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La Bible face à la critique historique

La vie éternelle ou l'Enfer (II)

La justice de Dieu et la vie éternelle

Selon la doctrine des juifs comme de Jésus et des premiers chrétiens, la vie éternelle s'explique dans le cadre d'une vision apocalyptique du monde. Dans un monde régit par Dieu mais où la loi du plus fort, du plus malin ou de l'argent l'emporte généralement sur le faible, le naïf ou le pauvre, beaucoup d'érudits, de théologiens et de philosophes se sont demandés pourquoi un Dieu prétendûment plein d'amour et de sagesse tolérait la souffrance des hommes et les injustices au point que les opportunistes et les criminels accèdent au pouvoir et aux richesses alors que les hommes honnêtes sont maltraités ou croupissent dans la misère. Le philosophe Leibnitz (XVIIe siècle) appella ce problème ou ce paradoxe la "théodicée" ou "justice de Dieu".

Le problème de la théodicée est très intéressant car il va nous permettre de remonter le temps pour décrire comment émergea le concept de l'apocalypse et son corollaire, non pas le chaos comme le sous-entend la rumeur mais celui de la vie éternelle.

Les juifs de l'Ancien Testament n'ont évidemment pas interprété le problème de la justice de Dieu en ces termes philosophiques modernes, mais en lisant les rouleaux du Tanakh on constate que les auteurs prétendent que le peuple juif a souffert pendant des siècles pour le motif de s'être détourné de Yahvé qui, étant un Dieu vengeur et rancunier, punit le peuple juif pour ses fautes, notamment en l'exilant hors de sa Terre Promise où le plaçant sous la domination de puissances étrangères.

Mais cette vision dite prophétique n'explique pas pourquoi les justes ou les repentis doivent continuer à souffrir ni pourquoi par exemple des femmes ou des enfants innocents sont lapidés ou des saints hommes qui se sont tournés vers Dieu sont torturés et doivent souffrir pour leurs croyances.

C'est ici qu'intervient le concept de l'apocalypse décrit dans le livre de Job, celui de Daniel, de Jean et certains manuscrits découverts dans les grottes de Qumrân. Notons que ces documents ont été écrits tardivement, certains au IIe siècle de notre ère.

Enfer et damnation

Pour comprendre le concept d'apocalypse, il faut d'abord évoquer la notion de damnation telle que la décrivent les Grecs et les Romains et ensuite les évangélistes Matthieu et Luc.

Les anciennes descriptions épiques grecques et romaines du dieu Hadès maître des Enfers n'étaient pas centrées sur la punition des damnés mais décrivaient un lieu sombre situé sous terre où résidaient les âmes des morts (cf. Homère, L'Odyssée 11.1, 195-214).

Vers la fin de "L'Odyssée", Ulysse rencontre quelques âmes punies pour leurs méfaits, dont Tantale, condamné à ne jamais avoir de nourriture et de boissons à portée de main. C’est de ce personnage qu'est issu le mot "tentation".

Quelques siècles plus tard, le poète romain Virgile (70-19 avant notre ère) décrivit dans son poème épique l'"Énéide" la même descente aux Enfers empruntée par un cheval de Troie, Énée, qui conduit les personnages vers un monde souterrain où de nombreuses personnes sont récompensées ou punies.

Ces récits furent longtemps empruntés par les enseignants pour instruire leurs étudiants sur divers sujets allant de la politique à l'économie en passant par la vertu.

Plus tard, ces premières traditions autour de la punition ont persuadé les croyants de se comporter de manière éthique dans la vie de manière à éviter toute punition après la mort. Platon par exemple décrit le voyage d'un homme nommé Er qui observe les âmes monter vers un lieu de récompense et descendre vers un lieu de punition (cf. Platon, La République, Livre X, le mythe d'Er).

Les Enfers. Huile sur toile de 175x113 cm réalisée par François de Nomé en 1622 exposée au Musée des Beaux-Arts de Besançon (F).

Lucien, ancien satiriste du IIe siècle, va encore plus loin en décrivant Hadès comme un lieu où les riches devenaient des ânes et devaient supporter le fardeau des pauvres sur leur dos pendant 250 ans. Pour Lucien, cette représentation comique des riches en enfer était un moyen de critiquer les excès et les inégalités économiques de son temps.

A l'époque où les évangiles furent rédigés, les juifs et les premiers chrétiens s'éloignaient déjà de l'idée que tous les morts étaient rassemblés en un même lieu. Dans l’Évangile selon Matthieu, l'auteur raconte l’histoire où Jésus évoque les ténèbres et le jour du jugement, "c'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents" (Matthieu 24:51). De nombreuses allusions au jugement et aux punitions utilisées par Matthieu représentent les prémices de la notion chrétienne de l'enfer.

L'Évangile de Luc n'évoque pas aussi souvent le jugement dernier mais il contient une description mémorable de l'enfer. L'évangéliste décrit Lazare comme étant un homme pauvre qui vécut toute sa vie affamé et couvert de plaies qui était couché devant la porte d’un homme riche qui fait fi de ses demandes. Après sa mort cependant, le pauvre homme fut conduit au ciel. Pendant ce temps, l'homme riche souffrit des flammes de l’enfer et implora le Père Abraham d'avoir pitié de lui et d'envoyer Lazare lui donner de l’eau, en vain. (Luc, 16:19-31)

Matthieu et Luc n'offrent pas simplement à leur public dévoué des festivités autour de la peur. Comme Platon et plus tard Lucien, les deux évangélistes savent très bien que les images associées à la damnation attireront plus l'attention de leur auditoire que n'importe quel discours et le persuaderont de se comporter selon les normes éthiques qu'ils ont édictées.

Plus tard, les réflexions chrétiennes sur l'enfer ont repris et élargi cette emphase. On trouve des exemples dans les apocalypses de Pierre et de Paul des contes qui utilisent des images étranges pour décrire les temps futurs et un autre monde. Ces apocalypses comprennent des punitions qui s'adressent à ceux par exemple qui ne prépareraient pas de repas pour autrui, ne soigneraient pas les pauvres ou les veuves parmi eux.

Bien que ces récits sur l'enfer n'aient finalement pas été inclus dans la Bible, ils étaient extrêmement populaires à l'époque de la Grande Église et étaient utilisés régulièrement au cours des cultes.

Une idée majeure de Matthieu était que l’amour du prochain est essentiel pour suivre l'enseignement de Jésus. Les représentations ultérieures de l'enfer se sont appuyées sur cette idée pour inciter les chrétiens à prendre soin du plus petit d'entre eux de leur communauté.

Plus tard et jusqu'à nos jours, dans certaines communautés chrétiennes et certaines sectes la notion d'enfer est utilisée pour convaincre les personnes (en fait les plus naïves ou les moins critiques) de devenir chrétiens. Pour toucher leur public, les serviteurs du culte mettent l'accent sur les péchés personnels plutôt que sur l'incapacité à prendre soin des pauvres ou de ceux qui ont faim. Bref, l'amour du prochain n'et plus une priorité et l'égocentrisme reprend le dessus.

Lors de la créations des États-Unis par exemple, la menace de l'enfer était un outil puissant pour édifier la nation. Aux premières heures de la République, la crainte du souverain pouvait aussi être remplacée par la crainte de Dieu. Au fur et à mesure que l'idéologie du républicanisme s'est développée, en mettant l'accent sur les droits individuels et le choix politique, la rhétorique de l'enfer a également évolué. Au lieu de motiver la population à choisir des comportements qui favorisent la cohésion sociale et l'entraide, les prédicateurs évangéliques ont utilisé l'enfer pour amener les individus à se convertir ou à se repentir de leurs péchés. Autrement dit, soit vous vous convertissez, soit vous brûlez en Enfer ! Ce discours n'est pas propre aux Chrétiens car on le retrouve également chez les Musulmans et de façon caricaturale et exacerbée chez les djihadistes.

Aujourd'hui, les autorités américaines tiennent toujours un discours messianique et les plus bigotes n'hésitent pas à évoquer le diable et ses tentations. Même si les Anglo-saxons lisent encore "Matthew" et "Luke", c’est cet accent individualiste qui continue d'alimenter leur compréhension moderne de l’enfer. La preuve la plus évidente est la célébration d'Halloween autour du thème de la peur et de l'enfer qui est axée sur le gore et les défauts personnels.

Aujourd'hui ces représentations n'ont plus aucune conséquence dans l'esprit des croyants qui ont négligé de nourrir ceux qui ont faim, de donner de l’eau à ceux qui ont soif, d’accueillir l’étranger, de vêtir ceux qui sont nus, de soigner les malades ou de rendre visite à ceux qui sont en prison. La société est devenue très individualiste et âpre au gain et c'est à peine si chacun regarde son voisin et a de la compassion pour autrui. Aujourd'hui, les peurs autour de l'enfer ne portent que sur l'ancienne rhétorique du châtiment éternel, ce qui nous conduit au concept d'apocalypse.

L'invention de l'apocalypse

Aux premières temps de l'Église, pour ceux qu'on appelle les apocalypticiens, cette souffrance est une étape nécessaire mais transitoire voulue par Dieu. En effet, pour une raison que les hommes ignorent, Dieu a abandonné son peuple aux mains des forces cosmiques et sataniques mais, selon les prophètes, un jour viendra où Dieu descendra sur terre pour anéantir le royaume des âmes corrompues et restaurer son royaume dans la paix et la justice jusqu'à la fin des temps. Ce jour là, comme le dit Jésus dans ses Béatitudes, les derniers seront les premiers, les opprimés règneront et les pauvres seront remboursés au centuple. Tendez donc l'autre joue maintenant, offrez vos biens aux voleurs et annulez vos dettes car vous serez récompensez dans le royaume de Dieu. De plus, cadeau du Créateur, les morts ressusciteront.

Mais l'homme étant curieux et faible, la première question qu'il s'est posée est de savoir quand cette justice divine interviendra ? Chaque messie apocalyptique annonça que ce temps de la délivrance était proche mais visiblement, il fut toujours reporté à demain et finalement aux générations futures. Alors, finalement quand viendra cette justice ?

Le Jugement Dernier peint par Jean Cousin vers 1585 exposé au Musée du Louvre (inv. 3455).

Selon les apocalypticiens, effectivement ce temps viendra dans un temps futur, lorsque Dieu ressuscitera les morts, récompensant les justes et les fidèles et châtillant les corrompus et les païens. C'est alors que Jésus apparut sur la scène, proclamant justement à ses fidèles de se préparer dès maintenant car le royaume de Dieu était proche avec la venue du Fils de l'Homme. Le jour du Jugement Dernier devait arriver de son temps. Ensuite, sekin Jésus, Dieu devait régner sur la terre comme au ciel. Les fidèles pouvaient donc faire confiance en Jésus car tout devait finir très bientôt par s'arranger. Sa résurrection serait la preuve qu'il est non seulement le Fils de Dieu mais qu'il a également le pouvoir de vaincre la mort en offrant la vie éternelle à ces sujets.

Mais la prophétie apocalyptique se grippa et plongea dans l'effroi tous les croyants : le Messie mourut crucifié et après lui des milliers de martyrs et jamais aucun mort n'est ressuscité, du moins sur terre.

Finalement, on se moqua de ces chrétiens pour lesquels "bientôt" signifiait "plus tard". Comme pour se disculper, Paul écrira à ce sujet : "Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans et mille ans comme un jour" (1 Pierre 3:8), auquel on pourrait ajouter : mais à une date qui n'est pas dans le calendrier des hommes !

Puisque tous les faits attestaient et attestent encore que la prophétie ne s'est pas accomplie, au lieu de dire que Jésus s'était trompé ou pire était un illuminé, les chrétiens toujours aveuglés par leur vision dogmatique ont préféré dire qu'ils ont mal compris le message de Jésus tout en nuances et évasif. Mais cette explication n'éludait pas les questions de la venue de l'Apocalypse, du Jugement Dernier et de la résurrection des morts. Comment donc concilier ces prophéties visiblement inexactes puisqu'elles ne se sont jamais concrétisées sans pour autant rejeter la doctrine et le message apocalyptique du Christ ? Telle furent les données du problème soumises à la Curie romaine et auxquelles elle répondit tout en assurance en sortant son argument infaillible, l'interprétation.

L'invention du Paradis et de l'Enfer

En admettant que Jésus a dit la vérité et donc que ses discours restent d'actualité, mais puisque la résurrection physique des morts n'a pas eu lieu ni de son temps ni aujourd'hui et que plus personne n'y croit, l'Église dut inventer un mécanisme par lequel les forces du Bien seraient finalement récompensées en accédant au royaume de Dieu et à la vie éternelle et les forces du Mal seraient bannies pour l'éternité.

Représentation gothique des forces antagonistes du Bien et du Mal, du Paradis et de l'Enfer, du Ying et du Yang. Doc Alchemy Carta.

Concrètement, puisque "la flèche du temps" entre aujourd'hui et le jour du Jugement Dernier n'a jamais permis de définir une date à laquelle les Justes accéderont à la vie éternelle, en dernier recours l'Église proposa de modifier la manière d'accéder à cette vie éternelle tout en conservant le concept de royaume comme Jésus l'avait évoqué. On ne considère plus une période de temps qui doit s'écouler mais un espace qu'il faut rejoindre, soit celui "d'en haut" siège du Paradis et du royaume de Dieu soit celui d'en bas, siège de l'Enfer et du royaume de Satan. Entre les deux royaumes, les catholiques inventèrent le Purgatoire pour purifier les âmes en détresse, concept inconnu des protestants qui ont préféré de pas faire de demi-mesure; on est fidèle ou on ne l'est pas.

Bien entendu cette vision n'existe pas dans le Nouveau Testament même si Luc évoque le retour au Paradis (Luc 23:42-43). C'est une construction de l'Église primitive qui apparaît pour la première fois dans l'"Apocalypse de Pierre", un apocryphe qui à l'époque faisait partie des ébauches du canon et dont s'inspiront plusieurs poètes parmi lesquels Dante et John Milton. On y reviendra à propos de l'invention de Satan et de l'Enfer.

Bien que totalement artificielle, au fil des siècles les chrétiens se sont habitués à cette division verticale du monde spirituel qu'ils considèrent comme aussi réelle que les paroles de Jésus. L'avantage de ce modèle est qu'il permet aussi d'y placer naturellement les anges et les démons, les âmes pures et légères s'élevant jusqu'au Paradis tandis que les âmes chargées de péchés sombrent en Enfer. Mieux, on en déduit que la résurrection est possible mais pas celle du corps physique mais uniquement en esprit, deux concepts très confus dans l'esprit des croyants sur lesquels nous reviendrons à propos de la vie après la mort.

Enfin, n'oublions pas que la vie éternelle n'est pas le privilège des chrétiens ou des juifs. Le concept fut déjà inventé il y a plus de 4500 ans, à l'époque des pharaons d'Égypte de l'Ancien Empire. Les pharaons représentaient le pouvoir terrestre de Dieu et eux seuls pouvaient accéder à la vie éternelle. Mais deux conditions devaient être remplies : leur pyramide devait être terminée avant leur décès et un prête devait lire les paroles sacrées au moment de la mise au tombeau du défunt afin que l'esprit du Pharaon bénéficie du pouvoir de la pyramide et l'aide à rejoindre le firmament. Quelques siècles plus tard, après la révolution, ce privilège des rois (et de quelques reines) fut accordé à tout Égyptien nanti capable de se faire construire une petite pyramide.

Moralité. Que les chrétiens n'aient donc pas l'arrogance de croire qu'ils sont les seuls héritiers de la vie éternelle ou que cette faveur leur a été destinée en exclusivité par Jésus. Ce concept dogmatique est aussi vieux que les religions et sa forme chrétienne n'en est qu'une des multiples représentations.

Dieu sauvera l'humanité

Si on doute encore du sens des paroles de Jésus, il y a le passage de Marc qui évoque les dernières paroles du Christ : "Puis il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné.…" (Marc 16:15-16). Or grâce aux recherches archéologiques on a découvert des versions plus anciennes différentes, confirmant que ce passage est tardif et fut falsifié par un chrétien zélé. Mais ce n'est pas la seule fois que l'Église fut complice de contrefaçon; rappelez-vous la finale de Marc qui annonce la résurrection de Jésus.

"Vous, petits enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus, parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde" (1 Jean 4:4).

L'ajout tardif de Marc comme bien d'autres apportés dans le Nouveau Testament par la Grande Eglise témoigne que cette vision exclusive du salut ne prévalait pas à l'époque.

Quand Matthieu évoque les dernières paroles du Christ, il dit tout le contraire de Marc : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde" (Matthieu 28:16-20). On y reviendra à propos de la querelle paulienne.

Dans l'Épître aux Romains, Paul précise également que Dieu accorde le salut à toute l'humanité. Le païen qui ne connaît pas la Loi (c'est-à-dire la Torah ou pour les chrétiens, les Évangiles) mais applique ses principes sera d'une manière ou d'une autre compté parmi les Justes car Dieu connait les actions secrètes des hommes (Romains 2:12-16). Le coeur plus que la loi des hommes sauvera l'humanité. Notons que ce passage permet à Paul de déclarer au chapitre suivant que "Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n'en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul" (Romains 3:12). On ne peut donc être sauvé qu'en respectant la Loi et par le sacrifice de Jésus. On en déduit que le Père accepta de sacrifier son Fils en rémission des péchés du Monde afin que tous les hommes et les femmes, y compris ceux qui n'en avaient jamais entendu parler, puissent bénéficier de sa grâce divine.

Jésus décrit le sens de sa doctrine dans la parabole suivante : "Deux hommes montèrent au temple pour prier; l'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même: O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l'autre. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (Luc 18:10-14).

En réalité et contrairement à ce prétend l'Église, Jésus n'exige pas que l'ont croit en lui ni même de sacrifier au Temple pour exiper ses péchés sachant très bien que certains n'y croient pas. Selon Jean, la seule manière de savoir si un esprit vient de Dieu ou d'un faux prophète est de sonder son coeur : "Vous, mes petits enfants, vous êtes de Dieu, et vous les avez vaincus, parce que celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde" (1 Jean 4:4). Matthieu va de même sens quand il décrit le Jugement Dernier évoqué plus haut où le Fils de l'homme séparera toutes les nations non pas en fonction de leur culture ou de leur foi en Jésus, mais selon la manière dont elles ont traité les "plus petits de mes frères" (Matthieu 25:31-40).

"Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux" (Matthieu 5:48) est l'une des conditions de la vie éternelle.

La Bible fait constamment référence au pardon et à la grâce de Dieu, l'homme devant se repentir en appelant au salut de Dieu. Ainsi dans les Psaumes, David évoque la grâce de Dieu : "L'Eternel est miséricordieux et compatissant, Lent à la colère et riche en bonté; Il ne conteste pas sans cesse, Il ne garde pas sa colère à toujours; Il ne nous traite pas selon nos péchés, Il ne nous punit pas selon nos iniquités. Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sa bonté est grande pour ceux qui le craignent; autant l'orient est éloigné de l'occident, autant il éloigne de nous nos transgressions. Comme un père a compassion de ses enfants, L'Eternel a compassion de ceux qui le craignent. Car il sait de quoi nous sommes formés, Il se souvient que nous sommes poussière" (Psaume 103:8-14).

Même Paul, qui est souvent crédité de sectaire pour exclure les personnes sans foi et pécheresses déclare que "toutes choses" seront soumises à Dieu et finalement réunies dans le Telos, la cause finale : " Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu" (1 Corinthiens 27:29). Avouons que cela cadre mal avec le point de vue exclusif de l'Église.

On peut donc lire le Nouveau Testament littéralement comme le font les chrétiens les plus sectaires et malgré tout y trouver un sens de la justice très éloigné des idées exclusives chrétiennes. Cette interprétation libérale fut notamment exploitée par Martin Luther pour tenter de réformer l'Église mais dont les conciles n'ont pas vraiment tenu compte à l'époque (seuls quelques timides changements furent approuvés lors du Concile de Trente au XVIe siècle) et conduisit au schisme de l'Église protestante. Il faudra attendre le Concile Vatican II au XXe siècle pour que l'Église révise réellement quelques uns de ses principes fondamentaux.

A chacun sa vérité

Le pluralisme religieux nous démontre que toutes les religions ont leur vérité et que toutes les voies mènent à Dieu. Mais si on suit cette logique, tous ces points de vue ne peuvent pas être vrais; si tout le monde prétend détenir la Vérité, la vérité est ailleurs pour reprendre un célèbre slogan et tout le monde se trompe !

Et de fait, certains confessions ont des principes opposés. Pour le christianisme l'homme est né dans le péché alors que pour l'Islam, l'homme est naturellement bon. Pour le christianisme la Révélation est une personne, le Christ, alors que pour l'Islam la Révélation est un livre, le Coran. Pour les chrétiens, les Évangiles furent rédigés par des apôtres ou des disciples de Jésus alors que pour les musulmans, c'est Jésus qui apporta les Évangiles que les chrétiens ont ensuite falsifié. On pourrait aussi évoquer les interdits à l'encontre de la femme dans le droit musulman et sa liberté (durement acquise) dans le droit des pays démocratiques ou encore le rôle de la prière qui un des cinq piliers de l'Islam alors qu'elle ne joue qu'un rôle secondaire (dans l'Eucharistie ou en signe de dévotion) et avant tout personnel chez les chrétiens. Toutes ces vérités ne sont pas donc pas équivalentes ni mêmes égales.

Que les chrétiens estiment qu'ils détiennent la seule vérité, soit, mais la justifier au nom du Christ ressuscité est présomptueux pour les adeptes des autres confessions et courants de pensées qui n'imaginent pas un seul instant que Jésus serait le seul moyen d'accéder à la vie éternelle, au Paradis, à la plénitude, à l'illumination ou quel que soit le nom que l'on donne à cet au-delà.

Aussi, les chrétiens (comme les membres des autres religions) qui pensent détenir la seule vérité devraient plutôt relire le message de paix et d'amour de Jésus et revenir à un peu plus d'humilité voire de réalisme au lieu de s'isoler dans leur tour d'ivoire en méprisant ceux qui ne partagent pas leurs idées. Finalement, ce ne sont peut-être pas ceux auxquels on pense qui iront en Enfer.

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