes traditions, il n'a rien à faire parmi nous. Le choix est alors binaire : soit le groupe sectaire est minoritaire et s'isole soit il est suffisamment puissant pour renverser ses opposants, les expulser voire entrer en guerre contre les étrangers. C'est une politique que tous les clans et les partis extrémistes ont appliqué depuis l'aube des temps. Mais le pire c'est que depuis que les religions monothéistes sont apparues, les chefs d'États évoquent tous le même dieu pour perpétrer les pires crimes et génocides sous n'importe quel motif dont le plus commun est la "purification" ethnique pour préserver la pureté de "la race". Prenons quelques exemples dont la plupart sont toujours d'actualité.

Les Juifs, le peuple élu par Yahvé

S'il n'y avait eu que la Bible, les rois Saül, David, Salomon, Ezéchias et Josias auraient été les seuls grands souverains juifs méritant tous les superlatifs : les plus grands chefs de guerre, les plus puissants, les plus pieux, les plus gentils et ayant reçu tous les honneurs. A l'inverse, les envahisseurs et les représentants des dynasties païennes des Pharaons, Omrides, Sargon, Sennachérib et autre Césars auraient été versés aux oubliettes de l'Histoire avec tous les déshonneurs attribués aux ennemis de la nation. Or l'Histoire nous a démontré combien ces dynasties et bien d'autres d'Asie (Inde, Chine, etc.) comme d'Europe (Grèce, Romaine, Celtes et même Barbares) et des Amériques (Maya, Andine, etc.) ont élevé les peuples et leur culture y compris l'art, qui compte encore aujourd'hui dans chacune de ces civilisations parmi les plus riches au monde.

Le codex de Léningrad avec les versets de l'Exode 3:14-15 où YHWH dit notamment : "Je suis celui qui suis..."

En somme, ainsi que nous l'évoquions dans l'introduction, comme à l'époque des dieux sumériens puis assyriens, Yahvé est simplement le nom donné par les Hébreux (Juifs) à tous les dieux rassemblés en un Dieu guerrier unique, universel et juge suprême mais favorable aux Juifs qu'ils vénèrent autant pour gagner les guerres que pour préserver la paix. En d'autres temps, d'autres théologiens plus diplomates préféreront utiliser les notions manichéistes de Bien et de Mal, mais toutes aussi discutables et relatives.

En bref, pour les théologiens juifs de l'Antiquité, les bons et les gentils sont fidèles à Yahvé qui les récompensera s'ils respectent sa loi, les infidèles sont les Goyim (les non-juifs ou les Gentils), les étrangers, des idolâtres sans morale qui ne méritent que l'exil ou la mort ! Car tel est bien le sens de la Bible hébraïque. Ses auteurs sacerdotaux aveuglés par leur doctrine oublient seulement de dire que pendant des centaines d'années et de façon répétée à différentes époques, le peuple juif vivant dans le royaume du Nord sous l'influence de cultures païennes vécut dans la prospérité et le bonheur. Ce n'est que le jour où il se révolta contre l'occupant que les choses ont mal tourné. Mais ce n'est pas une situation propre au peuple juif mais le lot de tout peuple sous le jouc d'une puissance étrangère.

Avec le recul des siècles et l'évolution des moeurs, on peut se demander ce qui restait de la liberté des Juifs et de la tolérance des rois à l'époque dynastique ? Déjà de leur temps, la religion montrait les limites de sa tolérance envers les infidèles. Si le châtiment divin est la seule façon que les rois juifs et le clergé trouvèrent pour s'assurer la fidélité de leur peuple, c'est une bien triste manière de gouverner, en enfermant le peuple dans le carcan de la religion toute puissante et en prenant Dieu en otage. Ce type de régime théocratique est celui d'un pouvoir absolu, totalitaire, sans égalité, sans humanité, sans diplomatie, sans bonté ni miséricorde. Seul un peuple endoctriné et craintif peut accepter ce genre de régime !

Mais d'un autre côté, si on en juge par les actions du peuple juif, y compris par le gouvernement israélien de nos jours, à force d'entretenir une doctrine élitiste (réservée au peuple élu) et une mentalité raciste, xénophobe et égoïste, Israël en arrive à violer les traités internationaux (cf. la situation dans les "Territoires occupés" de Cisjordanie et de Gaza). Son attitude se rapproche dangereusement des idées extrémistes qu'on retrouve chez certains Mulsumans ainsi que dans tous les partis conservateurs et nationalistes (et comme par hasard chez les conservateurs américains qui supportent la politique israélienne). Ce n'est certainement pas en séparant, isolant et en frustrant les populations qu'on fondera un meilleur monde. Les membres des partis extrémistes et racistes qui pensent ainsi auront juste l'impression de vivre quelques temps en paix dans leur tour d'ivoire blindée alors que le monde s'écroule autour d'eux ! Il ne fait aucun doute que leur réveil se transforma en cauchemar plutôt qu'en rêve.

Les Romains et les martyrs chrétiens

Il y a deux mille ans, les empereurs romains ont décidé de persécuter les Chrétiens car leur doctrine déclenchait des rivalités qui nuisaient à la sécurité des citoyens et mettait en danger la culture romaine. Comme l'écrivit l'historien romain Tacite : "[Néron] offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chréstiens.[...] Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans." (Annales, Livre XV, 15.44, 2-3).

"Dernières prières des martyrs chrétiens" peint par Jean-Léon Gérôme vers 1883. Huile sur toile de 87.9x150.1 cm exposée au Walter Art Museum de Baltimore, Maryland.

Il est étonnant que Tacite qui était un homme cultivé, réfléchi et rigoureux qualifie les traditions chrétiennes d'abominations et d'horreurs sachant qu'il a vraisemblablement interrogé lui-même des prisonniers chrétiens qui lui ont toujours dit n'avoir commis pour seule "faute" que d'avoir chanté et prié à la gloire de Dieu et pratiqué le rite de l'eucharistie. Mais à l'époque on était polythéiste ou contre l'empereur et donc condamné à mort si on refusait de renier sa foi.

Quoi qu'il en soit, c'est sous ce prétexte que des milliers de chrétiens y compris certains apôtres dont Jacques, Paul et Pierre périront soit crucifiés soit dans les amphithéâtres romains au cours de jeux morbides et sanglants, les uns brûlés vifs sur des croix, les autres offerts aux lions ou décapités sous le regard complice des sacerdotes ou prêtres romains (d'où vient le mot sacerdoce). D'autres chrétiens furent martyrisés en public ou dans des salles de tortures (lapidés, criblés de flèches, ébouillantés, mis au supplice de la roue, sur le grill, empoisonnés, etc.).

Ce massacre organisé par l'État commença en 35 avec la lapidation de saint Étienne à Jérusalem mais elle s'est surtout développée à partir du IIe siècle et perdura durant près de trois siècles. Mais le résultat ne fut pas celui escompté. Au contraire, le sacrifice des chrétiens légitima leur combat et donnna en quelque sorte du prestige à leur religion en montrant à la communauté des païens qu'au nom de Dieu il était possible non seulement de résister à la douleur mais de vaincre la mort de la même manière que Jésus ressuscita. Aucun pouvoir terrestre ni aucune autre doctrine n'avait la puissance de la doctrine chrétienne, ce qui expliqua son succès.

C'est l'empereur romain d'Occident Constantin Ier (310-324) en accord avec l'empereur Licinus de l'Empire romain d'Orient qui mirent fin aux persécutions des chrétiens suite à la promulgation de l'Édit de Milan en 313. A partir de cette époque, le christianisme devint la religion de l'État jusqu'à ce que certaines nations retirent cette mention de leur constitution, devenant laïque comme ce fut récemment le cas de la France, le seul cas du genre.

Les Chrétiens : guerre sainte, anathème, Inquisition et génocide au nom de Dieu

Dans le christianisme, on retrouve également le Dieu menaçant des anciennes civilisations indo-européennes dont les anges conduisent les hommes au Paradis, au Purgatoire ou en Enfer selon leurs mérites ou leurs crimes. Certes, Dieu reste fondamentalement fidèle aux hommes et "bon" de nature car il a le pouvoir de rédemption, c'est-à-dire de "racheter l'homme du péché". Mais à peine Yahvé (Lévitique 25:23-25, Isaïe 41:14; 44:24, etc.) ou Jésus (Jean 10:30, Luc 20:9-14, etc.) l'a-t-il formulé que les hommes en ont profité. En effet, s'il fut une époque où les martyrs mouraient pour défendre la cause du Christ, rapidement cette idée bien courageuse s'est retournée contre les païens au point que des "soldats de Dieu" ont massacré des populations entières au nom de Dieu !

Il y a mille ans, le concept de "guerre sainte" typiquement chrétien visait également à protéger l'accès aux lieux de pèlerinages ainsi que les pèlerins se rendant à Jérusalem des infidèles (notamment des Turcs Seldjoucides qui prirent Jérusalem aux Arabes en 1071) et plus tard des hérétiques que les Croisés et autres Templiers furent prêts à pourfendre de leur épée au "nom de Dieu" ! Même la conquête du Nouveau monde qui décima des peuples entiers s'est faite "au nom de Dieu" ! De toute façon, une confession ou quelques indulgences et nos "soldats de Dieu" étaient innocentés et "purifiés" !

Plus tard, entre le XIIIe et le XVIIIe siècle, toujours au nom du même Dieu, le tribunal de l'Église romaine mieux connu sous le nom de l'Inquisition a prétendu combattre l'hérésie et le blasphème en persécutant les hérétiques pour souvent obtenir de faux aveux sous la torture. Ensuite, soit en cas de repentir la victime était pardonnée et avait la vie sauve (mais pouvait malgré tout recevoir des coups de verges chaque dimanche ou être excommuniée et ses biens confisqués) soit elle était condamnée à mort (si la victime était jugée coupable ou en cas de récidive) et brûlée vive sur un bûcher, étranglée ou jetée dans un puits dans lequel on jetait ensuite de grosses pierres. Même des savants comme Copernic, Galilée et Kepler craignaient l'Inquisition.

Pas besoin d'images sanglantes pour imaginer le visage diabolique de l'Inquisition. Le seul personnage de Bernard Gui interprété par F.Murray Abraham dans le film "Le Nom de la Rose" de Jean-Jacques Annaud (1986) donne déjà le frisson. Document Neue Constantin Film ZDF.

En France, les Cathares, également appelés les Albigeois (Xe-XIVe siècle) furent également victimes d'une véritable extermination par les Catholiques qui voyaient en eux un danger d'hérésie qui ne pouvait en aucun cas se propager en Europe. Ce génocide orchestré par le pape Innocent III en 1208 qui qualifia ces Cathares provencaux de "Pestilentiels" et supporté à mi-mots par le roi de France Philippe Auguste dura 20 ans et fut ensuite relayé par l'Inquisition.

Si l'Inquisition n'a certainement pas fait "des millions" de victimes comme le prétend la rumeur, il est certain qu'à lui seul le bénédictin Bernard Gui (1261-1331) évoqué dans le livre "Le Nom de la Rose" (1982) d'Umberto Eco (cf. le film sorti en1986) présida plus de 930 affaires d'hérésie durant les dix-sept années qu'il fut Grand inquisiteur à Toulouse (1306-1323). Parmi ces 930 affaires, seulement 42 personnes furent condamnées à mort soit environ 5 % des cas. Son collègue Torquemada, tout aussi célèbre du côté de l'Inquisition espagnole, n'a exécuté que 1 % des hérétiques qu'il jugea soit une poignée de personnes. Bien entendu, des milliers d'autres affaires ont conduit à des peines plus légères mais laissant de sévères séquelles chez les victimes torturées. Mais même si l'Inquisition agit en véritable bourreau, le nombre de condamnés à mort est largement exagéré, une manière pour les anticléricaux de "bouffer du curé" à moindre frais mais sans aucun fondement.

Ces pratiques barbares ne furent abolies hors des États papaux qu'au XIXe siècle. L'institution fut finalement réformée en 1908 par le pape Pie X et devint en 1965 la "Congrégation pour la doctrine de la foi" (Congregatio pro Doctrina Fidei). Si cette nouvelle institution papale combat toujours l'hérésie, elle a heureusement abandonné ses instruments de torture et ses pratiques moyenâgeuses.

C'est également en raison des abus de l'Église catholique romaine que les Protestants ont fondé leur propre Église réformée (voir plus bas).

Entre-temps, n'oublions pas les génocides commis soi-disant au nom de Dieu par les Conquisators espagnols et leur alter ego Portugais entre le XVIe et le XVIIIe siècle partout où ils débarquèrent (Amérique, Océanie, Afrique, Asie) et en particulier en Amérique du Sud où ils décimèrent des civilisations entières en raison de leur avidité pour l'or ! Rappelez-vous les actes odieux de Christophe Colomb à Hispaniola (Haïti) par exemple en 1492-1493 qui fit couper les mains d’environ 10000 amérindiens sous prétexte qu'ils ne ramassaient pas suffisamment de poudre d'or ou les atrocités commises par Hernan Cortez au Mexique (1519) et Pizarro au Pérou (1532). Alors qu'on estime que 6 millions d'amérindiens vivaient en Amérique du Sud avant le débarquement des Européens, aujourd'hui, ils ne sont plus que 430000 et pratiquement laissés pour compte...

Catholiques contre Protestants

Après le génocide des Cathares, les Chrétiens ont continué leurs guerres fratricides avec la Réforme de l'Église par Martin Luther (1483-1546) qui fut excommunié par le pape Léon X en 1526 et qui vit l'émergence du protestantisme en Allemagne. Ce schisme se solda par des actes relativement anodins comme une nouvelle traduction de la Bible à partir des textes originaux et une nouvelle manière de concevoir l'organisation du culte et l'évangélisation. On y reviendra à propos du statut des Églises. Mais ce schisme entre chrétiens se solda surtout par des actes racistes, violents et sanguinaires comme une nouvelle guerre antisémite en Allemagne (qui servit de prétexte au IIIe Reich des nazis pour exterminer les juifs) et le régime répressif de Thomas Cromwell, antipapiste et défenseur de la cause protestante à la cour du roi Henry VIII d'Angleterre (1491-1547). C'est aussi à Cromwell que nous devons le développement des réseaux d'espionnage dans toute l'Europe et la peur farouche du peuple d'avouer ses convictions à propos de tout ce qui touche la religion et la politique, au point qu'aujourd'hui ces sujets sont encore tabous pour certaines personnes.

Quelques décennies plus tard, à leur tour les Catholiques français ont manifesté leur intolérance envers les Protestants suite à ce que les historiens ont appelé l'affaire des "Placards" d'octobre 1534 où des Protestants ont placardé des affiches contre la messe jusqu'aux portes du château de François Ier et ont manifesté contre les images pieuses. Cela se conclut par la condamnation des six meneurs protestants qui furent brûlés vifs sur des bûchés comme on le voit ci-dessous à droite. Cette exécution cruelle fit scandale mais n'a pas modifié d'un iota les positions du Saint-Siège de Rome. Elle a juste conduit les Protestants à quitter la France pour fonder leur propre Église en des pays plus tolérants.

Si ces guerres de religion sont impardonnables, quand on analyse de quelle manière se développa l'Église protestante et son ouverture à la société, finalement on ne peut pas dire que les Protestants ont eu tord de fonder leur propre Église (cf. cette réflexion philosophique sur l'incompréhensible protestantisme aux yeux de l'Église catholique).

A gauche, portrait du roi Henry VIII d'Angleterre (1491-1547) exposé à la Walker Art Gallery de Liverpool. Henry VIII divorça de Catherine d'Aragon, un acte sacrilège que le Saint-Siàge n'apprécia guère, ce qui conduisit Henry VIII à réformer l'Église et devenir le chef de file de l'Église anglicane. Suite à cette décision, son chef ministre Thomas Cromwell (1485-1540, au c centre) persécuta avec zèle tous les catholiques du royaume et fit détruire les monastères, forçant les moines à crever de faim au sens propre. Cromwell utilisa la toute jeune imprimerie pour répandre les idées antipapiste et faire la propagande du protestantisme. Entouré d'ennemis, il fut finalement décapité. A droite, les persécutions des Protestants en 1534 sous François 1er suite à l'affaire des Placards (voir le texte).

Enfin, rappelons qu'il y a à peine une génération, entre  ~1965 et ~2007, les républicains nationalistes d'Irlande du Nord (dont l'IRA provisoire) ont mené des actes terroristes et fait couler le sang pour revendiquer leur foi catholique face au diktat des loyalistes et unionistes anglais (dont l'Ulster Volunteer Force) en majorité protestants. Rappelez-vous le "Bloody Sunday" de 1972 qu'évoque le groupe U2, une année sanglante où on décompta presque 500 morts "en temps de paix".

En résumé, il n'y a pas si longtemps encore, les Églises chétiennes étaient aussi fanatiques que les autres religions et au "nom de Dieu" ont persécuté les croyants aussi atrocement que les régimes totalitaires et les groupes terroristes avec l'approbation implicite des autorités civiles à leur solde qui y voyaient un moyen "pratique" et même "acceptable" car inspiré par Dieu de "purifier" leur nation en éliminant les contestataires "infidèles", sources de trouble religieux dans leur pays. Cette "purification" ethnique basée sur les croyances religieuses fait malheureusement parties des moeurs qui se pratiquent encore de nos jours dans certains pays d'Europe de l'Est et plusieurs pays islamiques du Moyen-Orient ou d'Asie.

Rappelons qu'aujourd'hui, la France est le seul pays européen a avoir mentionné la laïcité de l'État dans sa constitution alors que paradoxalement le peuple n'a jamais renié sa foi et fréquente toujours les Églises ou d'autres lieux de culte. Cherchez l'erreur : d'un côté les Français ont divinisé leurs rois et certains semblent nostalgiques de cette époque quand on voit le nombre d'émissions TV et de livres qui lui sont consacrée et de l'autre ils refusent pratiquement que l'État ait le moindre soupçon de sentiment religieux, comme si l'État était séparé de la société !

Malheureusement, cette "tradition" jugeant que "ma foi" est supérieure à celle des autres s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui sous des formes plus ou moins violentes ou diplomatiques. En effet, on trouve encore des exemples contemporains avec des "nettoyages ethniques" en Arménie (1915-1923), dans les pays Baltes (1940-1945), au Tibet (1959), en Amérique du Sud (Brésil 1950-1980, Guatémala 1960-1996, Colombie, Paraguay), dans les Balkans (1912-1913, 1992-1995), au Bengladesh (2012), au Myanmar, aux Philippines, à Java, au Viet-Nam, etc., ou généralement des militaires prennent le pouvoir par la force et décrètent la loi martiale. Très peu de ces dictateurs et autres putchistes sont jugés par les instances internationales, certains étant même considérés comme des héros dans leur pays !

De manière générale, les génocides perpétrés à l'encontre d'ethnies spécifiques et souvent minoritaires justifient qu'un État théocratique aussi modéré soit-il n'est pas démocratique. Mais nous savons également depuis Platon qu'un régime démocratique et laïc peut être la pire solution lorsqu'il est aux mains d'un pouvoir fort (cf. La Turquie d'Erdogan) qui bride les libertés individuelles ou tente d'imposer sa vision du monde pour des raisons économiques (cf. les Etats-Unis sous Trump) ou au contraire s'il est trop laxiste et n'assure plus sa sécurité intérieure (cf. l'émergence du terrorisme en Europe) et divise les partis politiques plus qu'ils n'assurent la pluralité des idées et les réunissent autour d'un même objectif.

Deuxième partie

L'antisémitisme occidental

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