Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

 

Saturne, père de Jupiter

Le système d'anneaux (II)

Si nous devions citer parmi tous les phénomènes célestes l’un des plus merveilleux et facilement accessible, les anneaux de Saturne seraient sans conteste retenus. Structure unique dans le système solaire et majestueux par leurs dimensions, les anneaux ont révélé une structure beaucoup plus complexe que celle qu’on imaginait.

Saturne photographiée par la sonde spatiale Cassini. A gauche, compositage par Gordan Ugarkovic de 36 images prises le 10 octobre 2013 montrant le pôle Nord de Saturne. Au centre, compositage par Ian Regan de 21 images prises le 28 octobre 2016. A droite, Saturne photographiée le 6 octobre 2004 à environ 6.3 millions de kilomètres de distance. Il s'agit du compositage de 123 images réalisé par le JPL. Documents NASA/ESA/STScI.

Pour évaluer la nature des anneaux et la taille de ses constituants, les planétologues ont utilisé diverses techniques en commençant par l'analyse spectrale de la lumière réfléchie par les anneaux puis ils ont effectué des mesures radars. Ensuite, ils ont réalisé des relevés radioélectriques à différentes fréquences grâce au système RPWS (Radio and Plasma Wave Science) embarqué par les différentes sondes spatiales et enfin ils ont analysé les déformations des signaux radios transmis par les sondes spatiales à travers les anneaux en direction de la Terre. Ces données ont révélé que les anneaux de Saturne sont constitués d'une myriade de rochers glacés indépendants de toute dimension. La plupart ont la taille de cristaux plus petits que des grains de poussière. Beaucoup grandissent par accrétion jusqu'à la taille de cailloux. Quelques uns sont aussi grands que des maisons et certains ont même la taille d'une montagne.

 Ces poussières et ces rochers sont disposés en fonction de leur masse sur des orbites individuelles et sont tellement denses qu'à bonne distance les anneaux donnent l'illusion d'une surface pleine. A l'inverse des anneaux qui cerclent les autres planètes, ceux de Saturne sont très brillants et réfléchissent entre 20 et 60 % de la lumière.

A voir : Animations des anneaux de Saturne - vidéo 1 et vidéo 2, Mark Garlick

Illustrations artistiques de la structure des anneaux. Ci-dessus à gauche, les anneaux vus pratiquement dans le plan imaginés par l'auteur. A droite, les anneaux vus du sommet de l'atmosphère imaginés par Ron Miller en 2003. Ci-dessous à gauche, une vue générale par 15°N imaginée par Chesley Bonestell dans les années 1960. Noter l'aspect laiteux et fragmentaire de l'anneau D intérieur formant une sorte de brume ou de halo de très fine poussière au-dessus des nuages supérieurs. A droite, un dessin réalisé par William K. Hartmann dans les années 1970 révélant la structure individuelle des roches glacées composant les anneaux. Documents T.Lombry, Ron Miller, Bonestell Space Art et Astronomica.

Grâce à la sonde Cassini qui traversa le plan des anneaux et plongea dans le "trou" situé entre l'Anneau D interne et le sommet de l'atmosphère à 21 reprises à partir d'avril 2017 (cf ces vidéos du JPL), on a découvert que cette région comprend des microparticules d'une taille équivalente aux particules fines de fumée soit entre 0.1 et 1 micron (pour la taille de la poussière de fumée lire cet article).

En résumé, les anneaux sa Saturne sont constitués de poussières et de rochers glacés dont la taille varie entre le nanomètre et quelques kilomètres de longueur.

Quel est âge des anneaux ? Grâce aux données accumulées pendant 13 ans par la sonde Cassini, les astronomes ont pu répondre à quantité de questions dont celle de savoir à quelle époque les anneaux se sont formés. Les premières données enregistrées par les sondes spatiales Voyager 1 et 2 en 1980 et 1981 suggéraient que les anneaux s'étaient formés il y a seulement 100 millions d'années suite à la collision entre une grande comète et une lune glacée. Mais les observations de la sonde spatiale Cassini ont montré que les anneaux ne sont pas le résultat d'un seul évènement cosmique.

Ci-dessus à gauche, l'Anneau B en couleurs naturelles avec la division de Cassini (la bande sombre) sur la droite et une partie de l'Anneau A à l'extrême droite. A droite, les anneaux exterieurs (au-delà de la division de Cassini) A et F en fausses couleurs révélant la distribuition des particules en fonction de leur masse. Le rose et le rouge représentent de grandes particules tandis que le cyan et le bleu représentent de plus petites particules. Ci-dessous, une partie de la région centrale de l'Anneau B en couleurs naturelles large de 6900 km située entre 38332 et 45232 km du sommet des nuages (soit entre 98 600 et 105 500 km du centre de Saturne). Les roches composant les anneaux sont principalement constitués d'eau glacée et leur couleur serait blanche mais est encore débattue entre scientifiques. Les fins annelets situés au centre de l'image font 40 km de large tandis que les anneaux plus larges à droite mesurent entre 300 et 500 km de large. Documents NASA/JPL-Caltech/SSI et NASA/JPL.

Si les anneaux étaient très anciens comment pourraient-ils rester brillants à force d'être érodés par les rayons cosmiques et recouverts de poussière ?

Grâce à la sonde spatiale Cassini, les astronomes ont découvert que le mécanisme s'apparente à un "nettoyage" intense lié aux interactions entres les particules constitutives des anneaux. En effet, les lunes ayant été formées au sein des anneaux et ensuite séparées par les collisions et les forces de marée, chaque interaction a renouvellé la surface de chaque grains de glace. De petites quantités de composés organiques ont ensuite teinté et terni la glace brillante lui donnant sa couleur actuelle brun-pâle crème comme on le voit ci-dessous à gauche. L'astronome Carl Sagan avait appelé cette matière colorée des "tholines" qui signifie "boueux" en grec, matière qu'on retrouve sur Titan. Ces molécules peuvent provenir des lunes de Saturne en particulier de Phoebé située non loin des anneaux et qui présente de nombreuses taches sombres et a même généré son propre anneau diffus et rougeâtre.

L'âge relativement jeune des anneaux de Saturne reçut un appui théorique supplémentaire grâce à une étude des résonances des satellites intérieures publiée en 2012 par Valérie Lainey de l'Observatoire de Paris et ses collègues. Sachant que les forces de marées engendrées par la masse de Saturne repousse rapidement les lunes intérieures, le système ne pourrait pas rester aussi compact depuis la formation du système solaire, il y a 4.6 milliards d'années. Les anneaux se sont donc obligatoirement formés tardivement et sont donc relativement jeunes.

Le satellite Dione devant les anneaux vus de profil projetant leurs ombres sur Saturne. Photographie prise en infrarouge à 39000 km de distance du satellite le 11 octobre 2005 par la sonde Cassini. Doc NASA/JPL.

Les simulations sur lesquelles nous reviendrons indiquent que les anneaux se seraient formés il y a seulement quelque 100 millions d'années, à la même époque que les satellites intérieurs, confirmant les données des sondes Voyager. Selon Lainey, il est vraisemblable que Saturne disposait d'une lune auparavant mais elle fut détruite par des collisions et les effets des marées graviattionnelles car les anneaux se trouvent en partie qouq la Limite de Roche (voir page suivante) où aucun corps ne peut longtemps se maintenir sans être brisé.

Quelle est l'épaisseur des anneaux ? Avant les missions Voyager, on supposait que les anneaux avaient une épaisseur réduite à quelques kilomètres. Suite à l'occultation de l'étoile ß Scorpio par les anneaux, les spectrophotomètres de Voyager 2 permirent de scruter la structure des anneaux avec une résolution de 100 mètres. On découvrit que son épaisseur minimale oscillait entre 100 et 150 m seulement. Si on tient compte des petites particules, d'une taille inférieure à 1 cm qui gravitent autour des anneaux, leur épaisseur moyenne est voisine de 1500 m. Selon la NASA, l'Anneau A mesure 10 à 30 m d'épaisseur, l'Anneau B entre 5 et 10 m et l'Anneau C mesure 5 m d'épaisseur. Ils se composent de 7 strates de matériaux pris en sandwich par une légère couverture d'hydrogène. Ils sont principalement constitués de cailloux proches de la constitution des astéroïdes, composés d’oxyde de fer et d'eau glacée.

Structure des anneaux et nomenclature

Concernant leur aspect et leur structure, c'est peu de temps après l'invention de la lunette astronomique qu'en 1664 les astronomes découvrirent une différence d'éclat dans la surface des anneaux mais ce n'est qu'au XIXe siècle qu'ils furent baptisés Anneau A, B et C par Wilhelm Struve et Johann Encke.

En 1895, grâce aux analyses spectroscopiques, James Keeler et William Campbell découvrirent que les anneaux de Saturne ne tournaient pas tous à la même vitesse. Une fois encore les lois de Kepler sont vérifiées : l'anneau extérieur (dénommé Anneau A), le plus distant, tourne autour de Saturne en un peu moins de 15 heures, tandis que la partie intérieure de l'anneau, celle qui touche pratiquement le sommet des nuages (l'Anneau D) accomplit une révolution en moins de 5 heures, effectuant 3 tours complets quand l'anneau extérieur n'en fait qu'un. Ils obéissent en outre à des fractions entières de la période orbitale des satellites les plus proches de Saturne pour des raisons liées à la stabilité gravitationnelle de leurs orbites respectives[1].

Observés au télescope, les anneaux se divisent en trois parties principales, se situant entre 14000 et 77000 km de la couche supérieure nuageuse de Saturne :

- l’Anneau C dit de Crêpe (de 142000 à 31700 km) souvent sous-exposé sur les photographies en raison de sa faible luminosité

- l’Anneau B dit intérieur (de 31700 à 57300 km) qui s'arrête à la division de Cassini

- l’Anneau A dit extérieur (de 62000 à 77000 km).

Les Anneaux B et A représentent les parties les plus brillantes des anneaux.

Ci-dessus, le 15 septembre 2006, la sonde Cassini photographia Saturne à contre-jour. Il s'agit d'une image en couleurs accentuées résultant du compositage de 165 images UV, IR et en lumière blanche. En plus de l'Anneau E extérieur bien visible sur cette image surexposée, de la Terre qui est visible à gauche, à l'intérieur du fin Anneau F et au-dessus de l'Anneau A brillant, deux nouveaux anneaux pâles ont été détectés : l'un coïncide avec l'orbite partagé des lunes Janus et Epiméthée, l'autre coïncide avec l'orbite de Pallène. Voyez cette image pour les légendes. Ci-dessous emplacement des principaux systèmes d'anneaux et des satellites de Saturne. Documents Photojournal/JPL et David Seal/Caltech pour la NASA/JPL adaptés par l'auteur.

Les sondes spatiales ont révélé l'existence d'un Anneau E, très pâle et diffus, deux fois plus éloigné de Saturne que l'Anneau A (de 140000 à 160000 km) ainsi que deux anneaux pâles coincidant respectivement avec les orbites des lunes Janus/Epiméthée (entre les Anneaux F et G) et avec l'orbite de Pallène (entre les Anneaux G et E).

Une étude consacrée au réchauffement et au refroidissement des anneaux de Saturne au fil des saisons publiée en juin 2015 dans la revue "Icarus" par l'équipe de Cassini dirigée par Ryuji Morishima suggère l'existence dans l'anneau A de gros blocs de glace d'environ 1 mètre recouverts d'une fine couche de régolite (poussière). Cette accumulation de gros débris étonne car les particules des anneaux se redistribuent rapidement. Les planétologues pensent qu'il pourrait s'agir des débris d'une lune qui se serait brisée récemment.

L'Anneau A est séparé de l'Anneau B par un système d'anneaux sombres, la division de Cassini. Cette division aurait été découverte par Jean-Dominique Cassini vers 1684 (et non pas en 1676 comme beaucoup le disent sur base de sources incertaines). La division de Cassini se maintiendrait en raison d'une résonance gravitationnelle 2:1 avec le satellite Mimas.

A écouter sur le blog : La musique de Saturne

Passage à travers les anneaux de Saturne

Enregistrements audios du passage de la sonde Cassini à travers les anneaux de Saturne (entrant à gauche, sortant à droite entre les anneaux A et F) du côté éclairé par le Soleil. Ce qu'on entend correspond aux impacts de petites poussières sur la sonde spatiale. Ces impacts se produisent à grande vitesse et libèrent de petits nuages de plasma que l'antenne électrique RPWS a enregistré. Plus de détails en anglais sur cette page. Fichiers de 542 et 572 KB. Documents U.Iowa/RPWS Group.

Une découverte majeure concerne justement cette division de Cassini, un espace sombre de près de 4000 km de large. En préparant les expéditions Pioneer et Voyager, les ingénieurs de la NASA souhaitaient faire passer les sondes dans cet espace, pour éviter de faire un détour en passant autour des anneaux.

La trajectoire fut modifiée par la suite, si bien que les sondes ne traversèrent pas les anneaux, mais circulèrent plus haut en latitude, se rapprochant jusqu'à 101000 km de Saturne. Cette intuition fut de bon aloi car Voyager 2 découvrit que la division de Cassini, que l'on croyait dépourvue de matériaux, renfermait en fait des blocs de 8 m de diamètre alignés côte-à-côte, formant 5 annelets concentriques que le faible pouvoir réfléchissant rendait invisible depuis la Terre ! En revanche, la NASA n’a pas hésité à faire passer la sonde Cassini à travers les anneaux en juillet 2004 mais à hauteur de l'Anneau D qui très peu dense dans sa partie interne, la plus proche de Saturne, de même qu'à plusieurs reprises en 2017 avant son grand final sur lequel nous reviendrons.

Notons que la division de Cassini est un sujet prisé des astronomes amateurs pour tester la résolution des petites lunettes et télescopes de 80 à 110 mm d'ouverture. En théorie, la largeur angulaire de la division de Cassini est d'environ 0.40" vue de la Terre. Mais si on compte les annelets sombres qui l'entourent, cette division mesure plus de 1". Dans de bonnes conditions d'observation (c'est-à-dire à la fois météos et instrumentales), en utilisant un oculaire de moyenne à forte puissance (~1.5 à 2x le diamètre de l'objectif exprimé en millimètres), on la distingue à la limite de la perception dans une petite lunette de 80 mm (type ED80) et est normalement visible dans une bonne lunette ou un télescope d'au moins 100 mm d'ouverture. En revanche, photographier la division de Cassini est déjà plus délicat car il faut absolument combiner plusieurs images prétraitées pour réduire le bruit électronique et accentuer le signal (cf. cet article sur le traitement d'image). Avis aux amateurs.

A gauche, une très belle image composite des anneaux prise par la sonde Cassini en juillet 2004. Au centre et à droite, gros-plans sur la division de Cassini photographiée par la sonde Voyager 2. Documents NASA/JPL/SSI et NASA-ARC/JPL.

A gauche, gros-plan sur la division de Cassini (au centre de l'image) et sur la division de Encke (en périphérie de l'anneau). Photographie réalisée le 11 février 2005 par la sonde Cassini. A droite, zoom sur la division de Encke photographiée le 29 octobre 2004 à 807000 km de distance par la sonde Cassini. La résolution est de 4.5 km/pixel. Documents NASA/JPL/ESA/ISA.

La seconde division importante des anneaux est la division de Encke qui se situe en bordure de l'Anneau A extérieur (et dont le nom est trompeur car Johann Encke n'a probablement pas pu l'observer avec sa lunette de 240 mm d'ouverture). Beaucoup plus étroite et plus pâle que la division de Cassini, son existence sera confirmée dans les anses par William Lassel et William Dawes en 1850.

Dans quel instrument peut-on voir la division de Encke ?

La largeur de la division de Encke ne dépasse pas 325 km soit moins de 0.1". Elle est donc 13 fois plus petite que la division de Cassini. Pour l'observer, il faut d'excellentes conditions météos (très peu de turbulence) et un grossissement d'au moins 250x et idéalement plus de 500x pour la distinguer dans les anses à l'oculaire d'un télescope de 280 à 300 mm d'ouverture. Il est donc impossible de l'observer dans un plus petit instrument (une optique de 130 mm de diamètre offre un pouvoir séparateur de 1" et un 200 mm de 0.7").

En photographie, en empilant plusieurs centaines d'images, certains amateurs l'auraient photographiée en utilisant des télescopes de 240 mm d'ouverture (PS = 0.6") voire plus petits mais cela est optiquement peu probable. En général, dans les télescope de moins de 280 mm de diamètre (on l'aperçoit dans un Celestron C11 de 279 mm de diamètre, PS~0.55"), ce que beaucoup d'amateurs pensent être la division de Encke est en fait un jeu d'ombre et de lumière sur l'Anneau A connu sous le nom de "minimum de Encke". Mais le plus souvent, c'est le traitement d'image poussé trop loin qui crée des artefacts en forme d'arcs sombres dans l'Anneau A comme dans l'Anneau B (cf. cette photo prise au NexStar 5 de 127 mm de diamètre et ces photos et commentaires d'Oliver Pettenpaul ainsi que l'article sur le forum de Cloudy Nights).

A l'image de la division de Cassini, la division de Encke se compose de rochers épars et renferme deux annelets torsadés. Mais comparée à la division de Cassini, la division de Encke est pratiquement évidée suite aux passages répétés du petit satellite Pan sur lequel nous reviendrons.

A l'actif de Voyager, il y a également la mise en évidence de la structure de l'Anneau D situé tout près de la planète. Il s'étend sous l'Anneau C, au point que les blocs de rochers touchent pratiquement le sommet des nuages de l'atmosphère. Lorsque le Soleil les frappe, ils forment une sorte de neige en suspension au-dessus des nuages.

De l'autre côté, au-delà de l'Anneau A, Voyager a découvert 3 groupes d'annelets irréguliers, baptisés F, G et E, à mesure qu'on s'éloigne de Saturne. Ils se situent parmi les orbites des 5 satellites les plus proches.

L'étrange Anneau E

Grâce à la sonde Cassini qui survola notamment les satellites de Saturne, les planétologues ont compris pour quelles raisons l'Anneau E s'est maintenu au cours du temps.

Compositage de deux images prises par la sonde Cassini en 2010 montrant la lune Encélade juste au milieu de l'image alimentant l'Anneau E de Saturne en cristaux de glace et en poussières grâce à ses jets de vapeur qui se cristallisent au contact du vide. Document NASA/CICLOPS.

Situé au-delà de la division de Encke, cet anneau est invisible dans un télescope. Seul le Télescope Spatial Hubble et la sonde Cassini ont pu le photographier sous la forme d'une fine bande diffuse au-delà de l'Anneau G et de l'Anneau Pallène.

L'Anneau E se situe entre 211000 et 213500 km du centre de Saturne mais en pratique il s'étend bien dix fois plus loin vers l'extérieur comme on le voit à gauche. Avec environ 2500 km de largeur, c'est l'anneau de Saturne le plus étroit si on exclut les divisions sombres de Cassini et de Encke.

C'est le plus étrange des anneaux de Saturne car il gravite dans une zone instable où ses éléments devraient se disperser au fil du temps. Or, les images prises par le Télescope Spatiale Hubble et la sonde Cassini montrent une masse plutôt bien organisée bien que localement sous l'effet de turbulence qui se maintient dans le plan de Saturne mais visiblement très différente des trois anneaux principaux et très diffuse.

En fait, l'Anneau E se situe à la même distance qu'Encélade (~235000 km), ce qui explique son existence. En effet, nous verrons un peu plus loin qu'en 2005, grâce à la sonde Cassini, les astronomes découvrirent les "fontaines d'Encélade". La surface de cette lune est en activité et sous l'effet de la chaleur, des cryovolcans et des failles éjectent des panaches de vapeur et de poussières jusqu'à plus de 500 km d'altitude. L'eau gèle instantanément, formant de minuscules cristaux qui finissent par former un anneau autour de Saturne.

C'est ainsi que les panaches des volcans d'Encélade alimentent l'Anneau E, un processus qui durera aussi longtemps que la surface gelée d'Encélade émettra des jets de vapeur sous l'effet combiné de la pression de marée interne et de la chaleur du Soleil qui perce sa surface et fait fondre la glace. On y reviendra.

Un nouvel anneau géant

Le 6 octobre 2009, grâce à la vision infrarouge du télescope spatial Spitzer de la NASA, Anne Verdiscer et Michael Skrustkie de l'Université de Virginie, ainsi que Douglas Hamilton de l'Université du Maryland ont annoncé la découverte d'un nouvel anneau autour de Saturne. Un article fut publié à ce sujet dans la revue "Nature" le 22 octobre 2009.

Assez différent des trois anneaux classiques, il se trouve à 12.4 millions de kilomètres du centre de Saturne (entre 128 et 207 Rs, dont Rs=60330 km), ce qui correspond à un diamètre d'environ 100 fois celui de Saturne !

Les résultats d'une nouvelle étude publiée en 2015 dans la revue "Nature" par l'équipe d'Hamilton basée sur l'imagerie infrarouge indiquent que la totalité de l'anneau s'étend jusqu'à 270 Rs soit 16.3 millions de kilomètres !

Selon le modèle utilisé, les particules dont il est composé et mesurant plus de 10 cm de rayon n'auraient pas subi de dérive orbitale vers l'intérieur du système de Saturne depuis 4.5 milliards d'années et contribueraient tout au plus à 10 % des poussières composant l'anneau.

Constitué de fines particules de glace et de poussières, cet anneau immense est incliné de 27° par rapport au plan des autres anneaux et s'inscrit dans l'orbite de Phoebé, l'une des lunes de Saturne.

Epais d'environ 2.4 millions de kilomètres (40 Rs), cet anneau est très diffus; il ne contiendrait que 20 grains de matière par km3, ce qui signifie que si on se trouvait à l'intérieur, on ne le distinguerait même pas ! Sa faible densité explique qu'il soit passé inaperçu si longtemps.

Illustration de l'anneau de 25 millions de km de diamètre découvert autour de Saturne en 2009 et sa relation avec les satellites Phoebé et Japet. Documents NASA/JPL et JPL/Spitzer adapté par l'auteur.

Sa profondeur optique est d'environ 2x10-8, comparable à celle de l'anneau Gossamer de Jupiter. Ses matériaux sont donc aussi noirs que de la suie.

Cet anneau est incliné dans la même direction que le satellite Phoebé et dans la direction opposée à celle de Japet.

Selon les scientifiques, certains matériaux glacés et sombres de cet anneau se déplaceraient de la partie extérieure vers la partie intérieure, en direction de Japet situé à moins de 6 millions de kilomètres de distance (1.7 million de kilomètres du centre de Saturne), où la glace tomberait à sa surface "comme des insectes sur un pare-brise", selon les termes de la NASA.

Ce processus expliquerait les grandes taches sombres qu'on observe sur Japet et qui recouvrent pratiquement toute une hémisphère, en particulier la zone sombre baptisée "Callisto Regio" dont les photographies en gros-plans indiquent qu'il s'agit de dépôts de matière noire et dont certains détails changent au cours du temps.

Selon Hamilton, "les astronomes soupçonnaient depuis longtemps qu'il existait un lien entre la lune extérieure Phoebé et la matière sombre de Japet. Cet anneau apporte une preuve convaincante de cette relation".

La disparition des anneaux durant les équinoxes de Saturne

Lorsque la Terre traverse le plan équatorial de Saturne, les anneaux disparaissent totalement à notre vue et il faut user de techniques infrarouges (sensibles à la chaleur des poussières) pour les détecter. Ce phénomène étonnant se produit tous les 15 ans, durant les équinoxes de Saturne. Ce phénomène s’est présenté le 10 août 1995 et le 4 septembre 2009. La prochaine disparition aura lieu le 23 mars 2025 comme on le voit ci-dessous.

A voir : Saturne entre 2016 et 2045, par Larry Koehn

A gauche, ouverture progressive des anneaux de Saturne entre 1996 et 2000 photographiée par le HST. Au centre, fermeture progressive des anneaux de Saturne entre 2004 et 2009 photographiée par Alan Friedman avec un télescope Maksutov-Cassegrain Astro-Physics de 250 mm f/14.6. A droite, le 4 septembre 2009 Saturne n'avait plus d'anneaux ou si peu... déroutant ! Document Alan Friedman. Ci-dessous à gauche, Saturne photographiée par la sonde Cassini le 12 août 2009, le jour de l'équinoxe, à 870000 km de distance. Notez que les anneaux ne sont pratiquement plus éclairés par le Soleil et ne projettent qu'une fine ligne d'ombre à hauteur de l'équateur. Au centre, l'aspect simulé de Saturne le même jour vue depuis la Terre. A droite, simulation de la disparition des anneaux de Saturne le 23 mars 2025. Documents NASA/ESA/STScI, JPL/Cassini et T.Lombry.

Selon le diamètre et donc la puissance lumineuse des télescopes amateurs, cette phase dure entre 15 jours et un mois après laquelle on recommence à discerner les anneaux. En fait, les anneaux ne disparaissent pas complètement. Seules les régions les plus épaisses et les plus denses de l'anneau (~1500 m d'épaisseur), diffusant la lumière du Soleil, restent visibles par photographie dans des télescopes d'au moins 250 mm d'ouverture.

Prochain chapitre

Les anomalies dans les anneaux

Page 1 - 2 - 3 - 4 -


[1] Certains n'y voient là qu'un hasard, mais le phénomène de résonance gravitationnelle peut expliquer la structure des anneaux.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ