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La Bible face à la critique historique

La Bible de Jérusalem ouverte sur les prophéties d'Isaïe (versets 61-62). Document T.Lombry.

Jésus et le sens des prophéties

Après la déportation à Babylone cinq siècles plus tôt, la révolte des Maccabées contre le grec Antiochos IV Epiphane deux siècles auparavant et ensuite l'occupation romaine, les Juifs en avaient assez de subir ces malheurs en série provoqués par des envahisseurs païens. Tant le peuple que les Sadducéens et les Pharisiens avaient de bonnes raisons de ne pas apprécier ces étrangers et d'espérer un changement radical de pouvoir. Aussi l'arrivée de prophètes engagés comme Jean le Baptiste et Jésus leur rendait espoir et sonnait comme la réalisation des prophéties.

Pour comprendre les paroles et les actes de Jésus, il faut en effet relire les livres des prophètes. Ayant été élevé dans la tradition judaïque et la culture des livres sacrés, comme tout pratiquant juif, Jésus a très bien mémorisé les paroles des prophètes, d'autant qu'on lui rafraîchissait périodiquerment la mémoire dans les synagogues au cours du cycle liturgique et à l'occasion des fêtes juives. Voyons justement quelques unes de ces visions prophétiques qui ont influencées Jésus, au point qu'il en reprit certaines mot pour mot et geste pour geste pour asseoir sa légitimité.

La prophétie de Zacharie : les deux branches de l'olivier

Au VIe siècle avant notre ère, de retour en Terre Sainte, les Juifs rétablissent le culte de Yahvé et reconstruisirent le Temple en pierre de taille (Esdras 5:8). C'est à cette époque et sur la lancée de son prédécesseur Aggée que le prophète Zacharie souhaite rétablir le gouvernement du nouveau peuple d'Israël sous le regard de Dieu. Comme nous l'avons expliqué, il propose l'idée d'un pouvoir royal dyarchique combinant un héritier légitime du trône et un grand prêtre.

Probablement vers 520-518 avant notre ère et ravigoré par la reconstruction du temple, Zacharie perçoit huit visions du gouvernement qu'il souhaite mettre sur pied à travers deux figures sacrées choisies par Dieu qu'il appelle les "deux branches d'olivier" décrites comme suit : "Près de lui sont deux oliviers, l’un à droite du globe, l’autre à gauche qui [...] dispensent l'huile" (Zacharie 4:3, 4:12). L'ange l'interroge sur le sens de cette vision. Zacharie lui répond : "Ce sont les deux Oints qui se tiennent devant le Seigneur de toute la terre" (Zacharie 4:14).

Plus loin, Zacharie précise le rôle des deux "branches" de l'olivier :"Ainsi parle Yahvé-Sabaot [Yahvé des armées] : Voici, un homme, dont le nom est Germe; là où il est quelque chose va germer [...] c'est lui qui reconstruira le sanctuaire de Yahvé, c'est lui qui portera les insignes royaux. Il siégera sur son trône en dominateur, et il y aura un prêtre à sa droite" (Zacharie 6:12-13). Notons que selon les traductions, le "germe " est appelé la "branche" ou le "rejeton". Le germe ou la branche majestueuse qu'évoque Zacharie est bien entendu celle des rois davidiques tandis que le sacrificateur est le grand prêtre, le conseiller spirituel, l'Oint. Pour Zacharie, ces deux fils de l'onction sont les deux "messies".

Concrètement, Zacharie précise que le premier de ces fils est Josué le grand prêtre (Yehoshoua Shaltiel) qui sera consacré "cohen" (comme Aaron le fils de Moïse de la tribu de Lévi, une charge qui se transmet de père en fils aîné) et dévoué au service du Temple : "Mettez sur sa tête une tiare propre" (Zacharie 3:5) tandis que le second de ces fils est Zorobabel (Zeroubavel YeoTsadak) petit-fils du roi Joachin de la tribu de Juda qui ordonna la construction du Second temple, aidé par "ceux qui sont au loin [qui] viendront reconstruire le sanctuaire de Yahvé" (Zacharie 6:15).

Le fait que Zorobabel descend de la branche du roi David et représente le serviteur choisi, l'Oint, va renforcer la prophétie et redonner espoir au peuple juif qui viendra en masse en pèlerinage à Jérusalem. En parallèle, l'institution sacerdotale renaquit et donna une nouvelle chance à l'alliance du peuple élu avec Dieu.

Enfin, Zacharie écrit : "Exulte avec force, fille de Sion. Crie de joie fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux, humble, monté sur un âne, un ânon, le petit d'une anesse [...] Il annoncera la paix aux nations" (Zacharie 9:9-10). On est forcé de rapprocher ce passage avec l'entrée messianique de Jésus à Jérusalem monté sur un ânon et acclamé par le peuple (Marc 11). Ainsi la prophétie s'est accomplie.

La tradition des deux rameaux : le roi et son conseiller spirituel

Sur le plan historique, on constate qu'au cours des deux derniers siècles précédant la venue de Jésus, dans les visions mystiques il a toujours existé deux personnalités pour annoncer la venue du Royaume de Dieu : un représentant de la branche d'Aaron de la tribu de Lévi associé à un représentant de la branche de David de la tribu de Juda. L'un est un prêtre assurant le rôle de conseiller spirituel, tandis que l'autre est le roi qui assure la fonction de souverain du peuple.

Parmi les textes de l'époque, le manuscrit apocryphe du "Testament des Douze Patriarches" datant du IIe siècle évoque cette vision dualiste des deux branches, germes ou rameaux entourant la présence divine : "Le Seigneur élevera quelqu'un de Lévi pour grand prêtre, quelqu'un de Juda pour roi".

On peut également citer le "Livre des Jubilés" datant de la même époque qui proclame aussi la bénédiction perpétuelle de Lévi et de Juda pour avoir respectivement engendré un prêtre et le père d'un prince qui régnera sur Israël et toutes les nations (ces deux ensembles de manuscrits sont inclus dans l'édition des "Ecrits intertestamentaires" publiée chez Gallimard).

Cet olivier centenaire et ses deux rameaux devenus deux beaux troncs porteurs de nouvelles branches et de fruits illustre parfaitement les paroles bibliques. Cet arbre légendaire peut atteindre 15 à 20 m de haut et vivre plus de 2000 ans. Plus résistant que le chêne, un arbre adulte présente un tronc très large, massif et très noueux capable de résister à des températures de -15°C. Il peut vivre dans un sol rocailleux, ingrat et aride mais apprécie la proximité de l'eau. ll est cultivé pour ses olives (et leur huile) depuis l'époque minoenne et de la Grèce antique. Un individu âgé ne meurt pas réellement car il produit des rejets (souquets) à partir de sa souche. Symbole de longévité et d'espoir, Jésus et ses disciples s'y sont mis à l'ombre dans le Jardin des Oliviers (Jardin de Gethsémané) en prévision des temps difficiles.

Tous les rois ayant régné sur le royaume d'Israël ont dû se plier à cette tradition "des deux rameaux" au risque d'être destitués comme ce fut le cas des rois égyptiens mais également des rois juifs Hasmonéens (ou Maccabéens) de la tribu de Lévi qui régnèrent temporairement sur la Judée (168-67 avant notre ère) mais sans avoir de contrepartie royale davidique.

De façon générale, dans la plupart des civilisations et dynasties la fonction royale ou impériale a toujours associé l'autorité religieuse (le pape pour les catholiques) aux décisions du souverain, les pouvoirs religieux et temporels ayant été longtemps imbriqués et le sont encore dans certaines cultures. Bien entendu, les rois occidentaux ont repris cette tradition. Le couronnement du souverain a toujours été associé à un sacrement divin, que ce soit à l'époque des pharaons, des rois juifs, des empereurs romains, au Moyen-Âge, sous l'Empire français ou encore à l'époque des Romanov au début du XXe siècle. On y reviendra à propos des miracles.

Les prophéties d'Isaïe : l'Emmanuel

Le prophète Isaïe (ou Esaïe) compte parmi les "grands prophètes" aux côtés de Jérémie, Ezéchiel et Daniel (voir plus bas).non pas pour une raison de prestige mais du fait que son livre biblique est plus volumineux (80 pages dans la Bible de Jérusalem) que celui rédigé par ceux qualifiés de "petits prophètes" (3 à 15 pages). Cela s'explique notamment du fait que son livre fut vraisemblablement rédigé par plusieurs auteurs notamment les chapitres 56 à 66, l'ensemble ayant été écrit entre le VIe siècle pour les premiers chapitres et probablement le IIIe siècle avant notre ère pour les derniers.

Un tel livre prétendûment écrit par un personnage célèbre alors qu'en réalité il a été rédigé par plusieurs auteurs à différentes époques est appelé un pseudépigraphe (la même situation se présente avec le livre de Jérémie et celui de Daniel sur lesquels nous reviendrons).

En hébreu Isaïe vient de la contraction de "isha et Eli" signifiant "Dieu sauve", déjà tout un programme. Isaïe annonce dans divers versets de son livre la venue du Messie qu'il appelle parfois "l'Emmanuel" (Immanuel), ce qui signifie "Dieu avec nous" (Isaïe 7:14). En utilisant ce nom, Isaïe insiste sur l'alliance entre Dieu et son peuple car il sait que la dynastie de David ne peut pas disparaître puisqu'elle fut choisie par Yahvé (1 Samuel 16:1-13) et doit donner naissance au Messie, l'envoyé de Dieu tel qu'en a rêvé Samuel (1 Samuel 3), des termes qu'ont également repris les Évangélistes pour décrire l'ascendance de Jésus (Matthieu 1:6-16 ; Luc 3:23, 31-32).

Isaïe avait également annoncé que le Christ serait un descendant de David : "Un rejeton sortira de la souche de Jessie [...] Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé" (Isaïe 11:1-5 et 11: 10). Ainsi, lors de la conception de Jésus, Luc se rappella ces paroles quand l'archange Gabriel déclara à Marie : " Dieu lui donnera le trône de David son père" (Luc 1:32-33, Romains 15:12).

Jésus au début de son ministère lisant la prophétie d'Isaïe (versets 61:1-2) dans la synagogue de Nazareth.

Isaïe avait aussi prédit que le Messie naîtrait d’une "almah", le mot hébreu signifiant une "jeune fille mariée" ou une "jeune femme récemment mariée", que la Bible des Septante a traduit par "vierge", ce que n'a pas manqué de reprendre Matthieu quand il écrit : "Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : 'Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, on l'appellera du nom d'Emmanuel', ce qui se traduit : "Dieu avec nous" " (Isaïe 7:14 et Matthieu 1:22-23). Nous reviendrons sur la nature de Marie quand nous aborderons la conception de Jésus.

Il est pertinent de noter qu'au début de son ministère, Jésus entra dans la synagogue de Nazareth pour assister à l'office et, avec son zèle habituel, demanda au président à prendre la parole. On lui tendit comme de coutume le livre d'un prophète, en l'occurrence le livre d'Isaïe. Jésus déroula le parchemin et choisit ce passage : " L’esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction; il m'a envoyé porter la nouvelle aux pauvres [...]" et affirma : "Aujourd’hui s'accomplît à vos oreilles ce passage de l’Écriture" (Luc 4:17-21, Isaïe 61:1-2). Cette annonce messianique lui vaudra la colère des fidèles qui furent à deux doigts de le précipiter du haut de l'escarpement (le mont du Précipice) proche du village. Mais probablement intimidés par le personnage, fort de son charisme, "Jésus, passant au milieu d'eux, s'en alla" (Luc 4:28-30) reconnaissant plus tard que "nul n'est prophète dans son pays". On y reviendra à propos des miracles.

Jésus y fera de nouveau allusion lorsque Jean le Baptiste fut emprisonné et lui envoya un message lui demandant s'il est bien le Messie. Jésus lui répondit en se référant au texte original essénien de l'"Apocalypse messianique" (un manuscrit découvert dans la grotte N°4 de Qumrân) que devait sans doute connaître son cousin : le Messie "guérira les malades, ressuscitera les morts et amènera la bonne nouvelle aux pauvres" (Luc 7:22). On peut supposer que pour ce passage, les Esséniens se sont inspiré du livre d'Isaïe.

Isaïe avait aussi prédit que Jésus agirait avec bonté et modestie à l’égard de ceux qu’il guérirait. Selon Matthieu : "Il guérit des malades afin que s’accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète : 'Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies' [...]. Beaucoup le suivirent et il les guérit tous et il leur enjoignit de ne pas le faire connaître pour qui s'accomplît l'oracle d'Isaïe le prophète : 'Voici mon serviteur que j'ai choisi, moin Bien-Aimé qui a toute ma faveur. Je placerai sur lui mon Esprit [...] Il ne fera point de querelles ni de cris [...]. Le roseau froissé, il ne le brisera pas [...]' " (Matthieu 8:16-17, 12:15-21 et Isaïe 42:1-4, 53:4-5).

Isaïe évoque la justice du Messie : "J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe [...]" (Isaie 50:6). Matthieu évoque les paroles de Jésus : "quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre" (Matthieu 5:39).

Isaïe évoque également les souffrances du Messie quand il dit qu'il ne sera pas accepté par la majorité des Israélites, mais deviendrait pour eux "un sanctuaire, un rocher qui fait tomber, une pierre d'achoppement pour les deux maisons d'Israël [...] Beaucoup y échopperont, tomberont et se briseront" (Isaïe 8:14-15). Pierre en reprit la forme : "Car il y a dans les Ecritures : 'Voici que je pose en Sion une pierre anguleuse [...] une pierre d'achoppement et un rocher qui fait tomber' " (1 Pierre 2:6-8).

Isaïe précise que malgré les nombreux miracles de Jésus, les gens "ne croyaient pas en lui, afin que s'accomplît la parole dite par Isaïe le prophète : 'Seigneur, qui a cru à notre parole ?' "(Jean 12:37-38 et Isaïe 53:1).

La Bible de Jérusalem ouverte sur les prophéties d'Isaïe (versets 52-53). Document T.Lombry.

Isaïe évoque également le jugement du Messie : "Par contrainte et jugement il a été saisi" (Isaïe 53:8). Matthieu s'est aussi souvenu de ces paroles quand il conclut l'épisode de l'arrestation de Jésus par ces mots :" tout ceci advint pour que s'accomplissent les Ecritures des prophètes" (Matthieu 26:56).

Isaïe prête aussi au Messie ces paroles prophétiques : " J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient [...]. je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats". Matthieu rapporte ce qui s'est passé lors du procès de Jésus devant le Sanhédrin : "Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent." (Matthieu 26:67 et Isaïe 50:6).

Isaïe poursuit : "Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche" (Isaïe 53:7). De fait, lorsque Pilate l'interrogea au sujet des accusations des Juifs, Jésus "ne répondit sur aucun point, si bien que le gouverneur était fort étonné" (Matthieu 27:14 et Actes 8:28; 32-35).

Isaïe évoque aussi les blessures que le Messie endura : "Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes" (Isaïe 53:5). Jean évoque le soldat romain qui affligea un coup de lance à Jésus alors qu'il était déjà mort sur la croix : "l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté" (Jean 19:34). Notons toutefois qu'aucun des Évangélistes synoptiques ne mentionne ce fait qu'on peut donc considéré comme fictif et ne servant qu'à renforcer la prophétie.

Concernant la mort du Messie, Isaïe avait annoncé : "On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche" (Isaïe 53:9). Pour ceux qui veulent y voir un rapport, les Évangélistes racontent que Jésus est mort sur la croix entre deux bandits (Matthieu 27:38). Quant à la référence au tombeau offert par le riche Joseph d'Arimathie (ou d'Arimathée), un notable membre du Sanhédrin (Matthieu 27:59-60), nous verrons à propos du Golgotha et de la tombe de Jésus que c'est un ajout tardif qui n'est pas confirmé par les autres apôtres.

En résumé, les apôtres et Jésus ont cité les prophéties d’Isaïe plus que n'importe quel autre prophète. Ceci dit d'autres livres apostoliques évoquent également les prophéties (Romains 1:1, Actes 28:23, Apocalypse 19:10).

La prophétie de Malachie : le messager et le seigneur

Malachie fait partie des douze "petits prophètes" bibliques avec Aggée, Zacharie, etc. avec un texte réduit à 3 pages dans la Bible de Jérusalem.

A l'époque de Jésus mais ce fut presque toujours le cas, la dynastie sacerdotale des Lévi qui avait par tradition la charge des affaires religieuses était l'une des plus riches de la société juive mais également l'une des plus corrompues, profitant notamment des "commissions" sur les sacrifices au Temple pour s'enrichir. Les dynasties des Lévi et de David ont toujours été opposées, au point que Jésus et beaucoup de juifs parmi les pauvres étaient scandalisés par leur cupidité.

A l'époque perse, vers 460 avant notre ère, Malachie (signifiant "messager" mais qui n'est peut-être qu'un pseudonyme) avait observé ce manque d'altruisme des Lévites et rapporta cette vision : "Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu'il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le seigneur que vous cherchez; et l'Ange de l'alliance que vous désirez, le voici qui vient ! dit Yahvé-Sabaot" (Malachie 3:1). Le prophète Isaïe verra dans ce "messager" le précurseur de Yahvé (Isaïe 40:3) qu'il identifiera à Élie. Marc l'associera à Jean le Baptiste, le nouvel Élie (Marc 1:2) et pour Matthieu l'Ange de l'alliance est Yahvé lui-même (Matthieu 11:14).

Quand Jésus rencontre Jean le Baptiste, celui-ci se demande si Jésus est le Messie où s'il doit en attendre un autre. Jésus lui répond en évoquant Malachie et reconnaît que son cousin est "plus qu'un prophète. C'est lui dont il est écrit : 'Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route" (Matthieu 3:3, Marc 1:1-3, Luc 7:26-27). Jacques répétera également cette prophétie, tous deux prédisant que la famille sacerdotale des Lévi sera remplacée à la Fin des temps par une lignée de prêtres prêchant l'altruisme et le désintéressement. Malheureusement Jacques comme Jésus périront avant d'avoir renversé cette dynastie corrompue et de réformer leur religion.

Le texte de Malachie transmit par la tradition massorétique date du IXe siècle de notre ère mais les archéologues ont retrouvé dans les manuscrits de la mer Morte une version datant du IIe siècle avant notre ère qui est légèrement différente : "Voici, j'enverrai mon messager et il préparera le chemin devant moi et ils entreront soudain dans son temple, le seigneur que vous attendez et le messager de l'alliance que vous désirez. Voici, il vient, dit Yahvé-Sabaot".

On comprendra que les copistes et les Évangélistes ont modifié le texte original. En effet, du pluriel on est passé au singulier et avec une majuscule ! Le texte original évoque deux personnages : le messager et le seigneur. Or en hébreu il n'est pas écrit l'équivalent de "Seigneur" mais "adon" qui signifie le "maître", le "dirigeant" et il est écrit en minuscules. Pour les Esséniens auteurs de ce papyrus, comme pour Jean le Baptiste et Jésus, il est clair que Malachie eut la vision de deux envoyés. Dans la "Règle de la Communauté", les Esséniens évoquent l'arrivée d'un prophète appelé "l'Enseignant" également appelé le "Maître de Justice" ainsi que des "Messies d'Aaron et d'Israël" (cf. Jésus de Nazareth). Ils envisagent un avenir où un "messie-prêtre" partagera son royaume avec le "messie-roi" qu'ils appellent le "Prince de la congrégation" ou "Rameau de David" à ses côtés et partageront un "banquet messianique". D'autres manuscrits apocryphes évoquent le même concept alliant un guide spirituel et un chef d'armées. On reviendra sur ce banquet messianique à propos du repas de la Cène.

Pour les Juifs, après des décennies et des siècles d'attente, de frustrations et d'espoir, serait-il possible que le jour soit venu, que Jean le Baptiste et Jésus soient les deux messies de Malachie ? Pour l'heure, pas même les deux protagonistes ne le savaient mais tous deux l'espéraient tout autant que les enfants d'Israël.

A part les uniques allusions de Matthieu et Marc qui se sont probablement inspirés soit directement des Esséniens soit de la source "Q", il est évident que tous ces textes ont été écartés du canon par la Grande Église du fait que Jean le Baptiste et Jésus se considèrent comme les messies attendus, Rome considérant Jean le Baptiste comme le rival potentiel de Jésus, une solution qui ne rentrait pas dans leur doctrine du Messie unique envoyé par Dieu. Du coup, Jean le Baptiste a rapidement disparu des Évangiles au profit du seul messager Oint, le Christ.

Comme nous l'avons expliqué, même pour les païens, s'il y avait un messager ou un représentant de Dieu sur Terre, c'était bien leur roi ou empereur d'ascendance divine et certainement pas un ou deux prêtres étrangers aussi sages ou ascètes fussent-ils. Même pour les juifs, le concept messianique était encore suspect et le restera jusqu'à l'ère chrétienne. En pratique, le souverain s'alliait souvent au grand prêtre pour légitimer son règne.

D'autres prophètes évoquent également cette tradition qui vaut la peine d'être analysée car elle va nous apporter d'autres indices sur la raison d'être de la mission messianique de Jésus.

Deuxième partie

Les prophéties de Daniel

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