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L'origine et l'avenir de l'Homme

Le site de Göbekli Tepe. Document Vincent J. Musi/NGS.

La révolution néolithique (XV)

Longtemps les archéologues et les paléontologues ont considéré que le Néolitique, c'est-à-dire l'âge de la "nouvelle pierre taillée", avait débuté il y a environ 8000 ans avec le développement de l'agriculture et de la domestication des animaux pour se terminer à l'aube de l'écriture et de l'Histoire il y a environ 5500 ans. Comme le précise l'INRAP dans sa chronologie, ils fondaient le début de cette période sur les seules traces archéologiques qu'ils possédaient, celles découvertes en Europe. Or, de nouvelles découvertes faites en Turquie et en Syrie ont reculé le début de cette période d'au moins 4000 ans !

Aussi, à la lumière des découvertes, il faut considérer que c'est il y a environ 12000 ans que nous assistons à la révolution néolithique. Le qualificatif n'est pas exagéré quand on sait que cette époque vit la sédentarisation des populations nomades dans des petits villages qui allaient devenir des villes des millénaires plus tard avec le développement de sociétés complexes.

Naissance de la sédentarisation

La chasse, la pêche et la cueillette ont toujours été pratiquées par les hommes et ils ont toujours échangé leurs biens et notamment des outils en pierre et des accessoires sans pour autant devoir s'installer à demeure dans un lieu.

Toutefois, il y a environ 12000 ans, les peuples chasseurs-cueilleurs et nomades se sont sédentarisés, c'est la néolithisation et ont développé systématiquement une économie communautaire organisée autour d'un pouvoir central, garant de leur sécurité et de leur survie. Les premiers villages et les premières sociétés offraient l'avantage de réunir pour la première fois des personnes d'horizons différents, parlant des langues différentes et pratiquant différents métiers. En acceptant de se sédentariser, ces personnes acceptaient également de se plier aux lois qu'imposait ce nouveau style de vie : un système d'organisation pyramidal dirigé par un chef, qu'il soit civil ou religieux voire héritant du double pouvoir.

Avantage de cette organisation, le chef de la cité et les citoyens pouvaient s'enrichir et le pouvoir en place pouvait signer des échanges commerciaux, organiser un système éducatif, des loisirs (fêtes, folklore, etc) mais également mettre sur pied une armée afin de défendre ses terres et sa population. Revers de la médaille, pour assurer ce pouvoir et ces services, la majorité des cités ont levé des impôts et édicté des règles de vie en communauté, sanctionnant ceux qui les transgressaient ou ne pouvaient pas s'y plier. Ces règles d'usage furent transmises oralement pendant des millénaires, devenant le droit coutumier à l'époque médiévale et qui est encore localement reconnu juridiquement.

Bien que proche de nous, cette période de notre histoire est paradoxalement encore mystérieuse et étrangère car nous en savons peu de choses. Si les premières gravures sont apparues il y a 60000 ans, l'écriture et donc l'Histoire avec un grand H, n'est apparue qu'il y environ 5500 ans en Mésopotamie. En attendant son invention, nous ne pouvons compter que sur l'aide des découvertes archéologiques et interpréter ce que nous possédons le plus objectivement possible.

Bien que muets, les objets archéologiques nous en disent toutefois long sur l'organisation des premières cités et du pouvoir à l'époque néolithique.

Le pouvoir des riches

Jusqu'à la découverte du site de Göbekli Tepe en Turquie (voir plus bas), tous les experts pensaient que c'était grâce à la sédentarisation que naquit l'agriculture, les premiers champs de céréales et les vergers notamment, rapidement suivis par l'élevage. Selon cette théorie, la sédentarisation et l'élevage seraient apparus en Mésopotamie il y a environ 11000 ans, avant que les voyageurs et les commercants ne transmettent ces idées quelques millénaires plus tard aux quatre coins du monde. Mais ce ne fut pas toujours nécessaire. En effet, même des peuples isolés ou très éloignés de la Mésopotamie inventèrent l'agriculture et l'élevage de manière indépendante, notamment les civilisations chinoises (9000-7000 ans) et andines (Olmèques il y 3600 ans et Mayas il y a 3000 ans).

En parallèle, l'homme domestiqua le chien il y a 33000 ans en Eurasie, la chèvre il y a 10000 ans en Irak, le mouton il y a environ 8500 ans au Moyen-Orient et le boeuf il y a environ 8000 ans au Moyen-Orient (cf. cet article publié en 2000 dans la revue Science, vol.287 par M.A. Zender et B.Hesse et ce tableau publié sur Wikipédia).

Lorsque l'homme se sédentarisa et que l'individualisme se développa au sein des premières cités, le troc et autres dots représentèrent rapidement un signe de statut social qui sépara au sein même de la société les différentes familles en fonction de leur richesse; d'un côté il y avait les individus et les tribus riches capables d'échanger et d'offrir des présents pour satisfaire leurs besoins ou lier des alliances et d'un autre côté les pauvres, dépourvus de biens. Les premiers devinrent des commerçants, des fonctionnaires et des maîtres-ouvriers offrant des biens ou des services à la société, les seconds devinrent leurs employés ou leurs clients quand ils n'étaient pas leurs esclaves.

Ces biens de valeurs d'abord représentés par des animaux ou de la nourriture, puis des pierres polies, des poteries en céramique, des objets décoratifs, des pièces de tissus et finalement par de la monnaie (Mésopotamie, il y a 4500 ans) donnèrent naissance à l'économie domestique qui fit désormais partie de la culture industrielle humaine. Cette monnaie se transmit de proche en proche du Moyen-Orient vers l'Eurasie et le reste du monde au gré des courants migratoires.

Rapidement cette richesse acquise par les uns fut synonyme de puissance et de pouvoir avec toutes leurs dérives, abus et autres exploitations.

Si dans certaines sociétés primitives les concepts de propriété et d'argent n'existent pas, la majorité des sociétés humaines les ont adoptés par soucis d'universalité, d'efficacité et finalement pour acquérir le pouvoir, jusqu'à reproduire des dieux à leur image.

Jusqu'ici, l'Homo sapiens avait laissé derrière lui les traces d’une culture philosophique et de pratiques irrationnelles. Mais en développant l'agriculture et l'élevage nos ancêtres abandonnèrent la sorcellerie et le culte des ancêtres pour celui des dieux. 

 Göbekli Tepe : des temples avant des cités

Toutes les découvertes archéologiques indiquent que les premiers édifices néolithiques ont été bâtis au Moyen-Orient, dans le fameux "croissant fertile" qui s'étend de l'Egypte à la Mésopotamie, en passant par la Jordanie, la Turquie et l'Irak où s'écoule le Tigre et l'Euphrate.

Jusqu'ici les archéologues pensaient que les premières traces de sédentarisation étaient apparues il y a 10000 ans à Jéricho et les premières cités il y a 6000 ans à Ourouk notamment.

Toutefois, des fouilles effectuées en Turquie, à Göbekli Tepe, à partir de 1995 par Klaus Schmidt de l'Institut allemand d'archéologie (DAINST), Eric Coqueugniot de l'Université de Lyon en 2006 et des études réalisées par l'archéologue Jeffrey Rose, spécialiste des cultures Saharo-Arabiques à l'Institut Ronin, indiquent que les hommes ont bâti des temples avant de bâtir des cités.

Le site de Göbekli Tepe (la "colline du nombril" en turc) est situé en Anatolie sur une colline qui domine la vallée d'Urfa (ou Sanliurfa, cf. Google maps). Comme on le voit ci-dessous, il contient des édifices circulaires de 10 à 30 m de diamètre entourés d'un mur de moellons solidarisés avec du mortier. Dans les murs et au centre sont posées d'imposantes stèles de 2 à 5.5 m de haut pesant jusqu'à 10 tonnes. En forme de T, elles contiennent des haut-reliefs représentant des personnages stylisés et des animaux sauvages mais aucun animal domestique. Les fouilles ont également mis à jour des pointes de flèches et des ossements brisés d'animaux sauvages.

A voir : Civilisation disparue il y a 12 000 ans, Gobekli Tepe

B comme Babylone (il y a ~4500 ans)

Le site de Göbekli Tepe découvert en Turquie. Il fut bâti il y a 12000 ans dans un but religieux et utilisa une technique de fabrication que l'on pensait inconnue à cette époque. Documents Klaus Schmidt / Berthold Steinhilber / Smithsonianmag et Vincent J. Musi/NGS.

A côté des trois cercles de pierres sortis de terre, des relevés géomagnétiques ont révélé l'existence d'au moins 16 autres cercles similaires contenant quelque 250 pierres réparties sur une surface totale de 300 x 300 mètres et sur plusieurs niveaux correspondant à différentes époques.

A quelle date remonte Göbekli Tepe ? Les parties les plus imposantes et les mieux conservées remontent à 11500 ans tandis que les plus anciens vestiges dont certains sont encore ensevelis remontent à environ 14000 ans, c'est-à-dire à la fin de l'ancienne glaciation. Autrement dit, ces constructions sont 7000 ans antérieures aux plus anciennes pyramides d'Egypte (Djeser, IIIe dynastie, vers 2600 avant notre ère) et 6600 ans antérieures à Stonehenge (2900 avant notre ère). Les bâtisseurs de Göbekli Tepe ont donc construit cette structure avant même de savoir fabriquer des poteries et utilisé une technique que les autres peuples ne découvrirent que 7000 ans plus tard !

Plus étonnant, on n'a trouvé aucun village, aucune source d'eau, aucune trace de feu et bien sûr aucune métallurgie près du site, à l'exception des traces de banquets épisodiques. Les premiers villages, à savoir Seyrantepe et Urfa se trouvent respectivement à 8 km et 15 km de distance. Tout le travail de construction fut donc effectué à la main avec des outils rudimentaires en bois et en pierre taillée.

D'où venaient ces terrassiers et ses sculpteurs ? Selon l'archéologue Bahattin Celik de l'Université de Karabük, il existait une communauté à Urfa il y a 11000 ans, donc à l'époque de la construction de Göbekli Tepe. Les anciens édifices d'Urfa et même d'autres villages montrent qu'à l'époque les habitants bâtissaient des greniers en pierre de forme cylindrique et sculptaient dans la pierre des statues humaines aux yeux noirs qui ressemblent aux vestiges retrouvés à Göbekli Tepe.

Sans exagérer, la construction de ce site représenta un travail pharaonique. Des expériences ont montré qu'un haut-relief représentant un animal de 1 m de longueur et 10 mm d'épaisseur exigeait 6 heures de travail ininterrompu par un spécialiste. Chaque stèle fut taillée dans un monolithe de granit extrait de la roche et exigea des mois de travail puis fut traînée sur des centaines de mètres vers ce lieu insolite... ou personne ne vivait ! On estime que chaque cercle de pierre nécessita près d'un an de travail à 50 hommes qualifiés, capables de tailler la roche comme le ferait un artiste. Le chantier a probablement duré entre 50 ans et plus d'un siècle selon la main d'oeuvre disponible.

Stèle de Göbekli Tepe gravée probablement à l'éfigie d'une divinité. Document Vincent J. Musi/NGS.

Les grandes stèles placées au centre des cercles représentent des personnages stylisés (on distingue leurs bras, leurs main, leur ceinture et leur pagne en peau de renard) dont la tête symbolisée par le sommet du T n'a pas été représentée. L'absence de tête signifierait qu'il ne s'agirait pas de représentations humains mais de celles du monde de l'au-delà, de divinités.

Les stèles reproduisent des animaux existants et chassés dans la région (renards, sangliers, tatous, oies, aurochs, jaguards, léopards, etc). Selon les archéologues Klaus Schmidt et Jeffrey Rose, sachant que le site est isolé, il s'agirait d'un lieu de culte où les hommes ont affirmé pour la première fois leur dominance sur les animaux et la nature.

Quel rite était pratiqué à Göbekli Tepe ? Selon Jeffrey Rose, les gravures sur les stèles montrent des corps tête en bas tandis que des crânes servant de reliques (rattaché au culte des ancêtres) ont été découverts dans la région. On en déduit qu'il s'agirait d'un temple dédié au culte des morts et au monde des enfers où les hommes proclamaient leur supériorité sur les animaux sauvages et la nature, les grands T représentant leur dominance spirituelle sur toute chose.

Qui étaient ces hommes ? On a retrouvé des pointes de flèches et divers outils en pierre sur le site, de toute évidence utilisés pour la chasse et le dépeçage des animaux capturés. Etant donné qu'il n'existe aucune trace d'animaux domestiqué, ce site unique au monde fut vraisemblablement bâti par des chasseurs-cueilleurs, c'est-à-dire un peuple semi-nomade qui jusque là suivait les animaux sauvages pour survivre.

D'où venaient ces hommes ? Situé à des kilomètres des premiers villages, il paraissait difficile de répondre à cette question. Toutefois, des archéologues turques ont exploré les villes les plus proches et découvert notamment à Urfa, les vestiges d'anciennes habitations, de silos de stockage et des statues sans visage remontant à environ 11000 ans, c'est-à-dire contemporains de la construction de Göbekli Tepe. On en déduit que les hommes qui habitaient à Urfa étaient probablement les mêmes que ceux qui ont bâti le lieu de culte, apportant la preuve qu'ils s'étaient sédentarisés près du site.

L'existence de ces structures implique que ces nomades ont dû rester sur place et s'organiser pour les construire. Cette conclusion à des conséquences majeures.

Pour parvenir à ériger une structure aussi complexe, des familles provenant de 200 km à la ronde se sont rassemblées provoquant une augmentation de la population qui atteignit finalement plusieurs milliers d'habitants. La population dût s'organiser, apprendre à vivre ensemble et définir un code moral pour la communauté afin qu'elle soit unie autour d'un même objectif : la construction de ce temple qui représente le facteur d'unité. Avec ce temple naquit la première société sédentaire du monde !

Autrement dit, l'existence de Göbekli Tepe montre que c'est la sédentarisation qui a permis à l'homme de réfléchir sur le sens de la vie en inventant la religion grâce à laquelle il apprit à domestiquer la nature en inventant l'agriculture puis l'élevage.

Au fil du temps, ce lieu de culte fut délaissé et 1500 ans plus tard, il y a 10000 ans, il fut même enseveli, formant une véritable colline artificielle. Sur celle-ci fut bâtie de nouvelles structures de taille réduite (les stèles centrales sont plus courtes de 1.5 m). La raison de cet ensevelissement resta inconnue jusqu'à ce que des recherches dans la région apportent l'explication.

Un nouvel indice apparut notamment au fond du lac artificiel formé par le barrage de Seyir Yeri situé à quelques dizaines de kilomètres au nord-ouest de Göbekli Tepe. Avant l'engloutissement de la vallée, dans les années 1980 des archéologues turques découvrirent un village néolithique contenant une enceinte murée contenant des stèles en T qui rappellent en tous points une version réduite de Göbekli Tepe.

Les fouilles de Göbekli Tepe ont montré que le site contient des structures remontant à plusieurs époques consécutives, présentant progressivement une structure plus simple et un style plus dépouillé. De plus, dans un rayon de 200 km autour de Göbekli Tepe, on a découvert dans les villages avoisinants des édifices et des stèles similaires mais de taille plus réduites. Selon Jeffrey Rose, ces édifices ressemblent à de plus petits lieux de foi décentralisés, comme le sont aujourd'hui nos églises locales et nos chapelles.

Les crânes surmodelés découverts à Tell Aswad en Syrie en 2006. Document CNRS.

Les experts pensent qu'au cours des siècles, les habitants devenus fermiers et sédentaires ont délaissé le site historique devenu sans intérêt car réminiscent de l'époque révolue des chasseurs, mais ont conservé et reproduit les mêmes rites en d'autres lieux. Par conséquent, comme il était de coutume à cette époque, le site original n'avait plus de raison d'être et fut progressivement enseveli, de nouveaux édifices étant bâti sur les anciens.

Comme on le voit à droite, en Syrie, à Tell Aswad, une autre équipe a également découvert en 2006 des crânes surmodelés de terre et de chaux puis peints témoignant de rites funéraires très élaborés. On y a également découvert des murs décorés de peintures géométriques rouges et noires. Ils remontent à la même époque. Ici également, le culte des ancêtres était couramment pratiqué, unissant le temps d'une cérémonie les vivants et les morts.

Enfin, sur le site de Catal Huyuk daté de 8000 ans, on retrouva des statues funéraires ayant des points communs avec Göbekli Tepe comme l'aurochs, le léopard ainsi que des crânes détachés de leur squelette. Une nouvelle fois, mais de manière moins ostentatoire, l'homme voulut montrer son ascendance sur les animaux et le lien spirituel qui réunissait tous les hommes vivants et disparus. Ces croyances ont été perpétuées jusqu'à nos jours et sont parfois transformées en fête (outre les fêtes religieuses, citons la corrida où le taureau, le descendant de l'aurochs, personnife la peur et le respect des hommes pour cet animal domestiqué).

La conclusion semble évidente : l'homme aurait érigé des temples avant de construire des villes. Cette idée est tout aussi révolutionnaire, car on croyait ces hommes du Néolithique frustes et à peine capables de maîtriser leur environnement. Or, les sites de Göbekli Tepe, Dja'de et Tell Aswad parmi d'autres témoignent qu'à cette époque les hommes bien qu'ils étaient encore semi-nomades s'étaient déjà organisés, utilisaient des techniques et faisaient preuve d'un sens artistique qu'on n'imaginait même pas à l'aube du Néolithique, 5000 ans avant les premières villes !

En regardant le chemin parcouru par les hommes depuis le Néolithique, on constate que l'invention de la religion et avec elle de la sédentarisation et des villes (et non l'inverse) ont accéléré les progrès de l'humanité. Pendant des dizaines de milliers d'années, l'homme est resté nomade et craignait autant les animaux que la nature. Puis, il a soudainement décidé de dominer son environnement en inventant la religion et célébrant divers évènements en relation avec la nature. L'esprit libéré, cela lui donna l'occasion de réfléchir sur son statut et son avenir. A partir de cet instant, en l'espace de 12000 ans, il est passé de l'exploration des chemins de campagne à l'exploration de l'espace ! Cette révolution est plus extraordinaire que n'importe quelle autre invention.

Les débuts de l'écriture et de l'Histoire

Avec l'invention de l'écriture naît l'Histoire avec un grand H et les premiers récits historiques. Ces premières écritures dérivent directement d'idéogrammes représentant les scènes de la vie et représentent également des chiffres primitifs.

Les premiers textes furent des listes de générations (généalogiques) utilisées par les autorités et des chroniques d'évènements faisant office de registre et de livre d'histoire pour les générations futures.

Les premiers textes rédigés sur des supports en argile furent découverts à Sumer, en Mésopotamie et datent d'environ 3500 ans avant notre ère.

Viennent ensuite les hiéroglyphes de l'Egypte ancienne. Les plus anciens textes furent écrits sur des pierres il y a environ 3250 avant notre ère. Au cours des 3000 ans qui suivirent les hiéroglyphes évoluèrent et l'écriture fut complétée par de nouveaux idéogrammes.

Vers 2800 ans avant notre ère, les premières formes d'écritures sumériennes évoluèrent sous forme de signes cunéiformes abstraits en langue akkadienne, la langue de Sumer, comme on le voit sur les tablettes présentées ci-dessous.

Deux tablettes d'écriture cunéiforme écrites en akkadien, la langue pratiquée à Sumer, en Mésopotamie. Celle de gauche fut gravée vers 2800 ans avant notre ère. Elle comprend du texte et des chiffres.

La langue akkadienne n'a plus été parlée depuis plus de deux mille ans. Un dictionnaire d'akkadien (babylonien-assyrien) fut publié par des linguistes de l'Université de Chicago en 2011. Le projet démarré au début des années 1920 n'a étudié que les tablettes les mieux conservées et aboutit à une collection de 21 volumes dont le dernier fut achevé 90 ans plus tard. Ce dictionnaire comprend 21000 définitions dont plus de 17 pages par exemple sont réservées à la définition du mot "umu" qui signifie "jour"; c'est une véritable étude encyclopédique. Ce dictionnaire est proposé à 2000$. Les experts complètent actuellement ce dictionnaire avec les traductions des tablettes détériorées.

Cette écriture sera diffusée dans le Moyen-Orient vers 2500 ans avant notre ère. C'est à cette époque qu'apparaissent les premiers dessins abstraits, figures mathématiques, maquettes et textes chez les Assyriens, Babyloniens, Sumériens et Egyptiens.

L'écriture moderne remonte aux environs de 1100 ans avant notre ère, époque à laquelle les Phéniciens diffusèrent l'ancêtre de notre alphabet dans la partie orientale de la Méditerranée. Les Grecs le compléteront en ajoutant les voyelles vers 800 avant notre ère. Les invasions successives transformèrent ensuite le langage, les coutumes et la culture.

Les alphabets phénicien, grec, araméen et hébreu

A mesure que les jeunes intellectuels apprirent à lire et à écrire, les textes les plus importants furent conservés, copiés et même traduits à l'usage des intellectuels étrangers.

L'écriture a finalement permis à chacun de bénéficier des inventions et de l'expérience de ses aïeuls. S'épargnant de longues études théoriques et expérimentales, les découvertes devinrent exponentielles et touchèrent bientôt tous les domaines de la société.

L'impact des activités humaines

Jusqu'à une époque très récente, mis à part les brûlis, les empoisements de rivière et les guerres tribales, l'impact des hommes sur la biosphère était négligeable et les effets de courte durée. Dame Nature était bien plus violente que nous, et l'est encore quelquefois. En effet, voici quelques centaines de milliers d'années, ce n'étaient pas les quelques dizaines de millions d'habitants dispersés sur la Terre entière et manipulant des outils en pierre et sans effets secondaires qui pouvaient porter un réel préjudice au biotope ou au climat.

Mais depuis l'Âge du Bronze (1700-800 avant notre ère) et surtout l'Âge du Fer qui s'est réellement implanté à partir de 500 avant notre ère - rappelez-vous les Celtes et les Romains - en façonnant en série des armes solides et efficaces, l'homme s'est implanté au détriment d'autrui, entrant en compétition avec tout qui entravait son bon développement. Cela concerna également son environnement. Pour atteindre son objectif, l'homme était prêt à abattre une forêt, dévier un fleuve ou assécher un lac.

Ces principes élémentaires de survie, qui nous rapprochent plus du comportement de l'animal que de l'homme sage, se sont par la suite appliqués à tous les domaines de la société et nous en subissons parfois aujourd'hui les contre-effets les plus désastreux : conflit de voisinage, dans le travail, en politique, guerre éthnique, économique, de religion, etc. Il semble que dans ce domaine l'imagination des hommes soit illimitée comme la puissance de ses bombes atomiques.

En profitant de son bien être, l'homme moderne a proliféré comme les lapins (ou les mauvaises herbes diront les mauvaises langues) et sa population n'a cessé de croître au détriment des autres espèces.

La croissance de la population obéit à la relation suivante dont la solution est une courbe exponentielle :

N = Noert

avec No, la population de départ

e, le logarithme népérien (2.71828...)

r, le taux de croissance naturel

t, l'intervalle de temps considéré.

A lire : L'évolution du nombre des hommes (INED)

Cliquer sur l'image pour lancer l'animation montrant la croissance de la population mondiale entre l'époque du Christ et 2020. Document préparé par John H. Tanton.

Selon les études conduites par l'Institut National d'Etudes Démographiques (INED), à l'époque du Christ, il y avait 150 millions d'habitants sur Terre, 300 millions en 1350, 600 millions en 1700, 1 milliard vers 1830, 2 milliards en 1940, 4 milliards en 1975, 6.1 milliards en 2000, il y en aura 8 milliards en 2020 et 10 milliards vers 2060 !

A terme, les experts ne s'accordent pas sur le sens de cette évolution. Si nous laissions faire la nature, il est évident que cette courbe exponentielle se poursuivra. Mais vivant sur une planète à l'espace et aux ressources limitées, il est probable que vers 2100, nos descendants prendront la sage décision de limiter le nombre de naissances artificiellement pour ralentir voire réduire cette démographie galopante.

Il est un fait que le jour où tous les endroits habitables seront occupés et que la nourriture sera comptée voire trop chère, il faudra bien se résigner à n'avoir qu'un ou deux enfants. Si par la suite il s'avère possible de conquérir de nouvelles terres du ciel, notamment de vivre sur Mars ou ailleurs, nous pourrons soulager la planète de quelques milliards d'habitants. Mais ainsi que nous le verrons en bioastronomie, à long terme cela ne fait que déplacer le problème.

Si vous voulez connaître l'évolution de la population par pays, consultez la base internationale du bureau américain Census. Voici en temps réel l'évolution de la population mondiale :

A consulter : Compteur de la population mondiale

Rappelons que ce compteur n'a rien à voir avec un quelconque relevé de la population en temps réel; il ne s'agit que d'une fonction mathématique (voir ci-dessus) valable pour n'importe quelle population dès le moment où son taux de croissance naturel est connu.

Les derniers hommes libres et groupes autochtones

Si notre civilisation moderne semble prospère et généralement à l'abri du besoin et des risques naturels, on ne peut pas en dire autant de tous les peuples.

De nos jours, il existe encore de nombreux peuples archaïques à travers le monde. Mais comme les Patagons (Selknam, etc) qui disparurent suite à la colonisation de la Patagonie au début du siècle dernier, la culture de ces peuples survit très difficilement et pourraît même disparaître d'ici quelques générations devant la pression démographique et les progrès offerts par la civilisation. Parfois c'est la politique qui s'en mêle pour expulser les tribus (au Brésil, en Chine, etc.) ou les intimer à se civiliser (en Papouasie). Mais ci et là, grâce à des accords signés entre les gouvernements et parfois grâce à la délimitation de territoires ou de réserves suffisamment étendus, certaines tribus résistent à l'homme blanc et sa technologie et parviennent encore à vivre en harmonie avec la nature en totale autarcie, parfois à la manière de nos ancêtres du Paléolithique (chasseurs-cueilleurs) ou du Néolithique (sédentarisation, agriculture, etc). Citons par exemple les peuples Papous (Huli, Kalam, Korowaï, Lazaro, Toulambis, etc) en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Zoé, Mashco-Piro, Kogis et Ashaninka en Amazonie ainsi que les Pygmées au Congo et les Bushmen en Namibie.

A voir : Les Korowai - Papua Barat, ExplorAction

Les Zoé d'Amazonie, Ushuaïa Nature

De gauche à droite, les Bushmen de Namibie, les Huli de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Kazakhs de Mongolie et un Maori de Nouvelle Zélande. Documents Jack Somerville et Jimmy Nelson.

Il faut y ajouter les populations isolées et les minorités ethniques sédentarisées, semi-nomades ou nomades dont certaines ont adopté certaines coutumes occidentales (vêtements, armes, habitations, objets domestiques, véhicules, moyens de communications, système économique, etc). Aujourd'hui on dénombre environ 5000 groupes autochtones qui représentent environ 250 millions de personnes dont la majorité vit en Asie (hors Russie). Si certains peuples sont bien intégrés à leur pays d'adoption, pour les minorités les plus pauvres ou mal protégées l'avenir est souvent incertain. Ainsi dans la majorité de ces familles on entend les parents se plaindre que leurs enfants ne respectent plus la culture ancestrale et préfèrent partir étudier ou travailler en ville. Très peu d'entre eux reviennent ensuite vivre dans leur village natal qui voit sa population vieillir et finalement disparaître sans laisser de trace de sa culture.

Parmi ces groupes autochtones citons les Samis, les Eskimos, les Kazakhs, les Tatares, les Tsaatans, les Nénètses, les Pachtounes, les Kurdes, les Hébreux, les Coptes, les Druzes, les tribus arabes, les Tibétains, les Dayaks, le peuple du Ladakh, du Mustang, les Drokpa, les Raika, les Alrabarry, les Mozo, les Mapuches, les Aymara, les Quechua, les Moxo, les Kayapo, les Algocho, les Masai, les Dogon, les Andamanais, les Samoans, les Papous, les Aborigènes, les Maoris, les Kanaks, etc. Le photographe Jimmy Nelson a photographié certaines de ces populations. En théorie les Tsiganes, les Flamands, les Bretons, les Basques et les Ecossais en font partie, un sentiment qui crée parfois des tensions entre communautés, l'actualité de ces dernières décennies nous le rappelant parfois de manière tragique.

La révolution industrielle et notre rôle dans la nature

La pollution engendrée par les activités industrielles rend malade et tue chaque année des millions d'individus dans le monde quand elle ne les fait pas fuir et grossir les files des chômeurs qui s'accumulent dans les grandes villes.

Après avoir établi les bases de la civilisation, érigés des temples et des villes, l'homme bâtit des empires et se mis à conquérir le monde. Grâce à la témérité de grands explorateurs comme Amerigo Vespucci, Christophe Colomb ou Vasco de Gama, les premiers comptoirs commerciaux s'ouvrirent un peu partout autour du monde à partir du XVIe siècle.

Poussé par la curiosité et la demande d'une population toujours croissante, à partir de 1750 en Europe et vers 1900 dans d'autres pays, nous avons assisté au début de la révolution industrielle. Chronologiquement elle est marquée par quelques innovations majeures telles que le développement des machines à vapeur, l'industrie du charbon, métallurgique, textile, la formation des capitaux industriels, la découverte de l'électricité, l'aviation, les communications sans fil, les canaux artificiels, et quantités d'outils allant de l'hélice au marteau pneumatique et autre radar. Ce développement fut instigué par la croissance exponentielle et entraîna la flambée des usines, de la main d'oeuvre qui rejoigna les villes, du commerce et des prix.

Progrès pour les uns, exploitation et misère pour les autres, le développement de nos sociétés n'a pas toujours eu l'effet escompté, ou du moins les politiciens n'ont généralement jamais eu la volonté de changer leurs priorités pour des questions écologiques ou humanitaires ni envisager leur programme dans le long terme.

Un partenariat avec la nature

Ayant finalement pris conscience de la fragilité des écosystèmes et de l'humanité, en 1866 le biologiste allemand Ernst Haeckel inventa l'écologie. L'Europe et les Etats-Unis n'y adhéreront qu'une génération plus tard poussés par les associations alternatives.

Malheureusement bien des exemples nous démontrent que l'augmentation croissante de la population et l'inconscience politique sont à l'origine d'une bonne partie des problèmes de conservation de la nature et de la disparition des ressources naturelles que nous observons aujourd'hui. Si cela reste une simple hypothèse de travail pour certains politiciens irresponsables, les écologiques ont bien compris la leçon et nous mettent en garde contre les bouleversements que nous provoquons dans la biosphère.

Sans retenir la moindre leçon du passé, en moins d'un siècle nous avons été à l'origine de nombreuses catastrophes écologiques qui ont de quoi nous dégoûter du savoir-vivre et de l'humanité de certains industriels et fonctionnaires pour citer en premier lieu les effets incommensurables du réchauffement du climat qui nous affecte tous et toutes les formes de vie à long terme, les marées noires qui détruisent le milieu marin et souillent nos côtes, les plastiques qui envahissent tous les océans et toutes les plages, les accidents nucléaires qui touchent des millions de personnes, la pollution engendrée par les décharges industrielles, les pluies acides qui détruisent les ressources agricoles ou encore la pollution lumineuse qui perturbe les astronomes et certaines animaux nocturnes.

A voir sur le blog : Une brève histoire des buildings

New York, une ville qui ne dort jamais

A gauche, Manhattan, le coeur de New York City, une mégapole qui ne dort jamais. A droite, la foule à Time Square un 31 décembre, des individus d'une population qui ne cesse de croître. Voyez également les webcams installées sur place.

Aujourd'hui les méfaits de l'homme sur son environnement ne sont plus à démontrer. Pire, s'il ne s'en préoccupe pas, en exterminant les autres espèces, de nombreux chercheurs sont convaincus que l'homme court à sa propre extinction.

Si notre milieu change brutalement à l'avenir après avoir oublié notre devoir moral envers la nature, celle-ci reprendra peut-être les rennes et notre évolution stagnera quelque temps. Ce scénario catastrophe fait partie des "lois du hasard" et de l'évolution globale des systèmes. Nous avons peu d'emprises sur ces phénomènes à grande échelle et ne pouvons que subir les lois de la nature, même si avec le temps la technologie nous permettra de réduire ses effets ou de nous en affranchir.

Rappelons-nous bien que l'évolution est un phénomène très lent et sensible aux conditions initiales ainsi qu'à tout changement d'équilibre. Pour peu que la température de la Terre ait été fraîche lors de la phase prébiotique, que le fragment de l'astéroïde Baptistina n'ait pas percuté la Terre ou que l'avantage des mutants ait été infime pendant l'évolution des préhumains, ce n'est pas 100000 ou 1 million d'années que nous aurions dû attendre, mais probablement plus que la durée actuelle de l'Univers. Ne soyons donc pas impatients et en bouleversant notre environnement, pensons à l'avenir de nos enfants.

Si nous souhaitons garder le sourire et retourner à l'espace, non pas à l'état de cendres nucléaires mais pour explorer notre Galaxie, accordons-nous une chance pour rééquilibrer le monde dans la perspective d'un développement durable en partenariat avec dame Nature. Généreuse, elle nous le rendra bien.

La diversité linguistique

De nos jours, étant donné la diversité culturelle, on peut s'attendre à ce que les différentes populations parlent des dialectes voire de nombreuses langues différentes. De fait, selon l'UNESCO, on parle plus de 7000 langues et dialectes dans le monde dont plus de 2000 couramment. Au grand dam des linguistes, environ 15 langues disparaissent chaque année.

Répartition des langues dans le monde et notamment de l'anglais.

Ceci dit, l'école supérieure américaine de Saint Ignatius en Ohio a publié une liste des principales langues parlées dans le monde. On y apprend que si le mandarin est la plus utilisée du fait de l'explosion de la population chinoise, c'est l'anglais qui reste la première langue officiellement parlée dans 115 pays suivie du français utilisé dans 35 pays et de l'arabe parlé dans 24 pays.

Tout facteurs confondus, y compris économiques ou tenant compte de la deuxième langue, ils classent ainsi les dix langues les plus utilisées au monde par ordre décroissant : anglais, français, espagnol, russe, arabe, mandarin, allemand, japonais, portugais et indi/urdu. Les radioamateurs habitués à communiquer avec "le monde" ne démentiront pas cette répartition.

Nous voilà arrivé au terme de cette étude consacrée aux origines et à l'évolution de l'Homme. Nous avons parcouru plus de 10 millions d'années d'histoire et découvert l'existence d'une vingtaine d'espèces d'hominidés dont une petite quinzaine d'homininés dont il ne reste aujourd'hui qu'une seule espèce ! Toutefois, ce représentant que nous sommes tous contenons dans nos gènes les traces d'au moins une espèce (H.neandertalensis) ou deux espèces éteintes (H.neandertalensis et H.desinova) qui contribuent à divers degrés à favoriser notre adaptation au climat ou à résister aux agents pathogènes. Puisque cette évolution continue mais dépend de plus en plus des progrès technologiques, essayons de décrire de quelle manière pourrait évoluer l'être humain au cours des prochains millénaires.

L'avenir de l'Homme

Le Dr Oliver Curry de l'Ecole d'Economie de Londres (LSE) et spécialiste de l'évolution, publia le 17 octobre 2006 un article pour la chaîne de télévision Bravo intitulé "Bravo Evolution Report" dans lequel il décrivit l'évolution de l'être humain pour les prochains 1000, 10000 et 100000 ans.

Curry a étudié tous les facteurs qui font évoluer l'homme, notamment l'impact de la génétique, de l'environnement, de la société et des technologies. Toutefois il ne tient pas compte de l'impact des maladies de civilisation sur la santé (qui augmentent dans les pays Occidentaux).

Selon sa thèse, la mixité des populations donnera naissance à des êtres humains présentant une peau de couleur café. La taille moyenne sera de 1.83 m pour les femmes et de 2.14 m pour les hommes pour une espérance de vie (naturelle) de 120 ans vers l'an 3000.

Les hommes auront des détails faciaux symétriques, une voix plus grave et un pénis plus grand tandis que les femmes auront des cheveux plus brillants, une peau imperbe et douce, de grands yeux et une poitrine plus importante.

Selon Curry, l'humanité atteindra son apogée en l'an 3000, après cela l'homme sera trop dépendant des technologies comme la bionique et la chirurgie esthétique qui auront pour effet d'homogénéiser les types raciaux.

Alors que la science et la technologie ont le potentiel de créer un habitat idéal pour l'humanité au cours du prochain millénaire, Curry entrevoit un risque que l'humanité stagne et dégénère en raison de sa dépendance chronique envers la technologie, réduisant notre capacité naturelle à résister aux maladies ou notre capacité d'évoluer et de nous entendre les uns avec les autres.

Au-delà de l'an 3000, les choses pourraient empirer, avec l'apparition éventuelle d'individus "qui ont" et d'autres "qui n'ont pas" les caractères requis.

L'humanité pourrait payer génétiquement le prix fort de cette évolution technologique. Gâtés par des prothèses et des membres bioniques, utilisant des gadgets et des produits domestiques toujours plus polyvalents et robotisés, Curry prédit que les humains pourraient finir par ressembler à des animaux domestiques. Plusieurs de leurs facultés comme la communication et l'interaction avec les autres pourraient se dégrader et les émotions comme l'amour, la sympathie, la confiance et le respect pourraient s'affaiblir, les humains devenant moins capables de s'entraider et de travailler en équipe.

Vers l'an 10000, les humains pourraient avoir un aspect plus juvénile. Les femmes paraîtront plus jeunes et plus attirantes tandis que les hommes subiront un amincissement progressif de leur mâchoire accompagné de la disparition du menton, autant d'évolutions qui transformeront physiquement le visage de l'humanité. Les humains ressembleront de plus en plus à des enfants sous-développés.

Curry estime que la dépendance de la technologie, les progrès de la médecine et l'obsession grandissante pour l'hygiène changeront notre aspect en raison d'une surconsommation d'antibiotiques et d'autres drogues rendant notre système immunitaire plus faible.

Etant donné que la taille des nourrissons continuera d'augmenter, les mères enceintes devront de plus en plus recourir à la césarienne et par conséquent les enfants seront moins immunisés dès leur naissance contre les agents pathogènes que ceux naissant par les voies naturelles.

Les progrès en génétique moléculaire permettront aux humains de remplacer les brins défecteux de leur ADN et pourraient éventuellement conduire à une uniformité génétique à mesure que l'humanité recherchera la perfection. En parallèle, selon le Dr Laurent Alexandre de DNAVision, grâce aux progrès en médecine et en nanotechnologie, l'homme pourrait vivre 1000 ans.

Foetus. Document Discover.

Arrivé à ce stade, si les types raciaux seront plus homogènes, les risques de ségrégation et la non mixité sociale peuvent diviser l'humanité. En effet, Curry estime que dans 100000 ans, on observera une mutation physique dans l'évolution avec une sélection sexuelle qui divisera l'humanité en deux espèces. Les gens descendants d'une classe génétiquement supérieure seront de plus en plus susceptibles de se reproduire entre eux et de choisir leur partenaire en fonction de critères de santé, de jeunesse et de fertilité. On verra apparaître des individus grands, minces, beaux, intelligents et en bonne santé, et les descendants d'une sous-classe faites d'individus petits, robustes, moins intelligents et en mauvaise santé.

Ce scénario catastrophe qui ne peut laisser personne indifférent, à la fois fascinant et révoltant nous fait prendre conscience qu'en l'espace de 1000 ans, l'humanité peut totalement se transformer sous l'influence de facteurs extérieurs. Cela nous rappelle le roman de H.G. Wells, "La machine à explorer le temps" où le héro rencontre dans le futur une civilisation élitiste, riche et intelligente face aux Morlocks, des animaux horribles et violents travaillant dans les cavernes au profit des premiers.

Certains ont déjà dit que nos ancêtres avaient évolué de cette manière plusieurs fois au cours de l'évolution. Un exemple est le chimpanzé : l'espèce commune est robuste, violente, chasse les singes, alors que le bonobo est plus intelligent, vit en paix et est un végétarien obsédé par le sexe. Les Australopithèques comprenaient également des espèces graciles et des espèces robustes (A.gracilis et A.robutus). Et ce ne sont pas toujours les plus robustes ou les plus forts qui gagnent la partie mais ceux capables de s'adapter à un changement de situation, les plus agiles ou les plus intelligents, bref ceux qui sont capables d'évoluer.

Il semble qu'on observe déjà une telle évolution chez les enfants porteurs du SIDA. Comme nous l'avons expliqué dans l'article consacré aux bactéries et virus, selon une étude publiée en 2016 par une équipe internationale de chercheurs de l'Université d'Oxford, il apparaît qu'entre 5 et 10 % des enfants de la nouvelle génération sont des porteurs sains du rétrovirus VIH et semblent immunisés contre le SIDA. Si notre organisme s'immunise régulièrement contre certains des nouveaux virus qu'il rencontre (par exemple contre les rhinovirus à l'origine des rhumes), cette immunisation naturelle contre un rétrovirus mortel en l'espace de moins de deux générations serait une première dans l'histoire humaine.

A voir : What will humans look like in the distant future?

A lire : L'homme qui vivra 1000 ans est déjà né (sur le blog, 2013)

Could this be humanity's LAST century?, interview de Seth Shostack (SET Institute)

En guise de conclusion

Quand on réfléchit d'où on vient, le résultat de l'évolution d'un petit préhumain farouche et incertain sur ses jambes qui se transforma en ce superprédateur bipède qu'est l'Homo sapiens sapiens, on ne peut que s'émerveiller devant les prodiges de dame Nature, à ces millions d'années d'errance et de conquête qui nous séparent de Toumaï ou de Lucy pour aboutir à la seule espèce d'homme restante !

Notre espèce est unique en son genre. Nous sommes la créature la plus évoluée que la Terre ait jamais portée et peut-être, mais nous ne le saurons peut-être jamais, la seule existant dans l'Univers. Nous reviendrons sur ce sujet dans un autre article.

L'être humain n'a jamais cessé d'explorer sa planète, d'imaginer un avenir meilleur, et finit par conquérir les étoiles. Son évolution est extraordinaire !

Mais où notre longue marche nous conduit-elle ? Nul ne le sait et même la thèse d'Oliver Curry reste à démontrer. Nous savons en revanche que notre évolution culturelle est loin d'être terminée et notre évolution biologique est en changement permanent. Depuis l'homme de Néandertal, la taille de notre cerveau se modifia peu, elle diminua même depuis cette époque. Nous savons aussi que la vitesse des réactions chimiques dans les synapses n'a jamais dépassé un millième de seconde. Il est fort probable que ce temps de réaction n'évoluera pas non plus.

Pour savoir dans quelle direction nous conduit l'évolution et la société, regardons autour de nous. Avec la civilisation, l’éducation toujours plus poussée et la vie en communauté, notre culture devient exponentielle, encouragée par les acquis antérieurs et la sollicitation de l'environnement. Hier notre savoir tenait sur une tablette d'argile, aujourd'hui tellement conséquent il quitte progressivement les livres pour être transposé sur une tablette numérique et des supports virtuels.

Au seuil du troisième millénaire, l'homme est redevable à tous ceux et celles qui depuis des générations ont imaginé quel serait son avenir. Aujourd'hui, le progrès est tellement rapide que nos avons du mal à imaginer notre futur.

Dans ce village global électrifié et informatisé, la communication joue un rôle clé et chacun peut tout savoir sur tout instantanément avec tous les dérapages que cela peut impliquer en terme d'éthique et de sécurité.

Malgré son intelligence et sa faculté d'adaptation, l'Homo sapiens sapiens du XXIe siècle se perd dans ce dédale digital tandis que les plus jeunes, tombés dedans étant petit comme on dit, n'y trouvent rien de particulier; cela fait partie de leur quotidien.

Mais l'Avenir de l'homme avec un grand A, celui qui nous projète réellement dans le futur à l'image du scénario de Curry, celui-là reste indéterminé. Si nous pouvons entrevoir certaines tendances à 20 ou 30 ans (cf. l'article sur les technologies du futur), toutes les études de prospectives qui se sont projetées au-delà de quelques générations se sont égarées faute d'être réalistes car il y a trop de facteurs politico-socio-économiques qui influencent notre avenir, nous empêchant de poser les repères qui guideront nos pas.

Si notre curiosité nous poussera toujours à aller de l'avant, notre avenir est lié à celui de notre société, à la diversité de ses individus et de ses populations, de sa complexité ainsi qu'à sa sagesse et sa responsabilité.

A côté des problèmes humanitaires et écologiques qui sortent du cadre de ce dossier, il y a le risque que nous perdions notre identité : si nous acceptons à l'avenir que notre savoir soit partagé avec les ordinateurs, que notre mémoire soit stockée sur des substrats protéiniques hybrides carbone-silicium, que nos employés de maison, nos guides ou nos conducteurs soient des robots, il n'y a plus qu'un pas à franchir pour céder la place à l'intelligence artificielle, aux machines.

Les cybernéticiens affirment qu'il est possible de construire des robots à l'image de l'homme, les fameux androïdes, gynoïdes et autres cyborgs. Les biologistes et beaucoup d'autres chercheurs en doute car ils estiment qu'il est peu probable qu'on puisse construire une mémoire et un système de contrôle capables de manipuler ne fut-ce que l'information quotidienne. Mais quand on voit les prouesses d'un ordinateur comme Watson, on peut réellement s'interroger sur le pouvoir futur des ordinateurs.

Ce greffe sur ce problème la prise de décision, le langage, la locomotion, la reconnaissance des formes, et bien d'autres subtilités propres à notre espèce, autant d'actions "réflexes" que nous exécutons quasi instantanément et que l'on voit mal fonctionner au même rythme dans une machine. Mais c'est sans compter avec les ordinateurs quantiques dont les performances théoriques nous laissent rêveur.

A voir : Jeopardy - L'ordinateur Watson contre l'être humain : 1-0 (sur le blog)

Deux indicateurs de l'orientation informatisée de notre civilisation : La "société de l'information" symbolisée par Internet et les liaisons à haut débit et la robotique avec ses gynoides domestiques (Repliee Q2 Hiroshi Ishiguro de l'Intelligent Robotic Laboratory de l'Université d'Osaka).

Si l'informatisation du village global de demain se limite à des tâches routinières, dangereuses ou est susceptible de nous rendre service dans la vie et en corollaire de participer au progrès de la société, il n'y a pas à hésiter et son introduction est la bienvenue tant que nous préservons notre liberté. Il y a danger en revanche si notre éthique ou nos droits sont bafoués comme ils le sont déjà parfois du chef de certains gouvernements ou d'entreprises.

Une chose est certaine, si un robot à l'image de l'homme voit le jour dans un lointain avenir, c'est tout le concept de la société qui sera bouleversé. Il sera grand temps de s'inquiéter et de demander aux responsables à qui appartient la prise de décision.

Un jour ou l'autre l'homme vivra sur la Lune ou dans des colonies spatiales et s'envolera peut-être un jour vers les étoiles à la recherche d'une nouvelle terre à conquérir. Il sera bientôt un extraterrestre et trouvera certainement là haut tout ce dont il a besoin. S'il est aussi intelligent et sage qu'il prétend, il n'aura plus d'excuse pour répéter les mêmes erreurs que ses ancêtres. Au contraire, il bénéficera de toute l'expérience de l'humanité et tout le loisir de tirer les leçons du passé.

Si l'homme n'est peut-être pas le seul à sonder l'univers, il est le seul qui ait conscience de la fragilité de son existence et qui puisse disposer de son destin. L'équation de sa survie ne tient qu'à un seul facteur : sa sagesse.

Pour plus d'informations

Sur ce site

Les techniques de recherches paléontologiques

Le squelette humain (planches anatomiques)

L'évolution des systèmes vivants (Darwin et consorts)

Le rire est le propre de l'homme (le langage)

L'espérance de vie d'une société

Les robots

La vie sous toutes ses formes (IA et cyborgs)

La faculté d'adaptation (milieux extrêmes)

La biodiversité

Les extinctions de masse

Sur le web

L'Odysée de l'espèce, J.Malaterre, (documentaire sur YouTube)

What will humans look like in the distant future?, YouTube

Demain, les animaux du futur : la Terre dans 10 millions d'années, interview de M.Boulay et J.S.Steyer sur TV5, YouTube

Museum National d'Histoire Naturelle, France

L'homme préhistorique, Préhisto

Le corps humain, René St-Jacques

Origins: Exploring the Fossils Record, Bradshaw Foundation Paleoanthropology

Resources for the study of Palaeolithic, Don's Map

How To Print Your Own 3D Replicas Of Homo Naledi And Other Hominin Fossils, Forbes

Visible Body, blog éducatif US

Le blog Arts d'Australie, Stéphane Jacob

Homo Sapiens, human, U.Michigan (description de l'espèce)

Genera of human lineage, C.Cela-Conde et F.Ayala, PNAS, 2003

Human Evolution Evidence, NMNH

National Museum of Natural History, NMNH, USA

Modern Human Origins

Pangea Institute

e-Anatomy, Imaios (payant)

Census (statistiques)

Livres

Classification phylogénétique du vivant (2 vol.), Guillaume Lecointre et Hervé Le Guyader, Belin, 2016-2017

Our Human Story, Louise Humphrey et Chris Stringer, The Natural History Museum, 2017

Notre préhistoire, Sophie A. de Beaune et Antoine Balzeau, Belin, 2016

L'Histoire du corps humain, Daniel Lieberman, JC.Lattès, 2015

Les origines de l'homme : L'odyssée de l'espèce, P.Picq/Y.Coppens, Points-Sciences, 2014

Human Evolution, Robin Dunbar, Pelikan Books, 2014

Au commencement était l'homme : De Toumaï à Cro-Magnon, P.Picq, Odile Jacob-Sciences, 2003/2013

The Gregory Rift Valley and Neogene-Recent Volcanoes of Northern Tanzania, s/dir J.B.Dawson, Geological Society, 2008

Toumaï, l'aventure humaine, A.Beauvilain, Table Ronde, 2003

L'homme de la Combe d'Arc (roman), G. et S. Aubriot, La Mirandole, 2000

Les berceaux de l’Humanité. Des origines à 10000 ans avant Jésus-Christ, Collectif, s/dir Göran Burenhult, Bordas, 1994

L'émergence de l'homme, Josef Reichholf, Flammarion, 1991

La fille de Lucy, Donlad Johanson et James Shreeve, Robert Laffont, 1989

Histoire générale de l’Afrique (8 vol.) dont les vol. I et II, UNESCO, 1986

Lucy une jeune femme de 3500000 ans, Maitland Edey et Donald Johanson, Robert Laffont, 1983.

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