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La gestion de la crise sanitaire de Covid-19

Document rawf8/Shutterstock.

Les campagnes de vaccination (VI)

L'annonce de la commercialisation des deux premiers vaccins contre le Covid-19 par Pfizer/BioNTech et Moderna/NIH en décembre 2020 calma légèrement l'anxiété ressentie par chacun depuis le début de l'année. Nous savions à présent qu'il existe un remède pour tuer le virus et échapper à la maladie.

Lorsque tout le monde sera vacciné et que le virus sera éradiqué, on pourra enfin ranger nos masques et nos produits désinfectants et pousser un soupir de soulagement, respirer un bon bol d'air frais et cotoyer nos proches et nos amis sans craindre de les retrouver ou nous-mêmes, à l'hôpital. Ce jour là sera marqué d'une pierre blanche dans les annales de l'Histoire de la médecine et du XXIe siècle. Nous verrons par la suite ce qu'il en est de notre immunité.

Le 12 novembre 2020, l'UNICEF et l'Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) ont annoncé le lancement d'un appel d'offres invitant tous les développeurs de vaccins contre le Covid-19 à soumettre une proposition de distribution pour 2021.

Fidèle à sa mission, l'UNICEF livrera au moins 2 milliards de doses de vaccins contre le Covid-19 aux pays pauvres en 2021. Le but est de décourager les gouvernements à thésauriser les vaccins pour qu'ils se concentrent sur la vaccination afin de réduire le risque sanitaire. L'ONU travaille avec les transporteurs aériens et les fournisseurs de fret mondiaux pour organiser la livraison de vaccins contre le Covid-19 dans 92 pays dès qu'ils seront approuvés par les agences réglementaires.

L'intervention de l'Europe

En 2020, la Commission européenne et les États membres se sont mis d’accord sur une action commune au niveau européen pour garantir l’approvisionnement et soutenir la mise au point d’un vaccin contre le Covid-19 (cf. Europa).

Le 4 juin 2020, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen annonça la mobilisation d'un fonds d'urgence de 2.4 milliards d'euros pour précommander les vaccins en cours de développement (cf. Reuters). Pour les six vaccins commandés, le coût total est estimé entre 10 et 20 milliards d'euros. C'est inférieur au budget de l'opération Warp Speed américaine.

L'avantage d'avoir groupé les commandes de vaccins au niveau européen est que l'Europe bénéficie d'une priorité de livraison vis-à-vis d'un petit pays qui aurait commandé seul quelques millions de doses d'un vaccin. En revanche, l'Europe ne bénéficie d'aucun avantage par rapport aux Etats-Unis et n'a pas négocié de livraisons anticipées comme le fit Israël qui, début février 2021 avait déjà vacciné un tiers de sa population soit proportionnellement à sa population, dix fois plus que les États-Unis.

Le contrat signé le 27 août 2020 entre la Commission européenne et AstraZeneca à propos de son vaccin contre le Covid-19. Selon certains avocats, le fondement juridique est plus incertain que ne le suggèrent les déclarations rassurantes de Bruxelles - surtout compte tenu du contexte unique de la crise sanitaire mondiale. Document Stephanie Lecocq/EPA-EFE/Shutterstock.

Au total, l'Europe réserva plus de 2 milliards de doses de vaccins contre le Covid-19 pour le compte des 27 Etats membres. Rien ne les empêche ensuite de donner des doses aux pays à revenu faible ou intermédiaire (cf. Europa)

L'Europe a décidé de passer commande auprès des fournisseurs qui étaient les plus avancés dans leurs recherches et connus pour leur respect des normes européennes. Jusqu'en février 2021, la Russie n'avait pas déposé ce dossier auprès de l'Europe. Son éventuelle candidature sera donc traitée lors d'une seconde phase d'évaluation.

Dès le 14 août 2020, l'Europe conclut un accord avec AstraZeneca pour acheter jusqu'à 400 millions de doses de leur vaccin contre le Covid-19 (cf. Europa). Ensuite, des accords furent signés avec d'autres sociétés pharmaceutiques. L'Europe réserva jusqu'à 400 millions de doses du vaccin de Johnson & Johnson (sous licence Janssen), 300 millions de doses du vaccin de Sanofi/GSK, jusqu'à 500 millions de doses du vaccin de Pfizer/BioNTech, 405 millions de doses du vaccin de CureVac et 80 millions de doses du vaccin de Moderna/NIH (cf. Europa).

Sous la pression des médias, afin de ne pas ralentir les campagnes de vaccination, le 8 janvier 2021 la Commission européenne annonça avoir acheté 300 millions de doses supplémentaires du vaccin de Pfizer/BioNTech, portant leur total à 600 millions de doses (cf. Europa et le tweet de la Commision européenne). 75 millions de doses seront livrées au deuxième trimestre 2021, le reste avant la fin de l'année. Mais c'était sans compter sur le ralentissement des livraisons de vaccins par Pfizer.

Selon Ursula von der Leyen, l'ensemble des vaccins commandés par l'Europe "permettra de vacciner 380 millions de personnes soit 80% des Européens" (cf. Europa).

L'Europe a également prévu de commander jusqu'à 1.8 milliard de doses de vaccins qui seraient livrés en 2022-2023 afin d'offrir une piqûre de rappel à certains groupes de population à risque, notamment les personnes âgées et immunodéficientes. Il est également possible que cette dose sera reformulée pour offrir une meilleure protection contre le variant Delta (à confirmer). Les prix de ces doses furent renégociés à la hausse fin juillet 2021 (cf. La Tribune).

Concernant le vaccin russe Gam-COVID-Vac (Spoutnik V), les résultats intermédiaires de phase III furent publiés dans la revue "The Lancet" le 2 février 2021. Interrogée par des journalistes, Ursula von der Leyen déclara que la Commission européenne était prête à autoriser sa commercialisation, mais "à condition que la Russie montre de la transparence et toutes ses données". Comme tous les autres médicaments, le vaccin russe doit respecter les normes de l'EMA. De plus, l'un des critères de l'EMA est que le fabricant ait une capacité de production en Europe pour s'assurer qu'on puisse livrer rapidement le vaccin. Or ce n'est pas le cas.

Même si à l'époque le vaccin russe avait une petite chance d'être autorisé en Europe moyennant certains accords avec des usines européennes, la guerre déclenchée par la Russie contre l'Ukraine en février 2022 anéantit tous les espoirs de Poutine de commercialiser son vaccin en Occident.

L'OMS dénonce l'égoïsme des pays riches

Mais le public ne sait pas tout. Le 18 janvier 2021, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS s'est offusqué en constatant la discrimination scandaleuse entre les pays riches et les pays pauvres à propos de la vaccination : "Le monde est au bord d'un échec moral catastrophique, et le prix de cet échec sera payé par les vies et les moyens de subsistance dans les pays les plus pauvres du monde".

Tedros fustiga également l'attitude des fabricants de vaccins qui donnent la priorité aux pays qui paient le plus. Les Européens, les Américains et les Canadiens disposent de suffisamment de doses pour vacciner 4 ou 5 fois toute leur population contre le Covid-19.

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, expert en biologie et en santé communautaire de l'Université de Nottingham (GB), fut ministre de la Santé en Ethiopie entre 2005 et 2012. Il est le Directeur général de l'OMS depuis le 23 mai 2017.

Le patron de l'OMS dénonça la situation "grotesque" des inégalités d'accès au vaccins contre le Covid-19. Tedros souligna que 39 millions de doses du vaccin contre le Covid-19 avaient déjà été administrées dans au moins 49 pays riches. Il déplora que dans le même temps, "seulement 25 doses ont été administrées dans un des pays au revenu le plus bas. Pas 25 millions, pas 25000, juste 25".

En Occident, toute la population sera probablement vaccinée avant la fin de 2021. Certaines voix prétendent que de ce fait, il n'y aura pas assez de vaccins pour protéger rapidement les habitants des pays pauvres.

Selon une étude de l'École de Santé Publique Bloomberg de l'Université Johns Hopkins (JHSPH), "un quart de la population mondiale pourrait ne pas avoir accès au vaccin contre le Covid-19 avant au moins 2022". Dans certains pays d'Afrique et d'Asie, la population ne recevra sans doute pas le vaccin avant 2023 !

Début 2021, le COVAX qui gère la distribution des vacccins aux pays pauvres avait signé 56 accords entrre ces pays et les Big pharma mais déclara qu'il manquait encore 7.1 milliards de dollars pour acheter toutes les doses qui devraient être distribuées dans 190 pays (cf. Reuters). Au fil des mois, il s'avéra que le COVAX n'avait pas les moyens de tenir ses engagements.

Pour Tedros, "Non seulement cette approche égoïste met en danger les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde, mais elle est également vouée à l’échec. En fin de compte, ces actions ne feront que prolonger la pandémie et nos souffrances, ainsi que les restrictions nécessaires pour la contenir, et les souffrances humaines et économiques".

Ni l'Europe ni aucun pays occidental pas plus que les Big pharma n'ont commenté ces déclarations. Cette indifférence des pays riches est choquante à l'heure où nos démocraties insistent sur leur solidarité avec les pays pauvres et défendent leur idéaux de fraternité et d'humanité. En novembre 2020, l'ONG Oxfam avait déjà dénoncé ce double discours des pays riches (cf. France24).

Cela fait suite à d'autres signes d'irrespects des Occidentaux envers les pays pauvres comme le montre par exemple cette vidéo d'un échange entre un chercheur de l'Inserm en France et un chef de service d'un hôpital parisien le 1er avril 2020 sur la chaîne LCI qui souleva une nouvelle polémique. L'OMS condamna "les propos racistes" des chercheurs évoquant l'Afrique comme un "terrain d'essai" pour un vaccin.

De toute évidence, le sentiment de supériorité et l'égoïsme des pays riches creuse plus que jamais la fracture Nord-Sud.

Il fallut pratiquement attendre que la majorité de la population européenne ait reçu au moins la première dose du vaccin à deux doses soit entre mai et juillet 2021 pour que divers États déclarent qu'ils allaient offrir leurs doses excédentaires aux pays pauvres.

Mais tous ne l'ont pas fait et certains ont clairement manqué de bonne gouvernance. La situation atteignit son paroxysme en mai 2022 quand la Belgique annonça qu'elle allait jeter plus d'un million de doses de vaccins contre le Covid-19 car elles allaient bientôt être périmées ! A plus de 10 € la dose, voilà comment l'État belge gaspilla plus de 10 millions d'euros d'argent public alors que le pays comptait déjà ses deniers.

Modification de la procédure de vaccination

En janvier 2021, les campagnes de vaccination tournaient au ralenti dans la plupart des pays européens. Suite à la découverte du variant Alpha (B.1.1.7) au Royaume-Uni et sa propagation rapide dans le monde, plusieurs spécialistes ainsi que les maires de plusieurs communes de France dont celle de Paris ont dénoncé la lenteur des campagnes de vaccination.

En Belgique, Philippe Beutels, professeur d'économie de la santé à l'Université d'Anvers et membre du groupe d"experts de stratégie de crise (GEMS) proposa de n'administrer qu'une seule dose du vaccin de Pfizer/BioNTech et d'attendre plus longtemps pour administrer la deuxième dose. En fait son idée avait déjà été proposée par plusieurs spécialistes à travers le monde.

Document Getty Images.

Dans ce cas, le pays qui déciderait de n'injecter qu'une seule dose à la population ou carrément de ne pas respecter la prescription ou le protocole s'expose à des problèmes juridiques potentiels. En effet, le protocole de Pfizer définit le cadre de la procédure de vaccination qui fut validée comme telle par l'Europe et par certains régulateurs nationaux. En cas d'accident, Pfizer ne reconnaîtra jamais sa responsabilité. De plus, l'assurance de la personne vaccinée pourrait refuser d'assurer sa protection juridique et ne pas couvrir les éventuels frais médicaux. Jouer avec la santé de la population n'est vraiment pas une bonne idée ! Finalement, on décida que tout le monde recevra les deux doses du vaccin de Pfizer comme prescrit dans le protocole.

Mais vu la lenteur des livraisons, en Belgique et en France on trouva le moyen d'économiser les doses en récupérant la quantité perdue restant dans les flacons, gagnant ainsi une dose sur six. L'EMA confirma que c'était effectivement possible. Quand Pfizer l'apprit le fabricant décida unilatéralement de réduire la quantité de doses destinées à la Belgique et à la France sous le motif que le contrat signé concerne le nombre de doses et pas les flacons. Par conséquent, les commandes de ces deux pays se sont vues amputées de 15 à 20% de leurs doses de vaccins. Or certains hôpitaux ont déclaré qu'ils n'arrivaient pas à extraire cette sixième dose des flacons. Un autre exemple de l'abus de la position dominante et du manque d'éthique des Big pharma.

Vu l'urgence de la situation sanitaire, afin de vacciner le plus vite possible le plus grand nombre de personnes, plusieurs pays ont décidé de reporter l'injection de la deuxième dose du vaccin de Pfizer contre le Covid-19 d'une semaine, soit à la 4e semaine.

Cette décision fut validé le 8 janvier 2021 par de nombreux chercheurs, dont le comité SAGE de l'OMS. La France procéda à ce changement ainsi que le Luxembourg.

Après consultation des experts en ARN messager, BioNTech publia la communication suivante : "Même si des données démontrent qu'il existe une protection partielle dès 12 jours après la première dose, il n'y a pas de données qui démontrent que la protection reste en place au delà de 21 jours. Nous estimons qu'une deuxième injection est nécessaire pour procurer la protection maximale contre la maladie". Toutefois, "les décisions sur des régimes de dosage alternatifs sont prises par les autorités sanitaires nationales avec lesquelles le laboratoire se trouve en "dialogue continu"". Autrement dit, le fabricant ne s'oppose pas à la prolongation du délai d'une semaine. En fait, selon BioNTech la deuxième dose doit être injectée entre le 21e et le 42e jour après la première dose.

Ceci dit, selon le niveau d'immunité de la population et la propagation des variants, la situation peut encore évoluer.

Quel vaccin choisir ?

La population ne peut pas choisir son vaccin. Il faut plutôt se demander quel vaccin est plus efficace pour quelle population ou prévenir quels symptômes. L'offre de plusieurs vaccins est un avantage car l'absence de monopole favorise une saine concurrence et permet de résoudre une éventuelle pénurie chez l'un ou l'autre fabricant.

Ceci dit, avec les polémiques autour du vaccin d'AstraZeneca/Oxford et les quelques cas de thromboses et de décès (1 cas sur 100000), par précaution certaines personnes âgées ont refusé ce vaccin et demandé à leur médecin traitant de pouvoir bénéficier de celui de Pfizer/BioNTech.

Finalement, par précaution l'Europe proposa aux autorités sanitaires de ne pas administrer le vaccin d'AstraZeneca/Oxford contre le Covid-19 aux personnes âgés de moins de 55 ans. Tout le monde fut ainsi rassuré.

Plan de vaccination

Les Etats-Unis commencèrent à distribuer les vaccins de Pfizer/BioNTech et de Moderna/NIH contre le Covid-19 mi-décembre 2020 (cf. Reuters, The Washington Post).

Comme prévu, l'Europe autorisa leur mise sur le marché une semaine plus tard. Entre-temps, il fallut que la Commission européenne en consertation avec les États membres dresse la liste des étapes clés pour des stratégies de vaccination (cf. Europa).

Document T.Lombry inspiré de Development Reimagined.

La Commission européenne recommanda à tous les États membres de lancer en même temps les campagnes de vaccination de leur population. Concrètement, après avoir fixé la date le 5 janvier 2021, étant donné que le vaccin de Pfizer/BioNTech fut approuvé par l'EMA plus tôt que prévu, la Commission proposa de commencer les vaccinations "le plus tôt possible". La plupart des pays se sont accordés sur le 27 décembre 2020. Les autorités nationales ont donc dû tout planifier avant la fin de l'année 2020.

Mais il y a un pas entre l'idée et son application. Dans tous les pays, les autorités sanitaires en concertation avec les acteurs du secteur et les transporteurs spécialisés ont dû organiser le plan de vaccination. Concrètement, les gouvernements ont dû s'adapter à des vaccins qui n'ont pas les mêmes caractéristiques en termes de transport, stockage et manipulation, sans même parler des délais de livraison. Ainsi, certains vaccins se présentent sous forme de flacons permettant cinq injections alors que d'autres permettent dix ou vingt injections. Certains doivent être stockés à -80°C (Pfizer/BioNTech), d'autres à seulement -20°C (Moderna/NIH). Enfin, certains vaccins exigent deux doses à des intervalles différents. Pour faciliter la vaccination de masse, l'idéal serait de disposer d'un vaccin se présentant sous la forme d'une dose unique et se conservant plusieurs mois dans un frigo à 4°C.

Mais comme on ne peut pas attendre que le vaccin idéal soit disponible, chaque pays doit agir en fonction des produits disponibles, quitte à modifier le planing lorsque d'autres vaccins seront livrés.

Organisation des pays

Le Royaume-Uni qui représente 66.6 millions d'habitants, distribua les premières doses du vaccin de Pfizer/BioNTech le 8 décembre 2020 auprès des personnes les plus vulnérables et celles du vaccin de Moderna/NIH en janvier 2021. Le pays dispose de 13000 points de vaccination (cf. The Guardian).

La France, 67 millions d'habitants, démarra sa campagne de vaccination le 27 décembre 2020 (cf. FranceInfo).

Le Luxembourg, 613900 habitants, débuta sa campagne de vaccination le 28 décembre 2020. Dans un premier temps, cinq centres de vaccination ont été installés dans le pays. Cela fonctionne sur le même principe que le dépistage, à savoir que chaque résident recevra une invitation postale et pourra prendre rendez-vous par Internet (cf. Le Quotidien). Début mars 2021 la population de plus de 65 ans était déjà vaccinée.

La Belgique, 11.5 millions d'habitants commença sa campagne de vaccination le 5 janvier 2021. 340000 Belges furent vaccins prioritairement (cf. RTBF). L'un des centres de vaccination situé à Bruxelles peut réaliser 100000 vaccinations par mois.

L'Allemagne, 83 millions d'habitants, disposa des vaccins au premier trimestre 2021 et se prépara à une opération d'envergure pour installer une soixantaine de centres de vaccination à travers le pays, complétés par des centaines d'équipes mobiles. Les autorités espèrent vacciner 20000 personnes par jour par centre. Il faudrait donc au minimum deux mois pour vacciner toute la population (cf. RTBF).

A consulter : Total de la population vaccinée par pays, Our World in Data

Covid Vaccine Tracker, Bloomberg

Tableaux récapitulatifs des principaux vaccins contre le Covid-19 (gauche) et répartition des commandes par pays ou entité (droite).

Les Etats-Unis, 328 millions d'habitants, ont commencé leur campagne de vaccination le 14 décembre 2020. Le 28 décembre 2020, 2.1 millions de personnes avaient reçu la première dose.

Quelques semaines plus tôt, le président Trump déclara que 20 millions de personnes seraient vaccinées pour le 31 décembre 2020. Or début janvier 2021 on dénombrait seulement 4 millions d'Américains vaccinés.

Selon Joe Biden, à ce rythme il faudra des années pour vacciner tous les Américains. Sachant que le Covid-19 avait déjà tué plus de 337000 personnes dans le pays, après son investiture, le président Biden ordonna que les campagnes de vaccination soient intensifiées et se fixa pour objectif que 100 millions d'Américains soient vaccinés en 100 jours, un véritable challenge dans un pays aussi vaste qu'un continent (cf. Forbes, NYTimes). Il atteignit cet objectif en 58 jours ! Fort de ce succès, le 25 mars 2020, il se fixa pour nouvel objectif de "procéder à 200 millions injections d'ici mon centième jour en fonction", soit pour le 6 mai 2021 (cf. NYTimes).

Rappelons qu'une vaccination n'est pas un acte anodin et exige de respecter les protocoles dont un examen préalable des éventuelles allergies et maladies du sujet ainsi qu'un temps d'observation d'au moins 15 minutes après la vaccination (des effets secondaires comme une allergie peuvent survenir entre 5 et 90 minutes après la vaccination). Tous les vaccins commercialisés présentent des avantages bien supérieurs aux quelques risques qu'ils présentent et dont l'incidence est très faible.

Priorité des vaccinations

L'approvisionnement initialement limité des vaccins contre le Covid-19 soulève la question de savoir comment hiérarchiser les doses disponibles. Dans un article publié dans la revue "Science" le 21 janvier 2021, Kate M. Bubar de l'Université du Colorado et ses collègues ont utilisé un modèle mathématique pour comparer cinq stratégies de classement de l'ordre de priorité basées sur l'âge des volontaires.

Alors que les stratégies de l'ordre de priorité montraient que l'impact maximal étaient globalement similaires entre les pays, des paramètres comme les taux de transmission, les vitesses de déploiement de la vaccination et les estimations de l'immunité naturellement acquise peuvent être utilisés pour comparer l'impact des différentes stratégies.

Effets de l'efficacité du vaccin en fonction de l'âge en fonction des stratégies de classement de l'ordre de priorité. A gauche, le diagramme de l'efficacité hypothétique du vaccin en fonction de l'âge montre une diminution de 90% d'efficacité de base à 50% d'efficacité chez les personnes de 80 ans et plus à partir de 60 ans (ligne pointillée). Au centre et à droite, le pourcentage de réduction des décès par rapport à une épidémie non atténuée pour les vaccins bloquant ou non la transmission du virus avec une efficacité constante de 90% pour tous les groupes d'âge (lignes continue) ou une efficacité en fonction de l'âge indiquée en dans le premier graphique (lignes pointillées), couvrant le scénario 1 (déploiement de 0.2% par jour, Ro = 1.15) et scénario 2 (déploiement de 0.2% par jour, Ro = 1.5). Les points noirs indiquent les seuils critiques auxquels les groupes démographiques prioritaires ont été vaccinés à 70%, après quoi les vaccins sont distribués sans hiérarchisation. Document K.M. Bubar et al. (2021) adapté par l'auteur.

Comme le montrent les graphiques ci-dessus, les chercheurs ont constaté qu'un vaccin bloquant très efficacement la transmission du virus chez les adultes de 20 à 49 ans minimise l'incidence cumulée. Toutefois, dans la plupart des scénarii le taux de létalité et les années de vie perdues sont les plus faibles lorsque le vaccin est donné en priorité aux adultes de plus de 60 ans, ce qui fut d'ailleurs la stratégie adoptée par la plupart des pays. On y reviendra.

De plus, les auteurs soulignent que si le dépistage de la population par un test sérologique permet d'identifier les personnes auto-immunisées et par conséquent de réserver les doses pour les personnes séronégatives, cela n'améliore que marginalement l'impact de chaque dose mais réduit potentiellement les inégalités des effets du Covid-19.

En pratique, dans tous les pays occidentaux, le plan de vaccination dépend de la livraison des vaccins et ils ont été administrés à la population en plusieurs phases idéalement réparties sur une période de 6 mois maximum (jusqu'à l'été 2021 en Europe) mais qui sera forcément étendue puisque tout le monde ne souhaite pas se faire vacciner tout de suite.

Les vaccins ont été administrés en priorité au personnel de la santé. En Belgique et en France, mi-2021 entre 80 et 90% du personnel hospitalier était vacciné, soit une proportion largement supérieure à celle de la population (à peine 60% à la même époque). Parmi les 10 ou 20% restants il y a des indécis et même des anti-vaccinalistes. Dans ces deux pays, le ministre de la Santé en concertation avec les syndicats a envisagé des sanctions contre ces inciviques (par exemple un changement d'affection de la personne non vaccinée afin qu'elle ne soit plus en contact avec les patients mais c'est inapplicable au personnel de maintenance pour lequel d'autres solutions doivent être envisagées).

La vaccination obligatoire du personnel hospitalier (mais peut-être aussi des crèches et d'autres centres) contre le Covid-19 est logique dans la mesure où leur métier exige qu'ils ne mettent pas en danger la vie d'autrui et des patients. De leur côté, les patients sont en droit d'exiger que le personnel entrant dans leur chambre soit vacciné. Cette décision a été favorablement accueillie par le corps médical.

Rappelons qu'en Belgique et en France notamment, le vaccin contre l'hépatite B est également obligatoire pour certains professionnels de la Santé comme il est obligatoire d'administrer certains vaccins aux nourrissons, et cela n'a jamais été remis en question.

Les résidents des maisons de retraite sont généralement favorables à la vaccination avec plus de 92% d'approbation en Belgique. En revanche, le personnel est parfois plus réticent. Document DPA.

Le vaccin contre le Covid-19 fut en parallèle administré aux personnes vulnérables telles que les personnes âgées en maison de retraite et les handicapés mentaux.

Si les vaccins protègent efficacement les personnes en bonne santé, en général et cela vaut pour tous les vaccins, les patients immunodéprimés (ou immunodéficients) ne répondent pas ou très peu aux vaccins et ne développent pas d'anticorps spécifiques. Ce défaut de réponse immunitaire est typique des patients transplantés, sous chimiothérapie lymphopéniante, traités par des médicaments immunosuppresseurs forts ou les dialysés chroniques. Les immunodéprimés ont donc également bénéficié d'une vaccination prioritaire.

Des voix se sont élevées pour demander pourquoi on ne vaccinait pas d'abord la population saine active, en contact régulier avec d'autres personnes ? Tout simplement parce qu'on a constaté que la pandémie touche en priorité les personnes âgées qu'on retrouve donc majoritairement dans les hôpitaux où le nombre de lits et les équipements sont limités. En les vaccinant en priorité, on réduit le risque de saturer les hôpitaux où de plus le personnel est presque sur les genoux après deux vagues épidémiques.

Ensuite, le vaccin fut administré aux personnes âgées de plus de 70 ou 75 ans selon le pays, aux personnes à risque âgées de plus de 65 ou de 45 ans selon les pays, aux personnes handicapées, celles souffrant de comorbidité ou d'une maladie chronique et aux personnes assurant des fonctions dites essentielles socialement ou économiquement.

Même entre pays limitrophes, on observa de grandes disparités. Si au Luxembourg par exemple les personnes de plus de 60 ans étaient déjà totalement vaccinées en avril 2021, à la même époque en Belgique les personnes de plus de 80 ans et les personnes handicapées n'étaient pas encore vaccinées.

Les femmes enceintes et les personnes d'au moins 65 ans en bonne santé ne sont pas considérées comme des personnes à risque mais comme des populations distinctes qui ont reçu leur vaccin en temps utile.

Depuis avril 2021, dans plusieurs pays dont la France et la Belgique, le délai entre deux doses des vaccins à ARNm (Pfizer/BioNTech et Moderna/NIH) fut étendu respectivement à 35 et 42 jours pour la population générale, mais resta respectivement à 3 et 4 semaines pour les patients immunodéprimés et les personnes de 65 ou 70 ans et plus selon le pays. Le délai est également resté entre 4 et 12 semaines pour le vaccin d'AstraZeneca/Oxford.

Face à la propagation du variant Delta plus contagieux et à l'augmentation importante des cas de contamination en Europe (+55% en quatre semaines), les 21 et 22 octobre 2021, les dirigeants de l'Union Européenne réunis à Bruxelles abordèrent certains aspects essentiels de la réponse à la crise sanitaire. Ils insistèrent notamment sur le renforcement des campagnes de vaccination et l'intensification des efforts pour vaincre la méfiance à l'égard des vaccins, y compris en luttant contre la désinformation.

Vaccination des enfants

Concernant les enfants, en mai 2021 le vaccin de Pfizer/BioNTech fut validé par la FDA et l'EMA pour les enfants de 12 à 17 ans. Un vaccin spécifique pour les enfants de 5 à 11 ans contenant un tiers de la dose fut également validé par l'EMA le 25 novembre 2021. Plusieurs pays dont la Belgique ont immédiatement proposé aux parents de vacciner leurs enfants à partir de 5 ans mais sans obligation.

Malgré l'opposition d'une minorité de parents, il est prudent de vacciner les enfants car aux Etats-Unis 350 enfants sont décédés de la Covid-19 depuis le début de la pandémie. Pour cette raison, la Société Pédiatrique Américaine recommanda également la vaccination des plus jeunes. Fin décembre 2021, plus de 4 millions d'enfants américains et canadiens avaient été vaccinés sans qu'on rapporte d'effets secondaires particuliers.

Une dose de vaccin "booster"

La propagation des nouveaux variants plus transmissibles comme Delta et Omicron imposèrent certains pays à reconfiner leur population (l'Australie en juin 2021 et l'Autriche en décembre 2021) et à durcir les mesures de quarantaine (France). On a également observé que les vaccins originaux contre le Covid-19 perdaient leur efficacité face au variant Omicron et que l'immunité diminuait sensiblement 6 mois après la vaccination (l'efficacité chuta entre 58 et 13% selon les vaccins, comme indiqué ci-dessous).

A gauche, l'efficacité des vaccins à ARNm contre le Covid-19 au moins 6 mois après la deuxième dose. Document Le Parisien. Au centre, le tweet du Dr Eric Topol de l'Institut Scripps affichant les résultats de l'efficacité des vaccins à ARNm contre le Covid-19 dans différents pays. A droite, la chute d'efficacité de deux vaccins à ARNm et un vectorisé contre le Covid-19 après 6 mois chez des vétérans américains. Document A.W. Wallace et al. (2021) adapté par l'auteur.

Afin de mieux protéger leur population, à partir d'août 2021, Isräel puis les Etats-Unis décidèrent d'administrer une troisième dose du vaccin à ARNm à toute leur population en commençant par les immunodéprimés (APNews; Time of Israel; FDA). A la même époque, en Europe la troisième dose du vaccin à ARNm ne fut administrée qu'aux patients immunodéprimés.

Vu l'arrivée d'une quatrième vague épidémique en Occident fin 2021, l'Europe a finalement proposé de donner une troisième dose de vaccin "booster" à toute sa population.

Immédiatement, l'OMS réagit. Le 18 août 2021, Soumya Swaminathan, la scientifique en chef de l'OMS, déclara en conférence de presse : "Nous pensons clairement que les données actuelles n'indiquent pas que les rappels sont nécessaires".

Tedros Adhanom Ghebreyesus dénonça également la "cupidité" de certaines nations : "Certains pays, certaines régions sont en train de commander des millions de doses de rappel tandis que d’autres n’ont pas pu vacciner leurs personnels soignants et les parties les plus vulnérables de leur population" (cf. Reuters).

Le 27 septrembre 2021, le président Joe Biden reçut la dose "booster" contre le Covid-19 au Eisenhower Executive Office Building à Washington, DC. Document Kevin Lamarque/Reuters.

Mike Ryan, le directeur des services d'urgence sanitaire à l'OMS, recadra également les pays ayant adopté cette stratégie de rappel, déclarant que cela revient à "distribuer des gilets de sauvetage supplémentaires à des personnes qui en ont déjà un, pendant que nous laissons d'autres personnes se noyer sans le moindre gilet de sauvetage". Rappelons qu'en août 2021, dans les pays aux revenus les plus faibles, plus de 98% de la population n'avait pas encore reçu la première dose (cf. Our World in Data).

Malgré la critique de l'OMS, vu l'arrivée d'une quatrième vague épidémique à l'automne 2021 et même d'une cinquième vague dans certains pays et face à la situation sanitaire toujours critique en Europe (comme ailleurs), le 4 octobre 2021 l'EMA autorisa la dose de vaccin "booster" de Pfizer/BioNTech et de Moderna/NIH pour les plus de 18 ans (cf. EMA; Agence Europe).

Vu la logistique nécessaire et le fait que certaines personnes hésitantes ne reçurent leur première dose de vaccin qu'en 2022, la planification de cette troisième dose s'étendra au moins jusque fin 2022.

On reviendra en détails en microbiologie sur l'efficacité de la dose "booster" face aux variants Delta et Omicron ainsi que sur la réponse immunitaire face au variant Omicron plus transmissible.

Plusieurs pays ont proposé de donner une troisième dose de vaccin booster soit pour commencer aux personnes âgées (plus de 80 ans en Suède, plus de 70 ans en Espagne ou plus de 50 ans au Royaume-Uni) soit d'office à toute leur population.

Le Royaume-Uni, la Belgique, le Luxembourg, l'Islande et la France commencèrent à donner une troisième dose à toute leur population dès novembre 2021. L'Allemagne, le Danemark, la Grèce et d'autres pays suivirent en décembre 2021.

En Europe, selon les modèles, le pic de la vague Omicron devait survenir entre la mi-janvier et début février 2022 selon les pays. Cela se confirma. Mais le pic d'hospitalisations lié à Omicron risque de survenir plus tard et les hôpitaux s'y sont préparés.

Une quatrième dose et ainsi de suite

Mi-décembre 2021, Israël décida d'administrer une 4e dose de vaccin contre le Covid-19 aux personnes âgées de plus de 50 ans.

La Belgique l'a également proposée aux personnes immunodéprimées en janvier 2022 (cf. L'avenir). Les autres pays suivront probablement.

Tant que toute la population n'est pas immunisée et sachant que la protection immunitaire diminue avec le temps, il est probable que nous recevrons tous une 4e dose de vaccin en 2022. Ensuite, les microbiologistes et les épidémiologistes évalueront la situation; nous verrons si le variant dominant devient moins contagieux, si l'immunité collective est atteinte et si la maladie devient endémique. Si les trois réponses sont négatives, on peut déjà prévoir des piqûres de rappel. A confirmer. Espérons déjà que la situation sanitaire s'améliore.

Statut de la vaccination

Le CEO de BioNTech prédisait "un retour à la normalité en 2021" (cf. CNN). Un peu plus tard, nos experts nationaux prédisaient plutôt la fin de l'épidémie en Europe durant l'été 2021. Mais eux aussi étaient trop optimistes. Car ils ne pouvaient pas prévoir la trop lente évolution du taux de vaccination, la propagation de variants plus contagieux et du comportement irresponsable de certains jeunes et des anti-vaccinalistes sans parler des aléas. Par conséquent ce serait un beau cadeau si nous serions débarrassé de ce virus en 2022. En revanche, les pays pauvres n'auront pas cette chance tout de suite.

Selon Bloomberg, le 24 mai 2021 près de 1.68 milliard de personnes dans 176 pays avaient été vaccinées contre le Covid-19 soit 11% de la population mondiale. Mais à la même époque la couverture vaccinale complète ne dépassait pas 17% en Europe selon l'OMS (et 19% selon Our World in Data).

A lire : Les avantages de la vaccination

Refuser la vaccination ? Surtout pas !

Statut de la vaccination contre le Covid-19 au 6 décembre 2021. Documents Our World in Data (Chart, Map).

Selon l'ECDC, mi-décembre 2021, 71% des Européens (de l'Union Européenne) avaient déjà reçu au moins une dose du vaccin contre le Covid-19 et 67% de la population était totalement vaccinée. La proportion de personnes vaccinées augmentait de 1.5 à 2% par mois. Mais il y avait de grandes disparités d'un pays à l'autre, montrant clairement l'existence d'une Europe à deux vitesses (85% de vaccinés au Danemark contre 28% en Bulgarie). Mais c'est encore loin des 90% espérés, d'où le renforcement des campagnes de vaccination dans les villes sous-représentées.

Dans le monde, début décembre 2021 la proportion de vaccinés est passée à 45%, mais il y a également de fortes disparités entre pays. Ainsi dans les pays à plus faibles revenus, seuls 1.8% de la population était vaccinée (cf. Our World in Data). L’OMS rappelle que plus de 90% des pays qui vaccinent actuellement contre le Covid-19 sont des pays riches.

La question éthique s'invite au débat

Plusieurs pays ont envisagé de rendre la vaccination obligatoire soit dans tous les services publics soit pour toute la population selon les pays afin de mettre fin à la pandémie. Mais la décision qui reste impopulaire est souvent restée en suspens pour des raison éthiques, c'est-à-dire des valeurs qui motivent la conduite de la population. C'est notamment le cas en Belgique où seuls le personnel des établissements de santé et des maisons de retraite est obligé d'être vacciné d'ici fin mars 2022 au risque de perdre son emploi.

Pourquoi a-t-on rendu la vaccination obligatoire dans certains secteurs ? Parce qu'en pratique, on constate qu'une partie de la population européenne n'a toujours pas compris le message des autorités et pénalise tout le monde, y compris le personnel de la santé. Trois faits expliquent cette décision :

- Les patients hospitalisés non-Covid ont le droit d'exiger que toutes les mesures soient prises pour préserver leur santé, y compris en évitant tout contact avec des personnes non vaccinées.

- Depuis fin 2021, selon les hôpitaux, entre 50 et 65% des lits en soins intensifs sont occupés par 80 à 100% de patients Covid non vaccinés.

- Selon l'OMS, fin novembre 2021 on dénombra environ 100000 décès liés au Covid-19 chez le personnel de la santé ! Le plus révoltant et le plus triste, c'est qu'on aurait pu éviter la majorité de ces décès si les non-vaccinés avaient accepté de se faire vacciner comme la grande majorité des gens. En effet, plus de 90% des non-vaccinés n'auraient jamais contracté la Covid-19, ils n'auraient jamais contaminé les personnes saines et n'auraient jamais été à l'hôpital.

Une question sur le Covid-19 ? Appeler la Hotline Coronavirus

A gauche, le port d'un masque FFP1 ou FFP2 dans ce cas-ci et bien ajusté évite avant tout aux personnes porteuses d"un virus de contaminer les autres à travers leurs postillons et des micro-particules. Elle protège aussi les personnes saines de la contamination par les mêmes micro-particules. Même si le risque de contamination n'est pas nul, le fait de combiner la distanciation sociale et la protection dans les deux sens réduit le risque et permet de briser la chaîne de propagation du virus. En ces temps de crise sanitaire, l'éthique nous rappelle que porter un masque dans les lieux publics fréquentés et les endroits fermés est un devoir civique qui peut sauver des vies. A droite, un médecin est quotidiennement contraint de juger et de prendre des décisions médicales. Pour l'aider dans sa tâche, au sein des instituts hospitaliers il existe un groupe de réflexion éthique qui propose des recommandations pour aider le praticien à prendre des décisions. Mais il faut se méfier des conseils éthiques qui ne feraient qu'entériner des habitudes, des mœurs et des intérêts d’un milieu déterminé (profession ou autre) ou qui introduisent sous forme déguisée, un catéchisme quelconque (religieux ou politique). Documents Uvex et C.H. Arpajon.

Une fois de plus, les données cliniques et les modélisations montrent clairement que par leurs idées préconcues contre la vaccination et leur manque de sens civique, les non-vaccinés ont leur part de responsabilité dans le prolongement de la pandémie et les décès liés au Covid-19.

La saturation des hôpitaux par des patients Covid non vaccinés et le report des opérations urgentes de malades non-Covid sont arrivés à un point tel fin 2021 que certains membres du personnel de la santé (médecins généralistes et infirmières) ont déclaré lors d'interviews qu'ils ne souhaitaient plus soigner les non-vaccinés, violant leur serment d'Hippocrate. Ils considèrent à juste titre que les malades non-Covid risquent leur vie du fait que leur opération urgente est reportée faute de place aux soins intensifs. Si les non-vaccinés ont fait sciemment le choix de ne pas se protéger et se retrouvent aux soins intensifs, les malades non-Covid n'ont pas choisi d'être malade et méritent tout autant d'être pris en charge. Dans ce cas, pourquoi les patients Covid donnent-ils l'impression d'être prioritaires ?

En France, une infirmière travaillant en EHPAD a souhaité savoir si les pensionnés étaient ou non vaccinés avant de les soigner. Ailleurs, un médecin refusa de recevoir une personne séropositive pour le VIH alors que son traitement bloquait la transmission du rétrovirus.

Début 2022, en Belgique des étudiants universitaires ont souhaité sous le couvert de l'anonymat passer leurs examens en l'absence d'étudiants contaminés par le Covid, forçant les universités à se positionner vis-à-vis des non-vaccinés.

Dans le privé, des personnes âgées refusent d'être assistées par des infirmières ou des assistantes sociales qui ne portent pas de masque ou ne sont pas vaccinées. C'est leur droit et elles ont raison de ne prendre aucun risque.

Face à de telles attitudes parfois justifiées parfois choquantes et immorales, on peut se demander s'il est possible de conjuguer la vie quotidienne et la médecine avec l'éthique. C'est une question autant philosophique que médicale. La réponse n'est pas simple et doit faire l'objet de réflexions approfondies au sein d'un groupe composé de représentants du corps médical, un éthicien et le cas échéant un représentant de la famille concernée.

Du fait que les non-vaccinés continuent à propager la Covid-19 avec des conséquences parfois fatales et à occuper des lits d'hôpitaux en priorité sur les autres malades à traiter d'urgence, la question éthique s'invite de nouveau au coeur des débats politiques comme ce fut le cas en 2020, notamment en Belgique, en France et en Allemagne. Si les gouvernements ne rendent pas la vaccination obligatoire (comme on le fait pour le tétanos ou la polio), c'est la population qui finira par stigmatiser les non-vaccinés car plus d'un estiment que c'est de leur faute si on ne parvient pas à atteindre l'immunité collective en Europe et si les consultations ou les opérations médicales urgentes sont reportées faute de place ou de personnel.

Nous n'en sommes pas encore à la révolution du peuple contre les anti-vaccinalistes ou contre les mesures sanitaires mais des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues et des questions parlementaires liées au Covid-19 furent posées durant tout l'automne 2021 dans de nombreux pays européens.

Mais ces manifestations n'ont pas empêché les gouvernements d'imposer leur loi, quoiqu'il en coûte dans certains secteurs visés comme la culture ou l'Horeca en Belgique, les deux secteurs les plus durement touchés par les fermetures successives.

Peut-on imposer la vaccination ?

Les opposants aux mesures sanitaires contre le Covid-19 prétendent que la vaccination obligatoire est liberticide et anti-démocratique. Ce sont pourtant les mêmes personnes qui acceptent de vivre en démocratie et de respecter les lois de la société. Elles portent leur ceinture de sécurité, elles s'arrêtent aux feux rouges, elles respectent les règles édictées dans les entreprises et en principe elles font leur devoir civique. Elles ont la chance d'accéder aux soins de santé et acceptent les règles imposées dans les hôpitaux. Dans ce cas, pourquoi n'appliqueraient-elles pas les mêmes règles à la vaccination ? Leur point de vue est tout à fait irrationnel et infondé.

La Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg. Document D.R.

Que disent réellement les droits de l'Homme sur les règles imposées par un Etat démocratique à propos de l'obligation vaccinale ? La déclaration universelle des droits de l'Homme n'aborde pas à stricto sensu ce sujet mais traite plus globalement notamment de la question des atteintes aux libertés individuelles dans la vie en société.

Dans un arrêt du 8 avril 2021 (dont voici le résumé pour la presse) sur la vaccination obligatoire en République tchèque, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dont le siège est à Strasbourg, jugea que "la politique de l'État rendant la vaccination obligatoire n'est pas une violation des droits de l'Homme".

En Belgique, l'Institut Fédéral pour la Protection et la Promotion des Droits Humains (IFDH) suivit ce raisonnement en confirmant que la vaccination obligatoire n'est pas contraire aux droits de l'Homme.

Dans son avis publié le 12 décembre 2021, Martien Schotsmans, directeur de l'IFDH déclare que les citoyens qui se font vacciner contribuent à protéger le droit à la vie et à la santé de la société dans son ensemble. Pour cette raison, la vaccination obligatoire ne viole pas les droits humains. Cependant, l'IFDH prévient que les sanctions doivent rester proportionnées.

L'IFDH déclare que "La vaccination obligatoire peut être considérée comme une restriction du droit à l'intégrité physique, mais ce droit n'est pas absolu. Il peut être restreint lorsqu'il existe une base légale et que la restriction est proportionnée à l'objectif poursuivi. Dans le cas présent, cet objectif est le droit à la santé et à la vie de toute la société".

Selon l'IFDH, la vaccination du personnel de la santé est également conforme aux droits humains. La distinction entre ce personnel et le reste de la population peut être raisonnablement justifiée ici, dans la mesure où le personnel de la santé est en contact quotidien avec un groupe de personnes très vulnérables. Cependant, le licenciement du personnel non vacciné ne peut être qu'un dernier recours pour l'IFDH. Des sanctions moins drastiques et plus proportionnées devraient être imposées en premier lieu.

Quant au Covid Safe Ticket (ou pass sanitaire), l'IFDH considère que cette mesure est également proportionnée pour protéger le droit de la société à la santé et à la vie. L'IFDH indique que le Covid Safe Ticket ne peut être utilisé que s'il existe une base légale pour le faire, donc dans un nombre limité de circonstances. Un employeur, par exemple, n'est pas autorisé à demander à ses employés un Covid Safe Ticket. La proportionnalité du Covid Safe Ticket doit également être réévaluée régulièrement.

Au Luxembourg également, la Commission Nationale d'Ethique (CNE) publia un avis le 8 décembre 2021 dans lequel elle déclare que la vaccination contre le Covid-19 est "incontournable". Si la CNE avait précédemment émis des réserves à l'égard de l'obligation vaccinale, étant donné la situation sanitaire elle est revenue sur sa décision.

Selon la CNE, "la vaccination du plus grand nombre est l'alliée la plus appropriée dans la lutte pour le maintien de la santé publique et, étant actuellement sans alternative, elle est ainsi incontournable". Parmi les motifs invoqués, la CNE cite "la situation dans les pays voisins", le "risque récurrent de voir les unités de soins intensifs et les salles d'opération bloquées", ou encore "le stress supplémentaire permanent" auquel est soumis le personnel soignant.

La CNE précise que cette stratégie vers le 100% de vaccinés peut cependant s'effectuer de manière passive. Ainsi, la mise en place de mesures de discrimination positive en faveur des personnes vaccinées et guéries est "parfaitement envisageable".

L’OMS privilégie la stratégie qui consiste à convaincre le public de se faire vacciner plutôt que de rendre la vaccination obligatoire. Document Keystone/Salvatore Di Nolfi.

Enfin, concernant la vaccination des enfants entre 5 et 11 ans qui est déjà autorisée, la CNE ne tranche pas mais est en faveur de leur vaccination, tout en affirmant qu'il revient aux adultes "de prendre conscience de leur devoir et de se comporter de façon responsable afin de protéger les enfants".

Pour sa part, le 2 décembre 2021 l'ECDC recommanda de vacciner les enfants : "Les enfants sans facteur de risque connu sont aussi susceptibles de formes graves et d'hospitalisation, donc la vaccination de tous les 5-11 ans doit être envisagée, en prenant en compte la situation épidémiologique au niveau national. Le taux et la proportion d'hospitalisation parmi les cas de Covid chez les enfants de 5 à 11 ans a augmenté, comme pour toutes les autres tranches d’âge, mais restent à des niveaux bien moindres que ceux des adultes".

Sur le plan politique, l'OMS a souligné que les politiques en matière de vaccination relevaient de la compétence des États, mais qu'elle recommandait de privilégier la stratégie douce qui consiste à convaincre le public de se faire vacciner plutôt que de rendre la vaccination obligatoire. L'OMS a également estimé que les pays devaient adapter leur approche à la situation qui règne chez eux.

La porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme, Liz Throssell, a également estimé que l'approche pédagogique concernant les vaccins devrait être privilégiée, notamment parmi les tranches marginalisées de la population et les vaccino-sceptiques. Throssel déclara que les restrictions en matière de droits imposées à des fins légitimes de protection de la santé publique, y compris la vaccination obligatoire, devaient être conformes aux obligations définies dans les lois internationales sur les droits de l'Homme. Ces mesures doivent être :

- Prévues par la loi : basées sur la loi qui est en vigueur et accessible au public.

- Nécessaires : pour remplir un objectif légitime et répondre à un impératif social urgent, dans ce cas la santé publique.

- Proportionnées : uniquement ce qui est nécessaire pour atteindre l'objectif et "l'option la moins intrusive parmi celles" qui peuvent être mises en œuvre pour obtenir le résultat souhaité.

- Non discriminatoires : les mesures ne doivent pas "être discriminatoires d'une manière contraire aux lois relatives aux droits de l’homme".

L'Europe respecte ces dispositions et tenta pendant plus d'un an l'approche pédagogique et continuera à le faire. 

Sachant que toute la population est confrontée aux conséquences de la pandémie, nos responsables comptent sur la solidarité entre citoyens et sur notre sens civique pour sensibiliser tout le monde sur les avantages de la vaccination.

Mais comme nous l'avons expliqué, en Occident il y a des inciviques, des anti-vaccinalistes et des complotistes qui propagent des rumeurs et cherchent à tout prix à saboter les stratégies du gouvernement. Mais ce n'est pas demain que des groupuscules d'inciviques gagneront la bataille contre l'État de droit. Dans plusieurs pays européens les éthiciens ont confirmé que les décisions prises par les gouvernements sont compatibles avec les droits humains.

Décision prise par les États

Quelle décision les États ont-ils finalement prise ? Durant l'été 2021, la majorité des pays était opposé à l'obligation vaccinale. Mais face à l'arrivée d'une nouvelle vague épidémique portée par le variant Delta puis Omicron, les gouvernements prirent conscience qu'il fallait agir d'urgence pour protéger la population et éviter d'accentuer la crise sanitaire et de provoquer une nouvelle crise économique. A partir de l'automne 2021, l'obligation vaccinale devint une question pressante au sein des gouvernements.

Concrètement, en France le gouvernement décida que tous les agents du secteur public y compris le personnel des établissements et services sanitaires et médico‑sociaux devraient être vaccinés contre le Covid-19 pour le 15 octobre 2021 (cf. Service Public.fr). Aucune obligation n'a été formulée envers le secteur privé et la population générale mais comme partout les campagnes de vaccination continuent (mais à un rythme moins soutenu que dans d'autres pays européens).

L'Indonésie rendit la vaccination contre le Covid-19 obligatoire dès 2020. Mais il faut constater que début 2022, malgré les amendes la mesure n'avait convaincu que 42% de la population.

L'Autriche fut le premier pays européen à rendre la vaccination contre le Covid-19 obligatoire. La mesure entrera en vigueur au 1er février 2022 pour tous les adultes de plus de 18 ans. La personne refusant la vaccination risque une amende pouvant s'élever jusqu'à 3600 €. Il est possible d'éviter la vaccination sur avis médical et pour les femmes enceintes.

Au Royaume-Uni,  le 9 novembre 2021 le Premier ministre Boris Johnson annonça que tout le personnel soignant du NHS devra se faire vacciner à partir d'avril 2022 (cf. BBC).

En Allemagne, le 30 novembre 2021 le futur chancelier Olaf Scholz, déclara qu'il était favorable à la vaccination obligatoire. Une proposition de loi allant dans ce sens doit encore être discutée par les députés et s'appliquera soit au niveau fédéral soit des Länder.

L'Italie a imposé l'obligatoire vaccinale aux personnes âgés de plus de 50 ans qui se rendent au travail ou dans les services publics.

Comme nous l'avons expliqué, après avoir consulté des éthiciens, la Belgique a également envisagé l'obligation vaccinale mais certains syndicats comme la CNE (Centrale Nationale des Employés) qui défend notamment le personnel soignant des hôpitaux, s'y oppose. Il n'y a pas encore non plus de consensus au sein du Parlement belge.

Le Luxembourg appliqua le pass vaccinal à tous les salariés. La loi fut votée au Parlement le 16 décembre 2021. En revanche, l'obligation vaccinale pour toute la population ou par secteur n'a pas encore été votée.

A son tour, lors d'une conférence de presse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen déclara le 1er décembre 2021 qu'il serait "approprié et raisonnable d'avoir cette discussion maintenant" sur l'obligation vaccinale contre le Covid-19. Mme von der Leyen précisa qu'il s'agissait d'une "position personnelle [...] Cela nécessite une approche commune, mais je pense que c'est une discussion qui doit avoir lieu" dans les 27 États membres.

Aux Etats-Unis tous les militaires - soit 1005725 de personnes d'active et de réserve en 2020 - ont l'obligation d'être vaccinés contre le Covid-19 au risque de perdre leur emploi. L'USAF a déjà renvoyé 27 personnes. La Cour suprême a également validé l'obligation vaccinale contre le Covid-19 à New York pour tous le personnel de la santé et sans exception pour les objecteurs de conscience (cf. The Washington Post). Pour les secteurs public, privé et la population générale la décision est laissée à la discrétion de chaque État et des maires. A New York par exemple, le maire Bill de Blasio annonça le 6 décembre 2021 que tous les employés du secteur privé seraient soumis à une obligation vaccinale contre le Covid-19 à partir du 27 décembre 2021 (cf. MSNBC).

Le Canada est encore plus strict. Après avoir obligé le personnel de la santé à se faire vacciner, le 30 décembre 2021 la ministre canadienne de l'Emploi déclara que les personnes qui perdent leur emploi parce qu'elles refusent la vaccination contre le Covid-19 se verraient privées de leurs allocations de chômage.

Depuis 2022, de plus en plus de pays interdisent tout simplement l'accès à certaines manifestations culturelles, aux bâtiments ministériels et aux entreprises privées aux personnes qui ne disposent pas de pass vaccinal et donc aux non-vaccinés.

Début janvier 2022, la Grèce et la République Tchèque imposèrent la vaccination contre le Covid-19 aux plus de 60 ans. Le 6 janvier 2022, l'Italie l'imposa aux plus de 50 ans.

En France, le président Macron déclara lors d'un entretien accordé au Parisien-Aujourd'hui le 4 janvier 2022 qu'il voulait "emmerder les non-vaccinés", des paroles qui choquèrent une partie des élus et de la population. Mais ces mots crus indignes d'un président sont bien dans le style en cette période d'élection présidentielle et n'ont pas empêché de voter la loi sur le pass vaccinal le 6 janvier 2022, ce qui revient pratiquement à rendre la vaccination obligatoire dès 16 ans (voir plus bas).

Bref, dans tous les pays, en complément des campagnes de vaccination, la vaccination obligatoire est sérieusement envisagée dans le respect des droits de l'Homme et les gouvernements continueront donc à agir dans l'intérêt de la communauté et de la santé publique. Nous voilà rassurés, n'en déplaise à la minorité des anti-vaccinalistes.

Le certificat Covid européen

Retour au laissez-passer

Le 28 janvier 2021, les 27 États membres de l'Union européenne se sont mis d'accord pour adopter un certificat de vaccination Covid, à défaut d'une entente sur un passeport vaccinal comme aux États-Unis (cf. NYTimes). Charles Michel, président du Conseil de l'Europe a également souhaité qu'un "certificat de vaccination" soit reconnu dans le monde. Le but est de constituer des preuves de vaccination standardisées "à des fins médicales" (cf. Europa), comme chacun possède déjà depuis 2005 à la demande de l'OMS un Certificat international de vaccination ou de prophylaxie listant les vaccins obligatoires comme le DTP.

Le certificat Covid numérique de l'Union Européenne ou "pass sanitaire" est entré en service le 1er juillet 2021. Il existe en versions numérique et papier. Document La Voix du Nord.

Ce certificat Covid européen ou pass sanitaire (ou encore EU Digital Covid Certificate) pourrait par exemple être utile dans le cas où une personne recevrait une deuxième dose de vaccin dans un pays différent de celui où elle a reçu la première, pour attester de l'injection initiale. Ou encore dans le cas d'un patient qui aurait des effets secondaires liés au vaccin.

Etant donné la faible proportion de la population vaccinée en février 2021 (~2% des Européens étaient vaccinés) et des incertitudes entourant l'effet à long terme du vaccin sur la transmission du virus, la délivrance d'un certificat fut jugée prématurée par plusieurs pays dont la France et l'Allemagne.

Mi-janvier 2021, l'OMS s'est même opposée "pour le moment à l'instauration de certificats comme condition d'entrée dans un pays à des voyageurs internationaux".

Finalement, après le vote du Parlement européen et l'accord du Conseil, le certificat Covid européen entra en vigueur le 1er juillet 2021. Il est disponible sous forme numérique pour les appareils mobiles et sous forme papier. On peut télécharger gratuitement l'application "Covid Certificate" pour smartphone sur l'App Store d'Apple, le Play Store de Google et l'AppGallery de Huawei. La version papier du certificat est téléchargeable via le portail gouvernemental ou via le site ministériel de la santé.

Notons que même les sans-abris (SDF) qui ne disposent pas d'un numéro au Registre national mais qui ont été vaccinés peuvent obtenir ce certificat.

Ce certificat Covid est imposé à toute la population en âge de recevoir le vaccin. Il atteste qu'une personne a été vaccinée contre le Covid-19 (depuis 2 ou 4 semaines selon le vaccin administré), qu'elle a passé un test négatif ou qu'elle est immunisée après avoir contracté la maladie.

Ce certificat devrait être temporaire, le temps que la pandémie soit terminée. Lors de son instauration, il devait s'appliquer pendant 1 an soit jusqu'au 30 juin 2022. Toutefois, en raison de la campagne liée à la 3e dose "booster", le 25 novembre 2021 l'Europe proposa de limiter la durée d'acceptation du certificat Covid européen à 9 mois à partir de la vaccination initiale complète. Mais face à la résurgence de la pandémie, cette proposition fut abandonnée.

Etant donné que l'Europe connut une nouvelle vague épidémique en janvier 2022 puis un léger rebond en avril, en mai 2022 le Parlement Européen proposa de prolonger le certificat Covid jusqu'en juin 2023.

Ensuite, seul sera valable le certificat comprenant la 3e dose "booster" sans date de fin pour le moment. L'Europe et les gouvernements réévalueront ensuite la situation en fonction du statut de la pandémie et de l'immunité collective. On peut imaginer que si on administre une 4e de dose de vaccin, l'ancien pass sanitaire (ou vaccinal) et son QR code seront invalidés et remplacés par la nouvelle version listant les quatre vaccinations.

Le certificat Covid ne sera plus obligatoire dès que l'incidence des nouveaux cas de contamination passera sous le seuil de 200 cas pour 100000 habitants (200/100000) moyennés sur 7 jours et en décroissance continue pendant au moins 7 jours. Mais ne rêvons pas, car si le pass sanitaire est temporaire, nous risquons de devoir l'utiliser pendant quelques années.

Au Luxembourg, le dispositif national "CovidCheck" est officiellement opérationnel depuis le 13 juin 2021. Il permet aux autorités, y compris la police, de vérifier que les personnes qui circulent sur le territoire et en particulier provenant de l'étranger sont en règle de vaccination contre le Covid-19 ou présentent un test PCR négatif récent. Document Gerry Huberty/Wort.

Tant que la vaccination n'est pas obligatoire, dans la plupart des pays la personne qui ne veut pas se faire vacciner peut voyager en l'Europe et accéder à des manifestations culturelles notamment mais à condition de présenter un test PCR négatif daté de moins de 48 heures (au lieu de 72 heures), un test antigénique rapide négatif de moins de 48 heures (mais il revient au pays de destination de décider s'il accepte les tests antigéniques rapides) ou une preuve de rétablissement de la Covid-19 datée de moins de 6 mois. En dehors de l'Europe, les conditions d'admission dépendent du pays de destination et de son état sanitaire (zone écarlate, rouge, orange, verte).

Rappelons qu'une personne qui présente un faux certificat Covid européen peut-être condamnée à deux mois de prison avec sursis et entre 1500 et 3000 € d'amende tandis que le trafiquant de faux certificats peut être condamné à 1 an de prison avec sursis et entre 3000 et 10000 € d'amende (cf. Le Monde). Un médecin qui délivre un faux certificat Covid européen risque non seulement de payer 10000 € d'amende mais jusqu'à 5 ans de prison et en prime la suspension ou la radiation de l'Ordre des Médecins (cf. RTBF). Ses patients seront aussi contactés par les services du Ministère de la Santé pour être vaccinés et ils risquent également de payer une amende.

Bien que les modalités dépendent de chaque pays voire en fonction des manifestations, en principe le pass sanitaire doit être présenté lors d'un contrôle à l'entrée des foires et salons professionnels, des séminaires professionnels, dans les lieux culturels, les zoos et parcs d'attractions, les bars et restaurants, dans les grands magasins de plus de 20000 m2, dans les lieux de rassemblements, notamment les tribunes sportives y compris les stades de football et lors d'évènements culturels de plus de 1500 personnes. L'obligation peut-être étendue à d'autres activités.

Le pass sanitaire (ou un test négatif récent) doit également être présenté dans les ministères et sur le lieu de travail. Il est également requis dès qu'on franchit une frontière et donc y compris pour visiter sa famille ou des amis dans un pays frontalier et lors des déplacements de longues distances (en avion, train ou cars).

Depuis 2022, le pass sanitaire ou le passport vaccinal est devenu une condition sine qua non pour voyager et accéder à la plupart des établissements publics et des entreprises. Si la mesure est temporaire, elle peut encore durer quelques années. Document Getty Images adapté par l'auteur.

Si chacun doit porter sur lui son certificat Covid européen ou la preuve d'un test négatif récent, la vérification ne se fera pas de la même manière partout et dépendra de la situation sanitaire locale.

Le but de la mesure est de permettre aux personnes vaccinées ou saines d'accéder à ces lieux sans devoir porter de masque. Indirectement, elle vise également à responsabiliser les personnes qui refusent la vaccination et participent à la propagation du virus.

A ce jour, la France est le pays où les mesures sanitaires sont les plus sévères. Le président Macron la justifia en raison de la propagation du variant Delta. Mais ces mesures n'ont pas empêché la cinquième vague épidémique.

C'est en Italie où la pandémie a le plus touché la population. Selon l'Institut National Statistique (Istat), l'espérance de vie a diminué de 1.2 an en 2020, passant de 79.7 ans pour les hommes et 84.4 ans pour les femmes, contre respectivement 81 ans et 85.3 ans en 2019. C'est aussi le pays où le certificat sanitaire européen est le plus souvent exigé, une manière pour les autorités de faire pression sur les 25% d'indécis et d'anti-vaccinalistes (au 15 décembre 2021) pour qu'ils se fassent vacciner contre le Covid-19.

Finalement, alors que début 2021 le certificat vaccinal avait été jugé prématuré, face à la progression du variant Omicron et l'occupation de 65% des lits des soins intensifs des hôpitaux français par des patients Covid, mi-décembre 2021 la France décida d'imposer le pass vaccinal à la place du pass sanitaire dans une loi votée à l'Assemblée Nationale le 6 janvier 2022. Autrement dit, toute personne d'au moins 16 ans qui souhaite se rendre dans un lieu où on applique le contrôle sanitaire (un établissement public, une manifestation culturelle, une salle de sport, un restaurant, un aéroport, une entreprise, etc) doit prouver qu'elle est en ordre de vaccination contre le Covid-19 sinon l'accès lui sera refusé.

A son tour, à partir du 15 janvier 2022 le Luxembourg imposa à tous les salariés d'être en ordre de vaccination pour accéder à leur lieu de travail. S'ils refusent, ils ne seront pas licenciés mais ils ne seront pas payés non plus et mis en congé sans solde. Cette loi luxembourgeoise ne s'applique pas aux entreprises extraterritoriales (chemins de fer frontaliers, etc). Cette sorte de pass vaccinal est temporaire.

Les gouvernements ont dû imposer ces mesures à contre-coeur par solidarité et afin de faire pression sur les non-vaccinés. Bien sûr la mesure n'a pas plu aux non-vaccinés qui l'ont fait savoir en manifestant par milliers sous le (faux) prétexte que c'était une atteinte à leur liberté et un régime dictatorial. Mais comme on dit dans ces cas là, "il n'a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir" car vu les circonstances, l'intérêt de la société et la santé publique l'emportent sur l'intérêt individuel.

Le meilleur exemple est celui du tennisman Novak Djokovic qui tenta de faire valoir une fausse exemption vaccinale pour pouvoir voyager et participer à l'Open d'Australie le 17 janvier 2022. Entre égalité de traitement et passe-droit, la justice australienne trancha la question le 16 janvier 2022 en annulant le visa du tennisman qui fut prié de quitter le pays (cf. CNN, Le Courrier international).

A présent il faut en finir avec la pandémie et tout le monde, sans exception, va devoir respecter les mêmes règles sanitaires au risque d'être sévèrement pénalisé. Est-ce de l'abus ou immoral que d'exiger que les citoyens se conforment aux règles du pays qui les accueillle ou dans lequel ils vivent ? Cela fait tout simplement partie des devoirs des citoyens vivant en société.

On reviendra sur la propagation de la pandémie de Covid-19 et sur l'incidence.

Assouplissement ou suppression des mesures de protection sanitaire

Depuis janvier ou février 2022 selon les pays, du fait que la pandémie régressa (la cinquième vague épidémique est passée, le nombre de nouveaux cas de contamination diminue, les hospitalisations liés au variant Omicron sont moins graves et le Ro < 1), plusieurs pays ont décidé de graduellement assouplir les mesures de protection sanitaire, notamment l'Afrique du Sud, les Etats-Unis, l'Argentine, le Royaume-Uni, le Danemark, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, la France et le Luxembourg. Même aux Etats-Unis, le président Biden jugea que "Les restrictions de voyage ne sont plus nécessaires [...] pour protéger la santé publique". Même le port du masque fut jugé inutile dans les avions, d'autant moins que la cabine est pressurisée, l'air est recyclé et filtré.

Certains pays européens (Autriche, Allemagne, Suisse, Danemark, Royaume-Uni, Irlande, Croatie, Catalogne) ont abandonné le certificat Covid européen pour les déplacements nationaux et levé les mesures sanitaires en mars 2022. Seuls le Royaume-Uni, le Danemark, plusieurs cantons de Suisse ont abandonné le masque tandis qu'en Espagne, en Italie, en France et en Belgique, le masque n'est plus obligatoire à l'extérieur.

Notons que tous les gouvernements sont d'accord qu'en raison de l'important absentiésime, pour éviter une nouvelle crise économique, la quarantaine est supprimée et la durée d'isolement des personnes contaminées est réduite à 5 jours.

Aux États-Unis si dans la majorité des comtés la population est vaccinée et n'est plus obligée de porter de masque, début février 2022 sur les 3243 comtés que compte le pays, il y avait encore environ 472 comtés soit 15% d'entre eux où le port du masque était recommandé (cf. CNN).

Les pays européens les plus optimistes qui ont proposé un retour à la vie "d'avant" sont le Danemark et la Suisse qui ont levé l'ensemble des restrictions sanitaires respectivement le 1er et le 16 février 2022.

Comme ce fut le cas aux États-Unis et ailleurs, en mai ou juin 2022, pratiquement tous les pays européens avaient abandonné les mesures de protection sanitaire, y compris dans les endroits fermés comme les salles de réunions, les cinémas, les magasins, les transports en commun et même chez les dentistes, comme si le virus n'existait plus ou n'avait plus aucun effet. Seuls ci et là, mais ce n'était plus généralisé, il restait encore des flacons de gel hydroalcoolique, des systèmes d'aération actifs ou des portes entr'ouvertes dans certains établissements.

Les autorités ont bien insisté qu'en démocratie on ne veut rien imposer à personne qui ne soit légalement obligatoire. En revanche chacun doit prendre ses responsabilités. Cette suppression des mesures de protection sanitaire est provisoire et rien n'empêche les autorités de réinstaurer certaines mesures de protection si la situation sanitaire se dégradait à nouveau. Même si le risque devient plus faible à mesure que les jours passent et que l'incidence diminue, nous ne sommes en effet pas à l'abri d'une nouvelle vague épidémique portée par un nouveau variant.

Les modèles prédisaient une possible nouvelle vague épidémique en Europe vers la fin de l'été 2022. En fait, la vague était déjà arrivée en Europe entre fin mai et mi juin 2022 selon les pays, notamment au Royaume-Uni, dans le Bénélux, en France et en Italie où le taux de reproduction de base Ro du virus est repassé au-dessus de 1 et le taux d'incidence est reparti à la hausse avec un plus grand nombre d'hospitalisations.

Entre-temps, les principales sociétés pharmaceutiques ont lancé la production d'un nouveau vaccin contre le variant Omicron. En Europe, la compagne de vaccination contre Omicron débuta en août ou en septembre selon les pays, en commençant par les personnes âgées de plus de 60 ans. Grâce à cette vaccination supplémentaire, la dernière vague épidémique s'avéra beaucoup moins virulente que les précédentes.

Vers la fin de la pandémie

Dans son communiqué de presse du 14 septembre 2022 (voir aussi celui de l'ONU), Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l'OMS déclara que grâce à la vaccination, la fin de la pandémie serait proche : "Nous n'avons jamais été en meilleure position pour mettre fin à la pandémie." Mais si on voit la sortie du tunnel, il est encore prématuré de déclarer la fin de la pandémie de Covid-19 : "Nous n'y sommes pas encore, mais la fin est en vue."

Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus lors de la conférence de presse de l'OMS du 14 septembre 2022. Document AFP.

Ce vent d'optimisme prudent intervient alors que le nombre des nouvelles infections hebdomadaires a diminué de 28% au cours de la semaine du 5 au 11 septembre 2022, par rapport à la semaine précédente, avec plus de 3.1 millions de nouveaux cas signalés. Selon l'OMS, dans le Pacifique occidental et en Europe par exemple, on comptabilisa plus d'1 million de cas supplémentaires. Dans le même temps, le nombre de nouveaux décès hebdomadaires baissa de 22% par rapport à la semaine précédente, avec plus de 11000 décès signalés. Seule l'Afrique signala une hausse de 10% des décès liés au Covid-19 bien que le coronavirus épargna relativement mieux ce continent que les autres.

Pour prendre la métaphore du marathonien pour expliquer le chemin qui nous reste à parcourir pour gagner cette guerre sanitaire, le chef de l'OMS déclara : "un marathonien ne s'arrête pas lorsque la ligne d'arrivée est en vue. Il court plus fort, avec toute l'énergie qui lui reste. Nous pouvons voir la ligne d'arrivée. Nous sommes en position de gagner. Mais c'est le pire moment pour arrêter de courir."

Dans cette épreuve d'endurance, ce n'est donc pas le moment d'arrêter les efforts pour réduire la prévalence du coronavirus, bien que la pandémie ralentit depuis plusieurs semaines : "C’est maintenant qu'il faut courir plus fort et s'assurer de franchir la ligne et de récolter les fruits de ce dur labeur."

Pour rappel, au 1 novembre 2022, depuis le début de la pandémie 6552852 de personnes ont succombé au Covid-19 mais près de cent fois plus soit près de 620 millions de personnes ont été contaminées par le coronavirus. Concernant la vaccination, plus de 12.6 milliards de doses de vaccin ont été administrées dans le monde dont plus de 1.7 mililard de doses dans le cadre du mécanisme COVAX destiné à aider les pays en développement.

Faisons à présent le bilan de cette crise sanitaire. C'est l'objet du dernier chapitre.

Dernier chapitre

Le bilan de la crise sanitaire

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