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Internet pour le meilleur et pour le pire

Le blog, média incontournable (II)

Au tournant de l'an 2000, si vous demandiez à des jeunes ou même à des informaticiens ce qu'était un blog, la majorité d'entre eux ignoraient ce dont vous parliez. Refaites le même sondage aujourd'hui, la majorité de la population et certainement les moins de 50 ans ont une idée du sujet.

Abréviation de "web log", le blog est une forme de journal accessible sur Internet constitué d'un ensemble de messages ou d'articles triés par ordre chronologique. Chaque message est ajouté au blog, souvent enrichi de catégories (tag), d'hyperliens et d'éléments multimédias. Chaque lecteur peut généralement y apporter des commentaires. Le but d'un blog est d'informer le public que ce soit à titre privé, public ou commercial.

Histoire du blog

Le blog est la suite logique du Usenet tel que GEnie ou Compuserve ainsi que des maillists et autre BBS (Bulletin Board System) inventés à la fin des années '70.

Dans les années 1990, sont apparus des logiciels de création de forum Internet tel Webex qui permet de rassembler et de partager des informations dans une communauté (cours de formation, bases de produits, visio-conférences, etc). La première version du logiciel permettait de créer des conversations textuelles dans lesquelles les messages étaient interconnectés de manière hiérarchique, ce sont les fameux "threads" ou fils de discussion.

A l'époque, la plupart des groupes de discussion (newgroups) étaient modérés par plusieurs personnes de confiance à l'exception du forum mod.ber (aujourd'hui en mode archive). Ce forum fut créé sur le réseau Arpanet au format UUCP (mail) en décembre 1983 et ne survécut que 8 mois. Il était géré par un seul individu, Brian E. Redman. Redman et quelques amis publiaient sur ce forum le résumé de communiqués, des comptes rendus, des threads et autres "digests" intéressants qu'ils avaient trouvés un peu partout sur le net.

Exemple de conversation sur "mod.ber" le 5 février 1984. Redman fait la synthèse des thèmes abordés sur le forum "net.space" 

Avec un style journalistique, une présentation chronologique, l'utilisation d'un format pre-HTTP et en mettant en avant des informations et des liens utiles choisis par l'auteur, mod.ber présentait toutes les caractéristiques du blog moderne.

En 1994, Dave Winer, développeur formé à l'Université de Wisconsin, créa "DaveNet" le premier site en ligne publié à compte personnel. Le premier blog était né !

En 1997, il fonda "Scripting News", l'un des plus vieux blogs existants encore sur Internet (et consacré au scripting). Par la suite il créa d'autres sites, des logiciels, le format de flux RSS, et fut rédacteur au magazine "Wired". Aujourd'hui il se consacre à Weblogs et aux Podcasts.

Les tout premiers blogueurs (bloggers en anglais) apparaissent en 1994 et étaient Américains : Dave Winer considéré comme le père des blogs, Justin Hall alors étudiant au Swarthmore College, aujourd'hui journaliste, et Jerry Pournelle, auteur de fiction et rédacteur au magazine "Byte" (magazine racheté par CMP Media en 1998 et qui ferma l'entreprise).

Ce sont ensuite des journalistes ou des rédacteurs (les "escribitionistes") dont les trois précités qui reprirent le flambeau. On peut se féliciter que tous ceux qui ont participé à la création des blogs soient toujours parmi nous et plus actifs que jamais.

Comme beaucoup de sites Internet amateur, vers 2001, les blogs servaient surtout à présenter des documents éducatifs, des guides et des instructions techniques aux internautes. Les journalistes commencèrent à étudier le sujet et notèrent une différence entre le style journalistique et celui des blogueurs.

Ensuite, le blog a été utilisé par des politiciens américains et des candidats aux élections en campagne. En 2002, le blog politique Daily Kos créé par Jerome Armstrong et Markos Moulitsas Zúniga recevait jusqu'à 1 million de visiteurs par jour et reste encore aujourd'hui l'un des blogs anglo-saxons les plus populaires dans sa catégorie.

Aujorud'hui le blog est sans conteste l'une des tendances les plus marquantes sur Internet. Par l'effet du bouche à oreille, son usage n'est plus réservé à des utilisateurs chevronnés mais s'ouvre de plus en plus aux entreprises et au grand public, à vous et moi.

L'explosion des blogs

Combien de blogs existe-t-il ? Après un démarrage assez lent, le blog a rapidement gagné en popularité. L'hébergeur de blogs Xanga créé en 1996 ne disposait que de 100 blogs en 1997 et en abritait plus de 20 million fin décembre 2005. "Open Diary" démarra en octobre 1998, dépassa rapidement les milliers de blogs.

Inspiré de Google.

Le nombre de blogs a littéralement explosé depuis l'an 2000, époque vers laquelle la plupart des auteurs ont pris conscience de l'intérêt de ce média pour diffuser toutes sortes d'informations.

De 500000 blogs recencés en 2003, nous sommes passés à 8 millions de blog en mars 2005, 50 millions de blogs en juillet 2006, pour atteindre plus de 240 millions de blogs en 2010 selon Google.

Depuis 2006, le taux d'augmentation des blogs qui doublait tous les six mois ne double plus qu'une fois par an, donc à un taux quatre fois inférieur. Il n'empêche qu'en 2011 environ 300000 blogs se créaient chaque année, contre 120000 en 2007.

Ceci dit, bon nombre d'hébergeurs ne sont pas comptabilisés dans la base de données américaine de Technorati, un moteur de recherche sur Internet spécialisé dans le domaine des blogs. De son côté, Blog-evolution tente de répertorier tous les blogs francophones.

En francophonie, c'est Skyrock qui se taille la part du lion. En juin 2007, il pouvait prétendre être l'un des principaux hébergeurs de blogs avec près de 10 millions d'utilisateurs. Il s'y créait environ 40 blogs et 1800 articles par minute ! Vous trouverez sur Weblogs de Dave Winer, la liste de tous les blogs modifiés au cours des dernières minutes.

Technorati a déjà tracé plus de 100 millions de catégories (tags) de messages, avec un taux de croissance de 560000 nouvelles catégories chaque jour !

Selon l'étude de Mediappro publiée en 2006, 38% des jeunes belges déclaraient posséder leur propre blog, ce qui les plaçaient dans le peloton de tête au niveau européen (18% en moyenne). Fin 2006, 19.4 millions de blogueurs soit 55% des utilisateurs continuaient de poster des articles trois mois après la création de leur blog.

Pour s'adapter à la demande du public, les journaux et magazines papier proposent des versions numériques pour ordinateurs et mobiles y compris smartphones tandis que les radios et télévisions proposent toutes un site Internet.

Selon David Sifry, le blog s'impose définitivement comme un média incontournable sur le web. Et phénomène nouveau, note-t-il, cette explosion du blog gagne rapidement de nouveaux espaces linguistiques. Ainsi, fin 2006, la majorité des messages déposés sur les blogs étaient rédigés en japonais (37%), suivi de l'anglais (36%) et du chinois (8%). L'italien arrivait en 4e place, ex aequo avec l'espagnol (3%) tandis que le français arrivait 5e ex aequo avec le russe et le portugais (2%).

Comment réagit l'industrie et le monde du commerce face au succès des blog ? Pour s'adapter à la demande du public, la plupart des magazines, des éditeurs, des quotidiens et des chaînes de télévision disposent aujourd'hui d'un ou plusieurs blogs.

Ainsi que le titrait en 2006 le magazine "Agenda Culturel" : "Fini le magazine, place au blog !" Aujourd'hui, ce magazine est devenu le blog Agenda-culturel.com. Pourquoi ? Parce que ce média permet de communiquer plus facilement, d'informer tous les internautes très rapidement et offre davantage de liberté et de souplesse pour les auteurs. C'est pour les mêmes raisons que j'ai également ouvert un blog Bouillons de Cultures.

Selon une étude de l'institut français de sondage et d'enquête Ipsos menée auprès de 2214 internautes dans cinq pays européens (France, Grande-Bretagne, Italie, Allemagne et Espagne), 61% des internautes et 90% de leurs homologues français, connaissent les blogs. On peut toutefois douter de la crédibilité d'un sondage conduit auprès d'un peu plus de 440 personnes dans chaque pays !

Mais à l'inverse des geeks et des jeunes "plugués sur Internet" dès qu'ils ont l'âge de raison, Luc Missine de l'agence Porte Novelli constate qu' "en dépit du succès manifeste des blogs, les entreprises n'ont pas encore pris conscience de leur signification dans le cadre de leurs activités". Une majorité des personnes interrogées avoue n'être familiarisée que modérément avec le phénomène des blogs. La plupart des sondés ne savent pas non plus si les textes rédigés par les auteurs sur les entreprises sont exacts.

Au total, tous sites Internet confondus (site traditionnels, blog, réseaux sociaux, forums, site commerciaux, etc), en 2014 nous avions franchit la barre du milliard de sites Internet ! Bien sûr dans ce total, il y a un petit pourcentage de sites endormis voire qui ne sont plus mis à jour depuis quelques années mais dont les pages restent en ligne tant que son propriétaire maintient son compte ouvert ou que l'hébergeur existe.

Crédibilité, rumeur et pseudoscience en hausse sur Internet

Alexis Helcmanocki, ancien vice-président chez Ipsos, disait en 2007 qu'il ne fait aucun doute que le blog est "un média connu et actif qui inspire de plus en plus confiance".

Le blog gagne effectivement en crédibilité puisqu'à cette époque il occupait la troisième position en terme de confiance, derrière le site Internet traditionnel et les articles de journaux. Comparé aux autres médias, il jouit d'un taux de confiance élevé auprès des internautes européens (24%) et plus encore auprès des Français (35%). Mais cela ne signifie pas qu'un quart des Européens accordent toute leur confiance aux blogs. Ils sont probablement beaucoup moins nombreux car ces blogs sont en majorité écrits par des amateurs dont beaucoup manquent de rigueur, ne contrôlent pas leurs informations et publient n'importe quoi.

Le site "Scientists of America" mis en ligne en juin 2007, où comment des pseudoscientifiques se payent la tête de la science à coup de statistiques et de corrélations bidons.

Si la crédibilité d'Internet est en hausse, paradoxalement, le nombre d'articles farfelus et pseudoscientifiques augmente également. Comment expliquer cet anachronisme ?

En fait, beaucoup d'internautes n'ont plus suffisamment l'esprit critique, préfèrent subir l'influence de la société plutôt que d'être des acteurs actifs, d'autres cherchent à polémiquer ou à désinformer pour défendre une cause, y compris à des fins commerciales (cf. les lobbies), ou par simple plaisir de nuire. Ces attitudes conduisent à la prolifération d'articles pseudoscientifiques, xénophobes ou d'informations qui ne sont jamais validées ni remises en question et ce qu'on apelle des "fake news" ou des actualités bidons. On en retrouve les traces sur toute la toile, dans les sites d'actualités comme dans les forums, y compris sur Wikipédia qui s'est finalement donné en septembre 2007 un objectif qualité.

Une preuve de cette dérive ? Prenez le site "Scientists of America" présenté à droite. Rien que son nom inspire confiance, n'est-ce pas. Mais détrompez-vous. Sous des abords sérieux se cache une parodie de vulgarisation scientifique ! Ce site créé par le français Jean-Noël Lafargue et mis en ligne en juin 2007 rassemble tous les critères pseudoscientifiques ! On y lit par exemple "La pratique du sport participe au réchauffement global", "En Bretagne il ne pleut que sur les Parisiens" ou encore "Le taux de réussite aux examens est proportionel à l'intérêt du tournoi de Roland-Garros".

Moyennant 5 €, les auteurs de ce site fantaisiste vous "pondent" une théorie tout à fait farfelue sur n'importe quel sujet, auxquelles certains lecteurs peu critiques accorderont toute leur confiance et se feront peut-être l'écho sur leur blog ou sur leur page Facebook !

Pour crédibiliser leurs supercheries, à l'instar des docu-fictions (cf. "La conspiration d'Orion"), les auteurs truffent leurs études de termes scientifiques, d'intervention de chercheurs d'universités, de statistiques, de corrélations bidons et d'indices qui apparaissent normalement dans les travaux plus sérieux, histoire de brouiller les pistes et se donner des airs de scientifiques ! D'autres noient le lecteur dans un discours dense et compliqué sans démontrer quoi que ce soit ni apporter la moindre preuve de leur théorie. Ainsi se propagent des rumeurs.

Par ailleurs, rien n'est plus facile que de faire de la pseudoscience. Comme l'astrologue, le pseudoscientifique n'est jamais pris en défaut car tout dépend de l'interprétation des résultats. Ainsi, même avec 30% seulement de résultats positifs, il peut encore avoir raison : 10% des résultats ne sont pas exploitables, 30% sont négatifs et les 30% restants sont indéterminés. Voilà comment procède la pseudoscience !

Document T.Lombry.

M.Lafargue a créé ce site prétextant la mauvaise qualité de la vulgarisation scientifique dans les médias. D'abord sur quels sites fonde-t-il son jugement et sont-ils représentatifs d'Internet ou de la blogosphère ? Il ne le précise pas. Mais est-ce une raison pour accentuer la désinformation et décrédibiliser la Science ? M.Lafargue aurait oeuvré de manière plus intelligente et utile en choisissant plutôt de sensibiliser les internautes à l'oeuvre de la Science, comme le fait par exemple un portail comme "Futura-Sciences" et les webzines.

Parmi les autres sites de désinformation francophones citons également le Gorafi.fr qui atteint même à l'image de marque d'entreprises ou de politiciens. A se demander combien de temps encore ce site pourri va encore exister.

Reflets de la société et de la vie d'Internet, les blogs ne fonctionnent pas différemment; ils ne sont soumis à aucun autre contrôle que celui de la déontologie et de l'auto-critique de leur responsable. On y trouve donc le meilleur comme le pire.

Le meilleur exemple est le site anglophone World News Daily Report, un site satirique sur l'actualité et la politique comme le précise sa page "Disclaimer" qui publie des articles bidons parfois traduits en français sur le site Nouvel Ordre Mondial tout aussi peu crédible. Malheureusement, parfois des bloggers francophones (et pratiquement jamais anglophones, germanophones ni hispaniques) recopient ces articles bidons sans même prendre la peine de vérifier les sources et sans se rendre compte qu"ils propagent des rumeurs. Pourtant, comme devrait s'y obliger tout journaliste sérieux, une simple vérification de l'origine des illustrations (souvent empruntées à  des sites officiels sans rapport avec le sujet) puis un simple contact avec le chercheur dont le nom est généralement mentionné dans l'article ou avec l'institut pour lequel soi-disant il travaille permet de révéler le canular, encore faut-il vouloir faire cette démarche éthique (cf. cet exemple de démarche de vérification des sources par Jim Davila du site PaleoJudaica).

Comme le disait un utilisateur de Technorati, parmi ces "millions de blogs, certains doivent être bons". Ceci dit, on peut seulement espérer que les blogs comme les sites Internet rédigés par des professionnels de la communication ou des scientifiques sont plus près de la vérité que les sites amateurs, quoique cela ne soit pas une garantie.

Ces sites satiriques ou de désinformation servent parfois de sources à des journalistes ayant peu de sens critique et même à des politiciens comme Marine Le Pen qui a crut leurs bobards à la veille des élections présidentielles en France en 2017 ! Pour lutter contre cette tendance malveillante, les journalistes du journal "Le Monde" ont mis en place en 2017 l'outil "Décodex" dont l'objectif est de fournir au plus grand nombre des outils simples pour faciliter la vérification des informations. Selon les auteurs, "Nous avons conscience qu’il ne permettra pas de vérifier toutes les informations qui circulent en ligne, mais nous pensons qu’il offrira à chacun les moyens de discerner les plus évidentes d’entre elles, et d’être averti lors de la consultation d’un site connu pour diffuser de fausses informations". Le site vous propose d'encoder l'URL d'un site Internet suspect et si les journalistes l'ont déjà évalué, le site vous renvoie une appréciation ou vous alerte s'il s'agit d'un site de désinformation ou satirique.

De son côté, la page Facebook EUvsDisinformation met en garde les lecteurs contre cette désinformation, principalement orchestrée par des sites russes dont RT.

A l'intention du (jeune) public, voici également une page qui décrit sommairement Comment évaluer de manière critique les ressources issues d'Internet.

A consulter : EU vs Disinformation (sur Facebook)

Critique des sites de désinformation

Enfin, selon un sondage publié par l'agence Belga qui relaye une actualité de l'AFP publiée en 2006, le blog (comme tout site Internet) peut influer le comportement des consommateurs puisque les internautes européens (34%) et français (44%) avouent renoncer à un achat après avoir lu des commentaires négatifs sur un blog ou sur un forum. Et à l'inverse, des commentaires positifs renforcent le consommateur dans son choix pour 52% des internautes européens et 62% des internautes français.

Et de fait, sans même parler des tests comparatifs qui attribuent une côte aux articles testés, lors d'un achat il est plus sécurisant de choisir l'article qui a reçu 5 étoiles par les internautes ou les testeurs car il prouve en principe que ce produit est fiable et apprécié du public. Mais sur les sites des webmarchands pour citer Amazon, ce ne sont généralement des avis très subjectifs (il y a heureusement parfois des commentaires objectifs) souvent publiés par un nombre très limité d'utilisateurs non représentifs du marché et dont on ignore les qualités.

Dans dix ans, le blog sera "un média comme les autres", soulignait Dave Sifry en 2007. Il faisait le pari que les blogueurs et les entrepeneurs du web contribueront à faire émerger une nouvelle économie participative et citoyenne. "L'idée que nous sommes à la fois producteurs et consommateurs et que nous pouvons contribuer activement à nos propres décisions et celles de nos amis et voisins sera aussi naturelle que lire le journal aujourd'hui", a-t-il ajouté. "Les consommateurs d'aujourd'hui seront les consommateurs de demain", a déclaré Alexis Helcmanocki, gageant que le blog est appelé à s'imposer comme "un média qui finira par s'auto-réguler" et que les acteurs économiques devront y être attentifs pour imaginer de nouveaux modes de consommation. Et de fait, en 2017 on constate qu'à côté de leur site web traditionnel, de très nombreuses grandes entreprises maintiennent un blog afin d'échanger plus rapidement des informations avec leur clientèle. Toutefois, les réseaux sociaux sont également un autre moyen et bien plus rapide de garder le contact avec le public ou ses fans.

Quel est le retour sur investissement d'un site Internet ?

A l'intention des investisseurs, notons que la société américaine Forrester spécialisée dans le conseil financier a proposé en 2007 un outil de décision permettant de calculer de manière précise et concrète la rentabilité d'un projet d'investissement (ROI) dans un blog ou un site Internet.

Ainsi que l'expliquent Charlene Li et ses collègues, la question du ROI sur un site Internet au sens large dépend beaucoup de l'objectif assigné au site et de la valeur pondérée donnée à ces objectifs.

Ainsi, si l'objectif principal du site est de développer la visibilité de la société, dans ce cas il est assez simple de calculer le coût du site par rapport à celui lié à des campagnes publicitaires ou relations de presse pour un accroissement de visibilité équivalent. Mais lorsqu'il s'agit d'objectifs liés à l'appréciation ou la perception d'un client (d'une marque) et les risques associés à des contenus à l'impact négatif, c'est bien sûr plus difficile.

En utilisant les scénarii proposés par Forrester, la société peut évaluer le risque et l'impact d'une augmentation ou d'une réduction des indicateurs clés sur la valeur du site. Grâce à ces informations, la société pourra prendre des décisions stratégiques, notamment s'il faut investir massivement dans des innovations qui vont attirer l'attention des acteurs du secteur et des clients.

La sauvegarde des sites Internet

Comme tout objet, un site Internet présente un cycle de vie : il est créé un jour, se développe et peut disparaître avec la disparition du serveur sur lequel il était hébergé. Avec un peu de chance, l'information restera en ligne quelques dizaines d'années voire même plus longtemps que la durée de vie de son propriétaire dans la mesure où certains articles, photos et commentaires ont été partagés ou copiés sur d'autres sites et serveurs.

Aspect du site LUXORION en 2000. Il contenait 120 articles, 500 pages et 1500 images représentant 500 MB. Aujourd'hui il contient plus de 720 articles, 2000 pages, 18000 images et 8 GB de données.

Si la plupart des sites gouvernementaux et des grandes entreprises sont toujours présents sur Internet depuis les années 1990 ou 2000 et de même pour beaucoup de sites amateurs, au fil du temps leur contenu évolue au point que la taille des sites fréquemment mis à jour peut-être multipliée par 100 ou davantage en une décennie et certains ont nécessité la mise en place d'une base de données.

Pour un historien ou le sociologue des générations futures qui souhaiterait se pencher sur l'histoire des sites Internet souvent chevillée à l'évolution de la société, des moeurs et de l'actualité, se pose une question importante : comment retrouver les traces de l'évolution d'un site Internet ?

Si le webmaster ou l'auteur n'a pas sauvegardé une copie des différents états de son site Internet, il est impossible de retrouver l'état original du site le jour de sa création ou à n'importe quelle date antérieure à la dernière mise à jour.

Pour éviter ce problème, dans le cadre de la loi française DAVDSI (2006) qui exige le "dépôt légal de l'Internet", début 2009 l'INA reçut les ressources nécessaires pour assurer ce travail de sauvegarde incrémentale pour 9000 sites Internet à vocation médiatique hébergés en France. Cette mission vient en complément de la numérisation de ses archives analogiques qui débuta en 1999 et qui devrait s'achever 20 ans plus tard. C'est un travail sans fin et peu valorisant mais qui vise un objectif à long terme en rendant service aux générations futures qui se pencheront sur notre société actuelle.Bien sûr, le nombre de sites sauvegardé est ridiculement faible (moins de 1/10000e de pourcent) par rapport au milliard de sites existants, mais faisons déjà en sorte d'avancer avec les moyens de notre temps.

Pour le reste du monde, le site Archive.org effectue une copie physique ou logique des sites Internet publics plusieurs fois par an. En théorie, chacun peut donc y trouver une copie de son site Internet (voyez par exemple la page A propos de LUXORION pour avoir une idée de l'aspect et du contenu de ce site Internet depuis 2000). Dans le cas de la copie logique, si vous supprimez ou renommez des fichiers ou changez les liens, les données ne seront plus accessibles.

La sécurité sur Internet

Ainsi que nous l'avons évoqué dans les articles consacrés à la cybercriminalité et au piratage informatique, il est de notoriété publique que faute de contrôle, Internet est le terrain de chasse des hackers (cyberpirates), des pervers et la proie des virus et autres formes de malwares, sans oublier que sa gratuité en fait le support privilégié d'une publicité souvent indésirable voire de spam (pourriel).

13 ans : l'âge minimum pour accéder à Internet

En théorie, la législation interdit l'accès à Internet aux enfants de moins de 13 ans. Mais questionnez n'importe quel jeune de 12 ans, il a déjà utilisé Internet et la plupart d'entre eux ont déjà un profil sur un réseau social.

En fait, ni l'Europe ni le gouvernement ne dispose des moyens pour contrôler l'âge des internautes. Pas plus que les gestionnaires des sites Internet car n'importe quel internaute peut mentir et créer un faux profil puisque pratiquement aucun site à part quelques sites commerciaux dont Amazon exigent une copie de la carte d'identité ou une facture prouvant l'identité du propriétaire avant d'ouvrir un compte.

En revanche les parents, la famille et les professeurs ont un rôle fondamental à jouer en éduquant l'enfant, en lui expliquant les effets néfastes d'un usage intensif d'Internet, les risques qu'il encourt à discuter avec le premier venu, à lui communiquer ses coordonnées ou des photographies.

Mais combien de parents s'efforcent de jouer ce rôle de conseiller ? Ne préfèrent-ils pas se reposer ou s'occuper de leurs affaires en imaginant que leur enfant est assez grand pour faire la part des choses. Erreur ! Quand on connaît le nombre de jeunes ados qui se sont suicidés suite à des moqueries et des intimidations par Internet parfois relayées sur leur GSM, on se rend compte qu'à 10 ou 12 ans et même à 16 ans un enfant n'a pratiquement aucun sens critique et ne verra aucun risque nul part !

La plupart du temps, si un adulte ne l'accompagne pas, l'enfant fera son apprentissage seul avec tous les dérapages et incompréhensions que sous-entend une telle démarche à l'aveuglette dans un univers qu'il ne connaît pas et ne maîtrise pas !

18 ans : majeur, libre et responsable

Selon une enquête réalisée en 2007 par "InSites Consulting" en collaboration avec "Living Tomorrow" auprès de 2082 Belges et Néerlandais âgés de 18 à 64 ans, 80% des adultes souhaitaient que leur ordinateur et Internet soient mieux sécurisés et 40% des personnes étaient prêtes à payer pour cela. Un tiers (33%) des internautes étaient retissants lorsqu'ils devaient effectuer des achats en ligne. Dans la tranche d'âge 55-64 ans, ils évitaient les discussions sur les réseaux sociaux et de tchater. Ils évitaient également de s'enregistrer sur certains sites webs (60%) et de disposer d'une adresse e-mail. En revanche, les jeunes adultes dans la tranche 18-34 ans l'acceptaient plus facilement comparativement aux autres classes d'âges.

Qu'en est-il aujourd'hui ? En 2018, comment nous l'avons expliqué, 85% des Européens ayant accès à Internet, les plus de 55 ans sont beaucoup plus nombreux sur la toile que par le passé et pratiquement tous disposent d'une adresse e-mail sans laquelle ils ne pourraient pas se connecter sur la plupart des réseaux sociaux et communiquer avec les entreprises ayant un portail en ligne. Mais comme à l'époque, chacun a appris les leçons du manque général de courtoisie et des quiproquo qu'on observe sur les forums où il n'est jamais facile et rapide de s'expliquer par message instantané ou par e-mail. Dans ces conditions et comme par le passé, il est souvent préférable de téléphoner à son correspondant ou de le voir en tête-à-tête.

La "suspicion" des parents est plus forte encore quand cela concerne les enfants. Ce sentiment est déjà présent chez les jeunes adultes car pour protéger leur vie privée 41% d'entre eux donnent de fausses données personnelles ou disposent de plusieurs adresses e-mails (62%).

Suite aux affaires de violation de la vie privée et de harcellement sur la toile, on constate que par rapport aux années 2000, la plupart des jeunes (et moins jeunes) très actifs sur Internet publient également moins d'informations privées sur les réseaux sociaux et sont plus prudents vis-à-vis des sites qu'ils ne connaissent pas, utilisant plus facilement des pseudonymes et des adresses e-mails bidons que leurs parents. De manière générale, les internautes ont également plus tendance qu'auparavant à suppriment les "cookies" sauvegardées dans leur ordinateur (à l'exception de leur pseudonyme et éventuellement du mot du passe) et à bloquer les fenêtres publicitaires. On y reviendra dans l'article sur la cybercriminalité.

Bien que la majorité des internautes soient des gens bien intentionnés, en raison de l'image pratiquement hors-la-loi qui entoure Internet, un certain nombre d'activités n'y sont pas représentées pour des raisons de sécurité. Toutefois, pour satisfaire la demande du public tout en réduisant le risque d'actions malveillantes, les banques par exemple ont renforcé la sécurité du "PC banking" en forçant les clients à encoder de multiples codes au protocole de plus en plus complexe et en utilisant des systèmes d'encryption des données. On y reviendra dans l'article consacré à la prévention du piratage informatique.

Enfin, 7% des personnes interrogées acceptent l'idée qu'elles sont personnellement responsables de la sécurité de leur vie privée. Elles considèrent que la responsabilité incombe également au fournisseur d'accès à Internet (60%) et à l'hébergeur (52%). Seuls 26% des adultes font confiance au gouvernement et estiment qu'il a un rôle à jouer dans cette protection.

Rappelons qu'en cette matière, le gouvernement et plus précisément le pouvoir législatif a pour seul rôle d'autoriser (ou interdire) le service, d'encadrer légalement l'utilisation mais il n'est pas responsable du contrôle, ni du contenu ou de la maintenance des services et installations. Le jour où le gouvernement contrôlera ou veillera sur la protection des données et notamment privées, nous seront en dictature !

A consulter : Internet, entre libertés et manipulations (2012, sur le blog)

Toutefois, nous verrons dans le prochain chapitre que les gouvernements ne voient pas le problème sous le même angle et même en Occident, certains pays assimilent un peu trop facilement protection et censure, notamment la France. Cette violation des droits fondamentaux à tendance à s'accentuer avec la recrudescence du terrorisme (dont les groupuscules recrutent par Internet) où les gouvernements s'accordent des "libertés" face aux droits des citoyens (surveillance, assignation à résidence et arrestations arbitraires, etc). Sur le plan politique, que ce soit du côté de l'Extrême gauche ou de l'Extême droite ou encore dans le chef des partis républicains, les atteintes aux libertés individuelles sont nombreuses et seuls les partis démocratiques modérés semblent offrir une alternative acceptable à condition qu'ils ne soient pas laxistes, ce qui est souvent le revers de la liberté.

Dernier chapitre

La censure sur Internet

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