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Les grandes étapes de l'évolution de la Terre et de la vie

L'apparition et le développement de la vie (IV)

Le Paléozoïque: du Cambrien au Permien (542 à 252 Ma)

Nous entrons à présent dans l'ère du Paléozoïque il y a 542 millions d'années et qui va durer environ 300 millions d'années. Pendant cette ère, les océans étaient suffisamment oxygénés pour voir la prolifération d'animaux marins. Ils ont vécu au fond des océans, aidé par une abondante flore aquatique.

Nous entrons dans la période de l'explosion du Cambrien (542-530 millions d'années) durant laquelle apparurent des créatures emblématiques comme les trilobites - les ancêtres des insectes, des homards et des scorpions notamment - l'anomalocaris et le fameux Pikaia gracilens, l'ancêtre de tous les vertébrés.

Les premiers animaux ont conquis la terre ferme il y a 460 millions d'années durant l'Ordovicien. Si la vie foisonnait déjà dans les océans, la terre ferme était encore pratiquement sans vie; c'était un désert minéral à peine recouvert de mousses et de champignons. A cette époque, la température au sol était d'environ 30°C et la couche d'ozone étant encore en train de s'épaissir, les rayons ultraviolets solaires n'étaient pas encore totalement filtrés. Mieux valait donc vivre sous l'eau, sous terre ou dans les grottes.

Les premières formes de vie complexes apparues dans les océans. A gauche, l'explosion de la vie au Cambrien (540 millions d'années). A droite, la faune de l'Ordovicien (500 millions d'années) comprenant notamment des mollusques céphalopodes. Documents Smithsonian Institute Museum/MNH.

La Grande Biodiversification de l'Ordovicien

On a longtemps cru que la concentration d'oxygène durant l'Ordovicien était similaire à sa valeur actuelle. En fait, selon une étude publiée en 2017 dans "Natre Geoscience" par Cole T. Edwards de l'Université Appalachienne de Caroline de Nord (ASU) et ses collègues, entre 485 et 445 millions d'années, la concentration d'oxygène fut progressivement multipliée par trois en même temps que la biodiversité et atteignit pratiquement son niveau actuel il y a 455 millions d'années.

Estimer le niveau d'oxygène d'une époque révolue est difficile du fait qu'il n'existe aucun moyen de mesurer directement la composition des atmosphères et des océans du passé. On peut toutefois estimer cette valeur grâce à des approximations géochimiques (des proxies) et des signatures chimiques préservées dans les roches carbonatées formant le fond des océans. Ainsi, les chercheurs ont constaté que le niveau d'oxygène augmenta de près de 80 % en environ 15 millions d'années, passant de 14 % d'oxygène dans l'atmosphère à l'époque Darriwilienne (durant l'Ordovicien Moyen, entre 465-460 millions d'années) à 24 % de l'atmosphère au milieu du Katien (à la fin de l'Ordovicien, entre 455-450 millions d'années). Cette étude suggère également que le niveau d'oxygène atmosphérique n'a pas atteint le niveau actuel pendant plusieurs millions d'années après l'explosion du Cambrien.

Les mers du Cambrien connurent de nouvelles espèces comme ce prédateur Anomalocris (centre). Document John Sibbick.

Cependant les chercheurs ne peuvent pas affirmer que l'augmentation de l'oxygénation eut un effet direct sur la vie animale ou qu'elle eut un effet même passif en étendant par exemple les écosystèmes. En effet, il est difficile de savoir quel facteur fut dominant, si c'est la température, l'augmentation de l'oxygénation ou un autre facteur qui accéléra la biodiversification. Mais il est certain que l'oxygénation provoqua un changement majeur.

Ceci dit, ce n'est probablement pas la seule raison expliquant pourquoi la biodiversité explosa à cette époque. Selon Edwards, il est probable que d'autres changements comme le refroidissement des océans, l'augmentation de la quantité de nutriments disponible dans les océans et la pression excercée par les prédateurs ont participé ensemble à diversifier la vie pendant plusieurs millions d'années, ce qu'on appelle la Grande Biodiversification de l'Ordovicien.

La Terre verdit entre 440 et 420 millions d'années, au Silurien, se couvrant d'un épais tapis de mousses primitives. Les licopodes notamment également appelés mousse terrestre ou pied de loup, sont les descendants de ces premières plantes vertes. Il faudra ensuite patienter entre 100 et 200 millions d'années selon les espèces pour qu'apparaissent les fougères, les prêles et les Selaginellales.

C'est au Dévonien inférieur, il y a 410 millions d'années, qu'apparut le premier poisson muni d'un poumon et donc capable de respirer à l'air libre : le dipneuse. Parfaitement adapté, il a survécu depuis cette époque. C'est le seul poisson qui s'enterre dans la terre ferme et capable de survivre dans une forme de stase pendant 10 ans !

C'est également à cette époque que le déplacement des plaques tectoniques vida totalement la mer au nord-ouest de l'Australie. Les gorges de Geikie par exemple que l'on voit ci-dessous à gauche situées dans le Territoire du Nord, au sud de Darwin, se caractérisent par des vallées étroites aux parois verticales s'étendant sur plusieurs centaines de kilomètres. Certaines sont en partie inondées, d'autres sont à sec; il s'agit en fait d'une ancienne barrière de corail fossilisée remontant à 400 millions d'années.

Les gorges de Geikie près de Darwin en Australie. Il s'agit d'une barrière de corail fossilisée. Doc Aussie Specialist.

La couche d'ozone évoquée précédemment est à présent assez dense pour filtrer les rayonnements ultraviolets nocifs (UVE et UVC en-dessous de 280 nm) et permettre le développement de la vie sur la terre ferme et n'est dorénavant plus confinée à la mer.

Grâce à l'abondance de l'oxygène et des pluies, vers 375 millions d'années apparurent les premières mousses terrestres. C'est à cette époque qu'apparut le premier amphibien, le Tiktaalik roseae, présenté ci-dessous à gauche, un poisson osseux dont les fossiles furent découverts dans la carrière de Bird Quarry, au Canada Arctique en 2004. Mesurant 3 mètres, c'est le premier poisson disposant d'un cou articulé et capable de marcher sur ses nageoires. C'est l'ancêtre des trétapodes : muni de quatre membres et d'une colonne vertébrale, c'est le premier animal marin qui colonisa la terre ferme. L'ère des reptiles et des mammifères débuta.

Fait remarquable, l'atmosphère contenait plus d'oxygène qu'aujourd'hui, ce qui accéléra le développement de la vie et boosta le métabolisme des créatures terrestres. C'est à cette époque qu'apparurent des végétaux et des créatures géantes. C'est vers 365 millions d'années par exemple, à la limite entre le Dévonien et le Carbonifère qu'apparaissent les fougères arborescentes dont on retrouve les fossiles en Amérique du Sud, en Afrique du Sud, en Inde et en Antarctique, c'est-à-dire sur l'ancien continent Gondwana. Ces plantes pouvaient atteindre 10 à 15 mètres de hauteur. Certaines espèces ont survécu. Le genre Dicksonia par exemple comporte une trentaine d’espèces distribuées dans les montagnes de Malaisie, en Australie, en Nouvelle-Calédonie et en Nouvelle-Zélande. Citons également les genres Cibotium et Cyathea comme celles présentées ci-dessous à droite.

Le monde était également peuplé d'insectes géants comme les libellules qui avaient la taille d'un épervier (70 cm d'envergure pour le Meganeura monyi), des mille-pattes aussi grands que des serpents ou d'autres comme l'Arthropleura mesurant plus de 2.5 m et aussi large qu'un homme ! Toutefois, à côté d'eux vivaient également de petits insectes de quelques millimètres dont beaucoup se sont fait piéger dans la résine des conifères qui se fossila pour former l'ambre, y compris les ancêtres des abeilles, la super-famille des Apoidae apparue il y a 350 millions d'années.

A gauche, reconstruction du Tiktaalik, l'ancêtre des tétrapodes qui vécut il y a quelque 375 millions d'années. A droite, une fougère arborescente d'Océanie. Document Lui Weber.

Au Carbonifère, il y a environ 300 millions d'années, dans un monde qui était déjà couvert de forêts et dans lequel évoluaient quantité d'insectes, apparuent les premières plantes à graines ou spermaphytes; à la différence des spores, les gamètes femelles doivent être fécondées par les grains de pollen.

Rappelons que le charbon que l'on extrait aujourd'hui en grande quantité s'est formé à cette époque, à partir de la décomposition de ces végétaux géants.

A l'inverse de la plupart des animaux contraints de vivre dans l'eau, certaines créatures terrestres avaient la faculté de pondre des oeufs, une avancée décisive dans l'évolution. Désormais l'animal peut transporter ses oeufs sur la terre ferme tout en étant protégés dans leur coquille contenant le liquide amniotique nourricier.

A ce jour, la plante à fleurs (clade des Angiospermes) fossilisée la plus ancienne remonte entre 125 et 130 millions d'années, il s'agit d'une Montsechia vidalii présentée ci-dessous à droite dont la découverte par l'équipe de Bernard Gomez fut annoncée en 2015. Il s'agit d'une plante à fleurs aquatique qui vivait dans les lacs d'eau douce dans ce qui est devenu l'actuelle Espagne.

A télécharger : Carte du Supercontient Gondwana, 2017

A gauche, gros-plan sur le crâne fossilisé d'un dinogordon, un prédateur carnivore mesurant 70 cm au garrot (la taille d'un petit loup) qui vécut en Afrique du Sud et en Tanzanie voici 259 à 254 millions d'années. A droite, fossile de Montsechia vidalii, le premier angiosperme ou première plante à fleurs apparue voici 125 à 130 millions d'années. Documents anonyme et David Dilcher/Indiana University.

Au cours du Permien, le Gondwana se recouvrit d'une épaisse couche de neige; nous entrons dans une nouvelle période glaciaire qui dura 80 millions d'années intercoupée d'une période interglaciaire de 15 millions d'années. La glace conquis les latitudes polaires et tempérées. Ailleurs, l'Australie par exemple connut des périodes glaciaires saisonnières à l'image du climat actuel du nord de l'Alaska.

Entre 299 et 252 millions d'années, une intense activité volcanique combinée à un changement climatique majeur transformèrent radicalement la Terre. Les archives géologiques montrent qu'un peu partout sur la planète mais principalement dans la Sibérie actuelle, les éruptions volcaniques libérèrent dans l'atmosphère une quantité colossale de gaz toxiques et parfois létaux dont du gaz carbonique. Les sols se sont asséchés ce qui entraîna une forte mortalité de la faune et de la flore terrestre. Dans les océans, la température de l'eau augmenta, provoquant la mort de la plupart des espèces marines et la prolifération des algues roses qui furent si nombreuses que la couleur de la mer devint rose. Sous l'effet des éruptions et de l'augmentation de la température, le méthane qui était emprisonné dans le sol ou sous les sédiments marins s'est échappé dans l'atmosphère. Selon une étude publiée en 2012 par Yadong Su et son équipe, le méthane étant un puissant gaz à effet de serre, ce phénomène provoqua une accélération du réchauffement global, portant la température au sol qui était de 34°C avant les éruptions entre 50 et 60 °C dans l'air et à près de 40°C dans les eaux de surface équatoriales.

Fragments les mieux conservés d'un oisillon emprisonné dans de l'ambre datant de 100 millions d'années découvert au Myanmar. Cette espèce appartenant aux "oiseaux opposés" s'est éteinte il y a 66 millions d'années. Document Linda Xin et al.

Durant ces éruptions volcaniques, des flots de laves de dizaines de mètres d'épaisseur envahirent la plupart des régions de l'Eurasie, recouvrant une étendue équivalente à la superficie des Etats-Unis. En 2011, Stephen E. Grasby et son équipe ont montré que ces cataclysmes avaient été provoqués par un supervolcan de Sibérie qui serait entré en éruption à la fin du Permien et à l'origine des dépôts de cendres qu'on retrouve de l'Eurasie à l'Amérique du Nord. Vu l'ampleur des émissions de gaz sulfureux (et chloré et fluoré), il serait également à l'origine de l'acidification des mers suite aux abondantes pluies acides déversées sur les terres et dans les océans. Suite à ces catastrophes globales qui ont duré 500000 ans, la faune comme la flore succombèrent en masse, conduisant à l'extinction du Permien il y a environ 252 millions d'années. 75 % des espèces terrestres et entre 90-95 % des espèces marines, faune et flore confondues, ont disparu. Ce fut la première des 5 grandes extinctions massives que connaîtra la Terre depuis l'apparition de la vie.

Le Mézozoïque : Trias, Jurassique et Crétacé (252 à 65.5 Ma)

Suite à l'extinction du Permien, au début du Trias la Terre passa à deux doigts de la mort; tout était à refaire ou presque. Finalement, les éruptions volcaniques s'arrêtèrent et avec elles les émanations toxiques et les pluies acides, permettant à la végétation de réapparaître progressivement ainsi que la faune. De cette catastrophe, la Terre vit émerger de nouvelles espèces dont les dinosaures qui descendirent des reptiles ayant survécu au Permien.

Les premiers dinosaures sont apparus il y a environ 230 millions d'années au Trias supérieur (Carnien). A partir de la forme de certains os (l'os ischion du bassin, l'os prédentaire de la mâchoire, l'os lacrymal, du pouce, des os du cou, etc.), ils ont été divisés en deux clades, les dinosaures ornithischia ou dinosaures herbivores, bipèdes ou quadrupèdes et les dinosaures saurischia, bipèdes avec ou sans à plumes dont les oiseaux sont les seuls descendants. On y reviendra.

La fin du Crétacé, juste avant l'impact de la météorite de 10 km de diamètre à l'origine de la 5e extinction massive il y a 66 millions d'années. Document Smithsonian Institution.

Il y a 200 millions d'années, au début du Jurassique, un continent unique s'étendit d'un pôle à l'autre, la Pangée, entourée d'un immense océan.

C'est au Crétacé, il y a 145 millions d'années qu'apparaissent les angiospermes, c'est-à-dire toutes les espèces végétales porteuses de fruits (par opposition aux gymnospermes ou plantes à graine nue) et les gnétophytes.

Il y a 110 millions d'années, suite à une intense activité du manteau terrestre, la Pangée se fragmenta et les premiers continents partirent à la dérive sur le grand océan au gré des déplacements des plaques tectoniques.

Des plaques se percutèrent localement en formant les chaînes de montagnes comme l'Himalaya (dont l'âge remonte entre 50 et 40 millions d'années selon les endroits) ou les Alpes (dont l'âge remonte entre 90 et 5 millions d'années selon les endroits), isolant ci et là des poches d'eau dans d'immenses mers intérieures dont certaines s'asséchèrent ensuite pour former les déserts actuels comme dans le centre de l'Australie.

Quelle était la température des océans il y a 100 millions d'années ? A partir de l'étude isotopique du rapport 18O/16O des tests de foraminifères (les foraminifères sont des protozoaires apparus au Cambrien inférieur, il y a 540 millions d'années), en 2017 le minéralogiste Sylvain Bernard de l'IMPMC du CNRS et ses collègues paléoclimatologues ont découvert qu'au début du Crétacé, il y a environ 110 millions d'années, la température de l'océan de surface sous les Tropiques était presque identique à sa température actuelle (~28°C) et non pas une quinzaine de degrés supérieurs comme on le pensait il y a encore quelques années sur base de modèles paléoclimatiques mais biaisés par des données mal calibrées. La température de l'océan de surface était également plus fraîche que prévue aux hautes latitudes, avec une température de 10 à 15°C (contre -2°C aujourd'hui aux pôles) et l'océan profond était à 15-20°C (contre 3.5°C aujourd'hui). On y reviendra en climatologie à propos du réchauffement des mers.

Ensuite, il y a environ 66 millions d'années, à la limite C/T (Crétacé/Tertiaire), la Terre subit une nouvelle extinction massive, dont celle des dinosaures suite à l'impact d'une météorite d'environ 10 km de diamètre à Chicxulub, dans la péninsule du Yucatan au Mexique.

Cette catastrophe écologique majeure provoqua la disparition de près de la moitié des espèces dont 75 % des espèces marines. Suite à cet impact, comme au Permien des milliards de tonnes de poussières et de fumées mélangées à des gaz sulfurés ont envahi l'atmosphère, bloquant le rayonnement solaire, faisant chuter la température au point de créer un hiver d'impact, ce qui interrompit brutalement la photosynthèse et altéra pendant des dizaines d'années sinon davantage le climat de la Terre. On reviendra en détails sur cet évènement hors du commun à propos de l'extinction des dinosaures.

Le Cénozoïque : du Paléocène à l'Holocène (65.5 Ma à aujourd'hui)

Lorsque l'atmosphère s'éclaircit, la catastrophe globale du Crétacé/Tertiaire offrit aux mammifères et aux oiseaux l'opportunité de se développer et d'occuper les niches écologiques abandonnées par les grands sauriens. Nous entrons dans l'ère du Cénozoïque et des reptiles géants.

Tailles comparées de quelques animaux préhistoriques et contemporains. Document Sameer Prehistorica.

A l'époque des dinosaures, la Terre connut des créatures gigantesques comme le Diplodocus hallorum (anc. Seismosaurus halli) de 54 m de long découvert en 1991, l'Apatosaure (Brontosaure) de 26 m de long et 8 m de haut pesant jusqu'à 35 tonnes et le Titanoboa de 13 m de longueur.

Dans les océans de la fin du Cénozoïque (28-1.5 Ma) chassaient des prédateurs géants comme le Mégalodon mesurant jusqu'à 20 m de long et pesant jusqu'à 50 tonnes. La pression de sa mâchoire était de 20 t/cm2, dix fois supérieure à celle du grand requin blanc portant redoutable.

Dans les milieux humides, le plus grand et le plus féroce des superprédateurs fut sans conteste le Spinosaure (Spinosaurus) ou "lézard épineux" découvert en Egypte en 1912 puis au Maroc et en Asie (Laos). Ce dinosaure théropode vécut au Crétacé il y a 108 à 95 millions d'années mais de nouvelles études indiquent qu'il aurait été présent en Amérique du Nord dès le Jurassique supérieur (150-135 millions d'années). Ce colosse mesurait jusqu'à 18 m de long - 3 m de plus que T.rex- et 6 m de haut pour un poids de 9 tonnes et était pourvu d'une grande voilure dorsale. Sa mâchoire mesurait 1 m de long et était dotée de dents lisses et coniques (et non pas acérées et dentelées comme la plupart des autres prédateurs) s’imbriquant les unes dans les autres. Il rigolerait en voyant la gueule d'un Tyrannosaurus Rex ! Des études publiées en 2010 dans la revue "Geology" montrent que sa mâchoire est celle d'un animal semi-aquatique se nourrissant de poissons, à l'image des crocodiles.

Dans les eaux du Spitzberg actuel, il y a 147 millions d'année vivait le Pliosaure (Pliosaurus funkei) surnommé "Predator X" mesurant 15 m de long et pesant 45 tonnes. Dans ce monde de géants vivaient également des hybrides marins ou aériens tel le scorpion de mer de 2.7 m de long.

Devant cette prolifération d'espèces, l'évolution choisit rapidement les caractères dominants, les erreurs d'inadaptation s'éliminant d'elles-mêmes mais parfois au terme de plusieurs millions d'années seulement; dame Nature n'est pas pressée.

On dit souvent que les oiseaux sont les descendants des dinosaures. C'est tout à fait exact ! Etant donné le peu d'intérêt qu'ils représentent au yeux des scénaristes de films qui leur préfèrent les dinosaures[4], cela vaut la peine de faire un arrêt sur image, d'autant que de nouvelles espèces furent découvertes depuis 2010.

Cinq espèces d'oiseaux préhistoriques (classe des Aves, groupe des théropodes). Ci-dessus à gauche, l'emblématique Archaeopteryx (~150 Ma, 30 cm, 0.8-1 kg). A droite, le Lallawavis scagliai (3.5 Ma, 1.2 m, 18 kg) découvert en 2010 en Argentine. Ci-dessous quelques superprédateurs de leur époque. De gauche à droite, le Deinonychus (115-108 Ma, 73 kg, 1 m au garrot), le Corythoraptor jacobsi (100-66 Ma, 3 m, 230 kg) reconnaissable à sa crête similaire à celle du casoar dont la découverte en Chine fut annoncée en 2017 et le Titanis walleri (5-2 Ma, 2.5 m, 150 kg). Documents Mauricio Anton & Thierry Lombry, Julio Lacerda, Emilie Willoughby, CAS/Zhao Chuang et DK.

 Les ancêtres de nos poulets et autres volatiles à plumes remontent indirectement au Tyrannosaurus rex (~65 Ma) bien que les deux classes taxinomiques soient différentes. En effet, le T.rex appartient à la classe des sauropodes (Sauropsidae) qu'on peut assimiler à celle des reptiles alors que les oiseaux appartiennent à la classe des Aves, c'est-à-dire des animaux ailés. Etant bipèdes, les Avès appartiennent aussi au groupe des théropodes. Les deux classes ont un ancêtre commun appartenant à la super-classe des Tétrapodes (les premiers animaux vertébrés aquatiques à respiration pulmonaire) apparut au Dévonien moyen il y a moins de 380 millions d'années. Comme nous l'avons expliqué, le clade des dinosaures saurischia comprend l'espèce T.rex mais celle-ci ainsi que toutes les espèces du super-ordre des dinosaures se sont éteintes il y a environ 65 millions d'années avec l'impact météoritique à la limite K/T à l'exception de la classe des Aves qui survécut, donnant naissance aux ancêtres des oiseaux actuels.

Les oiseaux modernes remontent à une branche primitive d'oiseaux géants - plus grands et plus massifs que l'autruche - ayant vécu il y a moins de 30 millions d'années le plus souvent sur le continent américain (nord ou sud ou les deux) comme le Physornis (28-23 Ma), le Brontornis (~27 Ma), le Kelenken (15 Ma), le Titanis (5-2 Ma) et autre Lallawavis (3.5 Ma) présentés ci-joint. Leurs ancêtres, les théropodes sont apparus il y a environ 175 millions d'années, au Jurassique moyen (Dogger) soit environ 60 millions d'années après les premiers dinosaures. Parmi ces premiers oiseaux, il y avait le fameux Archaeopteryx découvert en Allemagne en 1861 et qui vécut il y a ~150 millions d'années. Les paléontologues ont découvert 8 sous-espèces mais leur taille ne dépasse pas celle du pigeon (moins de 30 cm de longueur). En revanche, tous les autres oiseaux préhistoriques sont de véritables géants et des superprédateurs très dangereux.

Quatre autres espèces d'oiseaux géants préhistoriques (classe des Aves, groupe des théropodes). De gauche à droite, le Physornis (28-23 Ma, au moins 2 m, plus de 100 kg), le Brontornis (~27 Ma, 2.80 m, 350-400 kg), le Kelenken (15 Ma, 3 m, 220-250 kg) et le Phorusrhacos (27-0.4 Ma, 2.5 m, 130 kg). Documents anonymes.

Les oiseaux préhistoriques dont certaines espèces étaient incapables de voler présentaient des dents dont la poule par exemple a hérité ainsi que d'autres caractéristiques morphologiques comme le fait qu'ils sont tous bipèdes, ont des pattes à quatre doigts dont un ergot et une palmure plus ou moins développés, des plumes, un bec, des membres antérieurs transformés en ailes et une queue courte osseuse (à l'exception de l'Archéoptéryx dont la queue osseuse est longue, de même que celle du Deinonychus). Parmi les espèces géantes vivant en Europe (et en Amérique du Nord) il y avait le Gastornis (Diatryma) assez proche du Brontornis présenté ci-dessus.

L'une des espèces d'oiseaux géants préhistoriques ayant survécu le plus longtemps fut le Phorusrhacos (de la même espèce que le Brontornis) qui vécut sur le continent américain entre -27 millions d'années et -400000 ans.

Nous connaissons la suite de l'histoire que nous détaillerons dans l'article consacré à l'évolution de l'homme dont nos ancêtres homininés apparus à la fin de l'époque du Miocène, il y a plus de 10 millions d'années.

Pour plus d'informations

L'origine et l'avenir de l'homme

Le volcanisme et les crises de la biodiversité (PDF de 21.7 MB), Pierre Thomas/ENS/OSU Lyon

Histoire des climats et de l'atmosphère (PDF de 11 MB), ENS Lyon

What sparked the Cambrian explosion, Douglas Fox, Nature, 2016.

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[4] Les oiseaux préhistoriques ayant l'image populaire d'oiseaux volants ne s'attardant pas au sol et étant a priori moins impressionnants que les dinosaures, ils sont relativement peu représentés et très fugaces dans les films. On a vu des Ptérodactyles dans "Voyage dans la préhistoire" en 1954, des Ptéranodons dans "Dinotopia" en 1992 et dans les téléfilms en 2002, diverses espèces clonées (Ptérodactyle, Ptéranodon, Cearadactyle, Dimorphodon) dans "Le Monde perdu: Jurassic Park" en 1997, des Ptérodactyles dans "Les aventuriers du monde perdu" (Le Monde interdit) en 2001 et diverses espèces (Anurognathus, Ptéranodon, Ptérosaure, Titanis, etc.) dans plusieurs saisons du téléfilm "Primeval" entre 2007 et 2011.


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