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Les technologies du futur

Cette ville aux allures futuriste est Dubaï dans le brouillard photographié par Gerald Donovan.

Essai de prospective (I)

C'est bien d'un essai dont il s'agit car étudier les futurs possibles demeure un fameux défi tant l'avenir est indéterminé, en évolution constante, se conjuguant au conditionnel.

Comment dès lors se représenter le futur ? Pour les romanciers et scénaristes passionnés d'anticipation ainsi que pour les ingénieurs d'études et les sociologues, le futur est représenté soit positivement soit négativement.

Si le futur s'annonce positivement, on s'attend à des progrès dans tous les domaines et notamment dans les technologies. Pour le dire simplement, on s'imagine que tout sera plus simple, plus rapide, plus pratique, etc. Les critères comme les superlatifs ne manquent pas.

Vu sous cet angle, l'homme aurait les moyens de ses ambitions et rien ne lui serait impossible. Cette vision du monde a naturellement la faveur du public tant qu'il garde l'espoir de bâtir un "monde meilleur", encore faut-il s'accorder sur la définition de ce qualificatif très relatif et subjectif. C'est cette vision positive et progressiste que nous allons développer dans cet article.

Si le futur s'annonce négativement, ce qu'on appelle la dystopie, on prend le pire de chaque système technologique ou social par rapport aux normes existantes et on l'extrapole jusqu'au comportement totalement instable, incontrôlable et imprévisible. On aboutit alors au déréglement général des systèmes au sens large, au chaos, avec toutes les violences, abus et perversions que cela peut entraîner. A l'inverse d'une vision positive du monde, les attitudes négatives et autres "défauts" ne manquent pas pour qualifier ce genre de futur. Il existe néanmoins un certain public défaitiste et pessimiste adepte de cette vision sombre du monde. Pour les autres et les amateurs du genre au sens noble du terme citons les romans tels que "Le Talon de fer" (Jack London, 1908), "Le Meilleur des mondes" (Aldous Huxley, 1932), "1984" (George Orwell, 1949), "Fahrenheit 451" (Ray Bradbury, 1953), "La Planète des singes (Pierre Boulle, 1963) ou "Soleil Vert" (Harry Harrison, 1966), la plupart ayant été adaptés au cinéma, et les films tels que "Metropolis" (Fritz Lang, 1927), "Alphaville" (Jean-Luc Godard, 1965), "THX 1138" (George Lucas, 1971) ou encore "Bienvenue à Gattaca" (Andrew Niccol, 1997) parmi d'autres.

Dans les deux cas, l'imaginaire met au défi les politiciens, les économistes, les ingénieurs, les sociologues et les philosophes les plus talentueux.

Les sujets aux avant-postes de l'avenir

Nous allons décrire dans cet article les innovations technologiques dans des secteurs phares dont les produits feront demain partie de notre quotidien, des inventions que nous utiliserons probablement tous d'ici quelques années :

Nous allons passer en revue les thèmes suivants :

- Les conséquences de la loi de Moore, l'effet des crises et des guerres, un pari pascalien (cette page-ci)

- Les écrans souples et le papier électronique, p2

- Les vêtements connectés et biosynthétiques, p3

- La nanotechnologie et les matériaux du futur, p4

- La médecine à l'ère numérique, p5

- La domotique, p6

- La voiture du futur, p7

- La sécurité des véhicules, p8

- Que nous réserve l'armée américaine ?, p9.

Les sujets de l'ordinateur du futur, des télécommunications et la colonisation de l'espace font l'objet d'articles séparés.

Cet article fut rédigé en 2014 et le point final fut posé en 2017. A quelques rares exceptions près clairement explicitées, il n'a plus été modifié depuis, garantissant au lecteur qu'il s'agit d'un statut figé à l'époque de sa rédaction soit plus d'une décennie avant la date échéance prise comme repère, à savoir l'année 2030.

Les conséquences de la loi de Moore

Comment peut-on prévoir le futur et être si confiant dans l'avenir ? A l'ère de l'électronique, dans les domaines des sciences et des technologies, bref dans tous les secteurs un tant soit peu technique où l'ordinateur au sens large occupe une place de plus en plus importante, c'est la loi de Moore qui prédomine et permet de prédire le futur.

Le Dr. Moore, cofondateur d'Intel, interviewé lors de la Conférence Internationale sur les Circuits Intégrés (ISSCC) en 2003

On constate depuis les années 1970 et l'utilisation des premiers transistors dans les microprocesseurs (Intel 4004 en 1971 d'une puissance de calcul de 92000 opérations par seconde soit 0.092 MIPS à 0.740 MHz) que la puissance des ordinateurs double tous les 2 ans alors que leur prix reste relativement constant. Ce phénomène est essentiellement lié à l'augmentation de la densité des transistors dans les microprocesseurs.

Contrairement aux apparences, la loi de Moore n'est pas une loi physique mais une conséquence de l'évolution économique; c'est parce qu'il y a un marché très demandeur qu'on observe cette tendance.

De nos jours, le processeur d'un ordinateur d'entrée de gamme présente plus de puissance de calcul que celle de toutes les Forces alliées en 1945 ! Une simple calculatrice est plus puissante que les ordinateurs utilisés par la NASA en 1960 !

A ce rythme, j'écrivais "en 2030 un chip coûtera moins de 0.1 centime, moins cher que le prix du papier". C'est arrivé bien plus tôt. Autrement dit, dans quelques années les processeurs seront partout et avec eux tout le potentiel offert par le contrôle à distance par Internet.

Touchant tous les secteurs faisant appel à l'électronique et à l'informatique, en extrapolant la loi de Moore on peut donc envisager un futur aussi riche d'innovations qu'il le fut par le passé. Toutefois, certains experts envisagent la fin de la loi de Moore et une Singularité Technologique avant la fin du XXIe siècle. Mais en réalité personne n'en sait rien et d'autres chercheurs n'hésitent pas à critiquer les défenseurs de ces théories. On y reviendra.

Dès le moment où une technologie est universelle et omniprésente au point de se banaliser, elle devient synonyme de prospérité. En effet, en 1752, quand pour la première fois Benjamin Franklin capta l'électricité atmosphérique avec son cerf-volant, personne n'imaginait qu'un jour on inventerait la pile électrique (1800), le moteur électrique (1834), le télégraphe sans fil (1838), la dynamo (1869), le téléphone (1876), la lampe à incandescence (1879), la centrale électrique (1882) et qu'on équiperait finalement toutes les habitations et toutes les villes en électricité.

Il y a 100 ans, la fée électrique portait bien son nom tellement elle révolutionna le monde. Aujourd'hui, sans électricité on vit au jour le jour, isolé du monde, et souvent dans la misère. Nous observons le même phénomène avec le matériel électronique et l'informatique; ceux qui n'en bénéficient pas sont les plus pauvres et les premières victimes de la fracture sociale.

En 1975, celui qui possédait un ordinateur portable PC 5100 d'IBM à 20000$ (60000 € actualisés !) était non seulement chanceux mais également fortuné. Dix ans plus tard, toute personne ayant 1000$ pouvait acheter un PC AT tournant sous Windows. Aujourd'hui pour le même prix on peut acheter un ordinateur de dernière génération à processeur multicoeur et écran OLED et pour 200€ vous pouvez acheter une tablette et vous connecter à Internet. Encore faut-il disposer des moyens de l'acheter et de l'infrastructure publique supportant cette technologie à haut débit.

Cela signifie que la population qui ne peut pas s'offrir un ordinateur n'a pas accès à Internet et vit en général sous le seuil de pauvreté. C'est ce qu'on constate malheureusement avec la "fracture Nord-Sud" qui ne touche pas uniquement l'informatique mais toute l'économie des pays sous-développés.

L'argent attirant l'argent et les investisseurs, les populations qui détiennent cette richesse ont donc les moyens de tirer profit des dernières technologies, des lentilles de contact à réalité augmentée reliées à Internet au capteur de mouvement et d'inventer les produits que nous utiliserons demain, bref de créer le futur !

Trois générations de transistors (utilisés comme amplificateur de courant et de puissance) qui participeront à l'essor de l'électronique et permettront finalement à toute la population d'accéder à l'informatique et tout son potentiel d'innovations. Ces images ont fait l'Histoire. A gauche, la triode thermionique ou "lampe bouton" alimentée et placée dans son superbe socket bleu. Ce tube à vide électronique a été fabriquée par H.P.Friedrichs, AC7ZL, sur base de l'Audion de Lee de Forest inventé en 1907. Voici d'autres modèles plus classiques de tubes à vide. Au centre, en 1947, les Bell Labs mettent au point le premier transistor à point de contact à semi-conducteur au silicium. L'âge des tubes à vide est révolu. Document Stan Augarten. A droite, le premier transistor à circuit intégré mis au point par Robert Noyce de Fairchild Semiconductor en 1961. Nous sommes entrés dans l'ère du chipset et de l'intégration microscopique.

Cette société de l'information va de plus en plus s'automatiser à travers ses technologies de pointe et ses logiciels de nouvelles générations toujours plus performants.

A terme, ces technologies high-tech qui commencent à s'installer dans nos domiciles, à s'afficher dans nos voitures, à rentrer dans les entreprises privées et publiques et séduisent l'armée et les services d'espionnage, vont s'étendre aux infrastructures publiques, bref elles vont s'imposer à toute la société, à tous ses acteurs et à tous les consommateurs.

Dans un futur proche, peut-être vers 2030, tous nos appareils électroniques communiqueront entre eux et seront reliés à Internet dès la sortie d'usine. Ensuite, viendra le jour où les logiciels et les supports de masse seront virtualisés.

Comme aujourd'hui l'électricité et l'accès à Internet sont installés dans tous les pays développés et tendent à se fondre dans le paysage en s'intégrant au coeur même des infrastructures, à l'avenir le papier, les programmes, les fichiers et les données vont à leur tour disparaître, l'Internet des objets et le "Cloud" en étant les prémices.

L'Homo sapiens connecticus est né avec Internet. Selon l'UIT, 90% de la population mondiale sera connectée en 2050.

Plus besoin de relier physiquement les appareils entre eux pour transférer des fichiers, cela s'effectuera automatiquement par une liaison sans fil et de manière transparente pour l'utilisateur, le système se synchronisant et se mettant à jour à distance dès la détection d'un signal, sans intervention humaine.

Si on extrapole ces concepts et ces tendances, on peut envisager une informatique bionique; avoir des implants électroniques dans le cerveau reliés à un ordinateur. D'ailleurs cela se fait déjà pour contrôler certaines dégénérescences cérébrales !

En extrapolant à peine ce projet, un jour d'autres personnes pourront voir ce que nous observons et bientôt ce que nous pensons ou rêvons, cela aussi est en bonne voie (cf. cet article sur le blog).

D'ici quelques générations, ces interlocuteurs pourront être des robots et ils seront capables d'anticiper nos réactions.

Voilà où la loi de Moore peut nous conduire sans même nous écarter des sentiers battus (certes, temporairement fréquentés par les experts). Alors imaginez qu'on s'en écarte et empruntions une toute autre voie. Si on peut le concevoir, c'est inimaginable. En effet, l'avenir cache une richesse infinie mais encore inaccessible du fait de notre manque d'imagination et surtout de notre expertise !

Pour l'heure, les robots et autres cyborgs doivent encore grandir et acquérir de l'expérience, ainsi que nous l'expliquerons quand nous aborderons la philosophie des sciences tandis que les villes "intelligentes" doivent encore prouver leur intérêt général et qu'elles plaisent aux humains. On reparlera propos du Meilleur des Mondes ou les dérives de la société.

L'effet des crises et des guerres

Si la réalité dépasse parfois la fiction, les crises financières et économiques brisent souvent les rêves. Rappelez-vous les grandes crises du capitalisme de 1850, 1873, 1929, 1973 et 2008. Toutes furent associées à de grandes "bulles" technologiques et financières qui sont devenues tellement instables et déconnectées de la réalité qu'elles ont fini par exploser. Ces crises majeures ont porté un frein à l'ambition des hommes durant plusieurs années.

D'un autre côté, face à ces crises majeures qui ont chaque fois plongé des millions de personnes dans la précarité ou la misère et conduit des milliers d'entreprises à la faillite, pour survivre l'humanité a été obligée de s'adapter et de trouver des solutions innovantes pour éviter que de tels évènements systémiques se reproduisent, pour en réduire le risque ou en atténuer les effets.

Certains gouvernements se sont orientés vers le marxisme et le communisme, les capitalistes ont préféré renforcer leur système économique par une surveillance accrue du secteur financier et améliorer leur système social.

A leur tour, les guerres incitent les gouvernements et les chercheurs à explorer de nouvelles technologies. Car quoiqu'on pense, la Science est au service de la guerre. La première guerre mondiale par exemple fut surnommée à juste titre la "Première guerre moderne"; pour la première fois l'armée disposait d'avions de combats, de chars blindés, de mitrailleuses, de radio embarquée et d'armes chimiques notamment.

Sans l'armée, beaucoup d'inventions civiles n'auraient probablement jamais connu l'essor qu'elles ont eu. Ce sont les départements de recherches et développements militaires ainsi que les agences gouvernementales qui ont permis aux scientifiques de développer leurs projets et de trouver les premiers débouchés à leurs inventions. Cette implication des scientifiques dans la guerre et indirectement dans la politique fut encore plus forte durant la Seconde guerre mondiale.

Des inventions comme la télégraphie sans fil, l'ordinateur, la cryptographie, la bombe atomique, le radar, la mémoires à tore de ferrite, les semi-conducteurs, le laser et la pile à combustible parmi d'autres ont toutes été développées avec des budgets militaires et donc avec l'appui du gouvernement.

Deux documents publiés juste avant des crises socio-économiques majeures. A gauche, "American Progress", de John Gast (1872) est une peinture commandée par le publicitaire George Crofutt qui voulait une représentation de l'éducation, de l'intelligence et du progrès, symbolisés par les différents sujets à l'arrière-plan et la déesse Liberté tenant les fils de la toute jeune télégraphie. A droite, une publicité de 1943 pour les bons du Trésor américain mettant en avant l'effort de guerre et les perspectives de concevoir un "Notebook", le concept d'un enregistreur audio et vidéo électronique imaginé par Bell & Howell.

Ainsi, comme on le voit ci-dessus, en 1943, dans l'une de ses publicités encourageant l'achat de bons du Trésor pour financer la guerre, la société américaine Bell and Howell ventait son projet avant-gardiste d'enregistreur multimédia en déclarant : "Opti-onics est une ARME ! Demain, il sera un serviteur... travaillant, protégeant, éduquant et distrayant".

Nous verrons que cette politique est toujours d'actualité et qu'il vaut donc la peine de s'intéresser à ce que fabriquent les industriels (Intel, IBM, Google, et autre Alcatel-Lucent-AT&T-Bell Labs) pour le compte de l'armée et des agences gouvernementales (DARPA, NSA, etc) pour avoir une idée des innovations qui seront accessibles au public dans dix ou vingt ans.

Seul inconvénient, comme les prisonniers de la caverne de Platon, les civils ne voient que des ombres furtives de ces inventions pendant une décennie sinon davantage avec toutes les rumeurs que cela suscite quelquefois, et les OVNI en sont un bel exemple.

Ce n'est que sous la pression des clients de plus en plus nombreux et après l'approbation de leur gouvernement voire même de l'ONU que les fabricants passent à la phase de production de masse, pour citer des produits "sensibles" (à double usage) comme les lasers de puissance, les tasers, les lunettes infrarouge thermique ou les amplificateurs d'image dont la vente reste réglementée et soumise à autorisation.

Si les conflits ont permit d'innover dans de nombreux domaines parfois inattendus du monde civil (les radios embarquées sont les ancêtres des téléphones portables, les bombes chimiques se sont transformées en engrais, etc), les horreurs de la guerre technologique suscitèrent un revirement de pensée vers une "Internationale de la paix" suite aux interrogations de la société civile. Mais sa bonne conscience n'a pas empêché la Guerre froide ni les génocides dans certaines régions du monde.

Les créateurs de notre futur

A propos des commanditaires et des projets futuristes, qui s'occupe de prospective, le secteur privé ou le secteur public ? Malgré l'existence de grands programmes ou projets publics, il faut relativiser l'intérêt du gouvernement pour le sujet qui préfère en laisser la direction aux entreprises privées, bien que celles-ci attendent également des gestes du gouvernement (fixation d'une stratégie économique, aides financières, etc).

Encore faut-il que le pays soit de taille suffisante et dispose des moyens de conduire cette politique, souvent réservée aux pays les plus prospères et les plus concernés par la recherche (Etats-Unis, Russie, Japon, Allemagne, Corée, ...).

Quelques unes des inventions financées par le DARPA.

Pour ne citer qu'un exemple, en France, il n'y a pas de département de prospective, juste une Mission prospective créée en 2008 au sein du Commissariat général au ... développement durable qui dépend de l'ex Ministère de l'Ecologie ! C'est déjà significatif de l'intérêt que porte le ministre de l'Industrie, de l'Education ou du Développement à ces questions : aucun !

Si vous n'en êtes pas convaincu, il y a un chiffre qui ne trompe pas. En 2008, et cela a peu évolué depuis, ce comité disposait d'un budget de 100000 € par an. Il le réserve à des "réflexions" toutes théoriques, de la "veille sur les thèmes émergents" et des programmes de valorisations à long terme, notamment l'aménagement du territoire (estuaire, zones agricoles, etc). Nous sommes loin de la nanotechnologie, de la bionique ou de la domotique !

Ce n'est pas pour autant que le secteur privé reste inactif. Au contraire, ses affaires dépendant directement de la qualité et de la performance de ses produits, des sociétés comme Apple, Dassault, Google, Intel et autre LG sont à la pointe du progrès et les militaires comme les agences gouvernementales comptent parmi leurs clients.

Pour étudier ces technologies du futur, nous devons donc avant tout nous tourner vers les laboratoires universitaires, les entreprises privées, les fondations et... le Ministère de la Défense américain !

En effet, il ne faut pas oublier le rôle du DARPA dans les innovations, dont un département I2O est dédié à la technologie de l'information. L'agence de recherche de l'armée américaine est à l'origine de nombreuses inventions, parmi lesquelles les avions furtifs, la souris, le GPS, Arpanet, la fusée Saturn V, le fusil M-16, les systèmes à reconnaissance vocale, les exosquelettes, les drones, etc. Il y a bien sûr des inventions plus douloureuses comme la bombe atomique ou les missiles auto-guidés. L'un de leur dernier programme en date est Memex qui permet de lutter contre la criminalité cachée et notamment le réseau Tor du Darknet.

Un pari pascalien

Futurologue est un métier ingrat qu'on peut comparer à l'astrologie; dans la grande majorité des cas, les prédictions ne se confirment jamais. Trop de facteurs politico-socio-économiques influencent la société et l'avenir de chacun, empêchant de poser des repères fiables à long terme. Seules les courbes du Hype Cycle (voir plus bas) peuvent entrevoir des tendances technologiques mais même les analystes se sont trompés en plaçant des échéances trop tôt ou spéculant hâtivement sur le succès d'une innovation (cf. la nanotechnologie ou la colonisation spatiale qui prend du retard sur les prédictions).

Même un constructeur comme IBM fut incapable de prédire le succès de son ordinateur personnel en 1981. Des analystes commirent la même erreur de jugement avec l'iPhone sorti en 2007. Si des "experts" sont incapables de prédire l'avenir d'un produit alors même qu'ils vivent à l'époque où il fut inventé, ne leur demandez pas de prédire un évènement futur !

Ainsi que nous l'expliquerons dans l'article consacré à l'avenir des sciences, discuter de prospective revient presque à faire un pari pascalien[1]. Pour le dire simplement, on réussit ou on se plante royalement ! En effet, décrire l'avenir au départ d'une idée géniale, revient au pire à s'aventurer sur des voies royales mais qui s'avèrent finalement trop complexes ou sans issue ou à se fourvoyer dans un dédale d'élucubrations, de concepts et d'inventions chimériques dignes d'un mauvais roman de science-fiction.

Nous pouvons par exemple partir de projets existants et imaginer qu'un jour l'ordinateur cognitif Watson d'IBM (qui joua à Jeopardy contre un candidat humain) combinera sa vitesse (il analyse et indexe 200 millions de pages en 3 secondes) et son intelligence (en terme de reconnaissance vocale, d’interprétation des questions, de capacités d’inférences et de gestion de données) à la mobilité du petit robot Asimo d'Honda et à la puissance de calcul d'un ordinateur quantique. L'homme aura créé quelque chose de stupéfiant et sera entré dans une nouvelle ère technologique, celle de la robotique chère à Isaac Asimov alias Paul French.

Nos petits-enfants participeront-ils à cette révolution ? Aujourd'hui, c'est de la science-fiction ! Demain ? Nul ne peut le dire car l'échéance est indéterminée. Pourtant chacune de ces technologies soit existe soit est à portée de main, mais aucun expert n'oserait prétendre que la concrétisation de ce projet sera pour demain sans se fourvoyer. En revanche, un écrivain, un cinéaste ou un illustrateur peut prendre ce risque sans qu'on l'interroge sur la faisabilité de son invention, bien que certains romans d'Isaac Asimov ou d'Arthur C. Clarke décrivent des projets tout à fait concevables à condition d'avoir les ressources (colonisation de la Lune, de Mars, les robots-ménagers, les satellites géostationnaires, la station spatiale, etc.).

A lire : La Vie Electrique, A.Robida, Gutenberg

En l'an 2000 (imaginé en 1900 par J.-M.Côté), Wikimedia

L'esprit visionnaire ou l'anachronisme de certaines inventions illustrées vers 1900. A gauche, le téléphonoscope, l'ancêtre de la télévision à écran plat imaginé par Albert Robida. A droite, le postier rural de l'an 2000 imaginé par Jean-Marc Côté.

C'est sans doute de cette manière que procéda Jules Verne (1828-1905) quand il écrivit ses romans à une époque où l'électricité faisait encore partie des innovations. Ayant discuté avec des amis avisés, son esprit visionnaire s'exprima quand il trouva des usages à l'aluminium et au plastique ("De la Terre à la Lune", 1865), pour satelliser un corps et établir des conférences à distance ("Les 500 millions de la Bégum", 1879), pour l'exploitation off-shore et utiliser l'hydrogène pour produire de l'énergie ("Vingt mille lieues sous les mers", 1869) ou pour inventer la télévision, le magnétoscope ou le caméscope ("Le château des Carpathes", 1892) parmi d'autres inventions qui nous paraissent banales aujourd'hui.

En revanche, malgré toute l'ingéniosité qu'il mit pour inventer son ballon à hydrogène chauffé électriquement (1863), son sous-marin Nautilus propulsé par des batteries au sodium (1869) ou le canon qui lança un obus habité vers la Lune (1870), aujourd'hui ses inventions ont quelque chose de désuet et de décalé qui nous font sourire.

Si certaines idées de bases étaient fondées, inspirées des projets les plus avancés de son temps, d'autres concepts étaient surestimés, extrapolés ou tout simplement impossibles à réaliser comme tirer une puissance de millions de chevaux de la "chaudière" des volcans ("Les Enfans du Capitaine Grant", 1868) ou son système à rayon X produisant des images différentes selon que le corps est mort ou vivant ("Le Testament d'un excentrique", 1899). Pourtant on peut parier qu'à son époque, les inventions de Jules Verne paraissaient tout à fait réalistes, simplement un peu hardie et en avance sur leur temps.

Le caricaturiste et auteur Albert Robida (1848-1926) s'est aussi laissé piéger par son époque et ses inventions présentent dès lors certains anachronismes. Ainsi Robida n'a pas été capable d'imaginer de nouveaux matériaux; toutes ses inventions futuristes qui volent ou qui roulent sont en fer. Ses machines sont lourdes et écrasent littéralement l'être humain (cf. les chars ou les blockaus roulants), à l'image de certaines inventions de Jules Verne.

En fait, c'est grâce à l'imagination de tels auteurs puis à celles des scénaristes de films que plus tard leurs lecteurs et leurs spectateurs devenus chercheurs et inventeurs se sont dits que finalement pourquoi n'inventerions-nous pas ces machines ? Mais parfois, devant l'ampleur de la tâche, l'envie et les fonds propres ne suffisent pas sans les incitants pécuniers et une décision stratégique du monde politique (cf. les programmes du DARPA aux Etats-Unis, le programme de robots domestiques au Japon ou les programmes financés par l'Europe concernant les véhicules électriques).

La futurologie : entre réalisme et utopie

Sachant que toutes les idées futuristes ne verront pas le jour, déjà simplement du fait qu'elles sont parfois utopiques car elles dépassent de loin nos connaissances, on peut se demander quelle est la période de projection ou le délai le plus vraisemblable qu'on pourrait considérer sans être pris pour un fou, bien que cette notion soit très relative !

Nous critiquons les inventions de Jules Verne ou d'Albert Robida mais cela nous est facile avec un recul de plus de 150 ans ! Au rythme où évoluent les technologies c'est un gouffre temporel. Il est naturel que la "désynchonisation" avec la réalité augmente avec le temps.

D'un autre côté, tous les concepts aussi ingénieux soient-ils ne voient pas le jour. Ainsi les colonies spatiales imaginées par Constantin Tsiolkovski en 1903 dans son livre "La fusée dans l'espace cosmique" et cité par la NASA, chères au physicien Gerard O'Neill de l'Université de Princeton n'existent toujours pas.

A lire : Horizons Newletter, AIAA

Paleofuture (blog de Matt Novak)

A gauche, une station orbitale telle que l'imaginait Wernher von Braun en 1952 et dessinée par Chesley Bonestell. Cette station mesure 75 mètres de diamètre et contient 20 compartiments indépendants. Elle peut abriter une centaine de personnes. Ce dessin fut publié le 22 mars 1952 dans la revue "Collier's" notamment. A droite, la vie dans une colonie spatiale telle que l'imaginait Rick Guidice en 1976. Certains malheureusement tomberont de haut... Documents C.Bonestell et NASA/Ames Research Center.

Dans un article intitulé "The Colonization of Space" publié en septembre 1974 dans "Physics Today", Vol. 27 (PDF, par souscription), O'Neill déclarait : "En 2074 on vivra dans des colonies spatiales". Pourtant très bien informé sur les avancées technologiques de son temps mais sans doute trop passionné, il était un peu trop confiant dans les progrès de la société et du pouvoir du gouvernement. En effet, au rythme où vont les choses, il faudra bien plus d'un siècle pour que cette idée voit le jour. Il n'est même pas certain que cela soit réaliste quand on sait que l'homme préférera toujours vivre dans le confort d'un habitat installé à la surface d'un astre plutôt que dans un espace réduit en orbite sujet à des risques parfois hors contrôle.

A son tour, l'ascenseur spatial (space elevator) également imaginé par Constantin Tsiolkovski en 1895 dans son livre "Spéculations sur la Terre et le ciel et sur Vesta", repris par Arthur C. Clarke dans son livre "Les Fontaines du Paradis" en 1978 ainsi que le propulseur Mass driver développé en 1976 par Gerard O'Neill à petite échelle ne verront pas le jour avant que la future base lunaire ne soit opérationnelle (c'était prévu en 2020 selon les estimations "optimistes" de la NASA) et plus vraisemblablement vers 2050 ou 2100 vu l'infrastructure et les ressources que requièrent ces technologies.

Réduisons notre projection à 50 ans. Qu'observe-t-on ? Des récits comme "On a marché sur la Lune" de Hergé (1950) et "2001: L'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick (1968), également fondés sur les données scientifiques de leur temps, n'ont rien perdu de leur réalisme, bien que l'exploration habitée de l'espace soit reportée d'un siècle sinon davantage.

De même, des concepts futuristes comme le véhicule sans pilote et l'arme laser, portative ou embarquée à bord d'un vaisseau de guerre, sont pratiquement opérationnels. On peut également raisonnable penser qu'un jour l'ordinateur Watson aura l'agilité du robot Asimo, que ces robots seront à notre service, de même que nous aurons probablement un jour des amis cyborgs qui ne sont finalement qu'une version chirurgicalement améliorée des hommes portant des prothèses intelligentes.

Un bel anachronisme : dans la série "Star Trek" des années 1980, à une époque où l'Enterprise est a priori pilotée par ordinateur, Mr.Spock utilise toujours une règle à calcul pilote. Mais à la fin des années 1960, au cours des programmes spatiaux Mercury, Gemini et Apollo, les cosmonautes ont également utilisé des règles à calcul. Ainsi, à droite Buzz Aldrin utilise une règle à calcul durant la mission Gemini XII le 13 novembre 1966. Documents D.R. et NASA/To The Moon.

En revanche, on ne peut pas en dire autant des idées de tous les romanciers de science-fiction, en commençant par la téléportation chère aux héros de "Star Trek" de Gene Roddenberry (1966). Si les physiciens étudient la question à l'échelle subatomique, les progrès sont timides et on peut dire que la technologie qui doit également faire appel à nos connaissances en biologie moléculaire et en informatique fait encore partie des utopies ainsi que nous l'expliquerons dans l'article indiqué.

Même report à un futur indéterminé pour le système de propulsion à l'antimatière imaginé par Jack Williamson (Collision Orbit, Astounding, 1942), Gene Roddenberry (le dilithium, Star Trek, 1966) ou Paul Davies (Fireball, 1987). Si nous savons en théorie comment procéder à partir de réactions protons-antiprotons, ce qui est déjà une avancée en soi, le prix et les dimensions actuelles d'une telle installation reportent sa fabrication à quelques siècles sinon davantage (si tant est qu'elle soit encore d'actualité à cette époque là).

N'imaginons même pas voyager plus rapidement que la lumière et le vol hyperluminique comme le proposent Edmond Hamilton (Les Roi des Etoiles, 1947) et Gene Roddenberry (Star Trek, 1966), de courber l'espace-temps comme l'imagine Murray Leinster (Talents, Inc, 1962) ou le vol dans l'hyperespace imaginé notamment par Isaac Asimov (Fondation, 1942/1951).

Ces inventions nous feraient (peut-être) plaisir et cette projection dans l'avenir est parfois indispensable au chercheur pour exercer son imagination, mais nous avons constaté que se projeter dans l'avenir sans aucune invention tangible venant appuyer ces concepts n'est guère réaliste et concrètement inutile car invérifiable.

Une échéance à 50 ans ?

Ni Jules Verne ni Albert Robida pas plus qu'Arthur C. Clarke n'ont anticipé le futur au-delà du siècle. Le plus souvent, ils se projetaient quelques décennies dans le futur. Robida osa se projeter en 1950, soit 80 ans dans le futur, avec tous les anachronismes et les erreurs qu'on constate. Même en anticipant le monde dans deux générations soit 50 ans, le risque d'erreur est encore grand.

L'auteur de science-fiction Isaac Asimov était biochimiste de formation. En 1964, il avait imaginé à quoi ressemblerait le monde 50 ans plus tard, c'est-à-dire en 2014. Grâce à son bagage intellectuel et une bonne intuition, certaines de ses prédictions se sont avérées correctes, d'autres en revanche ne se sont jamais concrétisées. L'année 2014 étant passée, examinons quelques unes de ses prédictions.

"En 2014, seuls des vaisseaux sans équipage humain auront atterri sur Mars, même si une expédition humaine sera en préparation et une colonie martienne déjà imaginée". Vrai !

L'exploration de Mars a débuté en 1965 au moyen de sondes spatiales. Entre 2004 et 2018, le rover Opportunity de la NASA explora la planète Rouge. En 2014, on avait découvert que Mars avait autrefois connu un climat humide avec des rivières, des lacs et des océans. Mais l'homme ne posera probablement pas les pieds sur Mars avant les années 2025 à 2030 et ne colonisera certainement pas la planète Rouge avant quelques décennies voire davantage (cf. la colonisation de Mars).

"En 2014, il sera possible de téléphoner n'importe où sur la planète, y compris avec les stations météorologiques en Antarctique." Vrai !

Grâce aux satellites de télécommunications, il suffit de composer le préfixe international 00 suivi de l'indicatif téléphonique 672. La communication avec une base scientifique installée en Antarctique coûte 1 € par minute. C'est relativement cher mais c'est possible.

"En 2014, les cuisines prépareront des repas automatiques et transformeront l'eau en café. Des repas complets attendront dans le congélateur. Le petit-déjeuner sera préparé dans la nuit pour être immédiatement prêt au lever." Presque vrai.

La première machine à café électrique fut commercialisée en 1972, soit 8 ans après ses prédictions. Aujourd'hui, les percolateurs électriques sont présents dans toutes les entreprises et la plupart d'entre nous en possède un. Quant aux "repas automatiques", même en 2020 il n'existe aucune machine de ce type (et c'est tant mieux à l'heure où chacun recherche des aliments de qualité). En revanche, les plats préparés existent depuis des décennies même si leur goût n'est peut-être pas celui qu'imaginait Asimov. Il existe également des machines à café programmables. On peut également domotiser sa cuisine et s'offrir les moyens d'automatiser ses repas. Quant à savoir si la déshumanisation de ce rite ancestral sera apprécié à sa juste valeur, on peut en douter.

"En 2014, les conversations avec la Lune seront courantes." Faux.

"En 2014, nous aurons des centrales solaires dans l'espace, collectant l'énergie du Soleil au moyen de grandes paraboles." Faux.

"En 2014, après avoir inventé les foils, nous irons certainement vers des véhicules marins volants, dont les ailerons seront remplacés par des jets d'air comprimé." Faux.

Ce type de véhicule n'existe pas encore. En revanche, il existe des bateaux de compétition et expérimentaux équipés de "foils" - ses fameux ailerons immergés permettant au bateau de planer au-dessus de l'eau. En 2014, les trois gagnants de la compétition du Vendée Globe pilotaient des voiliers équipés de foils. Mais ce qui se rapproche le plus de l'idée d'Asimov est la "Sea Bubble". C'est une voiture amphibie volant au-dessus de l'eau dotée de foils et de micropropulseurs. Mais il ne s'agit que d'un concept.

A écouter : In the year 2525, by Zager & Evans, 1969

Dans le futur on peut tout imaginer : une relation avec un cyborg, la téléportation et même l'exploration de la Galaxie. C'est concevable, mais est-ce réalisable ? De tels projets restent prématurés voire chimériques diront certains. Nous laisserons temporairement la réponse aux amateurs de science-fiction et aux futurologues pour nous attacher à un futur plus proche et plus tangible. Documents Franz Steiner, Wall Paper et inspiré de WallPaper Safari.

"En 2014, il est fort probable que la population mondiale atteigne les 6.5 milliards de personnes. Celle des États-Unis sera probablement autour des 350 millions. Sans aucun doute, le monde de 2014 se sera entendu pour réduire le nombre de naissances." Faux.

A l'exception de la Chine mais qui arrêta sa politique de l'enfant unique en 2015 et une intention accrue en Inde, les gouvernements n'ont toujours pas instauré un contrôle démographique. La croissance de la population obéit à une simple loi exponentielle dès lors qu'on connait la population de départ, le taux de croissance naturel et l'intervalle de temps considéré. La prévision d'Asimov n'a donc rien d'inattendu (en 2014 il y avait 320 millions d'habitants aux Etats-Unis et 7.5 milliards dans le monde et on dépassa les 8 milliards d'habitants en novembre 2022).

En revanche, il y a des politiques opposées à ce principe. Des pays industrialisés comme l'Allemagne sont prêts à financer des politiques natalistes à concurrence de 55 milliards d'euros pour augmenter leur population (d'où la politique d'immigration d'Angela Merkel).

Selon le démographe Jacques Vallin, "les programmes de limitation des naissances n'ont souvent eu pour effet que de rendre plus facile l'accès aux moyens contraceptifs". Mais on en reparlera dans 50 ans, vers 2064. Selon les prévisions de l'ONU, la population mondiale pourrait dépasser les 10 milliards de personnes. Ce jour là , il y aura forcément des villes voire des régions du monde trop densément peuplées où chacun devra lutter pour préserver son espace vital et accéder aux ressources. Ce sera un problème majeur source de conflits et potentiellement de crises socio-économiques.

Peu après la publication de ces prédictions, en 1964 son compatriote Nikolai Kardashev inventa une méthode de classement des civilisations extraterrestres portant son nom : l'échelle de Kardashev. Une civilisation de Type I consacre toute son énergie au sens propre à communiquer. Kardashev considérait que la Terre n'avait pas encore atteint ce stade. En revanche, Asimov avait imaginé que nous passerions bientôt au stade de civilisation de Type II (générant une puissance atteignant l’énergie rayonnée par une étoile moyenne, soit environ 1026 watts). Faux.

En 2014 comme en 2020, même si notre consommation d'énergie augmente chaque année, nous sommes encore quelques ordres de grandeur en dessous du niveau d'énergie requis pour entrer dans le cercle fermé des civilisations de Type I.

Bref, tous ces exemples démontrent qu'une prédiction à 50 ans et plus a une forte probabilité de ne jamais se réaliser ou seulement bien plus tard. Toutefois, certaines idées "folles" peuvent devenir réalité, d'autres demeurant définitivement inaccessibles, pour citer quelques exemples de réalisations :

- L'idée de disposer à domicile d'une télévision à écran plat fut imaginée par plusieurs chercheurs entre 1873-1897 et illustré en 1880 par Albert Robida (le téléphonoscope) fut concrétisée avec la commercialisation des premiers téléviseurs à tube cathodique à partir de 1934 en Allemagne, l'écran plat n'apparaissant que dans les années 1990.

- L'idée du téléphone portable sans fil imaginée en 1909 fut concrétisée en 1953 avec le téléphone cellulaire de Siemens, sa version portative n'ayant été brevetée qu'en 1973 par Motorola.

- L'idée de l'émetteur-récepteur bracelet qu'utilisa le héros Dick Tracy en 1949, remis au goût du jour dans la série "Star Trek" avec le communicateur-bracelet annonçait les futures smartwatches apparues en 1982 et 1983 (Pulsar, Casio, Seiko, des modèles non connectés) et le futur swatchphone présenté par Samsung en 1999.

- La voiture sans pilote imaginée dans les années 1920 et 1930 a été testée avec succès dans les années 1980 et fut homologuée en 2012 au Nevada, aux Etats-Unis.

- L'enregistreur multimédia portable imaginé en 1943 et évoqué ci-dessus fut concrétisé avec les premiers magnétoscopes de Philips et Sony en 1968 et en version numérique en 1993.

- L'ordinateur programmable remonte aux travaux de Bertrand Russel et Alfred Whitehead sur la logique en 1910 et d'Alan Turing à partir de 1938 et sera concrétisé par l'ENIAC en 1946.

- La station orbitale imaginée par Wernher von Braun en 1952 vit le jour dans une version simplifiée en 1973 avec la station orbitale Skylab. La station ISS fut assemblée à partir de 1998 et habitée en permanence dès 2000, mais elle ne fut terminée qu'en 2014.

Anachronisme dans "2001: l'Odysée de l'espace"

Même en se projetant seulement 33 ans dans le futur, un réalisateur peut laisser passer des anachronismes. Ainsi, dans le film "2001: l'Odysée de l'espace" de Stanley Kubrick adapté du roman "The Sentinel" d'Arthur C. Clarke écrit en 1948 et publié en 1951, le supercalculateur HAL9000 (surnommé "Carl" en français) gère un vaisseau spatial ultra moderne en mission vers Jupiter. Dans la séquence où Carl diagnostique une soi-disant future "déficience de l'antenne-radar" du vaisseau spatial, afin d'en discuter avec son collègue Frank Poole, l'astronaute David Bowman demande à Carl : "Donne-moi la carte perforée" (séquence 1:10-1:20). Or nous sommes en 2001 et le contexte sous-entend clairement que nous sommes entourés de très haute technologie.

A gauche, le panneau de communication du supercalculateur HAL9000 du film "2001: l'Odysée de l'espace" de Stanley Kubrick (1968) adapté du roman "The Sentinel" d'Arthur C. Clarke publié en 1951. Au centre, extrait de la séquence où l'astronaute David Bowman demande au supercalculateur : "Donne-moi la carte performée" (séquence 1:10-1:20). A droite, des exemples de cartes perforées imprimées par le supercalculateur HAL9000. Des répliques en format 3"x5" furent vendues sur Amazon notamment. Documents Yourprops.

A la décharge de Kubrick, il faut dire qu'en 1968 les cartes perforées étaient encore largement utilisées. Mais à cette époque le mainframe IBM 360 (commercialisé en 1965) utilisait déjà des bandes magnétiques et des disques durs en complément des cartes perforées (tout comme l'IBM 370 qui lui succéda en 1970 pour garantir la compatibilité dite vers le bas).

Une échéance à moins de 25 ans ?

Si nous réduisons notre projection à moins de 25 ans, on constate que les idées géniales d'Arthur C. Clarke par exemple, de placer des satellites sur une orbite géostationnaire (cf. ce fichier extractible extrait de "Wireless Book", 1945) ou d'envoyer des hommes sur la Lune dans "Exploration of Space" (1953) ont convaincu les décideurs de leur faisabilité en moins d'une génération.

L'idée du "Nautilus", le sous-marin électrique du capitaine Némo imaginé par Jules Verne dans "Vingt mille lieues sous les mers" en 1869 se concrétisera en 1887 par la fabrication du premier sous-marin électrique par la marine espagnole.

En 1909, Nikola Tesla eut l'idée prémonitoire et géniale des communications sans fil. Mais à défaut d'outils et de théorie appropriées, son idée resta au stade de concept pendant près d'un demi-siècle. Cela confirme qu'il faut parfois plusieurs générations avant de concrétiser certaines idées, le temps que les sciences et les technologies progressent et parfois,  de trouver un financement. Mais le jour où cela arrive, ce n'est pas encore gagné pour autant.

Après l'invention du transitor par les Bell Labs (breveté en 1948) et la première liaison d'AT&T par téléphone cellulaire entre New York et Boston (1947), les majors du secteur ont commandé des enquêtes de marché pour savoir si le public serait intéressé par un téléphone portable. La question qu'on leur soumit était : "Seriez-vous intéressé par un téléphone dans votre poche ?" La réponse fut massivement : "Non". Donc même si la technologie le permettait, il n'y avait pas de marché à l'époque.

Mais en fait, la question fut peut-être mal formulée. On peut imaginer que si on leur avait demandé par exemple : "Souhaitez-vous disposer d'un téléphone portable pour être joignable en tout lieu", la réponse aurait peut-être été positive. Quoiqu'il en soit, il fallut attendre 6 ans pour que Siemens propose le premier téléphone portable (1953) et 20 ans supplémentaires pour que Motorola commercialise le premier téléphone cellullaire (1973).

Concrétisant une idée qui germa vers 1984, Steve Jobs présenta fièrement son iPhone en février 2007. Small is beautiful, isn'it...

Une décennie plus tard, en 1984 Steve Jobs d'Apple déclara à "Newsweek" : "La prochaine étape sera l'utilisation de l'ordinateur comme "conseiller". En d'autres termes, ce sera comme s'il y avait une petite personne dans cette boîte qui anticipera tout ce que vous voulez [...] J'ai toujours pensé qu'il serait vraiment merveilleux d'avoir une petite boîte, une sorte d'ardoise que vous pourriez emporter avec vous." L'iPhone fut commercialisé en 2007 et l'assistant numérique Siri fut lancé en 2010.

Enfin, si on se projète à moins d'une génération, 10-15 ans, la reality-fiction permet de concrétiser la plupart des idées, même si dans leurs détails elles feront parfois sourire les utilisateurs du "futur", pour ne citer que l'exemple des systèmes de réalité virtuelle et augmentée dont la technologie a bien évoluée et sur laquelle nous reviendrons en dernière page.

Ainsi, en 1996 Steve Jobs d'Apple déclara à propos des automobiles : "Prenez les concessionnaires automobiles. Tant d'argent est consacré au stock - des milliards et des milliards de dollars. Or l'inventaire n'est pas une bonne chose : c'est très coûteux, ça prend du temps, il peut être vandalisé, il devient obsolète. Et, en général, les concessionnaires n'ont jamais la voiture que vous voulez dans la couleur que vous voulez. Ne serait-il pas agréable de se débarrasser de tout ce stock ? De ne garder en magasin qu'une seule voiture - blanche par exemple - et de laisser les clients choisir sa couleur et ses options afin de la commander et de la livrer en une semaine ?" En 2008, Tesla ouvrit son premier showroom à Los Angeles. Aujourd'hui ses magasins ont toujours très peu de voitures à présenter. Les acheteurs peuvent commander leur véhicule personnalisé auprès d'un vendeur ou en ligne. Depuis, certains grandes marques proposent également un configurateur en ligne. Il suffit ensuite de passer chez le concessionnaire pour signer le bon de commande.

Steve Jobs avait également déclaré au webzine "Wired" en 1996 : "Je ne stocke plus rien, vraiment. J'utilise beaucoup de courrier électronique et Internet, et avec ça, je n'ai pas à gérer mon stockage. En fait, mon moyen de rappel préféré pour faire quelque chose, c'est de m'envoyer un email. C'est ma mémoire". Apple déploya sont iCloud en 2011 et tous les constructeurs informatique ont suivi. Chacun peut enregistrement automatique ses fichiers dans un espace sécurisé sur Internet via les services du Cloud, pour citer Google Drive et Dropbox.

En 1999, dans son livre "Business @ the Speed of Thought", Bill Gates, ancien CEO de Microsoft avait annoncé la publicité intelligente et ciblée : "Les appareils auront une publicité intelligente. Ils connaîtront vos tendances d'achat et afficheront des publicités adaptées à vos préférences." Depuis les années 2010, nul n'ignore que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) parmi des milliers d'autres webmarchands enregistrent nos habitudes d'internautes lorsqu'on navigue sur le web et nous proposent des publicités ciblées, basées sur nos centres d'intérêts et, mais plus discutable, nous incitent à consulter des contenus publicitaires non sollicités mais qu'on peut supprimer ou bloquer (cf. l'espionnage sur Internet à  propos de la cybercriminalité).

Hype cycle ou cycle de vie des technologies émergentes établi en 2014. Voici le Hype Cycle de 2011 et de 2016. La maturité des technologies est classée en fonction de leur visibilité (l'expérience ou leur impact) et de leur probabilité d'adoption par le marché. Document Gartner adapté par l'auteur.

Enfin, en 1999 Jeff Bezos, CEO d'Amazon, déclara dans une interview accordée à "Wired "au sujet de l'année 2020 : "La grande majorité des produits achetés en magasin - aliments de base, papeterie, produits de nettoyage, etc. - vous les commanderez sur Internet." Le service Amazon Prime fut lancé en 2014. Il propose "des produits d'épicerie et des produits ménagers de première nécessité à bas prix" et une livraison prioritaire en un jour pour une souscription de 5.99 € par mois.

En observant la manière dont évoluent les technologies émergentes en fonction de leur visibilité (l'impact ou l'expérience que nous en avons), on constate qu'elles ont un "cycle de vie". Comme illustré à gauche, au cours de leur vie, toutes les technologies passent par différentes phases : l'invention, l'innovation, la croissance, la maturité et le déclin au profit d'une nouvelle technologie.

On peut aussi situer une technologie relativement aux autres en déterminant sa maturité en fonction de sa visibilité, ce qu'on appelle le "Hype cycle". Il se caractérise par cinq phases ou seuils : la découverte de la technologie, le pic des attentes exagérées (les espoirs), le creux de désillusion, la pente de révélation et le plateau de productivité.

Nous détaillerons ces concepts dans un autre article car ils reviennent régulièrement dans les analyses des experts (cf. Le Big Data et le data mining).

De ces observations, on peut déduire que pour décrire au mieux l'avenir, nous devons identifier les tendances à partir des idées ou des innovations offrant le plus de potentiel, tout en essayant d'imaginer les applications et les produits qui seront retenus par le public, car finalement c'est lui qui jugera l'intérêt de la technologie.

Mais concrètement cela reste très délicat à déterminer quand on sait combien la recherche dépend des idées géniales des inventeurs mais également de la confiance et des subsides qu'on leur accorde. Or, si on peut espérer que l'imagination survivra le temps de mener leur projet à terme, la confiance dépend du résultat.

Quant au budget, il dépend non seulement de critères objectifs mais également de l'état socio-économique de la société et des priorités du monde politique. Que l'un ou l'autre vienne à manquer ou à changer d'avis, et c'est parfois plusieurs décennies d'études et de recherches qui sont anéanties.

L'échéance : 15 ans

A quelle échéance porte notre revue ? Quand on parle d'avenir, on s'imagine dans plusieurs centaines d'années ou des millénaires. Nous avons expliqué qu'une projection à de si longues échéances devient vite irréaliste voire utopique.

Si nous voulons rester réalistes et un tant soit peu concret, nous devons nous baser sur la loi de Moore pour extrapoler des tendances dans un avenir raisonnablement prédictif; cela nous limite à une génération. En effet, à plus longue échéance la plupart des auteurs de science-fiction, les experts en prospective et autres futurologues se sont toujours fourvoyés.

Malgré toute la bonne volonté des experts des bureaux d'études, l'influence des facteurs socio-économiques et politiques peuvent difficilement être évalués à plus d'une génération et viennent grever l'imagination d’une marge d’erreur très importante. Autant donc ne pas relever un tel défi que nous savons perdu d'avance. En outre, sans indice appuyant cette extropolation cela revient à jouer à pile ou face. Cela n'a donc aucun intérêt en soi ni même scientifique puisque personne ne sera là pour confirmer ou infirmer la bonne réalisation de ces concepts.

Ne prenons qu'un exemple récent avec l'ouvrage "Visions" écrit en 1997 par le physicien et futurologue Michio Kaku. A priori on pourrait se dire que l'auteur est mieux placé que quiconque pour anticiper l'avenir. Or on constate que ses prédictions se sont toutes avérées fausses à l'exception du développement du réseau informatique global, mais à l'époque de sa rédaction Internet existait déjà (le premier navigateur fut disponible en 1991 et le code source de l'interpréteur HTML en 1993). Par conséquent, pour éviter que votre dévoué passe pour un farfelu, cela limite notre projection à moins de 15 ans (cela me réconforte aussi avec ma logique car c'est exactement l'échéance que je m'étais fixée avant même d'avoir découvert les "erreurs" dans l'ouvrage de Kaku).

Nous allons donc décrire ce que sera probablement notre quotidien de demain, d'ici 2030, en nous basant sur l'état des sciences et des technologies actuels, les seules certitudes que nous possédons pour extrapoler ces idées. Avec un peu de chances nous serons encore de ce monde pour corriger le texte le cas échéant !

Cette mise à jour continue est d'ailleurs indispensable tant les progrès sont rapides dans tous les domaines. A l'origine cet article tenait sur quelques pages. Aujourd'hui le sujet s'est tellement étoffé que certaines technologies ont du faire l'objet d'articles spécifiques tant les innovations et les applications étaient nombreuses.

Pour partager les émotions de ces scientifiques qui créent le futur, commençons par un sujet qui nous touche de près, celui des écrans plats et l'avenir des écrans souples. C'est l'objet du prochain chapitre, un premier pas dans le futur.

Prochain chapitre

Les écrans souples

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[1] Cf. les "Pensées" de Blaise Pascal, fragment 233 de l'édition Brunschvicg, où il parie sur deux hypothèses opposées ayant la même probabilité.


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