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La gestion de la crise sanitaire de Covid-19

Document T.Lombry/Eumetsat, Scientific Animations.

Le bilan de la crise sanitaire (VII)

Avec le recul que nous avons à présent sur la crise sanitaire de Covid-19, c'est l'occasion de faire le bilan intermédiaire de cette crise sanitaire sur le plan scientifique avant d'aborder la question politique et son aspect sociopsychologique.

Sur le plan scientifique

Quelles connaissances les chercheurs ont-ils acquises durant cette crise sanitaire et quelles sont les questions ouvertes ? Après sept semaines de blackout médiatique, la Chine déclara officiellement l'épidémie virale à l'OMS le 31 décembre 2020. Le virus du Covid-19 fut identifié et déclaré le 7 janvier 2020. Le 10 janvier 2020, des séquences de cinq génomes avaient été partagées, fournissant aux scientifiques du monde entier une base pour le développement de tests de diagnostics (cf. C.Drosten et al., 2020).

Ensuite, les chercheurs ont disposé d'une connaissance de plus en plus rapide de plusieurs paramètres viraux et épidémiologiques importants pour comprendre la propagation de la maladie.

Un certain nombre d'études dans divers contextes ont déterminé que le taux de reproduction de base Ro devait se situer entre 2 et 3 (cf. J.Rocklöv et al., 2020; S.Zhang et al., 2020); la période d'incubation a été déterminée comme allant de 1 à 14 jours avec une moyenne de 5 à 6 jours; la transmission aérienne par le biais de (micro)gouttelettes a été établie comme la principale voie de transmission.

Le tableau clinique qui émergea comprenait un large éventail de symptômes légers accompagnés de fièvre, de maux de gorge et de toux jusqu'aux pneumonies sévères avec des caractéristiques sur les tomodensitogrammes (CT scans). A Hubei, en Chine, près de 14% des patients confirmés en laboratoire avaient une maladie grave, plus de 6% étaient gravement malades et le taux de létalité parmi tous les cas de Covid-19 était de 2.3% (cf. OMS, 2020).

Le diagnostic de Covid-19 et les prédictions de transmissibilité du virus sont analysés par des algorithmes d'apprentissage automatique, des simulations et une suivi numérique. Pour vaincre la pandémie, des développements technologiques, de la recherche biomédicale et l'élaboration de politiques sont nécessaires pour déchiffrer le mécanisme et les caractéristiques épidémiologiques du SARS-CoV-2, prévenir la transmission et développer des médicaments thérapeutiques. Documents M.Allam et al. (2020) adapté par l'auteur.

D'autres questions sont apparues, notamment sur la possibilité de transmission asymptomatique, la proportion d'infections asymptomatiques, la stabilité du virus dans l'environnement et les principaux groupes à risque (cf. B.J. Cowling et al., 2020). Les chercheurs y ont partiellement répondu à mesure que la pandémie progressait. Des preuves de transmission asymptomatique ont été documentées dans plusieurs contextes et une étude basée sur une épidémie à bord d'un bateau de croisière a déterminé la proportion d'infections asymptomatiques à 17.9% avec un degré de certitude de 95% (cf. K.Mizumoto et al., 2020).

Des expériences en laboratoire ont fourni des données sur la survie de la charge virale sur différentes surfaces. Hormis les personnes de plus de 70 ans, des cas graves et mortels ont été observés en particulier chez les hommes et les personnes souffrant d'hypertension, de diabète, de maladies pulmonaires sous-jacentes et chez les fumeurs. Il a été démontré que les enfants étaient infectés par le Covid-19 (cf. G.W.K. Wong et al., 2020), cependant, le rôle des enfants dans la transmission de la maladie n'est pas encore totalement élucidé.

Les recherches en cours visent notamment à déterminer la durée de l'excrétion virale et de l'infectiosité. En avril 2021, très peu d'épidémiologistes et de politiciens pouvaient prétendre savoir quel était la situation sanitaire dans leur pays car aucun d'entre eux n'avait procédé à des dépistages massifs dans leur population ou ils commençaient juste à le faire dans les populations vulnérable et à risque.

Le développement de tests sérologiques avec une bonne sensibilité et spécificité pour une utilisation massive est nécessaire pour évaluer l'immunité de la population. Des études sérologiques ont été lancées dans plusieurs pays européens pour définir l'immunité de la population et des études sur la durée de l'immunité devront se poursuivre à l'avenir.

Le port du masque de protection s'est avéré très efficace pour ralentir la propagation du virus. Il a même évité ou ralenti certaines maladies saisonnières comme la grippe ou les rhumes.

De plus, le port du masque a permis de réduire le coût financier de la pandémie. En effet, les résultats d'une simulation informatique pour l'ensemble des États-Unis suggèrent que pour le variant Delta, lorsque le taux de reproduction de base Ro = 5 et que 80% de la population est entièrement vaccinée au 1 mai 2020, le maintien de l'utilisation du masque facial aurait permis d'économiser un total de 2.9 milliards de dollars en coûts médicaux directs, ce qui profiterait au système de santé, aux compagnies d'assurance et à toute autre personne payant les soins de santé. Selon les auteurs, cela pourrait permettre d'économiser au total 20.1 milliards de dollars en pertes de productivité, ce qui profiterait aux employeurs et aux contribuables.

Si la même couverture (80%) était prolongée jusqu'en juillet 2020, le maintien de l'utilisation des masques faciaux permettrait d'économiser au total 3.3 milliards de dollars en coûts médicaux directs et 23.4 milliards de dollars en pertes de productivité.

Selon les résultats d'une simulation, le maintien de l'utilisation des masques faciaux aux États-Unis entre mars et juillet 2020 jusqu'à ce que les objectifs de vaccination contre le Covid-19 soient atteints auraient offert des bénéfices sanitaires mais également économiques. Document The Lancet/ B.Y. Lee et al. (2022).

Selon les auteurs, cela suggère qu'il serait intéressant pour les employeurs, les gouvernements et les compagnies d'assurance d'investir dans la fourniture de masques faciaux et de maintenir leur utilisation jusqu'à 2 à 10 semaines après avoir atteint les différentes couvertures vaccinales (cf. B.Y. Lee et al., 2022).

En revanche, en Europe ce genre de simulation n'a jamais été réalisé. Suite au recul de la pandémie dans certains pays (cf. l'incidence des nouveaux cas), en mars 2022, les autorités décidèrent simplement de lever l'obligation de porter le masque à l'exception des endroits à risques ou près des personnes fragilisées. Or l'OMS avertit les pays concernés qu'il était prématuré d'abandonner le masque sachant que l'incidence des nouveaux cas restait élevée.

Maintenant, vivant dans des démocraties, chacun est responsable de ses actes et doit estimer les risques qu'il encourt à ne pas porter de masque de protection ou à ne pas respecter les gestes barrières dans les endroits fréquentés.

Concernant les solutions thérapeutiques contre le Covid-19, il faut insister sur l'importance du rôle de la recherche fondamentale.

La technologie vaccinale fondée sur l'ARNm utilisée par Pfizer, Moderna et leurs sous-traitants était connue depuis les années 1990 mais il restait à convertir une invention de laboratoire plutôt artisanale en un produit industriel à grande échelle.

Le développement rapide des vaccins contre le SARS-CoV-2 a été possible pour deux raisons. D'abord le vaste corpus de recherches fondamentales sur d'autres coronavirus dont le MERS apparu en 2012 (cf. G.F. Gao et al., 2021) a pu rapidement s'appliquer au SARS-CoV-2. Selon l'équipe de George F. Gao, directeur du CDC chinois, cette approche peut dorénavant être mise en œuvre pour les dizaines d'autres familles de virus à ARN infectant les humains (il existe 23 familles parmi lesquelles les Flaviviridae, les Filoviridae et les Rhabdoviridae), ce qui améliorera considérablement notre capacité à gérer les futures pandémies. Ensuite, les pays Occidentaux et en particulier les Etats-Unis ont investi 14 milliards de dollars plus un budget illimité (contre 2.4 milliards d'euros en Europe avec un plafond de 20 milliards d'euros en commandes de vaccins) pour mettre au point des vaccins le plus rapidement possible.

Des essais cliniques ont été menés dans le monde entier pour étudier les options de traitement avec une variété d'antiviraux et d'autres médicaments (cf. OMS, 2020; Europa, 2020).

En 2020, plus d'une centaine de candidats vaccins avaient été testés dans le monde, ceux de Pfizer/BioNTech et de Moderna/NIH ayant été les premiers à être approuvés par les autorités sanitaires américaine et européenne en décembre 2020. Au 1 septembre 2021, il y avait 268 candidats vaccins en cours de développement. En 2022, l'EMA avait approuvé 5 vaccins contre le Covid-19 et une centaine d'autres étaient en cours de tests.

Selon les scientifiques, l'expérience de la crise sanitaire de Covid-19 va permettre de tirer des enseignements essentiels pour la prochaine pandémie (cf. A.M. Edwards et al., 2022). Selon l'équipe de Aled M. Edwards, fondateur et directeur du Structural Genomics Consortium, une organisation caritative publique-privée de l'Université de Toronto, "L'approche la plus efficace [...] est de commencer la recherche avant la pandémie dans le cadre des programmes de médicaments existants pour d'autres virus à ARN" (comme cela fut s'avéra efficace pour des remèdes comme le remdesivir et le molnupiravir).

Les chercheurs estiment que pour prévenir une prochaine pandémie de virus à ARN, il faut agrandir les bases de connaissances des composés antiviraux. Mais ce n'est pas suffisant dans la mesure où il n'existe aucune garantie que ces données s'appliqueront aux nouveau virus. La solution serait d'investir dans des programmes de recherche visant à diversifier les molécules virales potentiellement ciblées par de futurs médicaments. Les chercheurs proposent de se concentrer sur des médicaments oraux à large spectre, c'est-à-dire capable de combattre toute une famille de virus. Le support de l'intelligence artificielle ne sera pas superflu.

Document D.R.

Enfin, Edwards et ses collègues recommandent de mettre en place les premières phases des essais cliniques immédiatement, "afin d'être prêt à être testé chez des patients infectés lors de l'émergence de la prochaine pandémie".

Pour se protéger d'une future pandémie originaire d'une zoonose, tous les chercheurs sont d'avis qu'il faut dorénavant surveiller tous les lieux d'interactions entre les humains et les animaux : les marchés, les abattoirs, les centres vétérinaires, les zoos, etc. Pour Edward Holmes de l'Université de Sydney, le plus grand risque pandémique provient des virus se transmettant par voie aérienne, comme le SARS-CoV-2, dont la transmission est très complexe à maîtriser. Selon Holmes, il existe trois groupes de virus à ARN connu pour passer régulièrement d'une espèce à l'autre : les paramyxovirus (la famille des virus des oreillons et de la rougeole), les virus de la grippe et, bien entendu, les coronavirus.

Un certain nombre de questions et de défis qui se sont posés lors de la pandémie au Covid-19 semblent similaires à ceux rencontrés lors de la pandémie de grippe saisonnière en 2009 (grippe A du sous-type H1N1). Cependant, le partage d'informations dans la communauté scientifique fut plus rapide en 2020, facilité par les organisations internationales, l'utilisation généralisée des médias sociaux (par ex. Facebook qui créa une page d'information dédiée au Covid-19, les messages des chercheurs sur Tweeter, etc) et les politiques d'un certain nombre de revues scientifiques, dont celles publiées par Eurosurveillance, qui ont permis un suivi rapide des articles évalués par des pairs, la publication d'articles déjà déposés et prépubliés sur des serveurs en libre accès (par ex. medRxiv, arXiv, etc). Citons en particulier, l'initiative mondiale sur le partage de toutes les données sur la grippe (GISAID) qui a permis à des organisations comme Nextstrain.org d'effectuer collectivement des analyses en quasi temps réel et l'initiative de l'Université Johns Hopkins qui a proposé un tableau de bord cartographique (GIS) de l'évolution de la pandémie.

Selon l'épidémiologiste Brian Wahl de l'Université Johns Hopkins, "A l'avenir, il faudra accentuer la collaboration au sein de la communauté scientifique de manière vraiment significative qui, espérons-le, pourra être maintenue dans les années et les décennies à venir".

En réussissant à fabriquer des vaccins et des antiviraux en un an, les chercheurs ont démontré que la science s'est vraiment accélérée au point de pouvoir fournir des outils à une vitesse inimaginable jusqu'alors. Selon la mathématicienne Christina Pagel, "l'être humain a évolué pour percevoir l'urgence à l'échelle des heures et des jours, et non des années ou des décennies. Cette tendance a déjà retardé l'action sur le Covid-19, qui fonctionne sur une échelle de temps de plusieurs semaines".

Mais restons humble. Au cours de cette pandémie, les plus grands experts comme les non-scientifiques ont constaté que nous connaissions fort mal les facultés de ce petit virus et chaque jour nous apportait son lot de découvertes, infirmant parfois les vérités de la veille. Les cas de Covid longs par exemple sont des conditions que nous n'aurions jamais pu imaginer ou prédire. Comme le dit Manisha Juthani, spécialiste des maladies infectieuses à l'Ecole de Médecine de l'Université de Yale, il est important "d'avoir l'humilité de dire parfois "Je ne sais pas" " (cf. K.Katella, 2021).

Enfin, pour que la recherche fondamentale se pérénise, il faut que les universités forment de nouveaux chercheurs et donc que les sciences soient enseignées à nos jeunes têtes blondes. Or dans certains pays européens, c'est un domaine du savoir qui est parfois délaissé. Il est impératif d'y remédier au risque que ces pays deviennent des nations secondaires, de plus en plus tributaires des autres nations et de moins maîtres de leur destin.

Mais comme il est de rigueur en science, il faut garder son esprit critique en alerte, ce moteur indispensable de la méthode scientifique. La communauté scientifique sait d'expérience qu'il y a quelques chercheurs et des éditeurs sans scrupules prêts à publier des articles bidons pour asseoir leur réputation. C'est un facteur très dangereux dans un société dans le sens où il alimente les communautés complotistes et les rumeurs.

Critique de la méthode et de la littérature scientifiques

Aujourd'hui, grâce à Internet les articles scientifiques sont à la portée de tout le monde. Mais le lecteur n'a pas toujours les compétences et le sens critique pour juger le fond des articles.

Par paresse, par manque de temps ou par intérêt, comme l'a expliqué Charles Piller dans la revue "Science" en 2021, beaucoup de chercheurs continuent à citer dans leurs publications des articles universitaires rétractés ou des articles en pré-impression et non encore validés par leurs pairs.

Contrairement à ce que certains imaginent, la littérature scientifique n'est pas neutre ni innocente, à l'abri des fraudes ou toujours désintéressée par ce qu'elle publie. Pour ne pas alourdir ce dossier, nous verrons en philosophie des sciences que comme les artistes, les chercheurs sont aussi capables de publier des articles totalement faux qui viendront malheureusement alimenter les rumeurs que reprendont les complotistes y compris des politiciens sans scrupules. Les études sur le Covid-19 n'ont pas échappé à cette règle comme l'ont confirmé plusieurs scientifiques dont le Dr Richard Horton déjà cité, rédacteur en chef du "The Lancet". On y reviendra.

Quant aux journalistes, même ceux ayant une formation scientifique et qui vulgarisent l'information à destination du public, ils peuvent être vite dépassés par des articles que seule une poignée de chercheurs spécialisés voire seuls les auteurs comprennent ! Dans ce cas, le journaliste a l'obligation morale de s'informer à la source s'il veut éviter de commettre des erreurs et passer pour un farfelu.

En général, faute de place ou de temps, le résumé fournit par le journaliste au public est succint et approximatif (par exemple des hypothèses sont prises pour des théories validées, les incertitudes sont ignorées, des concepts sont simplifiés, etc) et de ce fait l'article peut être mal interprété et semer la confusion dans l'esprit du lecteur. Malheureusement, souvent ce sont ces mêmes informations édulcorées qui sont reprises par d'autres sites journalistiques, sur les sites amateurs et autre blogs sans aucun contrôle des sources ni évaluation critique.

C'est ainsi que des quotidiens comme "Le Monde" ou "The Washington Post" ou des webzines comme "Science et Avenir" propagent de temps en temps des idées partiellement fausses du fait qu'ils ne connaissent pas vraiment leur sujet. Ils se sont contentés de publier l'avis d'un spécialiste résidant dans leur pays (par ex. en France pour "Le Monde") au lieu de rassembler les avis ou les données de plusieurs sources et, le cas échéant, des avis contradictoires. Souvent les journalistes américains se trompent sur la situation en Europe, et inversement, les Européens ont tendance à faire l'amalgame entre les concepts propres aux Etas-Unis ou d'autres régions du monde (monde Arabe, etc).

La Covid, une maladie endémique ?

Si on peut éliminer un virus à court ou moyen terme grâce à des traitements et des vaccins, il est faux de croire qu'on peut éradiquer les virus ou les pathogènes en général de la surface de la Terre. Au cours du siècle passé, malgré toute sa science l'homme n'est parvenu à éliminer qu'une seule maladie, la variole en 1980, et encore après 100 ans de vaccination ! Tous les autres maladies parfois vieilles de plusieurs milliers d'années sont toujours parmi nous, généralement sous forme endémique et donc locale et saisonnière. On y reviendra dans l'article consacré à l'élimination des bactéries et virus.

Mais restons optimiste et confiant. Même si on ne parvient pas rapidement pas à éliminer le Covid-19 de la population humaine, nous finirons par contrôler sa propagation comme nous le faisons lors des épidémies de grippe ou de rhume.

Sur le plan politique

Concernant la gestion de la crise sanitaire elle-même, nous avons détaillé précédemment l'impact économique et la réponse de l'Europe et des différents pays pour à la fois endiguer la propagation du virus et relancer leur économie.

L'OMS déclara l'urgence de santé publique à l'échelle internationale le 30 janvier 2020 (cf. OMS) et la pandémie le 11 mars 2020 (cf. OMS). En réponse à cette urgence sanitaire, les pays du monde entier ont pris un large éventail de mesures, initialement pour contenir l'épidémie puis atténuer son impact dans leur pays. Si la plupart des pays ont imposé le confinement de la population et la distanciation sociale, la Suède et les Pays-Bas ont pris le risque de laisser le virus contaminer leur population afin qu'elle s'auto-immunise contre le virus. Le résultat n'a pas été convaincant car leur taux de létalité est soit similaire soit supérieur à la moyenne européenne. Mais l'avantage est que l'économie de leur pays fut préservée et personne n'a dû faire l'expérience du confinement.

Propagation du Covid-19. Document Shutterstock.

L'objectif actuel des autorités est principalement de limiter la propagation du virus par la distanciation sociale qui permet de réduire le nombre de contacts afin de gagner du temps et garantir que les services de santé n'arrivent pas à saturation (cf. ECDC). La réduction de l'exposition vise également à protéger les groupes de population vulnérables et tout le personnel des établissements de santé à risque en attendant la mise sur le marché d'un vaccin et de traitements spécifiques.

En Europe, les mesures ont inclus la décision controversée de fermer les frontières (à l'exception de certaines zones frontalières), les établissements scolaires, les centres de loisirs et culturels, les magasins non essentiels et les restaurants, les salons de coiffure, les centres d'esthétique. On nous imposa des restrictions de déplacements, y compris la nuit (couvre-feu), on interdit les rassemblements publics et les gouvernements ont mis à l'arrêt pratiquement toutes les professions libérales, y compris les kinés, à l'exception des médecins et des services d'urgence.

Ces mesures ont été prises à des moments différents et sur une échelle de temps différente selon la situation épidémiologique, géographique, politique et sociétale des pays. De toute évidence, ces mesures ont eu un impact considérable sur les citoyens et la société dans son ensemble.

La pandémie de Covid-19 a posé un certain nombre de défis de santé publique. Dans beaucoup de pays, on a constaté des vulnérabilités dans la préparation du secteur de santé avec un manque chronique de ressources. Ce fut particulièrement dramatique en Afrique. Mais même en Europe où en principe tous les pays sont médicalement bien équipés, la France par exemple fut rapidement confrontée à une pénurie de matériel, révélatrice d'une politique sanitaire inadéquate dénoncée de longue date, d'un manque de prévoyance, de responsabilité et de coordination au plus hauts niveaux.

Rappelons qu'en période d'urgence de santé publique, il est essentiel qu'une seule personne (généralement le responsable de la santé) dirige et impose une stratégie de lutte collective. En effet, si les autorités ne se concertent pas et proposent chacune des actions ou des explications différentes, la définition des priorités de recherche et la conduite de recherches risquent de faire double emploi avec les efforts pour endiguer l'épidémie. Par conséquent, de solides mécanismes de coordination et de surveillance sont nécessaires pour éviter ce problème et le risque de confusion voire d'un rejet des décisions par les citoyens.

La définition précise du plan de communication est évidemment essentielle dans ce contexte. La communication en temps opportun, la transmission des incertitudes et la présentation des faits réels sans caché la vérité sont un défi récurrent pour la santé publique et les décideurs. La communication éclairée des risques, la rationalisation des messages et la collaboration avec les médias jouent un rôle important dans l'atténuation de l'impact de toute crise de santé publique.

Un nouveau défi de la pandémie de Covid-19 est de savoir comment identifier le bon moment et déterminer les moyens appropriés pour l'escalade et la désescalade des mesures prises à une échelle qui était au-delà de l'imagination en début d'année. Bien qu'il y aura des principes communs tels que la rapidité, la proportionnalité et l'acceptabilité des mesures, il n'y aura très probablement pas de solution unique pour tous et les approches devront être flexibles et réactives. Seul l'avenir montrera quelles stratégies et mesures ont le mieux réussi à endiguer la pandémie.

Classement des pays les plus sûrs concernant le Covid-19. Statut au 3 juin 2020. La deuxième vague épidémique qui balaya l'Europe en octobre 2020 a pratiquement inversé cette situation qui se confirma lors de la troisième vague épidémique en mars 2021. Document DKV.

Si nous voulons un bon exemple de gestion de la crise avec des ressource en suffisance et un taux de létalité très faible, regardons vers l'Est. Selon le classement de la DKV des pays les plus sûrs concernant le Covid-19, en juin 2020 la Suisse occupait la première place du podium. Elle est suivie par l'Allemagne, Israel, Singapour et le Japon, ces trois derniers pays ayant une longue expérience du confinement ou ont très bien tiré les leçons des épidémies de SARS (2003) et de MERS (2015).

Plus près de chez nous, le Luxembourg était classé en 25e place. En revanche, en raison de leur manque de prévoyance, de coordination et de vision à moyen terme qui eurent des conséquences dramatiques, les États-Unis étaient à la 58e place, la France à la 60e place et la Belgique en 78e place de ce classement.

Malheureusement, la deuxième vague épidémique a pratiquement inversé ce classement et mit le système de santé des pays européens en situation critique et les gouvernements pour ainsi dire sommés de réagir dans l'urgence pour éviter un chaos généralisé. 

Ceci dit, tous les pays à quelques exceptions près ont fait leur première expérience d'une épidémie qui plus est, très rapide, et la plupart des gouvernements ont égoïstement imaginé qu'ils s'en sortiraient seuls avec les moyens disponibles. Ce fut leur plus grave erreur qui se paya par des décès et des traumatisme psychologiques qu'on aurait pu éviter.

Rétrospectivement, il fallut environ 3 mois pour que la Chine retrouve une activité "normale" (malgré de nouvelles vagues épidémiques) tandis que les premiers signes d'un recul du nombre de personnes contaminées, de personnes en réanimation et de décès émergea dans certains pays (Belgique, France, etc), suggérant que le pic épidémique était passé en avril 2020. Mais il fallut attendre les résultats des dépistages massifs pour le certifier et ce n'est que durant l'été que les scientifiques eurent une meilleure idée de l'état de santé de la population.

Mais le déconfinement suivi par les grandes vacances de 2020 vit une réaugmentation du nombre de contaminés. Le nombre de nouveaux cas restant relativement faible, les gouvernements n'ont pas pris de nouvelles mesures. Comme prévu par les simulations mais sous-estimées par les autorités, à la rentrée de septembre 2020 les cas de contamination ont sensiblement réaugmenté jusqu'à ce que l'Europe subisse une deuxième vague épidémique atteignant un seuil critique en octobre au point que certains pays ont réinstauré le confinement ou imposé le couvre-feu durant la nuit. Mais comme l'avaient correctement prédit les simulations, cela n'a pas suffi pour éviter la troisième vague épidémique en mars 2021 ni même les suivantes avec toutefois des effets sanitaires moindre en raison des dépistages plus nombreux et des effets protecteurs de la vaccination.

Publication des e-mails du Dr Faucy

Dans le cadre du FOIA (Freedom of Information Act), le 1er juin 2021 le webzine BuzzFeed et le journal "The Washington Post" ont obtenu la correspondance du Dr Anthony Fauci, directeur du NIAID et responsable de la stratégie sanitaire américaine auprès des administrations Trump puis Biden. Comprenant 3200 e-mails, ces informations disponibles en ligne apportent un nouvel éclairage sur les coulisses de la crise du Covid-19 aux Etats-Unis et taisent diverses rumeurs.

Le Dr Anthony Fauci en 2020. Document USA Today.

Soulignons que bien que la loi sur le FOIA exige la transparence, cette diffusion est très encadrée. Ainsi les e-mails ne sont pas publiés dans leur état initial. Dans la plupart des cas, les adresses et numéros de téléphone sont masqués ainsi que le texte de certains documents. Dans certains rapports, les annexes vidéos et audios ne sont pas publiées.

Que nous apprend la lecture de ces e-mails ?

Le Dr Anthony Fauci a échangé des e-mails avec des scientifiques qui s'inquiètent et critiquent la stratégie sanitaire, les positions populistes et les rumeurs colportées par le président Donald Trump et le risque que Mike Pence ne s'en serve sur les réseaux sociaux dont YouTube.

Il y eut des échanges entre le Dr Fauci, le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, et la fondation Bill & Melinda Gates pour accélérer le financement ainsi que le processus de mise au point et de validation d'un vaccin contre le Covid-19 et les campagnes de dépistage.

Le Dr Anthony Fauci évoque l'hydroxychloroquine mais aucun e-mail ne fait mention de son efficacité. Au contraire, il souligne le buzz médiatique et la forte pression politique autour du sujet. Prudent envers les résultats du Dr Raoult ou les études chinoises, le 24 février 2020, il écrit : "j'aimerais voir leurs données".

Le Dr Anthony Fauci a changé d'avis à propos des masques faciaux. Le 5 février 2020, il écrit que les masques "ne sont pas vraiment efficaces pour se protéger du virus", conformément à ses positions publiques de l'époque. Mais il revient sur son avis en juillet 2020, suite aux nouvelles études prouvant la transmission aérienne du Covid-19. Il recommanda d'abord le port du masque dans les lieux peuplés (cf. CNN) avant de promouvoir sa généralisation en novembre 2020 (cf. Boston Herald).

Le Dr Anthony Fauci a reçu des e-mails détaillant des théories non-étayées sur la fabrication du virus en laboratoire. En général, il n'a pas répondu aux théories fantasques ni aux théories non validées par des pairs.

Tweet publié par The Seeker le 12 mai 2020 concernant la recherche des origines du SARS-CoV-2 en Chine.

En revanche, le 30 janvier 2020 Fauci a demandé des informations sur l'origine du virus à des chercheurs spécialisés dont le virologue Kristian G. Andersen, directeur du centre de recherche biomédicale américain Scripps Research, à propos d'un article publié dans la revue "Science" sur les origines possibles du Covid-19. Andersen lui répond que ses collègues et lui estiment "que le génome n’est pas cohérent avec ce que l'on attend de la théorie de l'évolution". Il évoque "une toute petite part du génome (0.1%)" ayant l'air d'être potentiellement conçue par l'homme". Fauci lui propose d'en discuter au téléphone mais le contenu de cette communication n'a pas été publié.

Début mars 2020, Andersen remercie Fauci pour ses conseils et lui annonce que sa correspondance scientifique a été acceptée par la revue "Nature Medecine". Après avoir pris connaissance de nouvelles données, d'analyses complémentaires et avoir beaucoup discuté, il affirme dans cet article qu'il est "improbable que le SARS-CoV-2 ait émergé d'une manipulation en laboratoire".

Le Dr Anthony Fauci a reçu le 17 avril 2020 un e-mail de Francis Collins, directeur du NIH, dans lequel figure un lien vers un site conspirationniste affirmant que l'épidémie est sortie d'un laboratoire de Wuhan. La réponse est masquée mais est notamment adressée à BuzzFeed.

Dans un autre e-mail daté du 18 avril 2020, Peter Daszak, chercheur opposé à la thèse du virus issu d'un laboratoire, et critiqué pour ne pas avoir déclaré sa collaboration avec le laboratoire de Wuhan dans un article sur l'origine du virus, remercie le directeur du NIAID d'avoir appuyé publiquement la thèse d'une zoonose.

Toutefois, en mai 2021, suite à la publication de nombreux documents sur les recherches effectuées par le laboratoire de Wuhan, Anthony Fauci déclara "ne pas être convaincu" de l'origine naturelle du virus et être favorable à des investigations plus larges sur cette question.

En 2022, ni l'OMS ni aucun chercheur n'a pu prouver l'origine artificielle ou d'éventuellement manipulations génétiques du SARS-CoV-2 qui, jusqu'à preuve du contraire est bien d'origine naturelle (cf. les zoonoses).

Bref, il n'y aucune information dans ces e-mails qui contredirait les positions officielles du Dr Fauci. Tous ses échanges révèlent au contraire son professionnalisme, son intégrité et son intérêt pour défendre la santé publique. C'est d'ailleurs en raison de ses compétences et de son intégrité que l'administrtation Biden sollicita sa collaboration.

L'échec de nos sociétés

Face à la crise sanitaire, il faut bien constater qu'aucun pays démocratique aussi puissant soit-il n'est parvenu à endiguer la pandémie de Covid-19 ni à contrôler sa population (cf. les émeutes aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Autriche, en France, etc) sans même parler d'un pays totalitaire comme la Chine ou la Corée du Nord qui musèle les opposants par la force.

Pourtant, par le passé les Occidentaux notamment ont connu des pandémies ravageuses contre la grippe espagnole en 1918-1919 et l'épidémie de grippe virulente en 1928. Comme on le voit sur les photos suivantes, à l'époque déjà on savait pourtant comme se protéger des virus. Mais il semble qu'un siècle plus tard, nos autorités aient oublié ces principes élémentaires ! Un comble de nos jours où l'information est digitale et accessible à tous !

A gauche, port du masque dans les transports en commun américains lors de l'épidémie de grippe de 1929. A droite, un couple britannique portant un masque contre le virus de la grippe vers 1928-29. Un siècle plus tard, début 2020 nos dirigeants n'avaient toujours pas tiré les leçons du passé. Documents Keystone Hulton/Getty Images et Mary Evans/SIPA.

En Europe, il fallut attendre les premières campagnes de vaccination en 2021 pour que les indicateurs sanitaires et socio-économiques redeviennent lentement positifs et que les gouvernements acceptent d'alléger les restrictions sanitaires. Mais nous sommes encore loin de voir la fin des restrictions et d'entrevoir la lumière au bout du tunnel.

Si la politique du confinement fut un échec social, la manière dont les gouvernements ont informé la population fut et reste problématique. A travers ses règles, ses décrets, ses ordres, ses signalisations et ses procédures à suivre à la lettre sous peine d'amende, les gouvernements ont infantilisé la population, nous traitant comme des enfants indisciplinés et incapables de comprendre ce qui se passe et de se gérer en personne responsable !

Une affiche diffusée en 1918-1920 par la Ligue Anti-Tuberculose américaine conseillant aux usagés des trains-couchettes d'aérer leur compartiment en raison du risque de contamination par le virus de la grippe. Document Cincinnati Museum Center Archive/Getty Images.

Ces règles se sont ajoutées aux lois existantes sur les nuisances, la surveillance, l'antiterrorisme, etc., sans jamais être réduites. Au contraire, pendant la pandémie l'État n'a pas hésité a décrété l'état d'urgence et à s'accorder des "pouvoirs spéciaux". On a constaté une surenchère de restrictions et du non respect voire de la violation des droits démocratiques comme le droit des citoyens à circuler librement, de la protection des données à caractère privé ou encore concernant le rôle du parlement alors que la loi stipule clairement que la Constitution ne peut être suspendue en tout ni en partie. Même la Commission européenne rejeta la restriction de libre circulation imposée par plusieurs pays à leurs citoyens. Finalement, en février ou mars 2021 selon les pays, les états européens ont assoupli leurs règles.

Qui ne comprendrait pas qu'en réaction à ces mesures cohercitives et ces règles parfois contradictoires et opposées aux avis des constitutionnalistes ou des spécialistes de la santé, ce qui était déjà une réalité en 2019 s'est accentué depuis la pandémie : début 2021, en Belgique plus d'un tiers des électeurs ne faisait plus confiance au politique et plus de 60% des électeurs en France. Cette méfiance s'est accentuée en raison de la croissance structurellement faible et de l'impact des politiques publiques souvent décriées.

Certains citoyens ne veulent même plus respecter les consignes sanitaires, au point que dans certaines localités l'attitude incivique des citoyens qui comprennent parfois du personnel de la santé risque de compromettre la campagne de vaccination, ce qu'on ne peut pas non plus tolérer. L'État doit donc en tirer les leçons.

Bien qu'il soit encore impossible de prédire où nous en serons dans un an, l'état sanitaire de la population reste une préoccupation majeure qui doit rester à l'ordre du jour des gouvernements, sans qu'il n'y ait de place pour la complaisance. En revanche, on a déjà constaté que la pression économique, le "ras-le-bol" de la population et les conséquences psychologiques du confinement et des contraintes comme le télétravail sont des facteurs importants qu'il faut également prendre en considération. Vus les impacts économiques et sociaux d'un confinement total, on comprendra que ce genre de mesure ne fut plus reconduite.

Quel que soit l'évènement, les méthodes et processus mis en place pour gérer cette crise sanitaire, il y a toujours des améliorations à faire. Mais si déjà nos autorités pouvaient reconnaître leurs erreurs et leurs manquements, nous en sortirions grandis et plus forts pour affronter la prochaine crise. Visiblement, la deuxième vague épidémique démontra la défaillance des gouvernemnets à gérer cette crise sanitaire. Si un homme averti en vaut deux, nos gouvernements ont tous raté l'occasion de tirer les leçons des crises sanitaires du passé (cf. les facteurs de risque) et nous en payons tous les conséquences à présent.

Les leçons à tirer

Dans tout bon guide consacré à la réponse à donner à un incident mineur ou une crise majeure, il y a un chapitre important consacré aux "leçons à tirer" (lesson learned) lorsque la situation est revenue à la normale. C'est un point qui est de plus en plus à l'ordre du jour car il permet d'apprendre de ses erreurs, d'améliorer les actions de tous les acteurs concernés et d'apporter une solution encore plus précise, plus rapidement et plus efficacement.

Lorsque cette crise sanitaire sera terminée - nul doute qu'elle finira un jour -, que nous aurons retrouvé nos repères et notre routine, mais sans doute pas tous, nous devrons en tirer des leçons.

Les opportunités

Pour les bonnes nouvelles et les opportunités car il y en eut, cette crise a permis aux chercheurs de développer des technologies et des méthodes innovantes qui en temps normal auraient nécessité des années avant d'aboutir.

Jamais les "Big pharma" n'eurent l'occasion de développer aussi rapidement des vaccins et des outils d'analyses aussi performants et aussi compacts que durant cette crise. On peut s'attendre à ce qu'ils affichent des chiffres d'affaires scandaleusement élevés et bientôt de plantureux bénéfices acquis sur le dos des victimes du Covid-19.

Le public a également appris à vivre confiné et certains ont trouvé des avantages au télétravail au point qu'en Belgique 13% des salariés aimeraient bien poursuivre l'expérience après la crise. Beaucoup d'entreprises de services et même les institutions européennes sont prêtes à jouer le jeu tant que cela n'impacte pas leur chiffre d'affaire, leurs objectifs et n'interfère pas avec leurs missions.

Les personnes les plus curieuses ont également appris énormément de choses sur les virus, d'autres se sont découvertes une passion pour de nouveaux loisirs ou ont décidé de revoir leur façon d'envisager l'avenir et leur style de vie.

Les autorités ont également beaucoup appris sur la gestion du risque sanitaire et notamment sur les ressources qu'il faut anticiper bien avant que l'épidémie s'installe au risque de voir le nombre d'hospitalisés en soins intensifs et de décès exploser et mettre le pays à genoux en quelques mois.

L'État a également rapidement compris dès le premier confinement qu'il doit développer simultanément trois stratégies complémentaires : créer une capacité d'identification des citoyens avec leurs dirigeants, renouer avec l'efficacité et renforcer la participation citoyenne. En effet, si les citoyens ne se reconnaissent pas ou ne comprennent pas les décisions politiques, s'ils ressentent les clivages politiques et les oppositions, ils refuseront de les respecter.

L'État a également appris à ses dépens qu'il est dans l'intérêt de tous que les membres du gouvernement fassent corps et parlent d'une seule voix, que l'État se montre persuasif mais également compréhensif vis-à-vis des attentes du monde médical comme des citoyens, surtout de la minorité silencieuse des jeunes en détresse. Enfin, l'État apprit à mieux communiquer et à utiliser les médias sociaux pour toucher tous les populations.

Mais il peut beaucoup mieux faire si on en juge par la méfiance de la population envers les vaccins lié au fait que le gouvernement fait peu de publicité autour des campagnes de vaccination. C'est un comble quand on connait l'importance stratégique des vaccins.

Pas de pitié en état de guerre sanitaire

Concernant les mauvaises nouvelles, malgré leurs belles paroles sur le sens civique et la solidarité, lors d'une crise majeure comme cette crise sanitaire, les pays riches ne tiennent jamais leur parole et malgré les accords verbaux, les entreprises ne se sentent pas obligées envers quiconque tant que l'argent n'est pas sur la table.

Nous avons vu comment les Etats-Unis et la France notamment ont géré la "guerre des masques" au début de la pandémie. On a entendu les griefs non fondés portés par le président Trump contre la Chine pour son incompétence à gérer la crise ou ceux du président Macron envers la soi-disant incapacité de l'Italie à contenir l'épidémie. Revers de l'histoire et retour de la morale, en octobre 2020 les Etats-Unis et la France subirent une nouvelle vague épidémique qu'ils ne maitrisaient plus et leur président respectif était beaucoup moins fanfaronnant.

Le Remdesivir fut initialement développé comme traitement contre Ebola et l'hépatite. Bien que son effet contre le Covid-19 reste faible ou nul (cf. les remèdes), malgré l'avis négatif de l'OMS, la FDA et l'EMA approuvèrent son utilisation. Document Sascha Steinbach/EPA.

Parmi les autres faits choquants, en septembre 2020, en Belgique on manqua d'assister à une guerre communautaire concernant le transfert des patients Covid entre hôpitaux situés au-delà de la frontière linguistique. Certains bourgmestres flamands exigeaient que les lits des hôpitaux de leur commune soient réservés aux habitants de leur commune, gue-guerre à laquelle le premier Ministre Alexandre De Croo a rapidement mit fin.

A plus grande échelle, les Etats-Unis ont plus d'une fois détourné ou acheté des stocks de médicaments au détriment des autres pays. Ainsi, en octobre 2020 il n'a pas fallu longtemps pour qu'en cette période de "Far West" dans les relations internationales où les États puissants se comportent comme des gangsters durant cette pandémie, le président Trump se vante que les États-Unis avaient acheté la totalité de l'offre mondiale de Remdesivir (toute la production de Gilead Sciences de juin et juillet et 90% de celles d'août et septembre 2020).

Si la plupart d'entre nous furent choqués par l'attitude peu diplomatique du président Trump qui ne fait pas honneur à notre humanité, rappelons que l'Europe a également discrètement signé un contrat avec Gilead pour plus d'un milliard de dollars de doses de Remdesivir.

Ce comportement égoïste des nations les plus riches n'est pas nouveau en soi. On l'a connu lors de l'épidémie d'Ebola de 2014 avec la thérapie expérimentale Zmapp. De puissants pays riches comme les États-Unis et l'Espagne ont pu se procurer du Zmapp pour leur personnel de la santé, tandis que les médecins et les infirmières des pays d'Afrique de l'Ouest lourdement touchés par ce fléau se sont retrouvés en grande partie sans traitement efficace !

De même, en 2006 lors de l'épidémie de grippe aviaire H5N1, les pays à revenu faible ou modéré devaient en théorie partager des échantillons de virus avec l'OMS et les centres de recherche associés, mais en pratique ils n'en ont pas bénéficié. Scandalisé et frustré par cette attitude, le ministre indonésien de la Santé, Siti Fadilah Supari invoqua le principe de la "souveraineté virale" pour affirmer que cela n'avait aucun sens pour les pays de partager librement des virus alors que ceux-ci finiraient par se retrouver entre les mains de sociétés pharmaceutiques qui vendraient leurs vaccins au plus offrant - très probablement aux États-Unis et aux Européens.

Après des années de négociations, l'OMS a finalement approuvé le cadre de préparation à la grippe pandémique qui fournit une feuille de route sur la manière dont les produits de recherche sur ce virus peuvent être partagés équitablement entre tous les pays du monde.

Alors que le monde se fixe sur le jour où un vaccin contre le Covid-19 sera disponible, l'histoire récente nous montre que la rhétorique sur la solidarité et la coopération cède facilement la place à une course folle d'intérêts nationaux concurrents.

Lors de l'assemblée de l'OMS en mai 2020, une résolution fut adoptée par tous les États membres pour faire des produits de recherche sur le Covid-19 des biens publics mondiaux. Mais ce seront des paroles creuses en l'absence de discussions que l'on sait d'avance difficiles et des détails concrets sur les pays en tête de la file d'attente, le nombre de doses auxquelles chaque pays aura droit et la manière dont les principes de justice et d'équité régiront toutes les décisions.

Lorsqu'un vaccin ou une nouvelle thérapie contre le Covid-19 sera annoncé, on peut s'attendre à ce que la pression de la clameur des citoyens deviennent plus fortes à mesure que la pression sur les gouvernements s'intensifiera.

Malheureusement, malgré la bonne volonté de la majorité d'entre nous, l'histoire nous a appris que seul l'argent des puissants régit le monde. Cela s'applique également pendant une pandémie, lorsque celui qui a le plus d'argent peut également se permettre d'acheter plus de vaccins et de médicaments essentiels.

Le gâchis de la distribution des vaccins

Selon un rapport publié en janvier 2022 par la société britannique d'analyse de données sanitaires Airfinity (cf. aussi Bloomberg), des centaines de millions de doses de vaccin contre le Covid-19 achetées par les pays riches ont été gaspillées, alors que dans beaucoup de pays pauvres la population reste sans protection face à la propagation du variant Omicron. Environ 240 millions de doses achetées par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, le Canada et l'Union européenne n'ont pas été utilisées et furent périmées fin mars et durent être jetées à la poubelle !

Toutefois, le gaspillage à l'échelle mondiale est probalement sous-estimé. En effet, les pays occidentaux dont l'Europe se sont défaits de millions de doses de vaccins au profit des pays pauvrees à l'automne 2021, juste avant que ces vaccins soient périmés. Mais il était trop tard car de nombreux pays bénéficiaires de ces dons ont dû détruire ces doses faute d'infrastructures adaptées pour organiser des campagnes de vaccination suffisamment rapidement. On estime que plus de 500 millions de doses de vaccins furent jetées.

Une fois de plus, ce ne sont pas les sociétés pharmaceutiques ni même les pays occidentaux qui ont perdu au change (ou si peu), mais les populations les plus pauvres du tiers-monde !

Payer et reconnaître ses fautes

Il faudra également que le monde politique réponde de ses actions et surtout de ses inactions quand il en avait encore le temps devant le contribuable et ses représentants sans essayer de reporter la responsabilité sur les scientifiques. Ces demandes officielles d'explications se sont déjà par exemple en partie déroulées en Belgique pendant la phase creuse de l'épidémie mais nous sommes loin d'en avoir fait le tour.

Vu la situation et les questions que les professionnels de santé, les entrepreneurs et le public ont soulevées en plein milieu de la crise lors d'interviews, sur les réseaux sociaux ou sur les forums des institutions et de leur syndicat, au terme du premier confinement il y eut des débats houleux, des claquements de porte, des règlements de compte entre les élus incompétents dans la majorité et ceux dans l'opposition, des ministres furent montrés du doigt, il y eut des égos blessés et les citoyens s'attendirent à ce que des élus soient évincés pour leur incapacité à gérer la crise.

 Document Shutterstock.

Les dirigeants européens ont déclaré le 26 mars 2020 souhaiter lancer la réflexion sur les leçons à tirer de la crise sanitaire et envisagent notamment de revoir leurs capacités de réponse en temps de crise (cf. Consilium).

En France par exemple, le 20 mars 2020 on parlait déjà de défaillance de l'État, de sous-estimation de la menace, de désinvolture criminuelle (cf. Le NouvelObs). Le 12 mai 2020, on dénombrait plus de 60 plaintes déposées contre le gouvernement. Les plaignants dénoncent, selon les cas, des faits de "mise en danger de la vie d’autrui", "homicide involontaire", "non-assistance à personne en danger", etc (cf. Le NouvelObs).

Que ce soit en France, en Belgique ou ailleurs, des ministres furent nommés et le public s'attendait à la fin des pouvoirs spéciaux, à des démissions et enfin à de nouvelles élections dès que possible. La Belgique eut finalement son nouveau gouvernement. Mais cela n'a pas suffit pour calmer une certaine frange de la population qui ne veut toujours pas porter de masque dans les lieux fréquentés ou croit toujours que cette histoire de Covid est un complot organisé par les Big Pharma pour vendre des vaccins !

A leur tour, plusieurs gouvernements européens (Pays-Bas, Espagne, Slovaquie, Irlande, etc) ont demandé des comptes à la Chine suite à la livraison de masques chirurgicaux ou de tests non conformes (cf. Internewscast). Mais c'est sans compter sur les impacts géopolitiques qui risquent de tempérer lex exigences des Européens.

Si le gouvernement belge pour n'en citer qu'un prétend qu'en raison des mesures de confinement il évita le décès de plus de 100000 personnes, il oublie de dire que son imprévoyance en tua aussi des milliers qui n'ont pas eu la "chance" d'être dépistés à temps ou sont morts seuls avec le sentiment d'avoir été abandonnés !

Bref, au sommet de la nation, les chefs d'États populistes comme Trump, Johnson, Bolsonaro et maintenant Macron parmi d'autres qui pensent être au-dessus des problèmes du monde devront retomber sur terre et accepter la gravité de la crise et la réalité dans laquelle vivent leurs citoyens. Mais malgré leur sous-estimation de l'importance de la crise, cela ne veut pas dire qu'ils chuteront dans les sondages, au contraire. Si tous parviennent à relancer l'économie de leur pays, pour certains électeurs à la mémoire courte cela suffira à les faire remonter dans les sondages comme jamais auparavant.

Critiques violentes en Belgique

Pour ne citer qu'un exemple des critiques faites à l'encontre des politiciens mais également de certains scientifiques, prenons la carte blanche publiée dans les journaux "Le Soir" et "La Libre Belgique" le 27 août 2020.

Un collectif d'une soixantaine d'académiciens et de scientifiques ont sévèrement critiqué la gestion de crise par les autorités belges et avance que ses conséquences risquent d'être bien pires que la menace du virus, à tous les niveaux de la société.

Selon ces personnalités, il est clair que les politiciens ont échoué dans leur gestion de la crise au Covid-19 : "Failles", "inadéquation" et "manque de clarté et de transparence" sont les mots qualifiant le mieux ce chaos organisationnel et scientifique. Selon le collectif, les décisions prises ont été basées "sur des données scientifiquement infondées et dont les conséquences directes et indirectes ont été sous-évaluées".

Le collectif appelle "à mettre sur pied dans les plus brefs délais un ou plusieurs groupes de travail, indépendants du monde politique, constitués d’un large panel de personnes compétentes dans tous les secteurs impactés par cette crise (médical, santé publique, économie, secteurs sociaux, enseignement, justice, etc.) et représentatif de l’ensemble des citoyens" afin de revoir complètement la gestion de la crise et "proposer des mesures scientifiquement prouvées efficaces".

Le collectif prend ainsi pour exemple les manquements sur les plans médical, de la santé publique, psychosocial, juridique et même éthique. Il souligne comme conséquences des mesures anti-Covid 19 un "climat de covidophobie tout à fait injustifié [qui] génère une anxiété néfaste pour une partie importante de la population".

En conclusion, "le point actuellement le plus important à débattre est de définir précisément le but des mesures anti-Covid-19. Initialement, il fallait éviter la saturation des hôpitaux en aplatissant la courbe, ce qui était compréhensible. Toutefois, aucune donnée objective sur le bénéfice du confinement de l’entièreté de la population n’a été fournie à ce jour. Ensuite, les mesures ont été prolongées et il semble maintenant qu'il faille à tout prix éviter de se faire infecter par un virus dont la dangerosité ne dépasse pas celle de la grippe saisonnière que nous vivons chaque année dans la « quasi » indifférence générale. Cela ne nous paraît plus raisonnable. Le gouvernement a été jusqu'ici incapable d'organiser un dépistage massif, méthode pourtant reconnue efficace pour isoler les malades et limiter la propagation du virus. En lieu et place, les citoyens se voient à nouveau limités dans leurs libertés fondamentales. Ceci n'est plus acceptable".

Le coup de gueule des scientifiques

Face au chaos de la gestion de la crise sanitaire, le 20 octobre 2020, alors que la deuxième vague épidémique déferlait sur l'Europe dans l'indifférence des gouvernements, le microbiologiste Emmanuel André de l'Université de Louvain, responsable du laboratoire de diagnostic au pôle des maladies infectieuses de l'hôpital universitaire UZ Leuven dénonça publiquement l'inaptitude du gouvernement belge à gérer la crise.

Le doute se lit sur le visage du microbiologiste Emmanuel André de l'Université de Louvain en juin 2020 quand il entend les propos des politiciens belges. Gage de sa crédibilité, le Parlement Européen a consacré une page au Prof. André. Documents Isopix. 

Pour Emmanuel André, la Belgique n'a pas su anticiper la seconde vague malgré "des moyens plus performants" que les autres pays. "Beaucoup d'autres pays n'avaient pas des moyens aussi performants que les nôtres pour voir venir cette deuxième vague. Mais ils ont choisi le principe de précaution et la logique d'éradication quand nous banalisions la douce musique des sirènes hurlantes" (cf. Le Soir). Comme il le déclara au webzine "Sudinfo" le 21 octobre 2020 : "Arrêtons de jouer au poker, tapons un bon coup!".

Entre-temps, à partir du 17 octobre 2020 le nouveau gouvernement finit par prendre des mesures sanitaires d'urgence et peu plaisantes comme le couvre-feu et la fermeture de l'Horeca pendant un mois. Mais si on se base sur les simulations, ce ne sera peut être pas suffisant. Encore faut-il que le gouvernement accepte de considérer les modélisations comme des prévisions fiables, ce qu'il est loin de penser.

Rappelons que suite à son désaccord avec la stratégie du gouvernement belge et la remise en doute de son honnêteté et sa loyauté par un ministre-président (cf. Twitter), Emmanuel André quitta sa fonction de porte-parole interfédédal Covid-19 le 27 avril 2020 et retourna à ses recherches. Sa fonction fut reprise par l'immunologue Yves Van Laethem, spécialiste en médecine du voyage au CHU Saint-Pierre. Mais Van Laethem fut dans le déni face à l'arrivée de la deuxième vague épidémique et ne s'est jamais projeté dans l'avenir.

En revanche, comme le confirme cet article publié dans la presse le 22 juillet 2020, Emmanuel André avait déjà prévu différentes solutions pour éviter une deuxième vague. Le virologue confirmait que le confinement localisé est "sur la table" et rappela l'importance du tracing, d'une communication plus performante et envisageait une possible réduction de la bulle sociale. Personne ne l'a entendu !

Le 21 octobre 2020, les déclarations de son confrère Yves Coppieter, épidémiologiste à l’ULB allèrent dans le même sens : "Vu l’augmentation des hospitalisations, je ne suis pas sûr que nos politiques vont prendre le risque d’attendre. Quand les effets des dernières mesures décidées par le gouvernement De Croo (fermeture de l’Horeca, couvre-feu…) vont se faire sentir, nos soins intensifs seront peut-être déjà saturés. J'ai le sentiment que le gouvernement pourrait resserrer les mesures avant cela. Étendre le couvre-feu de 21 heure à 5 heure par exemple ou mettre l’enseignement supérieur en code rouge ou encore imposer réellement le télétravail" (cf. "Sudinfo").

Le coup de gueule justifié de ces deux scientifiques rejoint le point de vue très critique de Richard Horton de la revue "The Lancet", celui du microbiologiste belge Peter Piot (voir ci-dessous) et d'autres spécialistes de la santé (cf. la fraude scientifique).

 6 leçons à tirer des épidémies précédentes, par le Dr Peter Piot

1°. Plus on agit tôt face à un problème, plus élevée est la probabilité de réduire son impact.

2°. Le leadership politique doit s'exprimer jusqu'aux plus hauts niveaux de pouvoir.

3°. Utiliser tous les outils que nous offre la science pour prendre des décisions, rapidement adopter l'innovation et investir massivement en R&D.

4°. Il n'existe pas de solution miracle ni simple : il faut appliquer une combinaison de mesures de préventions, même quand il existe des vaccins.

5°. Investir continuellement dans les systèmes de santé publique et de préparation des sociétés.

6°. Avoir une approche globale en construisant des coalitions et en impliquant les communautés.

Au cours de sa carrière sur le terrain, le Dr Piot a constaté plus d'une fois que les autorités politiques dont les chefs d'Etats populistes et certains présidents présomptueux n'ont pas cru les scientifiques. Ils n'ont pris aucune mesure préventive et ont regardé passer les vagues épidémiques sans réagir, mettant en danger leur propre population. Leur incrédulité, leur déni, leurs mensonges, leur comportement irresponsable, bref leur incompétence fut à l'origine d'une augmentation très rapide du nombre de contaminés et de décès alors qu'ils auraient pu les éviter.

En résumé, si les responsables politiques et les experts reconnaissent qu'il y eu des contradictions, des manquements voire des erreurs de gestion durant cette crise, aucun n'émet de regrets sur la façon dont il a géré la crise. Selon l'ancienne première Ministre Sophie Wilmès, ce n'est "pas encore" l'heure des regrets. Pour Elio di Rupo, ministre-président du gouvernement wallon : "Le monde entier a navigué à vue" déclara-t-il pour justifier ses décisions. Et de poursuivre, "C’est un faux procès que de dire que l’économique a pris le dessus sur tout le reste. Le déconfinement s'est fait dans l'ordre de ce qui pouvait l’être, avec méthode".

Bref, nos politiciens sont bien les seuls à être satisfaits de leur gestion de la crise ! Mais s'ils avaient été au front, avaient perdu leur rémunération ou subi la perte d'un proche, ils auraient certainement une opinion bien moins conciliante ! En fait, le seul qui fut ému aux larmes fut le ministre de la santé Frank Vandenbroucke lors de sa conférence de presse le 28 octobre 2020, après avoir visité le CHC Montlégia à Liège et vu des scènes particulièrement poignantes (cf. 7sur7).

Revoir les priorités sociétales

La pandémie au Covid-19 est une crise économique et sociale mondiale. Elle a montré de façon dramatique les liens étroits existants entre les trois piliers du développement durable : l'environnement, le social et l'économie ainsi que la nécessité de changer notre modèle de production et nos modes de vie. Pour y parvenir, en 2015 l'ONU adopta les Objectifs de Développement Durables, une grille d'analyse présentée dans le schéma ci-dessous qui démontre toute sa pertinence pour comprendre la crise et travailler à un avenir plus durable.

Les leçons à tirer de la crise sont nombreuses et dans tous les domaines. Parmi celles-ci l'humain doit passer avant l'économique, il ne faut jamais sous-estimer un risque naturel, nous sommes peu de chose face à la Nature et devrions mieux la traiter si nous souhaitons survivre. Si ces principes paraissent naïfs, ils ont pourtant des effets bien concrets que le monde politique a souvent ignoré.

Ces idées générales impliquent un changement radical dans notre façon d'envisager le bien-être et notre modèle économique ainsi qu'un changement de mentalité des pouvoirs publics, de certaines entreprises et de la population.

Il ne fait aucun doute que le "monde d'après" la crise sanitaire sera différent de ce que nous avons connu et pourrait bien conduire à révision totale du fonctionnement de la société conduisant à la révolution la plus importante des 25 dernières années depuis l'invention de l'Internet.

On sait déjà que de nouveaux défis nous attendent : la mobilité, la flexibilité du travail, l'environnement, la sureté, la solidarité, la mondialisation, autant de thèmes qui vont nous obliger à repenser fondamentalement notre façon de vivre.

On a par exemple constaté que ce ne sont pas nos hauts managers et nos dirigeants grassement payés qui font marcher l'économie mais la cohorte de petits ouvriers et d'employés sous-payés tout au bas l'échelle sociale qui assurent les tâches essentielles. Sans leur travail et leur disponibilité, nos pays seraient à l'arrêt. Rien qu'au titre des services rendus à la communauté, on peut bien révaloriser les bas salaires voire même inverser les échelles salariales !

Les conséquences de cette pandémie nous offrent une occasion unique de rebâtir un monde meilleur, le genre d'occasion qui n'arrive généralement qu'à peine une fois par siècle au sortir d'une guerre. La différence est que celle dont nous sommes les témoins et parfois les acteurs n'a pas mis à feu et à sang la planète mais elle a tué des millions d'âmes du simple fait de l'évolution d'un micro-organisme insignifiant qui est presque parvenu pendant quelques mois à mettre l'humanité à genoux. Nous allons devoir en tirer des leçons.

A consulter : Plainte Covid, par Bruno Gaccio

(C'est de l'humour, du moins pour l'instant)

Sans être devin, on peut facilement identifier quelques sujets importants qui devront être discutés et pour lesquels on attend des plans d'actions et des solutions : revoir la globalisation, revoir la solidarité entre États durant les crises sanitaires, revoir le modèle européen, revoir la gestion du système de santé, revoir la gestion des flux dans les hôpitaux (lease management), revoir le quasi-monopole de certaines entreprises (cf. la grande distribution), mieux financer la santé, revaloriser les salaires les plus bas, revoir les détails de la gestion d'une crise sanitaire, mieux anticiper les risques, écarter les risques sanitaires (cf. les marchés d'animaux sauvages en Chine), mieux prévoir les épidémies et mieux s'y préparer, revoir le fonctionnement de l'industrie pharmaceutique, s'assurer d'être indépendant des approvisionnements médicaux d'outremer, mieux soutenir le marché national, mieux surveiller la chaîne alimentaire, revoir les règles pour préserver la sécurité sanitaire et alimentaire, légaliser le droit au télétravail, adapter les contrats d'assurance pour couvrir le risque sanitaire, mieux sensibiliser et informer la population, mieux protéger les plus vulnérables, etc.

Ces derniers paragraphes furent écrits vers le 15 mars 2020. Deux mois plus tard, plus de 3000 chercheurs dénoncèrent le modèle actuel de note société. La législation sur le télétravail fut également modifiée après les vacances d'été et le financement du système de santé fut remis à l'ordre du jour.

Pour une société "après-crise" plus démocratique et plus durable

Le 16 mai 2020, plus de 3000 chercheurs issus de 600 universités ont publié une tribune dans une vingtaine de journaux à travers le monde, plaidant pour une société plus démocratique et plus durable à la sortie de la crise du coronavirus (cf. RTBF/Belga).

Document 123RF.

Ils appellent ainsi à "démocratiser l'entreprise, démarchandiser le travail et dépolluer la planète". Les signataires font le constat que notre modèle actuel n'est pas durable et sont convaincus que seul un changement sociétal profond permettra de lutter contre la crise sanitaire, climatique, économique et politique.

Au départ, une simple observation : "les humains au travail ne peuvent être réduits à des 'ressources' ". Selon eux, les travailleurs doivent être considérés comme des citoyens dans l'entreprise. Les chercheurs plaident pour une augmentation des salaires les plus bas, une réduction des écarts salariaux, mais aussi pour une plus grande participation à la prise de décisions de l’entreprise.

Le travail ne peut pas être considéré comme une simple marchandise, considèrent-ils. "La logique de rentabilité ne peut pas décider de tout, et de même qu'il faut protéger certains secteurs des seules lois d’un marché non régulé, il faut aussi assurer à chacun l’accès à un travail qui lui permette d’assurer sa dignité", affirment-ils. Ainsi, ils proposent par exemple de créer une garantie d’emploi pour tous.

Les signataires appellent également les Etats à imposer une vraie démocratie interne au sein des entreprises, en plus du respect des normes sociales et environnementales strictes. "Car ce sont les entreprises gouvernées démocratiquement qui seront prêtes pour mener la transition écologique", insistent-ils.

"Notre responsabilité, en tant que scientifiques et chercheuses et chercheurs, est d'aider la société à choisir son futur, en transmettant des connaissances utiles, basées sur des études rigoureuses concernant les différentes manières pour la société de s'organiser. Grâce à leurs recherches, les académiques peuvent aider la société à apprendre des erreurs passées et à élaborer des alternatives qui mettent fin au statu quo, afin de mettre nos sociétés sur la route d’un futur économique à la fois démocratique et durable", affirment Isabelle Ferreras, Julie Battilana et Dominique Méda, les trois chercheuses belge et françaises à l'initiative de ce manifeste.

La théorie du complot, les rumeurs et les "fake news"

Enfin, malgré tout ce qu'on le sait sur la génétique du Covid-19, ses mutations, ses voies de transmission et les pathologies parfois graves de la maladie, certains individus y compris des politiciens et des chercheurs ainsi que des groupes désinforment sciemment les internautes en affirmant que le virus est inoffensif ou au contraire, comme le révèlent les nombreuses "fake news" qu'on peut lire sur Internet, qu'il s'agit d'un virus mortel inventé par l'homme pour détruire certaines populations, sans oublier les anti-vaccinalistes qui par leur incivisme alimentent la pandémie et sont virtuellement responsables de la mort de centaines de milliers de personnes à travers le monde.

Le sujet étant vaste et grave car pouvant influencer les décisions de certains citoyens, on reviendra sur l'attitude des réfractaires aux mesures anti-Covid-19 et les conséquences parfois fatales de leurs actes ainsi que sur la psychologie des personnes réfractaires aux mesures anti-Covid-19.

Il semble que nous ayons encore beaucoup du chemin à faire pour éduquer la population, lui apprendre à développer son sens critique, pour balayer cet obscurantisme politique ou religieux quand il ne s'agit pas de dénégation pure et simple !

Pour plus d'informations

Sur ce site

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Résumés

La vie des idées, blog de Philippe Sansonetti

L'Âge des pandémies, Dr Peter Piot (YouTube)

Covid-19: The story of a pandemic, New Scientist, March 2021 (YouTube)

COVID-19 - Volume I: Global Pandemic, Societal Responses, Ideological Solutions, J. Michael Ryan, Routledge, Dec 2020

How does SARS-CoV-2 cause COVID-19?, Nicholas J. Matheson et Paul J. Lehner, Science, 31 July 2020

Covid-19, chronique d’une émergence annoncée, P.Sansonetti, Collège de France, Mars 2020

Questions scientifiques sur la maladie à coronavirus Covid-19, Académie des Sciences (F), 2020

The coronavirus outbreak, Scientific American, 2020

Lockdown strategies, mobility patterns and COVID-19, Nikos Askitas et al., LISER, 2020

Généralités

Hotline Coronavirus, ECDC

Le dictionnaire ludique et érudit du confinement, Alain Zenner, 2020

Coronavirus : le dossier des experts, UCLouvain, 2020

Tuto - Fabrication de masques (PDF), N.Vandewalle

Masque FFP2, le dernier rempart (mais savez-vous l'utiliser ?), esanum

Air traffic before and after Europe's coronavirus lockdowns (YouTube).

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