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La philosophie des sciences

Socrate peint par David. Document MMA.

Difficiles sont les belles choses (II)

De l'école ionienne au néoplatonisme

Socrate (470-399 avant notre ère) s'opposera à la sophistique qui n'avait à recevoir de leçons de personne mais en donnait à tous. Reprenant la devise inscrite sur le temple de Delphes, "Connais-toi toi-même", Socrate reste attaché à la connaissance initiatique, à cette sorte d'introspection qui conduit à dévoiler la Vérité de l'Etre, et au salut par la Connaissance.

Socrate reste admiré bien qu'il fut traduit en justice pour avoir soi-disant pervertit la jeunesse et ne pas avoir cru aux dieux. Celui qui était capable de renverser ses interlocuteurs par la seule force de ses paroles ne parvint pas à convaincre les juges de son innocence. A la fois génie du verbe et maître de l'opinion, Socrate restera ignorant de la pratique du discours. Trop théorique, Socrate voua sa vie à la connaissance. Sa vertu le condamna à boire la ciguë.

Platon (427-347 avant notre ère) que l'on dit plus idéaliste que matérialiste reprit le problème de Socrate. Il écrivit "Le Sophiste", critiquant tant les adeptes du "Connais-toi toi-même" que des "Suffis-toi à toi-même". Platon rejeta la rhétorique des Sophistes et l'enseignement caricatural des petits socratiques qui enseignaient un sensualisme hédoniste, le détachement matériel et la sagesse du renoncement aux universaux.

Entre Parménide et Héraclite, L'Etre et le Devenir, Platon conclut que le principe d'identité, celui là même qui rejette les attributs et donc les universaux ne peut conduire qu'à une pensée stérile. Platon sait de quoi il parle, plaçant la Connaissance au centre du discours. Il définit l'Etre, non pas comme l'opposé du non-être mais comme un autre être, une altérité qui sera conservée par les philosophes occidentaux.

Pour les élèves de son Académie, connaître est synonyme d'appréhender l'Idée[6], de rechercher les relations qui lient l'intelligible avec tous les êtres. Le monde sensible du Devenir effleure, les sensations que nous éprouvons deviennent une manifestation de l'Etre, un acte de l'esprit du domaine de l'intelligible. Mais l'idée de "pensée qui se pense" n'est pas tout à fait étrangère à Platon qui ne sépare pas l'Etre de l'Etant. Convaincu par l'idée d'Unité des Pythagoriciens, tant dans le "Banquet", "Critias" que le "Timée" Platon voit l'Etre à travers tous les êtres : "Auparavant écrit-il, nous étions un; mais aujourd'hui, conséquence de notre méchanceté, nous avons été par le Dieu dissociés d'avec nous-mêmes".

L'école d'Athènes. Fresque peinte par Raphaël au Vatican en 1509. L'homme assis sur les marches est Diogène. Dans l'agrandissement on découvre Socrate, Xénophon, Eschines et Alcibiades. Documents Euroweb et Christusrex.

Dans toute son œuvre, l'Idée est transcendante, les choses n'ont de valeurs et de qualités qu'en fonction de leur participation à un idéal, la beauté vis-à-vis du concept de beau par exemple. Platon se départage des Sophistes pour lesquels les mots du langage étaient vides de sens, où chaque orateur jouait avec les apparences. Platon considère le langage comme un outil de connaissance dont les mots sont les amorces de l'acte de l'esprit. Il rejette l'illusion sophiste pour se tourner vers l'Etre, l'essence de la réalité, la Vérité.

Il posera ensuite trois idées transcendantes, dont la finalité ne peut être expliquée ou justifiée : le Beau, le Juste, la Proportion, toutes trois sous la dépendance du Bien que plusieurs philosophes considèrent comme la représentation de Dieu. Aucune de ces idées n'est un idéal car elles ne sont pas réalisables dans le monde dans lequel nous vivons. Le sens du monde ne se trouve pas dans le monde sensible ou intelligible, ni même en dehors. Sa cause se trouve dans l'être qui lui donne son sens.

Mais que signifie exister pour la conscience ? La conscience peut-elle exister sans prendre conscience de quelque chose ? Platon ne le pense pas. La pensée n'existe que dans l'action, ou plutôt dans l'être qui se manifeste (l'étant), révélant un acte de l'esprit. On pourrait également discuter de l'âme, de la conscience immatérielle que Platon juge supérieure à notre condition humaine, mais inférieure à l'objet réel. Dans "Les Lois"[7] il écrit : "la richesse est faite pour le corps et le corps pour l'âme", mais c'est dans l'objet que nous trouvons le plaisir de connaître.

Vers la fin de sa vie, il attribuera au discours un universel critique capable d'effeuiller la diversité des opinions. Il considérera notre monde comme intelligible, renfermant le sens de notre vie. C'est le monde des idées, que chacun peut saisir explicitement par sa force d'esprit à travers la géométrie.

En évoquant Platon, on ne peut ignorer son principal élève, Aristote (384-322 avant notre ère) qui finira par se différencier de son maître sur bien des sujets. Aristote fonda sa propre école de pensée, le Lycée d'Athènes, où il développa l'école péripatéticienne (pour les philosophes "qui aiment se promener en discutant") dont il reste encore des vestiges aujourd'hui près du temple consacré à Apollon lycien.

Aristote. Le buste en marbre est exposé au Musée national romain.

Aristote est probablement plus respecté que Platon dans la mesure où ce génial philosophe est plus proche des hommes que son maître. Platon est étiqueté de philosophe tragique, représenté la main droite tournée vers le ciel, spéculant sur des valeurs éthiques et eschatologiques[8] bien souvent hors de portée du commun des mortels.

A l'inverse, Aristote se penche sur sa condition d'homme, il considère que la Nature est déterminée par une finalité systémique. Selon Aristote, on peut comprendre toute chose qu'en étudiant sa nature et sa cause, formulant les quatre principes de sa philosophie : la matière, la forme, la cause efficiente et la cause finale. On y reviendra en détails dans l'histoire de la Relativité à propos de la philosophie naturelle.

Reconnu comme leur "père" par de nombreux philosophes, Aristote concevait l'Univers comme une hiérarchie d'êtres que l'on pouvait classer, entre lesquels on pouvait définir des analogies pour découvrir des lois générales. Aristote est un empiriste. Il disait "Rien n'est dans l'entendement qui ne soit auparavant passé par les sens". Son empirisme fut même "christianisé" par saint Thomas d'Aquin qui le baptisa dans le texte, tant sa doctrine était proche de ses idées.

Saint Thomas d'Aquin verra dans la "cause finale" la définition de Dieu et dans les sensations que nous éprouvons l'essence de l'esprit. Le sensible et l'intelligible le conduiront à l'Etre divin. Finalement le salut accompagne l'intelligence qui, pour saint Thomas d'Aquin sera la révélation de Dieu.

Mais contrairement aux Saintes Ecritures où Dieu rejoint l'homme pour partager ses difficultés par Amour, Aristote considérait que la connaissance menait à Dieu, principe en parfait accord avec la philosophie hellénique qui était en contrepoint avec le christianisme (qui n'est pas une philosophie soit dit en passant). Saint Thomas d'Aquin gomme ainsi tout l'Evangile en immortalisant les vertus.

Aristote est attaché à la terre, c'est un philosophe du concret qui critiqua le sophisme et les mythes auxquels Platon avait toujours recourt[9]. Aristote est un peu l'ancêtre de Kant. Tout comme son successeur il jugera l'acte de pensée, critiquant la réalité des énoncés, les attributs du langage. Il les rangera dans des catégories pour aller du particulier au général et vice-versa. C'est à Aristote que nous devons la rigueur du discours et la cohérence des concepts, que le raisonnement soit affaire de déduction ou d'induction. Il portera son influence à travers toute l'Europe et dans le monde arabe. Ses ouvrages serviront de référence durant des siècles.

A consulter : La naissance d'une théorie

Epicure

Document Italvoice.

Diogène de Sinope

Mais tout bon prophète à son détracteur. Epicure (341-270 avant notre ère) essayera de résoudre le problème entre la vérité et la réalité. Sa démarche est opposée aux conceptions mythologiques et cosmiques de Platon. Il considère que la réalité que nous percevons par nos sens est bel et bien la vérité. Il explique nos perceptions à partir d'une physique atomiste inventée par Démocrite, expliquant les mouvements par la liberté des atomes. Tout n'est que phénomène, sauf le temps dont la flèche est située en dehors du monde.

L'Epicuriste est un adepte de la dédramatisation, il peut mettre la souffrance et le temps entre parenthèse. Que la maladie ou la mort survienne n'est rien; tant que nous pouvons les ignorer, elles n'existent pas. Miné par la maladie, la légende dira qu'Epicure restera sein jusqu'à son dernier souffle.

Diogène de Sinope (fl.413-327 avant notre ère), le plus célèbre des Diogène, sera plus cynique encore, choquant rois et paysans en démystifiant la "politique" de Platon. Il démontra que tout n'était que conventions, commodités et préjugés et qu'il n'existait pas d'absolus : l'ordre véritable est celui de la nature, où il n'y a ni confort matériel ni législation.

Recherchant l'Idée d'homme dans la Cité, Diogène ne la trouvera jamais; il n'y trouva que des hommes, constitués de chairs et d'os. Anti-platoniste, il sous-entendait que rien ne valait l'autosuffisance. Il faut dit-il, vivre de façon "écologique" dans un corps sain, l'esprit libéré des carcans dogmatiques et des choses de ce monde : vivez comme les dieux, qui n'ont besoin de rien, en autarcie. Ceci constitue votre véritable liberté, une philosophie que plus d'un ascète ont repris au fil des siècles.

Mais les chantres de la nature, les Epicuriens et autres Stoïciens adeptes d'un nouveau monde n'ont pas aisément renversé les édifices érigés par Pythagore, Platon ou Aristote.

Prochain chapitre

De la philosophie médiévale au mécanisme

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[6] Platon, "Théétète", 184d.

[7] Platon, "Lois", IX, §X, 870b.

[8] Doctrine portant sur le devenir de l'homme et de l'univers.


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