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La Bible face à la critique historique

Nouvel éclairage sur la Bible.

Bible hébraïque et Bible chrétienne

Les principales religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) plongent leurs racines au plus profond de la Bible hébraïque, la Torah ou Pentateuque, que les chrétiens appellent par facilité l'Ancien Testament (nous verrons qu'il contient plus que les cinq livres de la Torah). Seul le judaïsme a conservé ses traditions ancestrales pour des motifs divers que nous développerons dans les autres articles de ce dossier.

En revanche, le christianisme se fonde essentiellement sur les paroles du Christ rapportées dans les livres apostoliques du Nouveau Testament et sur le crédo défini par l'Église, sur lesquels nous reviendrons.

L'islam qui est également la religion la plus récente des trois et qui traduisit le plus tard certains passages de la Torah s'est progressivement écartée de ces textes sacrés pour fonder sa propre théologie. Le Coran ne fait que partiellement référence à l'Ancien Testament, il en dénature aussi le sens et cite très peu de versets bibliques. Dans cet article nous nous focaliserons donc uniquement sur les textes de la Bible tels que transmis par les traditions judéo-chrétiennes.

Le mot "Bible" désigne l'ensemble des textes sacrés chrétiens, les fameuses Saintes Écritures comme on les appelaient jadis et que certains assimilent à une bibliothèque de livres. De fait, le mot "Bible" vient du grec "σα βιβλία" ("ta biblia") signifiant "les livres".

Après deux mille ans d'existence, la Bible suscite toujours autant d'intérêt et représente l'ouvrage le plus vendu au monde. Elle fut imprimée à plus de 1.5 milliard d'exemplaires entre 1800 et 1950 et 25 millions d'exemplaires sont vendus chaque année, ce qui représente au total plus de 6 milliards d'exemplaires vendus. En parallèle, l'association protestante internationale des Gédéons (ou Gideons) fondée en 1899 a offert plus de 2 milliards de Bibles, parmi lesquelles nous verrons que certaines versions sont disponibles gratuitement en ligne. La Bible est traduite dans quelque 1300 langues dont 1185 langues pour le Nouveau Testament (cf. les statistiques).

Pour les Juifs, la Bible hébraïque se limite à ce que les Chrétiens appellent l'Ancien Testament moins quelques livres propres au canon chrétien puisque les Juifs nient la nature messianique et divine de Jésus. On expliquera pourquoi. Par conséquent, à l'inverse des Chrétiens, pour les Juifs le Nouveau Testament ne fait pas partie de leur corpus doctrinal et ne représente qu'un livre vénéré par les Chrétiens. Quant à l'Ancien Testament, il ne remplace pas le Tanakh (voir plus bas) et certainement pas la Torah qui rassemble les cinq livres fondateurs de leur théologie et de leur Loi.

En fait, chaque religion et chaque confession dispose de ses propres livres sacrés, chacun pouvant être décliné en différentes versions plus ou moins littérales (traduites mot pour mot) ou interprétées et simplifiées.

La Bible hébraïque

La Bible comprend un ensemble de textes antiques sacrés racontant l'histoire du peuple juif depuis l'époque des Patriarches et des Hébreux jusqu'à la fondation du judaïsme par les Israélites. Comme nous l'avons évoqué ci-dessus, elle représente également une histoire universelle dans la mesure où la Bible apporta un message d'inspiration divine aux autres nations.

Les différents livres sacrés qui composent la Bible hébraïque furent écrits originellement en proto-hébreu et occasionnellement en araméen pour certains versets des livres d'Esdras (4:8-6:18, 7:12-16), Daniel (2:4b-7:28) et Jérémie (10:11). Selon la tradition, ils contiennent la parole de Dieu transcrite par les scribes et les prophètes. Cet ensemble de livres est appelée Tanakh en hébreu, l'acronyme des mots Torah (la Loi ou Pentateuque constitué de 5 livres sacrés formant le coeur du judaïsme, symbole T), Nevi'im (les Prophètes, symbole N) et Ketouvim (les autres Ecrits, symbole K). Au total, la Bible hébraïque comprend 24 livres, les 12 "petits prophètes" notamment étant réunis en un seul livre. On y reviendra à propos du canon de l'Ancien Testament.

A lire : La Torah en hébreu - Bible Français-Hébreu - La Bible en grec

A gauche, la première page du livre de Ruth de la Genèse ("Bereshit" ou "בראשית" en hébreu, signifiant "Au commencement") de la Bible hébraïque complétée par des commentaires rabbiniques. Elle fut imprimée à Venise vers 1546-48 chez l'imprimeur Daniel Bomberg. A droite, une page du Devarim, le Deutéronome tel qu'enseigné dans les synagogues. Documents de la collection biblique Elizabeth Perkins Prothro et Holy Language Institute.

A l'inverse de la liturgie chrétienne où toutes les pages de la Bible peuvent être prises et lues au hasard sans référence au calendrier (bien que les officiants respectent les fêtes chrétiennes et les sacrements et essayent de trouver des extraits correspondants dans la Bible dite liturgique), dans la tradition juive la lecture de la Torah obéit à un rite strict défini il y a plus de deux mille ans, après la destruction du premier Temple de Jérusalem. Ainsi, dès le retour de l'exil à Babylone sur lequel nous reviendrons, les massorètes (les gardiens de la tradition juive) ont divisé la Torah en "parasha" ("exposé" en hébreu), c'est-à-dire en unités de textes indépendantes de la numérotation des chapitres et des versets. Ces distinctions ont ensuite été marquées dans le texte (section ouverte ou fermée). Afin que les fidèles lisent tous les "parasha" au cours de l'année, la lecture de la Torah fut divisée en 54 sections hebdomadaires ou "sidrot" et 669 sous-sections classées en fonction de leur unité narrative ou de pensée.

La Torah inclue dans la Bible hébraïque est également considérée comme la loi écrite du peuple juif. En effet, dans le cas de l'État d'Israël, il n'existe pas de constitution formelle mais un ensemble de lois cadres s'appliquant à différents domaines de la société. Ainsi, en matière religieuse, il existe la Loi juive ou "Halakha" basée sur la Torah et qui a force légale en Israël au même titre que les lois laïques. La Torah contient également les interprétations et commentaires écrits des textes sacrés, les Talmuds de Jérusalemn et de Baylone (qu'on regroupe sous le nom générique de Talmud) dont il existe une interprétation orale transmise par les Rabbanim qui aborde des questions plus générales (droit civil et matrimonial, éthique, médecine, génie, mythes, etc.).

La Bible chrétienne

Pour les Chrétiens, la Bible hébraïque de référence est la Bible des Septante écrite en grec qui remonte au IIIe siècle avant notre ère suite à la demande du roi Ptolémée II. Nous ne disposons malheureusement que de quelques fragments de manuscrits datant entre grosso-modo 150 avant notre ère et 150 de notre ère plus de nombreux fragments datant du IVe siècle de notre ère. Nous verrons à propos de la transmission de la Bible, que la Bible hébraïque et la Septante servirent de référence à saint Jérôme pour la rédaction de la Vulgate, la première Bible en latin publiée à la fin du IVe siècle de notre ère, d'où furent adaptés un certain nombre de Bibles catholiques à partir du XVIe siècle. On y reviendra.

Bible Vulgate réalisée par les théologiens de l'Université de Paris vers 1250 à partir des traductions de saint Jérome. Il s'agit de manuscrits enluminés sur vélin. La page de droite est la première page de la Genèse. Le premier mot du paragraphe est appelé l'Incipit dont la première lettre est enluminée. Il s'agit du "I" dans la phrase "In principio creavit Deus caelum et terram" (Genèse 1:1 en latin). Document de la collection de l'Abbaye Sainte-Marie de Fulda

L'ordre et le nombre de livres contenus dans la Bible chrétienne est différent de celui de la Bible hébraïque, de la Bible des Septante et de la Vulgate.

La Bible chrétienne contient bien sûr le Nouveau Testament qui relate la vie de Jésus et son enseignement par les apôtres et quelques disciples. Les livres sacrés les plus importants du Nouveau Testament sont les quatre Évangiles. Viennent ensuite les Actes des Apôtres qui relatent l'histoire des premiers disciples de Jésus durant les premières années qui suivirent sa mort et sa résurrection. Les Actes furent écrits par le même auteur que celui qui rédigea l'Évangile selon Luc. Puis il y a les Épîtres. Nous possédons 21 lettres adressées à certaines Églises ou peuples par Paul (13), Jean (3), Pierre (2), Jacques (1), Jude (1) et une anonyme (1) qui relatent surtout leurs missions d'évangélisation. Enfin, il y a l'Apocalypse (de Jean) ou livre de la Révélation. On reviendra sur les auteurs et la datation de ces livres à propos de la constitution des livres canoniques.

Tous ces textes furent réarrangés sous une forme dite canonique définie par les Pères fondateurs de l'Église durant les premiers siècles du christianisme. Par la suite, l'Église catholique y ajouta les neuf livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament (le livre de la Sagesse, l'Ecclésiastique (le Sirac ou Siracide), les livres de Tobie et Judith ainsi que les passages en grec extraits de la Septante des livres d'Esther, Baruch, Daniel et des Maccabées).

Sur le plan dogmatique, pour les Chrétiens le statut de la Bible est assez complexe car il dépend des confessions. Après de nombreux conciles, en 1054 l'Église orthodoxe copte d'Alexandrie et ses Églises servantes se séparèrent de la Grande Église de Rome. Le crédo de chacune fut adapté en conséquence mais elles ont conservé les mêmes livres sacrés. On y reviendra. Puis en 1517, le théologien allemand Martin Luther dénonça les travers de l'Église catholique romaine (celle qui est encore aujourd'hui symbolisée par le Vatican) dans un document intitulé "Disputatio pro declaratione virtutis indulgentiarum" (Dispute sur la puissance des indulgences), mieux connu sous le nom des "95 thèses". Suite à cette dispute théologique, un schisme se produisit entre les Églises catholique et protestante qui eut également des effets sur les éditions de la Bible.

En résumé, la Bible chrétienne catholique comprend l'Ancien Testament constitué de 34 livres (dont les Livres des Rois et les Chroniques divisés chacun en deux livres) écrits en hébreu ou comprenant des passages en araméens. Elle comprend les 5 livres du Pentateuque (la Torah), les 8 livres Historiques, les 5 livres poétiques ou sapientiaux et les 16 livres des Prophètes auxquels s'ajoutent 9 livres deutérocanoniques (dont les deux livres des Maccabées) et les 27 livres du Nouveau Testament (dont parfois plusieurs Épîtres aux mêmes destinaires), soit un total de 70 livres pour la Bible catholique mais 81 livres pour la Bible orthodoxe.

La Bible protestante fut publiée après la Réforme luthérienne. Les 27 livres du Nouveau Testament furent traduits du grec en allemand et publiés pour la première fois en 1522 tandis que les 39 livres de l'Ancien Testament (les livres en deux volumes sont séparés) furent traduits du hébreu en allemand et publiés pour la première fois en 1534. La Bible protestante comprend 66 livres.

La plus connue de ces Bibles protestante est la King James Version alias KJV (la Bible du Roi Jacques) publiée en 1611 à la demande du roi Jacques VI d'Écosse et Ier d'Angleterre.

A gauche, une page de la Première Épître aux Corinthiens (Cor 14:33-40) du Codex Fuldensis de Tertullien écrit vers 546-547 basé sur la Vulgate. C'est le plus ancien Nouveau Testament complet que nous possédons. Cette page est particulière car comme l'explique le Centre d'Etudes du Nouveau Testament d'Amsterdam (ACNTS), la note en bas de page se réfère à une correction au chapitre 14 : les versets 36-40 ("an a vobis ... secundum ordinem fiant", c'est-à-dire "Est-ce de chez vous... et avec ordre") doivent s'insérer avant le verset 34 ("mulieres in ecclesiis taceant...", c'est-à-dire "que les femmes se taisent dans les assemblées..."). Au centre, le psautier de Luttrell rédigé vers 1320-40 ouvert à la page 23-24 sur la description de la récolte du blé mûr ( ff. 172v-173r, Psaume 95:12). Document British Library (réf. MS 42130). A droite, une page enluminée d'un autre psautier (MS BX2033.A00) datant de 1450 appartenant à l'Université St Andrews en Ecosse.

Jusqu'à la fin des années 1970, la Bible protestante et des autres églises réformées ne comprenait pas les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament qui étaient uniquement repris dans les Bibles catholique et orthodoxe. Les Protestants les ont classés parmi les "apocryphes" car selon Luther, leur authenticité n'est pas établie (comme le statut du Pape n'est pas reconnu par les Protestants du fait que selon eux il n'y est pas fait explicitement référence dans le Nouveau Testament malgré le statut particulier que Jésus attribue à l'apôtre Pierre). Notons que le livre des Maccabées fut exclu de la Bible protestante mais uniquement des versions publiées à partir du XVIIIe siècle. On y reviendra à propos de la constitution du canon.

Toutefois, nous verrons plus bas que les dernières versions de la Bible protestante éditée en anglais qui sont en fait une suite de révisions de la KJV ont tenu compte de la pluralité des confessions et des découvertes récentes et ont intégré les livres deutérocanoniques comme la New Revised Standard Version (NRSV ou NRSA) publiée en 1989, alors que la Holy Bible NIV de 1979 ne les reprend pas. Ces Bibles sont aussi connues dans les pays anglo-saxons que la Bible de Jérusalem ou celle de Segond l'est en francophonie. On reviendra sur le contenu de chacune de ces Bibles.

Pas une mais des Bibles

1. Les Bibles traditionnelles

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ?, pourrait-on dire. En effet, si le lecteur francophone souhaite acheter la Bible (comprenant l'Ancien Testament et le Nouveau Testament), il risque d'être déçu en constatant qu'il n'existe pas une seule version de la Bible mais plusieurs ! Comment est-ce possible ?

Si on écarte les éditions disponibles en différents formats et reliures y compris en facsimilé, la Bible a été déclinée en différentes versions françaises ou traductions pour deux raisons. D'abord parce qu'aucune langue ni aucun traducteur ne peut prétendre réaliser une traduction parfaite et harmonieuse (littérale tout en étant claire) des textes originaux écrits en hébreu, araméen ou grec. On y reviendra. Ensuite, parce que chaque Église a imposé sa propre interprétation de certains mots, graphies et tournures de phrases ou a décidé unilatéralement de supprimer certains passages ou livres (c'est toute la question de fond autour de la définition du canon et du crédo). C'est la raison pour laquelle, en français il existe au moins 26 traductions françaises de la Bible.

Avant de décrire les principales Bibles, pour avoir une idée concrète de ce qui différencie ces versions, nous avons repris un extrait de l'Épître aux Philippiens 2:6-7 dont voici les traductions de référence originales (à l'exception de la française) :

- En grec : "[Χριστός] ὃς ἐν μορφῇ Θεοῦ ὑπάρχων οὐχ ἁρπαγμὸν ἡγήσατο τὸ εἶναι ἴσα Θεῷ, ἀλλ' ἑαυτὸν ἐκένωσε μορφὴν δούλου λαβών, ἐν ὁμοιώματι ἀνθρώπων γενόμενος,[...]" (notons que certains anciens navigateurs Internet n'affichent pas les caractères grecs accentués). Le texte original ayant été repris dans toutes les versions, il n'y a aucune différence entre les textes Byzantin, Alexandrien, de Stephens de 1550, de Scrivener de 1894 ou avec la version contemporaine.

Notons que le texte grec utilise le mot "δούλου" ("doulou" dérivé de "doulos") employé par opposition avec un homme libre et qu'on traduit généralement par "esclave" mais aussi par "serviteur" et nous verrons que les traducteurs ont souvent hésité entre les deux mots.

- En Latin (Vulgate) :  "[Kristus] qui cum in forma Dei esset non rapinam arbitratus est esse se aequalem Deo sed semet ipsum exinanivit formam servi accipiens in similitudinem hominum factus et habitu inventus ut homo [...]". Saint Jérôme utilise le mot "servi" qui pris isolément signifie "esclave" mais dans cette phrase il signifie "celui qui sert", le "serviteur".

- En français (trad. personnelle) : "[Le Christ] lui qui est de nature divine, il ne pensait pas revendiquer l'égalité avec Dieu, mais il a prit la forme d'un serviteur, en devenant semblable aux hommes. Reconnu comme un homme, [ ... ]."

Voici un bref aperçu des différentes Bibles et de leur version de ce passage :

- La Bible de Jérusalem : BJ en abrégé, elle doit son titre aux travaux des Dominicains (les frères Prêcheurs) de l'Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem. Une équipe de 31 traducteurs pour l'ensemble des livres bibliques complétée par une bonne dizaine de collaborateurs et réviseurs ont participé à sa compilation.

Comme toutes les Bibles catholiques, elle comprend tous les livres deutérocanoniques (de l'Ancien Testament et du Nouveau Testament).

Publiée pour la première fois en 1955, les révisions furent reprise par les éditions Le Cerf. La dernière révision date de 1998 et est assez différente de celle de 1979 ou 1973. Si quelques théologiens sont déçus par la dernière édition, la plupart des biblistes considèrent que cette version est dans son ensemble la meilleure traduction française de la Bible.

Cette version est proposée dans différentes reliures et formats, avec ou sans illustrations (antiques ou modernes) et avec ou sans annotations et/ou commentaires (Bible d'étude, voir plus bas), permettant dans ce dernier cas une analyse détaillée des textes.

Extrait de la version de 1979 : "Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement  le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme homme, [ ... ]".

Extrait de la version de 1998 : "Lui qui est de condition divine n'a pas revendiqué son droit d'être traité à l'égal de Dieu mais il s'est dépouillé prenant la condition de serviteur. Devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme [ ... ]".

- La Traduction Oecuménique de la Bible : TOB en abrégé, est comme son nom l'indique une Bible interconfessionnelle. Elle fut publiée par la Société biblique française et les éditions Le Cerf et révisée en 1988 et 2010. Elle résulte de la collaboration de deux Églises chrétiennes à travers un traducteur catholique et un protestant pour chacun des livres. Elle intègre tous les livres canoniques et deutérocanoniques des deux confessions. La qualité de ses notes est particulièrement exemplaire et se rapproche de la Bible de Jérusalem. Sa qualité oecuménique en fait une Bible de référence bien qu'elle s'écarte de la traduction littérale (du mot à mot).

Extrait : "lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu. Mais il s'est dépouillé prenant la condition de serviteur devenant semblable aux hommes et, reconnu à son aspect comme un homme."

- La Bible en français courant : il s'agit également d'une Bible oecuménique. Rédigée par une équipe interconfessionnelle, les dernières révisions datent de 1982 et 1997. Cette Bible s'adresse réellement au grand public car la traduction an langage moderne a été faite par "équivalence fonctionnelle" ou dynamique, c'est-à-dire que les traducteurs ont veillé à ce que le sens de chaque verset soit le plus évident possible, privilégiant la signification contextuelle à la traduction littérale.

Cette Bible comprend peu de notes et existe également avec ou sans les livres deutérocanoniques. Une version deutérocanonique avec introduction et notices en marge intitulée "La Bible expliquée" fut publiée en 2004 et révisée en 2008.

Extrait : "Il possédait depuis toujours la condition divine mais il n'a pas voulu demeurer de force l'égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu'il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu homme parmi les hommes, il a été reconnu comme homme."

La Bible Segond 21 "Archéo" ouverte sur une page de l'Évangile selon Marc.

Document T.Lombry

- La Nouvelle Bible Segond : NBS en abrégé, révisée en 2002, il s'agit de la traduction de la Bible protestante par le pasteur Louis Segond publiée en 1851 et sous sa forme complète en 1880. Cette version est disponible avec ou sans annotations, en version classique ou d'étude.

Comme la Bible hébraïque ou la Bible anglaise NIV, cette Bible protestante ne comprend pas les livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament (livres de Tobie, Judith, Esther, Maccabées, de la Sagesse, L'Ecclésiastique et certains passages de Baruch), en revanche après quelques hésitations elles comprennent tous les livres du Nouveau Testament, Épîtres et Apocalypse compris.

Jusqu'en 1978, malgré ses révisions, la Bible Segond souffrait d'un style très XIXe siècle avec ci et là des tournures de phrases assez  lourdes comme on peut le constater avec cette version en ligne de 1910.

C'est la raison pour laquelle, après douze ans de travaux, une version "Nouvelle Segond 21" fut publiée en 2007, le nombre "21" faisant référence au XXIe siècle. Aujourd'hui la Bible Segond 21 est la version la plus répandue sur Internet et une Bible classique en francophonie.

Extraits de la version de 1978 et de la version en ligne (saintebible.com) :  "lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes [... ]".

Extraits de la version de 2002 : "lui qui était vraiment divin il ne s'est pas prévalu d'un rang d'égalité avec Dieu, mais il s'est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave en devenant semblable aux humains reconnu à son aspect comme humain [ ... ]".

Extraits de la version Segond 21 (2005) : "lui qui est de condition divine, il n'a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s'est débrouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, [ ... ]".

La Bible du Semeur : BDS en abrégé, fut publiée en 1992 sur base des traductions proposées par le théologien Alfred Kuen sous la forme d'autant de fascicules qu'il y a de livres bibliques. Sa publication a été reprise par les éditions Exelcis qui publia la première version en 2002 et la réimprime régulièrement. Voici la version en ligne.

La Bible du Semeur est une Bible évangélique protestante rédigée sous les auspices de la Société Biblique Internationale. C'est une Bible à équivalence fonctionnelle qui privilégie donc la signification contextuelle. Révisée en 2015, la Bible du Semeur inclut de nombreuses modifications au niveau linguistique afin de rendre le texte plus proche du français contemporain et de rendre le sens de l’original de manière plus précise et plus claire, quitte à s'éloigner un peu plus que les autres versions du texte original, ce qui est un inconvénient pour une analyse critique dans sa version d'étude (voir plus bas).

Extrait : "Lui qui était de condition divine, ne chercha pas à profiter de l’égalité avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, et il a pris la condition d’un serviteur en se rendant semblable aux hommes : se trouvant ainsi reconnu à son aspect, comme un simple homme, [...]".

- La Bible. Nouvelle Traduction : publiée originellement en 2001 aux éditions Bayard sous la direction de l'écrivain Frédéric Boyer, elle fut traduite par les exégètes Marc Sevin et Jean-Pierre Prévost mais est originellement basée sur six années de travail d'une cinquantaine de traducteurs. Le but de cette version était de moderniser le vocabulaire de la Bible catholique afin de rendre le texte moins rigoureux et moins austère tout en respectant du mieux possible des expressions originales, à quelques mots près. Cette Bible est l'une des plus épaisses avec 3186 pages au format 18x22x6.7 cm. Cette version est régulièrement réimprimée.

Extrait : "Lui-même forme de Dieu n'a pas pourchassé l'égalité avec Dieu lui-même s'est vidé a pris forme d'esclave est devenue copie humaine [... ]".

- La Bible Chouraki est une version entièrement rédigée par l'auteur juif André Chouraki qui traduisit direction les textes originaux juifs et grecs sans leur donner la moindre interpétation. Sa Bible fait ressortir le style original de la syntaxe hébraïque ou le cas échéant les origines araméennes du texte. Le résultat est au Bible au style atypique qui peut désorienter comme susciter la curiosité. L'écrivain et homme politique André Malraux la qualifia de "grandiose aventure de l'esprit ". La première édition date de 1985, la dernière de 2003 aux éditions Desclée de Brouwer.

Extrait : "lui, qui subsistant en forme d'Eiohîms n'a pas estimé un butin le fait d'être égal à Elohîms mais il s'est vidé lui-même, pour prendre forme d'esclave devenant à la réplique des hommes, et, par l'aspect, trouvé comme un homme [...]".

- La Bible Osty : publiée aux éditions Rencontres en 1970 sous forme de 22 fascicules puis rassemblées aux éditions du Seuil en 1973, il s'agit d'une Bible catholique traduite du hébreu et du grec par le chanoine sulpicien Emile Osty (qui participa également à la traduction de la Bible de Jérusalem) en collaboration avec l'abbé sulpicien Joseph Trinquet. Si la traduction qui s'échelonna sur 25 ans fut qualifiée de "remarquable", cette version contient des annotations parfois peu objectives et discutables.

Extrait : "Lui qui, subsistant en forme de Dieu, n'a pas estimé comme une usurpation d'être égal à Dieu, mais il s'est anéanti, prenant forme d'esclave, devenant semblable aux hommes. Et par son aspect reconnu pour un homme [...]".

- La Bible Crampon : traduite en 1894 par le chanoine Auguste Crampon et disponible tout d'abord en édition bilingue (latin de la Vulgate et français), elle fut révisée en 1904 et en 1923. A son époque, elle fut considérée comme la Bible catholique de référence jusqu'à ce qu'elle soit occultée par les versions plus modernes, en partiuclier la Bible de Jérusalem et la Traduction Oecuménique de la Bible. Elle est à présent disponible en un seul volume et uniquement en français mais il s'agit toujours d'une réimpression de l'édition de 1923.

Extrait : "Bien qu'il fût dans la condition de Dieu, il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu; mais il s'est anéanti lui-même, en prenant la condition d'esclave, en se rendant semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui [... ]".

- La Bible liturgique : comme son nom l'indique, c'est une Bible conçue pour le culte et les différents sacrements catholiques. Il s'agit d'une version demandée par le concile Vatican II visant à réformer la liturgie de rite latin. Dans la Constitution sur la liturgie, au n° 35, Vatican II donnait un principe général : "dans les célébrations sacrées, on restaurera une lecture de la Sainte Écriture plus abondante, plus variée et mieux adaptée". Pour la messe, les préconisations au n° 51 sont précises : "Pour présenter aux fidèles avec plus de richesse la table de la Parole de Dieu, on ouvrira plus largement les trésors de la Bible pour que, en l’espace d’un nombre d’années déterminé, on lise au peuple la partie la plus importante des Saintes Écritures." Le texte de cette version a parfois été modifié pour éviter toute ambiguïté lors de l'audition (par exemple en changeant le mot "voie" par "chemin" pour éviter que les fidèles ne comprennent la "voix").

Depuis 2003, cette version  liturgique comprend tous les livres bibliques de la Bible de Jérusalem. C'est la seule Bible pour les professionnels de la foi reconnue par Rome et l'ensemble des évêques francophones. Elle est éditée par l'AELF (Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones).

Extrait : "[Jésus-Christ] ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect [...]".

Ajoutons les principales Bibles en anglais :

- The King James Version alias KJV (la Bible du Roi Jacques) publiée en 1611 fut traduite en 900 langues et à même servi de référence à de célèbres écrivains et poètes anglais. Dans les premières versions, l'Ancien Testament fut traduit directement à partir des textes massorétiques en hébreu tandis que le Nouveau Testament fut principalement basé sur la traduction du texte grec réalisé par Erasme (XVIe siècle). Pour l'époque, la Bible KJV reste une très bonne traduction assez fidèle au sens littéral des textes originaux mais son style est un peu désuet comparé à celui des Bibles contemporaines.

Jusqu'au XIXe siècle, la KJV fut considérée comme "le plus noble monument de la prose anglaise". Toutefois la KJV présente quelques défauts de traductions mis en évidence au cours des études bibliques et suite à la découverte de nouveaux manuscrits qui ont imposé une révision.

Extrait : "Who, being in the form of God, thought it not robbery to be equal with God : But made himself of no reputation, and took upon him the form of a servant, and was made in the likeness of men : [...]".

- La Revised Standard Version alias RSV. La révision de la Bible KJV fut entreprise en 1870 sous la direction de l'Eglise d'Angleterre (Church of England). La (British) "Revised Version" fut publiée en 1881-1885. Par la suite, des exégètes américains y apportèrent leur contribution qui donna lieu à une version américaine appelée "American Standard Version" Bible (ASV) qui fut publiée en 1901. Sa publication fut reprise par l'International Council of Religious Education en 1928 dont les droits appartiennent aujourd'hui aux églises des Etat-Unis et du Canada. Suite aux avancées en matière biblique, ce conseil demanda à des spécialistes de revoir le contenu de la Bible ASV dont une nouvelle édition "Revised Standard Version" (RSV) fut publiée en 1946 suivie d'une mise à jour en 1952 suite aux premières découvertes archéologiques à Qumrân.

Ensuite, une nouvelle édition de la RSV comprenant cette fois la traduction des livres de la Révélation (l'Apocalypse) et quelques apocryphes dits deutérocanoniques fut publiée en 1957, rapprochant un peu plus la Bible RSV de sa version catholique.

Extrait : "Who, though he was in the form of God, did not count equality with God a thing to be grasped, 7 but emptied himself, taking the form of a servant, being born in the likeness of men."

- La New Revised Standard Version (NRSV ou NRSA). En 1974, le Comité du Conseil National des Eglises du Christ des Etats-Unis autorisa la préparation d'une nouvelle version de la Bible RSV afin de tenir compte des résultats des découvertes archéologiques, notamment des traductions des Rouleaux de mer Morte et de nouvelles interprétations des documents en langues sémitiques.

Pour l'Ancien Testament, le comité se fonda sur la Bible hébraïque massorétique Stuttgartensia (Biblia Hebraica Stuttgartensia). Pour le Nouveau Testament il utilisa les textes grecs en koinè (l'ancien grec vernaculaire pratiqué dans tout l'Empire romain) tels qu'ils furent traduits et acceptés en 1966 (et révisés en 1983) par un comité interconfessionnel international qui est l'origine de toutes les Bibles RSV des éditions United Bible Societies et de Nestlé-Aland. Ainsi, contrairement à la KJV et aux premières versions de la RSV, la plupart des corrections adoptées dans la NRSV (ou NRSA) sont basées sur des anciennes versions traduites en grec, araméen, syriaque et latin antérieures aux textes massorétiques afin se rapprocher le plus possible des textes originaux. Dans ce cas, des remarques sont reprises en bas de page indiquant de quelle source provient le texte.

Entre-temps, la collection s'enrichit de plusieurs textes apocryphes provenant des églises orthodoxes orientales dont les livres 3 et 4 des Maccabées et le psaume 151 découvert dans les Psautiers de Qûmram.

Cette version révisée de la Bible RVS fut publiée en 1989 sous le titre de "New Revised Standard Version" (NRSV) qui existe en version protestante et en version catholique. A l'inverse de la Bible NIV (voir ci-dessous), la NRSV comprend les livres deutérocanoniques (d'où l'usage de l'acronyme NRSA, A pour apocrypha).

Quand à  la forme, le comité décida de continuer la tradition de la Bible KJV tout en acceptant l'usage de l'anglais courant et certains changements textuels tant qu'ils garantissaient la même précision et la même clarté que le texte original. Autrement dit, il s'agit autant que possible d'une traduction littérale avec aussi peu de liberté que nécessaire (par exemple dans les versets où la grammaire de la langue pourrait induire des confusions de genre). Quant au nom de Dieu, sans entrer dans les détails du choix, elle utilise la même forme que dans la Bible KJV, à savoir plus souvent "Lord" (Seigneur) et quelquefois "God".

Etant donné qu'aujourd'hui la plupart des gens sont plus sceptiques et plus critiques qu'auparavant, les passages du Nouveau Testament jugés de source incertaine comme le récit de Jean à propos de la tentative de lapidation de la femme adultère (Jean 8:1-11) sont placés entre crochets et annotés en bas de page (cf. la version NRSA en ligne). Mais étant donné que plus d'un spécialiste estiment qu'il évoque un évènement réel emprunté à Luc, les autres versions de la Bible RSV ont conservé cette péricope ou passage sans remarque particulière.

Extrait : "Who, though he was in the form of God, did not regard equality with God as something to be exploited, but emptied himself, taking the form of a slave, being born in human likeness."

En résumé, on peut dire que depuis 1989, la Bible NRSV (ou NRSA) est la Bible anglophone officielle des églises Protestantes, Anglicanes, Catholiques romaines et Orthoxodes orientales.

- The Holy Bible NIV (La Sainte Bible NIV dont voici la version en ligne) est une Bible protestante. Elle est éditée par Biblica et ses contractants Zondervan et Hodder & Stoughton. Publiée pour la première fois en 1979, la dernière révision date de 2011. La NIV est la Bible anglaise la plus populaire et la plus vendue dans les pays anglo-saxons avec plus de 400 millions d'exemplaires imprimés comprenant notamment de nombreuses déclinaisons (pour les femmes, pour les enfants, etc).

La Bible NIV fut traduite par quinze chercheurs bibliques utilisant des textes hébraïques, araméens et grecs dont l'objectif était de produire une version anglaise plus moderne que la KJV.

Comme la RSV ou NRSV, le texte de l'Ancien Testament est basé sur celui de la Bible hébraïque Stuttgartensia. Toutefois, les traducteurs ont consulté d'autres textes comme les Rouleaux de la mer Morte, le Pentateuque samaritain, la Bible d'Aquila, de Symmachus et de Theodotion, la Vulgate latine, la Bible Syriaque Peshitta, le Targum aramaïque et les Psaumes Juxta Hebraica de Jérôme. Comme la Bible RSV, la base manuscrite du Nouveau Testament est également basée sur les versions grecques en koinè. Notons que les livres deutérocanoniques ne sont pas inclus dans cette version.

La Bible NIV a été traduite par "équivalence dynamique", c'est-à-dire plutôt que de traduire littéralement le texte, la priorité fut donnée au sens du texte. Le défaut de cette méthode est qu'elle est sujette à interprétation et que la traduction s'écarte légèrement du texte original avec lequel elle n'est pas superposable. En revanche, le texte est plus fluide et plus facile à comprendre que celui d'une traduction littérale. La NIV sert notamment de référence aux Bibles Segond 21 françaises y compris aux notes historiques des Bibles Segond 21 d'étude (voir plus bas).

Extrait : "Who, being in very nature God, did not consider equality with God something to be used to his own advantage; rather, he made himself nothing by taking the very nature of a servant, being made in human likeness."

2. Les Bibles d'études

Une Bible d'étude contient le texte biblique traditionnel de la confession catholique ou protestante complété par des milliers de  notes et des centaines d'articles sur le thème biblique. Il s'agit généralement de notes ou de commentaires en bas de page ou dans la marge complétés par des références croisées, une table de concordance (une sorte de table des matières) et des articles complémentaires à la manière d'une encyclopédie. Ces articles composés sous forme d'encarts ou de texte d'une demi à quatre pages traitent par exemple de questions linguistiques ou de traductions, de l'identification de l'auteur du livre, de sa biographie, des ajouts tardifs, des manuscrits apocryphes, des objets archéologiques datant de cette époque, de la géographie ou de l'histoire des lieux, de l'histoire des nations et des peuples, des personnages, des différentes sectes, etc., agrémentés de tableaux récapitulatifs, de photos, de dessins et de cartes. Ce genre de Bible est autant un livre théologique que d'histoire. En voici quelques exemples :

1. La Bible d'étude Segond 21 "Archéo"

Parmi les Bibles d'études récentes, les éditions Archéo en collaboration avec la Société biblique de Genève ont publié en 2015 "La Bible avec notes d'étude archéologiques et historiques" (dont voici la couverture) présentée ci-dessous à gauche. Il s'agit de la traduction française de la Bible Segond 21 publiée en anglais en 2005 complétée par les notes et articles principalement consacrés aux découvertes archéologiques de la "NIV Archaeological Study Bible" publiée aux Etats-Unis en 2006.

La Bible Segond 21 "Archéo" avec notes d'étude archéologiques et historiques publiée aux éditions Archéo en 2015. Document T.Lombry.

La Bible Segond 21 Archéo est une Bible protestante de 2138 pages au format 16x24x5.3 cm imprimée sur une colonne avec les paroles du Christ en rouge, ce qui permet de trouver facilement les versets.

Outre les références croisées et des commentaires en marge, cette Bible comprend 640 articles traitant des découvertes archéologiques, des personnages et des objets de l'époque biblique illustrés de photos couleurs et de tableaux récapitulatifs. Elle contient également 65 citations proches des textes originaux, des informations sur les civilisations de l'époque et quelque 8000 commentaires proposant des informations historiques et culturelles. Elle est complétée par une importante annexe de 238 pages comprenant une note sur les monnaies, un glossaire, une table de concordance de 199 pages, un index et des cartes en couleurs.

Les commentaires et les photographies sont fondés sur les résultats des découvertes archéologiques ainsi que des sources iconographiques et des annales. Les auteurs se sont globalement très bien documentés, même s'il reste quelques imprécisions voire des erreurs. Ainsi, les auteurs jugent que la datation biblique du livre de Daniel est authentique (p1228) alors que les faits historiques qu'eux-mêmes évoquent prouvent qu'il s'agit d'une compilation tardive et d'un pseudépigraphe (d'un livre écrit par plusieurs auteurs). On peut aussi regretter que les notes et les articles de l'édition 2015 n'aient pas tenu compte des découvertes faites après 2005 notamment en 2013 et 2014 que les auteurs auraient même pu consulter sur Internet. Autrement dit, il est dommage que l'éditeur français n'a fait aucun effort pour mettre l'édition américaine à jour.

Cette version est proposée en trois éditions (reliée avec couverture rigide et jaquette couleur, couverture souple synthétique ou en cuir noir, son prix passant du simple au triple en fonction de l'édition).

2. La Bible d'étude de Jérusalem

La Bible de Jérusalem avec guide de lecture et dessins de P.Vanetti en marge publiée aux éditions Le Cerf/Desclée De Brouwer en 1979/1992. Doc T.Lombry

Les éditions Le Cerf/Desclée De Brouwer ont publié en 1979 puis en 1992 "La Bible de Jérusalem avec guide de lecture" (dont voici la couverture) présentée à droite, une Bible d'étude de 1984 pages au format 18x22x6 cm. Cette Bible est illustrée de dessins au trait de P.Vanetti basés sur des objets historiques.

Imprimée sur trois colonnes dont une marge extérieure réservée aux dessins et commentaires, elle contient en introduction de chaque livre des explications sur leur rédaction, les bas de page reprenant les références croisées et des commentaires sur les versets (notamment les ajouts tardifs).

L'annexe de 44 pages comprend une chronologie sommaire, des tables sur les mesures et les monnaies, la référence de toutes les notes, la légende détaillée des illustrations et quelques cartes en couleurs.

Cette Bible est proposée en édition reliée et couverture rigide avec incrustations dorées et jaquette. Plusieurs photos extraites des pages de cette Bible sont présentées dans ce dossier.

Malheureusement, cette Bible n'a plus été rééditée sous cette forme et est rarement disponible sur le marché d'occasion.

3. La Bible d'étude du Semeur

Depuis 2002, les éditions Exelcis proposent La Bible d'étude du Semeur (voici la converture), une Bible de 2176 pages au format 17x25x4.5 cm qui est régulièrement réimprimée.

Comme nous l'avons expliqué, il s'agit d'une Bible évangélique protestante dont la traduction s'éloigne légèrement du texte original, ce qui est un inconvénient pour une analyse critique. La version d'étude comprend des notes et introductions rédigées par des théologiens évangéliques francophones, des annotations, des notes d’études et des parallèles complétés par des cartes en couleurs, des plans et des croquis.

4. NIV Quickview Bible

Pour mémoire, citons la Bible d'étude anglaise "Quickview Bible" de la NIV publiée par Zondervan dont voici la couverture et l'intérieur. Elle se distingue des autres Bibles d'études qui sont généralement lourdement documentées avec des milliers de notes et de commentaires par des encarts visuels faciles à lire. Comprenant 1108 pages de 16x24 cm, elle contient 360 infographies et diagrammes et 20 cartes couleurs. Comme son nom l'indique, cette Bible "Quickview" fournit des instantanés visuels relatifs à des versets et des histoires clés de la Bible qui rendent l'information plus compréhensible. Seuls points négatifs, elle ne comprend aucune référence ni table de concordance et un amateur averti souhaitant des informations historiques détaillées restera sur sa fin.

3. La Bible interlinéaire

Il s'agit d'une Bible d'étude bilingue contenant une traduction hébreu-français de l'Ancien Testament  et grec-français du Nouveau Testament. Cette oeuvre n'existe en français que depuis 1992 grâce aux travaux de traduction du théologien Maurice Carrez. Imprimée par la Société biblique française, le texte en regard correspond à la traduction oecuménique et en français courant. La dernière édition de l'Ancien Testament date de 2007, celle du Nouveau Testament de 2015.

Pour la petite histoire, le texte hébreu est celui de la "Biblia Hebraica Stuttgartensia" (BHS en abrégé) qui est fidèle au texte massorétique tel qu'il figure dans le Codex de Léningrad (c.1010). Le Nouveau Testament est basé sur le texte grec de Nestle-Aland (première édition en 1898, révisée par Kurt Aland en 1963 pour sa 25e édition).

La Bible interlinéaire comprend une traduction littérale (équivalence formelle) de chaque mot en français dans l'interligne, d'où son nom. Pour certains mots, il existe plusieurs mots français afin que la traduction soit le plus proche possible de la signification contextuelle.

Vu le volume à traiter, l'Ancien Testament représente 2844 pages et le Nouveau Testament 1280 pages en format relié de respectivement 18x25x6.7 cm et 17x24x3.5 cm. Il est malheureux que l'éditeur n'aient pas utilisé les mêmes tailles pour les deux volumes.

La Bible interlinéaire en français publiée par Société biblique française sous la direction de Maurice Carrez. A gauche, un exemple de l'Ancien Testament en hébreu-français publié en 2007. A droite, un gros-plan sur le texte interlinéaire grec-français du Nouveau Testament publié en 2015 dont la couverture est présentée au centre.

Etant donné la manière dont le texte est disposé, on ne lit pas cette Bible comme un livre, d'autant que le texte hébreu se lit de droite à gauche. C'est en fait une oeuvre destinée aux "profanes semi-qualifiés" (les amateurs avertis ayant étudié soit la Bible soit le grec ancien et le hébreu jusqu'au niveau Aleph ou Gîmel) comme les appelle les chercheurs et aux linguistes qui souhaitent parfaire leur connaissance du hébreu ou du grec biblique. Elle s'adresse bien sûr également aux personnes ne connaissant ni le hébreu ni le grec mais souhaitant réaliser une critique textuelle.

Pour les linguistes, cette version comprend également des informations indiquant la racine verbale quand elle n’est pas identifiable immédiatement, ainsi que la conjugaison du verbe et son mode.

L'Ancien Testament comprend une annexe de 36 pages traitant des questions sémantiques ou grammaticales qui ne remplacent bien sûr pas une grammaire du hébreu biblique. Le Nouveau Testament comprend une annexe de 38 pages traitant des différentes traductions et difficultés diverses, de la phonétique de la conjugaison, des analyses de verbes et d'indications bibliographiques. Consultez également la revue de cette Bible par Francine Leclerc de l'Alliance biblique française et coordinatrice de ce projet.

Pour information, ces deux volumes de la Bible interlinéaire sont respectivement proposés à 106 € et 53 € ttc et il n'existe pas de version numérique, du moins chez cet éditeur. A condition de disposer d'un ordinateur avec un lecteur DVD, il est donc tentant de plutôt acheter les Bibles polyglottes en format DVD à 15 € ou 22 € qui proposent également des traductions interlinéaires. On y reviendra à propos de la transmission de la Bible.

Bible catholique et Bible protestante

Quelle Bible faut-il acheter ou consulter ? A part les livres deutérocanoniques absents dans certaines versions des Églises réformées, très peu de choses différencient les Bibles catholiques (et orthodoxes) et protestantes. En revanche, le texte des Bibles en grec et en hébreu diffère parfois de leurs traductions, notamment en ce qui concerne les noms propres et communs ainsi que les formes grammaticales (les verbes, la conjugaison des temps et les accords comme les pluriels, etc.).

La Bible de Jérusalem (catholique) posée sur la Bible Segond 21 (protestante). Doc T.Lombry.

Si certains lecteurs catholiques jugent que les options de traduction de la Bible Segond sont parfois inexactes, on peut considérer ces critiques comme du parti-pris confessionnel car c'est également valable pour la Bible de Jérusalem et la TOB si nous les comparons aux textes originaux en hébreu ou en grec; malgré la collaboration de plusieurs traducteurs et correcteurs, toutes les traductions présentent certaines libertés inhérentes à ce genre de travail par rapport au texte original.

S'il fallait choisir une traduction, globalement la Bible Segond paraît plus fidèle au texte original grec, hébreu ou araméen, tout en évitant les conjectures qu'on retrouve parfois dans les autres Bibles. De plus, ayant été révisée ces dernières années, la structure des phrases et le style d'écriture de la Bible Segond sont plus proches du langage actuel tout en restant fidèle au texte original. Dans les nouvelles Bibles, on note par exemple des inversions de phrase par rapport au texte original afin de rendre le texte plus facile à comprendre, mais aucun mot n'a été ajouté ou supprimé, certains ont juste été remplacés.

Pour ne prendre qu'un exemple, dans la Bible de Jérusalem le verbe grec "γεννάω" (gennao) signifiant "enfanter" cité par Matthieu (verset 1:2) est généralement traduit par le verbe "engendrer" tandis que la Segond utilise le verbe "avoir", etc. Mais ce n'est pas systématique. La traduction est tout aussi délicate à propos des noms de Dieu (YHWH, Adonaï, Elohim, Yahvé, Seigneur, etc.) dont la traduction saute aux yeux d'une version à l'autre. En effet, les Bibles catholiques utilisent le nom de "Seigneur" là où les Bibles protestantes et la Bible du rabbinat utilisent le nom de "L'Eternel" (cf. la traduction de la Torah de Sefarim).

En résumé, si aucune Bible n'est traduite littéralement pour des raisons linguistiques légitimes, on aurait tendance à plus facilement faire confiance au texte de la Bible Segond 21 car il est plus proche du texte original tout en utilisant un style contemporain. Le texte de la Bible Segond 21 est également moins lourd, donc plus facile à lire et plus compréhensible que celui des autres versions de la Bible qui restent malgré tout très proches et même souvent identiques au texte original. Quant aux Bibles d'études, quelles que soient les traductions, les commentaires sont détaillés et bien documentés.

Finalement quelle Bible faut-il choisir ? C'est une décision souvent subjective car c'est plus une affaire de goût et de croyances personnelles qu'une question de fond. Si au quotidien, le croyant se contentera de la Bible de poche de sa confession, à des fins d'études, il est intéressant de disposer de différentes versions et pour les experts des éditions originales du Tanakh en hébreu et du Nouveau Testament en grec.

Notons que toutes les références présentées dans ce dossier sont rassemblées dans la bibliographie. Comme nous l'avons évoqué dans l'introduction, la plupart des Bibles mises en ligne sont des versions protestantes. En effet, pour des raisons historiques, la Bible Segond (1880) fut la première proposée gratuitement aux maisons d'éditions chrétiennes, ce qui explique sa très large diffusion, avec un tiers des Bibles actuellement sur le marché pour cette seule version. Vous trouverez en ligne des versions francophones de la Sainte Bible et Lire la Bible, deux versions protestantes de la Bible Louis Segond très faciles à parcourir. Certains livres manquants dans les Bibles protestantes comme les livres deutérocanoniques (Livre de la Sagesse, Siracide, etc.) sont disponibles en ligne dans la Traduction Oecuménique de la Bible de l'AELF et dans la version anglaise de la New Revised Standard Version w/Apocrypha (NRSA). Enfin, la Bible de Lemaistre de Sacy propose la consultation de 11 Bibles différentes.

Nous verrons dans d'autres articles comment furent constitués les livres canoniques et comment la Bible fut transmise à travers les âges.

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