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L'Homo sapiens a-t-il tué les autres espèces humaines ?

Reconstruction du chasseur-cueilleur Ötzi par Kennis & Kennis.

Bilan de notre évolution

Le chasseur-cueilleur Ötzi reconstruit à droite plus vivant que jamais par Kennis & Kennis était un marchand-forgeron ambulant qui vécut ~2600 ans avant notre ère. Il fut tué dans les Alpes italiennes de l'Ötztal par une flèche lancée à 30 ou 40 m de distance qui lui rompit probablement une artère et provoqua une infection bactérienne (cf. C.Casseyas, 2004 et M.Park, 2005). Son cadavre s'est ensuite momifié et fut découvert dans le glacier du Hauslabjoch à 3291 m d'altitude en 1991.

Cet assassinat n'est qu'un exemple des réglements de compte et autres pratiques violentes dont sont capables les êtres humains et les espèces apparentées. Car ne nous voilons par la face, notre espèce est bellliqueuse. On y reviendra.

Au moins douze espèces humaines ont foulé la Terre au cours des derniers 300000 ans. Aujourd'hui, il n'en reste qu'une. Posons alors brutalement la question qui fâche : avons-nous tué les autres ?

Situons d'abord dans l'espace et dans le temps, les 11 espèces d'homininés qui foulèrent la terre et croisèrent vraisemblablement l'Homo sapiens, les unes pendant 5000 ans, les autres jusqu'à plus de 200000 ans mais pas nécessairement toujours dans la même région et forcément des sous-espèces d'Homo sapiens différentes, des populations plus ou moins archaïques ou modernes.

Les Homo erectus furent l'espèce d'homme primitif la plus cosmopolite. Les premiers représentants vivaient en Afrique (1.89 million-750000 ans BP) puis migrèrent vers la Chine (750000-300000 ans BP) et l'Indonésie (300000-50000 ans). On retrouva même quelques tribus en Espagne et dans le Grand Nord (700000 ans BP). L'Homo heidelbergensis le plus ancien (600000 ans BP) vivait en Ethiopie puis migra en Europe où il s'installa définitivement (500000-125000 ans BP). L'Homo rhodesiensis (300000-110000 ans BP) vivait en Afrique centrale, tandis que l'Homo helmei (259000 ans BP) vivait en Afrique du Sud. Les Néandertaliens (430000-26000 ans BP) dont les Cro-Magnon vivaient dans les steppes froides d'Europe tandis que les Dénisoviens (48000-29200 ans BP) apparentés vivaient dans le sud-est de la Sibérie. Plusieurs espèces à petit cerveau ont survécu à leurs côtés : l'Homo naledi (335000-236000 BP) en Afrique du Sud, l'Homo floresiensis (95000-12000 ans BP) en Indonésie, l'Homo luzonensis (67000-50000 ans BP) aux Philippines et le mystérieux Peuple du Cerf Rouge (14300-11500 ans BP) en Chine.

Une nouvelle espèce humaine aurait même été découverte près de la ville de Harbin, dans la province de Heilongjiang, en Chine orientale, l'Homo longi (ou H.daliensis). A confirmer. Les fossiles dateraient d'au moins 146000 ans.

Il y a 10000 ans, ils avaient tous disparus. Cette hécatombe très rapprochée dans le temps ressemble à une extinction de masse. Si certains auteurs ont prétendu qu'il n'y a pas eu de catastrophes environnementales globales évidentes qui les auraient précipitées - ce qui est exact -, plusieurs catastrophes naturelles eurent un impact régional voire de plus grande ampleur vers la fin de la période considérée.

Une longue période de sécheresse débuta il y a environ 100000 ans combinée à un refroidissement qui débuta voici 70000 ans et se termina voici 45000 ans. Ce changement climatique toucha toute la planète mais en particulier l'hémisphère nord où se concentrait l'essentiel des populations. Il y eut également l'éruption du supervolcan de Toba en Indonésie il y a 73000 ans qui eut un impact planétaire. Enfin, il y eut des éruptions volcaniques en Europe (Italie-Caucase) il y a 40000 ans mais on ignore si leur impact conduisit à l'extinction de certaines espèces.

A gauche, périodes de cohabitation des espèces humaines avec l'Homo sapiens. A droite, localisation et âge de quelques fossiles clés d’Homo sapiens précoces et d’espèces apparentées ayant vécues en Afrique et en Eurasie. Documents T.Lombry et K.Harvati et al. (2019) adapté par l'auteur.

Pour expliquer la disparition des autres espèces humaines et l'homogénéité de notre patrimoine génétique, deux théories complémentaires ont été proposées :

- 1°. Sur base de l'analyse de l'ADN mitochondrien, les spécialistes estiment que l'explosion du supervolcan de Toba décima la quasi totalité des espèces humaines à l'exception de quelques milliers d'Homo sapiens. Le peuple Bushmen vivant dans le désert du Kalahari en Afrique du Sud et en Namibie serait le dernier descendant du petit groupe d'humains ayant survécu à cette explosion (cf. Quand l'humanité manqua de disparaître).

Cette théorie s'applique à l'époque de l'éruption de Toba. Elle n'explique pas pour quelle(s) raison(s) certaines espèces humaines ont disparu avant cette époque ou même longtemps après. On peut donc supposer que leur disparition dépend d'autres facteurs ayant eu une impact sinon global, du moins dans les quelques régions habitées à cette époque.

- 2°. Les autres espèces humaines ont disparu sous la pression d'une nouvelle espèce apparue il y a environ 315000 ans en Afrique : l'Homo sapiens.

Cette théorie se base uniquement sur les dates présumées d'apparition et d'extinction des différentes espèces humaines ainsi que sur le comportement de notre espèce compte tenu des faits historiques mais en aucun cas des faits remontant à la préhistoire. Elle s'applique en général et donc sans exception. Ainsi, pour la fin de la période, cette théorie ne tient pas compte de l'uniformité de notre patrimoine génétique ni des traces laissées dans les strates géologiques par l'explosion de Toba. Elle ne tient pas compte non plus que certaines espèces humaines comme l'Homo erectus ont pu disparaître d'une région suite à une inadaptation au milieu, continuant à utiliser des techniques ancestrales alors que le milieu s'était asséché et ne permettait plus d'utiliser les mêmes outils. En revanche, cette théorie peut expliquer des cas particuliers comme l'isolement d'une petite population à Florès sous la pression démographique des Homo sapiens, sans exclure d'autres facteurs comme l'isolement géographique. Si cette théorie peut s'appliquer localement, elle n'explique pas la disparition de toute une espèce qui comptait déjà quelques millions d'individus dans le cas des Homo erectus. En fait, nous ne possédons pas suffisamment de preuves pour étayer cette hypothèse car il n'existe pratiquement aucune archive fossile prouvant le rôle de l'Homo sapiens dans ces extinctions.

En résumé, si la première théorie est prouvée et explique le goulet d'étranglement génétique encore visible aujourd'hui dans notre ADN, la seconde théorie reste à prouver. Voyons donc quels sont les arguments proposés par les spécialistes qui soutiennent la théorie selon laquelle l'Homo sapiens aurait tué les autres espèces humaines. Mais n'oublions pas que cette théorie est spéculative.

Une violence à la fois innée et acquise

Comment peut-on expliquer la survie des Homo sapiens modernes au détriment de toutes les autres espèces ou sous-espèces humaines ?

Après avoir établi l'origine des Homo sapiens modernes (en Afrique du Sud et les principales voies de migrations (cf. La sortie d'Afrique de l'Homo sapiens), on obtient un tableau plus clair de l'évolution de l'humanité. Mais il reste à comprendre ce qui s'est passé lorsque les Homo sapiens ont rencontré les Néandertaliens et pourquoi ces derniers ont disparu.

Les Néandertaliens et plus encore les hommes de Cro-Magnon (les Homo sapiens d'Europe), nous fascinent car leurs artefacts et leurs peintures rupestres évoquent des objets et des animaux que nous connaissons. Ils semblent nous parler de qui nous étions et qui nous pourrions être devenus. Il est tentant de les voir de manière idyllique, vivant en paix avec la nature et les uns avec les autres dans un jardin d'Eden. Si tel est le cas, peut-être que les maux de l'humanité - en particulier notre territorialité, notre violence, nos guerres - ne sont pas innés, mais des inventions modernes.

Malheureusement, la biologie et la paléontologie nous dressent un tableau plus sombre. Il n'y a pas de jardin d'Eden et ni les Néandertaliens ni les Homo sapiens ne sont des êtres pacifiques. Les deux groupes humains étaient probablement des combattants aguerris et des guerriers dangereux, dont les seuls rivaux étaient leurs semblables.

Quand cette violence organisée est-elle apparue ? On peut remonter très loin dans l'évolution. En effet, on la retrouve chez tous les prédateurs chassant en groupe. Si pour beaucoup d'animaux faibles la fuite est la meilleure stratégie de survie, chez les plus courageux l'attaque est la meilleure défense, surtout quand on dispose d'une arme secrète - entendons un moyen efficace de vaincre son ennemi, que ce soit des griffes, des crocs, du venin, des armes ou encore la force brute.

Chez les mammifères terrestres, les prédateurs sont territoriaux, en particulier ceux chassant en meute comme les lions, les loups et les Humains (cf. Cassidy et McIntyre, 2016; Heinsohn et Packer, 1995). Les Néandertaliens étaient des chasseurs coopératifs de gros gibier. Ces superprédateurs, assis au sommet de la chaîne alimentaire, n'avaient pas de prédateurs. Par conséquent, la surpopulation entraîna des conflits pour les territoires de chasse; si d'autres espèces ne contrôlaient pas leur population, il y avait conflit.

Cette territorialité a des racines profondes chez les humains. Les conflits territoriaux sont également intenses chez nos plus proches parents, les chimpanzés.

Jane Goodall a observé que les chimpanzés éprouvent la plupart des émotions humaines dont la joie, la peur et l'empathie et savent quand ils sont cruels et peuvent même y trouver du plaisir. Ils connaissent la frustration et la colère et sont capables d'utiliser des branches ou des pierres en guise d'armes. Si on compare le comportement des humains à la violence coopérative des chimpanzés mâles, on doit admettre que la guerre est antérieure à l'émergence de l'humanité (cf. Wilson et Wrangham, 2003). Cela implique que l'agression coopérative a évolué chez l'ancêtre commun des chimpanzés et des humains, il y a 7 millions d'années (cf. D.Bourlès et al., 2008). Si tel est le cas, les Néandertaliens ont hérité de ces mêmes tendances à l'agression coopérative.

Quant à savoir pourquoi ces singes se font la guerre, il y a une raison à la fois géographique et démographique aujourd'hui empreinte dans leurs gênes qui est similaire à celle qu'on retrouve chez les êtres humains. A l'origine, chimpanzés et gorilles ne formaient qu'une seule espèce. Puis il y a quelques millions d'années, l'Afrique centrale s'est asséchée et la géologie a divisé leur territoire. Les chimpanzés se sont retrouvés sur la rive droite du fleuve Congo où la promiscuité et des ressources limitées les ont contraints à lutter contre les autres espèces pour survivre. Génération après génération, ce comportement devint inné et les a rendu belliqueux. En revanche, sur la rive gauche, au sud du fleuve, les bonobos avaient de l'espace et de la nourriture à profusion et ont toujours vécu paisiblement, "faire l'amour et non la guerre" étant à la base de leur mode de vie.

Quant à la survie des gorilles des montagnes, c'est de nouveau la même vieille histoire qui s'est appliquée. Ces animaux paisibles furent à leur tour pourchassés par les hommes car ils envahissaient leurs terres ou furent tués pour de futils trophées. Ils ont fini par s'isoler en altitude où ils ont récemment manqué de disparaître sous la pression des Homo sapiens.

Une vie à risque et dangereuse

La vie des hommes de Néandertal et des premiers Homo sapiens était-elle dangereuse ? Dans une étude publiée dans la revue "Nature" en 2018 (et en PDF), l'équipe de la paléontologue Katerina Harvati de l'Université de Tübingen, en Allemagne, analysa les crânes de 14 Néandertaliens et 25 Homo sapiens du Paléolithique supérieur (~47000 à 15000 ans BP) ayant un ou plusieurs traumatismes crâniens sur un échantillon de 114 spécimens de Néandertaliens et 90 spécimens d'Hommo sapiens.

La doctorante en paléontologie Judith Beier de l'Université de Tübingen et coauteur de l'article précité, arriva à la conclusion qu'entre 4 et 33% des Néandertaliens présentent des sortes de blessures à la tête, contre 2 à 34% des Homo sapiens. Les marges sont importantes car il fallut interpréter les données brutes en déterminant notamment comment les fossiles ont été découverts, leur degré de conservation et d'autres facteurs qui pourraient altérer les os et influencer les chances de découvrir les traces d'anciennes blessures.

Morphologie d'un homme de Néandertal comparée à celle d'un Homo sapiens moderne. D.R.

Beier estime que les anciennes estimations des traumatismes crâniens présents chez 30 à 40% des Néandertaliens (cf. T.D. Berger et E. Trinkaus, 1995) représentent l'extrême des probabilités. Mais il est également vrai que les Néandertaliens comme les Homo sapiens subirent de graves traumatismes crâniens.

Les chercheurs concluent que les traumatismes n'étaient pas plus fréquents chez les hommes de Néandertal que chez les Homo sapiens. On ne peut pas non plus affirmer sur base de ces études que les Néandertaliens furent plus souvent tués par des Homo sapiens ou l'inverse.

Cela suggère que le risque et le danger faisaient autant partie de la vie des Néandertaliens que des Homo sapiens. D'ailleurs c'est toujours ce risque de mourir sous les crocs d'un félin ou d'un serpent qui dicte cet instinct de survie qu'on retrouve chez les derniers peuples chasseurs-cueilleurs vivant dans la jungle, notamment en Amazonie et en Indonésie, au point que certaines tribus construisent leurs habitations sur pilotis ou dans des arbres.

Harvati et ses collègues ont également constaté que les Néandertaliens avaient plus fréquemment un traumatisme crânien avant l'âge de 30 ans, alors que les Homo sapiens subirent de telles blessures de manière plus uniforme tout au long de leur vie. Les chercheurs peuvent difficilement expliquer cette différence mais ils ont proposé quelques idées.

Beier a découvert que dans les deux groupes, les hommes jeunes avaient plus fréquemment des blessures à la tête que les femmes, une tendance qu'on observe encore chez les humains de nos jours, les armées regroupant beaucoup plus d'hommes que de femmes (21% de femmes en France, 15% aux Etats-Unis, 9% au Royaume-Uni, 5% en Russie et 5% en Chine, cf. Army Technology, Wikipedia). Peut-être que les jeunes hommes chassaient plus et se battaient plus, risquant d'avoir plus d'accidents que les femmes.

Il est également possible que les Homo sapiens soignaient mieux les blessures à la tête, tandis que les Néandertaliens risquaient plus souvent de mourir relativement jeune des conséquences de leurs blessures. Selon l'archéologue Rebecca Sykes, spécialiste des Néandertaliens à l'Université de Bordeaux, ce schéma pourrait refléter des différences dans la façon dont les deux groupes ont traité leurs morts, ce qui à son tour affecterait la probabilité de découvrir des traces de traumatismes sur leurs fossiles.

Mais Sykes note que l'étude de l'équipe d'Harvati n'était pas exhaustive. Ils n'ont inclus aucun enfant de moins de 12 ans. Ils ont également omis les spécimens les plus anciens des deux groupes, y compris les nombreux Néandertaliens de 125000 ans découverts à Krapina, en Croatie, ou les crânes d'Homo sapiens de Skhul et Qafzeh en Israël, qui datent entre 80000 et 120000 ans. Et ils n'ont examiné que les blessures à la tête sans analyser celles sur les autres parties du corps. Harvati était consciente de ce biais et répondit : "Il est devenu clair très rapidement que nous ne pouvions pas tout examiner. Cela aurait pris un temps extraordinaire, nous avons donc dû nous limiter".

Sykes confirme qu'au fur et à mesure que le nombre d'échantillons augmentera, les méthodes de recherche seront plus sophistiquées et prédit que l'écart entre les deux groupes se réduira.

Sur base des archives fossiles actuelles, on ne peut pas affirmer que tous les traumautismes furent provoqués par des armes préhistoriques. Il y en eu mais il a aussi des traumatismes similaires à ceux qu'on observe de nos jours chez les cowboys professionnels de rodéo, un sport réputé parmi les plus dangereux avec plus de 32% de blessures chez 1000 compétiteurs (cf. D.J. Downey, 2007).

Cela fait dire à Berger et Trinkaus précités que les Néandertaliens chassaient vraisemblablement de gros animaux comme des mammouths, en utilisant des lances archaïques peu adaptées à la chasse. Ils ont souvent été engagés dans des combats rapprochés et durent s'accrocher à des animaux blessés devenus très dangereux. Comme le rappelle les auteurs, "Compte tenu de la tendance des ongulés à réagir fortement à l'empalement, la fréquence des blessures à la tête et au cou [...] chez les Néandertaliens ne devrait pas être surprenante". Toutefois, les deux chercheurs n'ont étudié qu'un nombre restreint de spécimens (17 squelettes) et ne peuvent pas généraliser à une population, encore moins à l'espèce.

La première forme de guerre ethnique ?

Force est de constater que la violence et la guerre font partie de l'être humain. Si la première est une réaction comportementale parfois réflexe et innée chez certaines personnes, la guerre est le résultat d'un acte délibéré, mûri et planifié. Ce n'est pas une invention moderne, mais un comportement acquis, une partie ancestrale et fondamentale de notre humanité, liée à notre instinct de survie (cf. War Before Civilization, L.H. Keeley, 1997).

Les archives fossiles confirment que la vie des Néandertaliens était tout sauf paisible. Les Néandertaliens étaient des chasseurs qualifiés, utilisant des lances en bois (cf. T.Terberger et al., 2015) pour abattre des cerfs, des bouquetins, des élans, des bisons, même des rhinocéros et des mammouths (cf. M. Patou-Mathis, 2000). Il est difficile de croire qu'ils ont hésité à utiliser ces armes si leurs familles et leurs terres étaient menacées. Les recherches archéologiques ont montré que de tels combats étaient monnaie courante.

La guerre préhistorique laissa des signes révélateurs de traumatismes. Une masse d'arme par exemple est un moyen efficace de tuer, rapide, puissante et précise.

Trois os appartenant à des Homo sapiens modernes ayant été resoudés. A gauche, vue antérieure de la fracture de parade de l'ulna (cubitus) de l'homme de Merton Priory (1117-1538) très bien réparée naturellement. Au centre, une autre fracture de parade resoudée naturellement. A droite, la réparation naturelle d'un radius, ulna et d'un os illiaque droit fracturés d'un homme moderne d'Amérique du Nord. Documents Museum of London (réf. MPY86), D.R. et Bones Clones.

Un signe de guerre est la fameuse fracture de parade (parry fracture) que l'on voit ci-dessus, une fracture de l'ulna (cubitus) fréquente chez les Néandertaliens (cf. T.D. Berger et E.Trinkaus, 1995) typique d'un coup direct porté lorsque la victime lève son avant-bras pour protéger sa tête. Les Néandertaliens présentent également beaucoup de bras cassés (cf. T.D. Berger et E.Trinkaus, 1995). Au moins un homme de Néandertal, celui de la grotte de Shanidar en Irak, fut empalé par une lance qui le frappa en pleine poitrine (cf. B.R. Warren et al., 2009). Autre exemple présenté ci-dessous à droite, le crâne de la femme de Néandertal découvert à St Césaire, en France, en 1979 datant de 36000 ans BP révèle un important traumatisme crânien. L'analyse au CAT-scan (densitométrie) indique qu'elle fut mortellement blessée, non par accident mais par une arme.

La reconstruction du crâne de la femme de Néandertal découvert à St Césaire en 1979 datant de 36000 ans BP révèle qu'elle fut mortellement blessée par une arme. Document C.Zollikofer et al. (2002).

Parmi les os d'hommes modernes, sur les 278 adultes de l'Âge du Bronze Nubien (2500-1500 avant notre ère) analysés par la paléontologue Margaret A. Judd de l'Université de Pittsburgh, 38 individus présentaient une facture de l'avant-bras. Parmi ceux-ci, 21 sur 28 factures de l'ulna étaient des factures de parade et les femmes en présentaient moins que les hommes. Cette fracture est perçue comme un indicateur de violence interpersonnelle ou extra-muros. Mais dans certains cas, Judd souligne qu'on ne peut pas écarter une fracture périmortem (lorsque le corps fut enfoncé dans la tombe) ou des fractures de stress chroniques de l'ulna associées aux activités sportives (cf. M.Judd, 2008).

Si certaines blessures peuvent résulter de la chasse ou d'un accident, de manière générale les différents schémas correspondent mieux à ceux prédits pour un peuple engagé dans des guerres intertribales, soit un conflit à petite échelle mais intense et prolongé soit des guerres dominées par des raids et des embuscades de type guérilla, les batailles étant plus rares.

Finalement, ces raids et guerres incessantes laissèrent une empreinte plus subtile sous la forme de frontières territoriales. La meilleure preuve que les Néandertaliens ont non seulement tenté de survivre mais ont combattu avec zèle à la guerre, est qu'ils ont rencontré nos ancêtres et que leurs territoires n'ont pas été immédiatement envahis. Au lieu de cela, pendant environ 100000 ans, les Néandertaliens ont résisté à l'expansion humaine moderne.

Le biologiste évolutionnaire Nicholas R. Longrich, conférencier à l'Université de Bath, s'est demandé pourquoi les Homo sapiens modernes mirent autant de temps pour quitter l'Afrique ? L'environnement était agréable, les terres vastes et fertiles, les ressources à profusion et la curiosité toujours vivace. Il pense qu'une contrainte extérieure les a vraisemblablement empêchés de quitter l'Afrique : la présence des Néandertaliens qui étaient déjà implantés en Europe et en Asie.

Mais cela sous-entend que les Homo sapiens auraient combattu et perdu contre des Néandertaliens en Europe et seraient retournés vivre en Afrique. C'est peu probable d'autant que les analyses génomiques montrent une pression grandissante des Homo sapiens hors d'Afrique.

Mais il existe une autre hypothèse plus plausible. Les Homo sapiens modernes sont restés en Afrique pendant 70000 ans (cf. la sortie d'Afrique) parce que le climat leur convenait et ils y trouvaient toutes les ressources dont ils avaient besoin. Ce n'est que lorsque le climat changea et que les terres se sont asséchées dans la région actuelle du Kalahari qu'ils décidèrent de migrer vers le sud et vers le nord de l'Afrique.

Résumé des campagnes de guerre des Homo sapiens archaïques et modernes. L'image est forcément incomplète vu l'incomplétude des archives fossiles. Document Nicholas R. Longrich adapté par l'auteur.

Selon Sykes précitée, il est extrêmement improbable que les humains modernes aient rencontré les Néandertaliens et simplement décidé de vivre et laisser vivre (cf. Kindred: Neanderthal Life, Love, Death and Art, R.W. Sykes, 2020). En effet, par nécessité, la croissance démographique oblige inévitablement les populations à conquérir de nouvelles terres afin de disposer d'un territoire suffisamment vaste pour chasser et chercher de la nourriture pour leurs familles et leurs congénères.

Une stratégie de conquête agressive est également une bonne stratégie évolutive. En effet, pendant des milliers d'années les Homo sapiens modernes ont testé leurs adversaires et pendant des milliers d'années, nous avons perdu.

Sur le plan des armes, de la tactique et de la stratégie, nous étions assez semblables. Les Néandertaliens avaient probablement des avantages tactiques et stratégiques. Ils avaient occupé le Moyen-Orient pendant des millénaires, acquérant sans aucun doute une connaissance intime du terrain, des saisons, comment vivre des plantes et des animaux indigènes.

Au combat, leur constitution massive et musclée ont dû en faire des combattants redoutables au corps à corps. La paléontologue Chris Stinger et ses collègues prétendent même que leurs yeux un peu plus grands donna peut-être aux Néandertaliens une vision supérieure en basse lumière et notamment pour manoeuvrer dans l'obscurité ou tendre des embuscades à l'aube (cf. C.Stringer et al., 2013). Finalement, acculés dans une impasse mais poussés par leur nombre, les Homo sapiens se sont relevés et le vent a tourné.

On ne sait pas pourquoi les Homo sapiens ont survécu. Selon Longrich, il est possible que l'invention d'armes de jets - arc, propulseur de lance et boomerang - permit aux sveltes Homo sapiens d'harceler à distance les Néandertaliens trapus en utilisant la tactique de "frappe et court" (alias hit and run). Ou peut-être que de meilleures techniques de chasse et de cueillette permirent aux Homo sapiens de nourrir de plus grandes tribus, leur offrant une supériorité numérique au combat.

Même après que l'Homo sapiens moderne ait quitté l'Afrique il y a plus de 200000 ans, il fallut plus de 150000 ans pour qu'il conquiert les terres des Néandertaliens. En Israël et en Grèce, les Homo sapiens archaïques n'ont envahi leurs terres que pour se replier suite aux contre-offensives néandertaliennes, avant qu'une dernière offensive des Homo sapiens modernes, commencée il y a 125000 ans, ne les éliminine tous.

Ce n'était pas encore une "guerre éclair" comme on pourrait s'y attendre si les Néandertaliens étaient soit des pacifistes soit des guerriers inférieurs, mais une longue guerre d'usure. En fin de compte, nous avons gagné. Mais ce n'était pas parce que les Néandertaliens étaient moins forts ou moins enclins à se battre, mais probablement parce que nous étions devenus meilleurs qu'eux au combat.

L'Homo sapiens est-il une espèce dangereuse ?

Selon les spécialistes qui supportent cette théorie, la migration des humains modernes hors d'Afrique fut à l'origine d'une sixième extinction de masse, un phénomène qui a duré plus de 40000 ans depuis la disparition des mammifères de la période glaciaire juqu'à la destruction des biotopes aujourd'hui. Les autres espèces humaines en auraient été les premières victimes.

Malheureusement, on ne peut pas prouver directement cette affirmation faute d'archives préhistoriques suffisamment riches. A défaut de preuve, peut-on trouver des indices supportant cette thèse ? Nous en avons et ils convergent tous vers la même conclusion.

Ce n'est un secret pour personne, nous sommes une espèce particulièrement dangereuse, tant pour nous-mêmes que pour les autres espèces. Nos ancêtres ont chassé les animaux les plus féroces avec succès tels que les ours des cavernes, les mammouths laineux, et même les tranquilles paresseux et les moas jusqu'à l'extinction. Pour être exact, il y a 8000 ans l'homme avait exterminé la moitié des 350 espèces de grands mammifères de plus de 44 kg et il y a moins de 5000 ans la courbe de la chute de la population de la mégafaune croisa celle de la croissance de la population humaine (cf. la théorie du Blitzkrieg).

Le crâne d'une femme de Néandertal découvert à Krapina, en Croatie, datant de 125000 ans BP. Comme celle de l'Homo desinova et du Peuple du Cerf Rouge, son extinction a peut-être été provoquée par l'Homo sapiens. Aujourd'hui, nos actions irresponsables qui affectent toute la biosphère mettent notre propre avenir en danger. Document NGS.

Nous avons détruit des plaines à perte de vue et des centaines de milliers d'hectares de forêts pour les convertir en terres arables pour finir par modifier durablement la moitié des terres de la planète. Nous avons également sensiblement modifié les biotopes marins et le climat de la planète. Bref, le constat est édifiant : nous sommes l'espèce la plus dangereuse pour toutes les autres formes de vie, y compris pour les populations humaines rivales car nous devons lutter parfois entre nous pour les ressources disponibles. S'ajoute notre regard souvent inquisiteur, moralisateur et intolérant sur les minorités qui les incite à fuir et s'isoler au risque d'être exterminées. La surpopulation accentue ces phénomènes. On y reviendra.

L'Histoire regorge d'exemples de souverains guerroyants, déportant ou anéantissant d'autres peuples, de la destruction de Rome par les Wisigoths d'Allaric Ier au massacre des Amérindiens par les Conquistadores, jusqu'à la colonisation plus récente des Britanniques en Australie ou des guerres territoriales menées par le Japon, la Chine et la Russie. Il y eut également des dizaines de génocides et de guerres de religion en Europe, en Afrique et en Asie jusque tout récemment comme si l'homme ne retenait pas les leçons du passé et voulait à chaque génération réinventer le monde à sa manière.

Tout comme l'utilisation du langage permet de manifester sa colère et les outils permettent de fabriquer des armes, la capacité et la tendance à s'engager dans une guerre totale font sans doute partie de la nature intrinsèque et instinctive de l'humanité dont le but ultime reste encore de lutter pour survivre, parfois à n'importe quel prix, au point de sacrifier ses propres enfants pour un territoire ou une idée.

Sachant combien l'homme y excelle, il y a peu de raisons de penser que les premiers Homo sapiens étaient moins territoriaux, belliqueux ou moins intolérants, bref, moins humains que nos semblables.

A cet argument on pourrait opposer le fait qu'à l'époque, nos ancêtres avaient de l'espace et ne devaient pas souvent entrer en compétition les uns avec les autres. Mais quel que soit l'étendue du territoire, comme la plupart des animaux supérieurs, les humains sont des êtres sociaux qui recherchent leurs semblables et se réunissent dans des communautés, clans, villages, cités, etc. C'est à la fois par curiosité et l'envie de rencontrer d'autres personnes mais également par nécessité, pour rechercher la sécurité d'une organisation et les avantages qu'elle procure. Ce principe n'est pas le propre de l'homme et nous trouvons dans la nature d'autres animaux qui fonctionnent sur le même principe, se groupant en groupes, clans ou meutes pour assurer leur survie mais surtout protéger leur descendance.

 Mais dans l'environnement humain, un moment où un autre, chacun risque de pénétrer dans la zone d'influence, la propriété ou la sphère privée de l'autre qui risque ne pas toujours apprécier ce visiteur étranger et d'y répondre avec un degré d'agressivité qui dépendra des circonstances ainsi que des traditions, de la culture du clan ou de cette société. Ce n'est donc pas sans raisons que les premières civilisations ont inventé des lois pour protéger les citoyens accompagnées de droits et de devoirs. L'invention de la porte représente aussi l'idée que l'homme a besoin de se protéger et de s'isoler de l'extérieur. Il ne se sent donc à l'abri et en sécurité que soit s'il a le contrôle de son territoire soit en présence des siens ou enfermé entre les quatre murs de son foyer. L'étranger représente donc une menace potentielle qu'il faut écarter.

Les plus optimistes ont dépeint les premières tribus de chasseurs-cueilleurs comme de "bons sauvages" pacifiques aux intentions nobles, et que c'est notre culture et non notre nature, qui créa la violence. Mais des études de terrain, les récits historiques et l'archéologie ont tous démontré que dans l'Antiquité, les guerres étaient fréquentes, violentes et mortelles. Que ce soit du temps des Pharaons d'Égypte, à l'époque romaine, chez les Amérindiens ou au Moyen-Âge, les jeux et les supplices sanglants étaient banalisés au même titre que les guerres qui étaient intégrées dans la culture au motif de satisfaire des vengeances familiales ou les ambitions politiques d'un dieu-roi ou d'une nature qu'il fallait honorer par des offrandes, parfois humaines, quand les souverains ne déclaraient pas simplement la guerre au nom d'un principe ou d'une foi.

L'invention des armes

Depuis le Paléolithique, il y a ~30000 ans, les armes furent très nombreuses et on parle à juste titre d'industrie lithique, certains gisements rassemblant des milliers d'éclats de pierre dispersés sur des dizaines de mètres carrés. Les Homo sapiens savaient fabriquer des lances, des haches, des arcs et des pointes de flèche sans parler des couteaux et des harpons. Combinées à des stratégies de chasse ou de rapines comme les raids et les embuscades, leur tactique furent d'une efficacité dévastatrice, ce qui leur permit rapidement de s'imposer par la force et de conquérir de nouveaux territoires. La violence était la principale cause de décès chez l'homme préhistorique, les guerres d'alors enregistrant proportionnellement plus de victimes par habitant que les deux guerres mondiales du XXe siècle. Nous en avons les preuves dans des ossements et des objets montrant que cette violence est très ancienne. Ainsi, en Amérique du Nord, on a découvert en 1996 le squelette d'un chasseur blessé (il survécut) par une flèche fichée dans le bassin (l'homme de Kennewick, il y a 9000 ans). Sur le site de Nataruk au Kenya vieux de 10000 ans, on a découvert les traces d'un massacre brutal d'au moins 27 hommes, femmes et enfants.

Fossile de crâne défoncé ou perforé découvert à Nataruk, à 30 km à l'ouest du lac Turkana au Kenya. Au total, 27 hommes, femmes et enfants ont été massacrés il y a 10000 ans. Documents U.Cambridge.

Il est peu probable que les autres espèces humaines furent plus pacifiques. Des squelettes de Néandertaliens présentent des schémas de traumatisme compatibles avec la guerre. Mais les armes sophistiquées ont probablement donné à l'Homo sapiens un avantage militaire. En effet, seul l'arsenal des Homo sapiens comprenait des armes à projectiles comme des javelots et des lances à propulseurs (bâtons de lancer) sans oublier les armes plus classiques comme les gourdins et les pièges.

L'utilisation d'outils et une culture complexes nous auraient également aidés à chasser efficacement un plus large éventail d'animaux, à cultiver et récolter plus de plantes, à nourrir de plus grandes tribus et à donner à notre espèce un avantage stratégique. Comme toujours dans la nature, dans ce cas ci c'est la loi du plus fort qui l'emporte, l'entraide des plus faibles n'étant d'aucun secours face à une nouvelle espèce d'individus plus nombreux, plus intelligents et mieux armés, la loi du nombre prévalant sur tout autre critère.

L'intelligence, l'arme ultime

Mais les peintures rupestres, les sculptures et les instruments de musique suggèrent que l'Homo sapiens possédait une faculté bien plus dangereuse : une capacité sophistiquée de pensée et de communication abstraites. La capacité de coopérer, d'organiser, de planifier, d'élaborer des stratégies, de manipuler et de tromper peut avoir été notre arme ultime.

L'incomplétude des archives fossiles rend difficile la mise à l'épreuve de ces idées. Mais en Europe, le seul endroit où les gisements archéologiques sont relativement complets, les fossiles montrent que quelques milliers d'années après l'arrivée des Homo sapiens, les hommes de Néandertal ont disparu. Il est très tentant d'y voir un lien de cause à effet. Mais peut-on prouver que notre espèce s'est développée en exterminant ou en assimilant les Néandertaliens ?

La découverte de traces d'ADN néandertalien dans les populations eurasiennes actuelles prouvent qu'il y eut des hybridations entre les deux espèces humaines qui finalement n'étaient pas si éloignées l'une de l'autre puisque leurs descendants furent féconds. Autrement dit, nous n'avons pas simplement remplacé les Néandertaliens après leur extinction. Nous nous sommes rencontrés, accouplés et de cette hybridation est née un petit d'homme porteur de nouveaux caractères génétiques qui ont permis aux Homo sapiens modernes de mieux s'adapter aux conditions extrêmes, notamment au climat froid et d'avoir de meilleures défenses immunitaires.

Ailleurs, l'ADN mitochondrien raconte d'autres rencontres avec des humains archaïques. Les haplogroupes d'Asie de l'Est, de Polynésie et d'Australie ont de l'ADN de Dénisoviens (cf. L'Homo desinova). Certaines populations comme les Tibétains en ont hérité une adaptation particulière aux conditions climatiques régnant en haute altitude (cf. l'Évolution des populations eurasienne et européenne).

L'ADN d'une autre espèce, peut-être l'Homo erectus, est présent chez de nombreux peuples d'Asie. Les génomes africains contiennent des traces d'ADN d'une autre espèce archaïque. Le fait que nous nous sommes croisés avec ces autres espèces prouve que nous n'étions génétiquement pas très différentes d'elles mais surtout qu'elles n'ont disparu qu'après nous avoir rencontrées.

Mais pourquoi nos ancêtres auraient-ils exterminés ces populations, provoquant une extinction massive, ou plus précisément auraient-il commis un génocide ? Si le terme nous paraît excessif dans un contexte moderne, du temps de la préhistoire cette extermination débuta peut-être inconsciemment comme le résultat de guerres tribales à répétition qui finirent par faire disparaître toute une population d'une région. Répétées au fil du temps partout où résidaient des étrangers, l'espèce la plus faible a fini par disparaître.

Mais pourquoi aurions-nous tué des populations étrangères alors que le monde était vaste et encore si peu peuplé ? Comme nous l'avons expliqué à propos de l'invention des cités et des lois, la réponse réside dans la croissance démographique. Comme toutes les espèces, les humains se reproduisent de façon exponentielle (cf. l'évolution démographique). Sans contrôle démographique, la population humaine double tous les 25 ans, c'est-à-dire à chaque génération. Dès que les humains ont appris à chasser en groupe et à coopérer dans un même but, nous n'avions plus de prédateurs. Par conséquent, sans prédation, épidémie ou guerre contrôlant la démographie et sans planification familiale et infanticide, la population humaine s'est développée pour exploiter les nouvelles ressources disponibles. Ce n'est que le jour où celles-ci ont fini par manquer, que les populations ont localement stagné voire disparu (cf. en Polynésie ou sur l'île de Pâques).

L'arme ultime du Néolithique. Une pointe de flèche à encoches en obsidienne de ~8x5x0.5 cm. Voici une autre photo. Ce type d'outil fut utilisé par les peuples chasseurs-cueilleurs de Davis Creek, dans le nord de la Californie, à partir d'environ 10000 ans BP puis par les Amérindiens locaux (Alturas, Cahuilla, Modoc, etc) jusqu'au XVIe.s. Si cette pointe de flèche peut tuer un animal, entre les mains d'un guerrier elle peut aussi tuer un homme. On retrouve des outils en obsidienne similaires chez les Mayas. Après avoir remplacé les pointes de flèches en silex ou obsidienne par des modèles en bronze puis en fer, jusqu'au Moyen-Âge, les archers lançaient d'abord quelques salves, avant la charge des fantassins, des lanciers et des chefs de guerre afin de tuer le plus possible d'ennemis à distance, avant le combat au corps-à-corps. Cette façon de se battre disparut avec l'invention du canon, du fusil et de l'infanterie. Collection T.Lombry.

Pour qu'un peuple en arrive à faire la guerre il faut soit une croissance supplémentaire qui va forcer le chef de clan ou le souverain à conquérir de nouveaux territoires parfois habités soit que la population subisse des pénuries alimentaires causées par la sécheresse, des hivers rigoureux ou la surexploitation des ressources entraînant inévitablement les tribus dans des conflits pour la nourriture, l'eau et le territoire. La guerre est ainsi devenue un frein à la croissance démographique, peut-être le facteur le plus important en terme de coût humain par habitant.

Comme évoqué, l'élimination des autres espèces n'était probablement pas préméditée, ce n'était pas un effort planifié et coordonné comme l'ont pratiqué ultérieurement avec zèle certains peuples, mais une guerre d'usure. Le résultat final, cependant, était tout aussi définitif. Raid après raid, embuscade après embuscade, vallée après vallée, clan après clan, les Homo sapiens auraient épuisé leurs ennemis pour finalement prendre leur terre et imposer leur suprématie. Les tribus survivantes auraient soit été assimilées soit leurs clans se sont éteints.

Pourtant, l'extinction des Néandertaliens, au moins, a pris des milliers d'années, les deux espèces cohabitants durant plus de 250000 ans dont 5000 ans sur le territoire européen. Si on peut imaginer que des Homo sapiens aient organisé des guerres tribales pendant plusieurs années voire plusieurs générations, au-delà d'un siècle ce n'est plus concevable (cf. la guerre de Cent ans et les guerres modernes). On en déduit que si les Néandertaliens ont fini par perdre la guerre, pour tenir si longtemps ils ont dû combattre et remporter de nombreuses batailles contre nos ancêtres, suggérant un niveau d'intelligence proche du nôtre (mais pas identique si en juge par la date récente d'apparition des peintures rupestres, il y a moins de 64000 ans en Espagne et moins de 43000 ans en France).

En fait, l'extinction des Néandertaliens s'est étalée dans le temps car les premiers Homo sapiens n'avaient pas encore les avantages des civilisations conquérantes ultérieures : le nombre, la nourriture (ils ont inventé l'agriculture) et des maladies fatales pour leurs ennemis comme la variole, la grippe et la rougeole qui ont dévasté les tribus adverses.

Toutefois, des auteurs ont prétendu que les Néandertaliens auraient disparu après avoir contracté des maladies apportées par les Homo sapiens. Ils suggèrent que les Homo sapiens étaient des porteurs sains de maladies infectieuses comme nous le sommes encore vis-à-vis de certains peuples isolés ancestraux. Les Homo sapiens auraient soit transmis leurs virus aux Néandertaliens par contact soit ils auraient transporté des objets infectés qui se sont retrouvés chez leurs ennemis qui n'étaient pas immunisés contre ces microbes (alors qu'ironiquement nous devons aux Néandertaliens une meilleure immunisation contre les maladies). Ces foyers d'infections ont pu rapidement se transformer en épidémie et tuer des tribus entières sans intervention directe des Homo sapiens. Seul inconvénient, l'idée qu'une épidémie virale aurait conduit à l'extinction des Néandertaliens n'a jamais été validée car aucun squelette ne présente des traces de maladies, juste un peu de rachitisme, d'ostéoporose, des traces d'ostéosarcomes (cancer des os) et des caries.

Mais tous les spécialistes ne partagent pas ces théories même si chacun reconnaît que l'Homo sapiens moderne est un être belliqueux et un conquérant dans l'âme.

Nous verrons à propos de l'extinction des Néandertaliens qu'ils ont peut-être tout simplement disparu suite à une baisse de la fécondité des jeunes femmes. Mais rien n'est prouvé.

L'Homo sapiens est-il "humain" ?

A toutes les époques, l'Homo sapiens eut des élans de génie, de bonté, de sagesse et de compassion, trouvant dans son histoire et chez ses semblables des réponses à ses interrogations et doutes concernant la manière de gérer la société, régler les conflits et envisager son avenir. Mais il reste foncièrement immature, un enfant capricieux, très indiscipliné, égoïste et imbu de lui-même qui croit tout connaître et tout maîtriser jusqu'à ce que les forces de la nature lui rappellent qui dirige le monde. Nous n'avons aucun pouvoir sur la nature et il est grand temps de s'en rappeler, de sentir le pouls de la Nature et repenser notre place dans l'univers. Sinon ? Sinon nous courrons le risque un soir d'avoir les yeux pleins de larmes pour avoir négligé notre devoir moral envers dame Nature, condamnés à disparaître pour le comble des vices, pour défaut d'humanité envers les autres espèces (cf. le risque d'extinction de l'humanité) qui par bien des égards sont plus humaines que nous. En effet, malgré ou en raison de leur instinct, elles tirent des leçons de la vie, elles tolèrent la différence et s'entraident, des notions que nous avons tendance à de plus en plus ignorer.

Aujourd'hui, en portant les yeux vers les étoiles, nous nous interrogeons sur les risques d'une rencontre avec une intelligente extraterrestre : ami ou ennemi ? (cf. SETI : Le contact). Le jour venu, nous le saurons sans doute rapidement. Mais avons-nous réfléchi à la situation inverse ? Celle où nos visiteurs n'auraient pas l'apparence ou les intentions attendues et ravivraient nos instincts les plus primitifs nous disant de nous méfier, de nous défendre ou pire, d'attaquer les premiers. Allons-nous reproduire à l'échelle de l'Univers nos combats tribaux et nos guerres mondiales ? L'Histoire de l'humanité ne nous a-t-elle rien appris ? Personne ne veut l'avouer mais il serait profondément triste de penser que les crimes que nous avons commis envers les innombrables espèces peuplant notre monde, y compris envers nos semblables, nous pourrions les répéter ailleurs.

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