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La colonisation de la Lune

Le début d'une grande Aventure

Nous avons décrit l'histoire de l'astronautique et des premiers pas de l'homme sur la Lune, une aventure extraordinaire mais aussi à haut risque qui nous a permis de mieux comprendre comment l'être humain peut survivre et voyager dans l'espace proche. Grâce aux missions lunaires, nous avons également appris beaucoup choses sur la Lune, sa formation, son évolution et son activité actuelle. Mais comme toute mission d'exploration découvrant un nouveau monde, face à une ressource à fort potentiel, les agences spatiales ne se contenteront pas des découvertes du programme d'Apollo et des missions orbitales. Au cours du XXIe siècle, l'être humain redébarquera sur la Lune et ce sera pour y établir une base permanente, le début d'une nouvelle grande Aventure.

L'Aventure lunaire

A gauche, l'équipage d'Apollo 11 (Neil Armstrong, Michael Collins et Buzz Aldrin) dont voici une autre version. Au centre, l'empreinte des premiers pas de Buzz Aldrin sur la Lune, suivant de quelques minutes ceux tracés par Neil Armstrong le 20 juillet 1969. A droite, Orion, le LEM d'Apollo 16 qui alunit dans le site de Descartes. John W. Young qui pilota également la première navette spatiale vous salue fièrement à côté de la jeep lunaire. Documents NASA/Apollo 11 et 16.

En 1958, voici comment Wernher von Braun[1] imaginait la première sortie du LEM dans son roman de réalité-fiction : "[John et Larry] ouvrirent lentement la porte extérieure et contemplèrent le magnifique panorama montagneux du cratère lunaire peu profond au fond duquel ils avaient accosté. Le spectacle était grandiose quoique désolé. On pouvait voir près de l'horizon un Soleil qui brillait sur un fond d'un noir de velours parsemé de myriades d'étoiles. Les pics lunaires projetaient de longues ombres noires, sans la moindre couleur ou nuance, et tout le paysage n'était fait que de contrastes accusés. Mais là-bas, près de l'horizon aussi, ils pouvaient apercevoir quelque chose d'une beauté frappante et qui différait de tout ce qui les entourait : le disque multicolore de la Terre d'où ils venaient [...], avec ses nuances bleuâtres, verdâtres, rougeâtres et d'un blanc brillant. C'étaient les seules taches de vraie couleur en vue. Dans toutes les autres directions brillaient les myriades d'étoiles calmes. Elles ajoutaient de l'éclat au panorama désolé et évoquaient le charme d'une nuit étoilée dans le désert". Il ne pouvait être plus visionnaire.

Les archives de la NASA : Apollo Archive - Apollo archives - Apollo 11

A gauche, le site d'alunissage d'Apollo 11 et les cratères rendant hommage aux trois astronautes. Voir aussi la carte lunaire de LROC. A droite, Buzz Aldrin cherchant "son cratère" sur une carte lunaire. Photo publiée le 25 juillet 2019 à l'occasion du 50e aniversaire de la mission Apollo 11.

Aujourd'hui la Lune est à porté de main, de la main de l'Homme lui-même ainsi que nous le rappelle la NASA. L'exploration lunaire débuta à l'initiative des Soviétiques qui lancèrent la sonde Luna 1 en 1959. Les Etats-Unis lancèrent avec succès leur première sonde automatique Pioneer 4 la même année et continuèrent sans interruption jusqu'en 1973. Ils lancèrent au total 37 vaisseaux spatiaux, dont 6 missions habitées Apollo entre 1969 et 1972. Au total, Russes et Américains lancèrent ainsi 81 vaisseaux spatiaux à la conquête de la Lune jusqu'en 1976. Puis il y eut un grand sommeil.

Mais l'aventure lunaire reprit sa marche en avant. La Lune présente en effet un intérêt scientifique tel qu'on y envoya plusieurs sondes explorer à nouveau sa surface à partir de 1990.

Après l'échec de la mission japonaise Hiten (Muses A) en 1990, deux sondes américaines sont parties à la recherche de traces d’eau dans les régions polaires de la Lune, autour des quelques rares cratères qui ne reçoivent jamais la chaleur du Soleil. Clementine fut mise en orbite polaire autour de la Lune en 1994 et Lunar Prospector la suivit en 1998. Précisons que le vecteur de cette dernière avait été construit sur base d’un missile ICBM Minuteman et contenait également les cendres de l’astronome Eugène Shoemaker, celui-là même qui découvrit de nombreuses comètes parmi lesquelles chacun aura reconnu la défunte Shoemaker-Levy 9. Eugène Shoemaker était également passionné par l’astronautique et manqua de peu d’être enrôlé comme astronaute.

La seule et unique mission européenne fut Smart-1, un démonstrateur à propulsion électrique qui se mit avec succès en orbite lunaire en 2004. Au terme de ses deux années de vol, elle s'écrasa "avec succès" sur la Lune. Puis il y eut la mission japonaise Kaguya ou Selene) en 2007, équipée d'une caméra haute définition HDTV fabriquée par NHK, et les missions se succèdent.

Au total, en 2021 on recensait 111 missions lunaires organisées par 7 agences spatiales mais 61 missions seulement ont réussi et 9 autres partiellement (perte de contrôle ou l'alunissage échoua). 6 autres missions sont planifiées jusqu'en 2025 par les agences russe et chinoise (Luna-25, Luna-26, Luna-27, Chang'e-6, Luna-28 et Luna-29).

A voir sur le blog : Kaguya révèle le cratère lunaire Tycho en 3D (2009)

Paysage lunaire en 3D révélé par la sonde Kaguya (2008)

La colonisation de la Lune

Vivrons-nous demain sur la Lune ? Malgré la mise en veilleuse de l’exploration de la Lune, celle-ci n’a jamais été délaissée par les professionnels. Indépendamment des décision politiques, toutes les agences spatiales prévoient des missions vers la Lune durant la prochaine décennie. Tout doit commencer par de nouvelles missions de prospections. 

Citons déjà le succès de la mission japonaise Lunar A qui déploya des pénétrateurs sismiques dans la surface de la Lune en 1999. Fiers de ce dernier succès, tant le Japon, l'ESA que la NASA planchent sur de nouvelles sondes bon marché mais spécialisées qui s'envoleront bientôt explorer le sol lunaire, pour citer la sonde SMART-1 de l'ESA par exemple qui était équipée d'un moteur ionique.

Si la colonisation de la Lune annoncée par le président Bush en 1989 fut annulée par le Congrès, le président George Bush, Jr reprit son idée et comptait bien la mener à son terme. A la veille de sa réélection en 2004, il annonça qu'il souhaitait que la NASA établisse une base permanente sur la Lune à partir de 2015 et construise en parallèle un site de lancement vers Mars. Comme le rappela le porte-parole de la NASA : "cette fois nous y allons pour y rester. C'est une 'top priorité'." Mais depuis les choses ont changé et le projet fut postposé.

Michael Griffin, alors administrateur de la NASA, estimait le coût de ce programme à 104 milliards de dollars, voisin du prix actualisé du programme Apollo mais 30% moins cher que le programme de la station ISS.

Pour les prochaines missions habitées vers la station ISS, vers la Lune et au-delà, la NASA avait élaboré le programme Constellation mais le président Barack Obama l'annula en 2010. Il sauva cependant le projet de capsule Orion et émit le souhait de bâtir une base lunaire avant d'entrevoir un vol habité vers Mars vers 2035. Pour cela, la NASA et ses contractants (dont plus de vingt entreprises européennes pour le SLS) ont dû développer une nouvelle fusée, un nouveau module cargo et une nouvelle capsule habitée (cf. les vaisseaux spatiaux Falcon, SLS, Dragon et Orion).

De son côté, l'agence japonaise JAXA envisage également de débarquer des hommes sur la Lune à partir de 2025. Ce jour là, le savoir-faire Japonais prendra un tout autre sens et leur technologie sera plus que jamais en concurrence directe avec celle de l'ESA et de la NASA.

L'Inde a également posé un satellite sur la Lune en 2008 mais n'a pas annoncé son intention d'y déposer des hommes.

La Chine (CNSA) est de nouveau dans la course à la Lune. Après avoir réussi à poser la sonde spatiale Chang'e-3 sur la Lune en 2013 (dont voici les vidéos de CCTV), elle posa la sonde spatiale Chang'e-4 sur la face cachée de la Lune début 2019 et la sonde spatiale Chang'e-5 en décembre 2020 qui ramena 2 kg de roches lunaires. Plus ambitieux, la Chine envisage également de débarquer un homme sur la Lune après 2025 et d'installer une base lunaire habitée en permanence vers 2040.

Quant à l'Europe, en 2019 le groupe Ariane annonça qu'il allait "étudier une mission lunaire pour l'ESA" avec un alunissage prévu avant 2025. La mission serait dédiée à l'exploration minière.

Le programme Artémis

Faut-il croire les déclarations annonçant un nouveau débarquement de l'homme sur la Lune ? Pour les Etats-Unis, il s'agit avant tout d'une stratégie politique pour valoriser le savoir-faire des entreprises américaines au détriment des autres nations spatiales, le lanceur Ariane et les fusées russes et chinoises étant toujours des concurrents indésirables aux yeux de certains Républicains.

Pour l'Europe, la Russie et la Chine c'est plus une question de prestige que d'affaire; ils ne peuvent pas laisser la Lune aux Américains et passer au yeux du public comme des outsiders ou des nations incapables de réussir une mission lunaire habitée.

Mais au-delà de ces rivalités politiques et technologiques, aucune nation spatiale ne peut ignorer le potentiel offert par les ressources lunaires, même si aucun pays n'envisage de les exploiter avant 2040 ou 2050 et encore, avec des moyens très limités.

Nous verrons si ces effets d'annonces seront suivis d'actions concrètes car l'histoire nous a montré que les programmes sont souvent retardés de plusieurs années ou annulés, sans même parler des soi-disant projets de missions habitées vers Mars ou de colonies spatiales à la O'Neil qui n'ont jamais vu le jour faute d'intérêt réel des Américains et de la communauté internationale.

A voir : NASA's Artemis 1 rocket prepares for first test flight, CBS, 2021

A consulter : Space Launch System, Boeing

Artemis 1 : Get boarding Pass, NASA, 2022

Enregistrez votre prénom et nom pour recevoir votre ticket pour le vol d'Artémis 1

A gauche, la fusée SLS Artemis 1 sur son pas de tir 39B, prête à effectuer son vol d'essai autour de la Lune 50 ans après la mission historique d'Apollo 11 et avec 5 ans de retard. Mais des problèmes de moteur et des fuites postposèrent le décollage mi-octobre 2022. A droite, le plan de vol de cette première mission non habitée qui devrait durer entre 26 et 42 jours. Documents NASA/Kim Shiflett/Flickr et Boeing.

Pour la NASA, après les lancements d'essais, la mission lunaire est tout à fait concrète et devait se dérouler en plusieurs étapes :

1°. Lancement sur orbite d'une fusée SLS Artémis III au sommet de laquelle se trouve la capsule habitée et autonome Orion

2°. Mise sur orbite d'une fusée-cargo contenant le matériel dont le module lunaire

3°. Assemblage du module lunaire ou d'autres modules avec la capsule Orion et transport de l'ensemble vers la Lune.

4°. Retour de la capsule Orion et atterrissage sur Terre.

Pour rappel, le nom Artémis fut choisi car dans la mythologie grecque c'est la soeur d'Apollon (Apollo en anglais).

Initialement, selon les premières prévisions de la NASA, un vaisseau SLS/Orion non habité devait survoler la Lune à partir de 2020. Un an plus tard, la fusée n'était toujours pas prête. Avec 5 ans de retard et annulé trois lancements suite à de nouveaux problèmes techniques avec les moteurs cryogéniques et le passage de la tempête tropicale Ian dans les Caraïbes, la NASA a finalement reporté le lancement de la fusée Artemis 1 au 4 octobre 2022 à 22h36 TU. Si ce n'est pas possible, la fusée devra quitter le pas de tir et retourner dans son hangard comme elle l'avait envisagé le 26 septembre 2021 (cf. NASA) avant de replanifier son lancement.

50 ans après la mission Apollo 11, la mission Artémis 1 devrait durer entre 26 et 42 jours. On pourra suivre virtuellement la mission en temps réel via le site Track Artemis de la NASA.

On reviendra sur les fusées Falcon et SLS.

A voir : Artemis I Launch to the Moon (Official NASA Broadcast), NASA

Track Artemis, NASA

Le décollage de la fusée Artémis 1 a été reportéaui 2 octobre 2022. Document NASA adapté par l'auteur.

Artémis III : les Américains sur la Lune en 2024 ?

En mai 2019, l'administration Trump soumit un amendement au budget de l'année fiscale 2020 afin d'augmenter le budget de la NASA de 1.6 milliard de dollars dans le but d'accélérer le débarquement d'astronautes américains sur la Lune prévu en 2024, portant le budget de la NASA à 23.5 milliards de dollars soit 9% de plus qu'en 2019 (cf. The New York Times et Reuters). Mais revers de la médaille, selon l'agence AP, pour augmenter ce budget, Trump n'a pas hésité à couper dans les fonds de la NASA réservés à l'éducation après avoir déjà coupé des fonds réservés à la science ! Mais ce projet de débarquement anticipé sur la Lune n'est pas gagné car l'administration Trump ne connaissait même pas la somme exacte à investir pour respecter son planning.

A consulter : NASA's RASC-AL Competition

Exploration Technology Development Program, NASA

Les nouvelles technologies d'exploration (robot, rover, habitat, etc)

Illustrations de la mission lunaire Artemis III et de l'alunisseur de SpaceX. Cette mission lunaire habitée serait prévue en 2024. Documents Nick Henning/NASA (2021) et NASA (2022).

Le changement d'administration en 2021 avec l'élection du président Joe Biden modifia le budget et le planning. On estime qu'il faudrait que la NASA se voit octroyée... 4 milliards de dollars supplémentaires par an jusqu'en 2024 pour atteindre son objectif de 40 milliards de dollars ! Mais en pratique il faudrait doubler cette enveloppe et donc trouver dans la poche du contribuable américain quelque 40 milliards de dollars supplémentaires d'ici 2024... Rappelons que la fusée Artémis revient à 4.1 milliards de dollars (cf. Ars Technica).

Dans un rapport d'audit du Bureau de l'Inspecteur Général (IOG) de la NASA publié le 10 août 2021, l'IOG déclara que l'agence spatiale est en passe de dépenser plus d'un milliard de dollars pour développer ses nouvelles combinaisons spatiales mais que les deux premières combinaisons xEMU ne seront pas prêtes avant "avril 2025 au plus tôt. Compte tenu de ces retards anticipés dans le développement de la combinaison spatiale, un atterrissage lunaire à la fin de 2024, comme le prévoit actuellement la NASA, n'est pas réalisable." Officieusement, pour que la NASA respecte son planning, on lui proposa de confier la fabrication des combinaisons xEMU à SpaceX.

L'échéancier du programme lunaire, tel qu'établi par l'ancien vice-président Mike Pence fut jugé irréaliste par l'équipe de transition du président Biden. Mais la NASA souhaite toujours envoyer une fusée habitée sur la Lune en 2024. Aux dernières nouvelles, la mission lunaire serait prévue vers 2025 ou 2026.µ

Du Gateway à la base lunaire

Ensuite, le programme lunaire n'est pas encore clairement planifié. Originellement prévu pour 2022, la NASA travaille actuellement sur un projet de Gateway lunaire, une passerelle placée en orbite cislunaire comprenant au minimum un système de communication propulsé (PPE). A partir de là, des astronautes pourront partir en mission d'exploration lunaire pour par exemple ramener des roches lunaires ou entreprendre des missions robotisées sur la Lune ou dans l'espace proche.

Le vaisseau habité Orion de SpaceX s'approchant du Gateway et gros-plan sur la capsule du vaisseau Orion. Autonome, il récupère le module LSAM (Lunar Surface Access Module) Artémis sur l'orbite terrestre et le conduit jusqu'à la Lune. Il revient ensuite sur Terre où il atterrit après avoir été amorti par des parachutes et un coussin amortisseur. Orion peut également servir de navette entre la Terre et la station ISS. Il peut emporter de 4 à 6 astronautes. Documents NASA (2021) et NASA (2006).

En théorie, à partir de 2024, le premier vaisseau habité américain survolera la Lune pour préparer la première plate-forme orbitale habitée qui permettra aux futurs équipages de transiter vers et depuis la Lune, et par la suite de partir vers Mars et d'en revenir.

Arrivé à ce stade, on pourra envisager de s'installer sur la Lune. On estime aujourd'hui qu'il faudrait 60 missions lunaires pour assurer la viabilité du site d'atterrissage. Par la suite, la NASA devait installer une usine d'exploitation automatique avant le retour d'équipages prévu un an plus tard.

Entre-temps, il faut résoudre quantités de problèmes techniques, logistiques et sanitaires dont certains sont encore aujourd'hui au stade des innovations et des prototypes (on sait comment aller sur la Lune mais personne n'a jamais vécu sur la Lune). Il y a notamment la partie infrastructure qui exige énormément d'efforts, y compris des sociétés privées sous contrat avec la NASA.

Il faut aussi prendre moins de risques que lors du programme Apollo (pour rappel, Apollo 11 avait une chance sur deux de réussir sa mission et prit des risques qu'on ne prendrait plus aujourd'hui), utiliser des véhicules (orbiter et lander) plus fiables et si possible réutilisables en partie ou en totalité, s'assurer de la qualité et de la compatibilité des éléments fabriqués par des fournisseurs différents, utiliser des technologies économes en terme énergétique, gérer au mieux l'espace et les ressources disponibles, etc.

Illustrations de la base lunaire imaginée par l'artiste Nick Henning (2021).

Concernant l'énergie, si de petits moteurs électriques peuvent être fabriqués à partir de la transformation du CO2 en oxygène, l'hydrogène ne sera pas utilisé comme combustible (ergol) car il est trop difficile à stocker (l'hydrogène s'évaporant à -252.98°C, il exige des moyens de conservation soit cryogéniques soit à hautes pressions voire à base d'hydrures sous forme solide). Comme SpaceX et d'autres constructeurs, la NASA utilisera encore longtemps des moteurs-fusées à oxygène-méthane car ces ergols sont plus faciles à produire et à stocker que l'hydrogène (le méthane peut aussi être fabriqué à partir du CO2 et de la lumière, cf. M.Robert et al., 2017).

Puis il y a la question de la protection des astronautes contre les rayonnements ionisants (et pas seulement lors des EVA) où on ne peut plus se contenter de construire un vaisseau spatial habité ou un habitat lunaire dont les parois de protection sont aussi fines qu'une feuille d'aluminium. Il faut veiller à ce que les habitats soient protégés des micrométéorites, à la décontamination des hommes et des habitats suite à la toxicité de la poussière lunaire et surveiller la radioactivité émise par le sol que nous avons évoquée dans un autre article.

Avantage, toutes ces nouvelles technologies ne seront pas perdues car elles pourront être réutilisées sur Terre (cf. les retombées de l'espace) ou sur Mars.

Bref, on ne va pas sur la Lune pour le plaisir de rouler en 4x4 dans le désert de régolite, pour chercher des météorites ou pour faire de belles photos du ciel étoilé ! Les volontaires ont conscience que c'est un mission à haut risque où toute erreur se paye cash et le service d'urgence est aux abonnés absents.

A gauche, les bases du savoir se nourrir en impesanteur s'appliqueront en grande partie également sur la Lune. Document ASC. Au centre et à droite, illustrations de la mission lunaire Artemis III imaginée par l'artiste Nick Henning (2021). A droite, les bâtiments en cours de construction grâce à une imprimante 3D.

Lorsque le site d'alunissage et de la future base lunaire sera choisi, des équipes de quatre astronautes partiront vers la Lune pour une mission d'une semaine voire davantage selon les ressources disponibles afin de bâtir le coeur de la base lunaire. On commencera par installer des logements préfabriqués et plus tard on pourra bâtir des infrastructures grâce à la technologie de l'impression 3D comme cela se fait déjà ici bas. Par la suite ou simultanément, on peut envisager d'enterrer les habitats pour les protéger du rayonnement et des impacts. Mais avant cela, il faudra acheminer du matériel lourd sur la Lune.

En même temps que des sondes spatiales exploreront les ressources lunaires en surface, les Américains achemineront de l'équipement lourd sur la Lune : générateur d'électricité, antennes, rovers, grues, bulldozers, etc. Si le projet est toujours d'actualité et si la nouvelle génération de vaisseaux spatiaux le permet, on pourra alors envisager de construire un astroport sachant que les vols vers la Lune deviendront réguliers.

En 2022, le programme des missions lunaires n'était pas encore fixé. Une chose est sûre, les astronautes ne visiteront pas tout de suite un cratère à l'ombre du pôle Sud. En effet, des études ont montré que les régions situées dans l'ombre du Soleil accumulent des électrons qui engendrent des champs électriques atteignant plusieurs centaines de milliers de volts qui pourraient déclencher des décharges électriques voire électrocuter les astronautes comme l'explique la vidéo ci-dessous.

A voir : Why NASA Mustn't Land Near the Moon's Poles Yet, Astrum

3D Simulation of the Shackleton Crater, IDIA Lab

A gauche, une photo intégrée de la Lune sous illumination multi-temporelle réalisée par LRO en 2022 à partir de 1700 images prises sur une période de 6 jours lunaires (ou 6 mois terrestres) afin de couvrir le pôle Sud de la Lune sous différents éclairages. Au centre de l'image, le fond du cratère Shackleton de 21 km de diamètre et de 4.2 km de profondeur est plongé perpétuellement dans l'obscurité. Le pôle Sud lunaire se situe à environ 9 heures sur le bord du cratère. Au centre, la nomenclature des principaux cratères sur une image radar à 8.56 GHz (3.5 cm de longueur d'onde du pôle Sud lunaire obtenue grâce aux antennes DSS-14 (en émission) et DSS-13 (en réception) du réseau DSN. A droite, une mosaïque du pôle Sud de la Lune réalisée par LRO en 2010. L'image couvre 600 km. La résolution est de 400 m/pixel. Documents NASA/U.Az/LRO, J.L. Margot et al. (1999) et NASA/LRO.

Puis, il faudra vivre sur la Lune, c'est-à-dire dans le milieu le plus hostile que l'homme ait connu à ce jour, confronté au vide spatial, aux écarts de température (jusque 300°C) et aux rayonnementss ionisants sans même parler du risque d'impact météoritique et des maladies.

Dans un premier temps, comme les matières premières et les infrastructures, la nourriture sera acheminée depuis la Terre. Les astronautes appliqueront sur la Lune les procédures utilisées dans la station ISS; ils se nourriront uniquement d'aliments préparés qui seront réhydratés et réchauffés à la demande complétés par des jus, des fruits secs et certains desserts (type crème) préconditionnés dans des emballages hermétiques (pas question de disperser des miettes ou des smarties qui risquent de bloquer certains orifices vitaux).

Pour l'eau, si au début elle sera également acheminée depuis la Terre, à terme les astronautes pourront tirer profit de la glace d'eau présente dans le fond des cratères qui ne voient jamais la lumière du Soleil, notamment près du pôle Sud comme le cratère Shackleton présenté ci-dessous. Ce cratère et quelques autres pourraient constituer des réservoirs d'eau glacée, tandis que les sommets des montagnes éclairées par le Soleil offriront de bons emplacements pour collecter l'énergie solaire. 

Par la suite, les astronautes fabriqueront l'eau sur place en appliquant le principe de la pile à hydrogène, par électrolyse inverse, où H + O → HO. Mais de l'hydroxyle n'est pas encore de l'eau. A ce jour le centre Goddard de la NASA travaille sur la formule mais n'a pas encore réussi à produire de l'eau.

Quant à exploiter la glace d'eau lunaire, c'est un programme en soi. Actuellement on ignore quelle quantité d'eau renferme la Lune. Il faut envoyer une sonde sur place pour le savoir (cf. la mission Viper de la NASA) et espérer qu'on pourra quantifier la quantité de glace disponible sinon il faudra y renoncer et apporter l'eau depuis la Terre.

A voir : Moon Base, les 10000 premiers jours

The Expanse - Season 5 Official Trailer

  2001 l'odyssée de l'espace - bande-annonce

A consulter : Lovell City, Expanse wiki

La base lunaire "Clavius" et le "bus lunaire" (droite) imaginés par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick en 1968 dans leur film "2001: L'odysée de l'espace" adapté du roman éponyme de Clarke. Mais à cette échelle, cela restera encore de la science-fiction durant quelques générations. Les enfants d'aujourd'hui verront peut-être en 2068 une esquisse de concrétisation. Document MGM/Polaris.

A terme, les astronautes devront développer une agriculture et une industrie locales en tirant si possible profit des conditions et des ressources lunaires. Cela passera obligatoirement par des serres hydroponiques (on peut envisager une culture en pleine terre mais il faudra alors mieux contrôler la qualité de l'air dont la présence éventuelle de polluants, de micro-organismes voire d'insectes) en profitant au maximum de l'énergie solaire et des moyens de recyclage. Dans le domaine de l'agroalimentaire et tout spécialement végétal, les chercheurs feront appel à l'ingénierie génétique et aux hybridations. Mais il restera toujours le problème de la faible gravité qui imposera de prendre des précautions avec les aliments qui s'effritent facilement. Quant à la viande sur pied, ce sera dans un avenir plus lointain.

Lorsque tous les quartiers d'habitation seront opérationnels et les moyens de survie assurés à long terme (au moins 1 an), des équipes d'astronautes pourront venir spécialement sur la Lune pour mener des missions d'exploration durant 6 mois. Si tout se déroule comme prévu, d'autres équipes pourront préparer le premier voyage vers Mars, cette fois à bord d'une fusée traditionnelle. Mais beaucoup de choses peuvent changer d'ici là et notamment les moyens de propulsions et le financement de ces ambitieux projets.

A plus long terme et probablement pas avant le XXIIe siècle, on peut imaginer une base lunaire de plusieurs hectares contenant des habitats, des laboratoires, des ateliers, des garages, des serres, etc, recevant périodiquement des visiteurs transitant par une navette spatiale depuis la passerelle orbitale, c'est-à-dire la concrétisation du rêve d'aventure d'Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick marquant l'entrée de l'humanité dans une ère nouvelle, celle de la colonisation de l'espace. On peut même imaginer que dans un siècle des touristes (fortunés) visiteront la Lune.

Le XXIIe siècle marquera le début d'une nouvelle Aventure humaine pour celui qui deviendra à terme l'Homo sapiens cosmicus, c'est-à-dire un être humain né et vivant en dehors du berceau de la Terre et qui sera progressivement adapté aux conditions de vie qui ne sont plus tout à fait celles régnant sur la terre de ses ailleux.

La Lune, plate-forme d'observation de l'univers

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[1] Wernher von Braun, "Les premiers hommes sur la Lune", Albin Michel, 1961, p52, p58.


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