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La Bible face à la critique historique

Enluminures d'un Livre d'heures realisé entre 1470-1480 par le miniaturiste florentin Francesco d’Antonio del Chierico. Il fut réalisé pour le mariage d'un membre de la famille Serristori. Ce type de livre permettait aux catholiques laïques de suivre la liturgie des Heures (les prières quotidiennes). Doc UCH.

Le crédo ou l'interprétation de la doctrine

Après être passé du statut de secte juive proto-chrétienne (cf. la querelle paulienne) à celle de religion, le christianisme devient une institution à partir du IIIe siècle qui était même dominante à cette époque dans le sud de l'Europe et en Asie Mineure, notamment en Égypte. Après les atrocités dont les persécutions commises sous les empereurs romains Septime Sévère (145-211) et Dioclétien (303-311) qui décimèrent les chrétiens, le christianisme se stabilisa sous l'empereur Constantin jusqu'à ce que de nouvelles querelles éclatent entre les Églises autour de la question du crédo.

Le crédo (signifiant "je crois" en latin), c'est-à-dire la profession de foi des chrétiens telle que définie par le concile peut sembler à première vue sans intérêt pour lire la Bible ou critiquer ses sources. C'est à la fois vrai et faux. Vrai dans le sens où les textes bibliques n'y font pas explicitement référence mais faux car il est implicite dans les paroles du Christ et se conrétise dans l'interprétation qu'en a fait l'Église qui s'est appropriée les paroles du Christ.

Une Bible aussi épurée soit-elle des idées "hérétiques" dans ce qui convient d'appeler le canon ne constitute pas à elle seule un outil d'évangélisation. Comme le fameux "Petit Livre Rouge" de Mao Tsé Tung qu'on lui opposa au XXe siècle, la Bible a besoin d'un cadre idéologique ou plutôt dogmatique, c'est le crédo.

Pour ne prendre qu'un exemple avant de décrire le crédo et son évolution, une expression comme "Croyez en Dieu, croyez aussi en moi" (Jean 14:1) a été reprise par l'Église dont le crédo commence par ses mots " Nous croyons en un Dieu, ....". Les Évangiles ont ainsi servi de socle et de ferment à l'élaboration du crédo, mais non sans mal.

Notons qu'on retrouve la même notion dans le serment judiciaire que prononcent les fonctionnaires de l'État et les plaidants lors d'un procès, une réminiscence religieuse de la confiance aveugle de l'assermenté dans son sens moral ou de sa foi, tout aveu de culpabilité trahisant la vérité. Autrement dit, sa seule parole assure sa probité morale ou religieuse. Il est évident que dans les constitutions laïques, aucun tribunal ne peut imposer de prêter serment sur la Bible ou à l'Église ou dans un autre lieu de culte. Mais les serviteurs de l'Église dérogent à cette règle puisqu'en principe ils sont redevables au pape sauf dans les affaires criminelles.

Le crédo sur lequel tous les serviteurs de Dieu doivent jurer fidélité au risque d'être excommunié dit en suspens que le Fils de Dieu, Jésus-Christ mérite autant que le Père le nom de Dieu, qu'il présente deux natures, divine et terrestre, qui demeurent lorsqu'il habite le corps de Jésus ou lorsqu'elles se rencontrent en une seule personne lors de la transfiguration et de la résurrection (voir plus bas). Une personne critique comprendra vite que cette petite phrase est lourde de sens et qu'à une époque où l'Église se cherchait encore, pratiquement chaque mot pouvait être discuté et même disputé d'un point de vue théologique.

C'est justement sur la question du crédo que les différents courants de l'Église se sont violemment opposés pendant plus d'un siècle au point que l'Église arienne et les Églises du Moyen-Orient (perse et assyrienne) ainsi que l'Église indienne de Malabar mirent en danger l'avenir de l'Église romaine.

Avec le recul, dans un contexte contemporain où dans les démocraties la liberté de penser et d'expression vont de paire avec la raison (le rationnel) et le sens critique, notre génération a pris ses distances avec les textes sacrés et les doctrines - cet article en témoigne -, au grand dam de l'Église. On y reviendra. En revanche, aux premiers temps de la Grande Église, la mauvaise interprétation des mots, de ces "détails" qui peuvent nous paraître futiles et sans importance, pouvaient condamner son auteur à l'exil ou à une mort violente pour blasphème ou hérésie avec des supplices dignes de l'Enfer (brûlé vif sur le bûcher, grillé à petit feu tête en bas, coupé en morceaux à coups de hâche, écartelé, dépecé vif, etc.). A l'époque, la question du crédo n'était donc pas une affaire à prendre à la légère et les théologiens qui s'aventuraient dans cette voie devaient être courageux pour défier la Grande Église sachant qu'ils encourraient son courroux en cas de défiance ou d'hérésie, le premier à mettre ses menaces en pratique étant l'empereur Constantin (qui soit dit en passant assassina son fils et son épouse).

Le crédo selon Arius

C'est donc en toute connaissance de cause qu'aux alentours de l'an 316, le père Arius alors âgé de 60 ans et en charge de la paroisse de Baucalis située près du port d'Alexandrie en Égypte critiqua le crédo, un acte d'hérésie qui éveilla l'attention de l'évêque d'Alexandrie, Alexandre.

Tout commença en 312 lorsque Arius décortiqua les paroles des Évangiles et "joua" sur l'interprétation des mots car il était convaincu que la Grande Église se fourvoyait. Très intelligent, fin connaisseur des Écritures et très populaire, ses idées finirent par être appréciées par un nombre croissant de fidèles.

Le père Arius (256-336).

Arius refusa en particulier l'idée du crédo selon laquelle Jésus est l'égal de Dieu. Pour Arius, Jésus qu'il appelle le Logos (par référence à l'idée exprimée par Origène dont il s'est inspiré) est certes de filiation divine mais ce n'est pas Dieu. Dieu est unique et non engendré alors que le Logos est un intermédiaire entre Dieu et le monde. Ce Logos, le Christ ou Fils de l'homme a été créé, engendré par Dieu et il y a donc eu un temps ou le Logos n'existait pas.

De plus quand Jean dit que "le Verbe c'est fait chair", Arius l'interprète comme l'incarnation du Fils de l'homme dans le corps d'un homme. Si la chair du Christ était habitée par le Fils alors le Christ n'était pas entièrement humain. Il ne dispose pas non plus de son libre arbitre puisque ses actes dépendent de la volonté de Dieu. Arius asssimile également les verbes "engendrer" et "créer" là où Rome fait une distinction. Enfin, Arius considère que le Fils ressemble à Dieu mais n'est pas de la même substance que Dieu, "consubstantiel" comme le définit la Grande Église.

Ces quelques mots vaudront au père Arius de comparaître devant l'aéropage des évêques d'Orient au cours du concile d'Alexandrie en 318. Refusant de signer la profession de foi, ses propos hérétiques furent condamnés, il fut excommunié et ses écrits détruits. Qu'importe, il se réfugia en Bithynie (au nord de la Turquie actuelle) où il fonda sa propre Église arienne. Il reçut le soutien de l'évêque de Constantinople Eusèbe de Nicomédie (lui-même soutenu par l'empereur Constance II) qui lui proposa de considérer la supériorité du Père sur le Fils. Cette proposition fut jugée "acceptable" par le concile de Nicomédie qui leva l'excommunication, mais contre laquelle s'opposa l'Église d'Occident qui le fera bientôt savoir officiellement.

En 325, au cours du Concile d'Antioche, l'évêque Ossius de Cordoue probablement en collaboration avec Alexandre et Athanase proposèrent une nouvelle profession de foi au synode (l'assemblée des évêques). Ce texte déclara que notre "Seigneur Jésus-Christ est fils unique engendré et non créé", "Fils unique depuis toujours", "immuable et inaltérable" et est à l'image non de la volonté mais de "l'existence réelle du Père". Naturellement, ceux qui étaient d'un autre avis étaient menacés d'excommunication. Plusieurs évêques pro-ariens se firent excusés mais trois évêques la rejetèrent : Théodore de Laodicée, Narcide de Néromais et Eusèbe de Césarée (connu pour son "Histoire ecclésiastique") qui furent excommuniés. Peu après, au cours du concile de Nicée de 325 (voir plus bas), le synode interdit à une Église locale de lever une excommunication prononcée par une autre Église, ce qui n'empêcha pas l'Église d'Orient et l'Église arienne de se réunir ultérieurement.

Nous n'entrerons pas dans les détails très techniques de cette querelle dogmatique qui sont largement documentés dans différents ouvrages retraçant l'histoires des conciles et de la chrétienté. Retenons seulement que les différents synodes et conciles ont tantôt abrogé ou approuvé les idées des évêques s'opposant à l'orthodoxie romaine qu'ils ont exilé ou réhabilité selon le cas, devenant selon les époques subitement hérétique ou frère d'arme (à l'époque les évêques portaient encore l'épée).

Voyons donc brièvement comme le crédo fut établi et ses conséquences sur l'avenir des Églises.

Le symbole de Nicée

Le fameux concile de Nicée de 325 fut également résolument anti-arien. Ce concile est resté dans les mémoires car ce fut le premier concile oecuménique (rassemblant toutes les Églises) à l'occasion duquel les évêques d'Orient et d'Occident approuvèrent la première version universelle du crédo, un "symbole" de la profession de foi reconnu par toutes les Églises dont le contenu est assez proche de sa version moderne. Appelé le "symbole de Nicée", il commence par ses mots : "Nous croyons en un Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible, et en un Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ; par qui toutes choses ont été faites au ciel et en la terre....". Dans cet extrait, chaque verbe ou qualificatif associé au nom de Dieu, du Père ou du Fils est fondamental, dogmatique, ce qui suscita de nombreuses critiques des évêques dissidents (dont Arius), notamment les termes "engendré et non fait", "substance du Père", "consubstantiel au Père" évoqués plus haut.

A lire : Histoire des conciles, Salve Regina

A gauche, une icône représentant l'empereur Constantin (au centre) entouré les évêques du concile de Nicée (325), tenant le texte du "symbole de Nicée" dans sa forme liturgique grecque. En fait le texte est celui adopté au cours du concile de Constantinople en 381. Au centre, toujours à la tâche, Jérôme de Stridon (saint Jérôme alias San Girolamo) imaginé par Caravage. Ce tableau à l'huile sur toile de 112x157 cm aurait été commandé par Scipion Borghèse en 1605. Il est exposé à la Galleria Borghese. A droite, saint Jérôme dans son étude. Tableau à l'huile d'Antonello da Messina de 45.7x36.2 cm réalisé vers 1475. Il est exposée à la National Gallery de Londres.

Quelques évêques d'Orient (dont Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée) favorables aux idées d'Arius refusèrent de destituer ce dernier et d'adhérer au symbole de Nicée. La Grande Église les excommunia et l'empereur les bannit en Gaule. Ces hérétiques se repentirent en 328 mais dans le seul but inavoué de destituer les évêques nicéens sous de faux motifs personnels, des actions qui permirent lentement aux évêques ariens d'étendre leur pouvoir en Europe de l'Est. Finalement Arius fut réhabilité lors du concile de Tyr en 335 sans que les évêques n'évoquent sa doctrine, ce qui lui permit de reprendre la tête de son Église arienne.

Alors que la direction de l'Empire romain était déjà aux mains de deux autorités différentes (tant politiquement que théologiquement parlant) et que Rome était sous la menace des invasions barbares, à partir des années 340 l'ambassadeur des Goths, Wulfila, se convertit à l'arianisme. Séduit par cette religion et multilingue, Eusèbe lui confia la mission d'évangéliser les Barbares (Goths, Germains, Lombards, Burgondes, Francs, etc.). Ces conversions massives revigorèrent l'Église d'Arius au point qu'elle devint l'Église dominante à la fin du IVe siècle.

Si rétrospectivement l'arianisation échoua, il faut reconnaître que nous devons à Wulfila la dominance actuelle du christianisme dans toute l'Europe et au-delà. On imagine très bien que sans l'action de Wulfila, le monde serait probablement resté païen et plus certainement encore qu'il serait devenu musulman avec tous les interdits et les obligations de ce type de constitution généralement théocratique et non démocratique.

En 381, le deuxième concile œcuménique de Constantinople confirma les conclusions (canons) de celui de Nicée. A cette occasion les évêques d'Orient approuvèrent la divinité de l'Esprit-Saint et le fait qu'il forme la Trinité avec le Père et le Fils. Aussitôt après, une lettre dogmatique exposant la foi sur base de la Trinité et de l'Incarnation divine fut envoyée à Rome. L'Église de Constantinople fut ensuite considérée comme occupant le premier rang d'honneur après celle de Rome. 

Les représentations habituelles de la Sainte Trinité, c'est-à-dire de Dieu représentant les trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. A gauche, miniature de la Trinité extraite du livre des "Grandes Heures" d'Anne de Bretagne, reine de France, datée de c.1503-1508. Les évangélistes sont également représentés dans les coins par le tétramorphe de la vision d'Ezéchiel (Ez 1:1-14) repris dans l'Apocalypse de Jean (Apoc. 4:7-8). Document BnF/Gallica. A sa droite, illustration du baptême du Christ par Jean et surmonté de la Trinité. Peinture à la tempera sur vélin datant de 1485-1486 reproduite dans l'ouvrage "Les Très Riches Heures du Duc de Berry" de Raymond Cazelles et Johannes Rathofer (2001). Elle est exposée au Musée Condé à Chantilly. A droite du centre, la plus ancienne icône orthodoxe de la Trinité. Elle fut peinte par le moine russe Andreï Roublev qui vécut de c.1360 à 1428. Elle est exposée dans la Galerie Tretyakov de Moscou. A sa droite, la "main de la miséricorde" du Christ (main droite uniquement) souvent représentée dans le Christ Pantocrator. Selon le manuel d'iconographie (1845, p455), "le second doigt, restant ouvert, indique un I (iôta), et le troisième forme, par sa courbure, un C (sigma). Le pouce se place en travers du quatrième doigt ; le cinquième est aussi un peu courbé, ce qui forme l’indication du mot (xpictoc) XC ; car la réunion du pouce et du quatrième doigt forme un X (chi), et le petit doigt forme par sa courbure, un C (sigma). Ces deux lettres sont l’abrégé de Christos." A l'extrême droite, la "main de la justice" (main gauche uniquement) qu'on retrouve dans certaines confréries et lors de la prestation de serment des élus dans certains gouvernements dont en Suisse et qu'on offre également lors du sacre des souverains, les trois doigts levés symbolisant la Trinité. Celle-ci fut réalisée en 1804 pour le sacre de Napoléon Ier à Notre Dame de Paris. Elle est constituée d'ivoire, de cuivre, d'or et de camée. Elle est présentée au Louvre, dans l'Aile Richelieu.

Il faut rappeler que le concept de "Saint-Esprit" est une notion chrétienne. En hébreu, le terme "esprit" ("רוח הקודש", ruwach) revête les mêmes significations qu'en français : l'inspiration, le souffle, le don spirituel, le vent, le désir, etc. Selon les codes Strong, ce terme apparaît 7307 fois dans l'Ancien Testament. Le terme "saint" et ses dérivés (qadash, qodesh, qadowsh) apparaît presque aussi souvent. L'expression "Saint Esprit" se dit "Rouah HaKodesh" en hébreu (L'Esprit le Saint) et est très peu utilisée. On la retrouve deux fois dans le Tanakh (Isaïe 51:13 sous la forme de la "colère" et Isaïe 63:10-11 qui évoque "l'esprit saint") et une troisième fois lorsque l'Eternel est accompagné de "son esprit" (Isaïe 48:16). Ce n'est donc pas une notion juive. En revanche, dans les textes grecs originaux du Nouveau Testament, le terme "Saint Esprit" est composé à partir de la racine "pneuma" (le souffle) associé au mot "agio" (saint) que les Bibles grecques traduisent par "agio pneuma" ("άγιο πνεύμα"). Mais en réalité, le texte grec original utilise plutôt l'expression "esprit saint", l'emphase sur le "Saint-Esprit" étant chrétien et catholique pour insister sur le concept de Trinité (voir plus bas) souvent représenté par la colombe. On peut en déduire qu'il s'agit d'une invention de l'Église.

Qu'il soit d'obédience catholique ou arienne, le christianisme devint une religion d'État en 391. Désormais tous les fonctionnaires de l'Empire d'Occident doivent jurer fidélité au Christ. Dorénavant le pape (Damase à l'époque) siège à Rome, consacré "siège apostolique".

Puis arriva le pire. En 410, Rome fut mise à sac par Alaric et ses Goths après un siège de trois jours. "Horreur ! s'écrira saint Jérôme, l'univers s'écroule...". Heureusement, déjà christianisés, les barbares préservèrent les institutions religieuses. Mais pendant plus de six siècles la culture fut anecdotique bien que l'art resta splendide, les barbares étant plus versés dans la métallurgie et le maniement des armes que dans la théologie et le maniement du verbe. Aussi, la Cité de Dieu demeura le seul reconfort d'un peuple désormais sans avenir.

Fresque en mosaïques évoquant le concile d'Ephèse de 431 dans la Basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon.

Pour les théologiens, les questions de la "substance" du Fils de Dieu et de la nature du Christ n'étaient toujours pas résolues, pas plus que celle du statut de l'Esprit (la fameuse "force de l'Esprit") interprétée par la Grande Église par le concept de la Trinité (Dieu est unique mais également, sur le même pied, représenté par le Père, le Fils et le Saint-Esprit), des concepts au coeur du dogme au même titre que la résurrection.

Concernant la "substance" du Fils de Dieu, c'est-à-dire la double nature du Christ, divine et terrestre, les deux grandes Églises sont restées arc-boutées sur leur convictions dogmatiques tout au long des différents synodes et conciles, les défenseurs des uns considérant que le Christ "présentait les deux natures uniquement avant l'union, mais une seule après l'union" comme Cyrille, ou au contraire que le Seigneur a toujours présenté deux natures comme le soutenaient la curie romaine.

A propos de l'Esprit , la question à résoudre était de savoir si "l'Esprit procède du Père et du Fils", ce qu'on appelle le "filioque", ou seulement du Père, une question typiquement dogmatique loin des préoccupations de la population mais qui eut des conséquences importantes pour l'Église.

La Grande Église finit par imposer l'idée que "l'Esprit procède du Père et du Fils". Passant du "blasphème" à "l'hérésie", les défenseurs d'une autre version du crédo, celle d'Arius et plus tard de Nestor (l'évêque Nestorius refusa d'appeler Marie, la mère de Dieu, ce qui dans un certain sens revenait à nier la divinité de Jésus) n'ont finalement pas réussi à imposer leurs idées face à la majorité.

En 431, le concile d'Ephèse condamne le nestorianisme comme hérésie et dépose Nestorius jugé "hérésiarque". Rome promulgue des canons condamnant les idées hérétiques qui aboutirent littéralement au clash des Églises. Et comme tout décret relatif à l'hérésie, les ouvrages blasphématoires furent détruits et les hérétiques furent pourchassés avec plus ou moins de zèle et de violence. A l'inverse des conciles de Nicée I et de Constantinople I, le concile d'Ephèse aboutit à la définition de "l'union hypostatique" selon laquelle le Christ possède des deux natures, humaine et divine. C'est depuis cette époque que l'Église proclame que le Christ est homme et Dieu. Or Jésus ne s'est jamais proclamé Dieu. On y reviendra à propos du Messie.

La définition de Chalcédoine et le premier schisme

Finalement, après des décennies de querelles, d'injures par missives interposées, d'excommunications et de reniements entre les évêques des différentes confessions, l'empereur d'Orient Marcien en accord avec le pape Léon I organisèrent le 4e concile de la Chalcédoine en 451 qui réunit pendant plus de trois semaines 630 pères pendant 16 sessions dans l'église Sainte-Euphémie à Chalcédoine, aujourd'hui Kadiköy dans la banlieue d'Istanbul, afin de trancher les questions dogmatiques et sacrementales (ne pas confondre cette église avec la cathédrale-basilique Sainte-Euphémie de Rovigno aujourd'hui en Croatie).

Les débats furent comme d'habitude très houleux et certains questions tellement abstraites que les évêques ont compté sur le hasard, ou sur un "miracle" comme le veut la tradition, pour résoudre la question de la nature du Christ. Pour ceux appelés les monophysites, le Christ présentait une seule nature divine tandis que les dyophysistes leur opposaient  la double nature, divine et humaine. Pour trancher la question, la légende raconte que "le tombeau [de sainte Euphémlie] fut ouvert et l'on plaça les deux rouleaux scellés contenant les deux thèses sur la poitrine de la sainte en présence de l’empereur Marcien et de l’impératrice Pulchérie. Le tombeau fut à nouveau scellé et un gardien fut placé devant pour le surveiller. Pendant trois jours, les deux parties se sont imposées un jeûne strict et ont prié. Au bout des trois jours, l’empereur et le patriarche firent ouvrir le tombeau en présence de tous les participants au concile. Le rouleau des dyophysistes était dans la main droite d’Euphémie, tandis que le rouleau des monophysites était à ses pieds." La thèse dyophysiste fut adoptée. Voilà comment l'Église résout ses problèmes en flagrante incompétence et voudrait en plus qu'on y croit !

Icone du miracle de Sainte Euphémie (451) en l'église éponyme.

Lors de la clôture, le concile de Chalcédoine également appelé le Symbole de Nicée-Constantinople décréta 28 canons, reconfirmant notamment que le Seigneur présente les deux natures (humaine et divine) et que l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils. Il confirma aussi la définition de l'incarnation comme "deux natures, une personne".

Parmi ces canons il y a le 9e qui stipule "Que les clercs ne doivent pas recourir à un tribunal civil, mais avoir leur évêque pour juge", ce qu'on appelle le tribunal ecclésiastique. Nous savons de triste mémoire à quels abus criminels et aveuglements coupables cela conduisit jusqu'au XXIe siècle au point que le pape François s'excusa publiquement au nom de l'Église ! Mais le mal était fait et le loup reste tapi dans la bergerie.

Le crédo définit lors de ce concile se libelle ainsi : "Selon les Saints Pères, nous enseignons tous, d'une seule voix, un seul et même Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait en divinité, le même parfait en humanité, le même Dieu vraiment et homme vraiment, d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, semblable à nous en tout hormis le péché, engendré du Père avant les siècles quant à la divinité, mais aux derniers jours, pour nous et notre salut, engendré de la Vierge Marie Mère de Dieu selon l'humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Monogène. Nous le reconnaissons de deux natures sans confusion ni changement, sans division ni séparation. La différence des natures n'est nullement supprimée par l'union, mais, au contraire, les propriétés de chacune des deux natures sont sauvegardées et se rencontrent en une seule personne." Cela n'a l'air de rien, mais il fallut des siècles et du sang versé pour que l'Église s'accorde sur cette définition !

Notons que dans les actes du concile de 451, on trouve également le "Crédo des Apôtres" ou "Symbole des Apôtres" qui affirme "je crois [...] à la résurrection de la chair, à la vie éternelle", deux dogmes qui sont non seulement au coeur mais forment les piliers de la foi spirituelle. On reviendra en détails sur le sujet dans l'article sur la résurrection et la vie après la mort.

L'empereur déclara ensuite solennellement aux évêques que "le peuple soit unifié dans sa pensée par l'enseignement vrai et sain, qu'il revienne à la même religion et reconnaisse la vraie foi catholique", précisant en suspens qu'il exercera des sanctions à l'encontre des contrevenants. En d'autres termes, la "définition de Chalcédoine" comme sera appelé ce texte du crédo réhabilite le "symbole de Nicée" et permet à Rome de condamner toutes les autres doctrines et d'excommunier les hérétiques. Exit l'arianisme et ses dérives.

L'introduction du Fils dans le filioque ne fut acceptée que par l'Église d'Occident alors que paradoxalement Athanase d'Alexandrie de l'Église copte (et future orthodoxe) l'avait acceptée. Alexandrie se prétend première Église de la chrétienté sous le titre de pape des Coptes. Cette situation provoqua le schisme de l'Église en 451 et la fondation des Églises dites non-chalcédoniennes (rassemblant les Églises arménienne, orthodoxes (syrienne, copte, éthiopienne, malankare) et assyrienne).

La nature de Marie

La Virginité Perpétuelle de Marie

Parmi les idées dogmatiques pour ainsi dire "inventées" par la Grande Église, il y a la notion de "Virginité Perpétuelle" accolée à Marie, mère de Jésus. Cela signifie en deux mots que pour l'Église romaine et principalement catholique, Marie a toujours été vierge, même si on peut se demander en quoi cela concerne la curie romaine. Mais qu'on se détrompe car sur le plan dogmatique, pour l'Église catholique c'est important de le préciser pour défendre la nature divine de Jésus dès sa conception.

"La Madone du Magnificat" de Sandro Botticelli peinte en 1481. Technique de Tempera sur bois. Ce chef-d'oeuvre de la Première Renaissance mesure 118 cm de diamètre et est exposé à la Galerie des Offices à Florence.

Nous verrons à propos de la venue du Messie et de la conception de Jésus que selon la tradition, Joseph est le père adoptif de Jésus. Des textes non canoniques prétendent aussi que Marie a probablement eu plusieurs enfants, Jésus ayant donc eu des frères et soeurs. Ce fait qui est pratiquement attesté et accepté par tous les historiens est totalement en contradiction avec ce que nous venons de dire et ce que veut nous imposer l'Église romaine. Qui a raison ?

Vers l'an 93-94, Flavius Josèphe connaissait déjà la fraterie de Jésus car il écrivit brièvement dans les "Antiquités Judaïques" : " il réunit un sanhédrin, traduisit devant lui Jacques, frère de Jésus appelé le Christ" (Livre XX, ch. IX, 1.200) et le Protévangile de Jacques, un manuscrit apocryphe du IIe siècle (dont le papyrus Bodmer 5) confirme que Jacques avait un frère appelé Jésus. On y reviendra.

Plus tard, dans son "Histoire ecclésiastique" écrite en 324, Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine évoque les frères de Jésus "selon la chair" (HE, 2:23 et 3:19). On peut donc en déduire que très tôt l'Église accepta le fait que Marie ait eu des enfants, un évènement par ailleurs banal si elle était mariée alors que l'inverse eut été étonnant.

Puis soudainement, on constate l'apparition de la "conception virginale" de Marie en 374 exactement sous la plume du théologien Epiphane de Salamine dans son livre "Ancoratus" (signifiant "ancré" dans le sens de l'homme ancré dans la foi) dans lequel il disserte sur les dogmes de la Trinité et de la Résurrection (c'est encore lui qui écrira le "Panarion" contre les hérésies).

Mais peu après, vraisemblablement avant 383, Helvidius insista encore sur l'existence des frères et soeurs de Jésus pour démontrer que Marie avait eu des relations maritales normales avec Joseph et n'était en rien restée vierge toute sa vie, une thèse hérétique que saint Jérome essaya aussitôt de réfuter. Les propos d'Helvidius traverseront les siècles sous le nom de "théorie helvidienne" qui est aujourd'hui intégrée dans le dogme de l'Église protestante. Toutefois cette dernière considère malgré tout que Marie était vierge lors de la naissance de Jésus tout en réfutant sa viginité perpétuelle.

Finalement le concept de "Virginité Perpétuelle" de Marie fut confirmé et canonisé lors du second concile de Constantinople en 553 et confirmé lors du concile de Latran en 649. Toutefois, à l'inverse des autres dogmes, ce concept n'a pas été intégré dans "l'infaillibilité du magistère" (le principe que "l'Église ne se trompe pas", voir plus bas).

Depuis, malgré les découvertes archéologiques et en exégèse biblique, l'Église catholique s'arqueboute sur le fait que Marie n'eut jamais d'autres enfants que Jésus.

Entre-temps, l'évêque Cyrile d'Alexandrie (376-444) qualifia Marie "mère de Dieu", une manière de défendre la divinité de Jésus. De plus, étant donné que les Pères de la Grande Église ont prétendu que Marie fut élevée au ciel (Assomption), il n'y a donc pas de reliques à vénérer. Par conséquent, les Catholiques et les Orthodoxes (les Protestants ne fêtent pas les Saints) peuvent juste se recueillir devant les figures à son image ou dans les lieux saints consacrés à la Sainte Vierge Marie (à Rome, à Nazareth, à Bethléem, etc).

L'Immaculée Conception de Marie

C'est au VIIIe siècle dans les Églises grecques qu'apparaît le concept de "l'Immaculée Conception" de la Vierge Marie. Ce dogme prétend que Marie est née sans péché originel, c'est-à-dire sans tache ou déchéance de sa pureté, dans le respect de l'Esprit-Saint. Malgré tout ce qu'on peut en penser connaissant le statut d'Adam et Ève et de concepts comme le Bien et le Mal, ce dogme fut confirmé par le pape Pie IX en 1854 puis redéfinit et promulgué par le pape Paul VI lors du Concile Vatican II en 1964 dans "Lumen Gentium" (§53. La Sainte Vierge et l'Église), un texte constitutionnel accepté par 2151 voix contre 5. Nous verrons plus bas que les Églises réformées rejetèrent ces deux dogmes.

Les images et les icônes

Jusqu'à présent les conciles s'étaient concentrés sur les questions théologiques et dogmatiques autour de la nature du Christ et de Marie. En 787, l'empereur Contantin VI (771-797) et l'impératrice Irène l'Athénienne (752-803, d'abord régente puis impératrice après le décès de Constantin VI) convoquèrent le deuxième concile de Nicée (Nicée II) afin de mettre fin au conflit des images. En effet, l'empereur byzantin Léon III l'Isaurien qui régna sur l'Empire romain d'Orient de 717 à 741 interdit la représentation du Christ, de la Vierge Marie et des saints et ordonna la destruction des icônes chrétiennes. Son fils Constantin V qui régna de 741 à 775 fit également condamner la vénération et la création d'images religieuses, conduisant au premier iconoclasme.

En résumé, par tradition l'Église chrétienne maintenait l'usage des icônes car selon sa définition elles représentaient à la fois un objet de culte et d'ornement des lieux de prière. Le Concile de Nicée avait affirmé qu'on ne pouvait pas plus rejeter ou détruire les icônes que les autres objets sacrés. Rome les considérait au même titre que les reliques, tel un honneur rendu à travers elles à la personne qu'elles représentaient.

Rome appuya son argument en disant que si dans l'Ancien Testament, Dieu interdit les images pieuses, dans le Nouveau Testament Dieu se manifeste et se laisse voir dans l'incarnation du Christ. Les images ne sont donc qu'un hommage rendu au modèle original.

A gauche, la plus ancienne icône représentant un Christ et ses apôtres noirs. Cette icône est exposée au Musée copte du Caire. Elle serait antérieure au VIe siècle. Au centre, le saint Mandylion. Icône écrite par Théophane le Crétois en 1546 et exposée au monastère de Stavronikita au mont Athos, situé sur la péninsule de l'Aktès, en Grèce. Traditionnellement, le Christ essuya son visage qui s'imprima sur un tissu aujourd'hui vénéré par l’Église orthodoxe qui le considère comme une réalité historique (comme l'Église catholique vénère le saint Suaire de Turin). A droite, un triptique peint par Grifo di Tancredi vers 1310 représentant le Christ Bénissant (centre), Jacques le Majeur (droite) et Pierre (gauche). A l'inverse des icônes byzantines traditionnelles, le peintre a tenté de représenter les émotions des personnages. Son style est influencé par le peintre florentin Cenni di Peopo dit Cimabue (c.1240-1302) qui influencera également Giotto à partir de 1280. Notez la ressemblance presque gémellaire entre Jésus et Jacques qui suggère qu'il pourrait s'agir de Jacques le Juste, le frère de Jésus. Notez également la représentation de Pierre en homme plus âgé au regard renfrogné qui semble exprimer la jalousie envers le frère de Jésus. Mais cette interprétation proposée par James Tabor est peu plausible et ad hoc. En effet, Jacques porte en haut à gauche de son manteau l'attribut traditionnel de ce saint, la coquille Saint-Jacques, ce qui prévaut sur l'idée qu'il s'agirait dfu frère de Jésus malgré sa ressemblance. De plus, jusqu'au XXe les Catholiques ont toujours prétendu que Jésus était enfant unique. Enfin, historiquement l'oeuvre originale fait partie d'un polyptyque comprenant également Saint Jean le Baptiste et Sainte Ursule où cette interprétation perd son sens. Ce retable n'est pas exposé mais conservé à la National Gallery of Art (en ligne p33 et p34) à Washington, D.C.

Le concile de Nicée II rassembla 365 évêques dont 37 seulement venaient d'Europe qui discutèrent pendant un mois des positions des différents courants et des règles à respecter. Finalement, la majorité reconnut qu'il fallait respecter le symbole de Nicée et faire la distinction entre le sacré et le profane :  les images saintes ne sont en aucun cas des idoles diaboliques, pas plus que les croix et les images représentant Jésus, Marie ou les saints. Ces images doivent être vénérées et non adorées, et on pouvait faire brûler devant elles de l'encens ou des lumières.

Les Actes du concile promolguèrent 22 canons rappelant les devoirs du clergé vis-à-vis des normes canoniques et notamment le fait qu'il ne fallait "rien y ajouter ni rien y ôter", l'indépendance de tous les serviteurs de l'Église et surtout le risque d'excommunication encouru par les obstinés.

Si ce concile vit le triomphe des défenseurs des icônes sur les iconoclastes, un nouveau courant d'opposition surgit dès 794 dans l'Empire carolingien de Charlemagne sous l'instiguation de l'abbé Alcuin et du lettré Théodulf d'Orléans, un chrétien d'origne wisigothique. Ce dernier publia en 787 les "Libri carolini" (Livres carolins) dans lesquels il refuta tous les idées défendues à Nicée, sans réussir à s'imposer. Toutefois, malgré les menaces de l'Église, l'empereur Léon V d'Arménien qui régna de 813 à 820 provoqua un second iconoclasme, plus sévère que le premier.

Finalement, l'impératrice Irénée et l'empereur Michel II parvinrent à réimposer les icônes dans les églises dont la vénération fut officiellement rétablie en 843 par son fils Michel III.

Le schisme entre les Églises d'Orient et d'Occident

Après plusieurs siècles de querelles dogmatiques (du IIIe au IXe siècle), ce n'est qu'en 809, sous Charlemagne, que le pape Léon III confirma les décisions du concile en déclarant orthodoxe la doctrine selon laquelle le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Mais l'idée ne fut intégrée au crédo et incluse dans la liturgie qu'au XIe siècle, conduisant à la séparation des Églises orthodoxe et catholiques et au schisme des Églises d'Orient (présente dans les principautés slaves et l'empire byzantin) et d'Occident (présente en Europe de l'ouest) en 1054.

Pour la petite histoire, le filioque n'était qu'un prétexte pour les Orthodoxes car la querelle entre les deux Églises était avant tout d'ordre politique et d'organisation du clergé dans cette partie du monde.

A présent, chaque Église dispose du dyptique biblique complété par son crédo "personnalisé". Pour l'Église catholique, cet ensemble forme un outil théologique complet, une vision dogmatique standardisée, universelle et commune qui permet désormais aux serviteurs du pape d'évangéliser les peuples en louant Dieu d'une même et seule voix et de mieux lutter contre les Églises concurrentes qui se comptaient par dizaines durant les premiers siècles de la chrétienté.

Le dogme selon les Églises catholique et protestante

Il serait trop long et ce n'est pas le sujet de discuter en détails des différences entre le catholicisme et le protestantisme, sujet qui est d'ailleurs largement documenté sur Internet et dans différents livres consacrés à l'histoire du christianisme. Soulevons toutefois quelques principes importants qui résument bien la profondeur du schisme entre les deux Églises.

Les catholiques et l'infaibilité du magistère

Pour le Saint-Siège, "l'infaillibilité du magistère" fait partie des points fondamentaux du dogme. C'est le principe par lequel les ecclésiastes catholiques affirment qu'ils ne peuvent pas se tromper lorsqu'ils s'expriment en matière de foi et de morale. Ce qu'ils décrètent ou promulgent est donc "Parole d'Évangile", un principe dogmatique quelque peu désuet en ce XXIe siècle qui nous faire retourner au Moyen-Âge !

En revanche, depuis la Réforme, l'Église protestante se considère comme faisant partie de la réalité humaine et à ce titre, comme le disait Martin Luther, les Églises "peuvent se tromper". Cela se traduit concrètement notamment par le principe "Soli Deo gloria" (à Dieu Seul la gloire) par lequel les Protestants considèrent que seul Dieu est sacré, divin et absolu. Selon Luther, toute autre entreprise humaine est faillible et ne peut prétendre à un caractère absolu et universel. Les Protestants en concluent donc que la société doit respecter la pluralité des libertés et des opinions.

Avec ou sans hiérarchie

C'est également en raison du caractère absolu de Dieu que Luther annula les principes de la hiérarchie dans son Église réformée; chaque fidèle baptisé est "prophète, prêtre et roi" sous la seule obédience du Christ. Concrètement, tous les protestants sont placés sur le même pied d'égalité qu'ils soient homme ou femme, simples baptisés, pasteurs ou ministres pastorals (diacres, pasteurs enseignants, Anciens dirigeants, etc.) alors que chez les catholiques seuls les hommes peuvent excercer les fonctions du culte et seul le Ministère est habilité à nommer les membres du clergé, les prêtres, les évêques et le pape. Ainsi, chez les protestants, chaque homme ou femme qu'il soit célibataire, veuf ou marié, est au service de la communauté et peut prêcher la Bonne Nouvelle ou donner les sacrements. Bien entendu, il en découle que les Protestants ne reconnaissent pas l'autorité du Pape ni des cardinaux et concernant les textes, les livres deutérocanoniques ont été exclus de la Bible protestante (Segond 21, KJV, etc).

Le culte de la personnalité et les fêtes liturgiques

Un troisième point important, les Églises réformées ne vénèrent aucun saint, pas même Marie, la mère de Jésus. Les Protestants et les fidèles des confessions assimilées prient Dieu et personne d'autre.

Ainsi, dans l'Église catholique la Sainte Vierge Marie est célébrée à de nombreuses occasions parmi lesquelles l'Immaculée Conception le 8 décembre, l'Annonciation le 25 décembre, la Visitation le 31 mai, l'Assomption le 15 août, la Nativité le 8 septembre, la Présentation de Marie au Temple le 21 novembre, la Mémoire de la Présentation le 31 novembre et la Solennité de Sainte Marie Mère de Dieu le 1er janvier.

Notons que l'Église orthodoxe fête pratiquement autant de fêtes mariales que l'Église catholique. En revanche, les Églises réformées les ignorent toutes étant donné qu'elles ne ne croient pas à la Virginité Perpétuelle et l'Immaculée Conception de Marie comme l'imposa la Grande Église (voir plus haut).

Comme les Catholiques, les Protestants célèbrent Noël, la semaine Sainte et Pâques (avec s car elle inclut trois fêtes), l'Ascension et la Pentecôte mais ils ne fêtent pas la Toussaint et ne suivent pas le carême. Nous verrons également à propos de l'Eucharistie que toutes les Églises chrétiennes ne lui accordent pas la même sigtnification. Précisons également que les Orthodoxes fêtent Noël non pas le 25 décembre (du calendrier Julien) mais le 7 janvier car ils se basent sur le calendrier Grégorien.

Comme les autres Églises, les Protestants vénèrent les lieux saints cités dans la Bible et effectuent également des pèlerinages que ce soit à Compostelle, à Jérusalem ou Bethléem parmi d'autres villes, mais en dehors du cadre imposé par les fêtes catholiques.

En résumé, sur le principe le schisme entre Catholiques et Protestants se traduit comme une opposition fondamentale dans la manière de concevoir la théologie et d'enseigner la religion : les Catholiques l'imposent et l'ont légalisé à travers l'infaillible du magistère alors que les Protestants insistent sur le partage et la participation de tous.

Pour en savoir plus sur le protestantisme et son actualité, consultez le site Regards Protestants et le blog Réflexions protestantes libérales.

A lire : La constitution des livres canoniques

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