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La gestion de la crise sanitaire de Covid-19

L'être humain étant sociable, le confinement a ses limites. Même quand on a la chance d'utiliser les nouvelles technologies, elles ne remplacent pas le contact humain.

Le déconfinement (V)

Comme nous l'avons tous constaté, les mesures de confinement ne sont pas agréables à supporter et coûtent cher à la communauté au sens propre. Pendant la pandémie, la question n'était pas tant de savoir s'il fallait assouplir les mesures de confinement - tout le monde espérait même qu'elles soient rapidement supprimées - mais quand elles seraient appliquées. La réponse dépend non seulement de la situation sanitaire mais également des moyens dont l'État dispose pour assouplir le confinement tout en gardant le contrôle de l'épidémie et en maîtrisant l'impact économique de ces mesures de confinement, si elles sont supportables ou conduisent le pays à la faillite (comme ce fut par exemple le cas au Liban, cf. BFM Business).

Ce greffe sur l'impact économique du confinement les impacts psychologiques qui touchent non seulement la population, y compris les enfants, mais également le personnel de la santé, en particulier dans les hôpitaux qui est en première ligne depuis le début de la pandémie et voit concrètement tous les jours les effets du sous-financement des hôpitaux évoqués précédemment avec un personnel épuisé et des équipes en sous-effectifs après une année passée au chevet de dizaines de milliers de patients Covid.

Le principe du confinement

Le confinement tel qu'il fut appliqué en Europe en mars 2020 limita la circulation de la population pour éviter la propagation du virus. Un décret français imposa même à la population de justifier par écrit tout déplacement et lui interdit de rendre visite à un proche habitant à plus de 5 minutes ou à plus de 1 km du domicile. Comme en Suède et en Belgique, la France interdit les visites en maison de repos (EHPAD, cf. BFMTV), et à l'hôpital elle n'autorisa qu'un seul membre de la famille. Les autres pays autorisèrent ces visites mais il y avait des règles à respecter, et même d'une province à l'autre ou entre pays frontaliers, distances obligent.

En soi, se pose légalement la question éthique de la liberté des personnes de visiter leurs proches en situation critique et l'accompagnement des personnes âgées. L'autorité publique, une maison de repos, un centre pour handicapés, un hôpital peuvent-ils empêcher les membres de la famille de rendre visite à un proche afin de s'assurer de son état de santé et le rassurer ? La réponse est évidemment, non. On ne devrait pas interdire à la famille de visiter ses proches, encore moins les interdire, surtout pour les personnes âgées en situation de stress, ayant perdu leur autonomie ou en fin de vie ainsi que pour les personnes souffrant d'une maladie mentale (par ex. d'Alzheimer) ou les handicapés mentaux qui supportent mal cette situation. S'il fallait le rappeler, tout institut peut définir des zones "propres" et des zones "sâles", fournir des vêtements de protection ou à défaut des moyens vidéos pour entrer en contact avec la personne isolée.

Le confinement, comme le télétravail, peut être une contrainte autant qu'un plaisir, et donc une source de stress. Document Shutterstock.

Même des médecins reconnaissent qu'il est très inhabituel et même dérangeant que les proches ne puissent pas visiter un membre de leur famille isolé, délaissé, en souffrance ou en fin de vie. Quels que soient les risques - et on en connut d'autres en temps de guerre -, ce n'est tout simplement pas humain. A cause du confinement, beaucoup de personnes isolées ont l'impression d'être abandonnées par leurs proches qui par conséquent culpabilisent.

Ajoutons tous les étudiants qui logent dans des cités universitaires dans des kots de 9 m2 et les personnes qui louent des studios à peine moins exigus (20-25 m2) et disposent de très peu d'argent ou sont tributaires de l'aide sociale. En France, au plus fort de la première vague épidémique, tous furent empêchées de rejoindre leur famille ou des amis en raison du confinement, et ne disposaient ni de jardin ni de balcon pour prendre l'air comme les plus chanceux.

Enfin, l'activité économique ne s'arrête pas totalement durant le confinement. Les entreprises et les indépendants doivent continuer à travailler pour subvenir aux besoins de la société mais aussi pour éviter la faillite. Le télétravail est une solution mais elle n'est pas donnée à tous ni possible dans toutes les entreprises.

Si l'État doit évaluer le juste équilibre en liberté et sécurité sanitaire, contrairement à ce que la plupart des autorités ont décrété dans l'urgence et donc sans trop réfléchir, il n'existe pas qu'une sorte de confinement auquel tout monde doit se plier.

Le télétravail est une solution qui permet de tirer profit du confinement et certaines personnes peuvent y trouver du plaisir. Mais à plein-temps ce n'est pas une solution viable. En effet, en fonction de ses conditions de vie ou de sa santé, chacun ressent le confinement différemment, comme un plaisir, un mal nécessaire ou une contrainte. Rester enfermé chez soi, parfois en présence de sa famille et en devant gérer des enfants parfois fatigués ou capricieux, ou en supportant des voisins bruyants peut rapidement devenir une épreuve stressante. De plus, certaines personnes ne supportent pas le confinement et doivent prendre l'air ou visiter leurs proches régulièrement. La météo vient aussi aggraver la situation. Durant les vacances de Pâques 2020 et un peu partout dans le monde, on a constaté que beaucoup de personnes profitèrent du beau temps pour sortir car elles en avaient besoin, quitte à braver les mesures de confinement et de distanciation sociale et de payer une amende. Leur raisonnement était simple : leur santé mentale primait sur le risque.

En plus de la difficulté de vivre confiné, de ne pas être libre de ses mouvements et de ne pas pouvoir visiter ses proches, se greffe le problème de ne pas pouvoir faire de projet, planifier son emploi du temps futur ou ses vacances, bref entrevoir sereinement l'avenir. Cela peut être une source supplémentaire de stress pouvant conduire certaines personnes à la déprime voire à la dépression si le malaise devient chronique.

La principale différence entre la prison et le confinement, c'est le degré de liberté, mais dans les deux cas c'est difficile à vivre.

Malgré tout, il faut être civique et se rappeler que le service de la santé ne prend pas congé et travaille 24 heures sur 24. Le personnel de la santé doit assurer des permanences et travaille dans des conditions risquées que la plupart des gens refuseraient d'assumer. Si certaines personnes inciviques ou sans compassion n'y portent aucune attention, c'est un facteur de stress et de risque que l'autorité sanitaire et le monde politique doivent prendre en compte au risque d'être confrontés un jour ou l'autre à des accidents ou une pénurie de personnel.

En résumé, au bout d'un mois de confinement et de contraintes jusqu'à devoir supporter de longues files d'attente dans les supermarchés, en Belgique et surtout en France, la majorité de la population et d'autant plus les locataires vivant dans de petits logements a signifié clairement "en avoir marre" et s'est plainte que les règles étaient trop restrictives et que l'État devrait assouplir les mesures.

Quelques rares ministres et médecins se sont insurgés contre un tel assouplissement et voulaient au contraire renforcer les mesures de confinement pour ne pas aggraver la pandémie et saturer les hôpitaux. Or ces ministres oublient qu'un certain nombre de personnes confinées ont besoin de bouger, le kiné par exemple doit leur prodiguer des soins à défaut de quoi leur handicap ou leur maladie va s'aggraver, elles perdront toute leur autonomie et devront définitivement être alitées. Les étudiants ont besoin du soutien et de la présence physique de leur famille et vice-versa. Les personnes âgées ont besoin de contacts et de la présence physique de leurs proches.

Pour toutes ces personnes, il est nécessaire et parfois urgent de modifier les conditions d'application du confinement. Mais pas seulement pour des questions sanitaires, psychologiques ou sociales. De plus en plus de salariés et d'employeurs comprennent que si le confinement se poursuit, c'est leur emploi ou la survie de leur entreprise qui est menacée.

En conclusion, lors de la revue des conditions du confinement mi-avril 2020, les autorités belges et française en concertation avec les experts ont décidé de maintenir le confinement strict tout en accordant de nouvelles dérogations à certaines personnes, notamment aux jeunes isolés pour rejoindre leur famille ou pour aider les personnes seules ou handicapées. De nouvelles mesures financières furent également adoptées pour aider les petites entreprises.

Finalement, la plupart des pays ont choisi un déconfinement en palier (progressif). Ce processus doit respecter certaines conditions.

Les conditions du déconfinement

Malgré les conséquences économiques et psychologiques du confinement, pour organiser un déconfinement ou assouplir les mesures de confinement, plusieurs conditions doivent être réunies. Ce n'est pas une question politique mais épidémologique à laquelle seuls les experts en épidémiologie, virologie et infectiologie peuvent répondre. Ensuite, le gouvernement doit tenir compte des impacts psychologiques et c'est seulement ensuite qu'il pourra prendre sa décision. Les critères dont il faut tenir compte sont les suivants :

- Il faut que le pic épidémique soit franchi et qu'on soit certain que l'épidémie régresse

- Il faut que le nombre de nouveaux cas diminue sensiblement ainsi que le nombre de patients en réanimation afin de ne pas saturer le système de santé

- Il faut avoir dépisté massivement la population et donc avoir les moyens d'effectuer des tests PCR ou sérologiques

- Il faut des masques pour protéger la population.

En Belgique et en France, le premier pic épidémique fut franchi vers le 20 avril 2020. Toutefois, en Belgique le nombre de cas continua d'augmenter mais le nombre de nouvelles hospitalisations se stabilisa. Bref, avant les vacances d'été nous étions toujours sur un plateau et loin d'être débarrassé du virus. Quant aux deux derniers critères, aucun pays n'était prêt.

En conclusion, tant que ces quatres critères ne sont pas réunis, toute personne de bon sens basant son opinion sur l'avis des scientifiques doit conclure que le confinement doit être maintenu. Mais il semble que ce bon sens prudent ait échappé à plusieurs gouvernements !

L'émotion d'une femme lors de la cérémonie de réouverture de l'aéroport de Wuhan le 7 avril 2020. Officiellement, à cette date le virus fit plus de 3300 victimes en Chine. La pandémie sévissait depuis le 11 mars 2020. Document Hector Retamal/AFP.

Combien de temps peut durer un confinement ? Pour le dire vite, "il durera aussi longtemps que nécessaire" pour reprendre la réponse officielle. En effet, on ne peut pas risquer de subir une nouvelle vague épidémique sous le motif que les gouvernements auraient agi dans la précipitation pour des raisons économiques ou sous la pression d'une population indisciplinée et à bout de nerf. Or nous allons voir que les gouvernements ont fait tout le contraire... d'où l'arrivée d'une deuxième vague en automne qui s'est maintenue jusqu'en 2021.

Même si le confinement arrête la propagation du virus faute de cibles à contaminer, ce n'est pas cette stratégie qui le tuera. En effet, le virus reste présent chez des individus asymptomatiques et certainement dans des réservoirs animaux (cf. les zoonoses). Si on peut détecter les cas asymptomatique par dépistage (voir plus bas), on ne peut pas empêcher les zoonoses.

C'est la raison pour laquelle la question du déconfinement, de savoir quand la population pourra librement se déplacer et s'il doit être graduel (cela paraît évident) ou à effet immédiat est une question à laquelle seuls les épidémiologistes peuvent répondre sur base du résultat des modélisations et des réponses apportées au statut des quatre critères décrits ci-dessus.

D'un point de vue épidémiologique, du fait que les experts se basent sur des valeurs statistiques (basées sur des données de terrain relevées quotidiennement), l'inconvénient d'une mesure sanitaire est qu'il faut patienter entre 10 et 14 jours pour voir son effet. C'est en effet le délai d'incubation dont il faut tenir compte pour savoir si le virus a continué de se propager dans la population. Ceci explique pourquoi les décisions majeures concernant le confinement sont prises à deux semaines d'intervalle. Cela n'empêche pas le chef d'État ou le Premier ministre de signer entre-temps de nouveaux décrets ou dérogations pour débloquer d'urgence une situation devenue critique ou assouplir les conditions d'application.

Pour assouplir les mesures de confinement tout en garantissant la sécurité sanitaire, il faut impérativement que le fameux Ro tombe en-dessous de 1 (cf. la modélisation des épidémies) et en parallèle soit et idéalement qu'on élimine le virus grâce à la vaccination soit qu'on attende que la majorité de la population... soit contaminée et auto-immunisée. Tant que la propagation du virus n'est pas endiguée et que l'épidémie est présente, il faut prolonger les mesures de confinement ou de protection pour protéger les personnes saines non immunisées.

Concrètement, cela signifie que tant que la majorité de la population n'est pas immunisée contre le virus et que l'épidémie stagne (la courbe des contaminés reste sur un plateau sans redescendre), il faudra maintenir la fermeture de certains secteurs économiques sources de contagions voire le confinement et, si nécessaire, complétés par un couvre-feu. Mais c'est un cercle vicieux. En effet, plus on attend, plus le coût économique et les impacts psychologiques seront élevés pour finir par être insupportables. Les inconvénients du confinement seront alors supérieurs aux bénéfices qu'on en attend.

Mais face à l'impact sanitaire d'un déconfinement irréfléchi décidé sous la pression, en plein pic épidémique, à la limite de saturation des hôpitaux et sans masque pour la population, une telle décision aurait été irresponsable et pouvait s'avérer dramatique. Conclusion, chacun a dû se faire à l'idée qu'il valait mieux en rester au plan d'action de base et attendre que tous les critères du déconfinement progressif soient réunis. C'est la décision la plus sage car ainsi les gouvernements ont pu garder la maîtrise de la situation, même si les contraintes se sont avérées de plus en plus difficiles à supporter. Mais comme nous allons l'expliquer, tous les décideurs ne pensaient pas ainsi.

Respect de l'éthique et devoir civique

Qu'est ce que l'éthique vient faire ici ?, se demanderont certains lecteurs. La réponse de l'éthicien se résume en deux mots : guider les décideurs, rien de plus. Comme un phare guide les marins, le comité d'experts qui conseille le gouvernement et assure le suivi du déconfinement comprend des représentants des principaux acteurs économiques (commerces, salariés, artisans) et si possible un méditeur, un psychologue, un représentant des Droits de l'Homme et un expert en étique. Le rôle de ce dernier consiste à rappeler au gouvernement de respecter la moralité. Un tel comité a par exemple été mis en place au Luxembourg qui fut l'un des très bons élèves durant cette crise sanitaire.

Le rôle d'un éthicien n'est ni futile ni simple à une époque où les esprits se concentrent plus sur la santé et l'économie que sur les problèmes moraux. C'est en effet dans une telle période de crise, où les experts scientifiques et les politiciens cherchent des solutions, tâtonnent et doutent parfois, qu'il ne faut pas oublier les bases fondamentales de la démocratie et de la morale. C'est sur ce socle commun que le gouvernement doit asseoir ses décisions et les argumenter dans l'intérêt de la société.

Ainsi quand d'autres débattront des priorités à donner au personnel de la santé, des règles à respecter dans les entreprises, des aides financières à accorder à tel secteur de l'économie parmi d'autres sujets urgents, l'éthicien rappellera les limites qu'il ne faut pas dépasser, en théorie du moins, sachant que le gouvernement disposant des pouvoirs spéciaux (cf. la vidéo explicative de l'ULB) ou exceptionnels (cf. l'article 16 de la Constitution française) n'a aucun compte à rendre à personne.

Ainsi, quand un gouvernement ordonne à ses citoyens de rester à la maison, de ne pas se réunir, c'est le priver de son droit de liberté et qu'il convient par tous les moyens d'alléger cette situation. Quand un gouvernement réduit trop le droit de contact avec les résidents des maisons de retraite (ou des EHPAD) ou de soins, il faut que quelqu'un rappelle que ces endroits ne peuvent pas se transformer en "prisons" ou être exclus des mesures de précautions. Même chose quand un gouvernement impose unilatéralement la fermeture de certains commerces comme l'Horeca mais autorise tous les autres; il y a des limites légales que l'État ne peut pas transgresser. Quand un état d'urgence est décrété et que la Chambre ne peut plus excercer son droit de contrôle sur les lois, là encore l'éthique est là pour rappeler les bons usages au gouvernement. Enfin, quand les hôpitaux sont au seuil de la saturation parce que plus de 50% des lits en soins intensifs sont occupés par des patients Covid non-vaccinés au détriment des malades non-Covid, la question éthique se pose de savoir où placer l'urgence. On y reviendra.

A gauche, des respirateurs artificiels (ventilateurs) assemblés en Angleterre. C'est le genre d'appareil médical qui manqua en Italie et obligea les médecins à choisir les patients à sauver en priorité. Mais comment choisir ? Un jeune de 20 ans a-t-il vraiment plus de valeur qu'une personne de 50 ans, ou cette dernière est-elle réellement plus utile pour l' économie en raison de son expérience et de ses compétences que le jeune de 20 ans ? Qui prétendrait détenir la réponse ? A droite, l'application de traçage française "Stop Covid". La Commission Nationale d’Ethique (CNE) recommande au gouvernement de "très sérieusement considérer" cette méthode, tout en indiquant des lignes rouges éthiques à ne pas franchir. La CNE juge de manière positive cette méthode visant à casser les chaînes de transmission du Covid-19, mais pas à n’importe quel prix : "quel que soit le choix technique, le traçage doit être volontaire, transparent, minimaliste et limité dans le temps avec un objectif clairement défini", explique la Commission. Documents Neil Hall/EPA et AFP.

Un gouvernement démocratique digne de ce nom doit jouer la transparence avec son groupe d'experts mais également envers le public et surtout entendre la clameur qui remonte du public qui peut être le signe d'une incompréhension et d'une colère latente.

L'urgence sanitaire ne doit pas faire oublier le principe général des libertés des citoyens. Si les lois gèrent l'extrême, l'interdit, l'éthique joue le rôle de la bonne conscience qui rappelle aux décideurs les responsabilités et les libertés de chacun.

L'éthicien doit donc veiller à ce que des discriminations n'apparaissent pas quand un décret limite le droit de travailler ou impose un plan de déconfinement : discriminations par rapport à certains secteurs économiques, à l'âge, à l'origine sociale ou géographique. Il doit veiller à ceque le respect des libertés des employeurs, des salariés, des parents, des individus à agir soit parfaitement encadré et clairement défini dans ses détails. Prenons quelques exemples.

Après évaluation par des experts, l'État doit décider le cas échéant quels sont les patients à sauver en priorité; si les tests de dépistage du Covid-19 sont une mesure d'urgence et quelle procédure suivre; valider l'usage du masque de chirurgie comme une protection utile et comment en faire accepter l'usage ?; s'assurer que la santé des travailleurs comme des écoliers soit respectée quand ils reprendront leurs activités; comment sécuriser les données de suivi collectées ?, etc.

Dans le cadre du suivi numérique en particulier, dans l'urgence des actions à prendre, le Gouvernement ne doit pas ignorer le rôle du Parlement. Un rappel de l'éthique permet par exemple de recadrer l'échelle des valeurs communes de tout pays démocratique : L'État veut-il toujours respecter les libertés individuelles ? Les citoyens veulent-il un pays fondé sur l'échange des opinions ou un pays autoritaire où le peuple n'a plus droit à la parole ? Voilà autant de questions auxquelles un éthicien doit répondre dans un groupe dédié au suivi du déconfinement.

A charge maintenant aux autres experts de ce groupe comme au Gouvernement d'écouter cette petite voix de la sagesse et de prendre les mesures adéquates pour respecter ses principes et ses arguments.

Heureusement, rétrospectivement, déjà avant les années 2000, les pays européens ont bien saisi que l'éthique est un outil indispensable à toute réflexion sur l'avenir comme sur le quotidien des citoyens et de la nation. Sans comité d'éthique, il n'y aurait aucun moyen d'encadrer le rôle des ministres, la pratique médicale ou la recherche industrielle, parmi de nombreux autres champs d'actions. Veillons seulement à ce que sa bonne marche ne soit jamais enrayée au risque de perdre nos droits et libertés.

Préparer la sortie de crise

En attendant de revenir à une situation sanitaire normale, on ne peut pas regarder notre économie s'effondrer, les effets colatéraux augmenter (sur le plan médical), les impacts psychologiques s'aggraver et rester passif. Il faut réagir et avancer. Les autorités doivent envisager l'après-crise sanitaire et organiser la sortie de crise. Nous avons expliqué précédemment que la crise a durement touché les petites entreprises, mit au chomage partiel (payé à 80% par le système social) ou économique (payé par l'aide sociale de l'État) des millions de personnes et va coûter des dizaines et des centaines de milliards d'euros aux États qui vont s'endetter pour des décennies alors que leur économie était déjà fragile.

C'est à partir du mois d'avril 2020 que les 27 pays de l'Union européenne ont déjà réfléchi à la sortie de crise.

Le groupe d'experts du gouvernement

Chaque pays a constitué une équipe d'experts et coordonne tous ses efforts pour qu'elle soit efficace avec des objectifs compréhensibles par la population, identifiables et réalisables.

Le 18 mars 2020, l'Europe annonça qu'elle avait mis sur pied un groupe consultatif sur le Covid-19 composé de 7 experts (cf. Europa). Mais c'est très insuffisant pour couvrir toute la problématique de la crise sanitaire.

Préparer la sortie de la crise permet de planifier la fin du confinement et d'entrevoir la fin du tunnel même si le risque sanitaire peut encore subsister pendant plusieurs mois. Photo de l'un des deux tunnels de désinfection installé à Chongqing en Chine. On envisage d'installer de tels systèmes dans certaines villes européennes. Voir également la vidéo sur YouTube. Document SCMP.

En France, le groupe d'experts fut constitué le 11 mars 2020 et comprend 11 scientifiques dont 9 hommes et 2 femmes. Il y avait un immunologiste, une anthropologue, un sociologue de la Santé, une réanimatrice, un modélisateur, un médecin généraliste, un épidémiologiste, un virologue et deux infectiologues. Ils ne seront pas de trop pour réfléchir ensemble afin de concilier leurs différents points de vue et sensibilités autour de ce projet extrêmement complexe de la remise sur pied de l'économie du pays (cf. BFMTV). Vu les impacts psychologiques qu'eut la crise au sein de la population, on peut regretter que ce groupe ne fut pas complété par un ou plusieurs psychologues.

En Belgique, le groupe d'experts fut constitué le 6 avril 2020 et comprenait 10 personnes dont 3 femmes, 5 scientifiques et 5 représentants de la société civile. Il y avait un virologue, un microbiologiste (quoiqu'en principe c'est le même métier), un épidémiologiste, un biostatisticien, un économiste, une juriste, la secrétaire générale de la Fédération des Services Sociaux, un administrateur et président de grandes entreprises et le gouverneur de la Banque Nationale, l'équipe étant présidée par une infectiologue (cf. RTBF).

Le politologue Vincent Laborderie de l'UCLouvain critiqua la composition du groupe d'experts, jugeant qu'il était trop axé sur les sciences dures et l'économie au détriment des sciences humaines (cf. Moustique). Toutefois, d'autres furent heureux de constater que l'aspect sanitaire restait prioritaire sur l'économique.

Il n'empêche qu'on peut reprocher au gouvernement belge - mais il n'est pas le seul dans ce cas - de ne pas avoir inclu un psychologue dans le groupe d'experts, d'autant que l'on sait que la crise sanitaire eut de nombreux impacts psychologiques au sein de la population. Ne pas en tenir compte revenait à ignorer les impacts de la crise et notamment du confinement sur la santé mentale des citoyens avec tous les dérapages que cela peut entrainer (pathologies, violence, suicide, etc).

Il fallut attendre le 10 décembre 2020 et la deuxième vague épidémique (et le nouveau gouvernement constitué le 30 septembre 2020) pour que le gouvernement belge dissolve ce groupe et le remplace par un nouveau groupe d'experts. Il comprend dorénavant 24 spécialistes du monde médical et de la société civile dont un seul psychologue (cf. La Libre) alors qu'il en aurait fallu trois ou quatre pour convrir tous les domaines de compétences.

Soulignons que ces experts ne sont pas des politiciens et ne faisant pas partie du gouvernement, ils n'ont qu'un avis consultatif. C'est le gouvernement (et le Président en République) qui finalement décide des mesures à prendre et des lois qu'il faut voter. C'est ici qu'on constata à plusieurs reprises le parti pris et la mauvaise gouvernance de nos autorités. En Belgique par exemple, lors de plusieurs réunions du Codeco (le comité de coordination ministériel) les représentants des différents partis politiques ont littéralement négocié les mesures à prendre, parfois sans tenir compte de l'avis des experts, certains ministres défendant leur stratégie politique plutôt que l'intérêt de la population et des corporations comme celle des artistes et de la culture qui furent une fois de plus lourdement pénalisés. Sous la pression du public et des représentants des corps de métiers lésés, en janvier 2022 le gouvernement d'Alexander De Croo reconnut sa faute et modifia les mesures sanitaires qu'il avait injustement imposées (cf. Le Vif; RTBF).

Organiser et planifier le déconfinement

La sortie de crise est un concept général qui comprend en fait plusieurs étapes comprenant chacune énormément d'actions simultanées à tous les niveaux de pouvoir et qui implique la collaboration de toute la population de la manière la plus civique et responsable possible.

La première étape est l'organisation du déconfinement, un question majeure qui n'a pas de réponse simple car les choix sont multiples.

Au sein de leurs partis respectifs ou lors de réunions inter-ministérielles, en Belgique les partis politiques ou les ministres selon le cas, ont déjà proposé plus d'une centaine de mesures qui définissent principalement les responsabilités des niveaux de pouvoir européen, fédéral et des entités fédérées autour d'une priorité absolue : respecter les mesures sanitaires tout en assurant la relance de l'économie.

En même temps, comme dans tous les pays, il était demandé à la population de rester disciplinée afin que les mesures sanitaires ne soient pas prises en vain. C'est pourquoi le retour à la normale n'a pas été planifié en une fois mais pas à pas, de manière très progressive. En effet, on ne peut pas se permettre de placer l'économie avant la santé, une règle que la plupart des gouvernements ont bien compris, du moins en Europe.

Le déconfinement fut très largement débattu non seulement à propos de la méthode à appliquer (par ville, par région, par type et taille des commerces, en déconfinant d'abord les personnes saines, etc) mais également dans son application (tout de suite, après le dépistage massif, passé un certain seuil de personnes contaminées, etc) et sous quelle forme (avec le port du masque obligatoire pour les déconfinés, etc).

Il faut aussi savoir à quel moment on commence les dépistages massifs de la population (voir plus bas) puisque c'est à partir de l'analyse de ces données que la cellule de crise pourra déterminer si les mesures de déconfinement sont adéquates ou pas. Mi-avril 2020 par exemple, aucun expert ne savait combien de personnes étaient contaminées dans leur pays. Un comble dans une situation de crise !

Pour savoir quelles sont les personnes asymptomatiques et les contaminées et les isoler des personnes saines, pour le Covid-19 et un Ro ~3 (cf. la modélisation des épidémies), les épidémiologistes rappellent qu'il faut dépister au moins 66% de la population. Ensuite on peut envisager un suivi numérique ou un tracing de la population pour s'assurer que l'épidémie est maîtrisée et ne risque pas de s'aggraver.

Enfin, pendant le déconfinement, il faut surveiller de près l'évolution de l'épidémie car le moindre sursaut du nombre de contaminations au sein de la population pourrait rapidement prendre des proportions catastrophiques pour toute l'économie si on ne réagit pas immédiatement.

Si tout se déroule bien, quelques mois plus tard on pourra entrevoir la sortie du tunnel et la sortie de crise. Ce sera un grand soulagement pour tout le monde tout en sachant que certains n'auront pas été aussi chanceux et ont beaucoup perdu jusque dans leur chair.

Déconfinement en étapes

Finalement, le 15 avril 2020 et malgré deux critères sur quatre toujours au rouge, la Commission européenne en collaboration avec le Conseil de l'Europe ont publié une "feuille de route" afin de guider et encadrer les États membres dans la conception et la mise en place de leurs stratégies de déconfinement et de sortie de crise. Il s'agit de recommandations et non d'obligations puisque chaque pays est souverain. Charles Michel, président du Conseil, insista pour que l'approche soit la plus cordonnée possible entre les 27 chefs d'États européens. L'accélération des dépistages a également été demandée (cf. Europa).

Document T.Lombry.

C'est un compromis politique entre le risque sanitaire et le désir de ne pas avoir d'autres morts, le bloquage économique et le souhait de tous de retravailler et le risque accru des troubles psychologiques et du ras-le-bol de la population à ne pas sous-estimer. Si on peut considérer que l'économie est de nouveau passée avant la santé, les autorités y voient plutôt un choix humanitaire pour ne pas pénaliser plus longtemps les familles et les personnes isolées.

Nous n'allons pas lister les mesures prises par chaque pays et à quel date car le lecteur peut facilement les trouver sur le site Internet de son gouvernement. Rappelons simplement que le processus de déconfinement se déroula en plusieurs phases à partir du 24 avril ou du 11 mai 2020 selon les pays, l'approche coordonnée demandée par le Conseil et rappelée par le Premier ministre luxembourgeois n'ayant pas été suivi, prouvant une fois de plus le manque de cohésion et de solidarité européennes.

Les mesures prises pendant la première phase du déconfinement par les différents pays restèrent limitées car elles servirent avant tout à vérifier si elles sont tenables, adaptées et permettent toujours de contrôler la propagation du virus. Si cette première phase s'avéra concluante, les gouvernements passeraient ensuite à la deuxième phase et ainsi de suite.

Seule chose à retenir, tant que la population n'est pas immunisée ou vaccinée contre le Covid-19, il faut rester très viligeant et respecter les consignes (distanciation sociale et port du masque) car comme expliqué précédemment si vous oubliez le virus, le virus ne vous oubliera pas !

Ensuite, pendant le déconfinement la population doit porter un masque de protection facial dans les lieux publics ou au contact de personnes vulnérables ou à risque. Les communes en ont parfois distribué à la population. Mais comment le faire porter aux jeunes enfants (plus de 6 ans) qui ont déjà du mal à se laver les dents ?

Enfin, en Belgique on proposa que la répression soit plus sévère. Les amendes administratives seraient systématiquement remplacées par des amendes pénales. Autrement dit, les contrevenants auraient un casier judiciaire avec pour conséquence une impossibilité de travailler dans certaines entreprises, dans l'administration et les institutions européennes parmi d'autres. Finalement, ce type d'amende digne du régime chinois n'a pas été appliqué. En revanche, l'amende Covid fut augmentée. On y reviendra.

Partant du principe que les rassemblements de dizaines de personnes constituent un risque de propagation du virus, beaucoup de commerces sont restés fermés : les hôtels, les sites touristiques et de loisirs (piscines, cinéma, théâtres, etc). L'organisation d'un mariage fastueux, un colloque d'entreprise ou des évènements culturels rassemblant des milliers de personnes furent interdits, de même que la célébration en public de la fête nationale. En effet, tant que les épidémiologistes jugèrent que le risque de contamination subsistait et que la chaîne de transmission du virus n'était pas définitivement cassée, nous devions encore cohabiter quelques mois avec ce virus et nous en protéger.

Même si la situation s'est améliorée en septembre, étant donné que le Ro est toujours voisin ou supérieur à 1 et que certains pays ou villes européennes sont encore très contaminées, tout indique que les mesures de protection sanitaire resteront d'application jusqu'en automne ou l'hiver 2021.

A consulter : Hotline Coronavirus

Ouverture des frontières

À mesure que la pandémie s'est étendue en Europe, sous le couvert de l'état d'urgence, les États ont fait jouer une clause suspensive et provisoire des accords de Schengen, l'article 23 qui leur permet unilatéralement de fermer leurs frontières jusqu'à la phase de déconfinement. En 2021, elle était toujours appliquée et même renforcée suite à l'émergence de trois nouveaux variants du Covid-19.

Heureusement, les frontières restèrent perméables pour l'acheminement des produits essentiels mais la perte d'activité fit sérieusement chuter le chiffre d'affaire de nombreuses entreprises et les prévisions économiques pour 2020 ne furent pas très rassurantes comme expliqué précédemment. Dans beaucoup de pays européens, on assista à une chute d'activité oscillant entre 10% (secteur financier) et 100% (tourisme et culture). A ce tableau sombre s'ajoute un déficit du PIB annuel de l'ordre de 6 à 12% selon les pays.

Pendant le déconfinement progressif organisé à partir de la mi-mai 2020 en Europe, les frontières restèrent sous contrôle et les voyages limités à moins de 100 km ou pour des raisons valables. La police volante veillait au respect des consignes. Cela veut dire par exemple que si les frontaliers luxembourgeois pouvaient passer la frontière vers la Belgique ou la France pour y faire leurs courses, l'inverse n'était pas vrai. Les personnes ne résidant pas en Belgique par exemple, ne pouvaient pas se rendre sur la côte belge et le fait de revoir leurs proches et d'autant plus s'il s'agit de personnes vulnérables, n'était pas considéré comme une raison valable.

Etant donné que la situation sanitaire s'est améliorée en Europe et plus tôt que prévu, l'ouverture des frontières et la possibilité de voyager vers les pays limitrophes fut autorisée le 30 mai 2020 entre la Belgique, le Luxembourg et l'Allemagne mais uniquement pour des motifs essentiels, y compris la visite aux membres de sa famille. Ce n'est que le 15 juin 2020 que les frontières furent ouvertes entre la Belgique et les autres pays limitrophes dont la France qui tarda à ouvrir ses frontières. Quant aux voyages en Europe, les restrictions furent levées pour les vacances d'été tout en respectant les règles de protection sanitaire (port du masque de protection, distanciation sociale, désinfection des mains), y compris sur les lieux des vacances, ce qui fut loin d'être le cas.

Après le passage de la première vague épidémique, personne ne voulut subir une nouvelle expérience de ce genre, encore moins subir d'autres confinements avec toutes les conséquences désastreuses qu'ils entraînent. Malheureusement, non seulement le virus est imprévisible mais c'était sans compter sur les inciviques et les réfractaires aux mesures anti-Covid-19 qui ont contribué à la relance de l'épidémie dans de nombreux pays. On y reviendra.

Un plan européen de déconfinement ?

Le mathématicien Miquel Oliu-Barton de l'Université Paris-Dauphine, l'économiste anglais Bary Pradeslki du CNRS et le mathématicien français Luc Attia, ont proposé une solution peut éviter un deuxième confinement et ses effets désastreux dans l'éventualité où surviendrait une deuxième vague épidémique.

Leur plan consista à permettre aux habitants résidant dans des zones où le risque de propagation du virus est très faible de franchir les frontières pour rejoindre d'autres zones épargnées elle aussi par la pandémie. Des Suisses pourraient ainsi rejoindre le sud de la France ou le sud de l'Italie mais les habitants du nord de l'Italie ou de l'est de la France ne pourraient pas franchir les frontières vu qu'ils ont subi la première vague épidémique de plein fouet et que le virus y est toujours latent.

Selon les auteurs, cette solution offre l'avantage de laisser les frontières ouvertes entre zones "vertes" et de permettre aux habitants des régions les moins à risque de se déplacer. D'un point de vue épidémique, les risques sont minimes. Économiquement en revanche, les bénéfices sont incontestables, surtout pour les villes et pays qui tirent l'essentiel de leurs revenus du tourisme international dont l'activité fut totalement interrompue jusqu'en juin 2020. Mais pour cela, il fallait que tous les pays européens harmonisent leur stratégie d'ouverture des frontières, ce qui ne fut pas le cas, notamment de la part de la France malgré les demandes des pays limitrophes.

Exemple fictif de cartographie du risque sanitaire liée au Covid-19 proposée par Miquel Oliu-Barton et ses collègues en 2020. En cas de deuxième vague épidémique, les voyages internationaux des personnes ne seraient possible qu'entre les zones vertes où le risque de propagation du virus est le plus faible.

Si le plan proposé par les chercheurs était appliqué, il permettrait de laisser l'accord de libre circulation valide pour les personnes ayant le droit de se déplacer. Cette solution plut aux autorités européennes. Dans un document visant à préparer le déconfinement, le 13 mai 2020 la Commission européenne donna un avis positif à l'idée d'un retour à la normale "par zones". Mais avec une consigne importante : "Lorsque les restrictions de voyage sont levées entre [...] des régions de différents États membres, le même traitement doit ensuite être étendu à tous les États". Or nous avons vu que la solidarité européenne n'existe pas... Par conséquent, il n'existe pas de plan européen de déconfinement par zones et chaque pays géra ses frontières en ignorant superbement ses voisins malgré les appels à l'harmonisation, notamment de la part du Luxembourg.

Ceci dit, nous verrons lors de la prochaine crise si la confiance intraeuropéenne est une réalité ou une utopie.

Face à cet échec, le 15 mai 2020 la commissaire européenne aux Transports présenta des principes applicables à tous les pays européens, mettant l'accent sur la possibilité de mesures ciblées dont un confinement/déconfinement par zones.

Restait une faille à combler : pour préserver leur économie, chaque pays est tenté de qualifier ses régions de "vertes" plutôt que "rouges". Qui va contrôler ces données ? On évoqua que le Centre européen de prévention et de Contrôle et des Maladies (ECDC) pourrait s'en charger. Mais même ainsi, il reçoit ses données des pays membres, ce qui ne fait que déplacer le problème. On ne peut donc pas avoir la certitude que les pays respecteront les règles du jeu et seront objectifs.

Face aux incohérences constatées dans les status assignés aux pays plus ou moins contaminés, vers la mi-septembre 2020 un consensus s'est dégagé entre les pays européens pour utiliser la même échelle d'estimation du risque de voyager à l'étranger. Ainsi le statut "interdiction de voyager" par exemple fut banni du vocabulaire des autorités et remplacé par "fortement déconseillé". Les couleurs rouge, orange et verte ont également été harmonisées entre les pays européens afin que la population comprennne mieux la situation sanitaire et sache dans quel pays elle peut ou non voyager sans risque.

Analyse de l'efficacité des restrictions de voyager sur la pandémie

Au 1er juin 2020, 187 pays ont imposé des contrôles et des restrictions à l'entrée sur leur territoire, 111 pays ont imposé des interdictions de voyager dans le monde et 38 pays ont imposé un verrouillage complet de leurs frontières pour empêcher leurs citoyens et les touristes de voyager à l'étranger (cf. A.Vespignani et al., 2020; Salcedo et Cherelus, NYTimes, 2020).

Dans un article publié dans revue "Communications Physics" le 4 juin 2021, l'équipe de Jianxi Gao de l'Institut Polytechnique Rensselaer de Troy, dans l'État de New York, analysa les effets des restrictions de voyager sur la propagation du Covid-19. Il s'avère que globalement, ces mesures furent inefficaces.

Une étude antérieure montra que les restrictions de voyager n'étaient efficaces qu'au début de la pandémie. Lorsque de telles mesures ne parviennent pas à contrôler la pandémie, elles produisent un effet contraire en perturbant l'aide et le soutien aux soins de santé, les activités et provoquent des dommages sociaux et économiques importants et profonds. Par conséquent, les gouvernements auraient dû évaluer beaucoup plus tôt l'effet de ces restrictions et ne les imposer éventuellement que si leur efficacité était prouvée pour éviter des réponses inutiles et des dépenses superflues.

Selon les restrictions de voyage existantes jusqu'au 1er juin 2020, (a) les zones géographiques ont contribué à augmenter les distances des autres pays par rapport aux lieux de l'épidémie. La taille du cercle dans chaque zone est proportionnelle à sa contribution à l'augmentation globale de l'éloignement des pays. Les lignes courbes représentent la distance d'une zone à la zone de destination. b, c montrent les gains des zones géographiques en termes de jours de retard d'arrivée et de réduction du nombre de cas infectés. Documents J.Gao et al. (2021) adapté par l'auteur.

Pour combler cette lacune, les chercheurs ont dressé l'évolution de la propagation de la pandémie à partir du réseau mondial des compagnies aériennes afin de déterminer les foyers d'épidémie et leur évolution. En appliquant cette approche (qui est analogue à la résistance effective dans les circuits en série et en parallèle), ils sont parvenus à évaluer l'efficacité des restrictions de voyager dont le but était de retarder la transmission du virus et réduire les cas de contamination.

Selon les chercheurs, les résultats des modélisations SIR montrent que "63.2 % des restrictions de voyager mises en place au 1er juin 2020 sont inefficaces. Le pourcentage restant a reporté l'arrivée de la [vague épidémique] de 18.56 jours par zone géographique et entraîna une réduction totale de 13186045 cas de contamination".

Les chercheurs ont constaté que la plupart des restrictions de voyager existantes furent inefficaces pour deux raisons :

- les restrictions de voyager furent imposées par des pays de manière non coordonnée par intérêt personnel, sans contribuer à l'intérêt public mondial

- la seule restriction de voyager ne fut pas promulguée à un moment optimal et à des endroits optimaux pour la plupart des intérêts personnels. En outre, ces restrictions de voyager inefficaces ont créé une perte substantielle et inutile d'afflux de passagers, ce qui a finalement nui à l'économie mondiale et à la stabilité sociale.

Ces résultats ont incité les chercheurs à concevoir des plans stratégiques pour savoir quand et où imposer chaque restriction de voyager adaptée au contexte national en temps réel. L'approche proposée par les chercheurs permet de concevoir des restrictions de voyager optimisées et coordonnées qui prolongent le délai d'arrivée du virus et réduisent davantage les cas de contamination tout en autorisant les voyages en avion.

Couvre-feux et fermetures à répétition dans les secteurs à risque

Selon l'état sanitaire du pays, tout au long de l'année 2021 et cela continua en 2022, en Europe comme au Canada parmi d'autres pays, les gouvernements ont imposé à plusieurs reprises des couvre-feux (par exemple entre 23h et 5h du matin) ou la fermeture parfois durant plus de 4 semaines de certains établissements dans des secteurs économiques jugés à risque : les petits commerces, l'Horeca, les coiffeurs et soins du corps, les centres de loisirs, sportifs, culturels, et même des églises tout au début de la pandémie.

Une fermeture de plus pour les petits commerces, dans ce cas-ci au Canada en janvier 2021. Document L'Éclaireur Progrès.

Ces mesures furent prises en concertation avec les experts scientifiques de la santé mais au final ce sont les membres du gouvernement qui décidèrent collégialement des mesures à prendre dans quels secteurs et pendant combien de temps.

Les décisions politiques n'ont pas toujours suivi les avis scientifiques et ont parfois fait l'objet d'un marchandage entre ministres (et donc entre partis), notamment en Belgique. Nous le savons parce que des membres du comité d'experts et certains ministres opposés à cette décision se sont exprimés dans les médias à ce sujet (cf. L'Echo).

Ainsi la veille des vacances de Noël 2021, le gouvernement belge imposa une énième fermeture au secteur culturel (théâtres, cinémas, musées, cirques, etc), une mesure jugée stigmatisante, discriminatoire et injustifiée d'autant que tous ces secteurs ont mis des mesures de prévention et de contrôle sanitaires en place et que cela tombait en pleine période de fêtes et de congés annuels.

L'affaire fut portée en justice et les plaignants eurent gain de cause et purent maintenir leur activité durant les fêtes. Finalement, deux semaines plus tard le gouvernement belge se rétracta, avouant avoir commis une erreur et en tira la leçon en 2022. Mais il était déjà trop tard pour certains professionnels comme les cirques, gîtes et restaurants qui avaient déjà fermé et accusèrent une perte sèche.

Début 2022, constatant que la pandémie était loin d'être terminée en raison de la prévalence du variant Omicron, que l'Europe était toujours classée à haut risque et "rouge" et qu'une fraction de la population était en quarantaine, pour ne pas pénaliser toute l'économie, finalement la Belgique décida de prendre des mesures sanitaires plus objectives et moins sévères tout en renforçant les contrôles.

Concrètement, comme en France, en Belgique la durée de la quarantaine a été écourtée pour les personnes vaccinées, passant de 10 à 7 jours (mais elle reste à 10 jours en Angleterre, en Allemagne et au Luxembourg) et tous les secteurs sont restés ouverts, même durant les pics épidémiques (cf. Le Soir et Le Parisien). Puisqu'il n'y a plus compagne de test PCR ou sérologique gratuit organisé par l'État, ce dernier recommande à la population de s'auto-tester après une quarantaine ou après un contact à risque. Seul problème, ce test n'est pas gratuit (voir plus bas) et cette recommandation risque de ne pas être suivie par toute la population. En revanche, le pass sanitaire s'est généralisé dans toute l'économie, y compris dans les entreprises et les ministères où il est dorénavant exigé (voir page suivante).

Le dépistage massif

"Testez, testez, testez!", tel était le message insistant adressé aux gouvernements par Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS le 16 mars 2020 pour maîtriser la pandémie de Covid-19 (cf. OMS et YouTube). Il recommandait également de tester chaque cas suspect.

Ce dépistage est nécessaire pour connaître l'évolution concrète de l'épidémie dans un pays ou une région afin que les autorités puissent agir en conséquence. Grâce aux tests PCR réalisés à grande échelle tout au long de l'année et même tous les mois dans les petits pays pouvant se le permettre comme le Luxembourg, les autorités peuvent ainsi savoir si la population développe une immunité collective et dans quelle proportion. A partir du nombre de contaminés et des données provenant des centres hospitaliers, les épidémiologistes peuvent aussi calculer le taux de reproduction de base du virus et affiner leurs modèles épidémiques et, le cas échéant, conseiller le gouvernement d'assouplir ou de durcir les mesures sanitaires mises en place.

Test RT-PCR en drive-in. Ce particulier se fait dépister depuis sa voiture pour éviter de propager l'éventuel virus. Document Glyn Kirk/AFP.

Le dépistage peut être organisé de différences façons. On peut par exemple procéder à des dépistages massifs dans certaines villes ou ciblés sur des populations vulnérables ou à risque ou proches de foyers infectieux. C'est le choix qu'ont fait les Chinois et les Coréens notamment et qu'ont repris les Allemands.

En pratique, pour éviter de propager le virus, la population cible est invitée à se présenter en voiture dans un drive-in installé sur un parking où du personnel de la santé procède au test dit moléculaire. On peut également se rendre dans les laboratoires de biologie clinique reconnus par le ministre de la Santé ou dans une antenne installée dans les gares ou les aéroports.

Selon les épidémologistes de l'OMS, idéalement il faudrait tester toute la population ou, à défaut, réaliser 10000 dépistages par jour par million d'habitants pour que le résultat soit efficace. A condition évidemment d'en avoir les moyens et que le test soit fiable. Comment effectuer rapidement des dizaines de millions de tests dans un pays comme la France ou l'Allemagne ? Même en Belgique, c'est irréalisable ! C'est juste à la limite du possible au Luxembourg qui compte 626000 habitants. Répéter le processus tous les 2-3 mois est pratiquement impossible dans un grand pays.

Pour réaliser un dépistage massif, il faut d'abord disposer d'avance d'une "chaîne de test" complète, allant de la gestion des stocks de tests, d'un "drive-in" ou du centre temporaire de test opérationnel, de la prise individuelle du test PCR, aux laboratoires d'analyses, jusqu'à la gestion de la quarantaine ou la prise en charge médicale du patient porteur du virus. De plus, à chaque étape il faut du personnel médical qualifié et enregister informatiquement les données.

Au 31 mars 2020, seule la Corée du Sud avait atteint cet objectif, ce qui explique le nombre réduit de personnes contaminées dans ce pays de 54 millions d'habitants. Début janvier 2021, le taux de létalité était de 1.6% en Corée du Sud avec 1100 décès pour 67999 contaminés, soit 6 fois moins de décès et 40 fois moins de contaminés qu'en France où le taux de létalité atteignit 2.5%.

Pour le test sérologique, les conditions de prises de sang sont plus contraignantes et imposent que chaque personne se rende dans un centre de soin officiel ou POC (Point of Care) où qu'une infirmière se rendre au domicile des personnes ne pouvant pas se déplacer.

En dehors d'une demande Covid, il faut patienter au moins une demi-journée pour réaliser un test PCR dont les échantillons en attente d'analyse s'accumulent parfois pendant plusieurs jours dans les laboratoires d'analyses. Une fois traité, le résultat est envoyé par la poste à la personne concernée et éventuellement à son médecin traitant s'il est positif. Bref, la procédure peut durer plusieurs jours même pour un cas relativement urgent.

 Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, l'OMS demanda aux chercheurs de développer des méthodes de tests plus rapides, surtout pour aider les personnes vivant dans les zones peu peuplées où les laboratoires sont difficiles à atteindre.

La FDA trouva une méthode pour obtenir le résultat en environ 45 minutes. Depuis, la société américaine Mesa Biotech réussit à développer un kit de test portatif qui permet d'obtenir le résultat au chevet d'un patient en environ 30 minutes. Plusieurs entreprises européenne dont Biotech en France et ZenTech en Belgique ont développé un kit de test PCR portatif dont le résultat s'obtient entre 10 minutes. Le record appartient au fabricant de matériel médical Abbott qui propose le kit ID NOW qui donne un résultat en 5 minutes !

A gauche, l'analyseur de test RT-PCR Cobas c111 de Roche commercialisé en 2013 pour les petits laboratoires. Le résultat s'obtient en moins de 10 minutes. Alors qu'en mars 2020 les Européens cherchaient encore le moyen de dépister rapidement la population, plusieurs entreprises américaines proposaient déjà un kit de test RT-PCR portatif qu'on peut même emporté au domicile du patient. Au centre, le kit développé par Mesa Biotech. Résultat dans la demi-heure. A droite, le kit ID NOW développé par Abbott pour détecter le SARS a été adapté au Covid-19. Il donne le résultat en 5 minutes !

Y a-t-il un risque à réaliser un test PCR ? Contrairement à ce que propagent des rumeurs sur les réseaux sociaux, les tests pharyngé et nasopharyngé sont sans danger, le second est juste un peu désagréable à subir. Dans le pire cas, chez les personnes sensibles le test nasopharyngé peut entraîner une douleur ou un saignement de la muqueuse si la personne est sujette aux saignements de nez.

Seul exigeance, le test doit être réalisé par une personne qualifiée qui respecte le protocole. En effet, outre le coup de main à avoir, les échantillons doivent être maintenus au frais pour éviter qu'ils se dégradent avant qu'ils soient analysés. C'est une condition qu'au début de la campagne de dépistage une antenne mobile envoyée dans une maison de retraite en Belgique n'a pas pu respecter. Tous les échantillons ont dû être jetés, forçant tous les résidents à repasser le test. Depuis, le problème logistique fut résolu.

On rapporte un seul cas d'accident mais il n'est pas directement lié au test. Selon un article publié dans la revue "JAMA" le 1 octobre 2020, l'équipe de l'otolaryngologue Jarrett E. Walsh des Hôpitaux et cliniques de l'Université de l'Iowa rapporte que lors d'un dépistage PCR nasal effectué aux États-Unis, un agent de la santé perça accidentellement la fine paroi du cortex d'une quadragénaire, provoquant une fuite du liquide céphalo-rachidien par son nez, lui faisant risquer une dangereuse infection (cf. l'étude sur les cas d'Epistaxis publiée dans "JAMA" en 2020).

Il s'avère que bien avant ce test, la patiente présentait des maux de tête, des vomissements et développa une raideur à la nuque et une sensibilité à la lumière. Par le passé , elle avait été traitée pour de l'hypertension intracrânienne. À l'époque, les médecins avaient utilisé une aiguille pour drainer du fluide et son problème avait été résolu. Mais elle avait ensuite développé une encéphalocèle (une protusion où la paroi du cerveau déborde vers les fosses nasales) mais qui n'avait pas été diagnostiqué avant que les nouveaux médecins n'examinent ses anciens scanners suite à l'accident survenu lors du test PCR. Cette protusion est une complication rarissime. Les médecins ont procédé à une opération pour corriger ce défaut en juillet 2020. La patiente est depuis complètement rétablie.

Dans le monde qui est le nôtre, on se sera pas surpris d'apprendre qu'il y eut des abus. En Belgique notamment, on a constaté qu'une entreprise privée dont l'entrepreneur est actif dans le secteur du nettoyage proposait des tests PCR dans une tente dressée sur le bord de la route à Liège. Cette entreprise n'avait pas reçu d'accréditation du gouvernement et utilisait un test PCR chinois qui n'a pas encore été validé par l'Agence fédérale des médicaments. Elle le facturait 48 €. De plus, elle ne suivait pas le protocole qui exige que l'échantillon soit analysé par du personnel qualifié (cf. RTBF). Bien que le responsable ait tenté de se justifier, c'est une pratique dangereuse et irresponsable qu'il faut dénoncer.

Rappelons qu'un dépistage est un acte médical. Demandez-vous si un entrepreneur du secteur du nettoyage installé au bord de la route est le plus qualifié pour assurer ce travail ? Que se passera-t-il en cas d'accident ? La réponse est simple : la personne lésée ne sera pas couverte par son assurance et devra supporter seule tous les frais médicaux.

Conclusion, pour votre sécurité, faites-vous exclusivement dépister dans un centre agréé où le personnel a l'habitude de pratiquer ce type de test.

Des stratégies contestées

Pendant toute la durée de la pandémie, en dehors des invitations du ministère de la Santé, la population ne put se faire dépister que sur prescription médicale, avis officiel de l'entreprise ou sur invitation du ministère de la Santé. Seuls les voyageurs détenant un billet d'avion furent obligés de subir un test PCR à l'embarquement et au débarquement.

Mais faute de moyens, au printemps 2020 les personnes vulnérables et à risque dont les personnes âgées n'ont pas été testées en priorité. En Belgique par exemple, il fut décidé que le médecin traitant ne pouvait pas prescrire une ordonnance de dépistage à une personne saine car par définition elle n'est pas contaminée par le virus et le test sera d'office négatif. Mais parmi ces personnes, il y a des porteurs sains asymptomatiques qui passent à travers les mailles du filet et qui risquent pendant les deux premières semaines de contaminer leur entourage.

Drive-in de dépistage du Covid-19 (Depist-Car) au CHU de Liège en pleine affluence le 14 septembre 2020. Document La Meuse.

Face à ce règlement aberrant imposé par le groupe d'experts et validé par le gouvernement (cf. Sciensano), pour sauver des vies le directeur d'un hôpital belge en étroite relation avec un laboratoire d'analyses médicales étranger et des entreprises du secteur médical n'a pas hésité à violer les interdits pour obtenir le matériel dont il avait besoin pour protéger son personnel. Certains labos ont même accepté de réaliser des tests sérologiques pour tout personne prête à y mettre le prix (~70 € non remboursé) alors que dans un premier temps le gouvernement les limitait aux seuls cas d'urgence.

Aussi, dans l'urgence et faute de moyens, dans la plupart des pays européens le ministre de la Santé s'est contenté de dire que les tests PCR ne seraient proposés qu'aux personnes symptomatiques. En fait, ils ne voulaient pas avouer qu'ils manquaient de ressources pour tester toute la population !

Selon les pays, ce n'est qu'un ou deux mois plus tard seulement, donc entre avril et mai 2020 que les personnes à risque dans les maisons de retraite ou dans les entreprises assurant des services essentiels furent dépistées. Ensuite seulement, le ministre de la Santé autorisa le dépistage des personnes handicapées résidants dans des instituts spécialisés. Finalement, il fallut attendre la fin des vacances d'été 2020 pour que les gouvernements s'organisent à grande échelle et acceptent de dépister toute la population.

De même, ce n'est qu'au mois de mai 2020 que la Belgique décida de tester les personnes handicapées résidant dans des instituts spécialisés qui étaient confinés depuis deux mois mais rien ne fut organisé pour tester les personnes âgées restées à leur domicile. Pendant la deuxième vague épidémique et jusqu'au printemps 2021, la situation n'avait pas changé.

Pendant les périodes de confinement, y compris en 2021, tant que certains pays furent considérés à risque (zone rouge), tout étranger en visite même quelques heures (hors travail et lien de parenté) fut obligé de présenter un test PCR négatif réalisé il y a moins de 48 heures au risque de devoir faire demi-tour. Cela signifie que personne ne pouvait se rendre dans un pays limitrophe du jour au lendemain, en violation avec la liberté de voyager ! Pour obtenir ce "privilège", cette personne devait donc payer une visite chez son médecin pour obtenir une ordonnance de dépistage et planifier le test plusieurs jours voire plusieurs semaines à l'avance en fonction des disponibilités en prévision de ce voyage ! Ce genre de règlement est tout à fait inadapté aux frontaliers et aux touristes qui font leurs courses de l'autre côté de la frontière. En revanche, le test reste obligatoire pour toute la population pour les séjours de plus de 48 ou 72 heures selon les pays.

Cette stratégie très contestée c'est aussi distinguée lors de l'évaluation et la mise en oeuvre des tests rapides antigéniques (TRA).

Le test rapide antigénique (TRA)

Le TRA ou autotest repose en général sur l'immunochromatographie à flux latéral et fonctionne sur le même principe qu'un test de grossesse ou de diabète; il établit un diagnostic à partir d'un frottis naso-pharyngé ou d'une goutte de sang. A la différence du test sérologique qui recherche les anticorps propre au virus, le TRA vise à détecter la présence d'antigènes chez le porteur. Comme la PCR, le TRA permet de détecter la maladie. La différence est que le test PCR vise le matériel génétique du virus tandis que le TRA vise les protéines antigéniques du virus. L'analyse d'une PCR prend également plusieurs heures alors qu'un TRA ne prend qu'une dizaine de minutes.

On peut commander ce kit de dépistage en ligne, par exemple auprès de Medakit (cf. Instagram) dont la société à son siège à Hong Kong. Le kit revient à 29.90 € auxquels il faut ajouter les frais de port (~7 € par voie standard ou 30 € en express). Même en express, le délai de livraison est d'environ un mois. En Espagne, la société Covidtest proposait également un kit d'autotest mais le site a été fermé car le produit est interdit en Espagne (cf. France24).

Toutefois, jusqu'en octobre 2020, la vente de ces tests était interdite dans plusieurs pays. Medakit par exemple est autorisé en France mais interdit en Belgique. L'amende varie entre 200 et 15000 € et un emprisonnement éventuel.

De manière générale, jusqu'en 2021 les médecins déconseillaient ce mode de dépistage à domicile aux motifs que la qualité des accessoires fournis comme la pipette et l'aiguille par exemple laissent à désirer, la fiabilité de ce type de kit n'est pas garantie (le test n'a jamais été validé ni certifié), l'autotest ne serait pas efficace, l'utilisateur peut mal interpréter le résultat, il n'est pas suivi par un médecin et son usage peut mettre les proches en danger.

A gauche, le résultat d'un test rapide antigénique (TRA) de Medakit à réaliser soi-même à domicile. A droite, en France, NG Biotech propose une variante du test TRA de grossesse pour le Covid-19. Dans sa version "tout-en-un" présentée ci-dessus, le résultat s'obtient en 15 minutes.

Faut-il conclure que ce genre de test ne vaut rien ? Des comparaisons ont été faites en soumettant la même personne ainsi que du sang contaminé à un test sérologique auprès d'un laboratoire officiel. Les deux résultats furent identiques à ceux du Medakit. Sur base de cet exemple, on peut donc en conclure que le test vendu sur Internet est fiable.

Depuis que la deuxième vague épidémique déferla sur l'Europe et que les hôpitaux furent presque saturés de patients Covid, l'Europe a changé d'avis. Nous dirigeons-nous vers une médecine à vitesse variable ?

Afin de pouvoir dépister le plus grand nombre de personnes, la Commission européenne autorisa les tests rapides antigéniques dans la mesure où on peut obtenir le résultat dans les 5 à 15 minutes. Du coup, tous les pays ont subitement autorisé les tests TRA par décret. Le 28 octobre 2020, l'Europe annonça avoir mobilisé 100 millions d'euros pour acheter entre 15 et 22 millions de kits de tests TRA pour les États membres (cf. Europa).

Selon la liste des tests pour le Covid-19 approuvés par le Ministère français de la Santé, au 1 mai 2021 on dénombrait 170 tests antigéniques nasaux et naso-pharyngés. La majorité de ces tests sont fabriqués en Chine et quelques uns en Europe ou aux Etats-Unis.

Mais l'harmonisation des procédures n'est toujours pas la règle en Europe. En effet, dans certains pays dont la Belgique et la France, le test TRA doit toujours être réalisé par du personnel qualifié (médecin, pharmacien ou infirmer diplômé d'état, masseur kinésithérapeute, sage-femme ou chirurgien-dentiste) ou dans une pharmacie bien que la plupart ne disposent pas de local adapté à la prise en charge du public. Or au Luxembourg notamment, le gouvernement a offert 20 tests TRA de Wondfo à chaque résident qui peut donc s'auto-tester à domicile. La procédure dure moins de 5 minutes. Les communes ont également proposé ce service à la population et offrent un certificat à l'issue du test afin que la personne qui souhaite se rendre par exemple dans un restaurant ou un lieu culturel puisse présenter la preuve d'un test négatif datant de moins de 24 heures.

Enfin, NG Biotech propose depuis 2012 un test de grossesse qu'elle adapta au Covid-19. Le résultat s'obtient en 15 minutes. Ce test sérologique rapide TRA nommé NG Test Covid-19 est proposé aux hôpitaux français depuis le 31 mars 2020 et a récemment été validé par l'Europe (AMM). Le test est aujourd'hui commercialisé.

Les campagnes de dépistage

Comment nous l'avons expliqué, choisir de dépister massivement la population au moyen de tests PCR et TRA ne signifie pas qu'on commence tout de suite, même si on dispose de suffisamment de tests. Il faut organiser le dépistage, et dans la foulée que l'État accepte que le test soit remboursé par la sécurité sociale (caisse maladie). Cette décision peut aussi prendre du temps. Ceci explique qu'en Belgique, en France et au Luxembourg, la population ne fut testée à l'écouvillon qu'au plus tôt à partir de fin mai 2020.

Document Westend61/Getty Images.

Par ailleurs, plus le pays est vaste et la population nombreuse, plus l'État mettra de temps pour organiser le dépistage à grande échelle, y compris les laboratoires d'analyses. Ces raisons expliquent pourquoi la population luxembourgeoise qui se fait dépistée obtient le résultat dans les 8 heures alors qu'en Belgique et en France il est arrivé que des personnes aient attendu 48 ou 72 heures pour obtenir leur résultat avec un record de... 13 jours d'attente en Belgique ! Avec de tels délais, les tests n'ont plus aucun sens et c'est un investissement perdu. En général, le sujet reçoit les résultats de son test dans un délai variant entre 1 et 12 heures.

Après la Corée du Sud qui réalisa 300000 dépistages par semaine (43000 par jour), weekend compris, ainsi que Taïwan, en Europe c'est l'Islande qui montra l'exemple en commençant à dépister ses quelque 364000 habitants un mois avant que le premier contaminé ne soit déclaré sur son territoire.

Le Luxembourg compta parmi les premiers pays à dépister sa population. Il commença par réaliser 6000 dépistages par jour et atteignit 16000 dépistages par jour fin juillet mais n'a pas atteint les 20000 dépistages par jour annoncés en septembre 2020 (cf. Le Quotidien.lu). Le Luxembourg est le seul pays où les résidents et les travailleurs frontaliers du secteur hospitalier furent dépistés 3 fois par test PCR entre septembre et décembre 2020. Testés le matin, généralement en drive-in, ils reçoivent le résultat par SMS dans l'après-midi ou le soir. Un record devitesse par rapport aux autres pays.

Le Luxembourg connut une légère saturation des laboratoires d'analyses en décembre mais qui ne retarda l'envoi des résultats que de quelques heures.

Selon les autorités sanitaires, début janvier 2021 seuls 1.38% de la population luxembourgeoise dépistée étaient contaminée par le Covid-19 soit un taux près de 5 fois inférieur à celui observé en Belgique ou en France. Deux facteurs y ont contribué : la stratégie du gouvernement et le sens civique de la population.

L'Allemagne finit par comprendre l'enjeu et y mit les moyens grâce à un budget élaboré de longue date qui coûta cher aux citoyens allemands mais qui s'est avéré payant. Ayant annoncé 500000 dépistages par semaine soit plus de 71000 par jour (cf. L'Écho), elle débuta avec 175000 dépistages par semaine en mars sans discriminer les populations et visait les 400000 tests par semaine qu'elle atteignit en automne. Finalement, selon l'Institut Robert-Koch, au total 191 laboratoires d'analyses ont réalisé environ 1.6 million de tests en une semaine - un record pour l'Allemagne (cf. ZDF).

La Belgique passa en avril de 2000 à 67000 dépistages par jour mais n'atteignit jamais son objectif de 10000 dépistages par jour car le gouvernement s'est contenté de faire appel au secteur privé (les "Big pharma") alors que les laboratoires du secteur public étaient utilisés à seulement 20% de leurs capacités ! Leur porte-parole s'en inquiéta auprès du ministre de Backer qui finalement les inclut dans le programme national de dépistage (cf. RTBF).

Face à la saturation des laboratoires d'analyses, en octobre 2020 le ministre belge de tutelle décida que seules les personnes présentant des symptômes de la Covid seraient testées et uniquement avec un avis du médecin (cf. RTBF) avant de faire marche arrière un mois  plus tard et de permettre également aux contacts à haut risque d'une personne infectée et donc aux asymptomatiques d'être dépistés (cf. RTBF).

Depuis les vacances de Noël 2020, tout Belge peut se faire tester, surtout s'il rentre de vacances d'un pays classé "rouge". De nouveaux centres de dépistage furent installés à cet effet dans les aéroports et près des gares. Mais en janvier 2021, comme en France, beaucoup de personnes isolées ou pensionnées n'avaient toujours pas été dépistées.

Début janvier 2021, en Belgique seuls 6.7% des personnes testées étaient contaminées par le Covid-19, alors que ce taux variait entre 2 et 12% en Europe (cf. RTBF). Localement, à Bruxelles, le quart des habitants s'était auto-immunisé.

A gauche, préparation de tests PCR nasopharyngés le 21 avril 2020, à l'hôpital de la Croix-Rousse de Lyon, en France. A droite, des échantillons nasopharyngés réalisés le 22 avril 2020 en attente d'analyse pour le Covid-19 dans un laboratoire de Levallois-Perret, en France. Documents Philippe Desmazes/AFP et Thomas Coex/AFP.

Enfin, la France réalisa 30000 tests par jour à partir d'avril 2020 et espérait réaliser 700000 tests par semaine (cf. France Culture). Mais durant les premières semaines les laboratoires départementaux furent privés de tests (cf. Franceinfo; Ouest-France), révélant le manque d'organisation et de prévoyance du gouvernement. Finalement, il fallut attendre octobre 2020 pour que la France réalise plus de 170000 tests par jour. Depuis le 25 juillet 2020, tout Français peut se faire tester, même s'il n'a pas de symptômes, ni d'ordonnance.

Au cours de ces dépistages, on a constaté que 6.9% de la population française était contaminée (cf. Casoronavirus) soit similaire au taux observé en Belgique.

Le test sérologique DBS

En complément des tests PCR et TRA à grande échelle, plusieurs pays dont le Royaume-Uni et le Luxembourg ont décidé de dépister les anticorps du Covid-19 au moyen de tests sérologiques "DBS" (Dry Blood Spot), un test déjà utilisé pour dépister le HIV et les hépatites virales. Le but est d'évaluer l'évolution de l'immunité collective au sein de la population. A partir de mars 2021 au Royaume-Uni et de juin 2021 au Luxembourg, la population fut invitée à se faire dépister.

Test DBS en drive-in. Document Wort.lu.

La procédure est rapide. Plus besoin d'une prise de sang en laboratoire ni d'une piqûre car quelques gouttes de sang sur un buvard suffisent (c'est aussi simple qu'un contrôle de diabète). Le résultat est connu moins de 24 heures plus tard.

Si la technique d'analyse DBS est bien connue (on l'utilise depuis des années pour le dépistage du paludisme et du VIH en Afrique notamment), le Luxembourg est le premier pays au monde à la tester en drive-in. Les autorités souhaitent réaliser 1000 tests DBS par semaine en plus des milliers de prélèvements PCR qui continuent en parallèle.

Les résultats obtenus par cette méthode dépendent de l'évolution de la gestion de la crise sanitaire. Si la situation générale s'améliore, les autorités pourront par exemple justifier l'abandon du masque ou la suppression de mesures comme le couvre-feu, sans risquer une nouvelle reprise des contaminations.

Rappelons qu'en raison de la crise sanitaire, depuis la fin 2020 plus de 130 pays exigent des voyageurs une attestation de test négatif pour le Covid-19, même s'ils sont vaccinés et même pour un séjour de quelques heures à l'étranger, y compris dans un pays frontalier. C'est ce document (qui doit être récent) accompagné du Formulaire de Localisation du Passager (Locator card ou Passenger Locator Form) complété que toute personne doit présenter à la police ou aux douaniers lors d'un contrôle au risque d'être renvoyée immédiatement dans son pays.

Le prix d'un dépistage

Ces dépistages ne sont pas gratuits et ont un coût pour la société dont profitent largement les sociétés pharmaceutiques.

À la sortie d'usine en Allemagne, un test PCR comme le Logix Smart de Co-Diagnostics pour le Covid-19 revient à 2.5 € pièce. Or en France, en Belgique ou au Luxembourg, chaque dépistage PCR effectué dans un laboratoire d'analyses coûte entre 30 et 54 € plus 20 € de frais de dossier (cf. RTBF, Labo.lu, Previssima.fr) et même plus du double au Japon. C'est un marché très enrichissant. C'est très cher mais il faut savoir que jusqu'alors les tests réalisés en milieu hospitalier étaient facturés au prix de 135 € (France) et même jusqu'à 175 € dans certains pays !

Un test sérologique pour le Covid-19 est facturé entre 15 et 30 € en Belgique (cf. RTBF), entre 12.15 et 25 € en France (cf. Le Figaro, Previssima.fr) et 31 € au Luxembourg.

La société chinoise Zheda Dixun en partenariat avec la société belge ZenTech a développé un nouveau test sérologique qui donne un résultat en 10 minutes et coûte environ 10 €. A terme, ZenTech pourrait produire ce test de dépistage sur son site du Sart-Tilman à Liège.

Enfin, un test antigénique rapide (TRA) est facturé entre 4 et 8 € en Belgique selon qu'il est acheté en grande surface ou en pharmacie. Les pharmaciens justifient le prix plus élevé par les conseils prodigués par un spécialiste, ce qui n'est pas vrai car un pharmacien n'est pas un médecin et se déchargera de toute responsabilité et du suivi médical en cas d'incident. Le Luxembourg est l'un des rares pays qui offrit 2 kits de 5 tests TRA à tous les résidents.

Le TRA revient à 9.15 € en France (cf. Libération), 10 € au Luxembourg (cf. Paperjam) mais seulement 4.50 € en Espagne (cf. El Pais).

Si l'État organise le dépistage, le test est évidemment gratuit pour les citoyens. En revanche, en Belgique, en France et au Luxembourg, les tests Covid réalisés à titre privé (sur demande) ne sont pas remboursés par l'assurance maladie (ni l'assurance obligatoire ni la complémentaire).

En 2020, les tests PCR ont coûté plus de 1.9 milliard d'euros à la France, 119 millions d'euros à la Belgique et 40 millions d'euros au Luxembourg. Ils viennent s'ajouter à la charge de la dette publique.

On reviendra sur les multiples vagues épidémiques de la Covid-19.

Evaluation des stratégies de dépistage

Rétrospectivement, que peut-on conclure des campagnes de dépistage massif ? Il fallut du temps et les moyens pour organiser le dépistage massif, mais finalement dans de nombreux pays les tests sont devenus une stratégie d'intervention majeure et de routine pour gérer la pandémie de Covid-19. Au fur et à mesure que le virus et ses variants se sont propagés dans la population, l'utilité des tests massifs a fait l'objet d'un débat intense. Bien que des tests à grande échelle aient été proposés comme solution pour arrêter et éteindre la pandémie, les limites et les lacunes des tests à grande échelle sont également devenues apparentes, et le coût comme l'efficacité des tests de masse pour réduire la transmission virale ont été intensément débattus.

Dans une étude publiée dans la revue "Nature Reviews Genetics" le 4 mai 2021, Tim R. Mercer de l'Institut de recherche médicale Garvan de Sydney, en Australie, et Marc Salit de l'Université de Stanford ont passé en revue les effets de ces stratégies, leurs avantages et leurs inconvénients.

En résumé, dans les premières phases de la pandémie, les principales limites des tests massifs étaient d'ordre technique, notamment l'insuffisance des réactifs, une infrastructure de prise de tests à créer et des laboratoires d'analyse des tests non préparés à cette affluence. Ces obstacles pratiques à la mise en œuvre de tests à grande échelle ont favorisé l'utilisation de technologies éprouvées, ce qui explique pourquoi la grande majorité des tests de dépistage du Covid-19 a été réalisée par des tests PCR conventionnels analysés dans des laboratoires officiels. Ces tests PCR ont été développés presque immédiatement après la publication du génome de référence, ont été rapidement mis à l'échelle grâce aux infrastructures existantes (parkings, écoles, centres de conférence, bâtiment en construction, etc) et se sont généralement avérés à la fois précis et fiables. Cependant, la pandémie s'éternisant, une nouvelle génération de tests rapides et pratiques a été développée.

Ce graphique illustre une contamination généralisée de la population par le Covid-19. Mais en pratique la durée relative de la détectabilité et l'abondance de l'analyte diffèrent considérablement d'une personne à l'autre. Légendes : RT-qPCR, amplification en chaîne par polymérase; NAAT, test antigénique d'acide nucléique; NGS, séquençage de nouvelle génération.

a. L'excrétion du génome ARN du Covid-19 (zone jaune) augmente généralement rapidement après la contamination et culmine avec les premiers symptômes (bien que de nombreux porteurs sont asymptomatiques) avant de décliner progressivement. Les niveaux de protéines virales (zone rouge) augmentent également rapidement mais sur une période plus étroite. En réponse à l'infection, le corps produit des anticorps IgM (zone verte) et IgG (zone bleue), qui persistent pendant des semaines, voire des mois.

b. Le génome ARN du Covid-19 peut être détecté par des tests moléculaires, tels que le RT-PCR, avant le développement des symptômes. Les tests sérologiques (prise de sang) peuvent détecter les IgG et IgM réactives, qui peuvent également signaler une infection antérieure par le Covid-19.

c. La sensibilité du test dépend à la fois des performances techniques et de la charge virale. Un test peut ne pas détecter d'ARN viral même lorsqu'un individu est contaminé (faux négatif, zone orange) ou, à l'inverse, il peut détecter un ARN viral persistant chez un individu sain (faux positif), ce qui démontre que la positivité du test est mal corrélée avec l'infectivité. En raison de l'augmentation rapide de l'excrétion virale, seule une fenêtre étroite existe durant laquelle un test plus sensible (test B) surpassera un test moins sensible (test A). Document T.R. Mercer et M.Salit (2021).

Avec des tests PCR suffisamment larges et fréquents, l'identification et l'isolement de la plupart des individus contaminés ont été jugés possibles, permettant d'arrêter la pandémie. Cependant, même les campagnes de dépistage les plus étendues se sont avérées incapables d'identifier de nombreux individus contaminés car soit le test était un faux négatif soit la personne n'a pas été convoquée ou ne s'est pas présentée au centre de dépistage. Finalement, le dépistage n'a couvert qu'une partie de la population. Ce sont évidemment les petits pays où l'organisation est plus facile à mettre en place comme le Luxembourg où toute la population a pu se faire dépister pratiquement chaque mois à partir de la fin 2020.

L'évolution infectieuse rapide du Covid-19 et la possibilité de sa transmission par des individus présymptomatiques ou asymptomatiques atténua l'impact des tests massifs car de nombreux individus contaminés ont échappé à la détection. En France, par exemple, des modèles basés sur les dossiers de santé suggèrent que la plupart des personnes contaminées n'ont pas été testées ou mises en quarantaine après la première vague pandémique début 2020, malgré la mise en œuvre d'un programme de surveillance à l'échelle nationale.

Les avantages des tests massifs ont été largement débattus, les chercheurs faisant valoir que le dépistage de grandes populations avec de faibles taux d'infection est coûteux et inefficace, car la plupart des résultats positifs sont des faux positifs (cf. A.E. Raffle et al., 2020). En outre, l'efficacité des tests massifs devient de plus en plus marginale à mesure que la prévalence virale diminue, et les tests à eux seuls semblent insuffisants pour éliminer la transmission virale (puisqu'il y eut plusieurs vagues épidémiques). Par conséquent, les chercheurs ont fait valoir que les tests devraient être réservés aux personnes symptomatiques, aux contacts tracés, aux populations confinées ou aux groupes à haut risque, à condition que cette approche s'avère efficace et soit utilisée en coordination avec d'autres mesures, telles que le confinement partiel ou les restrictions de voyage.

Toutefois, en Europe les mesures sanitaires ont montré leurs limites. En 2021, nous avons constaté que l'accumulation des interdictions et autres contraintes sanitaires imposées par les gouverments depuis mars 2020 ont dépassé le seuil tolérable d'une grande partie de la population au point que les jeunes adultes et les indépendants dont les secteurs culturel, sportif et de l'Horeca ont manifesté leur mécontentement et violèrent les interdits, quitte à payer une amende. Mais comme partout, ces excès d'une certaine frange de la population n'ont fait qu'augmenter le risque de contamination dans une population qui n'est pas encore totalement immunisée ni vaccinée. Ces actes irresponsables et irrespecteux remirent en question la stratégie d'assouplissement des mesures.

L'humanité a connu de nombreuses pandémies au cours de son histoire mais c'est la première pandémie au cours de laquelle des tests massifs et de routine sont disponibles. Cette stratégie a permis de surveiller la propagation du Covid-19 et de mesurer l'intensité des vagues épidémiques successives dans les populations humaines du monde entier. Le rôle des tests de dépistage n'est plus a démontré et ces informations ont été essentielles pour comprendre la transmission du virus, déterminer les réponses les plus efficaces et planifier l'organisation face aux futures pandémies. Bien que les tests massifs n'aient pas fourni une solution technique simple ou unique, ils restent un moyen de réponse inestimable face à la pandémie.

Prochain chapitre

Les campagnes de vaccination

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