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Les séquelles de la Covid-19

Document Freepik.

Introduction (I)

Au niveau mondial, plus de 95% des patients Covid guérissent de la maladie et on ne détecte plus aucune trace du virus dans leur organisme. Mais tous ne seront pas quittes des effets secondaires ou des séquelles pour autant.

Déjà un an après le début de la pandémie, il était devenu très clair que le Covid-19 est un virus discret et traitre. En effet, de nombreuses personnes ne savent pas du tout qu'elles sont contaminées, alors que d'autres sont hospitalisés avec des formes aiguës de la maladie et certaines en meurent. Il y a aussi un groupe croissant de personnes qui contractent la Covid-19 et ne se rétablissent jamais complètement.

Les patients Covid peu affectés par la maladie, présentant des symptômes bénins ne sont pas hospitalisés car leur cas ne nécessite pas d'intervention clinique particulière ni une prise en charge en soins intensifs. Cependant, ceux souffrant d'une "grosse grippe" se plaignent d'avoir des symptômes pendant plusieurs mois : essoufflements (dispnée), douleurs, maux de tête, etc. Des études montrent que leurs symptômes peuvent être simples ou multi-organiques. Dans les groupes de soutien, ils se désignent parfois comme des malades à long terme, ce que les Anglo-saxons appellent les "long-haulers". Leur état de santé est alternativement appelé Covid long, Covid continu, syndrome post-Covid ou plus généralement syndromes infectieux post-aigus (PAIS).

Définitions

Le Covid long est un terme générique utilisé pour décrire les résultats chroniques de l'infection par le SARS-CoV-2. Il a été postulé que la morbidité totale résultant du Covid long pourrait être comparable, voire supérieure, aux résultats aigus de l'infection.

Les personnes atteintes de Covid long peuvent être regroupées en plusieurs sous-ensembles. Ceux qui se remettent d'une Covid-19 sévère peuvent avoir des lésions pulmonaires ou d'autres organes à la suite d'une pneumonie ou d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë, ou ils peuvent avoir des symptômes persistants compatibles avec le syndrome post-USI. Un rétablissement prolongé ou incomplet a été décrit pour ce groupe de personnes et semble être plus fréquent chez les personnes âgées, en particulier les hommes.

Un autre sous-ensemble important de Covid longs comprend ceux qui présentent un syndrome caractérisé par une intolérance à l'effort inexpliquée, une fatigue débilitante, des troubles cognitifs et sensoriels, des maux de tête, des myalgies et des symptômes pseudo-grippaux récurrents. Les principales caractéristiques de ce syndrome partagent des similitudes remarquables avec d'autres PAIS, ainsi qu'avec l'encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique. Ce syndrome n'est pas lié à la gravité de la Covid-19 aiguë et apparaît fréquemment après une maladie initiale légère ou modérée, ou même après une infection asymptomatique - et a été principalement identifié chez les femmes.

Des symptômes thoraciques et respiratoires de dyspnée, de douleur/oppression thoracique et de toux sont présents dans la population post-Covid-19. D'autres symptômes, tels que l'anosmie et l'agueusie, sont également signalés à des taux élevés, mais semblent se produire relativement indépendamment des autres symptômes persistants.

Il a également été postulé que la Covid-19 pourrait révéler ou déclencher d'autres troubles, tels que le syndrome de Guillain-Barré, le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS), ou même le diabète. Les problèmes de coagulation post-Covid-19 entraînant des évènements thrombotiques ont également été reconnus. De plus, des problèmes de santé mentale sont signalés soit principalement en conséquence directe de la pandémie, soit secondairement en raison de nouveaux problèmes de santé (cf. J.Choutka et al., 2022).

Estimations de la prévalence et du pronostic des syndromes infectieux post-aigus ou PAIS liés au Covid-19. A gauche, prévalence d'au moins 1 des 12 symptômes sélectionnés après la Covid-19 (bleu) par rapport aux témoins sains non exposés (orange). A droite, prévalence de Covid long autodéclaré de toute gravité (bleu) et avec limitation d'activité (rouge). Les bandes de couleur plus claires autour des lignes tracées montrent des intervalles de confiance de 95%. Documents J.Choutka et al. (2022).

Définitions des cas cliniques :

- Selon l'OMS : La condition post-Covid-19 survient chez les personnes ayant des antécédents d'infection probable ou confirmée par le SARS-CoV-2, généralement 3 mois après le début de la Covid-19 avec des symptômes et qui durent au moins 2 mois et ne peuvent pas être expliquée par un diagnostic alternatif. Les symptômes courants comprennent la fatigue, l'essoufflement et le dysfonctionnement cognitif, mais aussi d'autres et ont généralement un impact sur le fonctionnement quotidien. Les symptômes peuvent être nouveaux après la guérison initiale d'un épisode aigu de Covid-19 ou persister depuis la maladie initiale. Les symptômes peuvent également fluctuer ou rechuter avec le temps.

- Selon le CDC américain : Les conditions post-Covid sont un large éventail de problèmes de santé nouveaux, récurrents ou persistants que les personnes peuvent rencontrer 4 semaines ou plus après avoir été infectées pour la première fois par le virus qui cause la Covid-19. Même les personnes qui n'ont pas présenté de symptômes de la Covid-19 dans les jours ou les semaines qui ont suivi leur infection peuvent avoir des conditions post-Covid. Ces conditions peuvent se présenter sous la forme de différents types et combinaisons de problèmes de santé pendant différentes durées.

- Selon le NIH britannique : (1) Covid-19 symptomatique continu pour les personnes qui présentent encore des symptômes entre 4 et 12 semaines après le début des symptômes aigus ; et (2) le syndrome post-Covid-19 pour les personnes qui présentent encore des symptômes pendant plus de 12 semaines après le début des symptômes aigus. La ligne directrice fait également des recommandations pour les investigations cliniques des patients présentant des symptômes nouveaux ou persistants 4 semaines ou plus après une infection aiguë.

Le Covid long

Selon plusieurs études que nous allons détailler, en août 2021 on estimait que la proportion de personnes souffrant de Covid long atteignait entre 30 et 80% des convalescents ayant présenté une forme bénigne ou modérée de la Covid-19 et 20% des convalescents asymptomatiques.

Certaines personnes convalescentes ayant été en soins intensifs témoignent qu'elles se réveillent plusieurs fois la nuit ou passent une nuit blanche, elles revoient le milieu hospitalier, l'intubation, elles entendent le bruit des machines, et imaginent le pire. Selon le Dr Michel Daune, directeur du CHU de Charleroi en Belgique, "chez les personnes convalescentes ayant été en soins intensifs, les symptômes de stress post-traumatique apparaissent dans 30 à 40% des cas". Ces symptômes peuvent parfois apparaitre plus d'un an après les faits, le temps que la personne décompresse de son expérience, récupère et soit détenue. C'est alors qu'elle peut subir le contre-choc de ce qu'elle a vécu de plus choquant, pénible ou dur à supporter. Ces personnes doivent consulter un psychiatre et devront être suivies parfois plusieurs années. On reviendra sur les impacts psychologiques.

Parmi les personnes prises en charge par les médecins du Center for Post-Covid Care du Mount Sinai (CPCC), à New York, il y avait Michael R. et Stéphanie C., dont le Covid long est typique des séquelles persistantes que présentent certains convalescents.

Michael R., 50 ans, souffrait d'une Covid-19 aiguë et passa deux mois à l'hôpital au printemps 2020. De retour chez lui, il présente toujours des séquelles de la maladie. Il a une douleur constante dans la poitrine, une douleur nerveuse dans les mains et les jambes, des convulsions, des tremblements et une perte de la vision d'un oeil. Il a déclaré : "Depuis, ce sont des montagnes russes. J'ai réalisé que la Covid avait fait beaucoup de dégâts et que cela a complètement changé ma vie". En février 2021, Michael n'avait toujours pas retrouvé la vie active qu'il menait auparavant.

Stéphanie C., 34 ans, contracta la Covid-19 durant l'été 2020 mais n'a pas été hospitalisée. Elle présentait des symptômes relativement légers : fatigue, essoufflement, douleur et crampes d'estomac, ainsi qu'un peu de fièvre. A priori guérie de sa maladie, Stéphanie commença à développer un large éventail de problèmes de santé qui ont varié d'intensité : de fortes douleurs aux sinus, des nausées, une perte d'appétit, une fatigue chronique, des étourdissements, une sensation de brûlure dans la poitrine, une toux sèche, un brouillard cérébral, de la confusion, des problèmes de concentration et des problèmes de vocabulaire. Selon Stéphanie : "Mes symptômes évoluent constamment. J'éprouve les mêmes symptômes encore et encore, et c'est comme si l'un disparaîtrait en quelque sorte, puis d'autres apparaîtront". Alors que son état de santé s'améliora au début de 2021, elle a décrit ses progrès comme lents et hésitants : "Je ne peux vraiment fonctionner que pendant peut-être, au sommet, comme quatre heures par jour".

Évolution des distributions des types de réactions au Covid-19 aux Etats-Unis entre février et décembre 2020. A partir de 4 semaines après les symptômes il s'agit de Covid long. Document Fair Health (2021).

Une étude italienne publiée dans la revue "The Lancet" le 8 janvier 2021 par Giuseppe Remuzzi de l'IRCCS et ses collègues, révéla que sur 1733 patients Covid traités dans la ville chinoise de Wuhan, 76% présentaient encore au moins un symptôme 6 mois après les premiers symptômes. Ce groupe était entièrement composé de patients hospitalisés (cf. CNN).

De manière générale, dans une étude américaine publiée dans la revue "JAMA" le 26 mai 2021, les chercheurs ont réalisé une méta-analyse de 45 études impliquant 9751 patients Covid. Ils ont montré que 73% des patients Covid présentaient au moins un symptôme persistant pendant au moins 60 jours après avoir été diagnostiqué ou 30 jours après leur soi-disant rémission.Dans une autre étude (White Paper) publiée par l'organisation américaine FAIR Health le 15 juin 2021, des chercheurs ont analysé les réclamations d'assurance de 1.96 million d'Américains - la plus grande population de patients Covid longs jamais étudiée - de février 2020 à février 2021.

Selon Robin Gelburd, président de FAIR Health, "même si la pandémie au Covid-19 diminue, le Covid long persiste en tant que problème de santé publique affectant de nombreux Américains".

L'étude a révélé qu'indépendamment de l'âge du patient Covid, les affections post-virales les plus courantes étaient par ordre de fréquence : des douleurs, des difficultés respiratoires, un taux de cholestérol élevé, un inconfort général et de la fatigue ainsi qu'une hypertension artérielle.

Le risque de décéder 30 jours ou plus après avoir reçu un diagnostic initial de Covid étaient 46 fois plus élevé pour les patients hospitalisés et les convalescents sortis de l'hôpital que pour ceux qui n'avaient pas été hospitalisés.

Dans l'ensemble, 0.5% des patients Covid hospitalisés puis convalescents sont décédés 30 jours ou plus après leur diagnostic initial. 19% des patients Covid asymptomatiques ont présenté des symptômes persistants de la Covid 30 jours après leur diagnostic initial; le chiffre est passé à 27.5% des patients Covid qui étaient symptomatiques mais non hospitalisés, et à 50% de ceux qui avaient été hospitalisés.

L'ordre des symptômes les plus courants des Covid longs variait selon le groupe d'âge - par exemple, dans la population pédiatrique les problèmes intestinaux ont remplacé l'hypercholestérolémie en troisième position.

Un peu plus de femmes que d'hommes sont affectés par le Covid long, mais certaines conditions comme l'inflammation cardiaque, étaient plus fréquentes chez les hommes qui représentaient 52% des cas contre 48% pour les femmes. Un quart de tous les cas sont survenus chez des personnes âgées de 19 à 29 ans.

Parmi les quatre problèmes de santé mentale évalués après 30 jours, l'anxiété était la plus courante, suivie de la dépression, des troubles de l'adaptation et des tics nerveux.

Le seul biais qu'on peut reprocher à cette étude est qu'elle manque d'un groupe témoin de personnes saines n'ayant jamais contracté la Covid, ce qui aiderait à déterminer dans quelle mesure le Covid-19 est responsable de ces états de santé ou s'il s'agit d'une coïncidence.

Selon une autre étude publiée par des chercheurs de l'Université d'Oxford le 30 juin 2021 portant sur l'analyse des données médicales anonymisées de 57.9 millions de patients d'Angleterre, les diagnostics officiellement enregistrés de Covid long sont considérablement inférieurs aux estimations d'une enquête britannique précédente pour la même condition. "Les estimations les plus récentes suggèrent qu'environ 2 millions de personnes souffrent de la maladie (REACT2) et qu'entre 7.8 et 17% des patients Covid présentent des symptômes pendant plus de 12 semaines (Programme National Core Studies)".

Depuis 2021 les jeunes non vacccinés sont plus nombreux que les adultes à être hospitalisés pour le Covid-19, parfois aux soins intensifs. Document iStock.

Les chercheurs estiment que cet écart important qui va de 7.8 à 30% entre les différents études britanniques "peut être attribué à divers facteurs, notamment au fait que des patients ne se sont pas présentés aux soins dédiés aux Covid longs, des cliniciens différents ayant différents seuils de diagnostic ou critères d'utilisation du diagnostic et des problèmes liés à la façon dont le diagnostic est enregistré dans les systèmes informatiques".

Suite à ces études, les chercheurs britanniques ont défini le Covid long comme "une maladie émergente qui a été largement définie comme une continuation des symptômes de Covid-19 pendant plus de 4 semaines. Les symptômes signalés varient, mais comprennent généralement un essoufflement, des maux de tête, de la toux, de la fatigue et des troubles cognitifs ou "brouillard cérébral"" (cf. U.Oxford, 2021).

Une étude américaine publiée dans la revue "Nature Scientific Reports" le 9 août 2021 est bien plus pessimiste. L'équipe de Sonia Villapol de l'Institut de Recherche Methodiste de Houston effectua une méta-analyse de 55 effets à long terme liés au Covid-19 identifiés à partir de 21 méta-analyses concernant un total de 47910 patients Covid âgés de 17 à 87 ans qui furent suivis pendant 14 à 110 jours après l'infection virale. Dans leurs conclusions, les chercheurs ont constaté que "80% des patients contaminés par le SARS-CoV-2 ont développé un ou plusieurs symptômes à long terme. Les cinq symptômes les plus courants étaient la fatigue (58%), les maux de tête (44%), les troubles de l'attention (27%), la chute des cheveux (25%) et l'essoufflement (24%)".

Si ces études révèlent les symptômes généraux du Covid long, en réalité nous allons voir que la maladie va bien au-delà de ces symptômes et peut durer très longtemps. Les médecins reconnaissent aujourd'hui que la maladie exige une prise en charge par des équipes multidisciplinaires, des stratégies de gestion clinique et des techniques de réhabilitation globales.

Plus récemment, dans un article qui sera publié dans la revue "The Lancet Regional Health - Europe" en juin 2022, Olivier Robineau de l'Inserm et ses collègues ont analysé les résultats de la cohorte "Constances". Il s'agit d'une étude épidémiologique lancée en 2012 à laquelle ont participé une cohorte de population française sélectionnée au hasard. 25910 personnes furent suivis par Internet. Ils ont rempli 2 questionnaires lors de la première vague de pandémie en se concentrant sur les symptômes aigus de la maladie. 8 mois plus tard (mai-novembre 2020), des tests sérologiques pour le SARS-CoV-2 furent effectués. Entre décembre 2020 et janvier 2021, les participants ont rempli un troisième questionnaire sur les symptômes qui avaient duré plus de 2 mois.

Pour comparer le risque de chaque symptôme persistant entre les groupes, des modèles de régression logistique ont été ajustés sur l'âge, le sexe, le niveau d'éducation, les comorbidités et le nombre de symptômes aigus déclarés lors de la première vague de pandémie.

Selon les chercheurs, l'étude montre que le risque de dysgueusie/anosmie (troubles gustatif/de l'odorat), dyspnée (gêne respiratoire subjective) et asthénie (fatigue anormale) persistante était plus élevé dans le groupe ECDC+/Sero+ que dans le groupe ECDC+/Sero-. En revanche, les douleurs abdominales, les symptômes sensoriels ou les troubles du sommeil étaient moins à risque dans le groupe ECDC+/Séro+ que dans le groupe ECDC+/Séro-. Ils concluent qu'il existe "un risque accru de dysgueusie/anosmie persistante, de dyspnée et d'asthénie chez les personnes infectées par le SARS-CoV-2".

Des séquelles bénignes persistantes chez les patients non hospitalisés

Le Dr Zijian Chen, directeur médical au CPCC précité et spécialiste endocrinien, du diabète et des maladies des os, a constaté que chez les personnes contaminées par le Covid-19, le fait de présenter une forme bénigne de la maladie ou être en bonne santé au départ ne constitue pas une protection contre les symptômes persistants : "Je suppose que si [...] vous aviez une maladie préexistante la contamination par le Covid-19 peut aggraver cette condition. Mais nous voyons aussi des patients qui étaient auparavant en bonne santé, avoir une maladie relativement bénigne". Chen souligne que l'âge n'est pas un indicateur fiable puisque la Covid-19 touche toutes les populations sans aucune discrimination.

Quelques uns des symptômes du Covid long. Inspiré de Zac Freeland.

L'aspect le plus déconcertant du Covid long est le vaste éventail apparemment aléatoire de problèmes de santé auxquels certains convalescents sont confrontés.

Dans une étude publiée dans les "Annals of Internal Medicine" le 8 décembre 2020, Mayssam Nehme de l'Université de Genève en Suisse et ses collègues ont suivi 669 patients Covid. L'échantillon présente un âge médian de 43 ans, composé à 60% de femmes, 25% de professionnels de la santé et de 69% de personnes sans facteurs de risque sous-jacents. Il apparaît que 33% des patients Covid présentent encore des symptômes 6 semaines après l'infection. Les symptômes les plus fréquents sont la fatigue (14%), la perte de goût ou d'odorat (12%), l'essoufflement (9%), une toux persistante (6%) et des maux de tête (3%). Les chercheurs vont poursuivre leur étude afin de comprendre l'évolution de la maladie chez ces patients à 3, 7 et 12 mois après l'infection.

En complément, selon l'étude Corona  publiée le 17 novembre 2020 menée par des chercheurs de l'Université d'Anvers en collaboration avec la KUL, l’ULB et l'Université d'Hasselt, sur 812 patients belges infectés par le Covid-19, 22.4% présentaient encore des symptômes au moins 2 mois plus tard. Les symptômes fréquemment cités sont la fatigue, l'essoufflement, les douleurs articulaires et les troubles de la concentration (cf. RTL info).

Si on consulte les avis sur les réseaux sociaux des convalescents ayant contracté la Covid-19, même si l'analyse n'est pas fondée scientifiquement, il ne faut pas attendre bien longtemps pour lire le témoignage de plusieurs personnes ayant encore des symptômes 9 ou 11 mois après l'infection et qui commencent seulement à récupérer. Certaines d'entre elles sont encore suivies par un spécialiste (cf. par exemple les commentaires sur la page de Science et Avenir sur Facebook du 9 décembre 2020).

Dans une étude publiée dans le journal "JAMA" le 16 janvier 2021, Helen Y. Chu du Département de Médecine de l'Université de Washington et ses collègues ont suivi 177 patients Covid et convalescents pendant 9 mois. Ce groupe comprenait notamment 150 patients ambulatoires qui présentaient une forme légère de la maladie.

Chu et ses collègues ont constaté que 30% des convalescents ont signalé des symptômes persistants. Depuis les premières études publiées en 2020, cette proportion est constante à quelques pourcents près.

Selon l'équipe de Chu, les symptômes les plus fréquents étaient la fatigue et la perte du goût et de l'odorat. Plus de 30% des répondants ont signalé une moins bonne qualité de vie qu'avant leur maladie. De plus, 14 participants soit 8% dont 9 personnes qui n'avaient pas été hospitalisées ont déclaré avoir du mal à effectuer au moins une activité habituelle, comme les tâches quotidiennes.

Alors qu'il y avait 57.8 millions de cas de contamination dans le monde lorsque les chercheurs menaient leur étude, ils concluaient à l'époque "même une petite incidence de faiblesses à long terme pourrait avoir des conséquences sanitaires et économiques". Et de fait, on a constaté que dans les entreprises publiques et les hôpitaux, localement jusqu'à 30% du personnel était absent en raison de la Covid-19, soit malade soit forcé de respecter une quarantaine, avec des conséquences directes sur l'organisation du travail.

Parmi les neuf conditions généralement signalées par les Covid longs, la fatigue représente jusqu'à 85% des symptômes persistants jusqu'à 6 mois. Document Freepik.

Dans une autre étude publiée dans les "Annals of Clinical and Transactional Neurology" le 23 mars 2021, l'équipe du neurologue Edith L. Graham, de la Northwestern Medicine de l'Université de Chicago examina 100 patients Covid longs et 50 personnes testées négatives.

Les résultats montrent que l'âge moyen des Covid longs était d'environ 43 ans, 70% étaient des femmes. Les comorbidités les plus fréquentes étaient la dépression/l'anxiété (42%) et les maladies auto-immunes (16%). Les principales manifestations neurologiques étaient : le "brouillard cérébral" (81%), les maux de tête (68%), les engourdissements/picotements (60%), la perte du goût (59%), la perte de l'odorat (55%) et les douleurs musculaires (55%), sachant que les symptômes ne sont pas exclusifs. De plus, 85% des Covid longs éprouvaient de la fatigue.

Selon les chercheurs, "Il n'y avait pas de corrélation entre le temps écoulé depuis le début de la maladie et l'impression subjective de récupération. Les deux groupes présentaient une qualité de vie altérée dans les domaines cognitif et de la fatigue. Les patients Covid ont obtenu de moins bons résultats dans les tâches cognitives de l'attention et de la mémoire de travail par rapport à une population américaine comparable sur le plan démographique".

Près d'un an et demi après l'arrivée de la pandémie de Covid-19 en Europe, dans une étude publiée dans la revue "PLOS Medicine" le 28 septembre 2021, des chercheurs de l'Université d'Oxford, du National Institute for Health Research et de l'Oxford Health Biomedical Research Center ont étudié rétrospectivement les données médicales et les symptômes de 273618 convalescents de la Covid-19. Ils confirment que la maladie affecte pendant plusieurs mois une proportion importante de personnes de tous âges.

Les données montrent que jusqu'à 46% des enfants et des jeunes adultes âgés de 10 à 22 ans présentaient au moins un symptôme au cours des six mois suivant leur rétablissement.

Parmi les convalescents de la Covid-19, il y avait 46.3% d'hommes et 55.6% de femmes. De nouveau, on constate que plus de femmes sont affectées par la maladie où que plus de femmes ont signalé leur symptômes. 57% de la cohorte présentaient une ou plusieurs conditions du Covid long pendant 6 mois (en tenant compte de la phase aiguë) et 36.55% entre 3 et 6 mois. Les chercheurs ont également constaté différents profils cliniques de Covid long en fonction de la démographie et de la gravité de la maladie.

L'incidence de chaque condition était la suivante, respectivement durant les 180 premiers jours et au cours de la période de 90 à 180 jours :

- Anxiété/dépression : 22.82% et 15.49%

- Respiration anormale : 18.71% et 7.94%

- Symptômes abdominaux : 15.58% et 8.29%

- Fatigue/malaise : 12.82% et 5.87%

- Douleur thoracique/gorge : 12.60% et 5.71%

- Maux de tête : 8.67% et 4.63%

- Symptômes cognitifs : 7.88% et 3.95%

- Douleurs musculaires : 3.24% et 1.54%

- Autres douleurs : 11.60% et 7.19%.

Notons que les symptômes psychiatriques, respiratoires, abdominaux et la fatigue/malaise représentent la majorité des conditions (69%) persistantes durant 6 mois.

Selon les chercheurs, ces 9 conditions ont été signalées plus fréquemment après la Covid-19 qu'après la grippe saisonnière (avec une incidence excédentaire globale de 16.60%), et ont formé un réseau plus interconnecté. Des différences significatives d'incidence et de cooccurrence étaient associées au sexe, à l'âge et à la gravité de la maladie.

Parmi les limitations de l'étude, outre les limites inhérentes aux données analysées, on constate que (i) les résultats ne se généralisent pas aux patients Covid qui n'ont pas été diagnostiqués, ni aux patients qui ne cherchent pas ou ne reçoivent pas de soins médicaux lorsqu'ils présentent des symptômes de Covid-long; (ii) les résultats ne disent rien sur la persistance des caractéristiques cliniques ; et (iii) la différence entre les groupes pourrait être affectée par un sous-groupe cherchant ou recevant plus de soins médicaux pour leurs symptômes.

A gauche, les symptômes persistants et/ou les complications que présentent les Covid longs au-delà de quatre semaines après l'apparition des symptômes. Au centre et à droite, un extrait de la liste impressionnante mais non exhaustive des 98 effets à long terme de la Covid-19. Documents A.Nalbandian et al. (2021) adapté par l'auteur, S.Villapol et al. (2021) et Lambert Health Lab.

Selon une méta-étude publiée dans la revue "Nature Medicine" le 18 mai 2022, plus de 50% des Covid longs (des patients non hospitalisés suivi pendant plus de 6 mois et d'un âge moyen supérieur à 18 ans) présentaient les symptômes suivants : modifications du goût et de l'odorat, fatigue, dyspnée, déficits neurocognitifs, problèmes de mémoire, problèmes de sommeil, palpitations, oppression/douleur, arthralgie, myalgie, toux thoracique, vision floue, mal de tête, étourdissements, anxiété, perte d'appétit, réduction de la fonction pulmonaire, respiration sifflante, et "autres symptômes".

Pour en savoir plus sur la cause de ces symptômes et la manière de les traiter, l'équipe du Dr Christian Sandrock, directeur des soins intensifs à l'UC Davis de Sacramento, en Californie, a suivi des Covid longs pendant plusieurs mois jusqu'en février 2021, où quatre études furent publiées sur le sujet (cf. UC Davis). Elles montrent qu'entre 27 et 33% des patients Covid non hospitalisés ont développé plus tard une forme de Covid long.

Selon Sandrock, "les principales choses que nous voyons sont la fatigue, la léthargie et les troubles du sommeil, et cela représente probablement plus de la moitié de ce que nous voyons. La perte du goût et d'odorat est très spécifique. L'essoufflement est un problème très spécifique, ainsi que la douleur thoracique". Il confirme que de nombreux Covid longs présentent des symptômes multiples et que les symptômes peuvent aller et venir.

Sandrock répartit les symptômes en plusieurs catégories :

- Constitutionnels : la fatigue, le brouillard cérébral  - mais en principe de nature neurologique - et le fait de ne pas se sentir soi-même.

- Psychiatriques : la dépression, l'anxiété et les changements d'humeur.

- Neurologiques : la perte de l'odorat et du goût, le dérèglement du sommeil, l'altération de la cognition et les troubles de la mémoire.

- Respiratoires : la diminution de la tolérance à l'effort et les anomalies de la fonction pulmonaire. Selon la cause sous-jacente, la douleur thoracique et l'essoufflement peuvent entrer dans cette catégorie.

- Cardiovasculaires : la douleur thoracique, l'essoufflement et l'inflammation cardiaque.

- Dermatologiques : les éruptions cutanées, la perte de cheveux et même la perte de dents.

Dans une autre méta-étude publiée dans la revue "Nature Medicine" le 18 mai 2022, Jan Choutka de l'Université de technologie et de chimie de Prague en Tchéquie et ses collègues ajoutent les catégories ou symptômes et signes cliniques suivants :

- Constitutionnels : symptômes pseudo-grippaux et de "comportement de maladie" comprenant la fièvre, les douleurs musculaires, l'envie de vomir, le malaise, la transpiration et l'irritabilité.

- Neurologiques/neurocognitifs : le brouillard cérébral, les troubles de la concentration ou de la mémoire, les difficulté à trouver les mots.

- Rhumatologiques : les douleurs articulaires chroniques ou récurrentes.

Quant à la cause de ces symptômes, Sandrock désigne plusieurs coupables. Certains peuvent être causés par les complications d'une hospitalisation prolongée ou d'un séjour aux soins intensifs, connus pour laisser des séquelles durables. Certains symptômes pourraient être déclenchés par une maladie microvasculaire, des dommages aux capillaires, qui sont à l'origine de nombreux symptômes, de la douleur thoracique aux "orteils Covid" en passant par la fatigue et même le brouillard cérébral.

Le Dr Edith L. Graham, neurologue à la Northwestern Medicine de l'Université de Chicago examinant l'une des 100 patientes Covid longs dans le cadre d'une étude clinique dont les résultats furent publiés en mars 2021. Document WTTW.

Certains symptômes peuvent être déclenchés par une réponse auto-immune suite à des niveaux élevés d'inflammation, tels que des douleurs articulaires et corporelles, des troubles du sommeil, la dépression et la fatigue. Enfin, certains pourraient être le résultat d'une infection directe par le virus, comme la perte de l'odorat et/ou du goût.

Selon Sandrock, le type de traitement dépend du diagnostic et est très individualisé car il dépend des symptômes et de la cause sous-jacente de ces symptômes. Cela peut impliquer de recourir à d'autres spécialistes, à des médicaments tels que les immunomodulateurs, les anti-inflammatoires, les antidépresseurs, les bêta-bloquants et/ou les stéroïdes ainsi qu'à la rééducation physique et/ou la réadaptation. Cette dernière peut être cognitive, pulmonaire et/ou cardiaque. Enfin, les études du sommeil peuvent éliminer la cause de tout trouble du sommeil.

Mais il y a une constante. Selon Sandrock, "Le seul traitement que j'ai vu qui soit cohérent est une grande partie de ce que nous appellerions des soins de soutien". Cela consiste à organiser la vie du convalescent Covid long afin "qu'il ait vraiment une meilleure vie et une vie de meilleure qualité, faute d'un meilleur terme. Mais cela signifie que vous avez vraiment besoin de sommeil car si le sommeil va, cela compte beaucoup". Sandrock souligne également que la réduction du stress, la méditation et le yoga font également partie du mélange.

Selon Sandrock, les convalescents Covid longs doivent adapter leur vie à un rythme moins stressant et plus lent pour permettre au corps de guérir : "nous voulons que les gens soient vraiment patients avec eux-mêmes, qu'ils sachent que cela va prendre beaucoup de temps pendant qu'ils y travaillent. Donc, je pense que c'est la clé".

Sa collègue, la Dr Dayna McCarthy, convient que les convalescents doivent ajuster leur style de vie et leurs attentes d'eux-mêmes : "Nous sommes comme des élastiques. Nous voulons juste revenir à la façon dont nous étions avant. Je pense que c'est l'un des plus grands défis. Mais si les gens ne sont pas capables de le faire, et qu'ils continuent à pousser leur corps, c'est à ce moment là que les symptômes ne vont tout simplement pas s'améliorer".

Sandrock confirme que les améliorations sont durement gagnées et extrêmement lentes : "Au jour le jour, il est vraiment difficile de mesurer ces améliorations. Au fur et à mesure que ces symptômes augmentent et diminuent, l'amélioration est très hésitante. Vous savez, trois pas en avant, deux pas en arrière", notant que les améliorations se mesures en termes de mois.

Microphotographie électronique à transmission de SARS-CoV-2 (vert) dans les endosomes d'une cellule épithéliale olfactive nasale fortement infectée. Document NIAID.

McCarthy confirme que l'état des convalescents s'améliore avec des soins de soutien et du temps. "Mais cela revient en grande partie au patient et à devoir comprendre et accepter le fait que sa vie doit changer pour aller mieux. Mais quand vous êtes jeune et en bonne santé et que vous êtes habitué à être en cinquième vitesse et que maintenant nous vous disons que vous devez vraiment rétrograder pour permettre à votre corps de récupérer, [c'est] une chose très difficile à traiter et à accepter pour les patients".

Notons que dans une autre étude publiée sur "medRxiv" le 23 septembre 2021, des chercheurs ont étudié les facteurs de risque associés au Covid long. L'enquête transversale fut réalisée par questionnaire auprès de 457 patients convalescents traités au National Center for Global Health and Medicine, au Japon.

Les chercheurs concluent que "les femmes, le jeune âge et un faible indice de masse corporelle étaient des facteurs de risque de développement de symptômes multiples, et que même les cas bénins de Covid-19 souffraient de symptômes résiduels à long terme".

Seule critique que l'on peut faire à ce genre d'étude c'est que les patients peuvent remplir le questionnaire comme ils veulent et même mentir ou interpréter eux-mêmes leurs symptômes puisqu'il n'y a aucun contrôle des données. Cela ne remplace jamais une étude fondée sur un examen médical. Ces résultats n'ont donc pas de valeur clinique.

En février 2021, soit 9 mois après son hospitalisation, Michael R. précité restait optimiste : "Chaque jour, je prends la décision consciente d’être optimiste et positif. Je ne peux pas toujours contrôler les circonstances que la vie me réserve, mais je peux contrôler la façon dont je me porte. Si je me porte avec grâce et dignité, je suis ça va être OK. J'ai une famille qui me soutient. J'ai un partenaire qui me soutient. J'ai un travail [et] des collègues qui comprennent. J'ai d'excellents médecins. Donc, j'essaie de regarder les choses pour lesquelles je suis reconnaissant".

Lors de son bilan de santé en février 2021, soit plus de 6 mois après son hospitalisation, Stéphanie C. précitée déclara : "J'ai vraiment dû renoncer à mon sentiment de contrôle en ne sachant pas quand cela allait finir pour moi. Mais je suis vraiment reconnaissante pour les améliorations qui se produisent, et au moins [retrouver] un certain niveau de qualité de la vie et pouvoir profiter des jours, des semaines où je me sens mieux… mais c'est époustouflant que ça fait si longtemps".

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Les séquelles organiques

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