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Le trou noir

Illustration d'un trou noir entouré de son disque d'accrétion de gaz et de poussières détruisant un système exoplanétaire par l'effet des marées gravitationnelles. Document T.Lombry.

Les candidats au titre de trou noir (VIII)

Les grands télescopes, les satellites de détection du rayonnement X tel que Chandra, XMM-Newton et NuSTAR ainsi que les réseaux de radiotélescopes interférométriques ont isolé plusieurs candidats[11] au titre de trous noirs potentiels, qu'il s'agisse de trous noirs stellaires et de faible masse ou galactiques et généralement supermassifs.

Les trous noirs stellaires

Un candidat très célèbre car historique est l'objet Cygnus X-1 qui fit l'objet d'un pari entre Stephen Hawking et Kip Thorne en 1974.

Cygnus X-1 est un système binaire situé à environ 10000 années-lumière constitué d'une étoile bleue de 31000 K et d’environ 30 M et d'un objet compact d'environ 7 M. Les deux composantes tournent autour de leur barycentre en 5.6 jours. La friction sur la matière provoque une dispersion du flux de gaz qui tombe en spirale sur le trou noir.

Il faut environ un mois pour que le gaz capturé en périphérie atteigne la région interne, la plus proche du trou noir. La friction continue sur le gaz porte la matière d’une température de quelques dizaines ou milliers de degrés aux limites extérieures de l’anneau d’accrétion, à plus de 10 millions de degrés près du centre. La luminosité de ce plasma est extraordinaire et se concentre dans les rayons X qui dépassent de plusieurs millions de fois la luminosité globale du Soleil sur tout le spectre.

Illustration artistique du trou noir Cygnus X-1 d'environ 7 masses solaires. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation (Mpeg de 3.5 MB). Consulter le texte pour les explications. Document ESO.

Le flux de rayons X qui arrive sur Terre provient de la partie interne du disque d’accrétion, une région qui s’étend sur moins de 100 km de rayon. Le trou noir doit mesurer quelque 30 km de diamètre. Ainsi que le montre bien l'animation reprise ci-dessous à gauche, à mesure que la matière se rapproche du trou noir son rayonnement se décale de plus en plus vers les longues longueurs d'ondes, raison pour laquelle le nuage isolé de gaz représenté ci-dessous prend une coloration de plus en plus rouge puis il disparaît définitivement en atteignant le rayon de Schwarzschild.

Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Comme le rappelle Jean-Pierre Luminet, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des trous noirs, "Il suffirait que la distance qui nous sépare du système Cygnus-X1 soit plus courte de 10 % pour que la masse minimale du compagnon hyperdense tombe en dessous du seuil fatidique des trois masses solaires".

Si ceci est vrai pour ce candidat problématique proche de nous, il existe dans l'Univers des candidats au titre de trou noir bien plus massifs où même une imprécision des calculs ne change pas radicalement l'ordre de grandeur astronomique de leur masse qui s'exprime en dizaines de millions et même en milliards de masses solaires !

Parmi les autres candidats de faible masse existants dans la Voie Lactée citons :

- le microquasar V404 Cygni, un système binaire situé à environ 7800 années-lumière qui connut des éruptions X et gamma spectaculaires en 1989 (que certains associèrent à l'époque à une nova) et en 2015. On estime qu'il abrite un trou noir stellaire de 12 M.

- le coeur du nuage moléculaire CO-0.40-0.22 situé à 200 années-lumière de Sagittarius A* abriterait un trou noir intermédiaire de 100000 M.

Dans le Groupe Local, grâce aux satellitse Uhuru (1971) puis Rosat (1990), les astronomes ont découvert des émissions X dans plusieurs objets situés dans le Grand Nuage de Magellan à 166000 années-lumière. Il s'agit de LMC-X-1 et LMC-X-3, deux systèmes binaires abritant chacun probablement un trou noir stellaire de respectivement environ 3 M et 7.6 M.

A gauche, la région de LMC-X-1 qui abriterait un trou noir stellaire d'environ 3 masses solaires. Au centre, le mini trou noir de 500 masses solaires qui se cache dans le coeur de la galaxie irrégulière M82 qui contient par ailleur un trou noir supermassif de 30 millions de masses solaires. Analysé en rayons X le point brillant indiqué par la flèche représente la chaleur émise par le disque d'accrétion composé de plasma qui entoure le trou noir. Cette étoile effondrée ne serait pas plus grande que la Lune. A droite, illustration du disque de gaz et de poussières d'environ 10 années-lumière entourant le trou noir supermassif de 15 millions de masses solaires situé au coeur de la galaxie spirale barrée M77 alias NGC 1068, le prototype des AGN situé à 45 millions d'années-lulière dont voici une image prise par le VLT. L'existence de ce disque fut confirmée en 2015 grâce aux observations en interférométrie du VLT et en X des télescopes spatiaux NuSTAR et XMM-Newton. Chaque année, à travers ses jets polaires, ce trou noir éjecte l'équivalent de plusieurs masses solaires à environ 3000 a.l. Documents Rosat/MPG, Chandra/SAO/NASA, Greg Bacon/STScI et NASA/JPL,

Parmi les objets extragalactiques, l'amas globulaire NGC 1601 situé à 228 millions d'années-lumière dans la constellation de l'Eridan contiendrait plusieurs centaines de trous noirs stellaires (cf. cette étude de 2016 basée sur des simulations).

Enfin, la galaxie irrégulière M82 située dans la Grande Ourse abriterait un petit trou noir de 400-500 M dénommé M82 X-1 mais également un trou noir supermassif de 30 millions de masses solaires.

Les trous noirs supermassifs

Selon des mesures effectuées en 2015 grâce au télescope X Chandra, les trous noirs galactiques ont une masse minimale de 50000 M. Mais de toute évidence, à l'échelle astronomique il n'y a pas de maximum ou presque ainsi que nous allons le découvrir.

Les études réalisées au moyen des plus grands télescopes terrestres épaulés par les télescopes spatiaux ont permis d'identifier des dizaines de galaxies, quasars et objets exotiques qui abriteraient un trou noir supermassif de plusieurs millions ou milliards de masses solaires :

- le cœur des galaxies M31, M32, M49, M59, M60, M61, M81, M82, M84, M85, M88, M96, M104, M105, M106, M108, NGC 109, NGC 4261 et NGC 6240 parmi les plus connues

- le cœur des galaxies de Markarian (galaxies de Seyfert et quasars) Mrk 79, Mrk 231, Mrk 335, Mrk 501, Mrk 509, Mrk 771, Mrk 817, Mrk 1095

- le cœur des AGNs Centaurus A (NGC 5128), Cygnus A, Hercules A, Perseus A, Virgo A (M87) et des galaxies de Seyfert M77 (NGC 1068) et 3C273.

A partir des données du sondage SLOAN (DSS) qui répertoria 120000 galaxies, en 2003 on estimait que 20000 d'entre elles soit une sur six abriterait un trou noir supermassif. L'analyse des quasars montra que ce nombre pouvait être entre deux et cinq fois supérieur, ce qui signifie que pratiquement toutes les galaxies abriteraient un trou noir supermassif !

Aux dernières nouvelles, les galaxies de Seyfert et celles présentant un noyau peu actif abriteraient un trou noir supermassif de 1 à 100 millions de M tandis que les quasars abriteraient un trou noir de plus de 100 millions de M. Voyons quelques sujets remarquables triés en fonction de leur masse en commençant par celui situé au centre de notre Galaxie présenté ci-dessous.

Ci-dessus, à gauche et au centre, le centre de la Voie Lactée observé dans le proche infrarouge par l'observatoire NACO de l'ESO. Les flèches indiquent le centre galactique. Sur la légende, le trou noir supermassif qui se trouve dans la source Sgr A* se situe près des lettres "SW" et la source IRS 16. A droite, une image X obtenue en 2005 par le télescope Chandra (rouge = 2-3.3 keV, vert=3.3-4.7 keV, bleue=4.7-8 keV). L'image couvre un champ large de 5.6". Ci-dessous à gauche, simulation des images en fausses couleurs du trou noir supermassif Sgr A* (modèle MBQ) et de celui de M87 (modèle DJ1) que pourrait observer les astronomes grâce à l'installation VLBI de l'Event Horizon Telescope. Le trou noir est le disque sombre au centre entouré de son disque d'accrétion. L'image est floue car elle simulte l'effet de la diffusion interstellaire. La forme de croissant est provoquée par l'effet relativiste sur la lumière et la courbure des rayons suite à l'effet gravitationnel. Document extrait de Angelo Ricarte et Jason Dexter, MNRAS (2014).

Le coeur de la Voie Lactée contiendrait un trou noir supermassif car la distribution et les mouvements des étoiles indiquent la présence d'un corps compact d'environ 4.3 millions de masses solaires qui attire à lui très rapidement les étoiles situées à quelques années-lumière de distance. Son attraction accélère certaines étoiles proches (quelques jours-lumière) jusqu'à 4500 km/s soit 16 millions de km/h ! Ce trou noir supermassif est situé dans la source Sgr A*.

Parmi les autres objets du ciel profond abritant vraisemblablement un trou noir supermassif citons par masse croissante :

- le cœur du quasar ULAS J112001.48+064124.3 abriterait un trou noir supermassif d'un million de masse solaire. Mais le plus étonnant est que ce quasar est non seulement très lumineux (l'équivalent de 63000 milliards de soleils soit plus de 150 à 300 fois la Voie Lactée) mais il se trouve à plus de 13 milliards d'années-lumière (z=7.085). Il est difficile de comprendre comment un trou noir aussi massif a pu se former à peine 770000 ans après le Big Bang, dans un Univers ayant 6% de sa taille actuelle.

- Le cœur de la galaxie NGC 1365 située dans l'amas du Fourneau à 60 millions d'années-lumière abrite un trou noir supermassif de 2 millions de masses solaires. Son diamètre (horizon externe ou horizon des évènements) mesure plus de 3 millions de km et sa surface tourne pratiquement à la vitesse de la lumière (taux de rotation A* ~ 1) !

- le cœur de la galaxie M77, alias NGC 1068, une galaxie de Seyfert II prototype des AGN de magnitude apparente +9.6 située à environ 47 millions d'années-lumière abrite un trou noir supermassif de 15 millions de masses solaires entouré d'un disque d'accrétion de gaz et de poussières d'environ 10 années-lumière de diamètre. C'est la première galaxie où les astronomes ont observé en détail (résolution de 2.5 pc) le tore de poussières entourant le trou noir.

- La radiosource NGC 5128, Centaurus A, située à 12 millions d'années-lumière abriterait un trou noir supermassif de 55 millions de masses solaires.

La radiosource NGC 5128, Centaurus A, située à 12 millions d'années-lumière. Cet AGN présente un diamètre apparent d'environ 16' soit le quart de la pleine Lune. A gauche, une photographie prise en 2012 par le télescope de 2.2 m de l'ESO à La Silla. L'exposition totale a dépassé 50 heures et révèle toute l'extension de la galaxie elliptique dont voici une photo montrant les coquilles extérieures encore plus étendues photographiées par le CTIAO. Au centre, compositage des images visibles (RGB), IR proche à 870 nm (orange), radio submillimétrique (jets extérieurs orange) et X (bleu et halo central) réalisé en 2009. A droite, image en infrarouge prise par le télescope spatial Spitzer de 0.85 m en 2004 révèle une galaxie spirale prenant une forme de parallélogramme en train de tomber sur la galaxie elliptique, vraisemblablement déchiquetée par l'attraction du trou noir présumé caché dans le noyau brillant. Documents ESO, ESO/NASA et Spitzer/Caltech.

 

- le cœur de la galaxie spirale barrée NGC 1097 située à 45 millions d'années-lumière dans le Fourneau abriterait un trou noir supermassif de 140 millions de masses solaires.

- le cœur de la galaxie d'Andromède M31 situé à 2.5 millions d'années-lumière abriterait un trou noir supermassif de 230 millions de masses solaires. Son compagnon elliptique M32 abriterait également un trou noir galactique.

- le cœur de la galaxie NGC 7052 abriterait un trou noir de 300 millions de masses solaires entouré d'un disque de gaz et de poussières d'environ 3 millions de masses solaire. Ce disque est l'un des plus vastes; son diamètre atteint 3700 années-lumière !

Le blazar CTA 102 situé dans Pégase à 8 milliards d'années-lumière photographié par Tom Polakis avec un télescope de 317 mm f/6.7, 3 minutes d'exposition avec une caméra CCD SBIG ST-3603. CTA 102 brillait à la magnitude V=12.2. La petite galaxie à sa droite est NGC 7305 située à 400 millions d'années-lumière.

- le coeur du fameux blazar CTA 102 (QSO 2230+114 ou 4C 11.69) présenté à droite abrite un trou noir supermassif de plus de 851 millions de masses solaires. Ses émissions gamma ont été détectées par le satelite EGRET jusqu'à plus de 100 MeV. Rappelons que cet objet de la famille des quasars est situé à 8 milliards d'années-lumière dans Pégase. Il brille normalement à la magnitude +16.5 mais peut atteindre +13.8 lors de sursauts d'éclats comme en 2012 et 2016 (cf. ce graphique de l'AAVSO) et même descendre sous la magnitude +12 comme fin 2016, devenant le seul quasar situé à cette distance visible dans un télescope amateur de 150 à 200 mm de diamètre.

Ensuite, il y a quelques trous noirs supermassifs pesant plusieurs milliards de masses solaires, soit autant qu'une galaxie :

- Le cœur du quasar QA2237+0305 contenant la fameuse "Croix d'Einstein" abriterait un trou noir supermassif de 1 milliard de masses solaires et dont le taux de rotation, le spin A* ≥ 0.65.

- le cœur de la galaxie M87, Virgo A, alias 3C274, de magnitude apparente +9.59 située à 53.5 millions d'années-lumière abriterait un trou noir supermassif de 3.5 milliards de masses solaires[12] et émet un jet relativiste sur 4300 années-lumière. Ce trou noir est tellement massif que les effets habituels de marées gravitationnelles ont quasiment disparu : le trou noir de M87 ne présenterait pas de disque d'accrétion.

- le cœur de la galaxie NGC 3842, la plus brillante de l'amas du Lion (Mv=12.8) située à 331 millions d'années-lumière abriterait un trou noir supermassif de 9.7 milliards de masses solaires.

- le cœur de l'amas de galaxies MS 0735.6+7421 situé dans la constellation de la Girafe (entre Dubhe de la Grande Ourse et l'étoile polaire) abrite un trou noir supermassif de 10 milliards de masses solaires qui porte le même nom que l'amas.

Début 2005, grâce au satellite Chandra, l'astrophysicien Brian McNamara de l'Université d'Ohio et son équipe ont découvert l'une des plus grandes éruptions jamais observée autour d'un trou noir : l'énergie libérée atteignit 1061 ergs soit 1054 J ! MS 0735.6+7421 ressemble à l'amas extragalactique Perseus. En effet, tout deux affichent un disque d'accrétion central très lumineux, entouré par deux immenses cavités vides de matière, à la différence que celles de MS 0735.6+7421 sont dix fois plus vastes : elles mesurent 600000 a.l. de diamètre !

A voir : The life and death of black holes explained

A gauche, le quasar Mrk 231 abriterait un trou noir binaire supermassif de 12 milliards de masses solaires. Au centre, la configuration spatiale du trou noir binaire supermassif OJ 287 de 17 milliards de masses solaires. A droite, l'aspect dans le rayonnement X de l'étrange structure baptisée MS 0735.6+7421 comparée à l'amas Perseus à la même échelle. Le trou noir se situe dans l'objet brillant central. Documents NASA/ESA/STScI, Tuorla Obs./U.Turku et Chandra/B.McNamara et al.

Notre nouveau candidat se situe pratiquement à 3 milliards d'années-lumière et brille aussi fort que l'amas de Perseus qui se situe dix fois plus près (250 millions a.l.) !

MS 0735.6+7421 est entouré d'une immense bulle de gaz. Ce gaz qui apparaît en rouge sur l'image de Chandra présente une température de plusieurs millions de degrés. Il provient d'une immense éruption X générée par le trou noir.

Comment explique-t-on ce phénomène ? Les deux cavités qui apparaissent de part et d'autre du trou noir central (caché dans l'objet brillant) ne contiennent pas beaucoup de gaz chaud. Elles représentent en fait deux immenses bulles magnétisées contenant des électrons de très haute énergie émettant des ondes radios.

La magnitude de l'éruption découverte par Chandra suggère qu'une grande quantité de gaz et de plasma sont en train de s'engouffrer vers le trou noir central. Ce phénomène génère des champs électromagnétiques très intenses qui ont éjecté une fraction du gaz sous forme de jets bipolaires contenant des particules de haute énergie. Ces deux jets expulsés dans des directions opposées ont repoussé le gaz chaud sur les côtés, ce qui a donné naissance à ces cavités.

Selon Brian McNamara de l'Université d'Ohio, depuis qu'il existe le trou noir aurait déplacé une masse de gaz d'environ mille milliards de masses solaires ! Les trois animations présentées ci-dessus illustrent ce phénomène.

A voir : Black Hole Comparison

Tailles respectives d'un trou noir de 1 M jusqu'à celui de 20 milliards de M

Simulation de l'activité de MS 0735.6+7421

A gauche, explication de la structure de l'objet (mpeg de 1.6 MB). Au centre, comparaison de sa taille avec l'amas Perseus (mpeg de 1.4 MB). A droite, explication de la formation des cavités (mpeg de 3.5 MB). Documents Chandra/B.McNamara.

Chandra a déjà découvert des cavités de rayonnement X dans d'autres galaxies, mais celles de MS 0735.6+7421 sont à ce jour les plus vastes et les plus énergiques. Pour créer une telle éruption, McNamara estime que le trou noir supermassif central a dû engloutir sous forme de gaz l'équivalent de quelque 300 millions de masses solaires au cours des 100 derniers millions d'années, soit en moyenne entre 10 et 1000 étoiles de la masse du Soleil chaque année !

- le coeur du quasar J0100+2802 abriterait un trou noir supermassif de 12 milliards de masses solaires.

- le coeur du quasar Mrk 231, alias UGC 8058, qui est une galaxie de Seyfert de Type 1 située à 600 millions d'années-lumlière abriterait un trou noir binaire supermassif de 12 milliards de masses solaires.

- la source primaire de l'objet BL Lacertae OJ 287 de magnitude apparente +14.83 situé à 3.5 milliards d'années-lumière abriterait un trou noir binaire supermassif de 17 milliards de masses solaires autour duquel graviterait un "petit" trou noir de 100 millions de masses solaires. Le diamètre du trou noir principal serait de 104 milliards de kilomètres soit un rayon de 347 UA ou près de 9 fois la distance du Soleil à Pluton (dont le demi-grand axe vaut 39.4 UA)

La galaxie elliptique géante NGC 4889 abrite un trou noir supermassif de 21 milliards de masses solaires et de 130 milliards de kilomètres de diamètre soit 434 UA de rayon ou 11 fois la distance du Soleil à Pluton. Document NASA/ESA/STScI.

- le centre de l'amas de galaxies SPT-CLJ2344-424311 situé dans le Phoenix à z=0.596 contiendrait un trou noir supermassif de 20 milliards de masses solaires. On estime qu'il avalerait l'équivalent de 60 millions de masses solaires chaque année.

- le coeur de la galaxie elliptique NGC 4889 de magnitude apparente +12.9 située à 94.4 millions d'années-lumière dans l'amas de Coma abriterait un trou noir supermassif de 21 milliards de masses solaires. Son diamètre (celui de l'horizon des évènements) est de 130 milliards de kilomètres soit 434 UA de rayon ou environ 11 fois la distance du Soleil à Pluton !

- le coeur du quasar APM 08279+5255 situé à 12 milliards d'années-lumière abriterait un trou noir supermassif de 23 milliards de masses solaires !

- le coeur du quasar H1821+643 situé à 3.4 milliards d'années-lumière dans le Dragon abriterait un trou noir supermassif de 30 milliards de masses solaires !

- le coeur de l'objet SDSS J102325.31+514251.0 abriterait un trou noir supermassif de 33 milliards de masses solaires !

- le coeur du quasar S5 0014+813 alias 6C B0014+8120 situé à 12.1 milliards d'années-lumière (z=3.366) dans Céphée abriterait un trou noir supermassif de 40 milliards de masses solaires ! C'est le record !

Ce quasar ou plus exactement ce blazar FSRQ est une galaxie elliptique géante de magnitude apparente +24. Le rayon de Schwarzschild du trou noir mesure 118.35 milliards de kilomètres. Son horizon externe mesure donc 236.7 milliards de kilomètres de diamètre soit 791 UA de rayon ou 20 fois la distance du Soleil à Pluton ! Sa magnitude bolométrique (en tenant compte de l'ensemble du spectre) atteint -31.5 soit 300 mille milliards (3x1014) de fois supérieure à celle du Soleil, équivalente à 25000 Voie Lactée ! Ce trou noir absorberait l'équivalent de 4000 masses solaires chaque année. Vu sa masse, on estime que ce trou noir survivra environ 101000 ans !

Avec autant d'observations, on ne peut plus évoquer des erreurs de mesures ou une propention à "voir des trous noirs partout", et moins encore quand on observe à chaque fois les mêmes phénomènes associés, des émissions X et gamma, des jets de matière, des lobes radios gigantesques et un disque d'accrétion.

Reste une question qui fache, tous ces phénomènes violents sont-ils réellement associés à des trous noirs ?

Jusqu'à la fin du XXe siècle, d’autres théories pouvaient encore récupérer ces indices à leur avantage et considérer qu’il n’existait pas de trou noir au centre des galaxies ni de trous noirs à l'échelle stellaire. Par son aspect conjectural, le trou noir est longtemps resté une entité théorique qui ne plaisait pas à tous les astrophysiciens, bien que les opposants étaient tous les jours moins nombreux.

A voir sur ce site : Alien Worlds

Illustrations de trous noirs et autres objets célestes

A gauche, le centre de la galaxie NGC 4438 située à 50 millions d'années-lumière dans l'amas de la Vierge. La bulle brillante au centre s'étend sur 800 années-lumière. Ce jet très suspect ne peut être émis que par un processus violent, différent de la nucléosynthèse et non thermique, typique de l'activité d'un trou noir supermassif comme le confirmèrent les astronomes en 2000. Au centre, grâce au Télescope Spatial Hubble, en 1998 un disque d'accrétion fut découvert dans la galaxie NGC 7052. Le disque mesure 3700 années-lumière de diamètre ! Sur base de sa vitesse de rotation, on estime qu'il abrite un trou noir de 300 millions de masses solaires entouré d'un disque de gaz et de poussières d'environ 3 millions de masses solaires. A droite, image optique de la petite galaxie Perseus-A, alias NGC 1275, contenant dix fois moins d'étoiles que la Voie Lactée. Le satellite Chandra a découvert qu'il s'agissait d'une puissante source de rayonnement X émis par des étoiles s'effondrant probablement sur un trou noir. Elle se situe à 320 millions d'années-lumière. Documents NSSDC/HST et Chandra/CXC.

Le rayonnement des galaxies à noyau actif et des autres objets y ressemblant peut s'expliquer par des processus naturels ne faisant pas appel aux trous noirs. Les théories avec trous noirs sont en faveur, mais sans preuves directes. Les modèles théoriques expliquant de nombreuses observations, il ne serait toutefois pas prudent de rejeter leur introduction dès lors que certains sont confirmés par l'observation du coeur de la Voie Lactée et des galaxies abritant les trous noirs les plus massifs.

Encore aujourd'hui, malgré les découvertes faites en ce domaine, la prudence qui est la règle en science impose à tous les astronomes de réserver leur jugement. Toutefois, à mesure que les observations s'accumulent, vu les énergies, les masses et l'ampleur des effets observés, il devient difficile de faire intervenir d'autres mécanismes que ceux associés à un trou noir.

De toute façon, comme le remarque humoristiquement le radioastronome François Biraud dans une lettre qu'il m'adressa, "inutile de bouleverser la physique !!", partageant par cette boutade l’interprétation de la majorité des astronomes. Nous avons un concept et des théories, incomplètes, mais elles expliquent assez bien les propriétés des trous noirs. Aucune autre modèle ne peut aujourd’hui prétendre expliquer l’ensemble de ces phénomènes de manière aussi simple qu'en faisant appel aux trous noirs.

Dernier chapitre

L'origine des trous noirs supermassifs

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[11] Concernant les trous noirs extragalactiques lire, J.Henry, Astrophysical Journal Letters, 285, 1984, L27 - J.Kormendy, Astrophysical Journal, 325, 1988, p128 - A.Dressler et al., Astrophysical Journal, 353, 1990, p118 - M.Rees, Scientific American, Nov.1990, p26 - M.Miyoshi et al., Nature, 373, 1995, p127. Concernant Cygnus X-1 lire, T.Belloni et G.Hasinger, Astronomy and Astrophysics, 227, 1990, pL33 - K.Yoshida, PASJ, 45, 1993, p605 - B.Harmon et al., AIP Conf. Proc. 280, 1993 “First Compton GammaRay Observatory Symposium - F. van der Hooft et al., Astrophysical Journal, 458, 1996, pL75 - D.Crary et al., Astrophysical Journal, 462, 1996, pL71-L74. Consultez également l'actualité sur les sites de Chandra, XMM-Newton et NuSTAR parmi d'autres.

[12] En 1994 (cf. “Sky & Telescope”, August 1994, p13) on estimait sa masse à un milliard de masses solaires. Elle fut réévaluée en 2011 à 6.3 milliards de masses solaires puis réestimée en 2013 par l'équipe de J.Walsh à 3.5 milliards de masses solaires.


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