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Aux origines d'Internet et de la micro-informatique

Document http://www.digitaltrends.com/

1961, naissance du courrier électronique

Le courrier électronique (e-mail) que tous les internautes utilisent a été inventé en 1961. Il fut utilisé au MIT comme logiciel de courrier électronique interne sur le Compatible Time-Sharing System (CTSS) ainsi que par plusieurs autres universités. Le but était de partager des informations entre les utilisateurs parfois distants accédant à l'unité centrale par des terminaux asynchrones (modem). Il forma bientôt un réseau disposant de son propre protocole utilisant l'infrastructure du réseau général.

Par la suite, c'est naturellement ARPANET (voir ci-dessous) qui popularisa l'e-mail, permettant à des utilisateurs travaillant sur des réseaux de topologies et de protocoles différents de communiquer ensemble à travers les passerelles (gateway).

De nos jours tous les systèmes de messagerie électronique sont routés par l'intermédiaire d'Internet par le biais du protocole SMTP (Simple Mail Transfer Protocol). Plus aucun utilisateur régulier d'Internet ne pourrait travailler sans messagerie, installée soit en local, au bureau, sur un serveur public ou encore sur un forum de discussion.

Ainsi que nous le verrons dans l'article consacré à la cybercriminalité, le prix de ce succès est très cher car malheureusement les adresses e-mails sont très sensibles au spam et aux virus. Pour empêcher ce problème, de plus en plus de serveurs publics affichent l'e-mail sous forme d'image graphique, utilisent des langages évolués ou plusieurs codes d'accès pour gérer et protéger la messagerie. De cette manière la personne malveillante ne peut extraire l'information que manuellement quand l'accès lui est autorisé, l'empêchant d'envoyer du courrier spam ou des virus automatiquement à des milliers d'abonnés

C'est en 1971 que Ray Tomlinson d'ARPANET envoya le premier e-mail donnant des instructions aux utilisateurs sur la façon d'adresser du courrier électronique à un autre utilisateur en utilisant la structure d'adresse standard : nom@serveur.com, la première partie avant l'arobas @ étant le pseudonyme de l'utilisateur (son login name), la deuxième partie, après @, étant le nom du domaine auquels appartient le serveur de messagerie.

Cela nous paraît trivial aujourd'hui, mais à l'époque où les messageries n'existaient pas et où les e-mails se présentaient sous forme d'une ligne de commentaires au bas des terminaux des mainframes, cette structure standard était révolutionnaire et allait permettre de gérer le courrier électronique comme n'importe quel autre fichier de données.

A gauche, un des premiers courriers électroniques (e-mail) échangé le 24 mars 1977 sur ARPANET en utilisant l'en-tête de format standard (Date, De, A, Sujet...) plus le corps, le contenu ou le message à transmettre. Peu après les champs Cc, Bcc et Reçu furent ajoutés à l'entête. A droite, le 2 novembre 1962, le Dr. John W. Mauchly présente un prototype d'ordinateur portable après avoir participé au meeting de l'American Institute of Industrial Engineers (AIIE). Document BBN Team et AP/Byron Rollins.

1962, premier ordinateur portable de Mauchly

Le Dr. John W. Mauchly, à qui nous devons l'invention de plusieurs ordinateurs électroniques, présenta le 2 novembre 1962 un prototype d'ordinateur portable qui tenait dans une malette comme on le voit ci-dessus.

Il expliqua qu'il travaillait sur un modèle de poche, qui "pourrait éliminer la liste des courses hebdomadaires des femmes au foyer et la routine de devoir la remplir à la main". Il prédit que chacun pourra avoir son propre ordinateur personnalisé d'ici une décennie. A quelques années près, il ne s'est pas trompé.

A partir de cette époque, les ingénieurs furent capables de fabriquer des ordinateurs très compacts, et dorénavant ils allaient équiper en priorité tous les vaisseaux de guerre, les avions y compris les capsules spatiales habitées en commençant par le programme Mercury fin 1962.

IBM transmet ses données via Telstar

La même année, IBM fut l'une des premières sociétés à utiliser le tout nouveau satellite de télécommunication Telstar I pour échanger des données informatiques avec sa filiale française.

Telstar fut fabriqué à compte privé par un consortium international comprenant AT&T, les Bells Labs, la NASA, la poste anglaise General Post Office et les PTT français. Telstar fut lancé sur une orbite elliptique, effectuant un tour de la Terre en 157 minutes. Il fonctionna durant 7 mois puis son comportement devint erratique et cessa de fonctionner.

Il faudra attendre 1964 pour que l'idée d'Arthur C.Clarke devienne réalité avec la mise en orbite du premier satellite géostationnaire,  Syncom 3.

Aujourd'hui, Telstar 1, référence NORAD 340 ou 1962-029A, est muet mais il est toujours en orbite. Vous pouvez suivre sa trajectoire via le lien indiqué.

1965, la loi de Moore

En 1965, l'ingénieur Gordon E. Moore qui travaillait alors chez Fairchild Semiconductor publia un article dans "Electronics Magazine" dans lequel il expliqua que la complexité des circuits intégré d'entrée de gamme doublait tous les deux ans à prix constant depuis 1959, année où les premiers circuits intégrés furent disponibles.

Moore reformula sa loi en 1975, précisant que ce n'est pas les circuits intégrés qui deviennent plus complexes (car ils comprennent des unités indépendantes) mais c'est le nombre de transitors contenus dans les microprocesseurs qui double tous les deux ans.

L'IBM 360 commercialisé en 1966.

Cette loi empirique n'a pas encore été prise en défaut. En moyenne, entre 1971 et 2001, la densité des transistors a doublé tous les 1.96 ans et une tendance militaire voudrait qu'elle double tous les 15 à 18 mois. 

Cette loi  a pour conséquence qu'à prix constant, la puissance des ordinateurs augmente chaque année. Cela nous permet aujourd'hui de disposer d'ordinateurs de poche ayant plus de puissance de calcul que les ordinateurs utilisés par la NASA ou l'USAF il y a 50 ans !

Combien de temps cette tendance peut-elle continuer ? Aujourd'hui on estime que la loi de Moore continuera certainement d'être valide jusqu'en 2020 et que toutes les sociétés, tous les chercheurs et tous les amateurs utilisant du matériel électronique ou informatique en tireront profit longtemps encore.

Le sujet débordant du simple constat et portant ses ramifications jusqu'au futur des technologies, nous y reviendrons en détail dans l'article consacré à la loi de Moore.

Notons qu'en 1966, IBM sorti son mainframe de la série 360, ce nombre faisant référence aux applications "tout azimut". Le S/360 est une machine scalable qui permettait de faciliter la migration d'un modèle vers un plus puissant mais également de les reconfigurer plus facilement en cas de panne. Le développement de l'IBM 360 a coûté 5 milliards de dollars (de 1964).

Des constructeurs comme Fujitsu, Itel et Hitachi ont fabriqué des machines compatibles avec ce modèle qui fut utilisé durant près de 20 ans. Son architecture sera reprise dans l'IBM 370 jusqu'à l'actuelle série Z d'IBM tournant sous Linux.

1968, invention de la souris informatique

La souris informatique fut développée au début des années 1960 par Douglad Englebart de l'Institut de Recherche de l'Université de Stanford (SRI) qui étudiait alors les interactions entre l'homme et l'ordinateur, un sujet très à la mode dans les laboratoires industriels et ceux consacrés à l'intelligence artificielle.

C'est Bill Enlish, alors ingénieur en chef au SRI qui fabriqua le premier prototype de souris en 1964. La fonctionnalité offerte par les boutons suivi rapidement.

Disposant d'abord d'une seule roulette, on lui fixa ensuite deux roulettes pour traduire les déplacements de la souris en mouvements du curseur à l'écran. Englebart créa le brevet initial de ce qu'on appellait alors pompeusement "l'indicateur de positionnement X-Y d'un système d'affichage", bref la souris. Le brevet fut enregistré en 1967 et publié en 1970.

SRI vendit des licences de sa technologie à Apple, Xerox et à d'autres compagnies qui l'exploiteront à partir de 1984 seulement. ON y reviendra

De la plume à la souris optique (droite) avec ou sans fil, il fallut que Douglas Englebart de l'Institut de Recherche de l'Université de Stanford (SRI) invente la souris mécanique, à roulettes, et que Bill English du même institut fabrique le prototype en 1964. On lui ajouta rapidement des boutons. Document SRI et T.Lombry.

1969, naissance d'ARPANET

Loin du regard indiscret du public, la mise en orbite du premier Spoutnik le 4 octobre 1957 marqua le lancement de nouveaux défis pour les scientifiques et les ingénieurs américains.

L'Office of Science Adviser connu plus tard sous le nom de "Technological and Scientific Affairs" fut ajouté aux fonctions de la Maison Blanche tandis que le président Eisenhower créa en février 1958 l'Advanced Research Projects Agency, l'ARPA, nommant James R. Killian à sa présidence.

En 1960, tous les programmes spatiaux civils furent transférés à la jeune agence de la NASA tandis que les programmes militaires furent affectés à leurs armées respectives (USAF, Navy, etc). Cette organisation permit à l'ARPA de se focaliser sur la recherche.

L'une des priorités de l'ARPA fut de mettre au défi les centres de recherches et développements entre eux ainsi qu'avec leur commanditaire le plus important, le Département de la Défense. L'Agence deviendra par la suite le célèbre DARPA qui, à travers ses financements et parrainages est l'une des organisations les plus créatives de la planète et à l'origine de nombreuses innovations (par ex. le F-117, les revêtements furtifs, le GPS, l'écran photonique UPSD, les prémices d'Internet, de Google Map, de Unix, du Cloud, de Siri d'Apple, du traducteur vocal, etc).

L'ARPA développe la recherche en informatique

En 1962, l'ARPA créa un nouveau département consacré à l'informatique et aux technologies connexes, le Bureau de l' "Information Processing Techniques Office" ou IPTO. Le Dr. Joseph Carl Robnett Licklider (J.C.R. Licklider) expert en psychoacoustique et vice-président de la société Bolt Beranek and Newman (BBN) fut nommé à la direction de l'IPTO.

Licklider était passionné d'informatique et d'intelligence artificielle - il était de la génération de Marvin Minksy - et avait déjà démontré les capacité de time-sharing de l'ordinateur DEC PDP-1 et envisageait d'automatiser les travaux routiniers grâce aux ordinateurs, laissant le pouvoir de décision aux êtres humains.

En avril 1963, Licklider émit l'idée de concevoir un "Réseau Informatique Galactique", un concept qui ne sera concrétisé que 30 ans plus tard avec Internet.

En octobre de la même année, Licklider fut nommé à la direction des programmes "Behavioral Sciences and Command and Control programs" de l'ARPA. Il convint Ivan Sutherland et Bob Taylor que son concept est très important et mérite d'être développé. Ensemble, ils formèrent la "BBN team".

Dr Larry Roberts.

Licklider quitta toutefois l'ARPA pour le MIT avant d'avoir pu signer le moindre contract ni concrétisé son concept. Ivan Sutherland et Bob Taylor poursuivront son projet de création d'un réseau d'ordinateurs.

Dans son bureau, Bob Taylor utilisait 3 terminaux chacun relié à un système différent : le premier financé par l'ARPA pour le compte de la System Development Corporation (SDC) était connecté à l'ordinateur Q-32 installé à Santa Monica en Californie; le second destiné au Projet Genie, était installé à l'Université de Californie à Berkeley (UCB); et le troisième était utilisé pour Multics (un OS en time-sharing) installé au MIT sur lequel travaillait Licklider.

C'est alors qu'en 1965, Tom Marill, un psychologue qui avait étudié sous la direction de Licklider, approcha l'ARPA et leur proposa un projet expérimental consistant à relier par réseau deux des plus gros ordinateurs, le TX-2 du Lincoln Lab du MIT au SDC Q-32 de Santa Monica. Sutherland et Taylor pensèrent que c'était une bonne idée mais suggérèrent à Marril de demander au Lincoln Lab de parrainer le projet, ce qu'il fit.

Les responsables du Lincoln Lab nommèrent Larry Roberts, un jeune chercheur en informatique de l'ARPA passionné par les réseaux (une expérience rare à l'époque) et ayant de bonnes compétences en management à la tête du projet.

En 1967, Larry Robert développa les plans préliminaires d'ARPANET. Son idée était de relier les 35 plus gros systèmes informatiques sponsorisés par l'ARPA et distribués dans 16 sites à travers les Etats-Unis par le réseau commuté (dial up) des lignes téléphoniques. Les fonctions du réseau seraient gérées par des "hosts", des ordinateurs spécifiques placés en chaque site.

A lire : Larry Roberts Calls Himself the Founder of the Internet. Who Are You to Argue?, Wired

 Une réunion d'évaluation fut organisée à ce sujet entre les différents scientifiques responsables des projets de l'ARPA (les maîtres d'oeuvres ou "Principal Investigators"). L'idée de Roberts ne fut pas bien reçue. Les scientifiques ne voulaient pas administrer ce nouveau réseau et ne voyaient pas l'avantage de partager des ressources avec d'autres chercheurs.

En fait, ainsi que l'explique Janet Abbate dans son livre Inventing Internet, "en 1989, Roberts se rappelait que si sur le principe, l'idée leur semblait bonne et la supportaient d'un point de vue philosophique, de grands scientifiques comme Minsky et McCarthy et tous ceux disposant de leur propre ordinateur s'y opposèrent car ils voulaient continuer à disposer de leur propre machine. Ce n'est que quelques années plus tard, une fois qu'ARPANET fut opérationnel, qu'ils comprirent comment ce réseau pouvait les aider à partager des études, publier ensemble des articles et d'autres tâches qu'ils ne pouvaient pas réaliser jusqu'alors".

D'autres scientifiques entrevoyaient déjà des problèmes techniques pour faire communiquer ensemble des machines disposant de systèmes d'exploitations et de langages ou protocoles incompatibles. Bref, le projet de Roberts reçut une froide réception.

Les "gars de l'IMP" qui déployèrent ARPANet en 1969. Selon Dave Walden, de gauche à droite nous avons Truett Thatch, Bill Bartell (Honeywell), Dave Walden, Gim Geisman, Bob Kahn, Frank Heart, Ben Barker, Marty Thrope, Will Crowther et Severo Ornstein. Bill et Jim ne restèrent pas longtemps dans l'équipe. Heart, Kahn, Ornstein, Crowther, Barker, Bernie Cosell (pas sur l'image) et Walden étaient membres de l'équipe pratiquement depuis le début du projet. Nous leur devons ARPANet mais également les prémices d'Internet.

Robert discuta ensuite avec Wes Clark, l'un des scientifiques présent à la réunion, qui lui suggéra d'utiliser de petits ordinateurs plutôt que de gros systèmes pour contrôler le réseau en chaque site. Les petits ordinateurs utiliseraient le même langage et serviraient de passerelles (bridge) entre les réseaux hétérogènes. Les gros systèmes seraient isolés et ne devaient ainsi s'adapter qu'une seule fois au protocole de communciation des passerelles. De plus les petits ordinateurs pouvaient plus facilement rester sous le contrôle de l'ARPA que les gros systèmes.

Roberts adopta l'idée de Clark et baptisa ces petits ordinateurs les "Interface Message Processors" ou IMP.

En 1969, après plus de dix ans de discussions et de développements, une équipe d'experts prit forme, comprenant Bob Kahn, Vint Cerf, John Postel et David Crocker, bientôt rejoints par Bill Bartell, Will Crowther, Gim Geisman, Frank Heart, Severo Ornstein, Truett Thatch, Marty Thrope et Dave Walden. Ensemble, ils formèrent un groupe connu sous le surnom des "gars de l'IMP" qui utilisèrent tous leurs talents pour relier les deux premiers noeuds d'ARPANET, l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et l'Institut de Recherche de l'Université de Stanford (SRI).

Très vite l'Université de Californie à Santa Barbara (UCSB) et l'Université d'Etat de l'Utah rejoignirent ARPANET. Ces noeuds supplémentaires offraient l'opportunité d'augmenter la fiabilité du réseau. En effet, en cas de panne d'un segment du réseau ou d'un bridge, les ordinateurs disposaient de voies d'accès alternatives.

Tellement efficace, ARPANET fut rapidement plus utilisé par ses utilisateurs que par les développeurs qui y trouvèrent beaucoup d'avantages pour échanger des données entre eux.

Début 1968, ARPANET interconnectait pratiquement toutes les institutions suivantes : l'Université Carnegie-Mellon, l'Université d'Harvard, le MIT,  l'UCB, l'UCLA, l'UCSB, l'Université d'Illinois et l'Université d'Etat de l'Utah, ainsi que des laboratoires industriels dont les clients historiques Systems Development Corporation et Bolt Beranek and Newman ainsi que le SRI, Computer Corporation of America, et Rand.

Cette infrastructure fonctionnait très bien tant que les données transitaient dans le réseau ARPANET basé sur le protocole NCP. Mais il était inadapté à la technologie de communication par paquet adoptée par l'ARPA et qui intéressait beaucoup les militaires.

Aussi Bob Kahn développa un nouveau protocole baptisé TCP (Transmission Control Protocol) qui devait permettre d'acheminer les données à travers le réseau commuté en les fragmentant en petits paquets, ce qu'on appelle les datagrammes. Projet très complexe à mettre en oeuvre (comme en témoigne le site consacré au TCP/IP et le forum associé), au printemps 1973 Kahn fit appel aux compétences techniques de Vinton Cerf alors à Stanford pour l'aider à élaborer les spécifications du protocole. Leur travail sera publié en 1974. Comme on le voit ci-dessous à gauche, déjà à cette époque le réseau ARPA reliait les principales universités et agences américaines (MIT, Harvard, Stanford, UCLA, SRI, Carnegie Mellon, NASA, etc.) grâce à des routeurs constitués de mini-ordinateurs DEC PDP-10 et PDP-11.

En 1976, le protocole TCP fut déployé sur le réseau ARPA, composé alors de 111 ordinateurs interconnectées, tous des gros systèmes. Cette technologie permit au Pentagone et à la NSA de se connecter au réseau ARPANET ainsi qu'à leurs bureaux de Londres et d'Hawaii via satellite, une configuration tout à fait transparente pour les utilisateurs.

En 1978, le protocole TCP jugé trop complexe à gérer fut scindé en deux protocoles : TCP et IP, qui allait devenir le TCP/IP. La couche IP (Internet Protocol) est dédiée aux fonctions de routage des datagrammes, permettant l'interconnexion entre différents réseaux.

Entre-temps, en juillet 1975, ARPANET était passé sous la responsabilité de la Defense Information Systems Agency (DISA) du Département de la Défense, qui de ce fait s'en servit pou interconnecter les réseaux de l'armée américaine, y compris des centres opérationnels.

Les cartes logiques du réseau ARPA tel qu'il était interconnecté dans les années 1970 à travers les Etats-Unis. A gauche, un plan original indiquant les connexions entre routeurs (des DEC PDP-10 et PDP-11) en mai 1973. Document conservé par Paul Newbury dont le père travailla au Carnegie Mellon. Voir également la carte publiée par la NASA en 1974. A droite, la même carte en mars 1977. Le Pentagone et la NSA y sont également connectés par satellite. Vous trouverez d'autres cartes sur Cyberspace.

Précisons que la DISA est une agence de support opérationnel de l'armée américaine chargée de fournir tout le support informatique, y compris le commandement et la protection des communications (USCYBERCOM) à la Maison Blanche, aux services de l'armée, aux unités combattantes et à toute personne ou système contribuant à la défense des Etats-Unis.

En 1983, la partie militaire d'ARPANET fut séparée de la partie académique et scientifique et devint le MILNET (Military Network) qui réunit un ensemble de réseaux militaires à travers le monde. Il deviendra le NIPRNET dans les années 1990, un réseau à usage interne de l'armée américaine utilisé pour échanger essentiellement des données sensibles mais non secrètes.

Ainsi qu'on le constate, tous les réseaux rattachés à ARPANET étaient financés par le gouvernement américain et leur utilisation réservée exclusivement à des fins non commerciales, en particulier à la recherche et au support. ARPANET n'était donc pas ouvert aux chercheurs ayant fondé leur start-up par exemple et souhaitant tirer profit de leurs recherches. Ce réseau n'était pas non plus adapté à la recherche d'information tel que nous le faisons aujourd'hui en "surfant sur Internet".

En avril 2012, par reconnaissance pour son travail, Larry Roberts fut consacré par l'Internet Society (ISOC) dans le "Hall of Fame", auprès d'autres prestigieux inventeurs comme Sir Tim Berners-Lee, le père d'Internet, Ray Tomlinson, le père de l'e-mail, Vint Cerf et Bob Khan, les pères du TCP/IP, les deux protocoles qui sous-tendent aujourd'hui Internet. On y reviendra sur Internet en son temps.

A voir : Computers of NASA - 1960s

Computer History - A British View (1969)

Les années 1970 : du mainframe IBM 370 au mini DEC PDP-11

Les années 1970 furent l'époque glorieuse du célèbre mini-ordinateur DEC PDP-11 (appelé "micro" par le constructeur) et des mainframes IBM des séries 370 équipés des terminaux VT-100 et de télétype, le protocole TCP/IP faisant également une entrée timide mais déterminée sur leur réseau ARPA.

Câble UTP équipé de connecteurs RJ45 pour le réseau TCP/IP à la norme 10base-T.

Les installations les plus modernes avaient déjà remplacé leur encombrant réseau de câble coaxial à la norme 10base-5 par du câble fin ou de la paire torsadée à la norme 10base-T (RJ45 et BNC), déjà utilisé pour connecter les imprimantes.

Rappelons que ces minis et mainframes ont également participé au programme spatial américain bien qu'une partie des interfaces et des logiciels embarqués sur Apollo aient été fabriqués au MIT.

A cette époque, mes collègues et moi travaillions sur la dernière génération d'IBM 370 et de leurs célèbres cartes perforées, leurs larges bandes magnétiques et leurs disquettes démesurées, au rythme des "coupures 22" qui bloquaient régulièrement nos consoles. 

A une époque où la télévision essayait déjà de vulgariser l'informatique, nous faisions un travail que bien peu de gens comprenaient.

C'est arrivé à un point où certains directeurs informatiques se réfugiaient derrière leur langage technique pour demander une augmentation de salaire ou pour cacher leurs erreurs... Qui n'a pas entendu l'expression "c'est l'ordinateur qui a fait une erreur" que le grand public prenait pour argent comptant !

Mais les choses ont bien changé. Aujourd'hui les enfants tapotent sur un ordinateur avant de savoir compter, ils apprennent l'informatique à 15 ans et cette excuse ne dupe plus personne ! Il y a toutefois une exception  : le ticket des jeux de hasard (Euromillions, etc) obtenu par ordinateur (via le terminal "Quick-Pick"). Si vous ne gagnez pas au tirage, vous pouvez à juste titre blâmer l'ordinateur de ne pas avoir tiré la bonne série de nombres au hasard !

A voir : IBM 370-138 in Operation

A gauche, le mini DEC PDP-11, à droite le panneau de contrôle du mainframe IBM 370-138 et des vues générales montrant les disques durs (en bleu) et un terminal VT-100 (l'écran blanc).

Pour l'anecdote, le design très moderne du DEC PDP-11 (ainsi que du VT et du télétype) et le superbe panneau de contrôle aux voyants alignés flashants et colorés de l'IBM 370 ont souvent inspiré les décorateurs des films de science-fiction dans les années 1970 et 1980. Ils semblaient si futuristes... Aujourd'hui, ce sont les Cray, IBM Blue Gene et autres Connection Machine qui jouent le même rôle, rappelez-vous le film "Jurassic Park" ou "Contact" !

Enfin, au cours des années 1970, le développeur Charles Simonyi de Xerox PARC mis au point le premier traitement de texte "WYSIWYG" (What You See Is What You Get) appelé "Bravo". Le WYSIWYG c'est Simonyi !

A partir de 1981, il entra chez Microsoft où il dirigea les équipes de programmeurs des applications bureautiques. Simonyi est le papa de Word, Excel et Multiplan notamment. Devenu multimillionnaire, rappelons qu'en avril 2007 Charles Simonyi fut le 5eme touriste spatial à visiter la station ISS.

1971, Kenbak-1, le premier micro-ordinateur commercialisé

Qui se souvient du fabricant américain visionnaire John Blankenbaker, l'inventeur du tout premier ordinateur personnel commercialisé, le Kenbak-1 Digital Computer ? En effet, en 1970 John Blankenbaker, alors ingénieur informaticien et consultant décida après avoir vu des images de l'Eniac d'assembler son propre micro-ordinateur dans le garage de sa maison de Brentwood proche de Los Angeles, en Californie, avec l'intention d'en vendre à tout le monde. Sa machine n'utilisait pas de microprocesseur.

John Blankenbaker et le Kenbak-1 qui fait de lui l'inventeur du tout premier micro-ordinateur commercialisé. Au centre, la première annonce publié dans le numéro de septembre 1971 de "Scientific American". Documents AuctionTeamBreker.

Il s'agissait d'un système au format de 8 bits disposant de 256 bytes de mémoire programmé à l'aide d'interrupteurs et dont le résultat s'affichait au moyen de LED disposées sur la face avant comme on le voit ci-dessus. Baptisé Kenbak-1, cet ordinateur était capable d'exécuter quelques centaines d'opérations par seconde.

A l'époque où les plus petits mini-ordinateurs se vendaient plusieurs milliers de dollars (x10 aujourd'hui), Blankenbaker souhaita commercialiser son modèle à moins de 500$ soit 4400$ actualisés en 2015. Finalement, alors que la micro-informatique était encore l'affaire d'une poignée d'experts en électronique, il choisit de vendre son Kenbak-1 assemblé et fonctionnel plutôt qu'en kit au prix de 750$.

La première publicité fut publiée dans le numéro de septembre 1971 de "Scientific American", précédent l'Altair 8800 de 4 ans et l'Apple I de cinq ans. Blankenbaker fabriqua 50 unités entre 1971 et 1973.

En 1987, le Boston Computer Museum décréta que cette invention était le premier micro-ordinateur commercialisé, ce que confirma Steve Wozniak, cofondateur d'Apple.

Aujourd'hui âgé de 85 ans (2015), malheureusement Blankenbaker reconnut qu'à  l'époque il n'avait pas prêté attention au marketing, si bien que son modèle ne sera pas amélioré et fini presque oublié des informaticiens.

Toutefois, juste retour de son statut de premier micro-ordinateur commercialisé, l'un des rares prototypes existants fut mis aux enchères en octobre 2015 à Bonhams, à New York où il trouva preneur pour la modique somme de 31000$.

1973, premier téléphone portable

Martin Cooper et le premier téléphone cellulaire DynaTAC de Motorola (1973).

C'est en 1973 que l'équipe dirigée par l'ingénieur Martin Cooper, alors directeur général de la division Communication de Motorola mis au point le premier téléphone portable cellulaire, le fameux GSM (Global System for Mobile Communications).

L'invention est basée sur les travaux des Bells Labs effectués dès 1947 sur le système de communication cellulaire (par le biais de relais) et les recherches propres de Motorola effectuées dans les années 1960.

Le prototype du futur DynaTAC pesait 1.2 kg et présentait une autonomie de 20 minutes en conversation et de 8 heures en veille. Le brevet sera déposé le 17 octobre 1973 mais ce n'est qu'en 1983 que Motorola le commercialisa au prix de 3995$ (environ 10000$ actualisés).

Il faut toutefois préciser qu'en 1953, Siemens avait déjà présenté au ministère des Télécommunications allemand un téléphone "portable" pesant 16 kg. Il était proposé au prix de 8000 Marks (~4000$) ! Le prix de la communication coutait 5000 Marks alors que le salaire annuel d'un ouvrier était de 7000 Marks ! Si trente ans plus tard, le prix n'avait pas fort évolué, en revanche, l'intégration avait fait un bon de géant.

Mais il faudra tout de même attendre une génération et 1999 pour que le GSM se transforme en smartphone avec le premier modèle proposé par NTT Docomo.

Prochain chapitre

1975, naissance de la micro-informatique

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